Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 90 - 30 mai 2013

La Couronne au parlement,
facteur de déséquilibre au Canada

La Couronne au parlement, facteur de déséquilibre au Canada - K.C. Adams

Le gouvernement Harper cherche à isoler et criminaliser les travailleurs sans emploi
Matane: élimination du pouvoir discrétionnaire des agents de l'AE de considérer les conditions concrètes des régions - Pierre Chénier
Les communications verbales maintenant interdites entre les organisations de défence des sans-emploi et les agents de l'assurance-emploi
Le nombre de prestataires de l'assurance-emploi continue de baisser


La Couronne au parlement,
facteur de déséquilibre au Canada

Débat parlementaire sur l'adoption du projet de loi omnibus C-60 avec commentaires du LML entre doubles parenthèses.

((Extraits du Hansard du 7 mai 2013))

Pierre Poilièvre (secrétaire parlementaire du ministre des Transports, de l'Infrastructure et des Collectivités et pour l'Agence fédérale de développement économique pour le Sud de l'Ontario, PCC) :

Monsieur le Président, parlons un peu de rois, de reines et de couronnes.

Au point culminant de la Glorieuse Révolution, en 1689, le Parlement britannique a permis à Guillaume III et à Marie II d'accéder au trône, mais à une condition : ils devaient accepter la convention et la Déclaration des droits, qui conférait au Parlement le pouvoir de diriger la Grande-Bretagne. Ce Parlement allait devenir le modèle de tous les parlements, y compris le nôtre.

La Déclaration des droits a beau être un document imparfait, certains de ses principes perdurent encore aujourd'hui, notamment celui qu'on appelle « pas de taxation sans représentation » ou, pour citer la Déclaration des droits elle-même, « [...] une levée d'argent pour la Couronne ou à son usage [...] sans le consentement du Parlement [...] est illégale. » Autrement dit, la Couronne ne peut dépenser l'argent du peuple sans le consentement de celui-ci, et seul le Parlement peut accorder ce consentement.

Nous voici, 324 ans plus tard, et ce principe reste inchangé. Le gouvernement ne peut dépenser ce que le Parlement n'a pas approuvé, ce qui nous amène à la Couronne, ou aux sociétés d'État.

Selon les règles actuelles, leurs représentants peuvent s'installer dans une salle avec un représentant syndical, négocier une entente et refiler la facture aux contribuables, qui n'ont pas un mot à dire et doivent payer. Les serviteurs des citoyens, au Parlement, n'ont pas à se prononcer sur cette entente, pas plus que le gouvernement en place n'a à l'approuver. En ce sens, c'est donc comme si nous revenions au milieu du XVIIe siècle, lorsque la Couronne levait de l'argent sans l'autorisation du Parlement.

((M. Poilièvre invoque les luttes pour les droits du passé uniquement pour mieux écraser les luttes pour les droits d'aujourd'hui. La base économique, le caractère de classe et la politique de l'Angleterre de 1689 ne sont plus les mêmes, ils ont été transformés du tout au tout en Angleterre ainsi qu'au Canada. Partout dans le monde, la petite production d'antan a été submergée par la grande production industrielle qui a donné naissance au prolétariat moderne, la classe sociale la plus avancée et la plus nombreuse, qui possède des droits en raison de son caractère moderne et de son rôle indispensable dans l'économie socialisée. La classe ouvrière mène la bataille contre les détenteurs du capital et leurs représentants gouvernementaux pour défendre son droit de négocier sa réclamation à la valeur qu'elle produit et aux services qu'elle dispense.

Le gouvernement Harper, représentant les intérêts des détenteurs du capital, veut priver les travailleurs de leur droit de négocier leur réclamation à la valeur qu'ils produisent et aux services qu'ils dispensent ainsi que leurs conditions de travail. Poilièvre lance son attaque contre les droits de la classe ouvrière en falsifiant complètement l'origine de la valeur au sein des sociétés d'État, dites de la Couronne, et sur laquelle la classe ouvrière du secteur public fait sa réclamation. L'origine de cette valeur se trouve principalement dans son travail et non dans une « levée d'argent pour la Couronne ou à son usage ».

