Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 71 - 30 avril 2013

La loi sur la lutte contre le terrorisme reçoit la sanction royale

Les agences de sécurité pourront encore mieux se livrer impunément à des opérations clandestines


«Notre sécurité est dans la lutte pour les droits de tous!»

La loi sur la lutte contre le terrorisme reçoit la sanction royale
Les agences de sécurité pourront encore mieux se livrer impunément à des opérations clandestines
Une loi pour sanctionner la terreur d'État et l'impunité au pays et à l'étranger - Philip Fernandez
Qu'est-ce que le gouvernement essaie de garder secret? - Enver Villamizar

La terreur d'État au nom des plus grands idéaux
Les attentats de Boston, l'explosion au Texas et le danger des mesures d'un État policier - Buffalo Forum
Les attentats de Boston: l'exceptionnalisme américain est-il maintenu en vie par respirateur artificiel? - Nathan J. Freeman


La loi sur la lutte contre le terrorisme reçoit la sanction royale

Les agences de sécurité pourront encore mieux se livrer impunément à des opérations clandestines

Le 24 avril le gouvernement Harper a adopté le projet de loi S7, Loi modifiant le Code criminel, la Loi sur la preuve au Canada et la Loi sur la protection de l'information, du titre abrégé Loi sur la lutte contre le terrorisme, avec l'appui des libéraux par un vote de 183 contre 93. Parce qu'il avait d'abord été débattu au Sénat plutôt qu'à la Chambre des communes, il n'était pas nécessaire que le projet de loi revienne au Sénat comme le veut la procédure habituelle. Il a donc reçu la sanction royale le lendemain et est devenu loi.

Le même jour où débutait le débat en troisième lecture, la dictature Harper annonçait que les autorités canadiennes, travaillant en étroite collaboration avec le FBI, avaient arrêté deux hommes soupçonnés de conspiration pour faire dérailler un train de Via Rail entre Toronto et New-York. La table était donc mise pour un débat dans les médias concernant le timing évident qui permet de mieux justifier les mesures comprises dans la nouvelle loi. Tout cela a également permis de détourner l'attention des pouvoirs étendus et arbitraires que la dictature Harper vient d'accorder aux autorités policières canadiennes et américaines.

La Loi sur la lutte contre le terrorisme comporte deux volets principaux. Le premier est qu'il rétablit le régime d'arrestation préventive qui permet de détenir des citoyens et résidents canadiens sans accusation sur la simple base de soupçon ou de l'opinion qu'une personne pourrait détenir une information au sujet d'une autre personne soupçonnée d'avoir participé à une activité terroriste. Par exemple, une personne peut maintenant être détenue jusqu'à douze mois sans accusation si elle est soupçonnée d'avoir commis ou d'avoir l'intention de commettre un acte terroriste ou d'être impliquée dans une activité terroriste. La loi accorde également à l'État le pouvoir de détenir pendant 90 jours une personne soupçonnée de détenir de l'information au sujet d'une autre personne soupçonnée de participation à une activité terroriste si elle refuse de coopérer ou de s'engager à témoigner plus tard. Enfin, la loi permet aux autorités d'arrêter une personne qui, selon elle, s'apprête à quitter le Canada dans l'intention de commettre des actes terroristes ou de soutenir des actions terroristes.

Le deuxième volet est que c'est dorénavant une offense criminelle que de divulguer un secret d'État, que la loi ne définit pas, ce qui veut dire qu'il peut s'agir de toute information que l'État pourrait déclarer matière à sécurité nationale. Elle donne à l'État le pouvoir de garder secrètes toutes sortes d'informations relatives à des accusations ou des interjections en appel de personnes accusées d'activité terroriste, surtout en ce qui concerne la source des informations, ce qui veut dire que l'État a davantage de latitude pour utiliser des espions et des agents provocateurs et de mener des opérations clandestines pour créer une activité terroriste. Elle donne au procureur général du Canada le pouvoir d'intervenir dans des procédures judiciaires provinciales pour empêcher la divulgation de certaines informations que le gouvernement fédéral désire garder secrètes durant un procès.

Il est à noter que durant le débat en troisième lecture, aucun des chefs de parti à la Chambre ne s'est prononcé pour ou contre le projet de loi. Le projet de loi a été présenté par la secrétaire parlementaire du Parti conservateur en matière de sécurité publique Candice Bergen. Pendant que le débat se déroulait en Chambre, le ministre de la Sécurité publique Vic Toews a fait l'annonce de l'arrestation des deux suspects dans l'affaire du soi-disant « complot de Via Rail ».

