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Numéro 73 - 2
mai 2013
Pour le retrait
immédiat des
changements antisociaux à
l'assurance-emploi
50 000 manifestants s'engagent
à
bloquer cette attaque lâche contre les
travailleurs et leurs
régions
 
Pour
le
retrait
immédiat des changements antisociaux
à
l'assurance-emploi
• 50 000 manifestants
s'engagent à
bloquer cette attaque lâche contre les
travailleurs et leurs
régions
• Ce que les travailleurs
avaient à dire
Pour le retrait immédiat
des
changements antisociaux à
l'assurance-emploi
50 000 manifestants s'engagent à bloquer
cette
attaque lâche contre les travailleurs et
leurs régions
Le 27 avril dernier, plus de 50 000
personnes de
toutes les régions du Québec,
auxquelles se sont joints
des métallos de Hamilton, ont
convergé vers
Montréal pour une manifestation militante
contre les changements
antisociaux que le gouvernement Harper a faits au
programme de
l'assurance-emploi (AE).
Une manifestation sur le même sujet s'est
également tenue
à Edmunston au Nouveau-Brunswick le
même jour.
Les gens sont venus des 17 régions
administratives du Québec pour
l'événement, un
exploit qui mérite d'être
souligné. Pour les gens
des Îles-de-la-Madeleine, cela veut dire
cinq heures de bateau et
12 heures d'autobus.
Environ la moitié des manifestants
provenaient
d'en dehors de Montréal et de la
Montérégie. Les
gens ont commencé à arriver aux deux
points de
rassemblement vers midi. Ils ont
déployé leurs
bannières sur lesquelles on lisait qui ils
étaient et
d'où ils venaient, ils ont sorti leurs
pancartes sur lesquelles
on pouvait lire leurs demandes à la
défense des droits
des travailleurs et pour le retrait
immédiat de l'attaque
lâche que représente cette
réforme inacceptable
de l'assurance-emploi. C'était clair pour
tous que la
manifestation allait faire entendre haut et fort
la voix des
travailleurs : la demande sans
équivoque
que soit reconnu le droit des travailleurs et des
populations
régionales de vivre et travailler dans la
dignité dans
leur région et que la réforme de
l'AE soit abolie
immédiatement.
Chaque
contingent comprenait bon
nombre de travailleurs
qui sont immédiatement ciblés par la
réforme et
vivent les situations les plus difficiles. On
parle
des travailleurs saisonniers de la forêt,
des pêcheries, du
tourisme et d'autres secteurs saisonniers et
à emplois
précaires. Ce sont ces travailleurs qui ont
été au
coeur du travail d'organisation et des actions
depuis que le
gouvernement Harper a annoncé les
changements dans son budget de
mars 2012.
Ont participé avec eux des activistes des
organisations de défense des sans-emploi,
des travailleurs de la
construction par milliers
représentés par tous les
syndicats de la construction au Québec, des
travailleurs de
diverses entreprises manufacturières, des
enseignants et
d'autres travailleurs du secteur public, des
étudiants, des gens sur l'aide sociale
regroupés dans
leurs organisations de défense qui
combattent les coupures du
gouvernement du Québec.
Le plus gros contingent des travailleurs
industriels
après ceux de la construction était
celui de Hamilton,
organisé par la section locale 1005 du
Syndicat des Métallos représentant
les travailleurs de US
Steel.
Des
travailleurs en grève et
en lockout y
étaient eux aussi. On a pu voir notamment
un contingent des
travailleurs de la multinationale de produits
chimiques
pour la construction Mapei de Laval, en
grève depuis mai
2012 , et des travailleurs de tous les
concessionnaires
automobiles du Saguenay-Lac-Saint-Jean
organisés avec la Centrale des syndicats
démocratiques,
en lockout depuis le début mars.
