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Numéro 44 - 20 mars
2013
Le Canada défend les pratiques
brutales des minières dans le monde
L'Accord sur la protection des
investissements étrangers de Harper et la ruée actuelle
sur l'Afrique
Le
Canada défend les pratiques brutales des minières dans le
monde
• L'Accord sur la protection des
investissements étrangers de Harper et la ruée actuelle
sur l'Afrique - Jim Nugent
• Une autre vérité à
propos des compagnies minières canadiennes - Normand
Fournier
• Cliffs Resources fermera son usine de
bouletage à Sept- Îles
• Chantage des compagnies minières au
Québec
Le Canada met en
péril la sécurité alimentaire
• Un rapport de l'ONU critique le gouvernement
Harper pour manquement à ses devoirs
Le Canada défend les pratiques
brutales des minières dans le monde
L'Accord sur la protection des investissements
étrangers de Harper et la ruée actuelle sur l'Afrique
- Jim Nugent -
C'est à un congrès de l'industrie
minière que Stephen Harper a annoncé la conclusion de ses
deux plus récentes ententes commerciales internationales.
C'était
le lieu bien choisir pour une telle annonce puisque ces ententes
servent les intérêts étroits des monopoles miniers
mondiaux. Sans surprise, l'annonce a été
chaudement applaudie par les représentants participant au
congrès. L'Association minière du Canada (AMC) a
sur-le-champ émis un communiqué saluant cette
initiative.
L'annonce a été faite par le ministre du
Commerce international Ed Fast au congrès de l'Association
canadienne des prospecteurs et entrepreneurs à Toronto
le 4 mars. Fast est aussi ministre de la Porte de l'Asie-Pacifique. Il
a confirmé que deux nouveaux accords sur la protection des
investissements étrangers (APIE)
avaient été conclus, l'un avec le Cameroun et l'autre
avec la Zambie.
Le Cameroun est un pays d'Afrique centrale et
occidentale et la Zambie est au sud de l'Afrique. Les deux pays sont
dotés d'immenses ressources humaines
et naturelles qui, pendant plusieurs générations, ont
fait de ces pays la cible de la ruée colonialiste et
impérialiste vers l'Afrique. La Zambie est un important
producteur de cuivre et de nickel et possède d'autres immenses
ressources minérales. Le Cameroun possède des ressources
pétrolières en partie exploitées ainsi
qu'une grande réserve de ressources minérales non
exploitées.
L'empressement du
gouvernement Harper à appuyer la participation de ces compagnies
établies au Canada à la ruée actuelle vers
l'Afrique est ce qui ressort
clairement du communiqué de presse traitant des deux plus
récents APIE : « Le Canada pourrait accroître de
façon importante ses investissements au Cameroun
et en Zambie, en particulier dans les secteurs de l'exploitation
minière, pétrolière et gazière, des
infrastructures, de l'éducation et de la santé.
D'ailleurs, les
entreprises canadiennes investissent déjà massivement
dans ces deux pays. En 2011, les actifs miniers canadiens au Cameroun
s'élevaient à plus de 35 millions
$. En Zambie, ils se chiffraient à plus de 6 milliards $, ce qui
représente 20% de l'ensemble des actifs miniers canadiens en
Afrique.» Au total, les
investissements miniers canadiens en Afrique ont atteint 31 milliards
$, alors qu'en 2005 ils n'étaient que de 5 milliards $.
Les APIE fraichement conclus permettent de
protéger les ententes d'investissement et les contrats
d'investisseurs canadiens contre toute atteinte ou restriction
que chercheraient à imposer les gouvernements du Cameroun et de
la Zambie. Toute intervention des gouvernements nationaux que les
investisseurs établis
au Canada jugent contraire à leurs intérêts
privés pourra être soumise aux processus d'arbitrage
exécutoire prévus dans l'entente.
Le gouvernement canadien est favorable aux APIE dans
l'ensemble de l'Afrique, neuf de ces ententes ayant été
conclues ou sont en voie d'être conclues.