Le ministre a déclaré que les arrestations démontraient la nécessité de la limitation des droits prévue dans la loi du gouvernement Harper. « La première responsabilité de tout gouvernement est d'assurer la sécurité de ses citoyens, a-t-il dit. Notre gouvernement prend cette responsabilité très au sérieux et nous avons renforcé le cadre législatif et opérationnel de nos organismes chargés de la sécurité pour mener à bien ce mandat. »Il a ajouté : « Les arrestations d'aujourd'hui démontrent que le terrorisme continue d'être une menace réelle pour le Canada », bien qu'aucune preuve ne fût établie et qu'aucun suspect n'ait encore été traduit devant un tribunal. Les arrestations ont ainsi servi à créer l'impression d'une attaque imminente pouvant justifier des mesures de sécurité additionnelles, comme le climat de panique avait permis de justifier le confinement des résidents de Watertown après les événements de Boston.

Le ministre a conclu ses remarques en disant : « Notre gouvernement continuera d'être vigilant et de prendre les mesures nécessaires pour protéger les Canadiens et leurs familles, et nos alliés qui partagent nos valeurs communes. » Pourquoi le Canada ne s'intéresserait-il qu'à protéger ses alliés et non pas tous les pays et peuples du monde contre le terrorisme ? Cela révèle la nature intéressée de cette loi. On nous dit à toute fin pratique que le gouvernement Harper ne s'opposera pas au terrorisme quand cela sert ses intérêts et ceux de l'impérialisme américain. Autrement dit, il n'a pas l'intention de vraiment empêcher des actes terroristes, il vise autre chose. Mais cette autre chose ne peut pas être discutée. On nous faire croire que seulement ceux qui sont d'accord avec le terrorisme ou qui sont mous sur le terrorisme voudraient remettre en question les intentions du gouvernement.

Changements au SCRS pendant que la nouvelle
loi anti-terrorisme est adoptée

Le 23 avril, le cabinet du premier ministre a annoncé la nomination du chef du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Richard Fadden, au poste de ministre adjoint de la Défense nationale. Fadden sera remplacé par Michel Coulombe, directeur adjoint des opérations du SCRS. En mai 2010, M. Coulombe aurait dit en commission parlementaire au sujet du traitement des détenus afghans que les Canadiens seraient sans doute disposés à accepter l'utilisation de renseignements obtenus par la torture si cela veut dire sauver des vies. Selon les informations recueillies par Jim Bronskill de la Presse canadienne, Coulombe était membre d'un comité du SCRS chargé de décider si des renseignements obtenus par la torture peuvent être partagés avec des services étrangers du renseignement.

La veille le premier ministre avait annoncé la nomination de Deborah Grey au Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité (CSARS). Ce dernier a pour fonction de « superviser de l'extérieur la façon dont le Service canadien du renseignement de sécurité exerce ses fonctions ainsi que d'examiner les plaintes formulées par des particuliers et les rapports des ministres portant sur les cotes de sécurité et la sécurité nationale du Canada ».

Mme Grey a été la première débutée du Parti réformiste du Canada. Stephen Harper était son secrétaire parlementaire.

Celui qui a été président du CSARS en 2010-2011, le Dr Arthur Porter, a fait les manchettes récemment parce qu'il fait l'objet d'accusations de corruption dans l'affaire du mégaprojet hospitalier McGill à Montréal. Le gouvernement Harper a jusqu'à présent refusé toute responsabilité pour la nomination de cet individu corrompu au CSARS, affirmant que les autres partis ne s'étaient pas objectés à sa nomination. Le Dr Porter a démissionné de son poste en 2011 lorsqu'il fut révélé qu'il avait des liens avec un homme d'affaires israélien décrit dans les médias comme « possiblement un marchand d'armes, espion ou conseiller de dictateurs ». Malgré cela, il a quand même obtenu le poste très convoité de direction du mégaprojet de Montréal.

