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Numéro 71 - 30
avril
2013
La loi sur la lutte contre le
terrorisme reçoit la sanction royale
Les agences de
sécurité
pourront encore mieux se livrer impunément
à des
opérations clandestines

«Notre sécurité est dans la
lutte pour les droits
de tous!»
La
loi sur la lutte contre le terrorisme
reçoit la sanction royale
• Les agences de
sécurité
pourront encore mieux se livrer
impunément à des
opérations clandestines
• Une loi pour sanctionner
la terreur
d'État et l'impunité au pays et
à l'étranger - Philip
Fernandez
• Qu'est-ce que le
gouvernement essaie de
garder secret? - Enver Villamizar
La terreur
d'État au nom des plus grands
idéaux
• Les attentats de Boston,
l'explosion au Texas
et le danger des mesures d'un État
policier - Buffalo
Forum
• Les attentats de Boston:
l'exceptionnalisme
américain est-il maintenu en vie par
respirateur artificiel? - Nathan J.
Freeman
La loi sur la lutte contre le
terrorisme
reçoit la sanction royale
Les agences de sécurité pourront
encore
mieux se livrer impunément à des
opérations
clandestines
Le 24 avril le gouvernement Harper a
adopté
le projet de loi S7, Loi modifiant le Code
criminel, la Loi sur la
preuve au Canada et la Loi sur
la protection de l'information, du titre
abrégé Loi
sur
la
lutte contre le terrorisme, avec l'appui
des
libéraux par un vote de 183 contre
93. Parce qu'il avait d'abord été
débattu au
Sénat plutôt qu'à la Chambre
des communes, il
n'était pas nécessaire que le projet
de loi revienne au
Sénat comme
le veut la procédure habituelle. Il a donc
reçu la
sanction royale le lendemain et est devenu loi.
Le même jour où débutait le
débat en troisième lecture, la
dictature Harper
annonçait que les autorités
canadiennes, travaillant en
étroite collaboration avec
le FBI, avaient arrêté deux hommes
soupçonnés de conspiration pour
faire dérailler un
train de Via Rail entre Toronto et New-York. La
table était donc
mise
pour un débat dans les médias
concernant le timing
évident qui permet de mieux justifier les
mesures comprises dans
la nouvelle loi. Tout cela a également
permis de détourner l'attention des
pouvoirs étendus et
arbitraires que la dictature Harper vient
d'accorder aux
autorités policières canadiennes et
américaines.
La Loi sur la lutte contre le terrorisme
comporte deux volets principaux. Le premier est
qu'il rétablit
le
régime d'arrestation préventive qui
permet
de détenir des citoyens et résidents
canadiens sans
accusation sur la simple base de soupçon ou
de l'opinion qu'une
personne pourrait détenir une information
au sujet d'une autre personne
soupçonnée d'avoir
participé à une activité
terroriste. Par exemple,
une personne peut maintenant être
détenue jusqu'à
douze mois
sans accusation si elle est
soupçonnée d'avoir commis ou
d'avoir l'intention de commettre un acte
terroriste ou d'être
impliquée dans une activité
terroriste. La
loi accorde également à
l'État le pouvoir de
détenir pendant 90 jours une personne
soupçonnée
de détenir de l'information au sujet d'une
autre personne
soupçonnée de participation à
une activité
terroriste si elle refuse de coopérer ou de
s'engager à
témoigner plus tard. Enfin, la loi permet
aux autorités
d'arrêter
une personne qui, selon elle, s'apprête
à quitter le
Canada dans l'intention de commettre des actes
terroristes ou de
soutenir des actions terroristes.
Le
deuxième volet est que c'est
dorénavant une offense criminelle que de
divulguer un secret
d'État, que la loi ne définit pas,
ce qui veut dire qu'il
peut
s'agir de toute information que l'État
pourrait déclarer
matière à sécurité
nationale. Elle donne
à l'État le pouvoir de garder
secrètes toutes
sortes d'informations
relatives à des accusations ou des
interjections en appel de
personnes accusées d'activité
terroriste, surtout en ce
qui concerne la source des informations, ce
qui veut dire que l'État a davantage de
latitude pour utiliser
des espions et des agents provocateurs et de mener
des
opérations clandestines pour créer
une activité
terroriste. Elle donne au procureur
général du Canada le
pouvoir d'intervenir dans des procédures
judiciaires
provinciales pour empêcher la divulgation de
certaines informations que le gouvernement
fédéral
désire garder secrètes durant un
procès.
Il est à noter que durant le débat
en
troisième lecture, aucun des chefs de parti
à la Chambre
ne s'est prononcé pour ou contre le projet
de loi. Le projet
de loi a été présenté
par la
secrétaire parlementaire du Parti
conservateur en matière
de sécurité publique Candice Bergen.