Des APIE ont déjà été conclus avec le
Bénin, le Madagascar, le Sénégal et la Tanzanie.
Le gouvernement canadien a aussi conclu un APIE avec le Mali où
les forces armées canadiennes participent présentement
à l'invasion militaire et à l'occupation par la France,
prétendument pour défendre les «
intérêts canadiens».
Le gouvernement canadien négocie présentement des APIE
avec le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Ghana et la Tunisie.
Dans le communiqué de l'AMC saluant les nouveaux
APIE dans les pays d'Afrique il est dit : « Étant
donné la dimension mondiale de notre secteur,
l'industrie minière canadienne appuie sans réserve les
nouvelles ententes commerciales. Les APIE avec la Zambie et le Cameroun
annoncés aujourd'hui sont
stratégiques et contribuent à faire en sorte que les
investissements miniers canadiens sont appuyés et
protégés dans ces nouveaux marchés
émergents où existent
de grandes possibilités de croissance responsable [sic] dans le
domaine minier.»
Le communiqué de l'AMC donne quelques chiffres en
rapport avec ces « grandes possibilités». Les pays
africains, selon elle, comptent pour 15% de
l'investissement en exploration minière mondiale en 2011. En
2011, la Bourse de Toronto (BT) ainsi que la BT de placement à
risques établissaient 1 milliard
$ en capital pour des projets miniers dans 35 pays africains et les
compagnies en liste pour ces placements avaient 684 projets
d'extraction minérale en cours
dans les pays africains.
Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi les
représentants des monopoles miniers établis au Canada ont
un tel enthousiasme pour les ententes conclues
par le gouvernement Harper. Ces monopoles et les oligarques financiers
avec lesquels il sont associés représentent une force
compétitive dans le domaine de
l'extraction des ressources mondiales.[1] Les agents de tractations de
secteur minier établis au Canada veulent participer à la
ruée pour s'accaparer les ressources
de l'Afrique et du monde. Les APIE servent leurs intérêts
privés en minimisant les risques et en permettant aux monopoles
miniers de faire à leur guise dans
les pays visés.
Ce qui est moins apparent, c'est qu'il n'y a rien dans
ces ententes commerciales qui soit à l'avantage des Africains ou
des Canadiens. Qui bénéficie des
ententes comme les APIE, à part la minorité
privilégiée acoquinée avec les agents de
tractations mondiaux? Pourquoi le gouvernement canadien met-il son
appareil international de commerce et de diplomatie, et même ses
forces armées dans le cas du Mali, à la disposition
d'intérêts privés et de leurs visées
agressives?
Le gouvernement Harper n'a qu'un truc dans son sac et il
donne la même réponse à tout : c'est pour
créer de l'emploi et la prospérité. Égal
à lui-même,
le ministre du Commerce international Ed Fast, lors de l'annonce des
plus récents APIE, a déclaré : « Notre
gouvernement contribue à la création d'emplois,
à la croissance et à la prospérité au
bénéfice des familles de toutes les régions de
notre pays en s'assurant que les investissements des entreprises
canadiennes
à l'étranger sont protégés.» Fast
n'explique pas comment cette protection « des entreprises
canadiennes à l'étranger» contribue à
créer des emplois. Quelle
prospérité naîtra des transferts de richesse dans
les bureaux de Bay Street?
Ni les intérêts des travailleurs canadiens,
ni ceux des travailleurs des pays d'Afrique ou d'ailleurs ne sont
servis par ces ententes. Leur seule force est de
garantir le droit de monopole et de permettre aux monopoles d'agir
impunément partout dans le monde. Les travailleurs canadiens et
les travailleurs à l'étranger
ne sortent gagnants que lorsque le droit de monopole dans le secteur
des ressources et d'autres secteurs est restreint par les gouvernements
nationaux.