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Une loi pour sanctionner la terreur d'État
et l'impunité au pays et à l'étranger

Le 22 avril, alors que le parlement s'apprêtait à débattre du projet de loi S-7, Loi sur la lutte contre le terrorisme, la GRC a annoncé qu'en étroite collaboration avec le FBI et d'autres corps policiers américains elle avait exposé une prétendue cellule du Al-Qaïda basée en Iran qui s'apprêtait à faire sauter un train de Via Rail sur la ligne Toronto-New York. Deux hommes, Chiheb Esseghair, résident canadien de 30 ans originaire de Tunisie et étudiant en doctorat, et Raed Jaser, un Palestinien de 35 ans vivant au Canada depuis deux décennies, ont été arrêtés. La GRC a admis en conférence de presse qu'il n'y avait pas de plan d'attaque précis mais qu'elle surveillait ces deux hommes depuis août de l'année dernière et croyait qu'ils « planifiaient » une attaque.

Les deux hommes ont été arrêtés à la suite d'une opération digne de la Gestapo — Esseghair alors qu'il mangeait dans un restaurant McDonald à la gare centrale de Montréal et Jaser à son travail à Toronto. Pourquoi cela était-il nécessaire après neuf mois de surveillance, sinon pour terroriser non seulement les deux accusés mais les passants et pour « communiquer » aux Canadiens qu'il y a un danger imminent et que par conséquent l'État policier est justifié. Pour « protéger la sécurité des Canadiens », les forces policières peuvent arrêter n'importe quand toute personne que l'État désire cibler. Par définition, cette activité criminelle de l'État viserait toujours des étrangers. Dans le cas du prétendu complot de Via Rail, les deux hommes ont déclaré que les allégations à leur sujet ne sont pas fondées et ont annoncé leur intention de se défendre devant les tribunaux. Or, la loi anti-terrorisme permet qu'on les détienne sans accusations et que le tout se fasse dans le secret.


La victime du projet Threadbare Fahim Kayani et supporters
devant la Cour fédérale de Toronto lors de sa dernière
demande d'exonération. Ses demandes répétées ont été
refusées et il a finalement été expulsé du pays au
printemps 2004. (Project Threadbare)

La nouvelle des arrestations a très vite été répandue par les médias monopolisés, ce qui fait que la susceptibilité du public est tout de suite mise à l'épreuve. Sans le temps de réfléchir et d'examiner les faits, il est soumis au préjugé racial envers la communauté musulmane en général et envers la résistance palestinienne en particulier, ainsi qu'envers les réfugiés qu'on dit vouloir entrer au pays sous de faux prétextes. Ce n'est pas la première fois qu'on prétend avoir exposé « une cellule dormante d'Al-Qaïda » au Canada. En 2003, 19 étudiants musulmans originaires du Pakistan et de l'Inde et vivant dans la région du Toronto métropolitain ont été la cible de l'Opération Thread de la GRC. Seize d'entre eux furent expulsés du Canada. Ce n'est que beaucoup plus tard que nous avons appris que l'État avait fabriqué les preuves de liens à Al-Qaïda. On ne leur a offert ni excuse ni indemnisation pour cette atteinte à leurs droits humains fondamentaux et pour les difficultés que cela leur a causées au Canada et après leur déportation.

Il y a également le cas des « 18 de Toronto » en 2006, un autre groupe de jeunes de minorité nationale « piégés » par l'État canadien grâce à deux espions du SCRS qui furent très généreusement récompensés pour leurs services. Les accusations ont été abandonnées contre sept des jeunes arrêtés parce qu'il n'y avait aucune preuve contre eux. Ils n'ont pas été indemnisés pour le traitement qu'ils ont subi et n'ont reçu d'excuses ni du gouvernement, ni de la police. Ils devront vivre à jamais avec le stigma d'avoir été « des suspects terroristes ». D'autres ont « confessé » sous chantage avoir participé à une activité terroriste. On leur a dit qu'ils risquaient de très longues peines d'emprisonnement s'ils résistaient.

Le timing de l'arrestation de Esseghair et Jaser, tout de suite après l'attentat de Boston, et la participation du FBI dans les deux cas montrent également que les agences américaines sont de plus en plus présentes au Canada.

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Qu'est-ce que le gouvernement
essaie de garder secret?

Il est important de s'arrêter et d'examiner de façon posée la Loi sur la lutte contre le terrorisme que vient d'adopter le gouvernement Harper. Le gouvernement et les médias ont profité au maximum de l'état d'anarchie et le chaos créés au lendemain des attentats de Boston et du confinement des résidents de cette ville pour diviser les Canadiens et les empêcher d'examiner ce qui s'est produit et ce que cherche à faire le gouvernement canadien avec l'adoption de la nouvelle loi anti-terrorisme.

