Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 70 - 29 avril 2013

28 avril, Jour de deuil pour les travailleurs blessés ou tués au travail

Dénonçons le massacre des travailleurs
des usines textiles du Bangladesh

 
Nous honorons leur mémoire


De gauche à droite: Escuminac, au Nouveau-Brunswick, monument aux pêcheurs; Lunenburg en
Nouvelle-Écosse, monument  aux pêcheurs perdus en mer; Bathurst au Nouveau-Brunswick,
monument aux travailleurs de la forêt, des mines et des fonderies.



De gauche à droite: Pictou, en Nouvelle-Écosse, monument aux travailleurs tués lors du désastre de la
mine Westray; New Waterford en Nouvelle-Écosse, monument en hommage à Bill Davis tué durant
une manifestation de mineurs en grève; Valleyfield au Québec, en hommage aux travailleurs irlandais tués
pendant leur grève pour de meilleures conditions de travail pendant la construction du canal de Beauharnois.


De gauche à droite: Buckingham au Québec, en hommage aux travailleurs forestiers tués pendant leur
lutte pour syndiquer les moulins MacLaren; Ottawa, monument aux travailleurs morts pendant la
construction du Canal Rideau.



De gauche à droite: monument aux mineurs de Sudbury en hommage aux travailleurs tués dans la
catastrophe de Falconbridge



De gauche à droite: Kirkland Lake en Ontario, monument aux mineurs; Blind River en Ontario, monument aux bûcherons; Port Elgin en Ontario, monument aux travailleurs de l’automobile


De gauche à droite: Toronto, monument aux travailleurs tués dans le désastre de Hoggs Hollow en
construisant un tunnel souterrain; Toronto, plaque commémorative aux infirmières mortes au travail
pendant l’épidémie du SRAS .



De gauche à droite: monument aux travailleurs chinois du rail; en hommage aux jeunes travailleurs tués à l’ouvrage; Hamilton, monument du Jour de deuil


De gauche à droite: murale en hommage à la Grève de Winnipeg de 1919; Monument au Jour de deuil à Edmonton; monument au Jour de deuil à Fort McMurray


De gauche à droite: pierres tombales des mineurs de charbon d’Estavan en Saskatchewan et de
l’organisateur des mineurs Ginger Goodwin de Cumberland en Colombie-Britannique, tous tués en défendant
le droit des travailleurs de s’organiser; Vancouver, monument aux monteurs d’acier tués en 1958 lors
de l’effondrement d’une partie du pont Second Narrows.



De gauche à droite: monument aux pêcheurs au filet à Steveston en Colombie-Britannique; Lake Cowichan en Colombie-Britannique, monument aux travailleurs forestiers

28 avril, Jour de deuil pour les travailleurs blessés ou tués au travail
Dénonçons le massacre des travailleurs des usines textiles du Bangladesh
Les gouvernements doivent garantir le droit à des conditions de travail saines et sécuritaires
Entrevues
Tueries en milieu de travail au Bangladesh - Pritilata Waddedar

À titre d'information
Un peu d'histoire et quelques chiffres


28 avril, Jour de deuil pour les travailleurs blessés ou tués au travail

Dénonçons le massacre des travailleurs
des usines textiles du Bangladesh


Action militante des travailleurs du Bangladesh à Dhaka le 26 avril contre la tuerie des travailleurs du textile dans un effondrement d'édifice et contre l'exploitation brutale des travailleurs par les employeurs locaux et les monopoles étrangers

Le Marxiste-Léniniste se joint aux travailleurs du Bangladesh et du monde pour exprimer son horreur et sa condamnation de la tuerie de masse des travailleurs des usines de textile du Bangladesh. Le 24 avril, un immeuble de 8 étages abritant plusieurs usines de textile au Bangladesh s'est effondré alors que des milliers de travailleurs s'y trouvaient. Selon les médias du Bangladesh, il y avait près de 5000 travailleurs à l'intérieur de l'édifice quand il s'est effondré. Dans son rapport du 26 avril, l'armée du Bangladesh confirme que plus de 300 travailleurs ont été tués et plus de 1000 blessés. Des centaines d'autres sont portés disparus et ne seront peut-être jamais retrouvés. Les enfants qui se trouvaient dans la crèche d'enfants dans l'édifice ont peut-être été tués ou blessés eux aussi.

Les travailleurs du textile de partout au Bangladesh ont quitté le travail pour tenir des manifestations pour exiger que le propriétaire de l'édifice et les dirigeants des usines soient arrêtés et traduits en justice et qu'on arrête le carnage au travail. Le jour suivant l'effondrement de l'édifice, des milliers de travailleurs ont manifesté à Savar dans le quartier des usines, bloquant les routes, fermant les usines et affrontant la police dans le cours de la manifestation. Toutes les usines du textile de Dhaka, Savar, Ashulia, Gazipur, Narayanganj et Maona, qui représentent 60 % de l'industrie textile, ont été fermées par les grèves et les manifestations.

En cette occasion du Jour de deuil pour les travailleurs blessés ou tués au travail et à l'approche du Premier Mai, Journée internationale de la classe ouvrière, l'attention des travailleurs se tourne vers ce massacre au Bangladesh. Le Marxiste-Léniniste dénonce l'oligarchie financière internationale, les monopoles mondiaux de la vente de détail et leurs laquais au Bangladesh qui ont perpétré le massacre des travailleurs. Nous dénonçons également la désinformation faite par les médias canadiens qui versent des larmes de crocodile pour les victimes mais excusent les responsables en disant que les Canadiens veulent des vêtements à bon marché et que le carnage est le prix à payer pour les obtenir.

Haut de page


Les gouvernements doivent garantir le droit à des conditions de travail saines et sécuritaires

Le 28 avril 2013 est le 29e anniversaire du Jour de deuil pour les travailleurs blessés ou tués au travail. Encore une fois cette année, les travailleurs ont organisé des cérémonies, des réunions et observé des minutes de silence aux endroits de travail pour pleurer les morts et combattre pour les vivants. Au Québec, les syndicats ont organisé des minutes de silence dans les endroits de travail vendredi le 26 et une minute de silence a aussi été observée par les 50 000 participants à la manifestation du 27 avril à Montréal contre les changements régressifs faits par le gouvernement Harper au régime de l'assurance-emploi.

Selon l'Organisation internationale du travail (OIT), 6300 travailleurs meurent chaque jour dans le monde des suites de blessures au travail ou de maladies professionnelles, pour un total de 2,3 millions par année. Les décès et les blessures frappent avec une violence particulière les travailleurs d'Asie, d'Afrique, d'Amérique latine et des Caraïbes à cause de leur surexploitation aux mains des monopoles. Selon l'OIT, sur les 2,3 millions de décès reliés au travail qui se produisent dans le monde chaque année, environ 321 000 sont causés par des blessures au travail et 2,02 millions par des maladies professionnelles.

