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Le 13 mars est le 50e anniversaire de la fondation des Internationalistes, le précurseur de notre Parti. Le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) saisit l'occasion pour transmettre ses salutations révolutionnaires à celles et ceux de la génération des années soixante qui ont participé au travail de cette organisation et sont demeurés fidèles à son legs. Nous saluons celles et ceux qui l'ont porté plus loin avec le Programme d'étude Nécessité de changement et l'adoption de l'analyse Nécessité de changement en 1967, puis avec la réorganisation des Internationalistes en tant que mouvement de la jeunesse et des étudiants marxistes-léninistes en 1968. Nous salons également tous celles et ceux qui ont repris le drapeau avec la fondation du Parti en mars 1970, qui l'ont bâti et défendu depuis. En cette occasion, nous faisons part également de nos salutations révolutionnaires à la jeunesse des années 1990 et du nouveau millénaire qui est avec nous aujourd'hui et qui reprend avec militantisme le drapeau planté par les Internationalistes il y a 50 ans et le porte résolument de l'avant. À nos camarades et amis de Grande-Bretagne, d'Irlande, des États-Unis et d'ailleurs avec qui nous avons partagé et continuons de partager bonheurs et malheurs pour bâtir l'organisation nécessaire pour diriger la classe ouvrière pour qu'elle devienne la nation et investisse le peuple du pouvoir souverain, nous transmettons nos salutations et notre appréciation pour leur fidélité à la cause et promettons la nôtre en échange. Une des raisons pour lesquelles les Internationalistes ont une telle importance est qu'ils ont eu le courage de s'attaquer aux problèmes de leur temps. Cela a donné lieu à un tel élan que le Parti créé sur cette base est aujourd'hui parfaitement en mesure d'affronter les réalités du présent. Le leader des Internationalistes, le camarade Hardial Bains, a écrit que pour renforcer ce travail il faut une évaluation sérieuse des événements et même des individus de la période formative. En 1994, il disait à ce sujet qu'« il est crucial de bien comprendre cette origine du développement des définitions modernes car celles-ci sont essentielles à l'ouverture d'une voie au progrès de la société et du monde aujourd'hui ». Le PCC(M-L) profite de cet important anniversaire pour examiner le legs des Internationalistes et des années soixante. Mais comment procéder ? Par où commencer ? Le camarade Hardial disait que notre historiographie commence avec le présent et ramène du passé ce qui est pertinent pour le présent. Ce qu'il faut maintenant, c'est établir ce point de référence et établir sa logique dans la situation actuelle. Ce travail est nécessaire pour pouvoir régler les comptes avec la vieille conscience de la société et ouvrir la voie à son progrès. Les Internationalistes, qui ont été formés dans les conditions des luttes révolutionnaires et des machinations inter-impérialistes de la guerre froide, ont fait une rupture radicale avec tout ce qui précédait, tout ce qui était devenu désuet dans la situation historique. Pris dans la division bipolaire du monde, entre deux superpuissances, les peuples étaient forcés d'accepter la tutelle du camp américain ou du camp soviétique, ou d'un autre camp, et de tourner le dos à leurs propres conditions, traditions et matériel de pensée. À une période où il y avait plus de communistes dans le monde qu'à toute autre époque et où la riche expérience de la guerre antifasciste était encore fraîche à l'esprit, les peuples gravitaient vers le socialisme, l'indépendance et la démocratie. Pourtant beaucoup, dont bon nombre de communistes, ont cru que la politique révolutionnaire pouvait coexister avec la culture et les formes sociales bourgeoises et sur cette base ont trahi la théorie, déclarant que les classiques étaient le produit final et que la philosophie était par conséquent arrivée à sa fin. D'autres, qui acceptèrent ces suppositions, se prétendirent des experts de l'antirévisionnisme et devinrent des marxistes de salon occupés à faire « la bataille des livres », anciens contre modernes, orthodoxes contre révisionnistes, avec comme arme la phrase « révolutionnaire » et comme méthode l' « intégration » ou l'« application » de formules et de dogmes extraits des