C'est plutôt la réclamation de Poilièvre en salaire, et celle de Harper et de leurs collègues à la Chambre et au Sénat, qui vient de « levées d'argent pour la Couronne ou à son usage ». Il n'en est pas ainsi pour la majorité des travailleurs du secteur public, y compris les travailleurs de la Société canadienne des postes, que Poilièvre prend à partie déformant la réalité. Il insinue que la Société canadienne des Postes et ses travailleurs ne produisent aucune valeur et ne contribuent rien à l'économie et au trésor public. Il dit que les Postes et ses travailleurs des postes et d'autres travailleurs du secteur public siphonnent le trésor public et que par conséquent ils ne devraient pas avoir le droit de négocier leur réclamation à la valeur qu'ils produisent ou leurs conditions de travail. Poilièvre défend une pensée rétrograde et ce qu'il prétend est faux, tant sur la question de l'origine de la valeur que sur la question du droit des travailleurs de négocier leurs réclamations sans égard à ce que les détenteurs du capital pensent de l'origine de la valeur.

M. Poilièvre invoque la Déclaration des droits de Grande-Bretagne du XVIIe siècle pour justifier le fait que lui et ses collègues parlementaires s'accordent le droit de décider de leur réclamation au trésor public pour le travail qu'ils accomplissent. En tant que députés au parlement, ils perçoivent de l'argent et se l'accordent à titre de salaires et dépenses. Pour Poilièvre et ses collègues, le droit de décider de leur réclamation est un privilège appartenant aux députés et non un droit qui revient à tous ceux qui travaillent. Les droits sont définis selon les conditions matérielles historiques et toute force sociale qui nie ces droits le fera à ses risques et périls.

Au cours de cette période tumultueuse du XVIIe siècle en Angleterre, le peuple insurgé exigeait ses droits et était déterminé à résoudre les problèmes politiques et sociaux de cette période de l'histoire. La Couronne avait affirmé son pouvoir absolu de priver le peuple de ses droits. Le peuple insurgé a alors privé la Couronne du pouvoir de priver le peuple de ses droits.

La Couronne au parlement aujourd'hui crée les conditions d'un déséquilibre en privant la classe ouvrière de ses droits. Affirmant à tort que les droits des travailleurs sont en contradiction avec la Déclaration des droits de l'Angleterre du XVIIe siècle, la dictature Harper tente de justifier l'adoption de lois privant la classe ouvrière travaillant au sein de sociétés d'État du droit de négocier sa réclamation à la valeur qu'elle produit et aux services qu'elle dispense. Ce projet de loi est contraire aux conditions du XXIe siècle et aux définitions modernes des droits et est par conséquent inacceptable. Harper et ses acolytes se préparent à une confrontation avec la classe ouvrière sur la question des droits modernes.

Les conservateurs profitent de leur emprise sur l'autorité d'État pour priver les travailleurs de leurs droits, ce qui place les travailleurs en position de confrontation directe avec la Couronne au parlement.

De façon similaire mais non identique au peuple insurgé de l'Angleterre du XVIIe siècle, la classe ouvrière du XXIe siècle a la détermination voulue pour défendre ses droits et faire en sorte qu'ils soient enchâssés et garantis par l'autorité d'État. La classe ouvrière doit répondre aux agissements rétrogrades de la dictature Harper en privant le gouvernement fédéral et d'autres niveaux de gouvernement au Canada du pouvoir de priver la classe ouvrière de ses droits.

Les Canadiens demandent à Stephen Harper et aux autres de son acabit au gouvernement de sérieusement réfléchir à ce qu'ils font. Veulent-ils vraiment être confrontés à un déséquilibre semblable à celui qu'a vécu la Couronne face au peuple insurgé de l'Angleterre du XVIIe siècle ? Ne devraient-ils pas plutôt éviter une telle confrontation ? Les agissements de Harper tels que reflétés dans des projets de lois comme le bill omnibus C-60 indiquent qu'il est prêt à courir le risque d'un tel déséquilibre. Le Marxiste-Léniniste est convaincu, par ailleurs, que la classe ouvrière canadienne et ses alliés sont en mesure de relever un tel défi.))

