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Numéro 52 - 3
avril
2013
Le renouveau démocratique
Hardial Bains
30 mai 1992

Le fondateur et
dirigeant
du PCC(M-L) Hardial Bains s'adresse à un
Forum public sur le
renouveau démocratique lors
du référendum sur l'accord de
Charlottetown (gauche).
À droite: lors d'une réunion du
Comité pour le Non
le
10 septembre 1992 à Ottawa.
Dans ma vie politique, qui s'étend sur
plus de
quarante ans, j'ai souvent vu des gens se plaindre
de ne pas comprendre
ce qui se passe et pourtant exprimer des opinions
bien
arrêtées quand il s'agit d'exprimer
leur
mécontentement face à
différentes choses. Le plus
souvent, quand ils parlent de ce qu'ils n'aiment
pas, ils ont
généralement
raison, ou du moins leur sentiment pointe dans la
bonne direction. Puis
ils ont généralement tort quand ils
disent ne pas
comprendre ce qui se passe. Comment l'expliquer?
Pourquoi
reconnaissent-ils d'instinct ce qu'ils
désapprouvent tout en
ayant la ferme impression de ne pas savoir ce qui
se passe ?
La réponse est simple : l. Ils ont une
idée générale de ce qu'ils
n'aiment pas parce que
c'est ce que leur dit leur expérience
directe. Ils savent ce qui
leur arrive parce qu'ils font partie du monde
réel. 2. Ils se
plaignent de ne pas comprendre ce qui se passe
à cause de ce qui
se dit dans les journaux, sur la scène
politique, dans les
écoles et dans la
culture en général — tout ce qu'ils
entendent dire
à propos du gouvernement et des affaires
publiques. Cette
discussion ne correspond pas à leur
expérience directe.
Ils se sentent donc mécontents de choses
précises, qui
les concernent directement, mais ce qui se raconte
dans les journaux,
à la télévision et ailleurs
est pour eux sans
queue ni tête.
Qui décide de l'ordre du jour?
Tout système est administré par un
groupe
bien défini de personnes qui
considèrent que ce
système sert leurs intérêts.
Le système
capitaliste est administré par un groupe
précis de
personnes qui tirent avantage de ce
système. Tout système
a aussi sa base objective, qui est
indépendante de la
superstructure, des idées et de l'appareil
d'État qui
sont édifiés sur le fondement de la
société. Tout système a donc
une base de
changement, de développement et de
mouvement qui lui est propre.
Objectivement, le système qui est à
la
base de la
société envoie des messages au
cerveau humain, qui fait
partie du monde réel. Ces messages, leur
caractère, la
forme dans laquelle ils apparaissent,
dépendent de la position
que la personne occupe dans le système ou
quel rôle elle
joue dans son administration. Ces messages qui
apparaissent dans le
cerveau du fait que la personne se retrouve dans
cette situation
donnée sont ensuite transformés en
explications, points
de vue et opinions précis et une analyse
solide ou plus ou moins
solide.
Il se passe quelque chose entre le moment
où le
cerveau reçoit spontanément le
message et le moment
où apparaissent les explications, les
idées et les
théories. Le message signifie à la
personne que tout ne
tourne pas rond dans le système alors que,
dans la plupart des
cas, les idées et les théories qui
sont données
n'offrent pas d'explications
valables. Pourquoi tout ne tourne-t-il pas rond ?
Au lieu de s'attaquer
au problème apparent, il y a des chances
que quelque chose de
très éloigné du message
direct soit exprimé.
Évidemment, certains messages sont d'une
importance vitale,
comme par exemple lorsqu'il s'agit d'un moyen de
subsistance, et dans
ce cas il est impossible de les transcender. Le
discours ne peut faire
oublier qu'on a faim. Il ne fait pas
disparaître la
pauvreté. On ne peut transcender non plus
l'insécurité d'emploi dans un
système qui laisse
la
misère et la destruction dans son sillon et
qui est constamment
secoué par des crises. Mais peut-on faire
quelque chose à
propos des facteurs qui sont à l'origine
des messages
reçus ? Peut-on les transcender ? Quand ce
sont
littéralement des millions de travailleurs
qui perdent leur
emploi ou qui font face à
l'insécurité en
période de récession, les
appels à rationaliser les entreprises
individuelles pour les
rendre plus profitables sont quelque chose
d'incompréhensible
pour beaucoup de gens.
