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Numéro 48 - 26 mars
2013
Les gouvernements à genoux
pour vendre l'oléoduc Keystone XL
Nos ressources! À nous de
décider!
À nous d'en bénéficier!
Non
à l'oléoduc Keystone XL!
• Le Canada doit être soustrait aux plans
de guerre et d'agression des États-Unis - Peggy Morton
• Le gouvernement albertain approuve un plan
inéprouvé de rejet massif de déchets toxiques
provenant des sables bitumineux - George Allen
• La voix des travailleurs doit se faire
entendre - Entrevue avec André Vachon, travailleur de
pipeline en Alberta
• Les gouvernements doivent défendre
l'intérêt public et non agir en commis voyageurs des
monopoles pétroliers - Rita Soto
Non à l'oléoduc Keystone XL!
Le Canada doit être soustrait aux plans
de guerre et d'agression des États-Unis
- Peggy Morton -
La première ministre de l'Alberta Alison Redford
entreprendra bientôt un voyage à Washington, son
quatrième en 18 mois. Elle continue d'implorer Obama pour
qu'il approuve le projet d'oléoduc Keystone XL, un projet de
grande envergure pour expédier du bitume dilué de
l'Alberta vers la côte du golfe du Mexique où il sera
amélioré et raffiné. En préparation pour le
voyage, le gouvernement albertain a fait publier une annonce grand
format dans le New York Times du 17 mars portant le
titre : « Keystone XL : le choix de la
raison ». Selon les médias, Obama sera motivé
par des considérations environnementales dans sa décision
d'approuver ou de ne pas approuver le projet. Le fait que les
États-Unis prennent leur temps dans cette affaire est
présenté comme une preuve que le gouvernement est
à l'écoute et qu'il partage les préoccupations des
citoyens sur l'environnement.
La réalité est tout autre :
l'impérialisme étasunien examine toutes les options qui
lui permettront de maintenir et d'accroître sa domination
mondiale. Le département d'État a émis une
ébauche de son énoncé des incidences
environnementales (EIE) sur la question de l'oléoduc Keystone XL
le 1er mars. Ce qui préoccupe le département
d'État n'est pas tant l'environnement que
l'hégémonie, le diktat et les plans de guerre et
d'agression des États-Unis. On avait mandaté le
département d'État pour qu'il produise un rapport
détaillé des « alternatives sans action
» : qu'arrivera-t-il si l'administration Obama n'approuve
pas Keystone XL ? Est-ce qu'une telle décision affectera
les niveaux de production des sables bitumineux, et vers quels
marchés d'exportation seront expédiés le bitume et
le pétrole synthétique ? Des scénarios
explicites touchent aux routes d'exportation potentielles pour le
bitume, le pétrole conventionnel de l'Alberta et de la
Saskatchewan, et le gaz de schiste de la région du Bakken aux
États-Unis.
Cette étude révèle jusqu'à
quel point le département d'État des États-Unis
considère l'Alberta et le Canada dans son ensemble comme son
territoire annexé, une région des États-Unis des
monopoles nord-américains. Les scénarios d'
« alternatives sans action » sont fondés
sur ce qui servira les cartels pétroliers des États-Unis
et la stratégie de guerre, et sur le maintien et le resserrement
de la domination des États-Unis et leur pouvoir de
décider qui aura accès au pétrole et au bitume de
l'Alberta et qui en bénéficiera.
Le département d'État fait une analyse
détaillée de Prince-Rupert, en Colombie-Britannique, en
tant que port d'exportation. Selon ce scénario, il y aurait un
complexe ferroviaire à Lloydminster, en Alberta, qui permettrait
de charger des frets de pétrole vers Prince-Rupert,
expédiant ce qu'on appelle le « railbit »
(du bitume dilué de sorte à pouvoir être
expédié par chemin de fer) dans des wagons-citernes
isothermes et ensuite par des pétroliers suezmax jusqu'à
la côte du golfe du Mexique par le canal de Panama. Le rapport
est très détaillé, prévoyant par exemple
combien de chambres d'hôtel ou de motel sont disponibles à
Prince-Rupert pour héberger les équipages de construction
ou encore quelle quantité d'électricité serait
requise pour faire fonctionner le terminal. Il analyse s'il est
économique d'expédier du bitume d'abord au golfe du
Mexique pour ensuite l'exporter vers l'Asie et conclut que le fait
d'exporter du pétrole à partir du Canada vers l'Asie via
le golfe est trop coûteux.