((À suivre : Contrairement à ce que prétend M. Poilièvre dans son délire, les travailleurs de la Société canadienne des postes produisent la valeur à laquelle ils font leurs réclamations. Ils ont le droit moderne de se prononcer de façon organisée et effective sur leurs réclamations à la valeur qu'ils produisent et sur des conditions de travail qui leurs sont acceptables, comme pour tous les travailleurs des secteurs publics et privés.))

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Le gouvernement Harper cherche à isoler et
criminaliser les travailleurs sans emploi

Matane: élimination du pouvoir discrétionnaire
des agents de l'AE de considérer
les conditions concrètes des régions

En avril, les quelque 120 travailleurs de l'usine Fruits de mer de l'Est du Québec à Matane se sont vus infliger un coup particulièrement dur de la part du gouvernement Harper dans le contexte de ses changements antisociaux à l'assurance-emploi. Les travailleurs doivent examiner de près ce que cette attaque nous dit sur la direction de l'offensive antisociale.

Cela faisait 17 ans qu'un arrangement existait leur permettant de travailler 7 jours d'affilée puis de toucher de l'assurance-emploi la semaine suivante. Plutôt que d'avoir la moitié de ces travailleurs en chômage et les autres avec plus d'heures, les heures de travail étaient divisées entre plus de travailleurs et l'assurance-emploi compensait jusqu'à un certain point pour les baisses de revenus. C'était une forme de travail partagé qui était fréquent dans les régions à taux de chômage particulièrement élevé et, selon les représentants des organisations de défense de chômeurs, il en existe encore de nombreux cas aujourd'hui. Ces arrangements étaient autorisés par les employeurs et les bureaux régionaux de l'assurance-emploi et ils réduisaient jusqu'à un certain point le nombre de travailleurs sans emploi dans un milieu donné. Le personnel des bureaux de l'assurance-emploi usait d'un pouvoir discrétionnaire lui permettant de tenir compte des conditions concrètes d'un milieu donné. L'arrangement en vigueur à Matane pendant 17 ans en était un exemple.

Les enquêteurs de l'assurance-emploi ont récemment décidé que cet arrangement est illégal en vertu de la Loi sur l'assurance-emploi. Ils l'ont aboli, ce qui a entraîné la mise à pied immédiate de 50 de ces travailleurs, et ils exigent même que 80 travailleurs remboursent leurs deux dernières années de prestations, quelque chose qui pourrait aller chercher dans les 14 000 $.

Selon les enquêteurs de l'assurance-emploi, les travailleurs qui travaillaient 7 jours d'affilée mais pas la semaine suivante ne faisaient pas réellement partie d'un arrangement de travail partagé dans un contexte de chômage élevé, mais étaient en congé la deuxième semaine pour se reposer de leur 7 jours de travail en ligne. La ministre des Ressources antihumaines Diane Finley a dit au Parlement que si ces travailleurs ne sont pas d'accord avec cette décision, ils n'ont qu'à s'en reporter au tribunal d'appel de l'assurance-emploi. On ne peut pas imaginer un mépris plus grand de la part d'un ministre pour des travailleurs qui viennent de perdre leur emploi dans une région déjà affectée par un chômage très élevé et avec peu d'activités économiques à part les industries saisonnières.

