Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 60 - 15 avril 2013

Margaret Thatcher – idéologue de la tendance antisociale

Il est temps de le réitérer: Il y a une alternative!


Hardial Bains, fondateur et dirigeant du Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) au VIe Congrès du Parti à Toronto,
le 8 octobre 1993. Le Congrès a rejeté fermement la destruction nationale et l'anticommunisme représentés par Margaret
Thatcher, Ronald Reagan et la réaction mondiale. Il  a audacieusement saisi l'occasion pour bâtir l'alternative prosociale
de défense des droits, de paix et de souveraineté.

Margaret Thatcher – idéologue de la tendance antisociale
Réflexions et commentaires sur Margaret Thatcher – politicienne et idéologue de la tendance antisociale
Il y a une alternative! - Hardial Bains


Margaret Thatcher – idéologue
de la tendance antisociale

Margaret Thatcher, née Roberts en 1925, première ministre du Royaume-Uni du 4 mai 1979 au 28 novembre 1990, est décédée le 8 avril 2013. Elle a été une figure marquante en tant qu'idéologue de la tendance antisociale. Elle a véhiculé l'illusion qu'il était possible de réformer le capitalisme et de surmonter ses contradictions fondamentales au moyen de politiques fiscales et budgétaires allant dans la plupart des cas dans le sens de réduire les investissements d'État dans les programmes sociaux et d'augmenter les sommes versées directement au capital financier.

Elle a affublé sa fraude antisociale et non scientifique de termes tels « capitalisme populaire » et « démocratie de l'actionnariat ». Sur cette base idéologique, au début des années 80 elle a déclenché une féroce offensive étatique contre la classe ouvrière. Elle a été épaulée dans cette offensive par le magnat de la presse Rupert Murdoch.



Des affiches qui montrent diverses luttes contre le programme de privatisation sur une vaste échelle du gouvernement Thatcher qui comprenait  la vente de British Aerospace, du fabricant d’autos British Leyland, de British Telecom, British Gas et d’autres services publics et l’envoi de travail en sous-traitance à des entreprises privées.

Margaret Thatcher a aussi prétendu défendre la Grande-Bretagne. Elle a combattu ceux qui voulaient à tout prix se fondre dans l'Union européenne. Sa défense de la Grande-Bretagne n'avait rien à voir avec défendre la souveraineté du peuple britannique ou des peuples de l'Europe et du monde. Au contraire, cela faisait partie des efforts du capitalisme monopoliste britannique pour dominer le monde.

Elle a été succédée en 1990 par John Major et en 1997 par le chef du Parti travailliste Tony Blair. Blair a repris à son compte les politiques social-chauvines et impérialistes de Thatcher et de Major tout en intensifiant la destruction néolibérale. Pour Blair, la Grande Europe était une « Europe populaire » que l'un de ses idéologues avait caractérisée comme étant une « association libre d'États partageant des intérêts communs sans sacrifier leur souveraineté ». La nature de ces « intérêts communs » demeure un mystère d'État pouvant être facilement manipulé par les monopoles les plus puissants cherchant à dominer l'Europe et à se servir de cette domination comme tremplin pour dominer le monde. Ces mêmes intérêts économiques, représentés par la troïka (la Commission européenne, l'autorité exécutive de l'Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international), se servent de la crise économique pour multiplier les attaques contre les peuples opprimés de l'Union européenne.

Margaret Thatcher a régné à la fin des années 80, période qui a connu le repli de la révolution. Le projet de Thatcher consistait à ce que la Grande-Bretagne domine une Europe de puissants monopoles tandis que la classe ouvrière assujettie servirait de réserve pour ces monopoles, prêts à bondir sur le monde et, par blitzkrieg, le dominer. Ce projet est devenu on ne peut plus clair lorsque la Grande-Bretagne, de connivence avec les États-Unis et en collusion avec les autres puissances d'Europe, s'est mise à déclencher coup sur coup et avec une intensité croissante des attaques tant secrètes que manifestes partout dans le monde, dans l'ancienne Yougoslavie, en Irak, en Afghanistan, en Libye, et maintenant en Syrie. La méthode hitlérienne de la victoire par blitzkrieg ne s'est cependant pas concrétisée bien que ce sera peut-être l'objectif visé dans la péninsule coréenne. Néanmoins, un assaut n'attend pas l'autre, causant la destruction et la souffrance humaine, crimes contre l'humanité qu'on fait passer pour une lutte pour la démocratie et les droits humains.




Thatcher s’est rendue célèbre entre autres choses par son appui à ses frères de crime et leurs violations massives des droits, comme le régime d’apartheid d’Afrique du Sud (la photo du centre-gauche la  montre avec le premier ministre d’Afrique du
Sud P.W. Botha), la dictature installée par les États-Unis du Général Augusto Pinochet du Chili (avec Thatcher sur la photo
du centre-droit pendant son assignation à domicile en Grande-Bretagne en 1999) et les États-Unis qui ont perpétré des crimes avec la Grande-Bretagne comme le bombardement de Tripoli en Libye en 1986.

Une Europe supra-étatique des monopoles

Il suffit de constater le sort réservé aux peuples d'Europe par les cartels dominants du capitalisme financier pour comprendre la vision de Thatcher et de Blair d'une Europe unie en tant qu' « Europe des peuples », c'est-à-dire, en essence, une Europe des monopoles. Il s'agit de créer un grand État européen des monopoles où les puissants réduisent les faibles à l'esclavage. Son objectif est de créer un puissant bloc capable de dominer le monde, en particulier l'Asie et l'Afrique.

Les diverses notions de « maison commune européenne », d' « Europe des peuples » et d' « union libre et égalitaire d'États européens » ne peuvent se traduire que par l'assujettissement des plus faibles par les puissants en Europe et par la conquête d'autres régions, en particulier de l'Asie et de l'Afrique. Margaret Thatcher voulait faire en sorte que la Grande-Bretagne domine l'Europe et que la nouvelle conquête de l'Asie et de l'Afrique mène à la conquête du monde entier. C'est la mission de « redonner à la Grande-Bretagne sa splendeur » énoncée plus tard par Tony Blair.

Les individus et la société

« La société n'existe pas », avait déclaré Margaret Thatcher sur un ton impérieux. Elle proclamait que dans une société capitaliste, les intérêts du collectif n'existent pas, il n'y a que la recherche de l'intérêt personnel de l'individu. Mais la vie elle-même refuse de se conformer à cette vision du monde. Le collectif le plus important et décisif est la société elle-même et si les intérêts généraux de celle-ci ne sont pas défendus, il ne peut y avoir d'intérêts individuels et si la société, par le biais de ses institutions, en particulier le gouvernement, ne défend pas les intérêts individuels, alors la société s'écroule. L'économie socialisée moderne a rendu la relation entre l'individu et la société encore plus évidente et le besoin de l'harmoniser encore plus urgent.


Affiche de la campagne du Congrès des syndicats pour le
progrès économique et social, contre les politiques antisociales
et antiouvrières du gouvernement Thatcher.

Toute société a ses collectifs d'individus qui de diverses façons sont en lien avec leurs propres membres et avec d'autres collectifs, d'autres individus et avec la société dans son ensemble. Les collectifs les plus importants de la société féodale fondée sur la petite production étaient les familles, les confréries, la gentilhommerie, les associations de guerriers, les aristocrates fonciers, la Cité-État, etc. Ces collectifs ont trouvé les moyens de définir les relations entre individus et collectifs, et par le biais de ces collectifs, avec d'autres collectifs, d'autres individus et la société dans son ensemble.

Aujourd'hui, avec une économie socialisée basée sur la production de masse industrielle, les collectifs les plus importants sont formés selon la façon que les gens gagnent leur vie. Le fait d'harmoniser les relations entre les individus et leurs collectifs respectifs, d'une part, et d'autres collectifs, individus et la société elle-même constitue le problème le plus important et le plus pressant à résoudre pour les humains modernes.

