Nous célébrons aujourd'hui le 115e
anniversaire d'une des plus grandes
personnalités
américaines, Paul Robeson, le grand
chanteur
afro-américain, acteur
et champion de la démocratie aux
États-Unis,
défenseur par excellence du mouvement pour
les droits civiques
et d'un monde de paix dans lequel les
sociétés
font respecter les droits de tous.
Nous invitons nos lecteurs qui ne connaissent
peut-être pas très bien la vie et
l'oeuvre de Paul Robeson
de se renseigner au sujet de ses
réalisations et de
ses contributions. Nous les invitons en
particulier à
apprécier la fidélité de Paul
Robeson aux
principes qui guident l'humanité vers le
progrès, quelles
que soient
les conditions et les circonstances.
En cette occasion, Le
Marxiste-Léniniste
publie des extraits du procès-verbal du
témoignage de
Robeson devant la Commission des activités
anti-américaines de la Chambre des
représentants du
Congrès américain (la HUAC) en 1956,
après que le
gouvernement des États-Unis ait
décidé que lui et
son épouse, Eslanda Goode, étaient
membres du Parti
communiste américain. Paul Robeson a
refusé de se laisser
intimider par la chasse aux sorcières
anticommuniste durant laquelle il a
été inscrit sur une
liste noire, on l'a empêché de gagner
sa vie et il s'est
vu interdire de quitter les États-Unis. Son
revenu
est passé de 104 000 $ en
1947 à
2000 $ en 1950, mais il est resté
ferme. Lorsque Gordon
Scherer de l'Ohio, un des congressistes
présents aux audiences, lui a
demandé pourquoi il
n'était pas resté en Union
soviétique s'il s'y
était senti si libre, Robeson a
rétorqué :
« Parce que mon
père était esclave et mon peuple a
donné sa vie
pour bâtir ce pays, et j'ai l'intention d'y
rester et
de jouir de mon dû tout comme vous. »
Le gouvernement a finalement été
forcé de lui remettre son passeport en
1958, l'année
où il a publié son autobiographie, Here
I Stand.
Paul Robeson est mort à Philadelphie le
23 janvier 1976.
Robeson, photographié ici pendant
ses
études à l’université
Rutgers du New Jersey, avait
de multiples talents et était notamment
un étudiant et un
athlète remarquable. La photo de gauche
le montre à
l’université en 1919, l’un des 4
étudiants choisis lors
de sa dernière année pour faire
partie de la
société Cap and Skull basée
sur l’excellence dans
les notes scolaires, le sport, les arts et le
service à la
communauté. Pendant sa dernière
année, il a
été l’étudiant qui a
reçu les plus hautes
notes.
Robeson en Othello, un de ses rôles
les plus
célèbres. À gauche à
Londres en 1930 avec
Peggy Ashcroft, à droite avec Uta Hagen
dans une production
new-yorkaise en 1943-1944
Robeson a activement appuyé la cause
républicaine contre les fascistes dans la
Guerre civile
d'Espagne, se rendant même
en Espagne pour chanter pour les troupes
républicaines et les
brigades internationales. En haut à
gauche, Robeson en
Espagne en 1938. En haut à droite, un
poster annonçant
une réunion publique avec Robeson, le 8
janvier 1939 à
Londres
en appui aux brigades internationales. Dans la
photo du bas, Robeson
chante pour les troupes républicaines
près du
champ de bataille de Teruel en Espagne.
Robeson chante
l'hymne
national des États-Unis avec les
travailleurs des chantiers
navals de Oakland,
Californie, en
septembre 1942 sur l'heure du dîner. Il
leur a dit: "C'est un
travail
sérieux, de gagner cette guerre contre
les fascistes.
Nous
devons être ensemble." Il fut
lui-même un travailleur de
chantier naval
durant la Première Guerre mondiale.
Manifestation
contre les
lois de la ségrégation à la
Maison blanche en 1948
Paul Robeson
participe
aux protestations contre le Théâtre
Ford de Baltimore,
Maryland, où les noirs étaient
forcés de
s'asseoir au balcon. Les protestations ont
commencé en 1946 et
ont duré sept ans. Bon nombre des troupes
populaires
de l'époque omirent Baltimore de leur
itinéraire en guise
de protestation contre la
ségrétation.