Un des aspects les plus significatifs de la nouvelle loi est qu'elle donne au gouvernement plus de pouvoir pour maintenir ses agissements secrets. Une fois qu'une personne est accusée d'activité terroriste, de soutien à une activité terroriste ou est soupçonnée d'avoir de l'information concernant une activité terroriste, elle peut être soumise à un régime où le droit de conscience et le besoin de preuve ne s'appliquent plus. Cela veut dire que les agences d'État ont plus de possibilité de cacher leur rôle dans les opérations clandestines où ce sont elles qui organisent et facilitent les actes illégaux et terroristes.

Au Canada, nous avons vu l'État se servir d'agents secrets et de taupes dans des opérations clandestines où des actes terroristes sont encouragés pour voir qui mordra à l'hameçon. Ce fut le cas avec les « 18 de Toronto ». Un agent du SCRS avait incité un groupe de jeunes à faire la « djihad », allant jusqu'à organiser un camp d'entraînement dans le nord de l'Ontario et à leur faciliter l'achat de matériaux servant à fabriquer des bombes.

Il est beaucoup question de « radicalisation » ces temps-ci mais on peut voir que c'est l'État qui pousse cette radicalisation et cache ensuite sa participation. La nouvelle loi permet à l'État de se servir d'opérations clandestines qui sont à l'origine d'actes illégaux. Si l'État peut cacher sa participation, les citoyens sont plus ou moins forcés de faire confiance aux autorités et d'assumer qu'elles agissent dans leur intérêt. En pratique, l'État et ses agences de sécurité ont usurpé le contrôle du système judiciaire au point où le procureur général du Canada peut maintenir intervenir dans des procédures juridiques provinciales pour empêcher la divulgation de certaines informations même si le juge croit qu'il est nécessaire que l'information soit rendue publique.

Il est également important de voir que l'appareil de sécurité des États-Unis opère de plus en plus au Canada, officiellement et officieusement. C'est ce qu'on appelle l'intégration des appareils de sécurité et dans la pratique cette intégration veut dire que les agences canadiennes de sécurité et de l'armé sont sous le commandement du commandement américain. Dans le cas des arrestations en rapport avec le prétendu « complot de Via Rail », le gouvernement a admis que le FBI a joué un rôle clé. Il est connu que les impérialistes américains se servent d'opérations clandestines pour commettre des actes terroristes et ensuite s'en servir comme prétexte pour terroriser la population et criminaliser la résistance organisée ou tout simplement la rendre impossible. On nous dit ensuite que le public est prêt à accepter les violations des droits si c'est pour protéger la population. Or, l'opération de ces agences au Canada est une des choses qui seront maintenant plus facilement cachées avec la nouvelle loi. Les autorités des deux côtés de la frontière ont établi différents protocoles de partage de l'information pour garder le secret de leurs opérations clandestines.

Il est également important de voir que dans les lois antiterrorisme du gouvernement Harper, la définition de ce qu'est un acte terroriste est toujours plus élargie. Chaque nouvelle loi stipule explicitement que si l'État canadien ou ses alliés se livrent à des actes qui sont l'équivalent des actes visés par la loi, cela ne doit pas être considéré comme des actes terroristes. Par exemple, le projet de loi S-9, Loi sur le terrorisme nucléaire, présentement en troisième lecture à la Chambre des communes, stipule que si un individu s'en prend au fonctionnement d'une installation nucléaire, cela doit être considéré comme un acte terroriste, mais si le gouvernement fait la même chose, cela doit être considéré comme légal. S'agirait-il d'une mesure pour protéger les gouvernements comme ceux d'Israël et des États-Unis qui menacent ouvertement d'attaquer les installations nucléaires de l'Iran et de la République populaire démocratique de Corée ?

La sécurité des Canadiens est dans la garantie des droits. Selon le gouvernement Harper, seul l'État a des droits qui sont garantis, pas les citoyens ou résidents. L'État accorde des droits aux citoyens et résidents seulement dans la mesure où ils sont « équilibrés » avec le droit de l'État d'agir impunément. Il ne faut pas tomber dans le piège et refuser cette définition impérialiste des droits, une définition qui remonte au Moyen-Âge. Une définition moderne des droits place les êtres humains et leur bien-être avant toute considération.