De toute évidence, la ministre des Ressources antihumaines ne se sent aucune responsabilité de faire en sorte que son gouvernement travaille à créer des emplois dans les régions les plus durement touchées par le chômage. C'est très pratique pour elle également d'omettre de dire que les travailleurs et les organisations de défense de chômeurs ont dénoncé les nouvelles procédures et structures d'appel que la ministre a instaurées comme étant un mécanisme pour appliquer les coupures à l'assurance-emploi, un semblant de procédures d'appel. Elle a même été plus loin en disant que la situation à Matane est sous enquête et qu'il y a eu de fausses déclarations de faites ayant mené au vol de centaines de milliers de dollars d'assurance-emploi. Tout cela de la part d'un gouvernement qui, de concert avec le gouvernement libéral avant, lui a soutiré « légalement » 57 milliards $ de « surplus» de la caisse de l'assurance-emploi (un «surplus» lui-même causé par les coupures drastiques à l'assurance-emploi). Cette somme a été affectée au service de la dette du Canada, pour payer les oligarques financiers.

Les travailleurs n'accepteront jamais que les travailleurs de Matane ont fait quelque chose d'illégal ou ont été impliqués dans quelque chose d'illégal quand ils ont pris part à un arrangement basé sur l'idée que le régime d'assurance-emploi est là pour pallier au problème du chômage et minimiser ses ravages dans les communautés. Tous ces gens se sont basés sur une interprétation de la loi qui n'a pas été contestée à ce moment-là et donc ces arrangements étaient considérés comme étant des arrangements acceptables de travail partagé.

Ce qui se passe maintenant, c'est que le gouvernement utilise tous les moyens à sa disposition pour couper les prestations. Quand il peut invoquer quelque chose dans la loi pour atteindre son but, il le fait, comme dans ce cas-ci où les enquêteurs prétendent que les travailleurs de Matane étaient simplement en congé quand ils ne travaillaient pas. Quand la loi ne convient pas à atteindre l'objectif d'intensifier la chasse aux sans-emploi, alors on la change. C'est ce qu'il a fait en enlevant de la loi certaines catégories d'emplois non convenables pour les prestataires, remplaçant la loi par des règlements totalement antiouvriers que le ministre peut en plus changer à volonté sans passer par le parlement.

La décision scandaleuse du gouvernement Harper concernant les travailleurs de Matane sera vraisemblablement suivie de décisions similaires dans d'autres régions. Ces décisions aboliront l'usage de pouvoir discrétionnaire des officiers de l'assurance-emploi pour tenir compte des conditions concrètes dans les régions et transformeront le personnel de l'assurance-emploi en simple instrument des coupures de prestations. Cela fait partie de tout l'arsenal que le gouvernement Harper s'est donné pour couper les prestations et abaisser les conditions de vie et de travail, avec entre autres l'espionnage accru des chômeurs, des règlements draconiens qui peuvent être changés à volonté, l'élimination du projet-pilote qui accordait cinq semaines de prestations supplémentaires aux travailleurs de certaines régions à taux de chômage particulièrement élevé et plusieurs autres mesures.

Les travailleurs ne sont pas des fraudeurs ou des criminels. Bien au contraire. Ils sont aux prises avec un système économique et des autorités qui ne sont pas capables et ne sont pas intéressés à fournir de l'emploi pour tous, ce qui crée des problèmes sans nombre pour les travailleurs, et malgré tout ce sont les travailleurs qui sont punis et criminalisés pour des problèmes qu'ils n'ont pas causés.

Cela ne doit pas passer ! Les travailleurs de Matane n'ont rien fait de mal ! Le gouvernement doit cesser son harcèlement contre les chômeurs et contre des régions qui souffrent déjà de la destruction du secteur manufacturier et vivent les temps les plus difficiles.

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Les communications verbales maintenant interdites entre les organisations de défense des sans-emploi et les agents de l'assurance-emploi

Des comités de défense de chômeurs ont été informés récemment qu'à partir de maintenant les communications verbales au sujet des dossiers des prestataires de l'assurance-emploi entre les comités de chômeurs, les syndicats et les avocats et les agents du programme de l'assurance-emploi seront interdites. À partir de maintenant, seules les communications par écrit ou par télécopieur sont acceptées. C'est un coup de plus porté par ce gouvernement antisocial qui fait tout en son pouvoir pour forcer les travailleurs sans emploi à se débrouiller par eux-mêmes et à faire face tous seuls au rouleau compresseur de l'assurance-emploi. Les syndicats et les organisations de défense des chômeurs se sont engagés à combattre cette nouvelle mesure et à forcer le gouvernement à reculer.