Entre midi et le moment où les deux
manifestations se sont mises en marche, vers
13 heures 15, les
manifestants ont conversé avec animation,
exprimant leur colère et leur
détermination à ne
pas laisser passer la réforme Harper. Le
Marxiste-Léniniste
a recueilli plusieurs commentaires,
dont
voici certains parmi les plus significatifs :
« Nous sommes des travailleurs
honorables, a
dit une travailleuse des pêcheries des
Îles-de-la-Madeleine. Oui, nous sommes des
travailleurs
saisonniers, mais nous contribuons à
nourrir la population et
ça c'est important. Nous travaillons
très fort,
et malgré tout on se fait traiter de
paresseux et d'abuseurs du
programme d'assurance-emploi. »
« Je suis un ouvrier sylvicole, a dit
un
travailleur de La Tuque en Mauricie. C'est un
travail très
difficile et saisonnier — il n'y a pas grand-chose
qu'on
peut faire là-dessus — et je vis maintenant
ce qu'on appelle le
trou noir. C'est la période où nous
sommes sans revenus
pendant des mois, sans travail mais ayant
épuisé nos semaines sur
l'assurance-emploi. »
« Je travaille dans la construction au
Saguenay-Lac-Saint-Jean, a dit un autre
travailleur. Je le vois bien,
que l'économie ralentit. Rio Tinto a mis
sur
la glace son expansion à Arvida et on a eu
des fermetures
d'usines. Avec ces changements à
l'assurance-emploi, ça
va juste empirer. »

Le
contingent des
Métallos venus de Hamilton
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Les deux marches parties vers 13 heures 15,
sous un
soleil vibrant, se sont fusionnées peu
avant leur arrivée
à la Place des Festivals. Le
comédien
Emmanuel Bilodeau, le maître de
cérémonie pour le
spectacle organisé en l'honneur de cette
bataille sur
l'assurance-emploi, a souhaité la bienvenue
à tout le
monde. Il a appelé les représentants
de toutes les
organisations qui forment la Coalition
québécoise contre
la réforme de l'assurance-emploi à
venir le rejoindre
sur la scène et chaque représentant
a lu une phrase ou
deux de la déclaration de la Coalition dont
voici un
extrait :
« L'assurance-emploi
est
fondamentalement
un
régime d'assurance qui doit offrir une
protection aux
assurés contre le risque du chômage.
Le chômage
est un phénomène social qui exige
des solutions
collectives. Personne n'est à l'abri du
chômage. Avant
même votre réforme, moins d'un
chômeur sur deux
avait
droit à des prestations et elle en
réduira encore
d'avantage l'accès. [...]
« Non au déracinement des
travailleuses et des travailleurs causé par
l'obligation
d'accepter des emplois éloignés de
leurs proches. Non
à la
dévitalisation des régions. Non
à
l'appauvrissement des travailleuses et des
travailleurs et à la
dégradation de leurs conditions de travail.
Non à
l'obligation de
quitter son emploi régulier parce qu'il est
saisonnier. Non
à la discrimination envers les
travailleuses et travailleurs au
statut précaire et à contrat. Non
à
l'acharnement envers les travailleuses et
travailleurs des industries
saisonnières. Non à
l'individualisation de la
problématique du chômage et à
l'imposition de
solutions individuelles plutôt que
collectives. Non à
l'intimidation, à la stigmatisation,
à la surveillance et
à un contrôle abusif des
chômeuses et
chômeurs. Non
à vos quotas, à vos intrusions dans
la vie privée
des citoyennes et des citoyens. »
La foule a observé une minute de silence
à
l'occasion du 28 avril, Jour de deuil pour
les travailleurs
blessés ou tués au travail.
Le programme s'est poursuivi tard dans
l'après-midi avec chansons, danse,
poésie et humour pour
le plaisir des participants.

Ce que les travailleurs avaient à dire
Les travailleurs présents à la
manifestation du 27 avril ont exprimé
de plusieurs
façons la conscience qui les anime de
défendre le droit
d'être des
travailleurs en s'opposant à la
réforme du gouvernement
Harper du régime de l'assurance-emploi. Le
Marxiste-Léniniste
a discuté avec plusieurs
travailleurs dans le cours de la journée.
Voici certains des
commentaires qu'ils ont faits.
Éric Caron, Président du Syndicat
des
salariés
des produits de céramique et autres-(CSN),
usine de produits
chimiques pour bâtiment Mapei à Laval
LML :
Vous
êtes en grève depuis
un an et vous êtes venus en grand nombre
à la marche
d'aujourd'hui. Expliquez-nous où vous en
êtes et comment
se déroule votre conflit jusqu'à
maintenant ?
Éric Caron : Bien,
premièrement,
nous sommes effectivement une centaine de
travailleurs de notre usine qui sont en
grève
depuis le 4 mai 2012. La direction de l'usine
nous offre des
conditions qui sont inacceptables pour nous. Leurs
demandes s'attaquent
directement aux droits
à l'ancienneté. Elle veut être
capable de faire ce
qu'elle veut de tous les postes de l'usine sans
avoir à en
référer au syndicat.
Récemment, lors de notre
dernière
assemblée, nous avons voté à
99 % contre les
nouvelles propositions. On n'a plus rien à
perdre. C'est une
question de respect. C'est notre principale
demande, le respect des travailleurs.
LML : Pourquoi
Mapei
veut-elle abolir les droits à
l'ancienneté ?