Pendant que le
débat se déroulait
en Chambre, le ministre de la
Sécurité publique Vic Toews
a fait l'annonce de l'arrestation des deux
suspects dans l'affaire du
soi-disant « complot de
Via Rail ».
Le ministre a déclaré que les
arrestations
démontraient la nécessité de
la limitation des
droits prévue dans la loi du gouvernement
Harper.
« La
première responsabilité de tout
gouvernement est
d'assurer la sécurité de ses
citoyens, a-t-il dit. Notre
gouvernement prend cette responsabilité
très au
sérieux
et nous avons renforcé le cadre
législatif et
opérationnel de nos organismes
chargés de la
sécurité pour mener à bien ce
mandat. »Il a ajouté :
« Les arrestations d'aujourd'hui
démontrent que le
terrorisme continue d'être une menace
réelle pour le
Canada », bien qu'aucune preuve ne
fût établie
et qu'aucun suspect n'ait encore été
traduit devant un
tribunal. Les arrestations ont ainsi servi
à créer
l'impression d'une attaque imminente pouvant
justifier des
mesures de sécurité additionnelles,
comme le climat de
panique avait permis de justifier le confinement
des résidents
de Watertown après les
événements de
Boston.
Le ministre a conclu ses remarques en
disant :
« Notre gouvernement continuera
d'être vigilant et de
prendre les mesures nécessaires pour
protéger les Canadiens et leurs familles,
et nos alliés
qui partagent nos valeurs communes. »
Pourquoi le Canada ne
s'intéresserait-il qu'à
protéger ses
alliés et non pas tous les pays et peuples
du monde contre le
terrorisme ? Cela révèle la
nature
intéressée de cette loi. On nous dit
à toute fin
pratique
que le gouvernement Harper ne s'opposera pas au
terrorisme quand cela
sert ses intérêts et ceux de
l'impérialisme
américain. Autrement dit, il n'a pas
l'intention
de vraiment empêcher des actes terroristes,
il vise autre chose.
Mais cette autre chose ne peut pas être
discutée. On nous
faire croire que seulement ceux qui
sont d'accord avec le terrorisme ou qui sont mous
sur le terrorisme
voudraient remettre en question les intentions du
gouvernement.
Changements au SCRS pendant que la nouvelle
loi anti-terrorisme est adoptée
Le 23 avril, le cabinet du premier ministre
a
annoncé
la nomination du chef du Service canadien du
renseignement de
sécurité (SCRS), Richard Fadden, au
poste de ministre
adjoint de la Défense nationale. Fadden
sera remplacé par Michel Coulombe,
directeur adjoint des
opérations du SCRS. En mai 2010, M.
Coulombe aurait dit en
commission parlementaire au sujet
du traitement des détenus afghans que les
Canadiens seraient
sans doute disposés à accepter
l'utilisation de
renseignements obtenus par la torture si cela veut
dire sauver des vies. Selon les informations
recueillies par Jim
Bronskill de la Presse canadienne, Coulombe
était membre d'un
comité du SCRS chargé de
décider si des renseignements obtenus par
la torture peuvent
être partagés avec des services
étrangers du
renseignement.
La veille le premier ministre avait
annoncé la
nomination de Deborah Grey au Comité de
surveillance des
activités de renseignement de
sécurité (CSARS).
Ce dernier a pour fonction de
« superviser de
l'extérieur la façon dont le Service
canadien du
renseignement de sécurité exerce ses
fonctions ainsi que
d'examiner les plaintes formulées par des
particuliers et les
rapports des ministres portant sur les cotes de
sécurité
et la sécurité nationale du
Canada ».
Mme Grey a été la première
débutée du Parti réformiste
du Canada. Stephen
Harper était son secrétaire
parlementaire.
Celui qui a été président du
CSARS
en 2010-2011, le Dr Arthur Porter, a fait les
manchettes
récemment parce qu'il fait l'objet
d'accusations de corruption
dans l'affaire du mégaprojet hospitalier
McGill à
Montréal. Le gouvernement Harper a
jusqu'à présent
refusé toute responsabilité pour la
nomination de cet
individu corrompu au CSARS, affirmant que les
autres partis ne
s'étaient pas objectés à sa
nomination. Le Dr
Porter a démissionné de son poste en
2011 lorsqu'il fut
révélé qu'il avait des
liens avec un homme d'affaires israélien
décrit dans les
médias comme « possiblement un
marchand d'armes,
espion ou conseiller de dictateurs ».
Malgré cela, il
a quand même obtenu le poste très
convoité de
direction du mégaprojet de Montréal.