À cause
de
l'anticommunisme et de la discrimination, Paul
Robeson s'est vu retirer
son passeport en 1950. Malgré cela,
le 18 mai 1952 il a participé au
célèbre concert
du parc de l'Arche de la paix entre
l'État de Washington et la
Colombie-
Britannique, où, de la plate-forme d'un
camion, il a
donné un spectacle mémorable de
chants progressistes
à un auditoire
de 40 000 personnes rassemblées sur la
frontière
canado-américaine. Il y est
retourné pour trois autres
concerts: en
1953, 1954 et 1955.
Paul Robeson
chante au
rassemblement du Premier Mai au Queen's Park de
Glasgow en 1960.
Accueil
reçu en
Union soviétique en juin 1960
Concert
donné pour
les travailleurs australiens qui construisent la
Maison d'opéra
de Sidney
le 9 novembre 1960 (Vidéo en
anglais)
La tombe de Paul
Robeson.
Des cérémonies
commémoratives ont eu lieu partout
aux États-Unis lorsqu'il est
décédé et
à ce jour les peuples du monde se
souviennent de lui pour ses
prises de position contre le facisme et sa
défense
des droits, de la paix et de la justice.
Discours: Les artistes ne peuvent être
détachés (Vidéo
en anglais)
(Photos:U.S.
National
Archives, Paul
Robeson Archives, P. Henderson, Glasgow Trades
Union Council Archives,
RIA Novosti)
«C'est vous qui êtes
anti-américains
et
vous devriez avoir honte»
- Paul Robeson devant la
Commission de la
Chambre sur
les activités anti-
américaines (HUAC), le 12 juin 1956 -
Lettre assignant
Paul
Robeson à comparaître devant le
Comité de la
Chambre sur les activités
anti-américaines
Tous les témoins afro-américains
qui
étaient appelés à
témoigner devant la
Commission de la Chambre sur les activités
anti-américaines (HUAC) dans les
années 1950 devaient y dénoncer Paul
Robeson (1888-1976)
s'ils voulaient pouvoir se trouver un emploi.
Robeson, un joueur de
football tout étoile et
récipiendaire de la clé du Phi Beta
Kappa de
l'Université de Rutgers, était
diplômé de
droit à l'Université de Columbia. Il
est devenu un acteur
et chanteur de
renommée internationale et un orateur
politique de premier plan.
En 1949, Robeson est devenu l'objet d'une
controverse après que
des journaux lui eurent attribué
des déclarations publiques à l'effet
que les
Afro-Américains ne participeraient pas
à « une
guerre impérialiste ». Son
passeport a
été révoqué en
1950. Plusieurs années plus tard, Robeson a
refusé de
signer un affidavit affirmant qu'il n'était
pas un communiste et
il a entrepris une poursuite en justice qui
a échouée. Lors d'un
témoignage subséquent
devant la HUAC, qui visait prétendument
à obtenir de
l'information sur sa poursuite sur la question de
son passeport,
Robeson a refusé de répondre aux
questions sur ses
activités politiques et a donné une
leçon
d'histoire afro-américaine et sur les
droits civiques aux bigots
de
la Commission Gordon H. Scherer et à son
président Francis E.
Walter. En 1958, la Cour suprême a
statué que le droit de
voyager d'un citoyen ne peut pas lui
être enlevé en dehors des
procédures
régulières et Robeson a pu
récupérer son
passeport.
Témoignage de Paul Robeson devant la
Commission
de la Chambre
sur les activités anti-américaines,
le 12 juin 1956
Le président :
À l'ordre. Ce matin, la Commission poursuit
sa série
d'audiences sur la question vitale de
l'utilisation de passeports américains en
tant que documents de
voyage pour faire avancer les objectifs de la
conspiration communiste.
M. Arens : Dans le cadre de
vos
procédures de demandes de passeport, en
juillet 1954, vous
a-t-on demandé de soumettre un
affidavit niant que vous êtes
communiste ?
M. Robeson : J'ai eu une
longue
discussion avec mon avocat, qui est ici dans la
salle, M. [Leonard B]
Boudin, avec le
Département d'État, au sujet de cet
affidavit et j'ai
signifié très clairement non
seulement dans ma demande
mais avec le Département d'État,
dirigé par M.
Henderson et M. Mcleod, qu'il n'était pas
question pour moi de
signer cet affidavit, que cela contrevenait
complètement aux
droits des citoyens américains.
M. Arens : Est-ce que vous
avez
satisfait à cette requête ?
M. Robeson : Certainement
pas et je
ne le ferai pas.
M. Arens : Est-ce que vous
êtes présentement membre du Parti
communiste ?
M. Robeson : S'il vous
plaît
messieurs. S'il vous plaît.
M. Scherer : Veuillez
répondre, M. Robeson
M. Robeson : Qu'est-ce que
c'est le
Parti communiste ? Qu'est-ce que vous
entendez par là ?