classiques et imposés à la réalité présente. C'est ainsi que, détournant l'attention des tâches révolutionnaires qui se posaient, ils devinrent les pourvoyeurs des définitions de la guerre froide et de l'anticommunisme tout en proclamant que la société civile, ouvrière ou capitaliste, était la forme la plus avancée des rapports sociaux humains et qu'on ne pouvait échapper à ses limites ou les transcender. En opposition résolue à tout cela, innovant du point de vue éthique moderne en prenant pour base la reconnaissance de la nécessité de créer une société humaine nouvelle, une humanité socialisée, les Internationalistes soumirent à la critique tout ce qui était vieux et agonisant. Ils rejetèrent tout argument qui acceptait l'emprise des vieux rapports sociaux de la société civile comme permanents et absolus, depuis la nuit des temps jusqu'à l'infini. Aujourd'hui, avec un nouvel éveil social et un intérêt renouvelé pour le communisme, revoir le legs des Internationalistes et les années soixante nous permet de voir la situation actuelle d'une position avantageuse. Dans les circonstances complexes et difficiles de l'après-Deuxième Guerre mondiale, alors que la contre-révolution et la destruction violente des forces productives se poursuivent rapidement, en grande partie à l'instigation des grandes puissances et des riches, la pire folie serait de tomber dans le dangereux piège tendu de s'accrocher aux définitions et conceptions de la guerre froide dans une situation changée. Dans notre travail pour bâtir le Parti et défendre les intérêts de la classe ouvrière et de toute l'humanité, nous sommes conscients que ce piège historique se manifeste dans plusieurs préjugés profondément enracinés qui viennent directement entraver le travail pour faire le bilan, dont les deux suivants : 1. que l'accès direct et immédiat aux rapports entre humains et à la nature est impossible et que par conséquent 2. les rapports humains ne peuvent être connus sans intermédiaire. Les définitions de la guerre froide enracinées dans l'anticommunisme ont survécu grâce à ces préjugés et ont créé un état de persévération, une répétition incontrôlable de définitions, actions et arrangements du passé malgré l'absence des conditions qui leur ont donné naissance. Aujourd'hui le rapport entre le passé et le présent est soumis à de tels préjugés qui servent à subvertir la participation consciente des êtres humains aux actions qui écrivent leur propre histoire dans le présent. En examinant le legs des Internationalistes en partant du présent, nous connaissons directement les rapports humains ; c'est notre tâche. Vive
la
fondation des Internationalistes il y a 50 ans aujourd'hui !
La signification de la fondation des Internationalistes Dans les mots de Hardial BainsÉcrivant au sujet des Internationalistes dans la note de l'auteur du livre Communisme 1945-1991, le camarade Bains explique : « Notre organisation, Les Internationalistes, devint le point de ralliement au moment de sa fondation le 13 mars 1963 à l'Université de la Colombie-Britannique à Vancouver. Une organisation large, elle était appuyée de différentes façons par beaucoup d'enseignants et plusieurs centaines d'étudiants. Elle n'avait pas d'idéologie quand elle a commencé, à part exprimer la frustration ressentie par les intellectuels à l'époque et le mécontentement du peuple face aux conditions existantes. Elle rassemblait les personnes avancées et les champions de la connaissance et des idées éclairées, ceux qui voulaient changer la situation. Elle a débuté comme un groupe de discussion avec comme but explicite de répondre à l'absence d'un climat de discussion académique sur le campus. Il y avait une sorte d'anticonscience, une opinion rigide contre l'investigation, des vues qui n'avaient pas de fondement dans la vie réelle et qui entravaient le progrès de la société. Comme on peut le voir, c'était une organisation avec un but limité et un départ modeste. Pas de grandes phrases tirées des livres, pas d'idéologie qui supervise chaque action et pas d'actions démonstratives pour impressionner le monde. En fait, l'idéologie, la politique et la culture de cette organisation ont commencé à prendre forme par la suite. Son idéologie, sa ligne politique, son organisation et sa culture se sont développées dans le cours des choses.