Deux scénarios possibles sont jugés trop
controversés pour en faire des recherches plus
poussées : l'oléoduc du Northern Gateway de
Hardisty, en Alberta, à Kitimat, en Colombie-Britannique, et
l'oléoduc Kinder Morgan de Hardisty à Vancouver.
Tout cela montre ce qu'il arrive quand les gouvernements
comme ceux de Redford et Harper, soumettent l'Alberta et le Canada aux
intérêts privés tels ceux du pétrole, du
gaz, des sables bitumineux et autres, eux-mêmes
intégrés aux banques et à d'autres immenses
monopoles. Alison Redford respecte sa promesse envers ces
intérêts privés et agit comme leur porte-parole en
cherchant à faire la démonstration que le Canada peut
garantir des ressources à la machine de guerre
étasunienne. Le gouvernement Redford envisage des options telles
le commerce avec la Chine, mais toujours dans le cadre d'une politique
générale au service des intérêts
monopolistes des États-Unis.
La doctrine de guerre d'Obama défend le droit de
monopole des intérêts privés des États-Unis
d'exploiter le sol, les ressources naturelles et le potentiel humain
souverains du monde entier grâce à des ententes
secrètes, lesquelles usurpent la souveraineté
d'États souverains, et à la mise au point de
méthodes contre-insurrectionnelles. Les monopoles
étasuniens ne reculeront devant rien pour éliminer les
concurrents et taire les réclamations des peuples.
L'opposition ouvrière s'organise pour mettre un
terme à la braderie éhontée du Canada et à
la préséance du droit de monopole sur les droits du
peuple. Il faut nier à l'impérialisme étasunien
son pouvoir de nier les droits des peuples et de dominer le monde.
C'est par la résistance et l'organisation que nous pourrons
soustraire le Canada à la domination de l'impérialisme
étasunien et de ses plans de guerre et d'agression, de
développer une économie qui suffit à ses besoins
et dont le moteur est la réalisation des droits de tous, qui
développe le secteur manufacturier et les régions et qui
pratique le commerce pour l'avantage réciproque, et nous donner
un gouvernement anti-guerre.

Le gouvernement albertain approuve un plan
inéprouvé de rejet massif de déchets toxiques
provenant des sables bitumineux
- George Allen -
Les opérations
minières utilisées pour extraire le bitume des sables
bitumineux de l'Alberta produisent tous les jours plus de 200 millions
de litres de déchets toxiques appelés
« résidus ».[1] Les résidus sont
actuellement entreposés dans d'immenses lacs ouverts dans le
nord de l'Alberta, couvrant désormais une superficie environ
50 % plus grande que celle de la ville de Vancouver, soit environ
176 kilomètres carrés (selon l'institut à but
non lucratif Pembina). Le degré d'infiltration dans le sol
à partir des lacs est inconnu. Le niveau de risque pour les
communautés en aval et pour l'environnement, suite à un
bris des digues de retenue des lacs contenant les résidus est
considéré « extrême », selon
les lignes directrices publiées en 2007 par l'Association
canadienne des barrages (ACB).