Les ressources naturelles, qu'elles soient en Zambie, au
Cameroun, au Canada ou où que ce soit, ne sont que des roches
sans valeur avant que les travailleurs
ne les transforment par leur travail. Les travailleurs qui
créent cette richesse ont tous les droits de décider
quelles ressources doivent être extraites et comment
la richesse ainsi créée doit être utilisée.
Pour affirmer ce droit, il faut restreindre le droit de monopole et non
pas lui donner l'impunité, comme le font
présentement les APIE et d'autres ententes
néolibérales.

Protestations au Canada
contre la violence et la brutalité des minières
canadiennes par des victimes
Note
1. Ce qui suit vient de l'AMC : 1 646 compagnies
minières étaient cotées à la BT et à
la BT de placements à risques en 2011, ce qui
est supérieur aux compagnies cotées à la Bourse de
Londres, de l'Australie, de New York ou de Hong Kong prises ensemble.
Ces compagnies avaient une valeur
du marché de 428 millions $, donc une valeur égale
à celle des compagnies minières cotées à la
bourse de Londres et d'Australie et représentant 38% de la
valeur des compagnies cotées à la Bourse de New-York. En
2011, les Bourses canadiennes ont avancé 12 milliard $ en
capital pour les opérations minières
mondiales, légèrement supérieures à la
Bourse de Londres et plus que la Bourse de New York, de l'Australie et
de Hong Kong prises ensemble. Source :
http://www.mining.ca/www/media_liv/MAC_Documents/F&F2011-English.pdf

Une autre vérité à propos des
compagnies
minières canadiennes
- Normand Fournier -
Journée mondiale
d'action contre les mines à ciel ouvert 2010 : des
manifestations ont eu lieu partout dans le monde devant les ambassades
et consulats du Canada.
Le 3 mars dernier, lors de la journée
d'ouverture du Congrès international de l'Association canadienne
des prospecteurs et entrepreneurs (ACPE) à
Toronto, le ministre canadien du Commerce international, Ed Fast, a
louangé ce qu'il a appelé les agissements éthiques
des compagnies minières canadiennes
et leurs grandes contributions à l'économie mondiale. Il
a dit apprécier le leadership qu'elles démontrent selon
lui dans l'application de pratiques minières
responsables.
Dans son discours le ministre Fast a parlé de
« pratiques sécuritaires », de
« pratiques minières responsables » et a
qualifié les
compagnies minières canadiennes de « chefs de file
mondiaux de la responsabilité sociale des
entreprises ». Ed Fast a rappelé les mesures prises
par le gouvernement Harper en 2009 pour rebâtir la
réputation ternie des compagnies minières canadiennes
dans le monde. Le gouvernement Harper a
créé le « Bureau du conseiller en
responsabilité sociale des entreprises (RSE) de l'industrie
extractive » et le « Centre d'excellence de la
responsabilité sociale des entreprises ». Deux
paravents pour permettre aux minières de se donner bonne figure.
Le ministre Fast a esquivé lors de sa
présentation les raisons qui ont forcé le gouvernement
Harper et l'industrie minière canadienne à prendre ces
mesures.
Le Canada minier
Le Canada, en plus d'être un pays pourvu de
très nombreuses et riches ressources naturelles, abrite
plusieurs des plus grandes
entreprises minières du monde. Des géants comme Barrick
Gold, Teck Corp (Cominco), IAMGOLD, SEMAFO, Kinross Gold, Gold Corp, et
plusieurs autres
ont leur siège social à Vancouver ou à Toronto.
Les compagnies minières canadiennes sont
présentes sur tous les continents et dans plus de 100 pays, dont
la totalité des pays en voie de développement.
Elles y exploitent des mines souterraines et à ciel ouvert.
Elles sont à la recherche de l'or, de l'argent, du cuivre, du
platine, du diamant et de terres rares.
La réputation des minières
canadiennes
Dans le monde entier comme au Canada, les entreprises
minières canadiennes sont reconnues pour être des
pollueurs, des destructeurs de
l'environnement naturel et social, comme étant la source de
conflits avec les populations locales et surtout indigènes, en
plus d'être des pilleurs des ressources.