L'harmonisation des relations entre humains au sein de l'économie socialisée ne peut se concrétiser que par la reconnaissance des droits de tous sur la base que tous ont des droits du fait qu'ils sont des êtres humains. Par contre, un obstacle est posé à cette harmonisation quand la société est divisée en deux classes antagonistes, le prolétariat et les détenteurs du capital. L'autorité gouvernementale assumée et dominée par les détenteurs du capital refuse de reconnaître les droits de tous en tant que fondement de relations harmonieuses. Le prolétariat a la responsabilité sociale en tant que classe composée d'individus et de leurs collectifs de priver les détenteurs du capital de l'autorité leur permettant de faire obstacle à l'établissement de relations harmonieuses.

« Laissons le marché décider », déclare Thatcher


Manifestations récentes en Grande-Bretagne contre le néolibéralisme thatchérien du gouvernement Cameron.

L'idée que lorsque les individus poursuivent leur intérêts personnels, la société s'en porte mieux est une théorie provenant de l'économiste britannique Adam Smith (1723-1790) il y a de cela plus de deux cents ans. Dans sa Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, Smith écrit : « Tout homme, tant qu'il n'enfreint pas les lois de la justice, demeure en pleine liberté de suivre la route que lui montre son intérêt, et de porter où il lui plaît son industrie et son capital, concurremment avec ceux de toute autre classe d'hommes. Le souverain se trouve entièrement débarrassé d'une charge qu'il ne pourrait essayer de remplir sans s'exposer infailliblement à se voir sans cesse trompé de mille manières, et pour l'accomplissement convenable de laquelle il n'y a aucune sagesse humaine ni connaissance qui puissent suffire, la charge d'être le surintendant de l'industrie des particuliers, de la diriger vers les emplois les mieux assortis à l'intérêt général de la société. »

Sans définir davantage ses « lois de la justice », Smith fait valoir que le souverain ne doit pas s'ingérer dans le marché. Cela avait un sens à l'époque puisque les détenteurs du capital étaient engagés dans une lutte de classe ouverte pour libérer leur capital des contraintes imposées par les lois féodales et les privilèges de l'aristocratie foncière. Les détenteurs du capital ne pouvaient concrétiser leur droit d'élargir leur capital « le mieux assorti à l'intérêt général de la société » qu'en s'appropriant l'autorité gouvernementale et en édifiant un État-nation pouvant protéger la propriété privée.

Depuis l'époque d'Adam Smith, le capital a conquis l'ensemble du globe. Beaucoup de progrès scientifiques et technologiques ont été faits et les sciences exactes ont pris leur essor. Les économistes ont voulu suivre le pas. Pour se mériter le titre de « science », quoi de mieux pour les sciences économiques que de se gaver de mathématiques. Ainsi des économistes comme Léon Walras (français : 1834-1910), Vilfredo Pareto (italien : 1848-1923) et d'autres ont doublé d'efforts pour prouver la justesse des théories d'Adam Smith. Le hic pour ces prétendus économistes scientifiques c'est qu'Adam Smith réagissait à une époque où l'ennemi de classe était l'autorité féodale, le souverain, et que le capital avait recours à la politique pratique pour exproprier l'ancienne autorité et mettre sur pied un État servant ses intérêts de classe. Déclarer la justesse des thèses de Smith aujourd'hui fait fi des conditions actuelles alors que l'autorité gouvernementale, le souverain, est le capital lui-même, et sa concentration, sa propriété et son autorité sont dorénavant entre les mains de quelques privilégiés, une aristocratie à la fois naturelle et héréditaire. Leur ennemi dialectique est la classe progressiste émergente, le prolétariat, pour qui l'objectif est de priver l'autorité dominante actuelle du pouvoir de le priver de la possibilité d'assumer sa responsabilité sociale, qui est d'harmoniser les relations entre humains.


Pendant la grève des mineurs de 1984-1985, le gouvernement Thatcher a lancé plusieurs attaques pour briser les organisations de défense des travailleurs.

La théorie de l'équilibre général concurrentiel


Manifestation à Liverpool en 1981 pour dénoncer l’augmentation du chômage causée par les réformes économiques
antisociales du gouvernement Thatcher.

La « théorie de l'équilibre général concurrentiel » représente l'apogée des théories des pseudo-économistes. Jusqu'à ce jour cette théorie est un incontournable de la microéconomie et du curriculum des étudiants en économie. Pour comprendre la théorie de l'équilibre général concurrentiel, il faut d'abord s'imaginer un instant un monde parfaitement prévisible et intemporel. Supposons aussi que ce monde compte d'innombrables agents économiques (producteurs et consommateurs) sans qu'aucun d'eux, seul ou en groupe, ne soit en position de dicter les prix des biens et services. Imaginons de surcroît que chacun de ces agents a une « fonction d'utilité maximale ». Cela veut dire que bien que chaque consommateur pourrait retirer un montant différent d'« utilité » d'un ensemble spécifique de biens et de services, il arrivera toujours qu'à mesure que l'individu consomme de plus en plus le même bien, l'utilité qu'il ou elle soutire d'un bien identique ira en diminuant.

Ainsi, le premier bol de crème glacée sera une source de grande joie pour un individu, mais il sera sans doute rassasié au dixième bol. Dans le jargon économique, « la consommation tend vers une diminution des rendements marginaux ».

De même il est assumé que la production tend vers une diminution des rendements marginaux à une plus grande échelle. Ainsi une quantité de biens pourraient être produits à partir d'un ensemble d'intrants – le capital, la main-d'oeuvre, le terrain, etc. Plus grands sont les intrants et plus grands seront les résultats produits. Il est assumé cependant qu'après quelque temps la croissance des résultats ne correspondra plus à la croissance d'intrants. Par conséquent, selon ce modèle, il ne serait pas logique pour des compagnies d'avoir des usines de grande production ou de prendre de l'expansion puisque la croissance d'intrants requis pour produire un bien à l'unité devient avec le temps supérieure à la croissance des produits eux-mêmes.

Une fois toutes ces hypothèses respectées, la théorie de l'équilibre général concurrentiel tire les conclusions suivantes. D'abord, le système de marché libre est « efficace » dans le sens que toutes les ressources de l'économie sont pleinement utilisées – rien ne tombe en désuétude. Ensuite, dans cet équilibre, on ne peut rendre aucun consommateur ou producteur meilleur en modifiant l'allocation des ressources dans un sens ou l'autre, sans faire détériorer la situation d'au moins un consommateur ou un producteur. Ainsi la distribution du revenu et de la richesse qui se produit sans l'intervention du souverain est la situation idéale et toute modification à cet état de choses via la taxation, les investissements gouvernementaux, etc. ne peut que détériorer la situation de quelqu'un.

L'attrait de cette théorie pour les capitalistes monopolistes est évident. Ses tenants proposent que dans un tel système la demande sera égale à l'offre dans tous les marchés et en particulier dans le marché de l'emploi. Ainsi, en théorie, il n'y aura pas de chômage, et s'il y en a, ce sera sans doute la faute du souverain et de son intervention. Ils prétendent aussi que l'idéal consiste à réduire le gouvernement. Le secteur public, quant à lui, ne devrait même pas exister. La déréglementation des marchés partout dans le monde, la « flexibilité » accrue des marchés de l'emploi (euphémisme pour le droit des capitalistes d'embaucher et de congédier à volonté et de transférer selon leur bon vouloir la main-d'oeuvre partout dans le monde), la privatisation d'industries gouvernementales, les réductions dans les programmes d'assistance sociale – toutes ces mesures suivent la logique de l'équilibre concurrentiel.

Que faire de la théorie elle-même ? Difficile de décider par où commencer tellement cette prétendue théorie est sans fondement. De toute évidence, dans un grand nombre de secteurs il n'y a pas assez de producteurs et pourtant ils peuvent dicter les prix. En réalité le but premier des capitalistes monopolistes est d'atteindre une position de dominance leur permettant de contrôler le marché et les prix, etc., même si c'est de façon passagère. Aussi, les producteurs ne semblent pas affectés par la fonction de l'utilité marginale alors qu'ils prennent de l'expansion. S'il y a de quoi, les 100 premières compagnies ou presque dominent non seulement certaines régions et certains pays, mais l'économie mondiale en entier.