« Cela ne veut pas dire que ceux qui étaient engagés dans cette organisation n'avaient pas d'idéologie. J'étais communiste et j'avais une histoire d'activisme politique qui remontait aux années quarante, tandis que la plupart des autres étaient pour ainsi dire de gauche d'une façon ou d'une autre, bien que méfiants du communisme. Ce qui nous liait était notre souci des conditions existantes, l'éducation et la culture, et le rejet du but donné à la société, le but de son existence. C'était notre dégoût immédiat de ce qui était fait au peuple en général et à la classe ouvrière en particulier, aux autochtones et aux immigrants, aux peuples et nations du monde. Avec ces idées embryonnaires et le travail de l'organisation, notre idéologie a commencé à prendre forme. « On dira avec fierté que cette organisation est issue des conditions des années soixante, qu'elle avait un caractère de masse et qu'elle n'avait pas d'idées préconçues à sa fondation. Elle s'est épanouie sur le sol fertile du désir de changement du peuple et elle allait corroborer les conclusions tirées par Karl Marx un siècle auparavant, non pas en lisant les conclusions de Marx et en les imposant à la situation d'une façon dogmatique et religieuse, mais en se servant de ces conclusions comme guide à l'action, en bâtissant cette forme d'organisation avec un objectif qui correspond aux conditions de l'époque. Ces découvertes garantirent notre indépendance à la fois en tant qu'organisation et pour ce qui est de notre pensée. Cela devint l'ingrédient qui permit à l'organisation de s'orienter dans les situations les plus complexes et difficiles. Notre but ultime était le socialisme et le communisme, ce que nous avons proclamé à la face du monde avec la fondation du Parti communiste marxiste-léniniste à Montréal le 31 mars 1970, le parti communiste existant ayant trahi ce but final. » Concernant la situation à l'époque, le camarade Bains écrit : « Les années 1950 et les années 1960 en partie étaient des périodes de reprise et d'expansion du capitalisme. Les États-Unis et l'Union soviétique rivalisaient pour faire valoir la supériorité de leur système à chacun et le monde entier était tenu en otage. Aucun pays, aucune force politique ne pouvait faire valoir ses intérêts sans au préalable recevoir la sanction de l'une ou l'autre des deux superpuissances. La division bipolaire du monde était achevée. Les révolutionnaires devaient être extrêmement vigilants et prendre garde de ne pas devenir les instruments de l'une ou l'autre superpuissance, tout comme aujourd'hui les communistes doivent s'assurer de ne pas succomber aux pressions à propos de l'unité de toutes les nations avec les États-Unis comme gendarmes. Durant les années 1950 et 1960 il fallait un courage immense et des convictions profondes pour prendre position à la défense du noble idéal de la paix, de la liberté et du bien-être du peuple, pour l'abolition de l'exploitation de l'être humain par l'être humain. La même chose est requise aujourd'hui. » Le camarade Bains fait remarquer que « chaque époque possède les matériaux pour bâtir le nouveau, mais cette construction ne peut pas se faire de façon mécanique. La lutte entre le vieux et le nouveau, entre ce qui périclite et ce qui est en train de naître, éclate à chaque époque et les forces de classe prennent position d'un côté ou de l'autre. Les classes agissent d'une certaine façon en dépit de leur volonté. Pour que le capitalisme et l'impérialisme puissent continuer, les capitalistes et les impérialistes doivent voir à ce que la nouvelle classe, le prolétariat, et tous les exploités ne s'arment pas d'un