Leur réputation concernant le respect des droits humains est
mauvaise. Au point qu'un rapporteur de l'ONU, John Buggie, a dit
« Le respect des droits
humains est problématique dans le secteur minier » en
faisant référence aux activités de Barrick Gold et
de Teck Corp, au Pérou, aux Philippines, en
Australie et en Tanzanie.
Lors de la visite du
premier ministre Stephen Harper aux Philippines le 10 novembre dernier
Le cas de Barrick Gold, Teck Corp et IAMGOLD
Barrick Gold
Cette entreprise minière canadienne est le plus
grand producteur d'or au monde. Elle a produit en 2012,
7,42 millions d'onces d'or. Son siège social
est à Toronto et elle est membre du Conseil mondial de l'or.
L'entreprise est connue pour sa pratique d'éliminer toute
critique et opposition à ses activités
minières, tant au Canada qu'à l'étranger. Le
16 mai 2011 à Nyamongo-Tarime en Tanzanie, un
affrontement entre la population locale et les forces
de sécurité de Barrick Gold a fait 5 morts et
plusieurs blessés. Le même jour à la mine North
Mara toujours en Tanzanie, les forces de sécurité de
Barrick
Gold ont fait 7 morts et 12 blessés lors d'une
manifestation de la population locale qui refusait d'être
déplacée de son village et elles ont aussi
arrêté
de nombreux journalistes.
En Papouasie-Nouvelle-Guinée, les forces de
sécurité de Barrick Gold ont été
accusées de viol. En 2009, Barrick a dû payer
89 millions $US
pour « pratiques anti-écologiques ». En
2009, à la mine Porgera Gold aussi en Nouvelle-Guinée,
les indiens Ipili de Porgera poursuivent Barrick
Gold pour avoir contaminé aux métaux lourds leurs sources
d'eau potable et les rivières qui assuraient leur subsistance.
Barrick a forcé le déplacement de la
population indigène de Porgera en recourant à la police
locale corrompue et à sa force de sécurité.
En février 2010, à la mine Pascua au
Chili, Barrick contamine les eaux de surface des villages entourant la
mine. En République Dominicaine, au Chili,
en Afrique du Sud, en Colombie, en Argentine, en Équateur, aux
États-Unis et au Mexique, Barrick Gold est renommée pour
détourner et s'approprier l'eau
pour ses propres fins, au détriment des populations locales.
Au Pérou, à la mine Antamina dans la
région de Cajacay, Placer Dome, qui est sous le contrôle
de Barrick Gold, est responsable de plusieurs déversements
toxiques dans l'environnement. Le 25 juillet 2012, 210 personnes
ont été intoxiquées suite à un
déversement toxique. Dans la même région, à
Huarmey
et à Cascajal, la compagnie canadienne Teck Corp a pollué
l'eau potable et celle des rivières.
Le 12 février 2013, un important
déversement toxique est survenu en République Dominicaine
à la mine Pueblo Viejo Gold Mine (propriété
à
60 % de Barrick et à 40 % Gold Corp).
La délinquance environnementale de Barrick Gold
est telle que la Norvège l'a expulsé le 30 janvier
2009 du Fonds de pension gouvernemental et
du Fonds pétrolier norvégien. De plus, la même
journée, la Norvège s'est retirée des projets
miniers aurifères de Barrick Gold.
Les populations autochtones accusent les forces de
sécurité de Barrick Gold d'avoir assassiné des
membres de leurs communautés qui refusaient d'être
déplacés.
Teck Corp (Teck Cominco)
La compagnie est basée à Vancouver. Elle
est active dans les secteurs du cuivre, du charbon, du zinc et de
l'énergie. Elle a été condamnée pour
violations
multiples des lois environnementales au Canada et à
l'étranger. Elle fut responsable en 2003 d'un
déversement de déchets de plomb dans le fleuve
Columbia. Teck Corp possède la mine Red Dog, en Alaska, dont le
site fut reconnu en l'an 2000 comme le plus pollué des
États-Unis.