Dans le cours des choses, une conception du monde
surgit
qui ne part
pas du message reçu par le cerveau. Elle
part plutôt de ce
qui est dit dans les journaux, ce qui est dit par
les gouvernements,
les experts, les syndicats, les politiciens, etc.
Bref, quelqu'un
d'autre décide de l'ordre du jour de la
discussion. Par contre
le cerveau continue d'envoyer
des signaux que la réalité
au-delà du discours est
autre chose. Toutes les institutions qui existent
dans la
société ont leur but, donc suivent
un objectif
précis. La première observation du
cerveau, que quelque
chose ne tourne pas rond dans la
société, est pour ainsi
dire engloutie par l'ordre du jour proposé
par d'autres.
Le cerveau humain se voit donc proposer
différents ordres du
jour. La caractéristique commune de ces
différents ordres
du jour n'est pas qu'ils sont bons ou mauvais,
mais bien qu'ils ne
partent pas vraiment d'où en est le cerveau
humain. Le cerveau
humain a devant lui les conditions objectives et
en même temps
les conditions subjectives. Le côté
objectif dit que quelque chose ne tourne pas rond
tandis que le
côté subjectif lui dit de ne pas
comprendre ce qui se
passe. Pour surmonter la difficulté, le
cerveau humain doit
prendre comme point de départ l'analyse de
ce qu'il ou elle
n'aime pas et pourquoi. Il faut que l'analyse
commence là et
quand le problème se pose. En d'autres
mots,
l'ordre du jour doit venir du côté
objectif, dont le
cerveau fait partie. L'ordre du jour doit provenir
de ce cerveau.
Si l'on s'en tient à l'ordre du jour que
dicte le
côté objectif, le côté
subjectif, dans le
cerveau humain, ne peut se rapporter qu'aux choses
qui
préoccupent l'individu et la
société. Le point de
départ est ce message, ce sentiment qui
revient constamment dans
la discussion.
La réponse
Bien entendu, la réponse n'est pas que
chaque
personne amène la société
toute entière
à approuver son ordre du jour, ce qui
serait absurde. Il reste
que dans la société nous sommes
nombreux à vivre
la même situation objective. Les messages
que nous recevons sont
généralement les mêmes parce
que nous avons tous un
cerveau et nous recevons tous la même
expérience du
côté objectif. D'autre part nous nous
faisons
généralement proposer les
mêmes ordres du jour
provenant d'ailleurs. Les gens vivant les
mêmes
expériences tendent à se rapprocher.
S'ils s'en tenaient
chacun à ce que leur cerveau leur dit,
alors ils sentiraient un
rapport entre eux, quelles que soient
les différences raciales, nationales,
personnelles ou sexuelles.
En d'autres mots, la possibilité existe
qu'ils se donnent
eux-mêmes un ordre du jour commun et en
unissant leurs efforts
ils peuvent faire en sorte que cet ordre du jour
devienne celui de la
société.
Nous avons en notre faveur le fruit de nos
cerveaux mais
aussi
l'expérience de ceux qui ont vécu la
même chose
dans le passé. Nous avons aussi la
possibilité de
connaître l'ordre du jour de gens occupant
une place
différente dans le système. Nous
pouvons comparer les
ordres du jour. Qui plus est, nous disposons des
réalisations
des sciences
sociales. Certains d'entre nous pouvons
étudier ces
réalisations et les maîtriser. Cela
s'est produit dans le
passé et continue de se produire. Beaucoup
d'organisations
prétendent faire précisément
cela, mais quand tout
est fait et tout est dit, la question demeure :
d'où vient
l'ordre du jour ? Qui l'a fixé et
jusqu'à quel point
a-t-on fait avancer l'ordre
du jour qui vient des messages reçus par le
cerveau humain ?
