Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 52 - 3 avril 2013

Le renouveau démocratique


Le fondateur et dirigeant du PCC(M-L) Hardial Bains s'adresse à un Forum public sur le renouveau démocratique lors
du référendum sur l'accord de Charlottetown (gauche). À droite: lors d'une réunion du Comité pour le Non le
10 septembre 1992 à Ottawa.

Dans ma vie politique, qui s'étend sur plus de quarante ans, j'ai souvent vu des gens se plaindre de ne pas comprendre ce qui se passe et pourtant exprimer des opinions bien arrêtées quand il s'agit d'exprimer leur mécontentement face à différentes choses. Le plus souvent, quand ils parlent de ce qu'ils n'aiment pas, ils ont généralement raison, ou du moins leur sentiment pointe dans la bonne direction. Puis ils ont généralement tort quand ils disent ne pas comprendre ce qui se passe. Comment l'expliquer? Pourquoi reconnaissent-ils d'instinct ce qu'ils désapprouvent tout en ayant la ferme impression de ne pas savoir ce qui se passe ?

La réponse est simple : l. Ils ont une idée générale de ce qu'ils n'aiment pas parce que c'est ce que leur dit leur expérience directe. Ils savent ce qui leur arrive parce qu'ils font partie du monde réel. 2. Ils se plaignent de ne pas comprendre ce qui se passe à cause de ce qui se dit dans les journaux, sur la scène politique, dans les écoles et dans la culture en général — tout ce qu'ils entendent dire à propos du gouvernement et des affaires publiques. Cette discussion ne correspond pas à leur expérience directe. Ils se sentent donc mécontents de choses précises, qui les concernent directement, mais ce qui se raconte dans les journaux, à la télévision et ailleurs est pour eux sans queue ni tête.

Qui décide de l'ordre du jour?

Tout système est administré par un groupe bien défini de personnes qui considèrent que ce système sert leurs intérêts. Le système capitaliste est administré par un groupe précis de personnes qui tirent avantage de ce système. Tout système a aussi sa base objective, qui est indépendante de la superstructure, des idées et de l'appareil d'État qui sont édifiés sur le fondement de la société. Tout système a donc une base de changement, de développement et de mouvement qui lui est propre.

Objectivement, le système qui est à la base de la société envoie des messages au cerveau humain, qui fait partie du monde réel. Ces messages, leur caractère, la forme dans laquelle ils apparaissent, dépendent de la position que la personne occupe dans le système ou quel rôle elle joue dans son administration. Ces messages qui apparaissent dans le cerveau du fait que la personne se retrouve dans cette situation donnée sont ensuite transformés en explications, points de vue et opinions précis et une analyse solide ou plus ou moins solide.

Il se passe quelque chose entre le moment où le cerveau reçoit spontanément le message et le moment où apparaissent les explications, les idées et les théories. Le message signifie à la personne que tout ne tourne pas rond dans le système alors que, dans la plupart des cas, les idées et les théories qui sont données n'offrent pas d'explications valables. Pourquoi tout ne tourne-t-il pas rond ? Au lieu de s'attaquer au problème apparent, il y a des chances que quelque chose de très éloigné du message direct soit exprimé.

Évidemment, certains messages sont d'une importance vitale, comme par exemple lorsqu'il s'agit d'un moyen de subsistance, et dans ce cas il est impossible de les transcender. Le discours ne peut faire oublier qu'on a faim. Il ne fait pas disparaître la pauvreté. On ne peut transcender non plus l'insécurité d'emploi dans un système qui laisse la misère et la destruction dans son sillon et qui est constamment secoué par des crises. Mais peut-on faire quelque chose à propos des facteurs qui sont à l'origine des messages reçus ? Peut-on les transcender ? Quand ce sont littéralement des millions de travailleurs qui perdent leur emploi ou qui font face à l'insécurité en période de récession, les appels à rationaliser les entreprises individuelles pour les rendre plus profitables sont quelque chose d'incompréhensible pour beaucoup de gens.

Dans le cours des choses, une conception du monde surgit qui ne part pas du message reçu par le cerveau. Elle part plutôt de ce qui est dit dans les journaux, ce qui est dit par les gouvernements, les experts, les syndicats, les politiciens, etc. Bref, quelqu'un d'autre décide de l'ordre du jour de la discussion. Par contre le cerveau continue d'envoyer des signaux que la réalité au-delà du discours est autre chose. Toutes les institutions qui existent dans la société ont leur but, donc suivent un objectif précis. La première observation du cerveau, que quelque chose ne tourne pas rond dans la société, est pour ainsi dire engloutie par l'ordre du jour proposé par d'autres.