Au Canada, environ 1000 travailleurs décèdent chaque année à la suite de blessures au travail et de maladies professionnelles. Ce chiffre officiel est bien en deçà de la réalité parce que les gouvernements et les commissions de compensation refusent de reconnaître bon nombre de maladies professionnelles surtout celles qui relèvent de l'exposition à des produits toxiques. On essaie de faire croire aux gens que le nombre de blessures au travail est en baisse au point où, selon les données officielles pour le Canada, entre 2005 et 2011 le nombre des blessures aurait baissé de plus de 25 %, soit de 337 000 à 249 511. Personne ne va croire que c'est mathématiquement possible que le nombre de décès reste le même pendant que celui des blessures baisse de 25 %. Ces chiffres ne correspondent pas à ce que vivent les travailleurs non plus. Ce n'est pas le nombre des blessures qui diminue, mais le nombre de celles qui sont déclarées et reconnues comme étant reliées au travail par les diverses commissions de compensation. La baisse du nombre des blessures déclarées vient du fait que la santé et la sécurité au travail sont devenues un terrain privilégié des monopoles pour prendre des actions disciplinaires et criminaliser les travailleurs. Ils punissent ceux qui rapportent des blessures ou demandent des conditions sécuritaires et récompensent ceux qui ne déclarent pas de blessures.

Chose encore plus importante, le thème de la santé et de la sécurité sert de plus en plus de prétexte aux entreprises pour attaquer les organisations de défense collective des travailleurs et laisser les travailleurs à eux-mêmes et les forcer à traiter avec les entreprises en tant qu'individus isolés. De la même manière, les politiques déclarées de « zéro accident » que proclament plusieurs monopoles sont des politiques antiouvrières qui consistent à faire de la désinformation sur ce qui se passe réellement dans les endroits de travail et à saper la capacité des travailleurs de se défendre collectivement.

Les décès par maladies professionnelles couvrent une grande gamme de maladies, allant des cancers, de la tuberculose et diverses maladies pulmonaires causés par l'exposition à des produits toxiques jusqu'au stress, à l'anxiété et à la dépression qui mènent aux crises cardiaques et même aux suicides. Dans les sept dernières années et demie, sept travailleurs des postes se sont enlevé la vie dans la région de Montréal. Dans certains cas, ils se sont confiés à leurs collègues de travail et à leurs proches avant de s'enlever la vie ; ils leur ont dit qu'ils n'en pouvaient plus des conditions de travail inhumaines chez Postes canada.

L'intervention des gouvernements pour garantir le droit de monopole plutôt que le droit public est un facteur majeur qui contribue à créer une atmosphère de chaos au travail, ce qui a des conséquences dévastatrices pour les travailleurs et leurs communautés. Les grèves et les lockouts sont devenus une occasion pour les grandes entreprises d'opérer les endroits de travail en violation des normes et procédures de sécurité, avec un personnel non formé et en expérimentant de soi-disant nouvelles méthodes en violation des normes en vigueur, méthodes qu'ils essaient d'imposer aux travailleurs une fois de retour au travail. Les gouvernements donnent carte blanche aux monopoles qui enfreignent les normes de sécurité notamment en périodes de conflits de travail en prétendant que ce sont là des « décisions d'affaires » qui ne regardent pas les travailleurs ou la société. Le climat de criminalisation qui a envahi les places de travail autour des questions de santé et de sécurité n'est possible que parce que les gouvernements abdiquent leurs responsabilités envers la santé et la sécurité des travailleurs.

Le refus des gouvernements de défendre le droit public se voit également à la guerre de tranchée qu'ils livrent aux travailleurs accidentés qui se battent pour une compensation adéquate comme quelque chose qui leur revient de droit. Les gouvernements prétendent que les régimes d'indemnisation sont dans un état de crise financière appréhendée et que par conséquent les prestations des travailleurs accidentés doivent être réduites ou coupées si l'on veut que le système soit toujours en place pour les générations futures. Pendant ce temps, des centaines de millions de dollars qui devraient revenir aux travailleurs accidentés sont détournés dans les coffres des monopoles.

Lors des cérémonies du 28 avril, les travailleurs ont une fois de plus fait le point que c'est la responsabilité des gouvernements de défendre le droit public en garantissant le droit à des conditions de travail saines et sécuritaires et non de défendre le droit de monopole au péril de la santé et de la vie des travailleurs.

Haut de page


Entrevues

Ron Thomas, président de la section 5795 du Syndicat des Métallos, Compagnie Minière IOC (Iron Ore du Canada), Terre-Neuve-Labrador

Nous avons beaucoup de nos membres qui contractent la silicose. Encore aujourd'hui la question d'abaisser les niveaux de poussière à l'endroit de travail est un grand problème. Il faut toujours harceler l'entreprise pour s'assurer que les équipements de sécurité fonctionnent, que les capteurs de poussière fonctionnent bien et que les niveaux de poussière baissent.

Uniquement depuis janvier, nous avons deux cas de silicose qui ont été acceptés par la commission d'indemnisation. Un des deux travailleurs est déjà décédé tandis que l'autre lutte toujours pour sa vie. J'essaie en ce moment de faire accepter le cas de 8 travailleurs pour qu'ils reçoivent une indemnisation, la majorité pour la silicose et les autres l'amiantose.

La chose la plus importante pour nous le 28 avril c'est d'honorer la mémoire de ceux qui sont morts et d'honorer ceux qui se battent toujours pour leur vie. Dans mon travail, ma priorité c'est de m'assurer que les travailleurs travaillent dans un endroit qui est salubre et sécuritaire, que les niveaux de poussière sont bas. Ce ne sont pas des demi-mesures que nous demandons mais des solutions aux problèmes. Le mieux c'est de prendre des mesures préventives pour abaisser les niveaux de poussière.

En fin de compte, ce dont nous voulons nous assurer c'est que tous les travailleurs, syndiqués ou non, rentrent chez eux le soir sains et saufs. On a besoin d'un environnement qui est sécuritaire.

Un travailleur de la fonderie de cuivre Xstrata à Rouyn-Noranda

Xstrata fait de plus en plus de relations publiques dans les médias pour montrer comment ils sont bons, qu'ils respectent l'environnement, ils mettent même des annonces dans les journaux locaux pour montrer qu'ils sont de notre bord.

À la fonderie, ils ont établi un système complexe en santé/sécurité. D'un côté ils ont les récompenses, des certificats-cadeaux chez Canadian Tire. Si les travailleurs ne se blessent pas à l'ouvrage, ils obtiennent des certificats-cadeaux. Ils les reçoivent individuellement, mais si un travailleur se blesse c'est toute l'équipe qui est pénalisée. En plus, on a des bonus qui sont basés sur l'évaluation des travailleurs. La compagnie évalue ce qu'elle appelle la performance individuelle, la performance opérations et la performance en santé/sécurité. Chaque travailleur est évalué individuellement. La performance individuelle c'est une évaluation de son comportement. Les contremaîtres décident si le travailleur se comporte bien. L'évaluation en santé/sécurité est basée sur des choses comme la participation aux meetings de santé/sécurité. Le contremaître va dire au travailleur que toute l'équipe doit rester après son quart de travail pour un meeting en santé/sécurité. La convention collective dit pourtant que les travailleurs ne peuvent pas être forcés de faire du temps supplémentaire. Le contremaître va dire au travailleur que s'il ne reste pas pour le meeting, il ne va pas satisfaire aux objectifs que le contremaître a établis du point de vue santé/sécurité. Cette demande est une violation de la convention collective. Cette évaluation est liée au bonus que le travailleur touche sur la base de sa performance, performance individuelle, opérations et en santé/sécurité.