Par une analyse matérialiste du système, on ne peut que conclure qu'il est impossible pour des producteurs ou pour une section de l'économie de rester petits. Le capital lui-même estime certaines compagnies comme étant « trop puissantes pour tomber ». La concurrence est devenue une obsession et le fait de vaincre dans le marché en prenant le contrôle d'une autre compagnie ou en l'acculant à la faillite, ou même un autre pays, est déclaré un objectif admirable. Les vainqueurs deviennent de plus en plus puissants et cherchent à dominer, convaincus que de cette façon ils peuvent mieux contrôler leur avenir en particulier par l'influence qu'ils exercent au sein de la machine d'État.

Ces failles évidentes dans les hypothèses à la base de ce modèle ne font pas broncher ses idéologues qui préconisent quand même les conclusions qu'ils en tirent, même si celles-ci ne correspondent tout simplement pas à la réalité. Comment cette thèse économique peut-elle prétendre être une science alors qu'un examen et une critique matérialistes n'en font qu'une bouchée. Par exemple, les pays européens et le Canada subissent les effets du chômage. Encore récemment, l'Union européenne a franchi le seuil d'un taux moyen de chômage de 12 %, et cela, sachant que beaucoup de chômeurs ne sont pas inclus dans les statistiques. Les chiffres ne sont pas plus reluisants pour les travailleurs dans les pays où la mondialisation néolibérale fait loi. Des études démontrent qu'en fait leur situation est encore plus désastreuse. L'économie passe par des « cycles conjoncturels », une façon polie encore une fois de dire que l'économie est gravement malade et qu'elle subit les contrecoups de compagnies qui sont incapables de juger de l'état de la demande, déroutées par l'anarchie de la production. Voilà ce qui cause les crises économiques sans parler du recours de ces compagnies aux pratiques cannibaliques du parasitisme et de la décadence tels que le scandale des prêts hypothécaires à risque aux États-Unis, la guerre ainsi que les préparatifs de guerre. La collusion des prix, les cartels, les interventions gouvernementales favorables aux capitalistes monopolistes, tous les faits sont là, à la portée de tous, ne serait-ce que dans les quotidiens capitalistes. Et pourtant la « théorie de l'équilibre général concurrentiel » demeure le point culminant de l'économie politique et le fondement sur lequel s'appuient des décideurs dans leurs attaques continues contre les droits des travailleurs.

La théorie de « laissons les marchés décider » est fondée sur des hypothèses que la réalité révèle fausses. Sur la base de faussetés, d'idées provenant d'idées et non de la réalité, la théorie néolibérale tire des conclusions non fondées. Ces conclusions sont prédéterminées à favoriser les détenteurs du capital monopoliste et à défavoriser les travailleurs. Et pourtant l'état actuel des sciences économiques, que ce soit l'étude du chômage ou de tout autre domaine, ne démontre aucun effort sérieux pour s'attaquer aux questions qui sont cruciales pour le commun des mortels. Les sciences économiques fondées sur l'étude scientifique et l'analyse des conditions concrètes sans préjugés ont désormais été abolies.

De Thatcher à Blair ; de Harris à Harper

Au Canada, au début des années 90, le premier ministre de l'Ontario Mike Harris avait tenté d'imiter Margaret Thatcher et de réaliser ses promesses des années 80 : créer un groupe de personnes qui aurait intérêt à appuyer ses politiques. En plus d'appuyer les monopoles les plus puissants, Thatcher avait promis qu'elle assisterait la « classe moyenne ». Au cours de la décennie des années 80, le plan pur et simple de piller l'État par la privatisation a été mis en oeuvre et il a en définitive favorisé les intérêts privés qui ont pris le contrôle des avoirs publics. Ce plan par contre n'a été d'aucun bénéfice pour les « couches moyennes », les sections à revenu moyen ou supérieur de la classe ouvrière, ni pour les petits détenteurs du capital. À la suite des crises économiques de la fin des années 80 et du début des années 90, les conservateurs de la Grande-Bretagne ont sombré dans l'oubli tandis que les membres de son propre parti se sont révoltés contre Thatcher. Le Parti travailliste s'est mis à gagner de l'appui lorsque Tony Blair a créé les « nouveaux travaillistes » sous la bannière que ceux-ci réussiraient là où Thatcher avait échoué.

Un autre plan qui a connu l'échec est celui de Mike Harris qui devait créer une « classe moyenne » heureuse et prospère qui chanterait ses louanges tout en démonisant la classe ouvrière. Le projet de plaire à la « classe moyenne » et de créer l'équilibre a été repris par Dalton McGuinty en Ontario, par le gouvernement Harper au niveau fédéral. Il est maintenant le plus grand souhait du NPD de Thomas Mulcair et est au coeur du discours de Justin Trudeau qui exhorte les Canadiens à l'élire prochain premier ministre du Canada.

Pourquoi, en fin de compte, Margaret Thatcher a-t-elle échoué ? La base de son échec réside dans son affirmation qu'à mesure que de nouveaux secteurs de l'économie et de l'État s'ouvriraient aux entreprises, le nombre d'entrepreneurs pouvant faire un coup d'argent augmenterait. Si on considère cette option en tant que simple abstraction, il est possible de se bercer d'illusions et de rêver que cela se produira. En réalité, le processus même qui attire les entrepreneurs dans le secteur entraîne aussi avec lui la loi de la concentration du capital et de la production. Le mécanisme même de la production capitaliste moderne engendre les forces qui détruisent les entrepreneurs émergents, la couche moyenne et les petits producteurs et les jettent dans la rue comme il l'a toujours fait, créant ainsi une classe ouvrière de plus en plus nombreuse et concentrant l'appropriation de l'économie et de la richesse dans les mains d'un groupe de plus en plus restreint.

Le mécanisme de la production capitaliste a semé la pagaille au sein de la couche moyenne ainsi que de la petite bourgeoisie et en a fait de nouveaux prolétaires à revenu réduit. Comment ce processus objectif doit-il être renversé ? Harris pensait qu'en peu de temps le succès serait au rendez-vous et qu'un nombre suffisant d'entrepreneurs seraient là pour le dépanner, mais l'effondrement de la bourse et de plusieurs jeunes compagnies Internet en 2000-01 a mis fin à son règne. Il est tombé en 2002. Harper continue de répéter les mêmes choses, mais la réalité des crises économiques en cascade depuis 2008 contredit ses prétentions.

Depuis l'époque de Thatcher en Grande-Bretagne et de Reagan aux États-Unis, les idéologues néolibéraux sont affairés à inventer de nouvelles façons de piller le trésor public par le biais de manoeuvres pour payer les riches. Ils sont convaincus que la révolution sera en retraite à jamais et que la classe ouvrière ne ripostera pas avec une politique indépendante et ses propres théories. Ils sont tellement arrogants et incompétents qu'ils ne se donnent même plus la peine d'expliquer le fondement théorique de leurs mesures. Ils sont trop occupés à voler. Mais la dialectique vit et il y a une alternative. La classe ouvrière doit être disposée à apporter des définitions modernes aux problèmes importants du monde d'aujourd'hui et à se bâtir un avenir sur cette base. Les définitions modernes doivent reconnaître que tous les êtres humains ont des droits inaliénables du fait qu'ils sont des êtres humains, sans autre considération.

Des définitions modernes doivent être données pour les droits humains, pour les droits politiques, sociaux et économiques et pour toutes les choses et tous les phénomènes tels qu'ils existent aujourd'hui, dans l'ici-présent. Puis, par sa lutte pour les droits de tous, la classe ouvrière peut diriger le peuple dans un mouvement pour priver ceux qui ont usurpé le pouvoir par la force de leur capacité de la priver des moyens d'exercer ses droits. C'est cette volonté d'investir le peuple du pouvoir qui ouvrira la voie au progrès de la société. Cela peut se faire ! Cela doit se faire !

Les Canadiens sont avec les peuples du monde
pour le rejet des politiques de Thatcher-Reagan

Des manifestations de masse ont été tenues contre le chef de file impérialiste américain Ronald Reagan à sa première visite au Canada le 10 mars 1981 et à chacune de ses visites subséquentes. Les visites répétées d’une personnalité aussi détestée ont exposé la servilité des gouvernements canadiens face aux impérialistes américains que le peuple a aussi rejetée.