Les communications verbales directes, surtout par téléphone, entre les représentants des chômeurs et les agents de l'assurance-emploi assignés à leur répondre sont le pain quotidien des organisations qui représentent les sans-emploi. Les chômeurs se rendent au bureau de l'organisation et l'autorisent à les représenter auprès des agents de l'AE. Selon les activistes, un grand nombre de cas sont réglés tout de suite par une conversation téléphonique avec l'agent du programme quand le problème dans le dossier en est un de technicalité, d'erreurs administratives, de formulaire mal rempli, etc. Ils utilisent aussi ces conversations pour apprendre de l'agent pourquoi les prestations sont été coupées ou refusées, ce qui les aide à préparer la défense des travailleurs. Une fois que la prestation est coupée ou la demande rejetée, il n'y a que 30 jours pour demander une révision du dossier ou interjeter appel si la révision est défavorable au travailleur. Écrire une requête peut causer un délai énorme, d'autant plus que les organisations de défense n'ont que très peu de personnel et que le personnel de l'assurance-emploi est lui-même en train d'être réduit dans le contexte des coupes du gouvernement Harper dans la fonction publique fédérale.

Il y avait dans le programme de l'assurance-emploi du personnel qui était assigné à traiter avec les représentants des sans-emploi. On les appelait agents de liaison et ils étaient même dotés d'un certain pouvoir décisionnel. En 2010, cette position a été éliminée et remplacée par les spécialistes en services aux citoyens qui n'ont pas de pouvoir décisionnel mais peuvent néanmoins communiquer avec les représentants des chômeurs et être une courroie de transmission avec les instances décisionnelles. On vient de les remplacer par des machines à fax dont personne ne sait qui va s'en occuper !

Les activistes qui défendent les chômeurs disent que cette nouvelle mesure va rendre leur travail très difficile. Ils rappellent que le gouvernement avait tenté d'imposer cette mesure en 2010 et qu'il avait dû la retraiter parce que c'était le chaos total. Ils disent que cette mesure va pousser un nombre toujours plus grand de chômeurs vers les nouvelles procédures d'appel qui sont entrées en vigueur le 1er avril dans le cadre des changements antisociaux au programme de l'assurance-emploi. Cela va être le cas alors qu'il devient de plus en plus difficile de se préparer pour aller en appel et que les procédures d'appel elles-mêmes ont été saccagées.

Les instances d'appel d'avant la réforme comprenaient des conseils arbitraux opérant dans les régions sur une base tripartite — un président, un représentant des travailleurs et un représentant des employeurs. Il y avait plus de 800 personnes à travers le Canada qui travaillaient pour les procédures d'appel (ils s'occupaient à la fois des appels dans le cadre de l'AE et des appels dans le cadre du Régime de pensions du Canada et des pensions de la sécurité de la vieillesse). Si la décision du conseil arbitral était défavorable au travailleur, un appel pouvait être interjeté devant un juge-arbitre qui pouvait entériner ou rejeter la décision du conseil. Depuis le 1er avril, le régime d'appels (pour l'assurance-emploi et le régime des pensions) a été centralisé dans un Tribunal de la sécurité sociale qui siège à Ottawa et est dirigé par un individu unique assisté de 74 personnes à travers le pays, toutes nommées par le gouvernement. La façon dont le tribunal va opérer n'est pas encore complètement définie mais on sait déjà que les décisions vont être le fait d'un individu et non d'une équipe de trois, qu'avant de pouvoir interjeter appel le travailleur doit passer d'abord en révision de dossier, puis s'adresser à la division générale du tribunal et c'est seulement après, si les deux décisions lui sont défavorables, qu'il peut s'adresser à la division des appels du tribunal. Le gouvernement Harper ne cache pas que le but de ces nouvelles procédures est de diminuer drastiquement le nombre de cas qui se rendent en appel.

