Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 36 - 7 mars 2013

Défendons la dignité du travail

Les travailleurs des postes de Montréal
dénoncent des conditions de travail intenables


Défendons la dignité du travail
Les travailleurs des postes de Montréal dénoncent des conditions de travail intenables
US Steel doit combler le manque à gagner dans les régimes de retraite de Stelco - Section locale 1005, Syndicat des métallos

L'ordre du jour antisocial du gouvernement Harper
Les scientifiques refusent de se laisser réduire au silence

Pour l'affirmation des droits des Premières Nations
Comment DeBeers a contribué à la crise du logement à Attawapiskat - Philip Fernandez


Défendons la dignité du travail

Les travailleurs des postes de Montréal dénoncent
des conditions de travail intenables


La "Nuit blanche-Montréal en lumière" à Montréal le 2 mars 2013 pour dénoncer les conditions de travail aux postes.

Plus de 700 travailleurs et travailleuses des postes ont manifesté à Montréal dans la soirée du 2 mars à l'occasion de l'événement « Nuit blanche-Montréal en lumière » pour dénoncer les conditions de travail qui leur sont imposées par Postes Canada avec sa Poste moderne. Les postiers ont intitulé leur action « La grande noirceur de Postes Canada » pour faire contraste avec le titre de l'événement multimédia de Montréal. Les postiers se sont rassemblés près du site où l'événement avait lieu puis ont marché dans les rues du centre-ville et jusqu'à l'intérieur du périmètre de « Nuit blanche » où ils ont engagé la discussion avec les gens parmi la foule. Plusieurs personnes ont exprimé leur appui pour les travailleurs des postes et leur opposition à la détérioration du service postal.

La manifestation était le résultat d'une résolution adoptée le 30 janvier dernier par l'assemblée générale des membres de la section de Montréal du Syndicat des travailleurs et des travailleuses des postes (STTP). Le but de la résolution et de la manifestation était de faire connaître aux Montréalais les conditions intenables de travail qui règnent à Postes Canada et d'illustrer en particulier comment elles rendent impossible aux postiers d'avoir une vie familiale.

Alain Duguay, le président de la section locale, a souhaité la bienvenue à tous et présenté les orateurs qui étaient des travailleurs de divers départements à Postes Canada. Le thème commun de toutes les interventions était l'aggravation des conditions de travail à Postes Canada au point où la vie de famille, des horaires de travail stables, des heures de travail normales et des conditions de travail sécuritaires sont chose du passé.


Une jeune factrice a dénoncé les conditions imposées aux facteurs et factrices. Elle a dit que c'est maintenant chose courante que de passer de 10 à 12 heures par jour à livrer le courrier jusqu'à tard en soirée, quelque chose qui est entièrement non sécuritaire surtout avec le système de liasses multiples que les postiers doivent maintenant porter. Juste dans les derniers sept mois, a-t-elle dit, environ 50 % des travailleurs de son dépôt ont dû s'absenter pour cause de maladies ou de blessures. Elle a ajouté que la demande de Postes Canada que les travailleurs s'ajustent à la Poste moderne n'a aucun sens. Le problème, a-t-elle dit sous des applaudissements nourris, est que c'est la transformation postale qui n'est pas adaptée aux exigences de conditions de travail et de vie familiale dignes de ce nom. Elle a dit que les travailleurs des postes, comme les travailleurs des autres secteurs, font face aux attaques du gouvernement Harper contre leurs droits comme on l'a vu avec ses lois spéciales et son obsession de privatisation. Elle a conclu en disant que les travailleurs des postes doivent se tenir ensemble et affirmer leurs droits à des conditions de travail décentes.

Un camionneur de 28 ans de services a ensuite pris la parole. Il a dénoncé Postes Canada pour son manque total de respect envers les postiers, incluant des gens comme lui qui après 28 ans de service ont été déplacés du quart de travail de jour vers le quart de travail de nuit. Un autre travailleur, un camionneur occasionnel, a dit que Postes Canada lui accorde en moyenne ainsi qu'à d'autres camionneurs comme lui 2,6 heures de travail par jour et qu'une fois qu'il a payé son essence il ne lui reste même pas de quoi vivre. Une travailleuse des comptoirs de vente de détail a dit que Postes Canada est en train de fermer 30 comptoirs à l'échelle du Canada dont la moitié au Québec et 10 à Montréal. Elle a dit que ces fermetures sont une mesure de privatisation puisque Postes Canada ferme ses comptoirs et vend des franchises à de grandes pharmacies et à d'autres commerces privés. Le niveau de services dans les franchises, a-t-elle ajouté, est bien inférieur à ce qu'il est dans les comptoirs postaux. Denis Lemelin, le président national du STTP et Sylvain Lapointe le directeur national de la région du Montréal métropolitain ont ajouté leurs commentaires à ceux des postiers. Postes Canada, ont-il dit, doit cesser ses attaques contre les conditions de travail des postiers ou alors d'autres manifestations du genre suivront. Alexandre Boulerice, le député du NPD dans le comté de Rosemont-La Petite Patrie a aussi salué les manifestants et a promis tout l'appui possible du NPD pour aider les travailleurs des postes à obtenir justice.