centre de direction et de la conscience et organisation qui leur permettront de mettre fin à leurs systèmes qui causent tant de souffrances. Ils doivent proposer à la classe ouvrière des objectifs qui vont à l'encontre de ses intérêts sur le plan national et international. Le but qu'on a donné à la classe ouvrière et au peuple qui vivent sous les remparts de l'impérialisme, de rechercher la prospérité au détriment du bien-être des peuples d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine, avec la polarisation de leur propre société entre riches et pauvres, et aux dépens de l'environnement naturel, a fait beaucoup de tort aux intérêts du peuple. La base de cette prospérité est la domination du monde, qui se fait en divisant le monde sur la base de l'anticommunisme. Cela a joué un rôle négatif et mené à la rétrogression. Cela continue de faire des ravages dans le mouvement ouvrier. Les gouvernements capitalistes et leurs agences officielles et non officielles consacrent beaucoup d'efforts à perpétuer la peur du communisme pour introduire dans le mouvement ouvrier une idéologie et une politique qui le paralysent. Le prolétariat, le bâtisseur du socialisme, et tous ceux qui travaillent, les intellectuels, les professionnels, les petits fermiers et pêcheurs, trappeurs et petits propriétaires d'entreprises et les opprimés, surtout les femmes et les jeunes, doivent sortir de ce cercle vicieux. Ils doivent défendre des positions politiques dans leurs propres intérêts et s'organiser en fonction de la condition objective de leur émancipation. Alors seulement pourront-ils bâtir la nouvelle société à notre époque. Cette société sera le fruit de la lutte politique pour le pouvoir, pour qu'ils puissent organiser toute la société dans la résolution des problèmes nationaux et internationaux. « Donc pour réitérer, le travail politique est le point de départ de l'émancipation et le rôle de l'idéologie est de le servir. Ça ne marche pas dans le sens contraire. » Plus loin il dit : « Un nouveau monde peut être créé seulement en s'unissant dans la politique qui s'attaque aux problèmes du jour. Ce sont les mêmes qu'en 1945, la paix, la démocratie et le bien-être du peuple. Une attention de premier ordre doit être portée à la construction de cette unité. C'est dire une évidence que d'affirmer que le nouveau monde ne peut pas naître tant que les travailleurs et les travailleuses sont asservis. Seul le socialisme et sa plus grande réalisation, le communisme, sont la condition de l'émancipation complète de la classe ouvrière et des opprimés du monde tant dans le sens objectif que dans le sens subjectif. Les communistes ne doivent pas faillir dans leur responsabilité de bâtir cette unité. Ils doivent également faire un travail théorique en profondeur pour s'assurer que les leçons du passé sont mises à profit. Il est nécessaire de bâtir l'organisation de la classe ouvrière et de l'ensemble du peuple et de s'assurer que le communisme est à l'avant-garde de la société, pas seulement en théorie mais en pratique. Les communistes doivent être vus par les travailleurs et le peuple comme ceux qui défendent les idéaux de l'unité politique et qui cherchent à résoudre les problèmes sur cette base. « Avançons sur la voie que nous
inspire la vision d'un monde affranchi de l'exploitation de
l'être humain par l'être humain, le rêve qui sera
mille fois surpassé par la réalité
créée par la libération de nouvelles forces
productives humaines face à l'inconnu. Ne laissons pas de place
au pessimisme. Que les travailleurs, les jeunes et les personnes
éclairées s'avancent pour créer un monde nouveau.