Le cerveau humain se voit donc proposer différents ordres du jour. La caractéristique commune de ces différents ordres du jour n'est pas qu'ils sont bons ou mauvais, mais bien qu'ils ne partent pas vraiment d'où en est le cerveau humain. Le cerveau humain a devant lui les conditions objectives et en même temps les conditions subjectives. Le côté objectif dit que quelque chose ne tourne pas rond tandis que le côté subjectif lui dit de ne pas comprendre ce qui se passe. Pour surmonter la difficulté, le cerveau humain doit prendre comme point de départ l'analyse de ce qu'il ou elle n'aime pas et pourquoi. Il faut que l'analyse commence là et quand le problème se pose. En d'autres mots, l'ordre du jour doit venir du côté objectif, dont le cerveau fait partie. L'ordre du jour doit provenir de ce cerveau.

Si l'on s'en tient à l'ordre du jour que dicte le côté objectif, le côté subjectif, dans le cerveau humain, ne peut se rapporter qu'aux choses qui préoccupent l'individu et la société. Le point de départ est ce message, ce sentiment qui revient constamment dans la discussion.

La réponse

Bien entendu, la réponse n'est pas que chaque personne amène la société toute entière à approuver son ordre du jour, ce qui serait absurde. Il reste que dans la société nous sommes nombreux à vivre la même situation objective. Les messages que nous recevons sont généralement les mêmes parce que nous avons tous un cerveau et nous recevons tous la même expérience du côté objectif. D'autre part nous nous faisons généralement proposer les mêmes ordres du jour provenant d'ailleurs. Les gens vivant les mêmes expériences tendent à se rapprocher. S'ils s'en tenaient chacun à ce que leur cerveau leur dit, alors ils sentiraient un rapport entre eux, quelles que soient les différences raciales, nationales, personnelles ou sexuelles. En d'autres mots, la possibilité existe qu'ils se donnent eux-mêmes un ordre du jour commun et en unissant leurs efforts ils peuvent faire en sorte que cet ordre du jour devienne celui de la société.

Nous avons en notre faveur le fruit de nos cerveaux mais aussi l'expérience de ceux qui ont vécu la même chose dans le passé. Nous avons aussi la possibilité de connaître l'ordre du jour de gens occupant une place différente dans le système. Nous pouvons comparer les ordres du jour. Qui plus est, nous disposons des réalisations des sciences sociales. Certains d'entre nous pouvons étudier ces réalisations et les maîtriser. Cela s'est produit dans le passé et continue de se produire. Beaucoup d'organisations prétendent faire précisément cela, mais quand tout est fait et tout est dit, la question demeure : d'où vient l'ordre du jour ? Qui l'a fixé et jusqu'à quel point a-t-on fait avancer l'ordre du jour qui vient des messages reçus par le cerveau humain ?

La société

Lorsqu'une société est tenaillée par de graves problèmes comme la récession économique, la dévastation culturelle et spirituelle, la crise constitutionnelle et d'autres crises politiques, la discrimination envers les femmes ou la destruction de la jeunesse, c'est qu'elle a atteint un stade de développement précis. Dans ces cas, le stade de développement appelle à sa propre disparition, car il ne peut se transcender sans se détruire. La destruction de ce stade de développement de la société est la condition préalable du mouvement de la société. Lorsque le progrès de la société à son prochain stade est retenu par la force, les problèmes caractéristiques du stade actuel s'exacerbent.

La destruction de ce stade de développement pour qu'il puisse se transcender ne veut pas dire destruction de la société. Au contraire, la société risque la destruction seulement si elle ne parvient pas à en finir avec le stade actuel pour passer au prochain.