Une loi pour sanctionner la terreur
d'État
et l'impunité au pays et à
l'étranger
- Philip Fernandez -
Le 22 avril, alors que le parlement
s'apprêtait à débattre du
projet de loi S-7, Loi
sur
la
lutte contre le terrorisme, la GRC a
annoncé
qu'en étroite collaboration avec le FBI et
d'autres corps
policiers américains elle avait
exposé une
prétendue cellule du Al-Qaïda
basée en Iran qui
s'apprêtait
à faire sauter un train de Via Rail sur la
ligne Toronto-New
York. Deux hommes, Chiheb Esseghair,
résident canadien de 30 ans
originaire de Tunisie et étudiant
en doctorat, et Raed Jaser, un Palestinien de
35 ans vivant au
Canada depuis deux décennies, ont
été
arrêtés. La GRC a admis en
conférence de presse
qu'il n'y avait pas de plan d'attaque
précis mais qu'elle
surveillait ces deux hommes depuis août de
l'année
dernière et croyait qu'ils
« planifiaient »
une attaque.
Les deux hommes ont été
arrêtés à la suite d'une
opération digne de
la Gestapo — Esseghair alors qu'il mangeait dans
un restaurant McDonald
à la gare
centrale de Montréal et Jaser à son
travail à
Toronto. Pourquoi cela était-il
nécessaire après
neuf mois de surveillance, sinon pour terroriser
non seulement les
deux accusés mais les passants et pour
« communiquer » aux
Canadiens qu'il y a un danger
imminent et que par conséquent
l'État policier est
justifié. Pour « protéger
la
sécurité des Canadiens »,
les forces
policières peuvent arrêter n'importe
quand toute personne
que l'État désire cibler.
Par définition, cette activité
criminelle de
l'État viserait toujours des
étrangers. Dans le cas du
prétendu complot de Via Rail, les deux
hommes ont
déclaré que
les allégations à leur sujet ne sont
pas fondées
et ont annoncé leur intention de se
défendre devant les
tribunaux. Or, la loi anti-terrorisme permet qu'on
les
détienne sans accusations et que le tout se
fasse dans le secret.

La victime
du
projet Threadbare Fahim Kayani et
supporters
devant la Cour fédérale de
Toronto lors de sa
dernière
demande d'exonération. Ses demandes
répétées ont
été
refusées et il a finalement
été expulsé du
pays au
printemps 2004. (Project Threadbare)
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La nouvelle des arrestations a très vite
été répandue par les
médias
monopolisés, ce qui fait que la
susceptibilité du public
est tout de suite mise à l'épreuve.
Sans le temps de réfléchir et
d'examiner les faits, il
est soumis au préjugé racial envers
la communauté
musulmane en général et envers la
résistance
palestinienne
en particulier, ainsi qu'envers les
réfugiés qu'on dit
vouloir entrer au pays sous de faux
prétextes. Ce n'est pas la
première fois qu'on prétend avoir
exposé
« une cellule dormante
d'Al-Qaïda » au
Canada. En 2003, 19 étudiants
musulmans originaires du
Pakistan et de l'Inde et vivant dans la
région
du Toronto métropolitain ont
été la cible de
l'Opération Thread de la GRC. Seize d'entre
eux furent
expulsés du Canada. Ce n'est que beaucoup
plus tard que
nous avons appris que l'État avait
fabriqué les preuves
de liens à Al-Qaïda. On ne leur a
offert ni excuse ni
indemnisation pour cette atteinte à leurs
droits
humains fondamentaux et pour les
difficultés que cela leur a
causées au Canada et après leur
déportation.
Il y a également le cas des
« 18 de Toronto » en
2006, un autre groupe
de jeunes de minorité nationale
« piégés » par
l'État
canadien grâce à deux espions du SCRS
qui furent
très généreusement
récompensés pour
leurs services. Les accusations ont
été
abandonnées contre sept des
jeunes arrêtés parce qu'il n'y avait
aucune preuve contre
eux. Ils n'ont pas été
indemnisés pour le
traitement qu'ils ont subi et n'ont reçu
d'excuses ni du
gouvernement, ni de la police. Ils devront vivre
à jamais avec
le stigma d'avoir été
« des suspects
terroristes ». D'autres ont
« confessé »
sous chantage avoir participé à une
activité
terroriste. On leur a dit qu'ils risquaient de
très longues
peines d'emprisonnement s'ils résistaient.
Le timing de l'arrestation de Esseghair et Jaser,
tout
de suite après l'attentat de Boston, et la
participation du FBI
dans les deux cas montrent également
que les agences américaines sont de plus en
plus
présentes au Canada.

Qu'est-ce que le gouvernement
essaie de garder secret?
- Enver Villamizar -
Il est important de s'arrêter et d'examiner
de
façon posée la Loi sur la lutte
contre le terrorisme
que vient d'adopter le gouvernement Harper.