Les cercles dominants au Canada et aux États-Unis voient la résistance organisée de la classe ouvrière et de ses alliés comme les Premières Nations, au pays comme à l'étranger, comme leur plus grand ennemi et problème. Ils veulent désespérément maintenir ce système dans lequel les fonds publics et toutes les ressources humaines et naturelles et l'État lui-même sont mis au service des monopoles. La nouvelle loi antiterrorisme vise ceux qui n'acceptent pas le diktat monopoliste.

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La terreur d'État au nom des plus grands idéaux

Les attentats de Boston, l'explosion au Texas
et le danger des mesures d'un État policier

Buffalo Forum pleure les victimes des attentats du marathon de Boston et de l'explosion à West, au Texas, d'une installation d'entreposage d'engrais chimique. Nous saluons les vaillants efforts des premiers répondants et d'autres qui sont intervenus rapidement pour assister les centaines de personnes blessées aux deux endroits, courant vers les explosions plutôt que de s'en éloigner. Dans les deux cas, l'élan des gens cherchant à s'entraider et à agir sans égard à leur propre sécurité est sans équivoque. Nous condamnons l'acte terroriste à Boston. Nous condamnons les crimes liés à l'explosion au Texas, crimes associés à des conditions de travail dangereuses, à l'entreposage dangereux de matériaux explosifs et à l'emplacement insensé des installations dans un endroit entouré de gens et à proximité d'une école et d'une résidence pour personnes aînées. Quatorze personnes y ont perdu la vie et près de 200 personnes ont été blessées, alors que d'autres manquent toujours à l'appel. Et tandis que l'attentat à Boston est traité comme un crime exigeant l'intervention massive des policiers et un confinement barricadé de la ville, l'explosion du Texas est traitée comme un simple accident.

La différence marquante entre les deux incidents est l'intervention du gouvernement et des agences policières. Les attentats de Boston ont été à la une des nouvelles nationales pendant une semaine entière, avec reportage quotidien du début à la fin. On a vu l'imposition d'une présence policière massive. Les médias monopolisés ont répandu une allégation mensongère après l'autre pour ensuite se cacher derrière le prétexte que le « déroulement rapide » des événements faisait en sorte qu'il était impossible de s'en tenir aux faits. La police a publié une soi-disant citation puisée sur internet de l'un des individus qui aurait dit qu'il allait « tuer tout le monde », information qu'elle ne pouvait confirmer selon son propre dire, mais qu'elle n'a pas cessé néanmoins de répéter. Au cours des événements qui se sont bousculés le vendredi, le langage utilisé pour décrire les jeunes hommes avait comme but de les déshumaniser. Ils étaient les « suspects numéro 1 et 2 », donc aucune ressemblance avec la description qu'en faisaient leurs nombreux amis à l'effet qu'ils étaient des jeunes hommes amiables, fiables et respectueux. Ils n'étaient plus décrits comme étant américains, bien que le frère cadet ait vécu aux États-Unis depuis un très jeune âge et qu'il ait complété ses études à une école secondaire de Boston. Évidemment, lors de ses compétitions de lutte, il n'était pas stigmatisé en tant qu'immigrant de la Tchétchénie. Voilà que désormais les frères sont devenus des « terroristes tchétchènes ».

Et c'est ainsi que le jeune homme en détention est traité. On lui refuse son droit à un avocat et c'est une équipe guantanamesque qui l'interroge. Il est déclaré coupable, et non innocent jusqu'à preuve du contraire. Sera-t-il jugé devant un tribunal militaire ou civil ? Sera-t-il jugé du tout, si on considère qu'il sera sans doute soumis à des séances de torture et à d'autres mesures pour lui soutirer une « confession ».