La société
Lorsqu'une société
est tenaillée
par de
graves problèmes comme la récession
économique, la
dévastation culturelle et spirituelle, la
crise
constitutionnelle et d'autres crises politiques,
la discrimination
envers les femmes ou la destruction de la
jeunesse, c'est qu'elle a
atteint un stade de développement
précis. Dans ces cas,
le
stade de développement appelle à sa
propre disparition,
car il ne peut se transcender sans se
détruire. La destruction
de ce stade de développement de la
société est la
condition préalable du mouvement de la
société.
Lorsque le progrès de la
société à son
prochain stade est retenu par la force, les
problèmes
caractéristiques du stade actuel
s'exacerbent.
La destruction de ce stade de
développement pour
qu'il puisse se
transcender ne veut pas dire destruction de la
société.
Au contraire, la société risque la
destruction seulement
si elle ne parvient pas à en finir avec le
stade actuel pour
passer au prochain.
Le besoin d'en finir avec le stade actuel de
développement se
reflète dans le cerveau humain
spontanément ainsi que par
l'entremise de la théorie. Or, il existe
aussi des groupes de
gens qui se sentent menacés par la
perspective d'un nouveau
stade de développement. Pour eux la
destruction du stade actuel
pour faire place au suivant signifie leur
propre perte. Cela devient une grande sottise.
Tout comme la
transformation de l'artisan en capitaliste ou la
création de
l'ouvrier moderne à partir des grandes
populations paysannes n'a
signifié la destruction pour aucun de ces
groupes, aujourd'hui
le passage d'un stade de la société
au prochain ne
signifie pas la destruction d'un groupe
quelconque.
Mais cette notion tourmente beaucoup de cerveaux
au lieu de les
libérer. Au lieu d'accueillir le nouveau
stade, le cerveau
craint d'y trouver sa perte. Cette panique et
cette peur sont
propagées par ceux qui ne veulent
pas voir le stade actuel s'acquitter de son devoir
envers la
société en faisant place au suivant.
Un stade en renferme un autre
Lorsqu'un stade de la société doit
faire
place au suivant, le conflit qui se produit dans
chaque cellule de la
société commence à se
refléter
spontanément dans le cerveau humain. Ce qui
était
jusqu'alors accidentel et le résultat d'un
simple acte
d'être, devient une action vers un but
précis. À
différent
degré selon le niveau de chacun, ce reflet
dans le cerveau
amène chacun à se demander s'il doit
oeuvrer au passage
de la société au stade suivant ou
s'il doit faire autre
chose. Ce message que reçoit le cerveau
humain à l'effet
qu'il faut faire quelque chose au sujet de la
situation actuelle
devient le catalyseur qui amène ou bien
plus de clarté,
ou
bien plus de confusion. Le message peut devenir un
catalyseur de
clarté qui permet d'harmoniser ce qui se
passe sous ses propres
yeux sur la base de l'application de l'ordre du
jour de faire
progresser la société du stade
actuel au suivant; ou bien
il peut devenir un catalyseur de la confusion
perpétuelle qui
règne lorsque un million d'ordres du jour
entrent dans le cerveau comme une pluie de
météorites.
La période qui a commencé avec
l'unification du monde
dans la lutte contre le danger du fascisme et
durant laquelle une
grande victoire a été
remportée sur le fascisme
avec la Deuxième Guerre mondiale est
maintenant terminée.
Ce fut une longue période de lutte opposant
les forces de la
révolution aux forces de la guerre. La
nouvelle période
exige le renouveau démocratique.
Le capitalisme au Canada et dans le monde entier
a
changé. Une
concentration inégalée du capital et
de la production
s'est produite. Les travailleurs et le peuple
réclament le
renouveau démocratique. La demande de
renouveau
démocratique provient de ce que le peuple
en a assez du
processus politique et de l'attitude envers
l'environnement
social et naturel.