Le gouvernement et les médias ont
profité au maximum de
l'état d'anarchie et le chaos
créés au lendemain
des attentats de Boston et du confinement des
résidents de cette ville pour diviser les
Canadiens et les
empêcher d'examiner ce qui s'est produit et
ce que cherche
à faire le gouvernement canadien avec
l'adoption de la nouvelle loi anti-terrorisme.
Un
des aspects les plus
significatifs de la nouvelle loi est qu'elle donne
au gouvernement plus
de pouvoir pour maintenir ses agissements secrets.
Une fois
qu'une personne est accusée
d'activité terroriste, de
soutien à une activité terroriste ou
est
soupçonnée d'avoir de l'information
concernant une
activité terroriste,
elle peut être soumise à un
régime où le
droit de conscience et le besoin de preuve ne
s'appliquent plus. Cela
veut dire que les agences d'État ont plus
de
possibilité de cacher leur rôle dans
les opérations
clandestines où ce sont elles qui
organisent et facilitent les
actes illégaux et terroristes.
Au Canada, nous avons vu l'État se servir
d'agents
secrets et de taupes dans des opérations
clandestines où
des actes terroristes sont encouragés pour
voir
qui mordra à l'hameçon. Ce fut le
cas avec les
« 18 de Toronto ». Un
agent du SCRS avait
incité un groupe de jeunes à faire
la
« djihad », allant
jusqu'à organiser un
camp d'entraînement dans le nord de
l'Ontario et à leur
faciliter l'achat de matériaux servant
à fabriquer des
bombes.
Il est beaucoup question de
« radicalisation » ces
temps-ci mais on peut voir
que c'est l'État qui pousse cette
radicalisation et cache
ensuite sa
participation. La nouvelle loi permet à
l'État de se
servir d'opérations clandestines qui sont
à l'origine
d'actes illégaux. Si l'État peut
cacher sa participation,
les
citoyens sont plus ou moins forcés de faire
confiance aux
autorités et d'assumer qu'elles agissent
dans leur
intérêt. En pratique, l'État
et ses agences de
sécurité
ont usurpé le contrôle du
système judiciaire au
point où le procureur général
du Canada peut
maintenir intervenir dans des procédures
juridiques provinciales
pour empêcher la divulgation de certaines
informations même
si le juge croit qu'il est nécessaire que
l'information soit
rendue publique.
Il est
également
important de voir que l'appareil de
sécurité des
États-Unis opère de plus en plus au
Canada,
officiellement et officieusement. C'est ce qu'on
appelle l'intégration des appareils de
sécurité et
dans la pratique cette intégration veut
dire que les agences
canadiennes de sécurité et de
l'armé sont sous le
commandement du commandement américain.
Dans le cas des
arrestations en rapport avec le prétendu
« complot de
Via Rail », le gouvernement
a admis que le FBI a joué un rôle
clé. Il est connu
que les impérialistes américains se
servent
d'opérations clandestines pour commettre
des actes terroristes
et ensuite s'en servir comme prétexte pour
terroriser la
population et criminaliser la résistance
organisée ou
tout simplement la rendre impossible. On nous dit
ensuite que
le public est prêt à accepter les
violations des droits si
c'est pour protéger la population. Or,
l'opération de ces
agences au Canada est une des choses qui seront
maintenant plus facilement cachées avec la
nouvelle loi. Les
autorités des deux côtés de la
frontière ont
établi différents protocoles de
partage de l'information
pour garder le secret de leurs opérations
clandestines.
Il est également important de voir que
dans les
lois antiterrorisme du gouvernement Harper, la
définition de ce
qu'est un acte terroriste est toujours plus
élargie. Chaque nouvelle loi stipule
explicitement que si
l'État canadien ou ses alliés se
livrent à des
actes qui sont l'équivalent des actes
visés par la loi,
cela
ne doit pas être considéré
comme des actes
terroristes. Par exemple, le projet de loi S-9, Loi
sur le
terrorisme nucléaire,
présentement en
troisième
lecture à la Chambre des communes, stipule
que si un individu
s'en prend au fonctionnement d'une installation
nucléaire, cela
doit être considéré comme un
acte terroriste, mais si le gouvernement fait la
même chose, cela
doit être considéré comme
légal.
S'agirait-il d'une mesure pour protéger les
gouvernements
comme ceux d'Israël et des États-Unis
qui menacent
ouvertement d'attaquer les installations
nucléaires de l'Iran et
de la République populaire
démocratique de
Corée ?
La sécurité des Canadiens est dans
la
garantie des droits. Selon le gouvernement Harper,
seul l'État a
des droits qui sont garantis, pas les citoyens ou
résidents. L'État accorde des droits
aux citoyens et
résidents seulement dans la mesure
où ils sont
« équilibrés »
avec le droit de
l'État d'agir
impunément. Il ne faut pas tomber dans le
piège et
refuser cette définition
impérialiste des droits, une
définition qui remonte au Moyen-Âge.