Le 13 mars, Environnement Alberta a annoncé
que, selon un rapport financé par l'industrie intitulé
« End Pit Lake Guidance Document », le
gouvernement de l'Alberta a approuvé et autorisé un plan
pour déplacer tous les résidus provenant des sables
bitumineux vers trente nouveaux lacs artificiels.[2] Les nouveaux lacs,
appelés « lacs de kettle », occuperont de
façon permanente une superficie totalisant plus de 100
kilomètres carrés, et formeront une autre partie d'une
série de bassins artificiels qui s'étendront sur 2500
kilomètres carrés dans le nord de l'Alberta. Le
gouvernement de l'Alberta affirme que les sites de ces lacs pourraient
éventuellement être réhabilités, même
si la technologie pour le nettoyage des résidus combinés
à l'eau n'a pas encore fait ses preuves sur une grande
échelle. Le plan de rejet des déchets a été
salué en grande pompe par les monopoles
énergétiques. La porte-parole de Syncrude, Cheryl Robb, a
déclaré : « Nous sommes heureux que le
gouvernement reconnaît les lacs de kettle comme un aspect commun
à la réhabilitation de ces sites. »
Le rapport de l'industrie sur les lacs chaudières
a été commandé par et transmis au gouvernement de
l'Alberta par la Cumulative Environmental Management Association (CEMA)
mis en place par le gouvernement pour superviser les aspects
environnementaux de l'exploitation des sables bitumineux. CEMA est bien
connu pour sa servilité envers les monopoles ; son conseil
d'administration comprend des représentants de
l'Impériale, Shell et Husky Oil, ainsi que de l'Alberta Forest
Products. Des représentants du gouvernement de l'Alberta
siègent également au conseil d'administration. Le plan
approuvé par le CEMA pour créer des lacs de kettle est
présenté comme une alternative environnementale à
la mise en valeur des milliers d'hectares de forêt boréale
détruite afin d'exploiter les sables bitumineux parce que
prétendument les nouveaux lacs finiront par devenir des
écosystèmes aquatiques viables. La réhabilitation
des sites est la dernière étape que les
sociétés minières doivent franchir avant la
fermeture d'une mine, mais les exigences actuelles du gouvernement
provincial sont vagues, c'est-à-dire « remettre les
sols dans une capacité équivalente ».
Jusqu'à présent, seulement 0,5 % de la superficie
ravagée par l'exploitation des sables bitumineux sur plusieurs
décennies a été certifié comme site
réhabilité.
La question de l'élimination sécuritaire
des résidus des sables bitumineux montre une fois de plus
à quel point les monopoles, grâce à leur champion,
le gouvernement Redford, veulent de plus en plus forcer les instituts
de recherche des établissements d'enseignement postsecondaire de
l'Alberta tels que l'Université de l'Alberta à concentrer
leur recherche sur les façons d'accroître les
bénéfices des monopoles. La première ministre
Redford a déjà fait savoir à l'assemblée
législative que c'est le rôle principal du secteur de
recherche des universités. Le gouvernement prévoit
émettre des lettres de mandat à tous les
universités, collèges et écoles techniques de
l'Alberta leur rappelant les directives du gouvernement en ce qui
concerne « leurs responsabilités
éducatives ».
Déjà, de nombreux projets liés aux
sables bitumineux et financés publiquement vont de l'avant au
département d'innovation en sables bitumineux de
l'Université de l'Alberta et au centre d'ingénuité
pour l'énergie sur place à l'Université de Calgary.
Le principal problème en ce qui concerne les
questions environnementales liées aux sables bitumineux est
« Qui décide ? » À l'heure
actuelle, les Albertains ne se retrouvent dans toute cette discussion.
La proposition de construire des lacs de kettle en est un exemple. Une
nouvelle direction doit être trouvée pour un
système de surveillance environnementale des sables bitumineux
sous le contrôle public qui regroupe des scientifiques, les
peuples autochtones, les communautés locales, les travailleurs
des sables bitumineux et d'autres. Un système valable
contrôlé publiquement doit être mis au point qui
aborde tous les aspects clés des effets sur l'environnement, y
compris les essais, la recherche, le rapport au public, la tenue de
véritables consultations ainsi que l'élaboration et
l'application des recommandations et décisions pertinentes, qui
doivent comprendre et entraîner des conséquences graves
pour les pollueurs. Les questions environnementales sont un
élément essentiel du développement des sables
bitumineux de l'Alberta ; leur identification et leur
résolution doivent être soutirées au contrôle
des monopoles de l'énergie et leurs serviteurs dans les
gouvernements provincial et fédéral et placées
fermement sous le contrôle et la direction du peuple, à
qui revient le pouvoir et le droit de dire non.
Notes
1. Des produits chimiques toxiques
identifiés dans les résidus comprenant l'arsenic, le
plomb, le mercure et le benzène.
2. Le texte intégral du rapport de l'industrie est disponible en
anglais ici.

La voix des travailleurs doit se faire entendre
- Entrevue avec André
Vachon, travailleur de pipeline en Alberta -
LML :
Quelle est la position des travailleurs sur les projets d'exportation
de bitume brut par les pipelines de Keystone XL et de Northern
Gateway ?