Le besoin d'en finir avec le stade actuel de développement se reflète dans le cerveau humain spontanément ainsi que par l'entremise de la théorie. Or, il existe aussi des groupes de gens qui se sentent menacés par la perspective d'un nouveau stade de développement. Pour eux la destruction du stade actuel pour faire place au suivant signifie leur propre perte. Cela devient une grande sottise. Tout comme la transformation de l'artisan en capitaliste ou la création de l'ouvrier moderne à partir des grandes populations paysannes n'a signifié la destruction pour aucun de ces groupes, aujourd'hui le passage d'un stade de la société au prochain ne signifie pas la destruction d'un groupe quelconque. Mais cette notion tourmente beaucoup de cerveaux au lieu de les libérer. Au lieu d'accueillir le nouveau stade, le cerveau craint d'y trouver sa perte. Cette panique et cette peur sont propagées par ceux qui ne veulent pas voir le stade actuel s'acquitter de son devoir envers la société en faisant place au suivant.

Un stade en renferme un autre

Lorsqu'un stade de la société doit faire place au suivant, le conflit qui se produit dans chaque cellule de la société commence à se refléter spontanément dans le cerveau humain. Ce qui était jusqu'alors accidentel et le résultat d'un simple acte d'être, devient une action vers un but précis. À différent degré selon le niveau de chacun, ce reflet dans le cerveau amène chacun à se demander s'il doit oeuvrer au passage de la société au stade suivant ou s'il doit faire autre chose. Ce message que reçoit le cerveau humain à l'effet qu'il faut faire quelque chose au sujet de la situation actuelle devient le catalyseur qui amène ou bien plus de clarté, ou bien plus de confusion. Le message peut devenir un catalyseur de clarté qui permet d'harmoniser ce qui se passe sous ses propres yeux sur la base de l'application de l'ordre du jour de faire progresser la société du stade actuel au suivant; ou bien il peut devenir un catalyseur de la confusion perpétuelle qui règne lorsque un million d'ordres du jour entrent dans le cerveau comme une pluie de météorites.

La période qui a commencé avec l'unification du monde dans la lutte contre le danger du fascisme et durant laquelle une grande victoire a été remportée sur le fascisme avec la Deuxième Guerre mondiale est maintenant terminée. Ce fut une longue période de lutte opposant les forces de la révolution aux forces de la guerre. La nouvelle période exige le renouveau démocratique.

Le capitalisme au Canada et dans le monde entier a changé. Une concentration inégalée du capital et de la production s'est produite. Les travailleurs et le peuple réclament le renouveau démocratique. La demande de renouveau démocratique provient de ce que le peuple en a assez du processus politique et de l'attitude envers l'environnement social et naturel.

Cette attitude envers l'environnement social et naturel est signe que le stade actuel de développement est arrivé son terme, car il a relégué les êtres humains au second plan alors que les conditions demandent aujourd'hui que les peuples occupent l'avant-scène de l'histoire. Cette lutte des hommes et des femmes pour occuper l'avant-scène de l'histoire est le contenu essentiel de la demande de renouveau démocratique. Cette demande a été conçue et nourrie durant la période antérieure quand les peuples se sont soulevés contre le fascisme et elle réclame maintenant pleine satisfaction. La position que chacun et chaque groupe prend par rapport à cette lutte indiquera dans quelle mesure ils sont prêts à présenter leur ordre du jour à la société, l'ordre jour qui provient des messages reçus par le cerveau.

L'avant-scène

En examinant le passé à partir du présent, le passé immédiat et le passé lointain, il ressort qu'à chaque stade du développement il y a eu une avant-scène. L'avant-scène est occupée jusqu'à ce qu'elle devienne superflue. Il faut alors une nouvelle avant-scène qui sera occupée par des forces nouvelles.

Durant tout le vingtième siècle, pour ce qui est de l'économie et d'autres domaines importants, l'avant-scène a été occupée par ceux qui produisent toutes les richesses de la société mais qui ne jouissent pas des fruits de leur travail. Or, sur le plan politique ils n'ont jamais encore occupé l'avant-scène. L'avant-scène des affaires politiques continue d'être occupée par d'autres. Aujourd'hui la lutte se mène pour la conquête de l'avant-scène de l'histoire sur tous les plans, et les producteurs des richesses de la société doivent aussi s'emparer de l'avant-scène en politique.

La période écoulée a créé différentes catégories de travailleurs. Il y a les ouvriers à proprement parler, ceux qui effectuent le travail manuel ou spécialisé; il y a ceux qui font un travail intellectuel, ceux qui forment l'intelligentsia ; il y a les professionnels et ceux qui s'occupent du commerce, de la production agricole, de la pêche et de la trappe. Tous ces travailleurs sont les producteurs de toutes les richesses de la société. Or, on ne les retrouve pas sur l'avant-scène de la politique, sauf quelques-uns qui sont directement liés aux cercles dominants dans l'économie et sur d'autres plans.