Le temps joue en notre faveur. Allons courageusement de
l'avant. » Hardial Bains (Note de l'auteur pour le livre Communisme 1945-1991) 50 ans d'action révolutionnaire avec analyse La fondation des Internationalistes en 1963:
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![]() Le journal étudiant Ubyssey avec le rapport sur la fondation des Internationalistes à l'Université de la Colombie- Britannique. Sa couverture des activités étudiantes était typiquement basé sur l'anticommunisme de la guerre froide. |
Imaginez la situation. Le monde, y compris l'ensemble des écoles idéologiques et théoriques de la pensée, était bloqué par le dogme de la guerre froide. La désinformation et les informations erronées étaient la norme, qu'elles viennent des écoles de l'impérialisme euro-américain ou des écoles du communisme euro-soviétique. Il y avait un effort concerté contre les réalisations historiques du communisme, de la révolution et de la libération nationale. Toutes les voies de l'analyse et de la pensée indépendantes étaient interdites en pratique sinon dans la loi. Pourtant le sentiment que « le monde ne vas pas rester comme ça » occupait le coeur et l'esprit de la jeunesse. La nécessité du changement s'imposait. Qu'est-ce qui manquait, qu'est-ce qu'il fallait qui n'était pas là ? Quelle serait la clé permettant de libérer cette dialectique du changement ?
En 1963, Hardial Bains était aux études supérieures de l'UCB, âgé de 23 ans. Quatre ans plus tôt il avait immigré du Pendjab au Canada pour étudier la microbiologie. Au Pendjab, Hardial avait acquis une très bonne réputation de militant communiste et de scientifique avec une pensée solide et on disait que son militantisme politique et son inquisition scientifique avaient commencé dès le jeune âge. Mais que faire de ce monde dans la forteresse impérialiste et à l'étranger, dans des conditions aussi complexes, où la notion même d'un front prolétarien de la révolution avait été déclarée chose du passé par la plupart des partis communistes ?
La guerre froide suffoquait tout le monde au point où le droit de conscience était interdit. Hardial Bains s'est insurgé contre le blocage de la pensée et a lancé l'appel aux étudiants et aux professeurs de se défendre et d'exprimer leur droit de conscience par des actions avec analyse. Un de ses premiers actes publics a été de s'opposer courageusement au terrorisme psychologique de l'anticommunisme maccarthyste qui avait pour slogan « Better Dead Than Red » (« Mieux vaut être mort qu'être rouge »). À une assemblée de démocratie de masse, debout sur une caisse sur l'esplanade devant la bibliothèque de l'UCB, Hardial a répondu à l'individu hystérique en arrière qui hurlait : « C'est un communiste ! » en rétorquant : « Et fier de l'être ! »
Plus tard, en réfléchissant à cet incident, Hardial a dit qu'il avait marqué un important tournant, dans le sens que « c'en était fait de la lâcheté des communistes de l'époque ». Le refus de défendre son droit de conscience était chose du passé. Les communistes devaient être ouverts et fiers de leurs points de vue et des réalisations du mouvement communiste. « C'est le début du nouveau. Plus personne ne peut arrêter ce mouvement », fut sa conclusion de cette expérience.[2] Mais le nouveau était petit, comme la cellule d'un organisme qui s'éveille à la vie.
À l'époque, l'anticommunisme était le refrain continuel des médias et il était nécessaire de s'y opposer. Par exemple, dans un article de l'Ubyssey, le journal de l'association étudiante, il était question d'une femme dont le nom n'était pas donné qui disait qu'un étudiant, dont le nom n'était pas donné, qui faisait circuler une pétition contre la réforme de l'enseignement, était « un communiste ».[3] D'où venait cette préoccupation ? Dans le même numéro, la GRC révélait publiquement qu'elle espionnait les étudiants politiquement actifs, les dénonçant comme des « communistes », comme si être progressiste et politique était une sorte de maladie à éradiquer.
Hardial était très adroit dans ces choses et il a pu dissiper le malaise qu'il y avait parmi ses amis étudiants qui l'avaient entendu dire « Oui, je suis un communiste et fier de l'être ». Ces derniers participèrent aux affaires politiques des Internationalistes et beaucoup d'autres participèrent aux activités de masse qu'ils organisaient. Un communiste s'était levé et d'autres avaient répondu avec enthousiasme. Le travail des Internationalistes à l'UCB mena à la création de la Fédération étudiante de Colombie-Britannique pour défendre les intérêts des étudiants et Hardial en fut élu président.