M. Scherer : Je vous demande
d'intimer le témoin à
répondre à la
question.
M. Robeson : De quoi
parlez-vous
quand vous parlez du Parti communiste ? En
autant que je sache,
c'est un parti légal
comme le Parti républicain et le Parti
démocrate.
Parlez-vous du Parti de ceux qui se sont
sacrifiés pour mon
peuple, pour les Américains et les
travailleurs,
afin qu'ils puissent vivre dans la
dignité ? Est-ce de ce
parti-là que vous parlez ?
M. Arens : Êtes-vous
présentement membre du Parti
communiste ?
M. Robeson : Peut-être
voudriez être là quand je pose mon
vote, retirer le
bulletin de la boîte et le lire ?
M. Arens : Monsieur le
président, je suggère
respectueusement qu'on intime le
témoin de répondre à cette
question.
Le président : Je
vous
intime de répondre à la question.
(Le témoin consulte son avocat.)
M. Robeson : J'agis
en
vertu du 5e amendement de la Constitution des
États-Unis.
M. Arens : Voulez-vous dire
que
vous invoquez le 5e amendement ?
M. Robeson : J'invoque le 5e
amendement.
M. Arens : Avez-vous des
raisons de
craindre que si vous dites la vérité
à cette
Commission —
M. Robeson : Je n'ai pas
l'intention de discuter quoi que ce soit.
J'invoque le 5e amendement et
ce que j'ai l'intention de faire
ne vous regarde pas. J'invoque le 5e amendement.
Ça
s'arrête là.
Le président : Vous
avez
reçu l'ordre de répondre à la
question.
M. Robeson : J'invoque le 5e
amendement, c'est une réponse, non ?
M. Arens : Je suggère
respectueusement que le témoin soit
intimé de
répondre à la question à
savoir si oui ou non il
craint qu'en
disant la vérité en réponse
à cette
question principale qui vient de lui être
posée, il
donnerait de l'information qui pourrait être
utilisée
contre lui dans des
procédures au criminel.
(Le témoin consulte son avocat.)
Le président :
M.
Robeson, vous êtes intimé de
répondre à
cette question.
M. Robeson : Messieurs, je
veux
d'abord dire que partout où je suis
allé dans le monde,
en Scandinavie, en Angleterre, partout,
les premiers qui sont morts dans la lutte contre
le fascisme ont
été les communistes et j'ai
placé de nombreuses
couronnes sur la tombe de communistes. Cela
n'est pas un geste criminel, et le 5e amendement
n'a rien à voir
avec les actes criminels. Le juge en chef de la
Cour suprême
Warren l'a dit clairement dans
plusieurs discours, que le 5e amendement n'a pas
de ramification en
matière criminelle. J'invoque le 5e
amendement.
M. Arens : Vous a-t-on
déjà connu sous le nom de
« John
Thomas » ?
M. Robeson : S'il vous
plaît,
y a-t-il quelqu'un ici, êtes-vous en train
de suggérer,
cherchez-vous à me placer dans une
situation
de parjure ? « John
Thomas ! » Mon nom
est Paul Robeson, et tout ce que j'ai à
dire, tout ce en quoi je
crois, je l'ai dit publiquement
partout dans le monde, et c'est pour cela que je
suis ici aujourd'hui.
M. Scherer : Je vous demande
d'intimer le témoin de répondre
à la question. Il
est en train de faire un discours.
M. Friedman : Excusez-moi M.
Arens,
mais est-ce que c'est possible de demander aux
photographes de prendre
leurs photos
maintenant puis de quitter parce que c'est
angoissant pour eux
d'être ici.
Le président : Les
photographes vont prendre leurs photos maintenant.
M. Robeson : Cela ne me
dérange pas parce que j'ai tourné
dans des films.
Voulez-vous que je prenne une bonne pose pour
eux ? Une pose dans laquelle je souris ?
C'est difficile de
sourire quand je lui parle à lui.
M. Arens : Je vous
présente
cette question comme étant un fait, et je
veux que vous
confirmiez ou niez ce fait, que votre nom
dans le Parti communiste était
« John
Thomas ».
M. Robeson : J'invoque le 5e
amendement. Tout cela est ridicule.
M. Arens : Dites à
cette
Commission si oui ou non vous connaissez Nathan
Gregory Silvermaster.
M. Scherer : Monsieur le
président, je ne vois pas ce qu'il y a de
drôle dans cette
question.
M. Robeson : Moi je trouve
qu'il y
a de quoi rire parce que cela n'a aucun sens.