En 2004, les tribus confédérées de
Colville ont poursuivi Teck Corp pour la pollution du lac Roosevelt et
du fleuve Columbia. En 2003 la CBC a
produit un documentaire intitulé, « A Century of
Slag » (« Cent ans de scories » ) dont
Teck Corp est le sujet principal. Le
documentaire présente et dénonce plus de 100 ans
d'activités de pollution du fleuve Columbia par Teck Corp, de
1896 à 1995. Ce n'est qu'en
2012 que Teck Corp a reconnu, devant un tribunal américain,
avoir pollué le fleuve Columbia et le lac Roosevelt de
1896 à 1995.
IAMGOLD
La compagnie a son siège social à Toronto.
Elle possède 5 mines d'or sur 3 continents. Elle a
3 mines au Québec : Niobec Niobium
Mine, Westwood et Mouska Gold Mine, qu'elle contrôle à
100 %. Elle est présente en Équateur (mine
Quimsacocha), au Suriname (Rosebel Gold Mine),
au Mali (mines Sadiola Gold Mine 41 % et Yatela Gold Mine
40 %), au Burkina Faso (Essakane Gold Mine 95 %), au Botswana
(Mupane
Gold Mine), au Ghana (Tarkwa Gold Mine et Damang Gold Mine).
Toutes les mines exploitées par IAMGOLD, à
l'exception des mines du Québec, sont des mines à ciel
ouvert.
Pour IAMGOLD, c'est pratique courante de déplacer
les populations locales habitant sur ou près de ses sites
miniers afin de s'approprier les ressources en
eaux pour laver son minerai et pour utiliser le mercure pour extraire
l'or de ses mines.
Au Burkina Faso, en mai 2011, un conflit ouvrier violent
a touché la mine Essakane Gold Mine. La compagnie opère
dans des pays où les normes
environnementales sont minimes ou inexistantes. Selon des groupes
environnementaux, les déversements de matières toxiques
et de métaux lourds sont nombreux
et fréquents.
IAMGOLD a acheté en novembre 2006 pour
1,3 milliard $ US, la compagnie minière canadienne
Cambior. En 1995, Cambior était à
l'origine d'un déversement d'acide de 4 000 000
mètres cubes dans la région d'Essequibo, au Guyana. Ce
désastre écologique a conduit IAMGOLD à cesser
toute activité dans cette région.
Conclusion
Comme on peut le voir, les compagnies minières
canadiennes sont tout sauf éthiques. Au Canada elles sont en
conflit depuis des
dizaines d'années avec les Premières Nations concernant
l'occupation et l'utilisation illégale des territoires
ancestraux. Elles n'accordent pas plus d'importance
au respect des droits humains au Canada qu'à l'étranger.
Au Mexique et en Amérique du Sud, on les accuse de la
disparition et de l'assassinat de militants
environnementalistes et de syndicalistes. Elles ont même
créé des ONGs pour convaincre la population de villages
sud-américains de déplacer leurs villages
pour permettre les opérations minières à la
frontière entre le Chili et l'Argentine.
La création par le gouvernement Harper du
« Bureau du conseiller en responsabilité sociale des
entreprises (RSE) de l'industrie extractive »
et du « Centre d'excellence de la responsabilité
sociale des entreprises » n'aide en rien à
empêcher les compagnies minières d'agir en toute
impunité.
Bien au contraire. L'établissement de ces organismes ne fait que
démontrer que le gouvernement Harper aide les grandes
sociétés minières à attaquer les droits
et la souveraineté des peuples et des pays où elles
opèrent. Il faut metter un terme à cela.
 
Des victimes des
minières canadiennes (de gauche à droite): le leader
guatémaltèque Adolfo Ich, tué par des gardiens de
sécurité de la Hudbay Minerals en 2009; Bernardo Vasquez,
qui s'opposait aux activités de la minière canadienne
Fortuna
Silver Mines à Oaxaca, au Mexique, a été
tué en 2002; Teodora Antonia Hernandez Cinto, active dans la
lutte contre les
pratiques de la Goldcorp Inc qui exploite une mine d'or d'où
s'écoule du cyanure dans les territoires mayas, dans l'ouest
du Guatemala, a été blessée par une balle de fusil
en juillet 2010.