Un proche allié et confident de Hardial Bains à l'époque était Aziz Haq, un étudiant de troisième cycle en ingénierie originaire du Pakistan et féru de marxisme. Il disait que dans les circonstances actuelles du révisionnisme moderne, lui seul, Hardial Bains, était capable de diriger le travail pour bâtir un parti marxiste-léniniste au Canada. Hardial pensait que sa contribution la plus importante serait d'aider les jeunes et les étudiants à se joindre à cet effort historique. Il espérait que, dans la situation complexe de l'époque, d'autres communistes expérimentés dirigeraient ce travail. En 1968, fort de l'expérience de cinq années à la direction des Internationalistes, non seulement au Canada mais en Irlande et en Angleterre, et de leur réorganisation le 7 mai 1968 à Montréal en mouvement de la jeunesse et des étudiants marxiste-léniniste, il était devenu évident que cette responsabilité lui incombait, à lui et à ceux qui s'étaient ralliés à cette cause.
Hardial avait donc découvert comment rompre le malaise qui s'était créé parmi les nombreux liens qu'il avait avec les étudiants et enseignants dans pratiquement tous les départements. Plus tard, il écrira que ce malaise provenait du fondement idéologique de l'impérialisme, ou ce qu'il appelait le « berceau historique ». Comment « rompre avec la vieille conscience, l'anticonscience, les préjugés particuliers de la société, transmis par les parents et les institutions sociales » était le problème posé et à résoudre.[4] Par son analyse de la situation concrète de la situation des étudiants et enseignants de l'UCB, Hardial conçut un plan : bâtir une nouvelle organisation capable de répondre au besoin de discussions et de débats sans les « menottes de l'esprit » fabriquées par l'académie impérialiste. Comme il le disait, il s'agissait de « créer un climat de discussion académique sur le campus ». Spécifiquement, il manquait l'organisation. Tous les autres avaient une organisation. Ceux et celles qui voulaient faire naître le nouveau en opposition au vieux monde avaient aussi besoin d'une organisation mais pas une organisation basée sur l'ancien, car une telle organisation serait incapable d'assister la naissance du nouveau. L'organisation devait être basée sur le nouveau, une nouvelle forme, un nouveau contenu, de nouvelles méthodes d'organisation, une nouvelle théorie et de nouvelles pratiques, et c'était à ceux qui en faisaient partie de trouver ce qu'il fallait faire en pratique en suivant la méthode de l'action avec analyse et de la participation consciente à l'acte de découvrir.
Le 13 mars 1963, il y a un demi-siècle, à la Maison internationale de l'UCB, Hardial présenta son plan à ses camarades. Le nom de l'organisation fut débattu vigoureusement et la proposition de Hardial l'emporta : « Les Internationalistes ». Il l'avait proposé non sans savoir que Les Internationalistes était le nom que Lénine avait donné aux marxistes de son époque qui s'organisèrent contre la trahison révisionniste de la pratique révolutionnaire marxiste, notamment contre les partis socialistes européens de la IIe Internationale qui avaient dégénéré au point d'appuyer « leurs » puissances impérialistes dans le massacre que fut la Première Guerre mondiale. La fondation des Internationalistes il y a cinquante ans fut un acte révolutionnaire pour régler les comptes avec le révisionnisme moderne et bâtir le front prolétarien au Canada, idéologiquement, théoriquement, organisationnellement et politiquement.