La lutte n'est pas contre tel ou tel individu ni contre tel ou tel groupe, elle est pour changer cet état de chose où le peuple est absent de l'avant-scène de l'histoire alors que ceux qui l'occupent et le processus politique même sont devenus superflus. C'est ce fait d'être devenu superflu qui force ceux qui veulent continuer d'occuper l'avant-scène, bien que leur temps soit terminé, à parler de renouveau démocratique dans le but explicite de maintenir le statu quo.

La définition de ce qu'est le renouveau démocratique, qui doit occuper l'avant-scène et quelle forme doit prendre cette avant-scène et beaucoup d'autres questions connexes sont devenues l'objet de l'affrontement. Quand un stade de développement devient porteur du stade suivant, il crée l'impression qu'il restera à jamais et qu'il n'y aura jamais d'autre stade. Cette impression est en soi un signe qu'un nouveau stade de développement de la société est en devenir.

L'Union soviétique et l'Europe de l'Est

Il est remarquable, bien que tragique, que les forces qui occupent aujourd'hui l'avant-scène dans les pays d'Europe de l'Est et dans l'ancienne Union soviétique sont, en règle générale, les forces qui avaient été vaincues durant la Deuxième Guerre mondiale. En Europe, l'Allemagne, puissance sortie vaincue de la guerre, apparaît maintenant comme la puissance victorieuse, comme s'il n'y avait jamais eu de Deuxième Guerre mondiale. Mais ces forces peuvent-elles vraiment agir comme avant dans les conditions nouvelles? Oui pour ce qui est de poursuivre leurs vieilles ambitions, mais non pour ce qui est de la façon de les poursuivre.

Cependant, cet agissement des vieilles forces dans la nouvelle période ne saurait paralyser et enrayer la naissance de nouvelles forces, avec non seulement une forme nouvelle mais aussi un contenu nouveau. La réalité de la nouvelle période s'imposera quand les premiers Hourras ! des vieilles forces, qui agissent dans une nouvelle forme dans la nouvelle période, s'évanouiront. À coup sûr de nouvelles forces apparaîtront pour régler les comptes avec le passé et le présent. Cette tâche s'imposera à toutes les nouvelles forces, partout dans le monde. Pas un seul pays n'échappera aux nouveaux bouleversements.

Les développements depuis quelque dix ans, surtout avec l'arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev en Union soviétique, ont montré qu'on ne peut pas freiner le passage au nouveau stade de développement. Gorbatchev est parvenu à créer une caricature du nouveau, au lieu de donner l'avant-scène aux travailleurs, et il a provoqué le chaos. Mais ce n'est pas terminé. Ce n'est qu'un début. La nouvelle période vient de commencer sous le drapeau du renouveau démocratique pour le monde entier. C'est ce drapeau que le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) a toujours défendu. Pour notre Parti, la lutte pour ce renouveau démocratique a commencé dans les années soixante, ce qui prouve que les nouvelles forces naissent et se renforcent durant la période antérieure. Il est vrai aussi qu'en dépit de toutes leurs prétentions, les vieilles forces ne peuvent se transformer en nouvelles forces dans la nouvelle période. La nouvelle période appartient aux forces nouvelles.

Propagande de diversion

Depuis les trois dernières années, depuis 1989, nous vivons les derniers jours de la vieille période de la grande victoire sur le fascisme qui a dégénéré en guerre froide pour faire place à la période nouvelle. Il se fait une propagande assourdissante à propos de l'échec du pseudo-socialisme, propagande qui identifie le pseudo-socialisme au communisme. Mais on tait le fait que ce n'était pas seulement l'échec des pays d'Europe de l'Est et de l'Union soviétique, c'était l'échec du monde entier. Les peuples réclament un changement partout dans le monde; le mécontentement est partout.