Cliffs Resources fermera son usine
de bouletage à Sept-Îles
Le 11 mars, Cliffs Resources a annoncé qu'il
va fermer son usine de boulettes de minerai de fer de
Wabush-Pointe-Noire à Sept-Îles, au Québec.
L'usine fermera à la fin juin mettant à pied
165 travailleurs. La compagnie entend maintenir ses
opérations de chemin de fer et portuaires pour continuer
à expédier le minerai de fer sans le transformer
préalablement en boulettes.
Dans un communiqué émis par Cliffs, son
PDG Joseph Carraba déclare : « En raison de la
dynamique des marchés, nous prenons des mesures
pour ajuster notre production de boulettes de minerai de fer à
notre installation de Wabush tout en respectant nos engagements envers
nos clients...L'annonce
d'aujourd'hui doit améliorer notre courbe de coût
décaissé pour l'année dans son ensemble dans le
but de demeurer compétitif sur le plan mondial sur le
marché
du minerai de fer. »
Ce que Carraba veut dire c'est que Cliffs continuera
d'expédier 3 millions de tonnes de minerai de fer à
partir de son usine de Wabush au Labrador
sans la valeur qui lui est ajoutée par sa transformation en
boulettes à l'usine de Pointe-Noire. La perte de
165 emplois et les répercussions d'une telle perte
sur les travailleurs d'une ville d' à peine 26 000
personnes dans une région éloignée ne veulent rien
dire pour Cliffs. Ce monopole mondial basé aux
États-Unis se concentre uniquement sur les intérêts
privés de ses propriétaires, sur sa courbe de coûts
de production et sur sa compétitivité sur les
marchés
mondiaux.
Le minerai nécessaire à l'usine de Pointe
Noire provient de la mine de Wabush Scully de Cliffs située
près de Labrador City, dans la province de
Terre-Neuve-et-Labrador dans la région minière riche en
fer de la fosse du Labrador. Présentement, le minerai est
principalement extrait du site de Wabush
et expédié par train à Sept-Îles pour y
être transformé en boulettes. En produisant des boulettes,
les travailleurs ajoutent de la valeur au minerai de fer, y
mélangeant des matériaux par des procédés
thermiques, chimiques et mécaniques, ce qui mène à
sa transformation partielle conformément aux demandes des
producteurs d'acier.
Les gouvernements impliqués — ceux du Canada, de
Terre-Neuve et du Québec — permettront tous à Cliffs
d'éliminer ce processus de transformation qui
ajoute de la valeur au minerai de fer et le laisseront expédier
du minerai hors de la région dans son état brut. Les
gouvernements et Cliffs Resources opèrent
le secteur des ressources dans une direction diamétralement
opposée à celle qui est demandée par les
travailleurs, les communautés des régions-ressources et
la classe ouvrière dans son ensemble.
Les travailleurs veulent que cesse l'expédition
de matières premières brutes. Ils exigent que les
gouvernements restreignent le droit de monopole et défendent
l'intérêt public. Les gouvernments ne doivent pas
permettre aux monopoles mondiaux de continuer à extraire les
ressources d'une façon qui ne sert que des
intérêts privés étroits sans égard
aux emplois, à la viabilité des régions-ressources
et au développement de l'économie dans son ensemble.

Chantage des compagnies minières au Québec
Depuis la dernière campagne électorale et
surtout depuis l'élection au gouvernement du Parti
québécois de Pauline Marois, il est question d'une
réforme
en profondeur de la Loi des mines et de l'augmentation des
redevances versées à la province pour l'exploitation des
ressources minières.