EC : Nous croyons
qu'elle
essaie de se débarrasser du syndicat une
fois pour toutes. On ne
voit pas d'autres raisons. Mapei est
une multinationale italienne qui possède
près de
65 usines à travers le monde. Notre
usine se
spécialise dans la fabrication de carreaux
de céramique
et
de mortier en poudre. Notre production est
directement reliée au
secteur de la construction. L'automne dernier,
Mapei a fermé son
département d'emballage de
mortier en poudre. C'est une quarantaine d'emplois
de moins, soit la
moitié du personnel de l'usine de Laval. La
production a
été déménagée
à Toronto. Nous
avons une journée de négociation la
semaine prochaine, on
verra bien ce qui va se passer. Il faut s'opposer
aux attaques contres
les travailleurs et leurs droits.
C'est pour cela que l'on est ici aujourd'hui,
parce que la
réforme de Stephen Harper est une attaque
contre nos droits et
notre dignité.
Une travailleuse de la Grande
Bibliothèque du
Québec à Montréal
Nous aussi on va y passer. Le gouvernement du
Québec
a coupé 8 millions $ dans le
budget de fonctionnement
de la Grande Bibliothèque et cela va
affecter plus d'une
quinzaine de postes. Toutes ces
personnes vont se retrouver au chômage et
vont malheureusement
goûter à la médecine de Harper
et sa nouvelle loi
contre la réforme de l'assurance emploi.
Il n'y a pas un secteur qui n'est pas
touché en ce moment par
les attaques du gouvernement Harper. Il faut faire
quelque chose et la
marche d'aujourd'hui en
fait partie.
Un chauffeur de camion de la région
des Bois
Francs
La réforme de Stephen Harper, non
seulement va
rendre difficile la recherche
d'un emploi mais va bouleverser la vie de dizaines
de milliers de
personnes dans les régions. C'est une
attaque contre notre mode
de vie que l'on a toujours
connu. Il faut s'opposer aux décisions de
gouvernements qui nous
enlèvent le droit de vivre comme on veut.
Dans nos coins de
pays, on s'est fait une vie au
cours du temps mais ce genre de réforme
s'immisce pratiquement
dans notre vie privée et familiale et du
mieux vivre ensemble
dans nos communautés. C'est
inacceptable.
Un organisateur des Métallos
Ce qui est
important de comprendre,
c'est qu'il ne faut pas détacher la
réforme de Stephen
Harper
de la crise du secteur manufacturier au
Québec et au Canada.
Notre syndicat représente des travailleurs
de l'industrie
manufacturière qui sont les premiers
touchés
par les fermetures d'usines. Dans bien des cas, il
s'agit d'emplois
bien rémunérés qui sont
perdus. Lorsque des
travailleurs perdent ce genre d'emplois, ils se
retrouvent généralement dans une
situation très
difficile parce qu'il n'y a pas de travail dans
d'autres usines de sa
région qui correspond à son niveau
de vie.
Bien souvent, son salaire est coupé en deux
avec son nouvel
emploi. La réforme de l'assurance emploi va
compliquer
d'avantage la vie de ces travailleurs parce qu'ils
vont se voir
obligés, bien souvent, de
déménager eux et leur famille pour
se rapprocher de
leur nouvel emploi. Ce n'est pas une mince
affaire. De
plus, c'est sans compter sur les fluctuations de
l'économie qui
entraînent des mises à pied lors d'un
ralentissement de
production dans les grandes usines
manufacturières. Que va t-il arriver de ces
gens ? Vont-ils
se voir obliger de trouver un emploi à
70 % de leur salaire
avant que l'entreprise en
question les rappelle au travail ? Bref, la
réforme des
conservateurs est une attaque sur tous les plans
et ne doit pas passer.
Un travailleur de l'agroalimentaire
L'assurance-emploi dans les conditions
économiques actuelles c'est quelque chose
qui nous est
dû. Ça n'est pas un cadeau que nous
fait le gouvernement.
Je travaille dans le secteur de l'abattage de
porcs et nous sommes
constamment mis à pied lorsque
nous n'avons pas assez de porcs à abattre.
Avant, on avait droit
au temps partagé dans ces
moments-là. C'est-à-dire
que l'on travaillait trois jours et les deux
autres jours étaient payés par
l'assurance-emploi. On
réussissait à garder nos emplois de
cette façon
sans trop de perte de salaire. Dorénavant,
cet arrangement
n'existe plus. Ce que la compagnie exige est de
répartir les
heures tout au long de la semaine pour tout le
monde dans l'usine si on
veut éviter des mises à pied
permanentes. Laissez moi vous dire que les paies
ne sont pas grosses.
Ce
n'est tout de même pas de notre faute si la
crise du secteur
porcin n'en finit plus de durer.
Pourquoi c'est nous qui devons écoper tout
le temps ?
L'assurance emploi ça nous est dû et
il n'est pas question
d'accepter qu'elle soit saccagée.

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