Puis il y a la question des permis de travail. C'est une façon pour Xstrata d'éviter d'être tenu responsable pour les violations en santé et sécurité. Les permis de travail sont des formulaires qui comprennent toutes sortes de données et ils sont signés par deux travailleurs. Le premier est celui qui travaille déjà dans un secteur donné et le second est celui qui s'en vient travailler dans le secteur (c'est souvent un travailleur à contrat). Le premier travailleur signe le permis, ce qui veut dire qu'il reconnaît avoir rempli sa responsabilité de montrer à l'autre où sont les outils et les équipements de sécurité dont il va avoir besoin. Le deuxième signe lui aussi, reconnaissant qu'il sait où sont les équipements de sécurité, qu'il est au courant des procédures de sécurité, etc. Si un accident survient, la responsabilité pour l'accident retombe sur le travailleur du secteur qui a reconnu que le deuxième travailleur savait tout ce qu'il devait savoir pour pouvoir travailler de façon sécuritaire. Ça pourrait aller aussi loin qu'une poursuite légale, si la famille d'un travailleur qui s'est blessé ou même est décédé entame une poursuite. Xstrata se considère comme étant protégé puisque c'est un travailleur qui a signé que tout était en ordre et que l'autre savait ce qu'il avait à faire. La compagnie elle-même ne signe pas le permis. C'est seulement les travailleurs qui le signent. Certains matins, il y a peut-être 20 travailleurs qui attendent en ligne pour signer leur permis dans un département donné. Les travailleurs attendent pour faire leur quart de travail et ils n'ont pas le temps de tout lire attentivement pour s'assurer que toutes les exigences du permis ont été remplies.

Autre chose aussi, Xstrata a ses propres infirmières et son propre docteur à la fonderie. Le syndicat a toujours déconseillé aux travailleurs d'aller les voir et de plutôt aller à la clinique ou à l'urgence, mais il y a une telle pénurie de médecins en Abitibi que les travailleurs vont les voir. Une fois que le médecin de la compagnie a vu le travailleur, il peut se dire le médecin de famille du travailleur et demander d'avoir accès à son dossier médical. Je ne dis pas qu'il le fait mais il peut le faire, alors la compagnie risque de se retrouver avec le dossier médical du travailleur en sa possession.

Xstrata dit atteindre des records en fait d'heures travaillées sans accidents mais nous, nous voyons des travailleurs se faire blesser et se faire sortir de la production. On ne sait pas exactement comment la compagnie s'y prend pour dire qu'il n'arrive pas d'accidents mais c'est certain qu'ils doivent contester systématiquement les déclarations d'heures de temps perdues pour cause d'accidents.

En ce qui me concerne ce que nous vivons ce n'est pas de la vraie santé/sécurité. Xstrata ne prend pas sur lui la responsabilité de la santé et de la sécurité des travailleurs. Il reporte cette responsabilité sur le dos des travailleurs.

Gary Howe, vice-président de la section 1005 du Syndicat des Métallos représentant les travailleurs de US Steel à Hamilton

US Steel dépense beaucoup d'argent en santé/sécurité mais la raison première pourquoi il fait cela c'est pour éviter d'être tenu responsable. Ils ont mis en place des systèmes complexes qui sont organisés de façon à blâmer les travailleurs. C'est un sérieux problème pour nous. La façon dont ils le font c'est qu'ils ont un formulaire d'enquête généré par ordinateur sur les accidents qui vous donne un certain nombre de choix en rapport à ce qui peut avoir causé l'accident. Très souvent, aucun des choix qui sont donnés ne correspond à ce qui a causé l'accident. Le système est organisé de façon à ce que le travailleur choisisse une des réponses et toute l'orientation c'est que l'accident est de sa faute, il a fait quelque chose de pas correct, plutôt que de chercher à résoudre les problèmes qui ont causé l'accident.

Dans le passé, lorsqu'un accident se produisait, nous allions dans une salle pour discuter de ce qui s'était passé et comment ça s'était passé et de là, on faisait des recommandations pour que cela ne se reproduise plus. Cette méthode a été remplacée par tout un système bureaucratique de règles que le travailleur doit suivre pour déclarer l'accident et en fin de compte c'est lui qui est blâmé. Le résultat est que les travailleurs ne déclarent plus les accidents comme ils le faisaient dans le passé.

US Steel fait également passer des tests de drogues et d'alcool. Ce ne sont pas des tests faits au hasard mais des tests suite à un incident. Si quelqu'un brise une pièce d'équipement par exemple, ils peuvent lui faire passer un test. L'orientation du test est de mesurer jusqu'à quel point le travailleur était privé de ses facultés.

US Steel utilise maintenant à Hamilton un système standard d'enquête qui est le même dans toutes ses usines des États-Unis et du Canada. Ça nous rend la tâche plus difficile quand un accident survient. Les contremaîtres ont des tas de choses à remplir qui leur sont dictées directement du quartier général de US Steel à Pittsburgh. En plus, leur salaire est lié à la performance en santé et en sécurité, jusqu'à quel point ils agissent à la satisfaction de la compagnie.

La chose principale est que notre philosophie, la philosophie de la section locale et des Métallos est totalement différente de celle de US Steel en ce qui concerne la santé et la sécurité. Selon nous le meilleur système de santé/sécurité c'est un système qui part de la base et va vers le haut parce que les travailleurs sont ceux qui savent le mieux ce qu'il faut faire pour que le travail soit sécuritaire. La compagnie croit qu'un bon système de santé/sécurité vient d'en haut et est imposé de haut en bas. C'est elle qui dicte le programme de santé et sécurité. C'est un membre de la direction, qui ne fait pas le travail assigné, qui écrit le manuel de santé et de sécurité pour celui qui fait le travail. Le meilleur programme de santé selon moi c'est que je vais parler aux travailleurs et ils me disent quelle est la façon sécuritaire de le faire. Nous parlons très ouvertement à la compagnie de ces choses-là. Les superviseurs ne sont pas en désaccord mais selon eux ils n'ont pas d'autre choix que de suivre les ordres du quartier général de Pittsburgh.

Ils ont établi un énorme système bureaucratique en santé/sécurité. Nous, nous croyons exactement le contraire. Nous rencontrons les travailleurs, parlons avec eux, essayons de trouver la meilleure façon de régler les problèmes. La meilleure façon de procéder est de continuer à discuter des problèmes en souhaitant en arriver à la meilleure solution.