Dans ce contexte, les compagnies minières qui
opèrent au Québec ne sont pas restées les bras
croisés. Pendant la semaine du 3 au 9 mars, Rio
Tinto, le plus grand producteur de minerai de fer au Québec, a
annoncé la vente prochaine de ses installations et de ses mines
au Québec et dans le reste du
Canada. Dans la semaine du 10 mars c'était au tour de Cliffs
Natural Resources d'annoncer qu'elle va fermer ses installations de
bouletage de Sept-Îles et passer
exclusivement à une production de concentré de minerai de
fer dans ses mines de Wabush et de Fermont. Cliffs entend poursuivre
ses activités d'extraction du
minerai de fer et s'occupe présentement à y
développer ses réserves.
Le 12 mars, le DG Goldcorp, le deuxième plus
grand producteur d'or au monde, s'est adressé aux
« acteurs de l'industrie minière » au
Québec lors d'une réunion des dirigeants de l'industrie
minière organisée par la Fédération des
Chambres de commerce du Québec et par les firmes Fasken
Martineau et KPMG-SECOR. Le thème était « le
climat d'investissement », notamment les taxes et les frais
qui feront partie du prochain régime
minier du Québec.
C'est la deuxième fois en moins d'un an que les
plus grands monopoles de minerai de fer (Rio Tinto, BHP-Billiton,
ArcelorMittal, Tata et Vale) ainsi que
les multinationales de l'or actives au Québec se mettent en
action pour contester l'empiétement sur leur droit de monopole.
La première fois fut lors de la
campagne électorale de l'été 2012. Les grandes
minières du fer ont alors manipulé le prix du minerai sur
les marchés, lequel est passé de 53 $ la tonne
à 74 $ la tonne.
Cette fois-ci, les monopoles prétendent que
l'énorme volume de minerai disponible sur les marchés et
le ralentissement de la croissance économique en Chine
expliquent leurs plus récentes décisions.
Cette stratégie des monopoles consistant à
manipuler les prix est utilisée non seulement contre le
Québec mais contre tous les pays qui envisagent d'apporter
des changements aux lois sur les mines et de mettre en place des lois
minières qui augmentent les redevances levées par un
pays. Plusieurs pays dans le monde
ont pris de telles mesures.
Le lobbying et le chantage que les monopoles miniers
exercent sur le gouvernement Marois doivent être
dénoncés. Ce que les travailleurs du Québec et
de partout exigent c'est que l'exploitation par les compagnies des
ressources naturelles doit bénéficier au peuple et
à ses régions en leur fournissant des emplois
bien payés et un revenu en impôts et redevances.

Le Canada met en péril la
sécurité alimentaire
Un rapport de l'ONU critique le gouvernement
Harper pour manquement à ses devoirs
À Genève, le
11 mars dernier, le Rapporteur spécial des Nations unies
sur le droit à l'alimentation, Olivier de Schutter, a
présenté un rapport à une
réunion du Conseil des droits de l'homme de l'ONU. Le rapport
est basé sur la visite officielle qu'il a faite au Canada du
6 au 16 mai 2012 à
l'invitation du gouvernement et dont le mandat était d'examiner
comment le droit à une alimentation adéquate est
assuré au Canada.
Le rapport critique le gouvernement du Canada sur les
questions d'insécurité alimentaire et de malnutrition.
Entre autres choses, le Rapporteur spécial
souligne que la décision du gouvernement Harper d'abandonner la
version longue du recensement porte atteinte à sa
capacité de traiter de ces problèmes.
L'élimination de cette version longue empêche Statistique
Canada de compiler une évaluation analytique de la situation au
pays, et le rapport mentionne que
« pour combattre la faim, l'insécurité
alimentaire et la malnutrition, il est nécessaire d'avoir une
compréhension exhaustive de qui a faim, qui souffre
d'insécurité alimentaire et qui est mal
nourri ».