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US Steel doit combler le manque à gagner
dans les régimes de retraite de Stelco

L'état des régimes de retraite de US Steel au Canada est alarmant. Ils sont grandement sous-financés. La loi ontarienne stipule que US Steel doit renflouer les régimes avant le 31 décembre 2015, mais le monopole étasunien de l'acier se cache derrière une interprétation tout à fait étroite et intéressée de l'entente spéciale sur les régimes de retraite qu'il avait négociée avec le ministre des Finances et le surintendant des pensions lorsqu'il a fait l'acquisition de Stelco en 2007. L'entente spéciale spécifiait les sommes devant être versées chaque année aux régimes de retraite pour combler le manque à gagner avant le 31 décembre 2015. Ces sommes ne sont plus versées en raison de pertes encourues à la bourse.

US Steel a pris contrôle de l'aciérie Stelco en 2007. Un aspect non négligeable de l'acquisition était que les directeurs du monopole étasunien avaient déclaré publiquement qu'ils reconnaissaient leur obligation morale et légale envers les quatre régimes de retraite à prestations déterminées. Aussi, le fait d'accepter les arrangements précédents du gouvernement ontarien pour combler le manque à gagner des régimes avant la fin de 2015 était la confirmation d'un engagement légal et moral additionnel de la part de US Steel. À l'origine, le calendrier de paiements annuels prévu dans l'entente conclue avec le gouvernement de l'Ontario avait été établi en 2006 et visait à renflouer les régimes avant le 31 décembre 2015. Il s'agissait en fait d'une concession de la part du gouvernement envers les propriétaires de Stelco à ce moment-là, puisque la loi en Ontario stipule que les régimes de retraite doivent être financés dans leur intégrité sur une période de cinq ans en cas de manque à gagner. Selon la loi ontarienne, en 2011 les régimes auraient dû n'avoir aucun manque à gagner et auraient dû être suffisants pour répondre aux régimes à prestations déterminées des retraités de Stelco, actuels et à venir, ce qui n'est pas du tout le cas. Le taux actuel des versements permet de prévoir un manque à gagner de 800 millions $ pour le régime de retraite de Hamilton Works à lui seul en date du 31 décembre 2015. US Steel doit augmenter ses versements selon le calendrier s'il veut respecter les objectifs visés par l'entente conclue.

Information Update a discuté de ce problème avec le président de la section locale 1005 du Syndicat des Métallos, Rolf Gerstenberger.

« La responsabilité sociale vis-à-vis les régimes de retraite de Stelco ne disparaît pas tout juste parce que les directeurs de US Steel ont décidé de détruire la production de l'acier aux usines de Stelco à Hamilton et Lac Érié, dit Rolf. Au contraire, la destruction de la production canadienne de l'acier pour favoriser la production dans les usines aux États-Unis, sans parler de la détérioration financière des régimes de retraite, apporte encore plus d'eau au moulin du gouvernement ontarien pour faire valoir que la compagnie étasunienne doit modifier le calendrier de versements afin que les quatre régimes de retraite soient pleinement financés avant le 31 décembre 2015. »

Les travailleurs de l'acier sont très inquiets parce que tout semble indiquer que les directeurs de US Steel ont l'intention de trahir leur responsabilité sociale envers les régimes de retraite de Stelco. Un scénario possible serait qu'ils recourent à la protection de la faillite selon la loi fédérale discréditée sur les arrangements avec les créanciers de compagnies (LACC), touchant soit uniquement Hamilton Works, soit toutes les opérations de US Steel au Canada. Les métallos actifs et à la retraite de Hamilton en ont discuté à leur assemblée hebdomadaire. Le récent jugement de la Cour suprême sur la faillite d'Indalex en 2009 qui dit que la LACC a préséance sur la loi de l'Ontario, faisant des régimes de retraite des créanciers non garantis, a de quoi les inquiéter davantage. Ils ont mis en garde US Steel qu'il ferait mieux de ne pas croire que ce jugement lui donne carte blanche pour continuer de détruire la production de l'acier au Canada en se libérant de ses obligations morales et légales envers les pensions. Ou serait-ce que l'entente secrète conclue entre le gouvernement fédéral et US Steel permet à la compagnie de s'en sauver avec ces agissements illégaux et immoraux ?