Je connais également beaucoup de travailleurs qui ont des maladies professionnelles comme le cancer et plusieurs d'entre eux souffrent en silence. Ils n'essaient même pas d'obtenir une indemnisation. C'est quelque chose que nous devons prendre en main, faire quelque chose pour aider les travailleurs atteints de maladies professionnelles parce qu'il y a beaucoup de souffrance parmi eux. L'impact psychologique sur ces travailleurs est lui aussi énorme. Il faut faire reconnaître ces maladies professionnelles et briser le silence à leur sujet.

Alain Duguay, président de la section de Montréal du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes

À Postes Canada, on est pris avec un nouveau système. Avant, on avait des crédits de congés de maladie. Maintenant c'est un programme d'invalidité de courte durée. On sait que chez Postes Canada il y a beaucoup d'accidents de travail. L'employeur vient de trouver une nouvelle stratégie qui est totalement indécente. Si tu déclares un accident de travail, et que cela est refusé, en principe tu as le droit de contester, c'est la loi qui veut ça. Par contre à Postes Canada, si tu contestes la décision du refus, ils t'empêchent d'avoir accès au programme d'assurance-invalidité. C'est une façon détournée pour que les gens ne déclarent plus leurs accidents ou arrêtent leur droit de contester. Après cela, cela devient la stratégie pour pouvoir dire que toutes les implantations de nouvelles méthodes de travail qu'ils font, cela ne cause pas plus d'accidents de travail, au contraire cela va mieux ! C'est indécent. Après les mineurs au niveau fédéral, ce sont les postiers qui sont les pires du point de vue accidents de travail. Ils implantent des méthodes de travail qui sont excessivement dangereuses, avec du travail 12 heures par jour, du travail le soir, à la noirceur même pendant l'hiver. C'est certain que les accidents de travail ont augmenté depuis ce temps-là, ils ne sont pas toujours acceptés à la première étape et là c'est la stratégie de Postes Canada, que si tu veux contester tu n'as plus droit à l'assurance-invalidité.

C'est flagrant que dans les emplois qui sont réorganisés par de nouvelles méthodes, il y a une grosse augmentation de la charge de travail et les accidents augmentent.

Il y a aussi beaucoup plus de burnout qu'avant, des gens qui sont en arrêt de travail pour cause psychologique. La pression qu'ils mettent pour que les gens fassent du surtemps dans leurs itinéraires, c'est fou.

Nous avons été actifs sur cette question récemment. Le 2 mars, nous avons fait une manifestation dans les rues de Montréal. On a réussi du point de vue couverture médiatique et nous recevons des messages d'encouragement de la population.

On fait du travail avec nos délégués pour faire des actions de plancher. On met de la pression sur Postes Canada sur le plancher de travail. Localement les superviseurs ne sont plus décisionnels de rien, c'est Postes Canada au niveau national qui prend toutes les décisions. Plus tu cherches la solution, plus tu es éloigné du problème moins la solution est à ta portée. C'est ce qu'on vit présentement. Il n'y a plus de décisions qui se prennent à Montréal, ou à Québec ou à Toronto. On fait un travail sur le plancher pour tenter de résoudre les problèmes.

On n'a pas fini de se battre. On a toujours l'intention de combattre Harper, c'est certain. Son gouvernement a pris beaucoup de décisions qui ont fait en sorte que la santé et la sécurité des travailleurs est affectée.

Dany Blackburn, représentant en prévention, Syndicat des travailleurs de l'aluminium d'Alma, Rio Tinto Alcan

Le gros problème que nous rencontrons c'est toujours une question d'argent. Chez Rio Tinto, c'est coupures par-dessus coupures, c'est tout le temps une question d'argent. À chaque fois que nous apportons des propositions pour améliorer les procédures en santé et en sécurité, il faut tout le temps analyser combien ça coûte, comment on pourrait faire pour que cela ne coûte pas cher.

On a vécu un conflit en 2012 et à notre retour, il y a eu beaucoup de choses qui ont changé, notamment en santé et en sécurité. Il y a eu beaucoup de choses qui ont changé qui ont affecté la santé des gens quand on est revenu du lockout. Ils veulent faire beaucoup de changements dans les mentalités, dans les manières de travailler, dans les techniques. Ils veulent aussi justifier beaucoup de coupures qu'ils ont faites. Dans le lockout on a eu beaucoup de gains, mais à travers cela ils ont fait des réorganisations pour obtenir à peu près 80 coupures de positions. Cela occasionne beaucoup de changements organisationnels. Il y a moins de monde sur le plancher, les charges de travail ont augmenté beaucoup. On travaille dans un milieu très difficile en aluminerie, on a des contaminants, on a de grands efforts physiques à faire, des atteintes musculo-squelettiques, il y en a beaucoup. En 2011, il y avait un certain nombre d'accidents par rapport à des lésions musculo-squelettiques. Récemment, j'ai fait un rapport à ce sujet, on en avait 4 fois plus qu'en 2011. On a aussi beaucoup de problèmes psychologiques, je n'avais jamais vu cela, des gens atteints psychologiquement au travers des changements, des choses dures à vivre à cause de la pression que l'entreprise met sur les travailleurs. 80 postes c'est à peu près 10 % de la main-d'oeuvre.

On est chronométré en nos temps de pause, ils gèrent les secondes. Par exemple, les personnes travaillent avec des équipements de protection, ils passent 10 heures et demie de temps avec leurs équipements à passer du balai, travailler avec des pieds-de-biche, des équipements pesants à soulever. Par exemple, ils peuvent soulever 300 panneaux dans une journée. Quand ils disent au contremaître qu'ils sont fatigués, qu'ils ont besoin d'un temps de pause, d'avoir des variations dans leur travail, la pression des patrons, c'est non, c'est de leur dire de retourner à leur travail, qu'ils sont payés pour accomplir ces tâches-là, que pas question d'avoir une pause, ils ont des pauses réglementaires pendant leur quart de travail et c'est tout.

Et cela c'est sans compter les problèmes de relations de travail qui se mêlent au travers de cela. Je n'avais pas eu à gérer des choses comme ça avant. On se sent regardé, comme si on était un criminel, un bandit.

À l'usine nous sommes trois représentants en prévention libérés à temps plein pour environ 750 travailleurs. On surveille le système et on le remet en question. Ce qui est important c'est d'avoir un oeil sur tout, on essaie de participer à toutes les enquêtes, on est impliqué dans tous les comités, on est proche des travailleurs. On fait beaucoup de plancher, on va voir les travailleurs, on se promène dans les secteurs, on rencontre le maximum de gens possible, pour que les gens nous disent exactement ce qui se passe sur le plancher, cela nous permet de remettre en question le système. C'est important d'être proches des gens. Quand on est capable de leur apporter des solutions, ils savent qu'ils ne sont pas tout seuls.