Manifestations à Ottawa les 20-21 juillet 1981 au Sommet du G7 contre les politiques antisociales impérialistes de Reagan et Thatcher. Les gens ont tenu un sommet populaire pour opposer l’ordre du jour néolibéral du G7 et des milliers de personnes ont fait entendre leur voix dans la rue. Ils ont dénoncé la position réactionnaire du gouvernement Thatcher sur la question de l’Irlande et son traitement brutal des grévistes irlandais de la faim dont plusieurs étaient déjà morts notamment Bobby Sands. L’administration Reagan a été dénoncée entre autres choses pour ses sales guerres en Amérique centrale.


Manifestations contre la visite du président Reagan à Ottawa en avril 1987 qui ont opposé avec véhémence les politiques du régime Reagan dont sa promotion du libre-échange impérialiste et son bellicisme partout dans le monde.


Au Sommet du G7 à Toronto le 20 juin 1988. L’activiste de Toronto Matthew Behrens a récemment écrit au sujet de ces actions: « Des milliers de manifestants ont défié la tentative de la police d’empêcher la manifestation par laquelle on voulait procéder à l’arrestation citoyenne de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher et d’autres chefs d’État du G7 pour leur complicité dans des crimes comme la torture, les bombardements de civils, l’appui à l’apartheid et aux régimes de dictature brutale, la contamination nucléaire et autres horreurs perpétrées contre les peuples dans les années 1970-1980. » Ce fut la 5e et dernière visite de Reagan au Canada en tant que président des États-Unis.

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Réflexions et commentaires sur Margaret Thatcher – politicienne et idéologue de la tendance antisociale

Le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) a répondu aux provocations antisociales des néolibéraux en déclarant résolument: Il y a une alternative! Le peuple organisé en société a devant lui des problèmes qui doivent être résolus, des problèmes qui ne peuvent pas être mis de côté et laissés à des énoncés de principe. Pourquoi la pauvreté existe-t-elle? Pourquoi le chômage s'aggrave-t-il ? Pourquoi la guerre continue-t-elle d'exister en tant que forme de résolution des conflits entre les peuples et les pays, alors que les armes sont devenues tellement destructrices que c'est l'humanité entière qui en est menacée ?

Les communistes, les marxistes-léninistes, ont le devoir d'organiser le peuple et de lui faire prendre conscience que ces problèmes doivent être abordés et résolus. Tous les obstacles qui bloquent la solution de ces graves problèmes, comme la théorie et la pratique qu' « il n'y a pas d'alternative », doivent être balayés.

Margaret Thatcher était l'architecte de la théorie néolibérale que toutes les mesures qui font réellement mal aux simples citoyens sont nécessaires parce qu'« il n'y a pas d'alternative ». Des millions de personnes dans le monde ont été réduites au chômage parce que prétendument « il n'y a pas d'alternative »; des millions de personnes souffrent de la faim et sont menacées par la famine parce que prétendument « il n'y a pas d'alternative ».

Thatcher était le genre de « démocrate » et de « patriote » qui rêvait de l'époque des anciens maraudeurs, de ceux qui freinent toute avancée vers une alternative favorable au peuple.


Bien que près d'un quart de siècle se soit écoulé depuis que Thatcher a quitté son poste de première ministre, son
héritage antisocial continue d'être condamné par le peuple jusqu'à ce jour. Sur cette photo: bannière
et pancarte de la manifestation du 20 octobre 2012 à Londres: "Elle est partie mais ses politiques demeurent."

La prérogative royale

En termes de droits, Margaret Thatcher était un défenseur de la prérogative royale. En 1989, lorsque la France a célébré le bicentenaire de la Révolution française, Thatcher a déclaré que la Révolution française n'avait rien apporté au plan des droits démocratiques et des libertés de l'être humain. Elle a dit qu'avec la Magna Carta, les Anglais avaient déjà ces droits depuis plusieurs siècles. La Magna Carta est souvent citée dans ce sens par ses disciples et autres promoteurs du chauvinisme anglais pour justifier la négation des droits aujourd'hui.[1]

La Magna Carta est un document que les barons anglais ont arraché au roi Jean sans terre en 1215. Dans cette charte, le roi promettait certains droits à ses sujets, les barons. Cela n'avait rien à voir avec l'octroi de droits démocratiques au peuple. Les barons ont conçu la charte pour protéger leurs fiefs et acquérir plus de privilèges.

Bien que cette charte ait été le premier document à limiter le pouvoir absolu du roi en Angleterre et ailleurs en Europe, elle ne donnait de garantie qu'à deux catégories de droits: ceux que le roi promet aux barons et ceux que les barons promettent aux hommes libres sous eux.

Certains droits qui proviennent de la Magna Carta, comme l'habeas corpus, sont bafoués en toute impunité aujourd'hui. En fait, personne, sauf de purs réactionnaires comme Thatcher, n'a salué la Magna Carta comme étant un document qui consacre les droits des êtres humains. La Magna Carta n'était pas une mesure progressiste en termes de la naissance des nations modernes. Il a fallu aux Anglais plus de 300 ans pour en surmonter les conséquences et commencer à établir à l'époque élisabéthaine un pouvoir centralisé au sein de la structure d'un État-nation.

Margaret Thatcher et Friedrich Hayek

Margaret Thatcher était une admiratrice de l'économiste et philosophe autrichien Friedrich Hayek (1899-1992). En 1984, elle a honoré Hayek en le décorant de l'Ordre des compagnons d'honneur du Royaume-Uni.

Hayek était l'idéologue principal du néolibéralisme dans les années 1980 et 1990, un ennemi idéologique du socialisme et une source d'inspiration pour les détenteurs du pouvoir, partisans de la régression néolibérale.

Entre autres choses, Hayek déclarait que son idéal était l'individualisme. Il soutenait que l'initiative d'individus abstraits, leur expérience personnelle, la connaissance de leurs propres désirs et objectifs devaient être libérés au maximum pour assurer leurs objectifs économiques. Le marché, libéré de toute contrainte, allait spontanément régir les rapports économiques de la population et mener à la meilleure utilisation et la meilleure répartition des ressources. Puisque l'économie est en général inconnaissable, toute tentative de planification consciente de l'État et de ses collectifs organisés est vouée à l'échec et, en tout cas, porte atteinte à la liberté individuelle.

Ce maximum de liberté de l'individu abstrait, le rejet tant de l'action consciente et collective que de l'harmonisation des intérêts individuels, des intérêts collectifs et des intérêts généraux de la société, signifient en réalité le maximum de liberté pour les très riches et leurs monopoles et la négation de toute responsabilité sociale de leur part ou de l'État envers le bien-être de tous. C'est la ligne du « chacun pour soi » défendue par Thatcher poussée à un degré ultime. Dans de telles circonstances, les très riches et leurs monopoles sont enchantés de se débrouiller par eux-mêmes et d'exercer leur liberté individuelle illimitée sauf, bien sûr, quand ils ont besoin de l'aide de l'État pour protéger leurs intérêts privés et leurs empires contre les revendications du mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière, et contre leurs concurrents capitalistes monopolistes au pays et à l'étranger. Les conséquences de cette ligne, l'aggravation de la pauvreté et du chômage, la violence et l'anarchie accrues dans la société et les guerres de conquête à l'étranger, ne sont pas difficiles à anticiper non plus, comme l'a confirmé l'expérience humaine depuis l'époque du gouvernement de Margaret Thatcher.

Les théories de Hayek, reprises par Thatcher, reposent toutes sur la thèse de « la fin de l'histoire » promue lors de la chute de l'Union soviétique et de la fin de la division bipolaire du monde. Elle a servi à ouvrir le marché mondial, les sources de matières premières et de main-d'oeuvre à bon marché et les sphères d'influence à la domination, à la collusion et à la concurrence violente des monopoles les plus importants et les plus puissants et aux intérêts impérialistes.