André Vachon : Il
y a beaucoup d'opposition aux projets de pipelines de Keystone XL et de
Northern Gateway. Les gouvernements des riches prétendent parler
en notre nom et selon eux la question en ce qui nous concerne est que
les pipelines vont créer des emplois. Je ne connais pas de
travailleur de la construction de pipelines qui pense qu'exporter du
bitume, c'est quelque chose de bon pour le Canada. La voix des
travailleurs doit se faire entendre, autant en ce qui concerne les
conditions de travail que la direction de l'économie. Chose
certaine, les travailleurs de pipelines n'appuient pas l'exportation de
ressources à l'état brut. En plus, ils ne croient pas
à ce soi-disant besoin d'austérité qu'on nous
présente alors que des profits aussi énormes sont
réalisés par l'exploitation et la vente des ressources de
l'Alberta, des ressources qui appartiennent aux Albertains, aux
Canadiens et aux Premières Nations.
LML : Peux-tu nous parler
de la construction de pipelines qui se fait en ce moment ?
AV : La construction de
pipelines dans le nord de l'Alberta est à son plus fort pendant
l'hiver alors que la terre est gelée. Le travail ne manque pas
cet hiver et les compagnies ont du mal à trouver des
travailleurs. De nombreux vétérans de la construction de
pipelines, qui ont dépassé depuis longtemps l'âge
de la retraite, ont été persuadés de retourner
travailler même si plusieurs approchent les 75 ans. Le
besoin de former adéquatement la relève est très
pressant. Ce sont les monopoles pétroliers et gaziers, les
entreprises de pipelines comme Trans-Canada, Enbridge et Kinder Morgan
et les entreprises de construction de pipelines qui
bénéficient de l'extraction des ressources et du travail
des travailleurs de pipelines. C'est donc eux qui doivent payer pour la
formation et l'amélioration continuelle des compétences.
Au lieu de cela, on voit le gouvernement Harper forcer les travailleurs
partout au Canada à quitter leurs régions et leurs
familles pour venir travailler en Alberta et c'est d'ailleurs pour les
forcer à l'exode que le gouvernement a récemment fait ces
changements injustes au régime de l'assurance-emploi. Le
gouvernement Harper veut maintenant payer les entreprises pour la
formation des travailleurs.
LML : Parle-nous des
conditions de travail dans la construction de pipelines.
AV : Les attaques à
la sécurité des travailleurs sont une question
importante. Plusieurs des mesures que les compagnies ont prises au nom
de la santé et de la sécurité sont une
façade. Je pense par exemple que c'est la première fois
en ce qui nous concerne que tous les conducteurs de pose-tubes sur
notre chantier ont dû prendre un cours de trois heures de
conduite de pose-tubes suivi d'un test sur le terrain. Personne ne
pouvait travailler s'il avait échoué le cours. Le test
sur le terrain a été fait en utilisant un pose-tubes
à contrôle hydraulique alors que sur notre site beaucoup
de nos pose-tubes n'utilisent pas un contrôle hydraulique, mais
un contrôle direct qui demande des compétences bien
différentes et est bien plus difficile à manoeuvrer.
Alors c'était quoi le but du cours ? Ces dernières
années, plusieurs opérateurs de pose-tubes dans la
construction de pipelines ont été tués à
l'ouvrage. C'est évident que le but recherché est que les
compagnies vont pouvoir plaider l'innocence si un travailleur se blesse
ou se tue. Elles vont pouvoir dire que « tous les
travailleurs ont passé le test et semblaient être
qualifiés ».
Nous travaillons jusqu'à 80-90 heures par
semaine. La semaine dernière mon équipe a
travaillé 96 heures ! Nous travaillons six jours une
semaine et sept jours la semaine suivante. Les heures payées
temps double le dimanche, qui étaient la norme autrefois dans la
construction de pipelines, nous ont été enlevées
dans le cadre des nouvelles conditions que les syndicats de la
construction de pipelines ont acceptées. Les compagnies de
pipelines ont dû les rétablir dernièrement à
cause de la pénurie de main-d'oeuvre.