Le problème ce n'est pas seulement Rio Tinto. Je pense que c'est toutes les grandes entreprises en ce moment pour qui le principe c'est tout à l'investisseur, les travailleurs arrivent en dernier. Autant en relations de travail qu'en santé et en sécurité, c'est ensemble qu'on va réussir à faire valoir nos droits. Le système est trop pesant pour une personne seule.

Geneviève Royer, enseignante au secondaire, membre de la Fédération autonome de l'enseignement

Ce qu'on affronte c'est la destruction et la désorganisation qui est créée par l'ensemble des besoins qui ne sont pas satisfaits, que ce soit au niveau des élèves ou des enseignants. C'est ce climat de violence qui est installé quand tu as des besoins qui ne sont pas satisfaits et sont laissés en plan, que ce soit des besoins en aide pour obtenir le succès scolaire ou pour bien comprendre la matière en classe ou de l'aide par rapport à l'insécurité dans la famille, les parents séparés, etc.

Il y a tellement de besoins et si peu de ressources pour y répondre, des ressources si inadéquates que cela crée une forme de violence. Et ça n'est pas la violence dont les journaux vont parler quand cela explose, que c'est individu contre individu. Selon nous, les enseignants, l'expérience qu'on a c'est que c'est terriblement violent quand on sait combien nos jeunes ont besoin de support pour leur santé, physique ou mentale, et que la réponse qu'on se fait donner est qu'il y a un an d'attente. Il y a peut-être un an d'attente mais pour nous à chaque jour le jeune entre en classe et ses besoins restent sans réponse. En tant qu'enseignant tu n'arrives jamais à répondre à ces besoins-là. C'est une pression énorme sur les enseignants.

Certains experts disent que la question en est une de gestion de classe, d'apprendre à être plus sévères ou plus compréhensifs. Selon moi, cela n'a rien à voir avec les difficultés que les enseignants vivent, le nombre d'enseignants qui doivent quitter le travail pour quelques semaines, une année au complet ou pour toujours. C'est un phénomène très fréquent parce que les conditions de travail deviennent intenables. Comment les enseignants pourraient-ils être sans réponse lorsqu'un étudiant arrive en classe et dit qu'il n'a plus de logis parce que les huissiers viennent de les expulser. Ils doivent répondre quelque chose au jeune tout en étant sans réponses devant un tel problème. C'est une pression quotidienne qui ne fait que s'accroître à mesure que la crise du système économique et politique s'approfondit. On est loin de la gestion de classe !

On sait aussi que le gouvernement Charest a passé une loi contre l'intimidation à l'école. Ce qu'elle vient faire c'est que dès qu'un parent ou un élève ou quelqu'un souligne être victime d'une intimidation, il doit obligatoirement y avoir un geste de posé. En plus d'augmenter la tâche de l'enseignant qui doit expliquer comment et pourquoi il est intervenu, est-ce que cela donne bonne conscience à quelqu'un d'avoir un cartable qui montre qu'il a fait 17 interventions contre l'intimidation alors qu'en même temps on ne traite pas du phénomène de l'intimidation, ce qui le crée. Cela bureaucratise les relations entre les êtres humains au lieu de s'assurer qu'on traite du problème de créer un climat de sécurité notamment par des activités, en ayant les ressources nécessaires pour accompagner les étudiants, pour résoudre les problèmes. On parle aussi de judiciarisation des relations entre les êtres humains. On prend la loi sur le harcèlement psychologique dans les milieux de travail. Oui, les tensions existent dans les milieux de travail, les différends existent mais le mécanisme de résolution des problèmes qui est proposé c'est toujours de déposer une plainte contre ton collègue pour harcèlement au travail.

Plus de 2 enseignants sur 5 quittent l'enseignement dans leurs 5 premières années. On prend différentes mesures dans notre école pour essayer d'améliorer la situation. Par exemple, on s'assure d'accueillir les nouveaux enseignants, des enseignants avec plus d'expérience les familiarisent avec les lieux physiques et les gens. On veille les uns sur les autres, si quelqu'un a des problèmes on va le voir tout de suite pour le soutenir. Il y a un service aussi qui est beaucoup utilisé au niveau du syndicat, c'est le PAE, le Programme d'aide aux employés, qui offre jusqu'à une dizaine de rencontres gratuites avec un psychologue. Le programme est défrayé par le syndicat et la commission scolaire.

Au niveau syndical on revendique des choses pour humaniser les relations de travail dans les écoles, moins d'élèves en classe, les ressources professionnelles et pédagogiques nécessaires au moment où elles sont demandées.

Russ Day, section 601 du Syndicat canadien des communications
de l'énergie et du papier, travailleur à la raffinerie Chevron à
Burnaby en Colombie-Britannique

Le 28 avril est une journée importante ici dans la région. Le mouvement syndical est très actif localement et organise plusieurs cérémonies. Le 28 avril pour nous est toujours l'occasion de nous rappeler l'effondrement du pont Second Narrows à Vancouver en 1958 où 19 travailleurs ont perdu la vie. Dès le moment de la tragédie, nous avons baptisé le pont le Iron Workers Memorial Bridge, mais en 1994 il a été officiellement rebaptisé sous ce nom. C'est une erreur d'ingénierie qui a causé son effondrement. Cette tragédie est toujours bien vivante dans l'esprit des travailleurs et de la population.

Le 28 avril est aussi l'occasion pour nous de nous rappeler combien nous devons être vigilants pour nous assurer que les droits qui nous sont reconnus dans la loi de la province sur l'indemnisation des travailleurs sont respectés. En 2012, plus de 130 travailleurs sont décédés en Colombie-Britannique alors les choses n'ont pas tellement changé depuis les années 1950 à cet égard. En plus, travaillant dans une raffinerie, les travailleurs sont sujets à de grands risques dans une industrie qui est très dangereuse. Nous devons compter sur l'employeur pour nous faire travailler dans des conditions sécuritaires parce que les procédés eux-mêmes sont potentiellement très dangereux. Il faut s'assurer que les standards de sécurité et toutes choses attenantes à une opération sécuritaire y soient.

Nous avons aujourd'hui en Colombie-Britannique des tink tanks comme le Business Council de Colombie-Britannique dont le Chevron fait partie qui propagent le point de vue que tout a été fait pour rendre les endroits de travail de la province sécuritaires et que ce sont les travailleurs qui souvent doivent être blâmés pour les accidents qui s'y produisent. Ils essaient d'amender la loi provinciale de l'indemnisation pour qu'elle exprime les valeurs de la conception behaviouriste de la sécurité et fasse porter le fardeau de la responsabilité sur les travailleurs. Cela n'est pas acceptable.