Cette attitude envers l'environnement social et
naturel
est signe que
le stade actuel de développement est
arrivé son terme,
car il a relégué les êtres
humains au second plan
alors que les conditions demandent aujourd'hui que
les peuples occupent
l'avant-scène de l'histoire. Cette lutte
des hommes et des
femmes pour occuper l'avant-scène de
l'histoire est le contenu essentiel de la demande
de renouveau
démocratique. Cette demande a
été conçue et
nourrie durant la période antérieure
quand les peuples se
sont soulevés contre le fascisme et elle
réclame
maintenant pleine satisfaction. La position que
chacun et chaque groupe
prend par rapport à cette lutte indiquera
dans quelle mesure ils
sont prêts à présenter leur
ordre du jour à
la société, l'ordre jour qui
provient des messages
reçus par le cerveau.
L'avant-scène
En examinant le passé à partir du
présent, le passé immédiat et
le passé
lointain, il ressort qu'à chaque stade du
développement
il y a eu une avant-scène.
L'avant-scène est
occupée jusqu'à ce qu'elle devienne
superflue. Il faut
alors une nouvelle avant-scène qui sera
occupée par des
forces nouvelles.
Durant tout le vingtième siècle,
pour ce
qui est de
l'économie et d'autres domaines importants,
l'avant-scène
a été occupée par ceux qui
produisent toutes les
richesses de la société mais qui ne
jouissent pas des
fruits de leur travail. Or, sur le plan politique
ils n'ont jamais
encore occupé l'avant-scène.
L'avant-scène des
affaires politiques continue
d'être occupée par d'autres.
Aujourd'hui la lutte se
mène pour la conquête de
l'avant-scène de
l'histoire sur tous les plans, et les producteurs
des richesses de la
société doivent aussi s'emparer de
l'avant-scène
en politique.
La période
écoulée a
créé
différentes catégories de
travailleurs. Il y a les
ouvriers à proprement parler, ceux qui
effectuent le travail
manuel ou spécialisé; il y a ceux
qui font un travail
intellectuel, ceux qui forment l'intelligentsia ;
il y a les
professionnels et ceux qui s'occupent du commerce,
de la production
agricole, de la pêche et de la trappe.
Tous ces travailleurs sont les producteurs de
toutes les richesses de
la société. Or, on ne les retrouve
pas sur
l'avant-scène de la politique, sauf
quelques-uns qui sont
directement liés aux cercles dominants dans
l'économie et
sur d'autres plans.
La lutte n'est pas contre tel ou tel individu ni
contre
tel ou tel
groupe, elle est pour changer cet état de
chose où le
peuple est absent de l'avant-scène de
l'histoire alors que ceux
qui l'occupent et le processus politique
même sont devenus
superflus. C'est ce fait d'être devenu
superflu qui force ceux
qui veulent continuer d'occuper
l'avant-scène,
bien que leur temps soit terminé, à
parler de renouveau
démocratique dans le but explicite de
maintenir le statu quo.
La définition de ce qu'est le renouveau
démocratique, qui
doit occuper l'avant-scène et quelle forme
doit prendre cette
avant-scène et beaucoup d'autres questions
connexes sont
devenues l'objet de l'affrontement. Quand un stade
de
développement devient porteur du stade
suivant, il crée
l'impression qu'il restera à jamais et
qu'il n'y aura jamais
d'autre stade. Cette impression est en soi un
signe qu'un nouveau stade
de développement de la
société est en devenir.
L'Union soviétique et l'Europe de l'Est
Il est remarquable, bien que tragique, que les
forces
qui occupent aujourd'hui l'avant-scène dans
les pays d'Europe de
l'Est et dans l'ancienne Union soviétique
sont, en règle
générale, les forces qui avaient
été
vaincues durant la Deuxième Guerre
mondiale. En Europe,
l'Allemagne, puissance
sortie vaincue de la guerre, apparaît
maintenant comme la
puissance victorieuse, comme s'il n'y avait jamais
eu de
Deuxième Guerre mondiale. Mais ces forces
peuvent-elles vraiment
agir comme avant dans les conditions nouvelles?