M. Arens : Est-ce que vous
connaissez Nathan Gregory Silvermaster ?
(Le témoin consulte son avocat)
M. Robeson :
J'invoque le
5e amendement.
M. Arens :
Est-ce que vous craignez honnêtement que si
vous dites si oui ou
non vous connaissez Nathan
Gregory Silvermaster vous allez donner une
information qui peut
être utilisée contre vous dans des
procédures au
criminel ?
M. Robeson :
Je ne comprends rien à ce que vous dites.
J'invoque le 5e ...
M. Arens :
Je suggère, monsieur le président,
que le témoin
soit intimé de répondre à la
question.
Le président :
Je vous intime de répondre à la
question.
M. Robeson :
J'invoque le 5e.
M. Scherer :
Le témoin parle très fort quand il
fait un discours mais
quand il invoque le 5e amendement
je n'arrive pas à l'entendre.
M. Robeson :
J'ai invoqué le 5e amendement à voix
forte. Je suis un
acteur, vous savez, j'ai déjà
gagné
des prix pour la diction.
....
M. Robeson :
Messieurs j'avais l'impression d'être ici
pour une question de
passeports.
M. Arens :
On va y venir bientôt.
M. Robeson :
Cela n'a aucun sens.
....
Le président :
Cela est légal. Non seulement légal
mais habituel. Par un
vote unanime, cette Commission
a reçu l'ordre d'accomplir cette
tâche déplaisante.
M. Robeson :
À qui est-ce que je m'adresse ?
Le président :
Vous parlez au président de la Commission.
M. Robeson :
M. Walter ?
Le président :
Oui.
M. Robeson :
Le Walter de Pennsylvanie ?
Le président :
C'est exact.
M. Robeson :
La Pennsylvanie des travailleurs de l'acier ?
Le président :
C'est exact.
M. Robeson :
La Pennsylvanie des travailleurs du charbon et de
la United States Steel
n'est-ce pas ?
Un grand patriote.
Le président :
C'est exact.
M. Robeson :
C'est vous l'auteur de toutes ces lois qui vont
empêcher des tas
de gens ordinaires de venir
dans ce pays.
Le président :
Non, seulement des gens comme vous.
M. Robeson :
Des gens de couleur comme moi, des gens des
Antilles et d'autres pays
du genre. Vous voulez
que seulement les gens de stock teutonique
anglo-saxon puissent venir
dans ce pays.
Le président :
Nous essayons de rendre plus facile de se
débarrasser des gens
de votre espèce.
M. Robeson :
Vous ne voulez pas que des gens de couleur
viennent dans ce pays ?
Le président :
Procédons.
M. Robeson :
Pourrait-on dire que la raison pour laquelle je
suis ici aujourd'hui,
selon le Département d'État
lui-même, est la suivante : qu'on ne
devrait pas me
permettre de voyager parce que je lutte depuis des
années pour
l'indépendance des peuples coloniaux
d'Afrique. C'est ce que j'ai fait pendant toutes
ces années et
je peux dire avec modestie que mon nom est
très respecté
dans toute l'Afrique à cause de mon
combat pour cette indépendance. On parle
ici
d'indépendance comme celle que Sukarno a
acquise pour
l'Indonésie. À moins qu'on ait un
double standard,
ces efforts envers l'Afrique font partie du
même contexte.
L'autre raison qui explique ma présence
ici, encore une fois
selon le Département d'État et le
jugement
de la cour d'appel, c'est que lorsque je suis
à
l'étranger je dénonce les injustices
qui sont faites aux
noirs de ce pays. Que j'ai envoyé un
message à la
Conférence
de Bandung entre autres activités. C'est
pour cela que je suis
ici. C'est cela la raison, pas si je suis
communiste ou non, mais je
suis mis en accusation parce
que je combats pour les droits des gens de mon
peuple qui sont encore
aujourd'hui des citoyens de deuxième classe
dans ces
États-Unis d'Amérique. Ma
mère
est née dans votre État, Monsieur
Walter, elle
était Quaker et mes ancêtres du temps
de Washington
cuisaient le pain pour les troupes de George
Washington
qui ont franchi le Delaware et mon père
était un esclave.
Je suis ici pour affirmer le droit des miens
d'être des citoyens
à part entière de ce pays. Ce qu'ils
ne
sont pas. Ils ne le sont pas au Mississipi. Ils ne
le sont pas à
Montgomery, en Alabama. Ils le ne sont pas
à Washington. Ils ne
le sont nulle part et c'est pour
cela que je suis ici aujourd'hui. Vous voulez
faire taire tout Noir qui
a le courage de se lever et de se battre pour les
droits de son peuple,
les droits des
travailleurs, et à ce sujet je suis
allé sur plusieurs
lignes de piquetage des métallos
également. Et c'est pour
cela que je suis ici aujourd'hui...