Si on parle de l'industrie du pétrole et du gaz, lorsque des accidents se produisent et que des travailleurs décèdent, nous pouvons souvent retracer des problèmes dans les processus de sécurité qui en sont la source, des processus sur lesquels les travailleurs n'ont aucun contrôle. Qu'on pense à des problèmes métallurgiques ou d'ingénierie. C'est la responsabilité de l'employeur de faire en sorte que les travailleurs ne sont pas sujets à de tels types de risques. Cela ne veut pas dire que les travailleurs ne doivent pas être vigilants et s'assurer de travailler de façon sécuritaire. Non seulement c'est leur droit mais c'est leur devoir de le faire. Je pense qu'on assiste à un changement de culture, qu'on fait face à des efforts concertés pour amender la loi provinciale d'indemnisation pour qu'elle épouse les conceptions behaviouristes de sécurité.

Les travailleurs doivent demeurer vigilants sur une base quotidienne et réaliser qu'ils ont le droit de refuser un travail dangereux. Ils n'ont pas besoin d'avoir raison quand ils disent que c'est dangereux, ils ont juste besoin d'en avoir la conviction et ils ne doivent pas avoir peur de recourir à leur droit de refus. Faire une fausse évaluation ce n'est pas un problème mais c'est un problème que de faire quand même le travail qu'on juge dangereux et de prendre des risques. Évidemment c'est quelque chose qui est plus difficile à faire si vous n'êtes pas syndiqué. C'est pour cela que la loi doit demeurer très claire au sujet du droit de refus et que le personnel d'enquêteurs du gouvernement doit se rendre sur les lieux de travail et s'assurer qu'ils sont sécuritaires. Pour que cela se produise, il faut que le pouvoir syndical soit là en tout temps pour appuyer les travailleurs.

Haut de page


Tueries en milieu de travail au Bangladesh

La récente tuerie des travailleurs de l'industrie du vêtement le 24 avril, tout comme d'autres tueries en milieu de travail au Bangladesh et dans d'autres pays à bas salaires, est le résultat direct des crimes commis par les monopoles au nom du libre-échange et de l'objectif de dominer les marchés mondiaux. Ces décès constituent un crime contre l'humanité et un crime contre la dignité du travail perpétrés par l'oligarchie financière internationale et les monopoles du commerce de détail avec la complicité du gouvernement du Bangladesh ainsi que des élites locales à leur disposition.

L'édifice qui s'est écroulé est situé à Savar, une ville de banlieue de la capitale, Dhaka. Pas moins de cinq usines de fabrication s'y trouvaient, où sont fabriqués des vêtements pour les monopoles du commerce de détail mondiaux. L'édifice est la propriété de Sohel Rana, qui est aussi le dirigeant du parti politique au pouvoir, la Ligue Awami. Selon diverses sources, le jour précédant l'effondrement, des inspecteurs avaient informé Rana et les divers exploiteurs d'usines des vices de construction affectant l'édifice. Suite à cet avertissement, on a fermé la banque et les bureaux au rez-de-chaussée. Par contre, par mépris total pour la vie des travailleurs du textile, le travail des usines aux étages supérieurs n'a pas été suspendu et des menaces ont été proférés par l'employeur à l'effet que les travailleurs se feraient couper leur salaire s'ils ne se présentaient pas, les forçant ainsi à travailler.


Les opérations de sauvetage se poursuivent sur le site de l'usine effondrée le 25 avril 2013, pendant que les membres de la famille attendent des nouvelles de leurs proches.

Ce n'est pas le premier effondrement d'un édifice au Bangladesh ces dernières années lié au milieu de travail, mais aussi aux logements des travailleurs de l'industrie du vêtement. Il y a eu un autre effondrement d'usine de textile à Savar en 2005 causant la mort de 23 travailleurs. Savar est l'une des huit villes du Bangladesh où des zones économiques spéciales existent sous l'égide des Zones franches d'exportation du Bangladesh (BEPZA). Ces zones sont sous contrôle direct du bureau du premier ministre. Les lois régissant le travail et les conditions dans les usines sont parmi les plus faibles, mais les BEPZA voient à ce que les investisseurs locaux et internationaux puissent agir en toute impunité, bien à l'abri même des minces exigences de ces lois.

Les tueries en milieu de travail de Savar ont été précédées par un horrible incendie dans une usine de textile dans la région industrielle d'Ashulia près de Dhaka le 24 novembre 2012. Plus de 120 travailleurs y laissèrent leur vie et des centaines furent blessés. Plusieurs travailleurs sont morts parce qu'ils se sont butés à des portes verrouillées, une pratique fréquente des propriétaires d'usines pour empêcher les travailleurs de quitter leur poste. D'autres travailleurs ont plongé à leur mort, n'ayant pas accès aux escaliers de secours, ceux-ci ayant aussi été verrouillés. Presque toutes les victimes, que ce soit de l'incendie d'Ashulia ou de ce récent édifice effondré à Savar, étaient des femmes et des jeunes filles.

De tels incendies et effondrements sont fréquents au Bangladesh et dans d'autres pays à bas salaires mais les médias internationaux ne rapportent que les plus horribles. Il y a moins de deux ans, un autre incendie d'usine à Ashulia avait causé la mort de trente travailleurs et en avait blessé des centaines d'autres. En une seule semaine en février 2006, il y a eu des tueries de travailleurs dans deux incendies d'usines distincts ainsi que l'effondrement d'une usine de neuf étages à Chittagong, au Bangladesh. Le gouvernement a caché le nombre de décès et de blessés dans ces trois incidents, mais des rapports d'organisations syndicales révèlent que 300 travailleurs ont perdu la vie au cours de cette semaine fatale, y compris un grand nombre de filles âgées de seulement douze ans.


Activité à San Francisco, le 25 avril 2013, en appui aux
travailleurs du Bangladesh et en opposition à l'exploitation
par le monopole du vêtement étasunien The Gap.

Des tels incidents se produisent constamment sur tout le sous-continent indien et dans d'autres pays. Au Pakistan, au total 389 travailleurs ont été tués dans deux incendies d'usines de textile à Karachi et à Lahore le même jour en septembre dernier. Le même mois, 40 travailleurs du textile ont été tués dans un incendie dans l'État de Tamil Nadu au sud de l'Inde.

Les tueries des travailleurs du textile au Bangladesh se produisent dans les usines fabriquant du prêt-à-porter (PAP) pour les monopoles du commerce de détail internationaux comme Wal-Mart et Gap Inc. Selon les informations, certains des travailleurs tués dans ce récent effondrement d'édifice à Sahar fabriquaient des vêtements pour le commerçant canadien de détail Joe Fresh. Les travailleurs du PAP produisent une immense richesse, mais la mondialisation néolibérale fait en sorte que la plus grande partie de cette richesse va directement aux groupes de monopoles mondiaux les plus puissants.

Contrairement aux usines de textile hautement mécanisées, le sous-secteur du PAP est un secteur à forte main-d'oeuvre qui est entre les mains d'entrepreneurs locaux à contrat avec les détaillants mondiaux. La manipulation monopoliste des prix par les monopoles du commerce de détail mondiaux ainsi que les taux d'intérêts élevés imposés par les financiers internationaux freinent aussi les profits des entrepreneurs locaux. Pour faire un profit, ceux-ci exploitent la vaste armée de travailleurs migrant vers les villes suite à la destruction néolibérale des petits producteurs dans les régions rurales. L'élite locale a baissé les salaires des travailleurs à des niveaux tels qu'ils sont insuffisants pour survivre et les conditions de travail telles qu'elles mettent constamment en péril la vie des travailleurs.