Selon la thèse de « la fin de l'histoire », le « marché libre » et la liberté individuelle du libéralisme classique sont les plus grandes réalisations de l'humanité. Le vrai rôle de l'État est de protéger et de faciliter le fonctionnement sans contrainte de ce merveilleux système qui génère spontanément la meilleure répartition possible des biens et des services.

Les idéologues néolibéraux se concentrent presqu'exclusivement sur l'échange des biens et des services, sur ce que les individus possèdent et leurs échanges avec d'autres individus. Peu ou pas d'attention est portée à l'origine des biens et des services ou à la distinction entre ce que la nature met à notre disposition et ce que la classe ouvrière produit par son travail en transformant les richesses de la Terre-Mère. Ils ignorent surtout comment ce processus de production a lieu, de la transformation de la matière première en valeur d'usage ou bien les arrangements qui existent pour faciliter la production sociale ou bien la manipuler en faveur des possesseurs du capital monopoliste.

Ils refusent d'enquêter sur les lois naturelles inhérentes à l'économie socialisée, et débitent des notions non scientifiques entremêlées d'idées qui favorisent le statu quo et les intérêts de la classe privilégiée. Aucune pensée n'est donnée aux contradictions au sein du processus de production lui-même, en particulier aux rapports humains qui doivent être modifiés et modernisés afin de les rendre conformes au processus de production socialisée moderne.

L'intervention de l'État pour réprimer la lutte de classe de la classe ouvrière


Affiche dénonçant la Loi sur l'emploi, une loi antisyndicale du gouvernement Thatcher de 1982. Cette loi augmentait
l'indemnisation des travailleurs licenciés en raison de l'atelier fermé et restreignait l'activité des syndicats à la défense
des droits des travailleurs. Cliquez sur l'affiche pour l'agrandir.

La lutte de classe pour supprimer les inégalités, pour garantir les nécessités de la vie, notamment en interférant avec le marché ou en limitant ses effets, etc. est considérée comme insensée et dangereuse par les néolibéraux. Il s'ensuit que non seulement les luttes sociales, économiques et autres devraient abandonnées mais qu'elles devraient être réprimées.

La répudiation des luttes unies de la classe ouvrière, de la syndicalisation, etc. par les libertariens s'incrit dans le même ordre d'idée. Pour la cause commune, la lutte de classe veut restreindre la liberté individuelle d'exploiter et le fonctionnement libre et sans entraves du marché du travail.

(Les néolibéraux ne sont pas différents de ceux qui rejetaient la lutte de classe des esclaves et refusaient la restriction de la traite libre et sans entraves des esclaves d'Afrique et d'autres continents durant la longue période de l'esclavage aux États-Unis. Cette lutte de classe imposait des limites à la liberté individuelle d'exploiter et interférait avec le fonctionnement libre et sans entraves de la traite des esclaves.

Le but et le contenu du marché des esclaves et du marché de la force de travail sont similaires : la capture et l'usage de la force de travail ou de la capacité d'autrui de créer des richesses privées pour une élite privilégiée qui possède les moyens de production. La forme est différente, car l'esclavage implique la propriété de l'être humain qui fournit la force de travail tandis que l'esclavage salarié entraîne la propriété de la force de travail mais non celle de l'être humain qui la fournit. L'être humain qui vend sa force de travail sur le marché du travail est considéré comme libre de choisir le propriétaire de sa force de travail, mais cette force de travail une fois vendue, il est tout aussi réduit en esclavage que la force de travail de l'esclave vendus.)

Dans la tradition libérale classique, les actions collectives de la classe ouvrière pour défendre et faire avancer ses intérêts sont considérées comme une conspiration contre la liberté du commerce et doivent être réprimées par l'État libéral. Les libertariens veulent que l'État garantisse le bon fonctionnement du «libre marché », y compris le marché du travail.

Le rôle de l'État est de garantir le fonctionnement du marché du travail et de ne permettre à personne, à aucun collectif de travailleurs et à aucune loi ou règlement d'interférer dans son fonctionnement libre et sans entraves. Pour garantir cette conception de la liberté individuelle, il est nécessaire d'interdire la résistance organisée de la classe ouvrière qui défend les droits des toutes les sections de la classe, les droits de tous et les intérêts généraux de la société

L'objection de Thatcher au monopole vise en fait l'action collective de la classe ouvrière et non celle du capital financier. Tony Blair a poussé cette logique plus loin en déclarant que le temps de la lutte des classes était terminé.

Hayek et ses disciples ne croient pas que le capitalisme monopoliste et le monopole soient liés à la nature du capitalisme et soient le produit du développement du capitalisme. Au contraire, pour eux, le monopole est essentiellement un produit de l'intervention étatique, qui doit être éliminée afin d'atteindre «la liberté ».

Les attaques contre la société et le démantèlement
des programmes sociaux

Margaret Thatcher rejette la notion de société et de justice sociale en empruntant à Hayek la notion que l'idée même de justice sociale est un « mirage ». Elle ne fait aucun sens puisque le fonctionnement impersonnel, spontané du marché ne peut être ni juste ni injuste. Les concepts de société et de justice sociale sont des menaces parce que leur défense mène à imposer des contraintes au marché et conduit au socialisme.

Cela implique également que les programmes sociaux publics doivent être démantelés car ils sont une forme de redistribution des revenus et impliquent l'interférence avec le marché. Une fois les programmes sociaux supprimés, il ne reste que la charité: des individus libres et fortunés qui décident à leur guise de donner à des organismes de bienfaisance et décident quel genre d'organisme de bienfaisance doit exister. La personne riche est totalement autonome, souveraine, et en plein contrôle de faire ce qu'elle veut de sa richesse.

Le statu quo de l'inégalité et le système, dans la mesure où il est véritablement libéral, sont sacrés. Le fait que les individus libres abstraits qui pourraient entrer dans ce paradis libéral (dans la mesure où il n'existe pas encore complètement) soient inégaux en termes de richesses (et d'autres aspects de la vie), et le fait admis que ceux qui ont des richesses auront un avantage énorme importe peu à Hayek. Hayek rejette également la notion d'égalité des chances, qui pourtant est à la base du rêve américain et de la société civile américaine, parce qu'elle implique une intervention de l'État.

Hayek écrit: « Ce qui est d'ordinaire appelé une économie sociale ou nationale n'est pas en ce sens une unité économique mais un réseau de nombreuses économies imbriquées les unes dans les autres. [...] Pourtant, chaque fois que nous parlons de l'économie d'un pays, ou du monde, nous employons un terme qui suggère que ces systèmes devraient être conduits à la manière socialiste, et dirigés suivant un plan unique de façon à servir un ensemble unitaire d'objectifs. »

La position de Thatcher que la société humaine n'existe pas vient de l'idée de Hayek qu'une entreprise, une ferme, un magasin, les activités économiques d'un individu sont des économies, mais ce que nous appelons l'économie d'un pays ne l'est pas. C'est plutôt un simple agrégat d'innombrables activités qui pour lui sont la véritable économie.

Ce regroupement d'individus et de familles, l'organisation et la cohésion sociales ne sont pas le produit de l'évolution de l'histoire, mais simplement un mirage, une construction sociale jugée utile à un moment particulier sous la forme d'un contrat social, mais qui maintenant est dépassée et devrait être supprimée.

Ce qui existe est un soi-disant agrégat d'économies que Hayek appelle « catallaxie ». [2]

Le credo de Thatcher: Il n'y a pas d'alternative, alors taisez-vous


Les émeutes de Brixton en 1981 à Londres provoquées par l'insécurité sociale et économique que vivaient les jeunes, en
particulier les jeunes des minorités nationales. Cette situation était la conséquence de la politique antisociale thatchérienne
qui les privait de tout avenir.

Le credo de Margaret Thatcher, qui a été adopté par tous les gouvernements néolibéraux d'aujourd'hui, était: Il n'y a pas d'alternative! Taisez-vous, acceptez votre sort, faites ce qu'on vous dit.

Des règles uniformes de juste conduite et l'excuse « ce n'est qu'équitable », ce que Harper appelle les «valeurs canadiennes », sont invoquées pour criminaliser la dissidence et réprimer le droit de conscience. Tout cela est fait au nom d'un ordre abstrait. Ce même argument est utilisé pour exiger de ceux qui ne sont pas directement touchés qu'ils s'opposent à ceux qui font des réclamations et qu'ils appuient la répression par l'État libertarien et le recours à des mesures de coercition contre eux.