M. Arens :
Est-ce que vous êtes allé en Europe
en 1949 et en
Union soviétique ?
M. Robeson :
Oui j'ai fait un voyage. En Angleterre. J'y ai
chanté.
M. Arens :Où
êtes-vous
allé ?
M. Robeson :
En Angleterre d'abord avec l'Orchestre de
Philadelphie, un des deux
groupes qui étaient invités
en Angleterre. J'ai fait une longue tournée
de concerts en
Angleterre, au Danemark et en Suède et j'ai
également
chanté pour le peuple soviétique, un
des
meilleurs auditoires du monde. Avez-vous lu ce que
les gens de la
troupe de Porgy and Bess ont dit ? Ils
n'avaient jamais
reçu un applaudissement comme
celui-là de toute leur vie. Un des peuples
les plus musicaux du
monde, avec de grands compositeurs et de grands
musiciens, un peuple
très cultivé, et Tolstoï,
et ...
Le président :
Nous savons tout cela.
M. Robeson :
Ils ont été d'une grande aide pour
notre culture et nous
pouvons apprendre beaucoup d'eux.
M. Arens :
Lors de ce voyage, êtres-vous allé
à Paris ?
M. Robeson :
Je suis allé à Paris.
M. Arens :
À Paris, avez-vous dit à un
auditoire que les Noirs
d'Amérique ne vont jamais aller en guerre
contre le gouvernement soviétique ?
M. Robeson :
Me permettez-vous de dire que ce que vous soulevez
est hors
contexte ? Est-ce que
je peux vous expliquer ce que j'ai dit ? Je
me souviens
très bien du discours, et de celui de la
veille à
Londres, et vous n'avez pas besoin du journal pour
cela, c'est moi qui l'ai fait ce discours,
messieurs. Je l'ai
prononcé juste la veille de mon voyage
à Paris... et
voulez-vous bien écouter ?
M. Arens :
Nous écoutons.
M. Robeson : Deux milliers
d'étudiants venus de différentes
régions du monde
colonial, des étudiants qui depuis sont
devenus
très importants dans leurs gouvernements,
dans des pays comme
l'Indonésie et l'Inde, et dans plusieurs
régions
d'Afrique, deux milliers d'étudiants m'ont
demandé, à moi et à M. [Dr Y.
M.] Dadoo, un leader
du peuple indien en Afrique du Sud, quand nous
avons pris la parole
à cette conférence, et je me
souviens
que nous étions à une
conférence sur la paix, ils
nous ont demandé, à moi et à
M. Dadoo de dire
à cette conférence qu'ils luttaient
pour la paix, qu'ils
ne
voulaient faire la guerre à personne. Deux
milliers
d'étudiants venus de populations
représentant entre six
et sept cents millions de personnes.
M. Kearney : Connaissez-vous
quelqu'un qui veut la guerre ?
M. Robeson : Ils m'ont
demandé de dire en leur nom qu'ils ne
voulaient pas la guerre.
C'est ce que j'ai dit. Nulle part dans mon
discours à Paris ai-je dit que quinze
millions de Noirs
américains feraient quoi que ce soit. J'ai
dit que selon moi le
peuple américain lutterait pour la paix et
cela a depuis été souligné
par le président
de ces États-Unis. Maintenant, en passant,
j'ai dit...
M. Kearney : Connaissez-vous
des
gens qui veulent la guerre ?
M. Robeson :
Écoutez-moi.
J'ai dit que c'était impensable pour moi
qu'un peuple prenne les
armes, au nom d'un Eastland, contre
quiconque. Messieurs, je le dis encore. Ce
gouvernement des
États-Unis devrait aller au Mississippi et
protéger mon
peuple. Voilà ce qui devrait se produire.
Le président :
Avez-vous dit
ce qui vous est attribué ?
M. Robeson : Je ne l'ai pas
dit
dans ce contexte.
M. Arens : Je pose devant
vous un
document contenant un article « I Am
Looking for Full
Freedom » par Paul
Robeson dans un périodique appelé The
Worker
daté du 3 juillet 1949.