Même les réclamations du gouvernement sur la richesse sous forme d'impôts sont restreintes par des menaces constantes de la part des puissants monopoles à l'effet qu'ils déménageront la production vers d'autres pays. Par exemple, les usines qui s'installent dans les régions contrôlées par les BEPZA sont exemptes de taxes pendant cinq ans. Les arrangements mis en place par la mondialisation néolibérale font en sorte que la presque totalité des immenses montants de richesse produite par des millions de travailleurs dans le secteur va directement dans les coffres des monopoles mondiaux.

Au Bangladesh, le gouvernement et l'élite locale s'assurent de l'expansion du secteur du PAP en faisant en sorte que les travailleurs soient les moins bien payés au monde. Bangladesh est devenu le deuxième exportateur de produits PAP au monde après la Chine, qui elle-même transfère de plus en plus sa production au Bangladesh. Les exportations de produits PAP du Bangladesh ont augmenté de 5 milliards $ par année en 2000 à 19 milliards $ en 2012, constituant ainsi 80 % des recettes d'exportation du Bangladesh.

Il y a présentement 2,2 millions de travailleurs dans les 5000 usines PAP du Bangladesh, dont plusieurs sont situées dans les régions sous contrôle des BEPZA. Même les usines à l'extérieur de ces zones d'exportation sont dans des districts très militarisés. Puisque la balance commerciale du Bangladesh dépend entièrement de ses exportations du PAP, le gouvernement a déclaré toute résistance ouvrière à l'exploitation brutale et aux conditions de travail inhumaines une « menace à la sécurité économique nationale ». La plus grande priorité du gouvernement est donc la suppression des droits des travailleurs et de leur résistance.

En 2004, une force policière paramilitaire armée a été mise sur pied dans le but de supprimer la résistance des travailleurs. Le Bataillon Rapid Action (RAB), formé par les Britanniques, a été impliqué dans de nombreux affrontements avec les travailleurs et dans de nombreux assassinats et disparitions des dirigeants du mouvement ouvrier.

Malgré la répression exercée par le RAB, la résistance des travailleurs s'est développée parallèlement à l'expansion du secteur PAP. En 2010, des centaines de milliers de travailleurs du textile ont participé à un puissant mouvement de grève en réaction à l'augmentation des prix des aliments, aux tueries des travailleurs dans les usines et aussi au meurtre et à la disparition de travailleurs militants par le RAB.


San Francisco, le 25 avril 2013

Le gouvernement a tenté de supprimer le mouvement gréviste en ayant recours à une Force policière industrielle forte de 3000 membres et mise sur pied en 2010 pour surveiller et contrôler les travailleurs dans les régions industrielles. Un grand nombre de travailleurs ont été tués par la police industrielle et le RAB au cours de ces manifestations, mais le gouvernement a quand même été obligé de reculer. Suite à la grève de 2010, le salaire minimum pour les travailleurs du textile est passé de 20 $ par mois à 38 $ par mois.

La lutte des travailleurs contre la police et les propriétaires d'usines se poursuit dans des actions pour défendre leurs droits et la dignité du travail. Suite à l'incendie de l'usine d'Ashulia en novembre dernier et aux mortalités massives, des grèves et des manifestations de masse ont éclaté tout comme celles qui ont été déclenchées par l'effondrement à Savar. Au cours de l'été dernier, 500 000 travailleurs se sont mis en action pour défendre les travailleurs militants qui sont la cible d'attaques de la police. Au cours de ces actions, les travailleurs ont réussi à fermer 350 usines dans le district d'Ashulia seulement. Des grèves ont été déclenchées dans d'autres régions industrielles pour contrer les augmentations de loyers et des aliments et suite à des incidents d'abus de travailleuses par des patrons d'usines.


Des travailleurs du textile manifestent pour exiger des milieux de travail sécuritaires ainsi que la détention du propriétaire de l'usine Tazreen Fashion Ltée à Dhaka, au Bangladesh, le 10 janvier 2013. Au moins 112 travailleurs furent tués dans un incendie dans l'usine à Ashulia à la périphérie de Dhaka le 24 novembre 2012.

Haut de page


À titre d'information

Un peu d'histoire et quelques chiffres

Lors du congrès du Congrès du travail du Canada (CTC) en 1984, une résolution présentée par le comité national de santé et sécurité du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) recommandait la création d'une journée à la mémoire des travailleurs tués ou blessés au travail. Cette résolution a été adoptée. La date du 28 avril a été choisie puisque c'est le 28 avril 1914 que le premier projet de loi d'indemnisation des travailleurs a été adopté par une assemblée législative.

Le CTC a officiellement déclaré et reconnu le 28 avril, Jour national de deuil en 1985. Depuis, plus de 25 000 travailleurs au Canada ont perdu la vie en raison d'une blessure liée au travail ou d'une maladie professionnelle.

En décembre 1990, après des années de représentation par les syndicats canadiens et le NPD, le gouvernement fédéral a adopté le projet de loi C-223, la Loi sur la journée de deuil des travailleurs, qui a fait du 28 avril 1991 la première journée de deuil national reconnue par le gouvernement. La loi est un court document législatif où on peut y lire entre autres :

« Partout au Canada, à chaque année, le 28 avril sera reconnu comme le Jour de deuil pour les personnes tuées ou blessées au travail. »

En 1989, la Fédération américaine du travail a reconnu le 28 avril comme le Jour de commémoration des travailleurs. La Journée de commémoration des travailleurs a été adoptée en 1993 par le Congrès des syndicats écossais (TUC), en 1999 par le Congrès des syndicats du Royaume-Uni (TUC) et en 2000 par la Commission de santé et sécurité du Royaume-Uni.

En 1996, l'Organisation internationale du travail (OIT) et le TUC international (ITUC) ont déclaré la Journée internationale de deuil.

En 2001, l'OIT a déclaré le 28 avril la Journée mondiale pour la sécurité et la santé au travail et a annoncé en 2002 qu'elle devrait être une journée officielle au sein des Nations unies.

Aujourd'hui, la journée de deuil est observée par environ 100 pays, dont l'Argentine, la Belgique, les Bermudes, le Brésil, le Canada, la République dominicaine, Gibraltar, le Luxembourg, Panama, le Pérou, le Portugal, l'Espagne, la Thaïlande, Taiwan, les États-Unis et le Royaume-Uni. Les syndicats dans d'autres pays tels que le Bénin, la République tchèque, la Finlande, la Hongrie, Malte, le Népal, la Nouvelle-Zélande, la Roumanie et Singapour font les démarches pour obtenir la reconnaissance gouvernementale.