Une définition
moderne des droits place les êtres humains
et leur
bien-être avant toute considération.
Les cercles dominants au Canada et aux
États-Unis
voient la résistance organisée de la
classe
ouvrière et de ses alliés comme les
Premières
Nations, au
pays comme à l'étranger, comme leur
plus grand ennemi et
problème. Ils veulent
désespérément
maintenir ce système dans lequel les fonds
publics et toutes
les ressources humaines et naturelles et
l'État lui-même
sont mis au service des monopoles. La nouvelle loi
antiterrorisme vise
ceux qui n'acceptent pas le diktat
monopoliste.

La terreur d'État au nom
des plus
grands idéaux
Les attentats de Boston, l'explosion au Texas
et le danger des mesures d'un État policier
- Buffalo Forum, 19 avril 2013 -
Buffalo Forum
pleure les victimes des attentats du
marathon de Boston et de l'explosion à
West, au Texas, d'une
installation d'entreposage d'engrais
chimique. Nous saluons les vaillants efforts des
premiers
répondants et d'autres qui sont intervenus
rapidement pour
assister les centaines de personnes
blessées
aux deux endroits, courant vers les explosions
plutôt que de s'en
éloigner. Dans les deux cas, l'élan
des gens cherchant
à s'entraider et à agir sans
égard à leur
propre sécurité est sans
équivoque. Nous
condamnons l'acte terroriste à Boston. Nous
condamnons les
crimes liés à l'explosion au Texas,
crimes
associés à des
conditions de travail dangereuses, à
l'entreposage dangereux de
matériaux explosifs et à
l'emplacement insensé des
installations dans un endroit entouré de
gens
et à proximité d'une école et
d'une
résidence pour personnes
aînées. Quatorze personnes
y ont perdu la vie et près de 200 personnes
ont
été blessées, alors que
d'autres manquent toujours à l'appel. Et
tandis que l'attentat
à Boston est traité comme un crime
exigeant
l'intervention massive des policiers et un
confinement
barricadé de la ville, l'explosion du Texas
est traitée
comme un simple accident.
La différence marquante entre les deux
incidents
est l'intervention du gouvernement et des agences
policières.
Les attentats de Boston ont été
à la une des
nouvelles nationales pendant une semaine
entière, avec reportage
quotidien du début à la fin. On a vu
l'imposition d'une
présence policière massive. Les
médias
monopolisés ont répandu une
allégation
mensongère après l'autre pour
ensuite se cacher
derrière le prétexte que le «
déroulement
rapide » des événements
faisait en sorte qu'il était impossible de
s'en tenir aux faits.
La police a publié une soi-disant citation
puisée sur
internet de l'un des individus qui aurait dit
qu'il
allait « tuer tout le monde »,
information qu'elle ne
pouvait confirmer selon son propre dire, mais
qu'elle n'a pas
cessé néanmoins de
répéter. Au cours des
événements qui se sont
bousculés le vendredi, le
langage utilisé pour décrire les
jeunes hommes avait
comme but de les déshumaniser. Ils
étaient les «
suspects
numéro 1 et 2 », donc aucune
ressemblance avec la
description qu'en faisaient leurs nombreux amis
à l'effet qu'ils
étaient des jeunes hommes amiables, fiables
et respectueux. Ils n'étaient plus
décrits comme
étant américains, bien que le
frère cadet ait
vécu aux États-Unis depuis un
très jeune âge
et qu'il ait complété
ses études à une école
secondaire de Boston.
Évidemment, lors de ses compétitions
de lutte, il
n'était pas stigmatisé en tant
qu'immigrant de la
Tchétchénie.
Voilà que désormais les
frères sont devenus des
« terroristes tchétchènes
».
Et c'est ainsi que le jeune homme en
détention
est traité. On lui refuse son droit
à un avocat et c'est
une équipe guantanamesque qui l'interroge.
Il est
déclaré
coupable, et non innocent jusqu'à preuve du
contraire. Sera-t-il
jugé devant un tribunal militaire ou civil
? Sera-t-il
jugé du tout, si on considère qu'il
sera sans
doute soumis à des séances de
torture et à
d'autres mesures pour lui soutirer une «
confession ».

Manifestation
contre
les attaques policières contre des
activistes contre la guerre à
Chicago au nom de la
« sécurité nationale
» le 27 septembre 2010
|
En surcroît, il est clair que le marathon
lui-même servait d'exercice pour la police
et l'armée
avant que les détonations ne se produisent.