Hayek écrit: « Bien entendu, les intérêts communs de ceux dont la situation est affectée par les mêmes circonstances engendrent normalement une puissante communauté d'opinion quant à ce qui leur est dû, et fournissent un mobile d'action commune; mais toute action de groupe de cette nature pour assurer à ses membres un certain revenu ou une certaine position fait obstacle à l'intégration de la Grande Société (l'utopie libérale d'Hayek) et donc est, au sens propre du terme, antisociale. »

Il suffit de lire ce qu'écrit Hayek sur « la source principale de la richesse » pour voir l'incitatif idéologique à la base de l'enthousiasme de Margaret Thatcher à privatiser les actifs publics avec des arrangements pour payer les riches, à démanteler les programmes sociaux et à machiner des renflouements, et maintenant des recapitalisations internes [bail-in en anglais] (la confiscation par l'État des comptes bancaires personnels et commerciaux), qui, par la suite, ont été repris par des gens comme Stephen Harper, tous les premiers ministres provinciaux et même Barack Obama.

Selon Hayek, la richesse ou la valeur d'usage n'est pas créée par le temps de travail de la classe ouvrière appliqué à la transformation de la nature en utilisant des moyens de production créés par le temps de travail d'autres travailleurs ou par celui des travailleurs qui les ont précédés. Évidemment puisque, du point de vue de ceux qui possèdent et contrôlent l'économie socialisée, le travail ou le temps de travail est simplement un apport incontournable, quoique indésirable, et un coût pour les possesseurs du capital.

Armé de l'assurance que ceux qui dominent les affaires politiques et économiques et qui possèdent des privilèges de classe énormes l'applaudiront et le récompenseront, Hayek écrit: « Ceux qui prennent pour cible la grande richesse privée n'ont pas compris que ce qui en est la principale source n'est ni l'effort physique ni le simple fait d'épargner et d'investir, mais l'aptitude à orienter les ressources vers leur emploi le plus productif. Il est indubitable que la majorité de ceux qui ont édifié de grandes fortunes sous forme de nouvelles industries ont plus efficacement servi leurs semblables en créant des possibilités plus nombreuses d'emplois plus rémunérateurs, que s'ils avaient distribué aux pauvres leur superflu. C'est une absurdité de présenter comme nuisant aux travailleurs les gens qui dans des cas de ce genre leur ont fait le plus de bien. »

La classe ouvrière devrait être reconnaissante que la valeur qu'elle crée par son temps de travail va à «la grande richesse privée » et non pas aux travailleurs individuels, à la reproduction élargie de l'économie socialisée afin de garantir les droits et la sécurité de tous et les intérêts généraux de la société.

Un argument fondamental de Hayek et al est que la connaissance des phénomènes économiques complexes et changeants est largement dispersée parmi des millions d'individus. Par conséquent, l'État ou les collectifs de travailleurs des différents secteurs de l'économie ne peuvent jamais savoir ce dont ils ont besoin pour élaborer un plan conscient et précis de l'économie. À cause de ce manque possible d'une vue d'ensemble de l'économie ou de ses secteurs de base - et à cause de certains autres facteurs, comme l'inégalité inhérente des êtres humains qui sert à justifier l'exploitation accrue des « inégaux » par ceux qui sont « plus égaux » et à nier que toutes les personnes quelles que soient leur position sociale et leurs capacités ont des droits à cause de leur humanité - le seul rôle de l'État doit être de favoriser le « libre marché », qui permet aux individus d'utiliser leurs bribes de connaissances, et la connaissance de leurs propres désirs et objectifs, comme bon leur semble. Ainsi, spontanément, chaque individu en tirera le bénéfice maximum. C'est la meilleure, voire la seule voie, à suivre.

Il y a une alternative; il y a toujours eu une alternative
pour les êtres humains au cours de l'histoire!


Thatcher a été une pionnière de la tendance antisociale contemporaine, qui a ses origines dans la contre-révolution bourgeoise conçue par l'Association démocratique internationale (IDA). Thatcher a été l'un de ses dirigeants avec Ronald Reagan et Helmut Kohl.

La tendance antisociale est justifiée par la logique perverse de la bourgeoisie qu'il n'y a pas d'alternative. Cette théorie est totalement intéressée puisqu'elle est fondée sur la considération que pour assurer la continuité du système capitaliste la seule alternative est d'être antisocial.

Cette tendance antisociale à comme base:

- L'inviolabilité de la propriété privée;

- La glorification de l'intérêt individuel au détriment des intérêts collectifs, des intérêts de la société et de l'intérêt individuel de ceux qui ne font pas partie de l'élite privilégiée; et

- le déni des droits de tous et de toute responsabilité sociale envers les individus, les collectifs et la société en général.

Selon les idéologues de cette tendance antisociale, la société n'existe pas. Pour eux, la famille est l'unique et seule fin de la vie. L'individu idéal est celui qui se consacre entièrement à la famille.

Les gouvernements qui suivent cette tendance antisociale prennent des mesures budgétaires et fiscales contraires aux intérêts généraux de la société. Ils justifient ces mesures clairement dangereuses pour les intérêts de la grande majorité du peuple en disant qu'elles sont dans son intérêt et que cette tendance antisociale sera bénéfique à long terme.

Le PCC(M-L) a combattu la grande influence de cette tendance antisociale dans le mouvement ouvrier et sa propension à limiter les luttes des travailleurs aux objectifs les plus étroits. Alors que la grande production est la principale caractéristique de la société moderne, les travailleurs sont encore appelés à ne considérer que leurs propres intérêts. Mais cela n'est pas possible dans une société moderne qui a une économie socialisée, sauf pour l'élite privilégiée qui possède et contrôle les moyens de production et la richesse que produit la classe ouvrière.

L'individualisme est encouragé dans la classe ouvrière pour créer le plus de division possible dans ses rangs et étouffer son aspiration à une société libre de l'esclavage salarié et de toute exploitation. Cela a également des conséquences désastreuses pour la grande majorité des travailleurs dont les intérêts ne sont pas garantis, que ce soit pendant leur vie active ou lorsqu'ils sont privés de moyens de subsistance parce qu'à la retraite, malades ou accidentés.

Alors que les travailleurs vivent dans une société moderne qui a une économie socialisée, leurs rêves et leurs aspirations à une vie cultivée et à la sécurité ne sont pas garanties par la société néolibérale. Ils sont écrasés par l'idéal néolibéral comme personnes qui ont des besoins et des désirs individuels, comme membres de leurs collectifs, car ces collectifs sont en contradiction avec le libre marché, et comme membres socialement responsables et conscients de la société qui veulent faire une contribution à ses intérêts généraux.

Nombre d'idées visant à renforcer le facteur anti-humain / anti-conscience sociale sont imposées à classe ouvrière, comme celle qui veut que le seul problème qui se pose pour les travailleurs est la mauvaise gestion de l'économie ou la répartition inéquitable des ressources et de la production, ou celle qui veut que l'économie pourrait être mieux gérée si les bonnes politiques étaient appliquées plutôt que les mauvaises.

Pour empêcher les travailleurs d'exiger la fin de l'esclavage salarié et de l'exploitation des personnes par des personnes, ils sont entraînés dans d'interminables débats sur des objectifs de politiques, qui peuvent se matérialiser ou ne pas se matérialiser, sur lesquels ils n'ont aucun contrôle. Ils sont poussés à demander une redistribution plus équitable des ressources économiques et à ne pas s'attaquer au problème de qui décide de la direction de l'économie et pourquoi les véritables producteurs n'ont aucun contrôle sur ces décisions, quelles qu'elles soient.

Le facteur humain/conscience sociale

Le facteur humain/conscience sociale est le produit spécifique de la production à grande échelle. Le facteur humain/conscience sociale au sens objectif est la force humaine sensorielle et matérielle qui contrôle la société. Il signifie l'émancipation complète de la classe ouvrière et de l'humanité tout entière. À l'inverse, la tendance antisociale signifie l'élimination de toute perspective d'émancipation et l'intensification de l'exploitation de la classe ouvrière et de tous les travailleurs.