Quelques faits

Selon l'Association des commissions des travailleurs accidentés du Canada environ 1000 travailleurs meurent au Canada chaque année.

Chaque jour, près de trois travailleurs meurent. Chaque année, les travailleurs subissent 250 000 blessures et/ou maladies liées au travail. Chaque jour, les travailleurs subissent 685 blessures et /ou maladies liées au travail.

À l'échelle internationale, l'OIT enregistre la mort d'un travailleur toutes les 15 secondes. Cela signifie que 6 300 travailleurs meurent chaque jour et plus de 2,3 millions de travailleurs meurent chaque année. Parmi ces décès, 2,02 millions sont attribuables à une maladie professionnelle.

En outre, chaque année les travailleurs souffrent de 317 millions d'accidents du travail, ce qui représente 870 000 accidents du travail par jour. Chaque année, les travailleurs souffrent de 160 millions de maladies professionnelles non mortelles, ce qui représente 440 000 par jour.

Statistiques sur les travailleurs tués ou blessés
au travail selon les provinces et territoires

Terre-Neuve-et-Labrador

Il y a eu 26 décès au travail dans la province en 2012, dont six résultant d'accidents et 20 causés par des maladies professionnelles.

Nouveau-Brunswick

La Fédération des travailleurs du Nouveau-Brunswick rapporte qu'en 2012 plus de 12 400 travailleurs du Nouveau-Brunswick ont été blessés au travail, dont 11 mortellement.

Nouvelle-Écosse

La Fédération des travailleurs de la Nouvelle-Écosse rapporte qu'il y a eu un total de 32 décès au travail en 2012 et près de 26 500 blessés. Cela représente une augmentation de cinq décès par rapport à 2011.

Parmi les 32 accidents mortels en 2012, dix Néo-Écossais sont morts au travail en raison d'un événement traumatique violent en milieu de travail. Cela représente une augmentation de quatre décès violents par rapport à 2011. Un tiers des accidents mortels violents se sont produits durant la pêche commerciale.

Vingt-deux Néo-Écossais sont morts en raison de conditions chroniques ou liées à la santé. Parmi ces 22 accidents mortels chroniques liés au travail, neuf sont morts de maladies professionnelles causées par l'exposition passée en milieu de travail et 13 sont morts en raison d'autres problèmes de santé, principalement d'origine cardiaque, qui peuvent ou ne peuvent pas avoir été directement liés à leur travail.

Québec

Au Québec, en 2012, la Commission de santé et sécurité au travail (CSST) indique que 211 personnes sont mortes à la suite d'une maladie professionnelle ou d'un accident. Sur ces 211 décès, 115 ont été causés par l'amiante, 26 par des incidents liés à des véhicules, 18 causés par un contact avec un objet ou de l'équipement, 15 sont dus à des chutes et 13 à de l'exposition à la silice. Il est également indiqué qu'en 2011, il y a eu 91 030 lésions professionnelles. La Confédération des syndicats nationaux (CSN) souligne que ces chiffres ne comprennent pas les cas rejetés par la CSST ou qui n'ont pas été rapportés par les travailleurs, rappelant que c'est particulièrement vrai dans le cas des incidents liés à des problèmes de santé mentale.

Ontario

Selon la Commission de la sécurité et de l'assurance en milieu de travail, il y a eu, en 2012, 298 accidents mortels au travail en Ontario. Des statistiques plus détaillées couvrant seulement jusqu'à la fin de juillet 2012 indiquent qu'au moins 162 de ces décès sont dus à des maladies professionnelles.

Manitoba

La Fédération des travailleurs du Manitoba rapporte qu'en 2012, 10 Manitobains sont morts au travail et 29 autres sont morts de maladies liées au travail.

Saskatchewan

WorkSafe Saskatchewan rapporte qu'en 2012, 60 décès en milieu de travail ont été enregistrés dans la province, par rapport à 36 en 2011. Elle indique également qu'en 2012 il y a eu le plus grand nombre de décès au travail depuis les 30 dernières années. Le secteur de la construction compte le plus grand nombre de décès, soit 14 morts. Cinq décès en milieu de travail ont impliqué des jeunes, ce qui est une augmentation de deux décès déclarés par rapport à 2011.

Les maladies professionnelles telles que le cancer provoqué par une exposition antérieure à l'amiante, ont entraîné 19 décès en 2012. Les crises cardiaques ont été la cause de 15 décès.

Alberta

WorkSafe Alberta rapporte qu'en 2011, selon les données disponibles les plus récentes, il y a eu 123 décès en milieu de travail. Neuf d'entre eux ont été des jeunes de moins de 24 ans. Cinquante-deux décès ont été attribués à une maladie professionnelle. Le secteur le plus dangereux a été la construction avec 55 décès cette année-là.

Colombie-Britannique

La Fédération des travailleurs de la Colombie-Britannique rapporte que, selon ce qui a été rapporté le 15 mars 2013 à la Commission des accidents du travail, 181 travailleurs sont décédés dont 4 sont des jeunes travailleurs. Plus de 100 sont morts à cause de maladies professionnelles.

Territoires du Nord-Ouest et Nunavut

Dans son message à l'occasion du Jour de deuil, Mary Lou Cherwaty, la présidente de la Fédération des travailleurs des Territoires du Nord, rapporte qu' « en 2005, selon le Centre d'étude du niveau de vie, le taux le plus élevé de mortalité est dans les Territoires, soit quatre fois supérieur à la moyenne nationale. En 2012, il y a eu trois accidents mortels liés au travail qui ont été rapportés dans les Territoires du Nord-Ouest (TNO) et Nunavut. »

Elle ajoute que « les nouveaux règlements en matière de santé et sécurité au travail pour les TNO et Nunavut ont été rédigés il y a plus d'un an et sont toujours en attente d'être approuvés par les ministres responsables de la santé et sécurité des travailleurs et de la Commission d'indemnisation. »

Le territoire du Yukon

Dans son message à l'occasion de la Journée de deuil, Vikki Quocksister, présidente de la Fédération des travailleurs du Yukon, écrit :

« Au Yukon, nous avons eu jusqu'à quatre décès en un an, et seulement trois années sans aucun décès depuis que le Jour de deuil national a été célébré ici pour la première fois en 1993.

« En 2012, on a répertorié un total de 1216 incidents liés à des accidents ou des maladies en milieu de travail, dont 1025 ont été acceptés par la Commission de santé et sécurité du travail du Yukon. Il y a eu 480 cas de temps perdu pour cause de maladie et de blessures. Les jeunes travailleurs représentent encore la part disproportionnée du pourcentage de blessures, avec 179 demandes acceptées sur la totalité des 1025.

« Les statistiques ne racontent pas toute l'histoire. Les faits sont que, depuis 1993, 36 travailleurs du Yukon ont quitté pour leur travail, sans jamais revenir chez eux à leurs familles. »

Haut de page


Lisez Le Marxiste-Léniniste
Site web:  www.pccml.ca   Courriel: redaction@cpcml.ca