Manifestation contre les attaques policières contre des
activistes contre la guerre à Chicago au nom de la
« sécurité nationale » le 27 septembre 2010

En surcroît, il est clair que le marathon lui-même servait d'exercice pour la police et l'armée avant que les détonations ne se produisent. Des chiens renifleurs de bombes, des tireurs d'élite, la Garde nationale, tous étaient sur les lieux au point de départ et au point d'arrivée ainsi que tout le long de la course. Aussi, on a eu recours à une intervention massive de la police et à des mesures d'État policier dans le but de tuer ou de capturer les deux jeunes. Le système de transport public a été fermé, les taxis immobilisés et la ville en entier soumise à un confinement barricadé. Pourquoi un tel déploiement alors que l'une des deux personnes avait déjà été tuée et que l'autre, à pied, était blessée et donc probablement à proximité du lieu des échanges de coups de feu ? Pourquoi avoir alimenté la peur et pourquoi avoir imposé de telles mesures ? Devons-nous désormais nous habituer à de telles actions policières sans qu'aucun fait ne vienne en démontrer la nécessité ?

C'est un fait bien connu que le gouvernement a déjà faussement identifié des individus comme étant impliqués dans des actes terroristes. C'est aussi un fait bien connu que le FBI a lui-même incité, organisé et financé de nombreux complots à l'aide d'informateurs rémunérés. Quelle que soit la situation actuelle, le rôle joué par le gouvernement et les médias à alimenter sans arrêt la peur et à justifier les mesures policières affectant la ville au complet représente un dangereux précédent. C'est une façon de rendre ces actions acceptables, de développer l'appui du public envers de telles actions et de promouvoir l'impunité du gouvernement à chaque fois qu'il imposera de telles mesures à l'avenir sous prétexte de terrorisme « potentiel ».

Le président Obama s'est rendu à Boston, il est intervenu aux funérailles. Lorsque le jeune homme a été arrêté il a fait une autre déclaration : « J'ai donné des instructions au FBI, au département de Homeland Security et à notre collectivité du renseignement de continuer de déployer toutes les ressources voulues pour appuyer l'enquête, cueillir des renseignements et protéger nos citoyens. » Il a ajouté : « Nous déterminerons ce qui s'est passé. Nous enquêterons sur les associations de ces terroristes, et nous continuerons de faire tout ce qui est possible pour défendre la sécurité de notre peuple. »

Ce n'est pas le même scénario pour le Texas. Le gouvernement ne promet pas de déployer

« toutes les ressources voulues » pour enquêter sur les causes de l'explosion et sur le degré de responsabilité de la compagnie et du gouvernement dans les décès et les blessures encourus. Il ne promet pas de « faire tout ce qui est possible pour défendre la sécurité de notre peuple ». Alors qu'il est vrai que le président a fait part de ses condoléances à la population de West, et qu'il a dit qu'ils auraient « les ressources dont ils ont besoin pour se refaire et pour se reconstruire », enquêter sur les causes de l'explosion et sur qui en est responsable ne semble pas être urgent. Pourquoi des décès et des blessures causés par une bombe d'engrais chimique sont-ils une tragédie et non un crime?

West Fertilizer avait deux réservoirs de 12 000 gallons de gaz ammoniac entreposé sous forme liquide à haute pression. Il avait aussi entreposé près de 540 000 livres de nitrate d'ammonium, un produit chimique extrêmement volatile. L'engrais à base de nitrate d'ammonium est responsable de l'un des pires accidents industriels de l'histoire des États-Unis — l'explosion d'un navire porte-conteneurs en 1947 à Texas City, au Texas, tuant plus de 500 personnes. Le même produit a été uni à un combustible et a servi à Timothy McVeigh lorsque celui-ci a fait exploser un édifice fédéral à Oklahoma le 19 avril 1995. Malgré tous ces faits connus, l'installation d'engrais à West était située dans un quartier résidentiel près d'une école et d'une résidence pour personnes âgées, sans aucun plan ou équipement d'urgence en place pour intervenir en cas d'explosion due au nitrate d'ammonium. La compagnie West Fertilizer avait aussi déclaré dans son plan de gestion des risques en 2011, plan qui avait été soumis à l'Agence de protection de l'environnement (EPA), que son gaz d'ammoniac ne posait aucun danger d'incendie ou d'explosion. La cause exacte de l'incendie initial et de l'explosion massive qui a suivi, tuant cinq pompiers bénévoles et quatre autres premiers répondants, est toujours inconnue.

L'explosion, qui a secoué la terre telle un séisme d'une magnitude de 2,1, a détruit tout autour d'elle dans un rayon de cinq à six pâtés de maisons. Elle a détruit de 50 à 75 maisons et une école intermédiaire. Elle a arraché les murs et fait sauter le toit d'un immeuble de 50 unités de logement. De dangereux produits chimiques entravent toujours les efforts de recherche et de sauvetage.