Le facteur humain/conscience sociale constitue un tout unique axé sur l'ouverture de la voie du progrès de la société. Les êtres humains et leurs familles ne sont pas séparés de lui. L'objectif de la tendance antisociale est précisément de couper les êtres humains et leurs familles de la tâche historique d'émanciper la classe ouvrière et l'humanité tout entière. La tendance antisociale est la tendance antipeuple la plus pernicieuse et destructrice qui est apparue au cours de cette période de repli de la révolution.

La classe ouvrière et tous les travailleurs luttent objectivement contre cette tendance antisociale en résistant au rejet du fardeau de la crise sur leur dos et en faisant avancer le programme pro-social: Arrêtez de payer les riches! Augmentez les investissements dans les programmes sociaux! Pour un gouvernement antiguerre! Il est nécessaire d'élever la conscience et l'organisation des travailleurs pour qu'ils soient capables de renverser la situation. Ils doivent saisir la nature de cette tendance antisociale et que son objectif historique est l'asservissement total de la classe ouvrière et de l'humanité tout entière. Le PCC(M-L) s'est saisi de la nécessité immédiate de fournir une explication théorique complète de cette tendance antisociale tout en menant la lutte idéologique la plus résolue, en organisant la classe ouvrière pour la défense de ses objectifs à court et à long terme et en fournissant une direction pratique.

Notes

1. Le chauvinisme anglais de Thatcher était tel qu'elle niait l'évolution historique des autres pays comme l'Inde, la Chine. Thatcher n'en connaissait pas l'histoire. Par exemple, au Japon, les lois écrites limitant le pouvoir absolu de l'empereur sont apparues à l'ère moderne du VIIIe siècle, bien avant la Magna Carta. Cela a coïncidé avec la montée en puissance et l'augmentation de la production dans les 58 comtés et les trois îles du Japon. L'arrivée au pouvoir du clan samouraï Genji en 1185 a marqué la fin de la puissance absolue de l'empereur shinto et de l'ancien arrangement communal. Le Shogunat de Kamakura, la montée en puissance des samouraïs (et de la religion féodale bouddhiste) et l'affaiblissement des pouvoirs de l'empereur Shinto et de l'aristocratie (kizoku - littéralement « nobles ») a ouvert la voie aux arrangements de type féodal décentralisés dans tout le Japon. Ces arrangements disparus au début du XIXe siècle avec le développement des forces productives, le passage à la fabrication moderne et à la production de masse, et devant les menaces d'invasion de l'impérialisme américain et européen. La Restauration Meiji de 1868 a instauré des rapports de production capitalistes, un pouvoir national centralisé, et créé une armée nationale et d'autres institutions nationales. La dynastie des anciens empereurs Shinto a été restaurée comme symbole d'un Japon uni autour d'un projet d'édification nationale.

2. « Une catallaxie est ainsi l'espèce particulière d'ordre spontané produit par le marché à travers les actes de gens qui se conforment aux règles juridiques concernant la propriété, les dommages et les contrats », écrit Hayek . Il définit la catallaxie comme un jeu de production de la richesse dans lequel: « Il n'y a pas lieu de fournir une justification morale pour des répartitions objectives de revenus ou de richesses qui n'ont pas été engendrées délibérément, mais qui sont le résultat d'un jeu que l'on a pratiqué parce qu'il augmente les chances de tous les joueurs. [Et] alors que le gain de chaque joueur dans le jeu de catalIaxie sera déterminé en partie par son habileté et en partie par sa chance, le contenu de cette part allouée à ce joueur par ce jeu mixte de hasard et d'habileté constituera réellement un maximum.

« Il serait évidemment déraisonnable d'attendre davantage du fonctionnement d'un système dans lequel les nombreux acteurs ne servent pas une commune hiérarchie de fins, mais coopèrent les uns avec les autres seulement parce que ainsi ils s'entraident en fait dans la poursuite individuelle de leurs fins respectives. Rien d'autre n'est en réalité possible dans un ordre où les participants sont libres, en ce sens que rien ne les empêche d'employer ce qu'ils savent par eux-mêmes, pour des buts choisis par eux-mêmes. Aussi longtemps que l'on joue ce jeu - le seul par lequel toutes ces connaissances peuvent être utilisées et toutes ces fins prises en compte -, il serait illogique et injuste de détourner une partie du flux de biens vers tel ou tel groupe de joueurs qui, aux yeux de quelque autorité, le mériterait.

« Dans un ordre spontané, des déceptions imméritées ne peuvent pas ne pas se produire. Elles provoquent forcément de l'amertume et un sentiment d'avoir été traité injustement, alors cependant que personne n'a agi injustement. Les intéressés élèvent généralement, en toute bonne foi et au nom de la justice, des demandes d'indemnisation. Mais si l'on veut cantonner la contrainte dans la sanction de règles uniformes de juste conduite, il est essentiel que le gouvernement ne possède pas le pouvoir d'accéder à de telles exigences. Ceux dont la position se trouve rabaissée et qui s'en plaignent en sont là pour avoir couru les mêmes chances par qui d'autres se trouvent maintenant favorisés, et dont eux-mêmes précédemment avaient bénéficié. C'est uniquement parce que d'innombrables autres personnes supportent de voir leurs raisonnables espérances déçues, que tout le monde a le haut niveau de revenu atteint de nos jours; et, par conséquent, il n'est que normal d'accepter le cours des événements lorsqu'ils vous sont défavorables. Ce qui est vrai d'un individu à cet égard l'est tout autant des membres d'un groupe nombreux de gens qui éprouvent ce sentiment d'amertume et qui font bloc pour protester - auquel cas l'on en vient à regarder le changement intervenu comme un « problème social ». »

(Sources: Archives du LML, Centre de ressources Hardial Bains. Citations de Hayek: Le mirage de la justice sociale. Photos: LML, Workers' Weekly, TUC)

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Il y a une alternative!

Prenant la parole à un plénum élargi du Comité central en novembre 1992, le dirigeant du PCC(M-L) Hardial Bains a proposé « Il y a une alternative! » comme thème du VIe Congrès du Parti qui allait avoir lieu en 1993. Dans le cours des délibérations, il a expliqué que contre la notion qu'« il 'y a pas d'alternative » il est nécessaire d'opposer une alternative pro-sociale.

« Le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste), la classe ouvrière et les masses populaires n'acceptent pas la notion qu'il n'y a pas d'alternative à l'«économie de marché», sinon le malheur et la destruction, a dit Hardial Bains. Ce n'est pas parce que les conservateurs sont incapables d'avancer, qu'ils ont la nostalgie d'un passé qu'ils aiment peindre tout en rose, qu'il n'y a pas d'autre voie », a-t-il précisé. Faisant référence à la façon dont les médias parlent de radicaux et de conservateurs de l'ancienne Union soviétique et des pays d'Europe de l'Est qui ont abandonné le socialisme, il a fait remarquer que « c'est aussi le cas des radicauxqui ferment les yeux sur le vécu de l'humanité face au fardeau de l'exploitation capitaliste et de la misère qu'elle engendre, et prétendent qu'il n'y a pas d'autre voie que l'économie de marché capitaliste et ses ravages. »

Le camarade Bains a poursuivi: « Or il existe une alternative, c'est celle de donner un pouvoir réel à la classe ouvrière et au peuple, la voie de l'abolition des privilèges de classe et du renouveau du fédéralisme et de la démocratie. C'est la voie qui place les femmes et les hommes au centre de la solution des problèmes auxquels ils font face. En s'affirmant, ils peuvent s'assurer que le système économique les serve et que leur idéal se réalise, celui de l'abolition des classes exploiteuses.

Les radicaux et les conservateurs, ceux qui réclament l'économie de marché et ceux qui ont la nostalgie de ce qu'on appelle l'économie dirigée, oublient une chose: ils parlent à partir du passé et ne voient pas l'avenir.