Oui pour ce qui est de
poursuivre leurs vieilles ambitions, mais non pour
ce qui est de la
façon de les
poursuivre.
Cependant, cet agissement des vieilles forces
dans la
nouvelle
période ne saurait paralyser et enrayer la
naissance de
nouvelles forces, avec non seulement une forme
nouvelle mais aussi un
contenu nouveau. La réalité de la
nouvelle période
s'imposera quand les premiers Hourras ! des
vieilles forces, qui
agissent dans une nouvelle forme dans la
nouvelle période, s'évanouiront.
À coup sûr
de nouvelles forces apparaîtront pour
régler les comptes
avec le passé et le présent. Cette
tâche s'imposera
à toutes les nouvelles forces, partout dans
le monde. Pas un
seul pays n'échappera aux nouveaux
bouleversements.
Les développements depuis quelque dix ans,
surtout avec
l'arrivée au pouvoir de Mikhaïl
Gorbatchev en Union
soviétique, ont montré qu'on ne peut
pas freiner le
passage au nouveau stade de développement.
Gorbatchev est
parvenu à créer une caricature du
nouveau, au lieu de
donner l'avant-scène aux travailleurs, et
il a provoqué
le chaos. Mais
ce n'est pas terminé. Ce n'est qu'un
début. La nouvelle
période vient de commencer sous le drapeau
du renouveau
démocratique pour le monde entier. C'est ce
drapeau que le Parti
communiste du Canada (marxiste-léniniste) a
toujours
défendu. Pour notre Parti, la lutte pour ce
renouveau
démocratique a commencé dans les
années soixante,
ce qui
prouve que les nouvelles forces naissent et se
renforcent durant la
période antérieure. Il est vrai
aussi qu'en dépit
de toutes leurs prétentions, les vieilles
forces ne peuvent se
transformer en nouvelles forces dans la nouvelle
période. La
nouvelle période appartient aux forces
nouvelles.
Propagande de diversion
Depuis les trois dernières années,
depuis
1989, nous vivons les derniers jours de la vieille
période de la
grande victoire sur le fascisme qui a
dégénéré en guerre
froide pour faire place
à la période nouvelle. Il se fait
une propagande
assourdissante à propos de l'échec
du pseudo-socialisme,
propagande qui
identifie le pseudo-socialisme au communisme. Mais
on tait le fait que
ce n'était pas seulement l'échec des
pays d'Europe de
l'Est et de l'Union soviétique,
c'était l'échec du
monde entier. Les peuples réclament un
changement partout dans
le monde; le mécontentement est partout.
Puis dans cette propagande on ne parle jamais de
ce
qu'il faut faire.
Quel est le contenu du renouveau
démocratique et quelle forme
doit-il prendre ? Au contraire, tout reste dans la
vieille perspective
de la guerre froide, à savoir que l'«
économie de
marché » et le pluralisme
idéologique et politique
sont supérieurs au communisme. Cela n'a
rien à
voir avec la réalité du monde
aujourd'hui. Que nous dit
cette nouvelle réalité ? Le but de
cette diversion est de
ranger tout le monde ou bien derrière ceux
qui disent que le
communisme n'est pas bon, ou bien derrière
ceux qui disent que
le pseudo-socialisme était bien. Comme sur
tous les autres
plans, on lance une diversion en créant
deux faux
contraires.
Ayant passé à travers cette
période
tumultueuse
des trente dernières années, le
monde a appris de
l'expérience que les problèmes du
monde ne se
résument pas à une lutte de dogmes
ou une lutte
d'idées. Les problèmes du monde sont
des choses qui se
passent dans le monde réel. Quel est le
stade actuel du
développement et que doit-on faire pour
avancer ?
Le renouveau démocratique, le contenu
principal
de cette
période, dépasse toutes les autres
considérations
et c'est cette bannière qui propulse les
nouvelles forces
à l'avant-scène de l'histoire. Des
millions d'hommes et
de femmes ont une expérience directe de
leurs conditions de vie
et de travail. Ils perçoivent leur
réalité non pas
à travers de
quelconques dogmes, mais en la payant de leurs
souffrances.