LML : Que veux-tu dire en
conclusion ?
AV : Tout ce qui
intéresse les monopoles, c'est leur chiffre d'affaires et leur
colonne de profits. Les travailleurs, eux, veulent des conditions de
travail sécuritaires et ils veulent pouvoir être fiers de
construire des pipelines qui ne vont pas se briser à cause de
défauts de construction. Ils se soucient également de
l'impact de leur travail sur l'environnement.
Lorsque des décisions économiques sont
prises qui affectent la vie des gens, est-ce que les travailleurs et le
peuple ne devraient pas faire partie des prises de
décisions ? Bien sûr que oui et nous devons avoir le
premier mot à dire dans la direction de l'économie. Quand
on pense aux arguments que la première ministre Redford invoque
pour justifier son budget d'austérité, à la
soi-disant « baisse des redevances » qui est
projetée alors que les monopoles du pétrole et du gaz
font des profits record, il y a une image qui nous vient en
tête : celle d'un navire en mer, sans gouvernail et à
la dérive, qui court droit au désastre, que ce soit une
tempête ou un écueil. Ce sont les travailleurs, ceux qui
produisent la richesse dont la société dépend, qui
ont un intérêt à prendre le contrôle du
navire, à prendre le contrôle de l'économie afin
qu'elle puisse subvenir à ses besoins et à lui donner une
nouvelle direction.

Les gouvernements doivent défendre
l'intérêt
public et non agir en commis voyageurs
des monopoles pétroliers
-Rita Soto -
Grand rassemblement
à Washington contre l'loléoduc Keystone XL, le 17
février 2013
Les 5 et 6 mars, le ministre
fédéral des Ressources naturelles, Joe Oliver, s'est
rendu à Chicago et à Houston pour continuer d'essayer de
vendre le projet de pipeline Keystone XL. Le premier ministre de la
Saskatchewan Brad Wall s'est rendu à Washington le 7 mars
dans le même but. En février, la première ministre
de l'Alberta Alison Redford est allée à Washington, DC,
pour tenter de faire approuver le projet d'oléoduc Keystone et
elle prévoit y retourner en avril, la quatrième fois en
18 mois.
Plusieurs semaines avant
ces visites, plus de 40 000 personnes ont manifesté à
Washington DC et dit NON ! à l'oléoduc Keystone. Les
manifestants ont opposé un NON ! ferme au projet et ont
réclamé que l'environnement et les droits des gens
concernés soient protégés. Les manifestants sont
venus de partout au Canada et ont été rejoints par des
représentants des Premières Nations du Canada et d'autres
organisations opposées au projet Keystone XL. Parmi les orateurs
à la manifestation, on comptait le Chef Jackie Thomas de la
Première Nation Saik'uz de Colombie-Britannique et Crystal
Lameman de la Première Nation de Beaver Lake Cree en Alberta.
Les gouvernements au service des monopoles mondiaux
refusent de reconnaître et d'agir sur la base des
sérieuses préoccupations que soulèvent les
opposants aux projets de Keystone et de Northern Gateway et à
l'extension du pipeline de Kinder Morgan jusqu'à Vancouver, que
ce soit la dégradation de l'environnement, la destruction des
terres ancestrales des Premières Nations, les changements
climatiques ou les dommages causés à l'économie
socialisée. Selon les gouvernements, leur rôle serait
plutôt d'améliorer leur performance de relations publiques
et de raffiner leurs campagnes de désinformation.
« Nous devons promouvoir d'une manière plus proactive
et progressiste nos réalisations, les réalisations de nos
provinces respectives, en matière d'environnement »,
a dit en entrevue le premier ministre de la Saskatchewan Brad Wall,
ajoutant qu'il faut « maintenir un contact continuel avec
Washington ».
Chose sûre, Brad Wall
ne parle pas au nom des gens de la Saskatchewan. Les Premières
Nations de la Saskatchewan sont aux premières lignes du
mouvement puissant des Premières Nations à la
défense de leurs droits ancestraux, issus de traités et
constitutionnels. Elles ont opposé un NON ! très
ferme à la frénésie insatiable des monopoles
mondiaux pour l'extraction des ressources naturelles. Les
Premières Nations et les Canadiens demandent que le gouvernement
Harper retire sa loi omnibus C-45 qui a démantelé la
loi qui donne le mandat au gouvernement fédéral de
protéger les cours d'eau du Canada. Ils demandent aussi que le
gouvernement annule les changements qu'il a faits à la Loi
sur les pêches qui éliminent sa
responsabilité en matière de protection de l'habitat.