« À la conférence de
Paris j'ai
dit qu'il était impensable que les Noirs
d'Amérique ou
d'ailleurs dans le monde puissent être
entraînés
dans une guerre
contre l'Union soviétique. »
M. Robeson : Est-ce dire que
les
Noirs feraient quoi que ce soit ? J'ai dit
que c'était
impensable. Je n'ai pas dit cela là-bas
[à Paris], je l'ai dit dans The Worker.
M. Arens : « Je
le
souligne au centuple : ils ne le feront
pas. »
Avez-vous dit cela ?
M. Robeson : Je n'ai pas dit
cela
à Paris, je l'ai dit en Amérique.
Et, messieurs, ils ne
l'ont pas encore fait et il est assez clair
qu'aucun Américain, aucun peuple du monde
sans doute, n'ira en
guerre contre l'Union soviétique. Alors
c'était
plutôt prophétique de ma part,
non ?
M. Arens : Lors de ce voyage
en
Europe, êtes-vous allé à
Stockholm ?
M. Robeson : Très
certainement et je crois comprendre que certaines
membres de
l'ambassade américaine ont tenté
d'empêcher
mon concert. Ils n'ont pas réussi.
M. Arens : Lorsque vous
étiez à Stockholm, avez-vous
prononcé un petit
discours ?
M. Robeson : J'ai
prononcé
toutes sortes de discours, oui.
M. Arens : Laissez-moi vous
lire
une citation.
M. Robeson : Laissez-moi
écouter.
M. Arens : Alors je vous
prierais
d'écouter, s'il vous plaît.
M. Robeson : Je suis avocat.
M. Kearney : En effet, ce
serait
une révélation si vous parveniez
à écouter
le procureur.
M. Robeson : Lorsque je suis
en
compagnie agréable, j'ai l'habitude
d'écouter, mais, vous
savez, il y a toutes sortes de monde
dans des endroits huppés comme celui-ci.
Allez-vous, SVP, me
laisser éventuellement lire ma
déclaration ?
Le président : Nous
allons
examiner votre déclaration.
M. Arens : « Je
n'hésite pas un instant à
déclarer en toute
clarté et sans équivoque que
j'appartiens au mouvement de
résistance américaine qui lutte
contre
l'impérialisme américain, tout comme
le mouvement de
résistance a lutté contre
Hitler. »
M. Robeson : Oui, tout comme
Frederick Douglass et Harret Tubman étaient
des
résistants du chemin de fer clandestin et
luttaient pour notre liberté, vous pouvez
en être
sûrs.
Le président : Je
dois
insister que vous écoutiez ces questions.
M. Robeson : Je suis
à
l'écoute.
M. Arens : « Si
les
fauteurs de guerre américains pensent
qu'ils peuvent convaincre
les millions de Noirs en Amérique
de se battre dans une guerre contre ces pays (par
exemple, l'Union
Soviétique et les démocraties
populaires), alors qu'une
chose soit claire : cela n'arrivera
jamais. Pourquoi les Noirs se battraient-ils
contre les seuls pays au
monde où la discrimination raciale est
prohibée et
où les gens peuvent vivre en toute
liberté ? Cela n'arrivera
jamais ! Je vous assure, ils
ne se battront jamais ni contre l'Union
soviétique ni contre les
démocraties
populaires. »
M. Robeson : Je ne me
souviens pas
de cela, mais ce qui devient on ne peut plus clair
aujourd'hui est
qu'il existe ailleurs 900
millions de personnes de couleur qui vous ont
affirmé qu'ils ne
le feraient pas. Il s'agit de 400 millions de
personnes en Inde, et de
millions de personnes ailleurs
dans le monde, qui vous ont dit, très
précisément,
qu'ils n'allaient pas mourir pour personne sauf
pour leur
indépendance. Nous ne parlons pas ici de
15 millions de personnes de couleur, mais de
centaines de millions.
M. Kearney : Le
témoin a
répondu à la question et il peut
nous épargner ses
discours.
M. Robeson : En Russie, pour
la
première fois de ma vie, je me suis senti
comme un être
humain. Aucun préjugé racial comme
au Mississipi, aucun préjugé racial
comme à
Washington. Pour la première fois de ma
vie, je me sentais comme
un être humain, je ne sentais aucunement le
poids de ma couleur, comme c'est le cas
aujourd'hui devant ce
comité.
M. Kearney : Pourquoi ne
vivez-vous
pas en Russie ?
M. Robeson : Parce que mon
père était esclave et mon peuple a
donné sa vie
pour bâtir ce pays, et j'ai l'intention d'y
rester et
de jouir de mon dû tout comme vous. Personne
avec des
idées fascistes ne m'en chassera, est-ce
clair ? Je
préconise la paix avec l'Union
soviétique, je
préconise la paix avec la Chine, et je ne
préconise pas
la paix ou l'amitié avec le fasciste
Franco, ni avec les
Allemands nazi-fascistes. Je préconise la
paix avec
les gens décents.