Ceux qui ont entrepris d'examiner les bases
théoriques de cette
réalité ont tiré la
conclusion que cette
propagande de diversion ne sert qu'à
maintenir au pouvoir les
vieilles forces et le vieux contenu dans de
nouvelles conditions. Cette
diversion repose sur des forces qui ont
déjà fait leurs
preuves, celles qui ont écrasé le
système
socialiste en Union
soviétique et déclaré que
personne ne doit jamais
plus s'engager sur cette voie. Sauf qu'aujourd'hui
elles portent les
appellations de « radicales » et
« conservatrices
» et elles s'acharnent à saboter le
renouveau
démocratique de la période actuelle.
À coup
sûr cette période refusera ces vieux
remèdes dans
de nouveaux contenants, que l'étiquette
soit
capitaliste ou pseudo-socialiste. De nouvelles
forces viendront au
premier rang, des forces dont les buts
correspondront à la
nouvelle période de renouveau
démocratique.
L'ordre du jour
La nouvelle période qui s'est ouverte
irrésistiblement avec tous ces changements
qui se sont produits
si rapidement, veut imposer son propre ordre du
jour. Cet ordre du
jour, c'est le renouveau démocratique pour
le monde entier.
C'est le message que reçoivent des millions
et des millions de
personnes à travers le
monde. L'ordre du jour du renouveau
démocratique est aussi la
conclusion de l'examen théorique de la
situation actuelle.
Ce n'est pas un hasard si, dans les conditions
actuelles, la
première bataille porte sur quel sera
l'ordre du jour. Qui doit
fixer l'ordre du jour ? La réponse
évidente est que
l'ordre du jour doit répondre au stade
actuel de
développement de la société
et créer les
conditions pour le stade suivant. Le succès
de la lutte pour le
renouveau démocratique
créera une nouvelle période et une
nouvelle étape
dans le développement de la
société, basé
sur un système économique qui fait
en sorte que les
producteurs, les travailleurs, occupent
l'avant-scène de
l'histoire.
Toute société a mille et un
problèmes à
résoudre. Beaucoup de ces problèmes
requièrent une
solution immédiate, surtout quand il s'agit
des victimes de la
récession, des mères
célibataires, des pauvres et
autres. Pour ces problèmes il faut une
réponse tout de
suite. Ces gens ne peuvent attendre qu'il y ait
une solution finale
à tous les problèmes
caractéristiques d'un stade donné du
développement
de la société.
Pendant qu'ils luttent pour des réponses
et
exigent qu'on voie
aux besoins des pauvres immédiatement,
qu'on mette un terme aux
discriminations, qu'on trouve une solution
à la crise
constitutionnelle, il ne faut pas perdre de vue
qu'il faut trouver les
moyens de résoudre ces problèmes une
fois pour toutes. Le
choix entre ce qui est immédiat et ce
qui est à long terme n'est pas un choix
exclusif. Il s'agit
plutôt de combiner les deux niveaux et de
voir à ce que de
nouvelles forces entrent dans l'arène pour
poursuivre cette
lutte pour faire avancer, de façon normale,
naturelle, la
société à son prochain stade
de
développement.
Le renouveau démocratique
Voir au bien-être de tous est un principe
de la
démocratie. Tant que cela ne sera pas fait
en pratique, il y
aura conflit entre ceux dont tous les besoins sont
satisfaits et ceux
dont même les besoins fondamentaux ne sont
pas satisfaits.
Dans une société divisée en
classes, entre une
minorité riche et une majorité
pauvre, ce n'est pas plus
réconfortant de savoir qu'il y a un milieu.
Ce milieu est
souvent présenté comme la solution
idéale. En
fait, c'est du milieu que proviennent les nouveaux
pauvres. Ceux du
milieu sont toujours à la course pour se
maintenir en position
et finalement
ils échouent et sombrent dans les rangs des
pauvres.