Un porte-parole du Conseil national de la santé et de la sécurité au travail a avoué : « Il nous faut un système qui fait en sorte que les installations essentiellement dangereuses sont tenues de développer des plans de prévention de désastres détaillés avant même qu'elles ne puissent opérer. » Et pourtant, voilà que cette installation essentiellement dangereuse a pu opérer et n'est pas tenue de rendre des comptes pour les personnes tuées et blessées. Il en va de même pour le gouvernement qui a autorisé cette compagnie à opérer.

Il y a eu davantage de morts et de blessés et de destruction au Texas, et le danger persiste, mais cela ne semble pas inciter à alimenter la peur et à mettre la police en branle dans des exercices d'État. La mort de travailleurs causée par des compagnies n'est pas de la catégorie des crimes nécessitant les « ressources voulues » pour enquêter et pour « défendre la sécurité de notre peuple ». Buffalo Forum rejette les actions d'État policier déployées à Boston ainsi que la manipulation des sentiments et des préoccupations publics pour justifier ces actions et préparer les conditions pour de telles actions plus tard. Tout individu accusé d'actes terroristes est innocent jusqu'à preuve du contraire et a autant de droits que tout autre individu soupçonné de crime, y compris le droit à un avocat et de ne pas être soumis à la torture.

Nous exigeons aussi que West Fertilizer et le gouvernement soient tenus pleinement responsables des crimes liés aux morts, aux blessés et à la destruction à West, au Texas, et que le gouvernement fédéral intervienne immédiatement pour assurer la sécurité de tous les travailleurs et les résidents de West et de tous ceux travaillant à proximité de telles usines de produits chimiques et d'engrais représentant un danger pour la population.

* Buffalo Forum est une publication de l'Organisation marxiste-léniniste des États-Unis.

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Les attentats de Boston: l'exceptionnalisme américain est-il maintenu en vie par respirateur artificiel?

Le lundi 15 avril (« 4-15 ») un acte terroriste impardonnable a été commis à la ligne d'arrivée du marathon de Boston, une activité entièrement civile. Durant les quatre jours qui ont suivi, surtout au début, les autorités policières ont semblé paralysées et leur intervention désordonnée. Il n'y a pas eu d'arrestation ou de suspect avant 72 heures. Puis en soirée vendredi les représentants de la police de Boston, de la police du Massachusetts et le FBI ont annoncé l'arrestation de deux frères, vivants, soupçonnés d'être à l'origine des attentats.

La publication par la police de photos de deux suspects s'éloignant rapidement du lieu des explosions le jeudi a tout à coup changé le scénario médiatique. Un des deux suspects, le plus vieux des deux frères, a été tué ce soir-là lors d'une fusillade près du campus du Massachusetts Institute of Technologie (MIT).

C'était le premier véritable incident terroriste dans un lieu public, sans « tueur solitaire », en sol américain depuis les attentats du 11 septembre 2001. Les deux événements ont en commun ceci de très important : plusieurs corps policiers et de sécurité sont complètement paralysés pendant et tout de suite après l'attaque sans pourtant être eux-mêmes directement sous attaque. Les médias ont rapidement inondé les ondes de spéculations de toutes sortes sur qui en étaient les auteurs, sans la moindre preuve. Le 18 avril, trois jours après les explosions, il n'y avait plus de questionnement sur les auteurs possibles. Les deux frères (deux immigrants russes avec des parents en République de Tchétchénie, dans le Caucase postsoviétique) ont été identifiés sur une bande vidéo quittant la scène des explosions. Tout était élucidé et il n'était plus nécessaire d'aller plus loin.

Tôt vendredi matin l'autre frère semblait avoir échappé au filet, possiblement blessé. Durant les 18 heures précédentes, tout Boston et plusieurs districts de la rive nord de la rivière Charles avaient été confinés pendant que les policiers allaient de porte à porte. Les résidents se sont fait dire de ne pas sortir de leur demeure et de ne laisser entrer personne sauf les policiers. On a si bien réussi à créer un climat de peur paralysante que les autorités policières ont réussi à obtenir la coopération presque entière de la population sans une intervention du gouvernement fédéral et sans décréter un état d'urgence, mis à part la fermeture du réseau de transport public. Il ne fait pas de doute qu'on avait tiré des leçons sur la meilleure façon de faire accepter au public un pouvoir d'urgence fasciste bien avant l'arrestation du dernier suspect.