Les travailleurs de la Saskatchewan s'opposent aux
nouvelles lois antiouvrières qui ont été
déposées au parlement et constituent une attaque
dangereuse de l'État contre le travail. Ces changements aux lois
du travail visent à faciliter le pillage des ressources
naturelles et humaines des monopoles de l'extraction des ressources.
Le voyage du ministre Joe
Oliver à Houston comprenait la visite d'une usine qui raffine le
bitume provenant de sables bitumineux. La Côte du Golfe des
États-Unis possède plusieurs raffineries qui transforment
le pétrole lourd en provenance principalement du Venezuela et du
Mexique. On dit que les sources de pétrole lourd du Mexique sont
en train de s'épuiser. Les États-Unis ont réduit
la quantité de pétrole qu'ils importent du Venezuela et
l'ont largement remplacé par le bitume en provenance des sables
bitumineux. [1]
L'arrangement en vertu duquel du bitume brut sera
expédié de l'Alberta vers la Côte du Golfe convient
très bien aux cartels pétroliers des États-Unis
parce qu'ils en tireront un approvisionnement en pétrole lourd
pour leurs raffineries. Lorsque le ministre des Ressources naturelles
Joe Oliver prétend que faire le raffinage et développer
le secteur manufacturier au Canada n'est pas
« économique », ce qu'il a en tête
ce sont les arrangements économiques et politiques qui
bénéficient aux monopoles américains qui font de
la transformation manufacturière là où ils le
veulent. Oliver n'a pas en tête et ne représente pas les
arrangements qui pourraient bénéficier à
l'économie et au peuple de l'Alberta et du Canada. Les
détenteurs étrangers du capital soutirent des
quantités énormes de valeur à l'économie
socialisée du Canada et l'exportation de bitume brut ne fait
qu'exacerber cette situation. Cette valeur qui est perdue
représente des emplois et de la richesse dont on a besoin pour
bâtir une Alberta et un Canada qui sont centrés sur
l'être humain.
Les monopoles des sables bitumineux sont presque tous
des monopoles mondiaux étrangers. Syncrude, Exxon Mobil,
Imperial Oil, Chevron et Marathon sont tous américains ;
Shell est de propriété et contrôle
américains, britanniques et néerlandais. Total est de
propriété américaine et Nexen de
propriété chinoise. Les deux autres monopoles des sables
bitumineux, Canadian Natural Resources (CNRL) et Suncor (anciennement
propriété de Sun Oil) sont nominalement des monopoles
privés canadiens. L'étude que ForestEthics a faite et que
Bloomberg a publiée sur les détenteurs d'actions du
secteur a révélé que la propriété de
Suncor est à majorité étrangère
(56,7 %) et qu'il en est de même pour CNRL ( 58,8 %).
Selon l'étude, 71 % de toute la production des sables
bitumineux est sous propriété étrangère.
Les Premières Nations, dont les territoires
ancestraux abritent les ressources, et la classe ouvrière, qui
par son travail transforme les richesses de la Terre Mère en
valeur d'usage, ont tout intérêt à exploiter les
ressources d'une façon qui respecte leurs droits, les besoins de
la société et le bien-être de la Terre Mère.
Il faut faire échec aux intérêts privés
étroits d'une riche minorité privilégiée
qui prend les décisions selon ses propres intérêts.
C'est seulement en bloquant ces intérêts privés que
les Premières Nations, la classe ouvrière et le peuple
peuvent exercer leur droit de contrôler l'économie et d'en
décider la direction.
Note
1. Le Venezuela fournit à l'heure actuelle
plus de 250 000 barils de pétrole par jour à 17 pays
d'Amérique centrale et des Caraïbes, assurant ainsi la
sécurité énergétique de plus de 40 %
de la région. Le Venezuela procure aux États-Unis
11 % de leur pétrole importé et 29 % de celui
du Canada.

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