« Le travail politique débuté en 1962 et concrétisé par la réunion de fondation des Internationalistes le 13 mars 1963 avait porté fruit. C'était parti ! »[5] Le mouvement anti-impérialiste des jeunes et des étudiants à l'Université de Colombie-Britannique était né. En mettant en oeuvre le plan d'action avec analyse on a bâti une organisation qui fait son propre bilan et on a donné lieu à encore plus d'actions avec analyse dans une spirale ascendante qui a culminé en 1970 par la fondation du Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste). Il fallait défendre à chaque moment le nouveau contenu et la nouvelle forme de l'organisation, avec une grande flexibilité sur la question de l'unité idéologique mais en étant ferme sur la défense politique des principes, toujours en opposition à l'impérialisme américain quelles que soient les circonstances et en appuyant les justes causes de tous genres.
En ce début de 1963, les étudiants se battaient pour demander l'augmentation du financement de l'éducation postsecondaire avec leur campagne « Back Mac » à l'échelle de la province, d'où est sorti le système des collèges de Colombie-Britannique. Les Internationalistes ont appuyé ces actions et toutes les actions pour une cause juste. Mais ce n'était pas de la politique de « coalition » ou sur des problèmes détachés du reste, politique qui suit toujours les plans et intérêts des capitalistes monopolistes. Il y avait une qualité différente, où la construction du front prolétarien était décisive, où la question clé était de « rompre avec la vieille conscience, l'anticonscience, les préjugés particuliers de la société ». Hardial a décrit ce phénomène plus tard comme étant l'activation du facteur humain/conscience sociale parmi les individus et le collectif et dans tout ce que les Internationalistes organisaient. La responsabilité individuelle était requise pour que le travail collectif soit soutenu et étendu. La consolidation interne de l'organisation était liée à sa force externe sur une échelle de masse par une dialectique vivante. On ne faisait pas de quartier à la théorie et à la pratique impérialistes. Pour bâtir l'organisation révolutionnaire de la période de l'après-guerre, pour résister à l'assaut idéologique de l'impérialisme et le surmonter, « [Les internationalistes] lancèrent une offensive résolue contre les formes idéologiques et sociales de la culture dominante, préparant les forces subjectives de la révolution dans le cours de batailles de classe ».
« Les années 1963 et
1967 furent cruciales pour la formation de la politique et de
l'orientation des Internationalistes. C'est durant cette période
que se forgea le caractère des
Internationalistes. »[6] Ce furent des années qui
signifièrent beaucoup pour le mouvement
marxiste-léniniste qui croissait en pleine rébellion
contre l'impérialisme et le révisionnisme moderne.
Hardial Bains a fait le bilan théorique de ce travail dans son
discours à la conférence que les Internationalistes ont
tenue à Londres en août 1967, discours qui fut plus tard
publié sous forme de brochure sous le titre Nécessité
de
changement.

La thèse maîtresse de Nécessité d'un changement appelle à la participation consciente de l'individu à l'acte de découvrir pour faire progresser le mouvement émancipateur du prolétariat. Cette thèse a guidé le mouvement qui a mené à la fondation des Internationalistes et du PCC(M-L) et tout le travail révolutionnaire des cinquante dernières années. Sous la direction de Hardial Bains depuis le début jusqu'à sa mort en août 1997, et sous la direction assurée et ferme du Comité central, un front prolétarien a émergé qui ouvre une voie vers l'avant.
Voici comment Hardial Bains a résumé la signification des Internationalistes et de la thèse de Nécessité de changement :
« [Le pamphlet des Internationalistes] ... présente l'analyse qui fait de la refonte idéologique la clé du développement ininterrompu et de la victoire de la révolution. Prenant pour point de départ la situation concrète contemporaine et les problèmes du mouvement ouvrier, les Internationalistes abordèrent les questions de l'organisation et du rôle de l'individu dans la transformation révolutionnaire dans le contexte du travail du collectif. Ils lancèrent une offensive résolue contre les formes idéologiques et sociales de la culture dominante, préparant les forces subjectives de la révolution dans le cours de batailles de classe révolutionnaires.