De Schutter a également
critiqué l'accord
de libre-échange proposé entre le Canada et l'Union
européenne, que le gouvernement souhaite conclure d'ici la
fin de l'année. Il a noté que les initiatives visant
à promouvoir l'alimentation, la nutrition et les marchés
locaux, comme celles qui encouragent l'achat local,
peuvent être affectées par cet accord. Il a ajouté
qu'il y a une clause dans le projet d'accord qui interdit aux
municipalités de promouvoir des biens et services
canadiens pour des contrats de plus de 340 000 $.
Le rapporteur a également critiqué la
décision de supprimer le Conseil national du bien-être
social, qu'il décrit comme « une enceinte pour la
collecte
et la comparaison de données concernant entre autres les taux
d'aide sociale à travers le pays ».
Il a également critiqué le gouvernement
pour avoir mis un terme au monopole public de la Commission canadienne
du blé. Il a donné son ferme appui aux
systèmes de gestion de l'offre en place pour la production
laitière, de la volaille et des oeufs, ce qui est un point de
discorde possible pour un accord de
libre-échange dans le cadre du Partenariat transpacifique.
Un grand nombre de Canadiens vivent de l'aide sociale et
ne reçoivent pas une alimentation adéquate en raison de
l'augmentation des coûts du logement,
a dit de Schutter.
Le rapport critique également le Canada pour ne
pas s'acquitter de ses obligations en vertu des conventions
internationales telles que le droit à l'alimentation,
qui découle du Pacte international relatif aux droits
économiques, sociaux et culturels.
« Le Rapporteur spécial est
préoccupé par l'écart croissant entre les
engagements du Canada en matière de droits de l'homme au niveau
international
et leur mise en oeuvre au niveau national », peut-on lire
dans le rapport de l'ONU.
En conclusion, le rapport exorte Ottawa à
créer une stratégie nationale pour l'alimentation afin de
combattre la faim parmi le nombre croissant de groupes
vulnérables, y compris les Premières Nations et les gens
recevant l'aide sociale qui ont du mal à joindre les deux bouts.
Selon le rapporteur, la stratégie doit
inclure les paliers de gouvernements municipaux, provinciaux et
fédéral.
Les conclusions du rapport de De Schutter sont
corroborées par Banques alimentaires Canada, qui brosse depuis
16 ans un tableau de l'utilisation
des banques alimentaires et des programmes de repas au pays. Selon
Banques alimentaires Canada, plus de 882 000 Canadiens ont
utilisé une banque
alimentaire en mars 2012, une augmentation de 2,4 % par rapport
à l'année précédente. Les données
sur le recours aux banques alimentaires indiquent
que le nombre de personnes ayant des problèmes alimentaires a
bondi de 31 % depuis le début de la récession en
2008.
Les enfants et les jeunes représentent 38 %
des utilisateurs de banques alimentaires, tandis que les gens de l'aide
sociale, les Premières nations et
les familles monoparentales souffrent également
d'insécurité alimentaire.
En dépit des faits indéniables, le
gouvernement Harper a déclaré avec arrogance qu'il n'est
pas impressionné par les critiques contenues dans le rapport.
L'ambassadeur du Canada auprès de l'Office des
Nations unies à Genève, Elissa Goldberg, a
déclaré que de Schutter a outrepassé son mandat en
commentant
sur l'agriculture, l'aide internationale et les politiques commerciales
au Canada.
Pendant qu'il effectuait sa mission d'enquête en
mai dernier, la ministre de la Santé, Leona Aglukkaq, a
déclaré que de Schutter a été
« mal
informé » et « condescendant »,
alors que le ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration,
Jason Kenney, a tenté de discréditer le travail
de De Schutter et de son bureau en le qualifiant de
« ridicule ».
Ces déclarations arrogantes ne peuvent dissimuler
que le gouvernement Harper manque à ses devoirs de faire
respecter les droits les plus élémentaires et
elles démontrent combien il est hypocrite quand il fait la
leçon aux autres à l'échelle de la planète
sur les droits humains. Ces déclarations doivent être
rejetées
avec tout le mépris qu'elles méritent.

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Marxiste-Léniniste
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