M. Scherer : Vous êtes
devant
nous parce que vous préconisez la cause
communiste.
M. Robeson : Je suis devant
vous
parce que je m'oppose à la cause
néo-fasciste que je
perçois dans ces comités. Vous
êtes
comme la Loi sur les étrangers et la
sédition,
et devant vous se trouve Jefferson, à cet
endroit, et tout
près, Frederick Douglass, et Eugene Debs
pourrait être là.
...
Le président : Bon,
de quel
préjugé est-il question
exactement ? Vous êtes
un diplômé de Rutgers ainsi que de
l'université
de Pennsylvanie. Je me souviens de vous avoir vu
jouer au football
à Lehigh.
M. Robeson : Et nous avons
battu
Lehigh.
Le président : Et
vous nous
avez donné beaucoup de fil à
retordre.
M. Robeson : C'est exact.
DeWysocki
faisait partie de mon équipe.
Le président : Il
n'existait
aucun préjugé contre vous, pourquoi
n'avez-vous pas
inscrit votre fils à Rutgers ?
M. Robeson : Minute.
Voilà
quelque chose que je conteste profondément
et
sincèrement : que le succès de
quelques Noirs,
dont Jackie Robinson et moi-même, peut
compenser (et j'ai ici une
étude de l'Université de Columbia)
les 700 $ par
année que gagnent des milliers de
familles noires du Sud. Mon père
était esclave, et j'ai
des cousins qui sont des métayers, et je ne
vois pas la question
du succès comme une question
individuelle. Voilà pourquoi mon
succès à moi n'a
jamais été ce qu'il aurait dû
être :
j'ai sacrifié littéralement des
centaines de milliers,
sinon des millions,
de dollars pour mes convictions.
M. Arens : Alors que vous
étiez à Moscou, avez-vous fait un
discours louant
Staline ?
M. Robeson : Je ne sais pas.
M. Arens : Avez-vous dit, en
effet,
que Staline a été un grand homme et
que Staline a fait
beaucoup pour le peuple russe, pour
toutes les nations du monde, pour les travailleurs
de la
planète ? N'avez-vous pas dit quelque
chose dans ce sens au
sujet de Staline lorsque vous étiez
à Moscou ?
M. Robeson : Je ne me
rappelle pas.
M. Arens : Vous
souvenez-vous
d'avoir louangé Staline ?
M. Robeson : J'ai dit
beaucoup
à propos des peuples soviétiques,
luttant pour les
peuples du monde.
M. Arens : Avez-vous
louangé
Staline ?
M. Robeson : Je ne me
souviens pas.
M. Arens : Avez-vous
récemment changé d'opinion à
propos de
Staline ?
M. Robeson : Ce qui est
arrivé à Staline, messieurs, est une
question qui ne
concerne que l'Union soviétique, et je ne
vais pas
argumenter avec un représentant d'un peuple
qui, pour construire
l'Amérique, a gaspillé la vie de 60
à 100 millions
de personnes issues de mon peuple, des
Noirs issus d'Afrique vers les plantations. Vous
êtes
responsables, vous et vos descendants, de la mort
de 60 à 100
millions de Noirs sur les négriers et dans
les plantations, donc ne me posez pas de questions
au sujet de
quiconque, s'il vous plaît.
M. Arens : Je suis heureux
de voir
que vous portez une attention au problème
des esclaves. Lorsque
vous étiez en Russie
soviétique, ne leur avez-vous pas
demandé de vous montrer
leurs camps de travaux forcés ?
Le président : Vous
avez
montré tant d'intérêt à
propos des esclaves.
J'oserais croire que vous auriez aimé voir
cela.
M. Robeson : Les esclaves
que je
vois sont toujours dans une forme de
demi-servitude. Ce qui
m'intéresse c'est l'endroit où je
suis et le pays qui peut faire quelque chose
à propos de cela.
De ce que j'en sais de ces camps d'esclaves, ils
sont composés
de prisonniers fascistes qui ont
assassiné des millions de Juifs et qui
auraient anéanti
des millions de Noirs s'ils étaient
parvenus à eux. C'est
tout ce que je sais à ce sujet.
M. Arens : Dites-nous si
vous avez
récemment changé ou pas d'avis
à propos de Staline.