« La création d'une nouvelle classe, la classe ouvrière, a conduit à la création d'une nouvelle idéologie et d'une nouvelle forme sociale, une nouvelle cohérence propre à cette nouvelle classe. La nouvelle classe ascendante laisse sa marque dans la mesure où elle lutte pour ses intérêts et pour réaliser sa cohérence nouvelle. Le trait le plus caractéristique de la classe ouvrière, qui la distingue si radicalement des autres classes, est qu'elle ne peut s'émanciper sans du même coup émanciper l'humanité tout entière. La nouvelle cohérence à laquelle elle donne naissance doit donc refléter ce but : l'émancipation de l'humanité tout entière.
« Dans son déclin, la vieille classe, la classe capitaliste, introduit ses propres notions d'émancipation, sa propre corruption dans le mouvement ouvrier. Elle appelle les travailleurs à lutter pour « une plus grande part du gâteau », à réclamer une redistribution de la richesse sans remettre en cause la vieille société. Elle a créé une situation intenable où la classe ouvrière finance elle-même ses dirigeants qui luttent contre ses intérêts.
« En 1967, un vaste mouvement d'opposition surgit contre ces tendances bourgeoises qui s'étaient également retranchées dans le mouvement communiste, le menant au bord de la liquidation. Plusieurs tendances apparurent, allant du pur intellectualisme sur « la position juste » au simple alignement sur un centre quelconque — Moscou, Belgrade, Beijing, l'Europe et ainsi de suite.
« Les Internationalistes lièrent la lutte idéologique et la lutte contre la culture bourgeoise au travail concret pour bâtir une organisation et la renforcer. L'analyse Nécessité de changement se voulait une contribution à la création d'une conscience collective de cette approche. Elle offrit par sa grande portée une vision inspirant tous et chacun à mener le travail idéologique et à épouser les formes sociales correspondant aux tâches qu'ils devaient accomplir. Ce fut un appel de clairon pour les activistes, les communistes et ceux et celles qui voulaient devenir communistes, un appel à rompre avec la vieille conscience, l'anticonscience, les « préjugés particuliers de la société, transmis par les parents et les institutions sociales ». Cela se faisait en rapport avec l'appel à « chercher la vérité pour servir le peuple ». L'analyse Nécessité de changement présentait avec force une conception du monde qui prenait le matérialisme dialectique et historique de Marx comme guide à l'action et proposait une façon de s'attaquer aux problèmes de la lutte idéologique et des formes sociales. [...]
« L'analyse Nécessité de changement part de ce qui est donné. Elle analyse ce qui est donné pour le surmonter et établir ce qu'il renferme vraiment. Elle établit une méthode valable et propose une façon concrète d'aborder la réalité. Elle commence en s'attaquant à la question de l'histoire. Au chapitre L'histoire-en-tant-que-telle, elle fait découvrir le rôle profondément vivant de l'histoire, par opposition à ce qui ne fait qu'exister dans le présent. »[7]
Notre responsabilité sociale aujourd'hui, alors que nous célébrons le cinquantième anniversaire des Internationalistes, est de faire exactement ce que Hardial nous a enseigné toute sa vie durant : la compréhension requiert un acte de participation consciente de l'individu, l'acte de découvrir ; on part de ce qui est donné ; on analyse ce qui est donné pour le surmonter ; on établit ce que ces conditions renferment vraiment afin de participer consciemment à des actions avec analyse pour propulser l'histoire en avant.
La dialectique vit !
Saluons le 50e anniversaire de la fondation des
Internationalistes !
Marquons cette occasion en participant consciemment dans
des actions avec analyse qui propulsent l'histoire en avant !
Notes
1. Hardial Bains, Au coeur des années soixante
1960-1967
2. Ibid.
3. Ubyssey, mars 1963
4. Préface de l'auteur à l'édition de 1997 de Nécessité de changement !
5. Au coeur des années
soixante, 1960-1967
6. Ibid.
7. Nécessité de
changement !
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