Il est crucial de repartir à zéro. Le nouveau départ doit être solidement ancré dans le présent. Les femmes et les hommes doivent avoir les deux pieds solidement plantés dans le sol du présent. C'est la voie qui d'un nouveau départ tout en préservant le passé en conjurant sa nostalgie.

L'alternative de la classe ouvrière est de se donner un programme pour son émancipation. Les couches moyennes ont aussi une voie: se donner un programme pour leur émancipation.

La classe capitaliste est au pouvoir. Elle est déjà libre dans le vrai sens du mot. Elle jouit de tous les meilleurs acquis de la société. Elle n'a pas d'autre voie que de perpétuer son pouvoir.

Sachant très bien que le radicalisme et le conservatisme sont au service de la classe capitaliste, elle dit aux travailleurs et aux couches moyennes que le radicalisme et le conservatisme sont la voie de l'avenir. La classe ouvrière et les couches moyennes sont perplexes: comment peuvent-ils représenter la voie de l'avenir?

Les conservateurs faisaient la pluie et le beau temps auparavant. Ils n'ont pas trouvé les moyens de donner le pouvoir à la classe ouvrière. Ils n'ont pas créé les conditions pour l'abolition des privilèges de classe et des classes exploiteuses.

Les radicaux, d'autre part, déclarent que la voie de l'avenir est de rétablir les privilèges de classe et les classes exploiteuses. Comment la classe ouvrière et le peuple peuvent-ils accepter cela comme avenir de la société?

Au Canada, les gens par milliers ont proclamé leur désir d'être au centre des développements. Ils veulent participer au processus politique et ils veulent apporter des changements en se rendant maîtres de la situation. Ils demandent que des mécanismes soient mis en place qui leur permettent d'exercer le pouvoir. Ils cherchent une autre voie et on peut dire qu'ils ouvrent l'autre voie. Dire non aux plans des radicaux et des conservateurs est l'autre voie.

Lorsque l'électorat canadien a battu l'Accord de Charlottetown au référendum de 1992, il a proclamé qu'il ne suivrait plus ceux qui ont le pouvoir au Canada et qui jouissent des privilèges pour perpétuer le statu quo. Il déclarait fort et en pratique qu'il a une alternative.

Ceux qui forment l'establishment au Canada ont été atterrés. Ils n'avaient jamais vu une chose pareille. Irrités, ils ont voulu gronder l'électorat: «Nous vous avons fait confiance, a dit Bob Rae. Maintenant c'est à vous de nous faire confiance.» Mais les gens ont préféré ne pas leur faire confiance, ce qui montre en pratique qu'il y a une alternative.

Si l'establishment était uni comme un seul homme durant la campagne référendaire, maintenant il est divisé sur toutes les questions sur une base partisane. Ces forces ne sauraient unir le peuple autour de leurs propositions de préserver le statu quo. Beaucoup durant la campagne référendaire ont proposé de ne pas participer, mais la classe ouvrière et les masses du peuple ont trouvé leur voie. Ils ont proclamé cette voie en votant Non.

Les statistiques sur le vote montrent que les travailleurs et les jeunes ont voté Non plus que tous les autres groupes sociaux, prouvant de façon concrète que l'autre voie est du côté de ceux qui représentent l'avenir de la société.

Partant du présent et en analysant le passé, il est clair pourquoi cette voie est la voie de l'avenir. Par qui le pouvoir doit-il être exercé aujourd'hui? Qui doit pouvoir profiter du suffrage universel? Qui doit exercer la volonté juridique de la société? Ne faut-il pas harmoniser la volonté juridique et la volonté populaire? Ainsi l'autre voie se fait-elle entendre clairement. Il ne fait pas de doute qu'il y existe une autre voie.

[...] Ce qu'il faut, c'est vigoureusement ouvrir la voie en théorie et en pratique pour que le peuple puisse avancer et effectuer le renouveau de la société qui est à l'ordre du jour. C'est cela l'autre voie, la voie qui ne consiste pas à rester dans l'ombre du passé.

L'histoire a prouvé que, sauf quelques exceptions, tous ceux qui dans le monde ont fait des promesses au cours des quarante dernières années n'ont pas tenu leurs promesses. Le capitalisme avait commencé par promettre l'élimination du chômage et a fini par dire que le chômage était « un mal nécessaire ». Les programmes sociaux qui étaient autrefois considérés comme « sacrés» sont maintenant menacés de disparition.

Les radicaux prétendent pouvoir éliminer les maux de l'économie dirigée en adoptant des mesures qui ont déjà plongé des pays comme le Canada dans une grave crise. Il y avait la promesse que l'édification du socialisme passerait à une étape supérieure, à l'étape d'un socialisme développé qui serait le prélude du communisme. Mais cette étape a été remplacée par le pseudo-socialisme sous lequel les privilèges de classe ont été restaurés, puis on est passé à l'élimination du socialisme, et ce sont les classes elles-mêmes qui ont été restaurées.

Les conservateurs parlent des gains réalisés par les travailleurs sous le socialisme, gains qu'ils ont maintenant perdus, mais ils ne parlent pas des conditions actuelles et n'ont pas d'autre voie à proposer que le passé.

Lorsque Margaret Thatcher proclamait qu'il n'y a pas d'alternative, elle parlait au nom des radicaux et des conservateurs pour qui la voie vers l'avant de donner le pouvoir au peuple et de placer les êtres humains au centre du développement est une abomination.

Ils parlent d'idées et d'institutions, de structures et de superstructures comme si ces choses étaient tout ce qui compte. Pour eux, les êtres humains sont sans importance, ils ne sont qu'un moyen de réaliser leurs plans pour conserver leurs privilèges de classe et préserver les classes exploiteuses à jamais.

Le VIe Congrès du Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste), sous le thème: IL Y A UNE ALTERNATIVE!, ferait ressortir la force vive des propositions théoriques provenant de l'analyse du présent et servant à donner le pouvoir à la classe ouvrière et au peuple pour qu'ils puissent participer à la résolution des problèmes de leur environnement social et naturel. Dans ce contexte, ils peuvent affirmer leur humanité en humanisant la société.

En dernière analyse, l'autre voie consiste à humaniser l'environnement, l'idéal hérité du passé auquel aspire l'humanité depuis des générations, auquel ont oeuvré tous ceux qui ont refusé de se laisser intimider par ceux qui ont cherché à vivre dans le passé et qui veulent relever les défis du futur.

Ce thème permettrait entre autres aux délégués et observateurs et à tout le monde de délibérer sur les caractéristiques les plus importantes des conditions actuelles et de s'affirmer en s'assurant que le Congrès prenne les décisions qui s'imposent.

Le VIe Congrès sera un congrès de l'affirmation des êtres humains, de leurs aspirations et de leurs efforts pour humaniser l'environnement. Il mettra fin une fois pour toutes à la notion voulant que les partis politiques sont l'instrument d'une poignée d'individus qui cherchent à placer leurs idées sur un piédestal de sorte à éliminer toute possibilité de progrès.

Les congrès et les conventions que tiennent les partis capitalistes placent les ambitions de l'individu ou du groupe d'individus au centre et ces derniers, forts de leurs privilèges et de leur pouvoir, créent un climat d'exaltation générale qui les favorise. Le Congrès du Parti sera un congrès au service du peuple, un congrès qui lui ouvrira une voie pour se bâtir un avenir.

En présentant cette proposition, je suis également convaincu que ce thème: Il y a une alternative!, accroîtra encore plus l'espace politique et idéologique dans lequel opère le Parti, de sorte qu'il demeure toujours à l'avant-garde de la société. Après tout, le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) n'a pas d'autre but que de transformer la société par les méthodes qui donnent le pouvoir au peuple.

Trouver les moyens de donner le pouvoir au peuple est un pas de géant vers toute transformation révolutionnaire. C'est aussi une nécessité aujourd'hui. Ce pouvoir appartient à l'ensemble du peuple et il est essentiel que ce dernier participe à l'invention des moyens de se donner le pouvoir. Le Parti est l'instrument de cet effort.

À mesure que ce travail progresse et que se produisent des changements concrets, les conditions elles-mêmes proclameront: Il y a une alternative!

(Le Marxiste-Léniniste, 9 novembre 1992)

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