Rolf a expliqué que nous avons vu « que les monopoles mondiaux ne se sentent liés par aucune obligation, qu'elle soit légale ou morale, envers les travailleurs et l'économie canadienne. Les directeurs de US Steel ont trahi en toute arrogance leurs obligations contractuelles telles que stipulées par la Loi sur Investissement Canada. Les gouvernements instituent le droit de monopole en permettant de façon routinière à de grandes compagnies comme US Steel de transgresser la loi impunément ou en adoptant de nouvelles lois pour répondre à leurs objectifs étroits. Pensons entre autres aux lois de retour au travail du gouvernement Harper et les deux projets de loi omnibus qui font fi des lois environnementales et des droits des Premières Nations. Les travailleurs en ont assez de cette destruction nationale ! Que US Steel réfute s'il le peut l'accusation qu'il a l'intention d'abandonner ses responsabilités envers les quatre régimes de retraite de Stelco. Qu'il nous prouve le contraire en faisant les versements nécessaires pour combler le manque à gagner d'ici le 31 décembre 2015, sur la base des analyses et des hypothèses actuarielles les plus récentes, et il doit les financer de façon intégrale sur une base annuelle. Il pourrait le faire d'un seul coup ou au moyen d'un calendrier de paiements modifié lui permettant d'atteindre la cible avant la fin de 2015. »

« Nous tenons le gouvernement ontarien entièrement responsable de cet état de fait », dit Rolf.

« Le gouvernement de l'Ontario a conclu cette entente spéciale d'abord avec Stelco et ensuite avec US Steel. Ce gouvernement se lèvera-t-il devant tout l'Ontario pour déclarer que cette entente est exemptée de la loi qui exige le financement intégral des régimes de retraite et qu'il a accordé d'abord à Stelco et ensuite à US Steel un délai de dix ans plutôt que cinq comme le stipule la loi ? Les métallos de Hamilton ne resteront pas les bras croisés s'il osait le faire. US Steel doit combler le manque à gagner dans les caisses de retraite et le gouvernement de l'Ontario doit veiller à ce qu'il le fasse. Voilà tout ce que nous avons à dire sur cette question. Ces régimes nous appartiennent de droit. Nous en avons assez d'entendre la compagnie, les médias et le gouvernement dire que nous n'avons pas droit à ces régimes mais que les détenteurs du capital, eux, ont droit à leurs primes et à leurs coups d'argent. À l'achat de Stelco par US Steel, le gouvernement a permis à celui-ci de donner 1,2 milliards $ à une bande de bandits. Tout cela en dépit d'ententes selon lesquelles lorsque Stelco a eu recours à la LACC, aucune ristourne ne devait être versée et aucun coup d'argent ne pouvait être exigé avant d'avoir comblé le manque à gagner des régimes de retraite. Ce n'est pas un problème d'argent, c'est un problème de qui contrôle le processus de prise de décisions. »

La section locale 1005 ne demande pas un traitement de faveur dans cette affaire, a expliqué Rolf. Elle demande seulement que US Steel assume ses responsabilités en vertu de la loi ontarienne, laquelle exige le financement intégral des quatre régimes de retraite avant le 31 décembre 2015. Rien de plus, rien de moins. »

(Information Update numéro 7, le 4 mars 2013)

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L'ordre du jour antisocial du gouvernement Harper

Les scientifiques refusent de
se laisser réduire au silence

Le gouvernement Harper cherche à réduire les scientifiques et les chercheurs au silence en les empêchant de s'adresser aux médias « en particulier lorsque la recherche et le point de vue des scientifiques va à l'encontre des politiques gouvernementales actuelles en matière de protection de l'environnement, de développement des sables bitumineux et de changements climatiques. » C'est ce que nous pouvons lire dans une lettre qu'ont fait parvenir à la Commissaire à l'information du Canada le Centre du droit environnemental de l'université de Victoria et Democracy Watch.