Puis dans cette propagande on ne parle jamais de ce qu'il faut faire. Quel est le contenu du renouveau démocratique et quelle forme doit-il prendre ? Au contraire, tout reste dans la vieille perspective de la guerre froide, à savoir que l'« économie de marché » et le pluralisme idéologique et politique sont supérieurs au communisme. Cela n'a rien à voir avec la réalité du monde aujourd'hui. Que nous dit cette nouvelle réalité ? Le but de cette diversion est de ranger tout le monde ou bien derrière ceux qui disent que le communisme n'est pas bon, ou bien derrière ceux qui disent que le pseudo-socialisme était bien. Comme sur tous les autres plans, on lance une diversion en créant deux faux contraires.

Ayant passé à travers cette période tumultueuse des trente dernières années, le monde a appris de l'expérience que les problèmes du monde ne se résument pas à une lutte de dogmes ou une lutte d'idées. Les problèmes du monde sont des choses qui se passent dans le monde réel. Quel est le stade actuel du développement et que doit-on faire pour avancer ?

Le renouveau démocratique, le contenu principal de cette période, dépasse toutes les autres considérations et c'est cette bannière qui propulse les nouvelles forces à l'avant-scène de l'histoire. Des millions d'hommes et de femmes ont une expérience directe de leurs conditions de vie et de travail. Ils perçoivent leur réalité non pas à travers de quelconques dogmes, mais en la payant de leurs souffrances.

Ceux qui ont entrepris d'examiner les bases théoriques de cette réalité ont tiré la conclusion que cette propagande de diversion ne sert qu'à maintenir au pouvoir les vieilles forces et le vieux contenu dans de nouvelles conditions. Cette diversion repose sur des forces qui ont déjà fait leurs preuves, celles qui ont écrasé le système socialiste en Union soviétique et déclaré que personne ne doit jamais plus s'engager sur cette voie. Sauf qu'aujourd'hui elles portent les appellations de « radicales » et « conservatrices » et elles s'acharnent à saboter le renouveau démocratique de la période actuelle. À coup sûr cette période refusera ces vieux remèdes dans de nouveaux contenants, que l'étiquette soit capitaliste ou pseudo-socialiste. De nouvelles forces viendront au premier rang, des forces dont les buts correspondront à la nouvelle période de renouveau démocratique.

L'ordre du jour

La nouvelle période qui s'est ouverte irrésistiblement avec tous ces changements qui se sont produits si rapidement, veut imposer son propre ordre du jour. Cet ordre du jour, c'est le renouveau démocratique pour le monde entier. C'est le message que reçoivent des millions et des millions de personnes à travers le monde. L'ordre du jour du renouveau démocratique est aussi la conclusion de l'examen théorique de la situation actuelle.

Ce n'est pas un hasard si, dans les conditions actuelles, la première bataille porte sur quel sera l'ordre du jour. Qui doit fixer l'ordre du jour ? La réponse évidente est que l'ordre du jour doit répondre au stade actuel de développement de la société et créer les conditions pour le stade suivant. Le succès de la lutte pour le renouveau démocratique créera une nouvelle période et une nouvelle étape dans le développement de la société, basé sur un système économique qui fait en sorte que les producteurs, les travailleurs, occupent l'avant-scène de l'histoire.

Toute société a mille et un problèmes à résoudre. Beaucoup de ces problèmes requièrent une solution immédiate, surtout quand il s'agit des victimes de la récession, des mères célibataires, des pauvres et autres. Pour ces problèmes il faut une réponse tout de suite. Ces gens ne peuvent attendre qu'il y ait une solution finale à tous les problèmes caractéristiques d'un stade donné du développement de la société.

Pendant qu'ils luttent pour des réponses et exigent qu'on voie aux besoins des pauvres immédiatement, qu'on mette un terme aux discriminations, qu'on trouve une solution à la crise constitutionnelle, il ne faut pas perdre de vue qu'il faut trouver les moyens de résoudre ces problèmes une fois pour toutes. Le choix entre ce qui est immédiat et ce qui est à long terme n'est pas un choix exclusif. Il s'agit plutôt de combiner les deux niveaux et de voir à ce que de nouvelles forces entrent dans l'arène pour poursuivre cette lutte pour faire avancer, de façon normale, naturelle, la société à son prochain stade de développement.

Le renouveau démocratique

Voir au bien-être de tous est un principe de la démocratie. Tant que cela ne sera pas fait en pratique, il y aura conflit entre ceux dont tous les besoins sont satisfaits et ceux dont même les besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits.