Il est difficile de comprendre pourquoi les responsables du Homeland Security et du FBI sont restés paralysés pendant 72 heures après les attentats, malgré la très forte présence policière à Boston durant cette fin de semaine. Il n'y a pas eu de coup d'État. Tout le monde a bien vu que le FBI coordonnait l'intervention des différents corps policiers, mais il est quand même resté dans l'ombre. Par exemple, aucun représentant des médias monopolisés n'a osé demander la confirmation de la rumeur que les deux suspects auraient été recrutés dans une opération clandestine du FBI. Pourtant il y a eu de nombreux cas, ne serait-ce qu'au cours des derniers mois, d'incitation par un agent du FBI à une activité illégale dans le but de commettre un acte violent planifié d'avance pour ramasser des preuves contre les personnes impliquées.

Dans une perspective plus générale, par contre, il y a plusieurs choses importantes qui ressortent dans la réaction des autorités aux attentats de Boston. Beaucoup de commentateurs, dont certains relativement bien informés, ont fait remarquer le deux poids, deux mesures des autorités américaines qui financent et soutiennent des actes terroristes partout dans le monde arabo-islamique tout en fermant les yeux sur un possible rapport entre ces agissements et les événements qui se produisent en sol américain. C'est la maladie idéopolitique historique qu'on appelle « exceptionnalisme américain » qu'on veut taire.

L'exceptionnalisme américain est un terme qui décrit la croyance que l'expérience américaine du remplacement d'un pouvoir colonial étranger par un ordre républicain national est unique, exceptionnel. Sa conviction profonde est que les peuples des États-Unis sont à jamais immunisés contre les normes, leçons et règles du développement social et économique de l'humanité. (Cela comprend aussi la présomption, évidente dans les médias monopolistes des États-Unis, que les interventions américaines au-delà de leur territoire sont altruistes et n'ont rien à voir avec un plus fort qui pille un plus faible.)

Après les attentats du 11 septembre 2001, l'exceptionnalisme américain s'est refait un visage en tant que position idéologique justifiant les actes de terrorisme d'État infligés aux peuples du monde par les forces américaines. La revanche fut le premier déguisement. Les guerres d'agression et d'occupation en Afghanistan et en Iraq en furent la suite. Pendant les huit années du régime Bush-Cheney, les idéologues du Parti démocrate ont attribué ces crimes contre l'humanité à une position trop extrême droite du Parti républicain. Et évidemment, depuis qu'Obama est président, les innovations « anti-terroristes » et de « sécurité nationale » de Bush-Cheney sont maintenues et exploitées, non pas répudiées. Comme les républicains avant eux, les démocrates prétendent que la revanche pour les attentats du 11 septembre n'est pas complétée. On refuse d'admettre la faillite de l'exceptionnalisme américain.

Le gouvernement voudra-t-il jamais aller au fond des choses et connaître la vérité sur ces attentats qui terrorisent la population ? Aujourd'hui, à l'ère où les États-Unis sont l'unique superpuissance militairement incontestable du monde, on ne peut répondre à cette question sans examiner ce qui est advenu de la doctrine de l'exceptionnalisme américain.

Plus de dix années de preuves accumulées ont permis de confirmer que les forces américaines infligent quotidiennement au monde le terrorisme le plus meurtrier qui soit. Mais quand il s'agit des cas de fusillade en territoire américain, des dizaines ne serait-ce que ces dernières années, on s'empresse quand même de blâmer des individus socialement isolés, « agissant seuls », malgré les nombreuses preuves indirectes liant ces agissements à ceux des forces de l'ordre. Personne dans les médias liés au gouvernement ou aux grands monopoles privés de l'information n'a osé dire ou même laisser entendre que si l'on veut savoir ce qui s'est produit le 15 avril 2013, il faut aussi braquer les lumières sur la machinerie d'État de l'administration Obama.

Les corps policiers vont se féliciter de leur bon travail et cela n'ira pas plus loin. Rien n'a changé et rien ne changera à la suite des attentats de Boston. C'est ainsi que la seule chose plus dysfonctionnelle que la doctrine de l'exceptionnalisme américain est le refus de remettre en question la foi inébranlable dans la doctrine de l'exceptionnalisme américain.


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