Les travailleurs et les organisations qui les représentent sont en train de se faire expulser du programme. C'est inacceptable et cela ne doit pas passer !

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Le nombre de prestataires de l'assurance-emploi continue de baisser

Selon Satistique Canada, le nombre de prestataires de l'assurance-emploi a baissé pour le 5e mois consécutif en mars 2013. Il a baissé de 1 % en mars comparativement à février (5200 prestataires en moins), soit un total de 523 700 prestataires. Par rapport à mars l'an dernier, le nombre de prestataires a baissé de 8,1 %. La tendance à la baisse se remarque dans toutes les provinces et tous les territoires. À Terre-Neuve-et-Labrador, le nombre de prestataires a baissé de 2,1 % de février à mars (de 31 420 à 30 770) et de 11,3 % depuis mars 2012 ; à l'Île-du-Prince-Édouard, la baisse a été de 0,5 % ( de 8080 à 8040) de février à mars et de 9,4 % depuis 1 an ; la Nouvelle-Écosse a connu une baisse de 0,8 % en mars et de 9,6 % depuis mars 2012 ; le Nouveau-Brunswick a connu une baisse de 0,4 % en mars et de 5,8 % depuis mars 2012 ; la baisse au Québec a été de 0,9 % en mars et de 8,8 % depuis un an. L'Ontario, le Manitoba, la Saskatchewan, l'Alberta, la Colombie-Britannique, le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut ont connu des baisses similaires, la seule exception étant le Nunavut où le nombre des bénéficiaires a augmenté de 4,2 % entre mars 2012 et mars 2013.

Statistique Canada ne fournit pas de données sur la nature de cette tendance à la baisse, sur le nombre de prestataires par exemple qui se sont fait couper leurs prestations ou ont vu leur demande rejetée, quelque chose qui est au coeur de la réforme du programme de l'assurance-emploi. Il y a une donnée cependant qui est très significative, soit le nombre des demandes de prestations qui sont faites. Pour recevoir des prestations, les travailleurs doivent d'abord faire une demande. Selon Statistique Canada, le nombre des nouvelles demandes et des demandes de renouvellement a augmenté de 3 % (6800 demandes) de février à mars, atteignant 230 700 en mars. C'est l'Alberta qui a connu la plus forte augmentation en mars (12,6 %), suivie du Nouveau-Brunswick (4,1 %), de la Nouvelle-Écosse (3,5 %), du Québec (3,5 %) et de l'Ontario (2,7 %). Le nombre de demandes nouvelles et de renouvellement a baissé de 6,3 % en février cette année (15 200 demandes en moins et un total de 223 900 demandes) et avait augmenté de 3,8 % en janvier, une augmentation de 8700 demandes pour un total de 238 500 demandes. Le nombre de prestataires baisse alors que le nombre de demandes est stable depuis cinq mois et connaît des mois de forte augmentation. Cela indique qu'un grand nombre de demandes sont rejetées.

Les représentations des comités de chômeurs ont déclaré aux médias qu'ils sont loin d'être impressionnés par ces chiffres à la baisse en ce qui concerne le nombre des prestataires. Selon eux, ces données sont la conséquence de l'assaut renouvelé contre les travailleurs sans emploi.

« Nous, ce qu'on voit sur le terrain, c'est beaucoup plus par rapport aux nouveaux critères qui ont été imposés, en plus des quotas imposés aux agents-enquêteurs de trouver les personnes qui ont commis une erreur dans leur dossier pour les sortir du régime, a dit Sylvain Bergeron, le coordonnateur de LASTUSE (Lieux d'actions et de services travaillant dans l'unité avec les sans-emploi). Dans l'étude d'impact, ils disaient que leur but était de sortir 8000 prestataires supplémentaires et d'économiser 30 millions $ par année. Alors, on voit bien que ce n'est pas parce que l'économie s'est améliorée. »

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