Des chiens
renifleurs
de bombes, des tireurs d'élite, la Garde
nationale, tous
étaient sur les lieux au point de
départ et au point
d'arrivée ainsi que tout le long de la
course. Aussi,
on a eu recours à une intervention massive
de la police et
à des mesures d'État policier dans
le but de tuer ou de
capturer les deux jeunes. Le système de
transport public a été fermé,
les taxis
immobilisés et la ville en entier soumise
à un
confinement barricadé. Pourquoi un tel
déploiement alors
que l'une des deux
personnes avait déjà
été tuée et que
l'autre, à pied, était
blessée et donc
probablement à proximité du lieu des
échanges de
coups de feu ? Pourquoi avoir
alimenté la peur et pourquoi avoir
imposé de telles
mesures ? Devons-nous désormais nous
habituer à de telles
actions policières sans qu'aucun fait ne
vienne
en démontrer la nécessité ?
C'est un fait bien connu que le gouvernement a
déjà faussement identifié des
individus comme
étant impliqués dans des actes
terroristes. C'est aussi
un fait
bien connu que le FBI a lui-même
incité, organisé
et financé de nombreux complots à
l'aide d'informateurs
rémunérés. Quelle que soit la
situation actuelle,
le
rôle joué par le gouvernement et les
médias
à alimenter sans arrêt la peur et
à justifier les
mesures policières affectant la ville au
complet
représente un
dangereux précédent. C'est une
façon de rendre ces
actions acceptables, de développer l'appui
du public envers de
telles actions et de promouvoir l'impunité
du gouvernement à chaque fois qu'il
imposera de telles mesures
à l'avenir sous prétexte de
terrorisme «
potentiel ».
Le président Obama s'est rendu à
Boston,
il est intervenu aux funérailles. Lorsque
le jeune homme a
été arrêté il a fait
une autre
déclaration : « J'ai donné
des instructions au FBI, au département de
Homeland Security et
à notre collectivité du
renseignement de continuer de
déployer toutes les ressources voulues
pour appuyer l'enquête, cueillir des
renseignements et
protéger nos citoyens. » Il a
ajouté : « Nous
déterminerons ce qui s'est passé.
Nous enquêterons
sur les
associations de ces terroristes, et nous
continuerons de faire tout ce
qui est possible pour défendre la
sécurité de
notre peuple. »
Ce n'est pas le même scénario pour
le
Texas. Le gouvernement ne promet pas de
déployer
«
toutes les
ressources voulues » pour enquêter sur
les causes de
l'explosion et sur le degré de
responsabilité de la
compagnie et du gouvernement dans les
décès et les blessures encourus. Il
ne promet pas de
« faire tout ce qui est possible pour
défendre la
sécurité de notre peuple ».
Alors qu'il est vrai que
le
président a fait part de ses
condoléances à la
population de West, et qu'il a dit qu'ils auraient
« les
ressources dont ils ont besoin pour se refaire et
pour se
reconstruire », enquêter sur les
causes de l'explosion et
sur qui en est responsable ne semble pas
être urgent. Pourquoi
des décès et des blessures
causés par une
bombe d'engrais chimique sont-ils une
tragédie et non un crime?
West Fertilizer avait deux réservoirs de
12 000
gallons de gaz ammoniac entreposé sous
forme liquide à
haute pression. Il avait aussi entreposé
près de 540
000 livres de nitrate d'ammonium, un produit
chimique extrêmement
volatile. L'engrais à base de nitrate
d'ammonium est responsable
de l'un des pires accidents
industriels de l'histoire des États-Unis —
l'explosion d'un navire
porte-conteneurs en 1947 à Texas City, au
Texas, tuant plus de
500 personnes. Le même produit
a été uni à un combustible et
a servi à
Timothy McVeigh lorsque celui-ci a fait exploser
un édifice
fédéral à Oklahoma le 19
avril 1995. Malgré
tous ces faits
connus, l'installation d'engrais à West
était
située dans un quartier résidentiel
près d'une
école et d'une résidence pour
personnes
âgées, sans aucun plan ou
équipement d'urgence en
place pour intervenir en cas
d'explosion due au nitrate d'ammonium. La
compagnie West Fertilizer
avait aussi déclaré dans son plan
de gestion des risques en 2011, plan qui avait
été soumis
à l'Agence de protection de l'environnement
(EPA), que son gaz
d'ammoniac ne posait aucun danger
d'incendie ou d'explosion. La cause exacte de
l'incendie initial et de
l'explosion massive qui a suivi, tuant cinq
pompiers
bénévoles et quatre autres premiers
répondants, est toujours inconnue.
L'explosion, qui a secoué la terre telle
un
séisme d'une magnitude de 2,1, a
détruit tout autour
d'elle dans un rayon de cinq à six
pâtés de
maisons. Elle
a détruit de 50 à 75 maisons et une
école
intermédiaire. Elle a arraché les
murs et fait sauter le
toit d'un immeuble de 50 unités de
logement. De dangereux
produits chimiques entravent toujours les efforts
de recherche et de
sauvetage.