Quelles que soient les justifications
données
pour expliquer le
statu quo, le conflit dans une
société divisée en
classes prendra fin lorsque la
société garantira le
bien-être de tous. C'est le but de la
démocratie : faire
en sorte que les deux pôles opposés
ne
s'anéantissent pas l'un l'autre. Le but du
renouveau
démocratique est d'abord et avant tout de
voir au bien-être de tous.
Le bien-être de tous sera mis à
l'ordre du
jour uniquement
par ceux qui ont intérêt à le
voir se
réaliser. Il faut que les travailleurs,
ceux qui produisent les
richesses de la société, tous
ceux-là qui font
fonctionner la société, disposent
d'un pouvoir politique.
Ce sont eux qui sauront ce qui est possible
d'accomplir dans le cadre
du système actuel et
quels changements structuraux sont
nécessaires pour que le
système serve le bien-être de tous.
À cet égard, la situation au
Canada, aux
États-Unis, en Grande-Bretagne et ailleurs
n'est pas très
différente de la situation qui existait en
Europe de l'Est et
dans l'ancienne Union soviétique, où
le pouvoir
économique et politique, y compris le
pouvoir militaire,
était concentré entre les mains de
quelques-uns qui
formaient la classe des chefs d'État
et de parti, les chefs de l'armée et de la
police
secrète. Si le besoin de changements
structuraux s'est fait
sentir en Europe de l'Est et dans l'ancienne Union
soviétique,
des changements structuraux s'imposent au Canada
également.
Lorsque les travailleurs s'empareront de
l'avant-scène de
l'histoire, ils devront s'attaquer à ces
problèmes
fondamentaux qui les concernent.
En plus de ces questions importantes se
rapportant au
pouvoir
économique et politique, il y a la question
que les femmes et
les gens de
différentes nationalités et de
différentes
origines sociales veulent vivre dans la
dignité en union
fraternelle, sans faire l'objet de discrimination
ou de domination. Il
y a aussi des problèmes de l'environnement
et ainsi de suite.
Lorsque tout cela est pris en
considération, il
devient
évident que durant cette période de
renouveau
démocratique, l'élément le
plus essentiel à
la solution de tous les problèmes est que
les travailleurs
occupent l'avant-scène. Loin de diminuer
l'importance des luttes
immédiates, cela présuppose que le
peuple se mêle
de défendre ses intérêts,
s'oriente
de façon à ce que ses positions
avancées soient
appliquées dans la résolution des
différents
problèmes. De cette façon, c'est le
peuple qui finira par
être au pouvoir.
Tous ceux qui reconnaissent la
nécessité
de ces grandes
transformations, les activistes politiques, les
travailleurs et les
syndicalistes qui choisissent de voir à ce
que les travailleurs
occupent l'avant-scène, les intellectuels
qui se consacrent au
renouveau démocratique, ont besoin de
discuter et de
développer l'aspect théorique pour
que la ligne d'action
soit claire. Ils ont besoin d'une conception du
monde et de
théories conformes aux traditions de leurs
pays, empruntant au
passé ce qu'il a produit de mieux, mettant
en valeur ce qui fait
la lumière sur toute la période
historique actuelle. En
commençant par défendre ce que le
passé a produit
de mieux, ils verront à l'améliorer
à mesure que
grandira
le mouvement pour le renouveau démocratique
et que la
théorie fera ressortir ce qu'il faut pour
guider la pratique des
millions d'hommes et femmes qui réclament
une nouvelle
société.
Action avec analyse
En poursuivant le travail théorique et en
bâtissant le mouvement pratique pour le
renouveau
démocratique, il faut se garder de
mêler le besoin de
l'action et le besoin de mener l'analyse.
Lorsqu'un appel est
donné, il faut que ce soit un appel
à l'action, il faut
qu'il soit clair et réfléchi, qu'il
vise une
réaction
précise parmi le public. Il faut
séparer l'appel et
l'analyse. L'analyse ne se fait pas en vase clos.
C'est un travail qui
exige la participation de tous. En faisant cette
nette distinction, il
est possible de lancer des appels au peuple pour
apporter des solutions
aux problèmes immédiats tout en
s'organisant en
vue du renouveau démocratique.

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