Dans une société divisée en classes, entre une minorité riche et une majorité pauvre, ce n'est pas plus réconfortant de savoir qu'il y a un milieu. Ce milieu est souvent présenté comme la solution idéale. En fait, c'est du milieu que proviennent les nouveaux pauvres. Ceux du milieu sont toujours à la course pour se maintenir en position et finalement ils échouent et sombrent dans les rangs des pauvres.

Quelles que soient les justifications données pour expliquer le statu quo, le conflit dans une société divisée en classes prendra fin lorsque la société garantira le bien-être de tous. C'est le but de la démocratie : faire en sorte que les deux pôles opposés ne s'anéantissent pas l'un l'autre. Le but du renouveau démocratique est d'abord et avant tout de voir au bien-être de tous.

Le bien-être de tous sera mis à l'ordre du jour uniquement par ceux qui ont intérêt à le voir se réaliser. Il faut que les travailleurs, ceux qui produisent les richesses de la société, tous ceux-là qui font fonctionner la société, disposent d'un pouvoir politique. Ce sont eux qui sauront ce qui est possible d'accomplir dans le cadre du système actuel et quels changements structuraux sont nécessaires pour que le système serve le bien-être de tous.

À cet égard, la situation au Canada, aux États-Unis, en Grande-Bretagne et ailleurs n'est pas très différente de la situation qui existait en Europe de l'Est et dans l'ancienne Union soviétique, où le pouvoir économique et politique, y compris le pouvoir militaire, était concentré entre les mains de quelques-uns qui formaient la classe des chefs d'État et de parti, les chefs de l'armée et de la police secrète. Si le besoin de changements structuraux s'est fait sentir en Europe de l'Est et dans l'ancienne Union soviétique, des changements structuraux s'imposent au Canada également. Lorsque les travailleurs s'empareront de l'avant-scène de l'histoire, ils devront s'attaquer à ces problèmes fondamentaux qui les concernent.

En plus de ces questions importantes se rapportant au pouvoir économique et politique, il y a la question que les femmes et les gens de différentes nationalités et de différentes origines sociales veulent vivre dans la dignité en union fraternelle, sans faire l'objet de discrimination ou de domination. Il y a aussi des problèmes de l'environnement et ainsi de suite.

Lorsque tout cela est pris en considération, il devient évident que durant cette période de renouveau démocratique, l'élément le plus essentiel à la solution de tous les problèmes est que les travailleurs occupent l'avant-scène. Loin de diminuer l'importance des luttes immédiates, cela présuppose que le peuple se mêle de défendre ses intérêts, s'oriente de façon à ce que ses positions avancées soient appliquées dans la résolution des différents problèmes. De cette façon, c'est le peuple qui finira par être au pouvoir.

Tous ceux qui reconnaissent la nécessité de ces grandes transformations, les activistes politiques, les travailleurs et les syndicalistes qui choisissent de voir à ce que les travailleurs occupent l'avant-scène, les intellectuels qui se consacrent au renouveau démocratique, ont besoin de discuter et de développer l'aspect théorique pour que la ligne d'action soit claire. Ils ont besoin d'une conception du monde et de théories conformes aux traditions de leurs pays, empruntant au passé ce qu'il a produit de mieux, mettant en valeur ce qui fait la lumière sur toute la période historique actuelle. En commençant par défendre ce que le passé a produit de mieux, ils verront à l'améliorer à mesure que grandira le mouvement pour le renouveau démocratique et que la théorie fera ressortir ce qu'il faut pour guider la pratique des millions d'hommes et femmes qui réclament une nouvelle société.

Action avec analyse

En poursuivant le travail théorique et en bâtissant le mouvement pratique pour le renouveau démocratique, il faut se garder de mêler le besoin de l'action et le besoin de mener l'analyse. Lorsqu'un appel est donné, il faut que ce soit un appel à l'action, il faut qu'il soit clair et réfléchi, qu'il vise une réaction précise parmi le public. Il faut séparer l'appel et l'analyse. L'analyse ne se fait pas en vase clos. C'est un travail qui exige la participation de tous. En faisant cette nette distinction, il est possible de lancer des appels au peuple pour apporter des solutions aux problèmes immédiats tout en s'organisant en vue du renouveau démocratique.

(Publié à l'origine dans Discussion, l'hebdomadaire, Volume 1, no 1, 30 mai 1992)

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