Un porte-parole du Conseil national de la
santé
et de la sécurité au travail a
avoué : « Il
nous faut un système qui fait en sorte que
les installations
essentiellement dangereuses sont tenues de
développer des plans
de prévention de désastres
détaillés avant
même qu'elles ne puissent opérer.
» Et pourtant,
voilà
que cette installation essentiellement dangereuse
a pu opérer et
n'est pas tenue de rendre des comptes pour les
personnes tuées
et blessées. Il en va de même
pour le gouvernement qui a autorisé cette
compagnie à
opérer.
Il y a eu davantage de morts et de blessés
et de
destruction au Texas, et le danger persiste, mais
cela ne semble pas
inciter à alimenter la peur et à
mettre la police en
branle dans des exercices d'État. La mort
de travailleurs
causée par des compagnies n'est pas de la
catégorie des
crimes nécessitant les « ressources
voulues » pour
enquêter et pour « défendre la
sécurité de notre peuple ». Buffalo Forum
rejette
les actions d'État policier
déployées à
Boston ainsi que la manipulation des sentiments et
des
préoccupations publics pour justifier ces
actions et
préparer les conditions pour de telles
actions plus tard. Tout
individu accusé d'actes terroristes est
innocent jusqu'à
preuve du contraire et a autant de droits que tout
autre individu
soupçonné de crime, y compris le
droit à un avocat
et de ne pas être soumis à la
torture.
Nous exigeons aussi que West Fertilizer et le
gouvernement soient tenus pleinement responsables
des crimes
liés aux morts, aux blessés et
à la destruction
à West, au Texas, et que le gouvernement
fédéral
intervienne immédiatement pour assurer la
sécurité
de tous les travailleurs et les résidents
de West et de tous
ceux travaillant à proximité de
telles usines de produits
chimiques et d'engrais représentant un
danger pour la population.

Les attentats de Boston: l'exceptionnalisme
américain est-il maintenu en vie par
respirateur artificiel?
- Nathan J. Freeman -
Le lundi 15 avril
(« 4-15 »)
un acte terroriste impardonnable a
été commis à la
ligne d'arrivée du marathon de Boston, une
activité
entièrement civile. Durant les quatre jours
qui ont suivi,
surtout au début, les autorités
policières ont
semblé paralysées et leur
intervention
désordonnée. Il
n'y a pas eu d'arrestation ou de suspect avant
72 heures. Puis en
soirée vendredi les représentants de
la police de Boston,
de la police du Massachusetts
et le FBI ont annoncé l'arrestation de deux
frères,
vivants, soupçonnés d'être
à l'origine des
attentats.
La publication par la police de photos de deux
suspects
s'éloignant rapidement du lieu des
explosions le jeudi a tout
à coup changé le scénario
médiatique.
Un des deux suspects, le plus vieux des deux
frères, a
été tué ce soir-là
lors d'une fusillade
près du campus du Massachusetts Institute
of Technologie (MIT).
C'était le premier véritable
incident
terroriste dans un lieu public, sans
« tueur
solitaire », en sol américain
depuis les attentats du
11 septembre 2001. Les deux
événements ont en commun
ceci de très important : plusieurs
corps policiers et de
sécurité sont complètement
paralysés pendant et tout de suite
après l'attaque sans
pourtant être eux-mêmes directement
sous attaque. Les
médias ont rapidement inondé les
ondes de
spéculations de toutes sortes sur qui en
étaient les
auteurs, sans la moindre preuve. Le 18 avril,
trois jours
après les explosions, il n'y avait plus de
questionnement sur les auteurs possibles. Les deux
frères (deux
immigrants russes avec des parents en
République de
Tchétchénie, dans le Caucase
postsoviétique) ont
été identifiés sur une bande
vidéo quittant
la scène des explosions. Tout était
élucidé
et il n'était plus nécessaire
d'aller plus loin.
Tôt vendredi matin l'autre frère
semblait
avoir échappé au filet, possiblement
blessé.
Durant les 18 heures
précédentes, tout Boston et
plusieurs districts
de la rive nord de la rivière Charles
avaient été
confinés pendant que les policiers allaient
de porte à
porte. Les résidents se sont fait dire de
ne pas sortir de
leur demeure et de ne laisser entrer personne sauf
les policiers. On a
si bien réussi à créer un
climat de peur
paralysante que les autorités
policières ont
réussi
à obtenir la coopération presque
entière de la
population sans une intervention du gouvernement
fédéral
et sans décréter un état
d'urgence, mis à
part la fermeture
du réseau de transport public. Il ne fait
pas de doute qu'on
avait tiré des leçons sur la
meilleure façon de
faire accepter au public un pouvoir d'urgence
fasciste
bien avant l'arrestation du dernier suspect.