M. Robeson : Je vous ai dit,
monsieur, que je ne discuterai pas avec des gens
qui ont
assassiné 60 millions de personnes de
mon peuple et je ne discuterai pas avec vous de
Staline.
M. Arens : Vous ne
discuterez pas
évidemment avec nous des camps de travaux
forcés en
Russie soviétique.
M. Robeson : Je discuterai
de
Staline lorsque je serai un jour parmi les Russes,
chantant pour eux,
j'en discuterai avec eux là-bas.
C'est leur problème.
....
M. Arens : Maintenant, si
vous me
permettez, j'aimerais attirer votre attention sur
l'édition du
29 juin 1949 du Daily Worker
portant sur une
rencontre entre vous
et Ben Davis. Connaissez-vous Ben Davis ?
M. Robeson : Un de mes amis
les
plus chers, un des meilleurs Américains que
vous puissiez
imaginer, né d'une famille
respectable, qui est allé à Amherst
et il a
été un grand homme.
Le président : Est-ce
que la
réponse est oui ?
M. Robeson : Rien ne me rend
plus
fier que de le connaître.
Le président : Cela
répond à la question.
M. Arens : Dois-je
comprendre que
vous louangez son patriotisme ?
M. Robeson : Je dis qu'il
n'y a pas
plus patriotique que cet Américain et que
vous, messieurs,
appartenez aux lois contre les
étrangers et contre la sédition, et
donc vous êtes
les non patriotes, vous êtes les
anti-américains et vous devriez avoir
honte.
Le président : Un
instant,
cette audience est maintenant terminée.
M. Robeson : J'oserais
croire que
c'est le cas.
Le président : Ma
patience
à écouter tout cela a atteint sa
limite
M. Robeson : Puis-je lire ma
déclaration ?
Le président : Non,
vous ne
pouvez pas la lire. La rencontre est
terminée.
M. Robeson : Je crois
qu'elle doit
l'être et vous devriez ajourner vos travaux
pour toujours, et
voilà ce que je dirais...
Source
Congress, House, Committee on Un-American
Activities,
Investigation of the Unauthorized Use of U.S.
Passports, 84th Congress,
Part 3, June 12, 1956; in
Thirty Years of Treason: Excerpts from
Hearings Before the House Committee on
Un-American Activities,
1938-1968, Eric Bentley, ed. (New York: Viking
Press, 1971), 770.
Voir également:
« They Want to Muzzle Public Opinion
» : John Howard
Lawson's Warning to the American Public,
http://historymatters.gmu.edu/d/6441
« The World Was at Stake » :
Three
« Friendly »
HUAC
Hollywood Witnesses Assess Pro-Soviet Wartime
Films,
http://historymatters.gmu.edu/d/6442
« A Damaging Impression of Hollywood
Has
Spread » :
Movie « Czar »
Eric
Johnston Testifies before HUAC,
http://historymatters.gmu.edu/d/6443
« Have You No Sense of Decency
» :
The Army-McCarthy
Hearings, http://historymatters.gmu.edu/d/6444
« Communists are second to none in
our
devotion to
our
people and to our country » : Prosecution
and Defense Statements,
1949
Trial of American Communist Party Leaders,
http://historymatters.gmu.edu/d/6446
« Damage » : Collier's
Assesses the
Army-McCarthy
Hearings,
http://historymatters.gmu.edu/d/6449
« Not Only Ridiculous, but Dangerous
» : Collier's
Objects
to Joseph McCarthy's Attacks on the Press,
http://historymatters.gmu.edu/d/6453
« I Cannot and Will Not Cut My
Conscience
to Fit
This
Year's Fashions » : Lillian Hellman
Refuses to Name Names,
http://historymatters.gmu.edu/d/6454
« Enemies from Within » :
Senator
Joseph R.
McCarthy's
Accusations of Disloyalty,
http://historymatters.gmu.edu/d/6456
« I Have Sung in Hobo Jungles, and I
Have
Sung for
the
Rockefellers » : Pete Seeger Refuses to
« Sing
» for HUAC,
http://historymatters.gmu.edu/d/6457
« We Must Keep the Labor Unions
Clean
» : « Friendly »
HUAC
Witnesses
Ronald Reagan and Walt Disney Blame Hollywood
Labor Conflicts
on Communist Infiltration,
http://historymatters.gmu.edu/d/6458
« National Suicide » :
Margaret Chase
Smith and Six
Republican Senators Speak Out Against Joseph
McCarthy's Attack on
« Individual Freedom»
http://historymatters.gmu.edu/d/6459
(Traduction:
LML)
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Marxiste-Léniniste
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