Il est difficile de comprendre pourquoi les
responsables
du Homeland Security et du FBI sont restés
paralysés
pendant 72 heures après les attentats,
malgré la très forte présence
policière
à Boston durant cette fin de semaine. Il
n'y a pas eu de coup
d'État. Tout le monde a bien vu que le FBI
coordonnait
l'intervention des différents corps
policiers, mais il est quand
même resté dans l'ombre. Par exemple,
aucun
représentant des médias
monopolisés n'a osé
demander
la confirmation de la rumeur que les deux suspects
auraient
été recrutés dans une
opération clandestine
du FBI. Pourtant il y a eu de nombreux cas, ne
serait-ce
qu'au cours des derniers mois, d'incitation par un
agent du FBI à
une activité illégale dans le but de
commettre un acte
violent planifié d'avance pour ramasser
des preuves contre les personnes
impliquées.
Dans une perspective plus générale,
par
contre, il y a plusieurs choses importantes qui
ressortent dans la
réaction des autorités aux attentats
de Boston.
Beaucoup de commentateurs, dont certains
relativement bien
informés, ont fait remarquer le deux poids,
deux mesures des
autorités américaines qui financent
et soutiennent des actes terroristes partout dans
le monde
arabo-islamique tout en fermant les yeux sur un
possible rapport entre
ces agissements et les
événements qui se produisent en sol
américain.
C'est la maladie idéopolitique historique
qu'on appelle
« exceptionnalisme
américain » qu'on veut
taire.
L'exceptionnalisme américain est un terme
qui
décrit la croyance que l'expérience
américaine du
remplacement d'un pouvoir colonial étranger
par un ordre
républicain national est unique,
exceptionnel. Sa conviction
profonde est que les peuples des États-Unis
sont à jamais
immunisés contre les normes, leçons
et
règles du développement social et
économique de
l'humanité. (Cela comprend aussi la
présomption,
évidente dans les médias
monopolistes des
États-Unis, que
les interventions américaines
au-delà de leur territoire
sont altruistes et n'ont rien à voir avec
un plus fort qui pille
un plus faible.)
Après les attentats du 11 septembre
2001,
l'exceptionnalisme américain s'est refait
un visage en tant que
position idéologique justifiant les actes
de
terrorisme d'État infligés aux
peuples du monde par les
forces américaines. La revanche fut le
premier
déguisement. Les guerres d'agression et
d'occupation
en Afghanistan et en Iraq en furent la suite.
Pendant les huit
années du régime Bush-Cheney, les
idéologues du
Parti démocrate ont attribué ces
crimes contre
l'humanité à une position trop
extrême droite du
Parti républicain. Et évidemment,
depuis qu'Obama est
président, les innovations
« anti-terroristes »
et de « sécurité
nationale » de
Bush-Cheney sont maintenues et exploitées,
non pas
répudiées. Comme les
républicains avant eux, les
démocrates
prétendent que la revanche pour les
attentats du
11 septembre n'est pas
complétée. On refuse
d'admettre la faillite de l'exceptionnalisme
américain.
Le gouvernement voudra-t-il jamais aller au fond
des
choses et connaître la vérité
sur ces attentats qui
terrorisent la population ? Aujourd'hui,
à l'ère
où les États-Unis sont l'unique
superpuissance
militairement incontestable du monde, on ne peut
répondre
à cette question sans examiner ce qui est
advenu de
la doctrine de l'exceptionnalisme
américain.
Plus de dix années de preuves
accumulées
ont permis de confirmer que les forces
américaines infligent
quotidiennement au monde le terrorisme le plus
meurtrier qui soit. Mais quand il s'agit des cas
de fusillade en
territoire américain, des dizaines ne
serait-ce que ces
dernières années, on s'empresse
quand même
de blâmer des individus socialement
isolés,
« agissant seuls »,
malgré les nombreuses
preuves indirectes liant ces agissements à
ceux des forces
de l'ordre. Personne dans les médias
liés au gouvernement
ou aux grands monopoles privés de
l'information n'a osé
dire ou même laisser entendre que si l'on
veut savoir ce qui s'est produit le 15 avril
2013, il faut aussi
braquer les lumières sur la machinerie
d'État de
l'administration Obama.
Les corps policiers vont se féliciter de
leur bon
travail et cela n'ira pas plus loin. Rien n'a
changé et rien ne
changera à la suite des attentats de
Boston. C'est
ainsi que la seule chose plus dysfonctionnelle que
la doctrine de
l'exceptionnalisme américain est le refus
de remettre en
question la foi inébranlable dans la
doctrine de l'exceptionnalisme américain.

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Marxiste-Léniniste
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