Le 20 février, ces organisations ont fait parvenir une lettre conjointe à la Commissaire à l'information Suzanne Legault lui demandant de faire enquête en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, section 30(1)(f), sur « les efforts systématiques faits par le gouvernement du Canada pour entraver le droit des médias — et par le fait même le droit du public canadien — d'avoir accès aux scientifiques gouvernementaux en temps opportun ». Les auteurs ont joint à la lettre un rapport de 128 pages, « Le musèlement des fonctionnaires : une menace à la démocratie », lequel soutient, avec preuves à l'appui fondées sur l'expérience des scientifiques et des enquêteurs oeuvrant au sein de divers ministères gouvernementaux, l'existence d'une campagne systématique menée par le gouvernement Harper visant à censurer de l'information qui serait importante et utile aux Canadiens. Dans la préparation de leur rapport, les deux organisations se sont basées sur des requêtes d'accès à l'information, des preuves recueillies auprès de fonctionnaires, anciens et actuels, ainsi que sur des communications faites auprès d'organisations à but non lucratif.

La lettre met en lumière que le fait de priver les gens d'information scientifique en empêchant les scientifiques et d'autres personnes d'exprimer leurs opinions lors d'entrevues, d'articles ou d'autres formes d'expression est en violation du droit du public d'obtenir une information factuelle et scientifique en temps opportun et marginalise les Canadiens, les empêchant de participer pleinement aux débats et aux discussions sur les sujets qui les touchent. Les deux organisations exigent de la commissaire qu'elle expose l'abus de pouvoir du gouvernement Harper dans ce dossier ainsi que ses efforts consistant à refuser de divulguer de l'information scientifique financée par le trésor public et à constamment enfreindre la section 2 de la Loi sur l'accès à l'information qui dit clairement que l'objectif de la loi est d'assurer le droit d'accès du public à l'information gouvernementale et que ce droit ne peut être refusé que dans des circonstances « limitées et spécifiques ».

Les auteurs de la lettre citent aussi le jugement de la Cour suprême, R. v. National Post 2010 SCC 16, dans lequel la Cour suprême avait noté : « Comment le parlement et le public peuvent-ils exiger que le gouvernement rende des comptes sans avoir en mains l'information nécessaire pour savoir ce qui se passe ? Ils ne peuvent non plus participer au processus de prises de décisions et contribuer leurs talents à la formation de politiques et de lois si ce processus demeure caché. »

On lit dans les premières pages de « Le musèlement des fonctionnaires : une menace pour la démocratie », que dès son accession au pouvoir en 2006, le gouvernement Harper a mis en place « une nouvelle politique de communications » dont l'objectif est de « faire en sorte que les communications dans l'ensemble du gouvernement du Canada sont bien coordonnées, bien gérées et sensibles aux divers besoins du public en information ». De façon pratique, cela veut dire que le gouvernement Harper exige dorénavant que « les besoins du public en information » soient d'abord passés au peigne fin et approuvés, c'est-à-dire, censurés, par le « département des relations publiques » de diverses institutions gouvernementales. Le rapport dissèque l'expérience vécue de ce « musèlement » au sein d'Environnement Canada, le ministère des Pêches et des Océans, de Ressources naturelles Canada, du Conseil national de recherche et d'autres institutions.

Une étude menée en 2011 par les scientifiques Erin Kelly et David Schindler de l'université de l'Alberta et commandée par Environnement Canada, est arrivée à la conclusion que « contrairement aux affirmations de l'industrie et du gouvernement exprimées dans la presse populaire, l'industrie des sables bitumineux accroît de façon importante les déversements de polluants toxiques dans la rivière Athabasca ainsi que dans l'air et dans l'eau. » Les conclusions de l'étude devaient faire le sujet d'une présentation par Environnement Canada lors d'une conférence à Boston tenue un peu plus tard. Avant la tenue de la conférence, le directeur des communications d'Environnement Canada a fait parvenir aux scientifiques un « outil de travail » de questions et de réponses proposant vingt questions auxquelles on « pouvait s'attendre » et des réponses toutes faites pour chacune de ces questions à l'étude. S'ils étaient talonnés par les journalistes, les scientifiques devaient fournir la réponse suivante : « Désolé, je suis un scientifique et je ne suis pas en mesure de répondre à cette question. Il me fera plaisir de vous proposer un porte-parole qui saura vous répondre. » Dans « Le musèlement des fonctionnaires : une menace à la démocratie », David Schindler critique le gouvernement qui humilie les scientifiques en les empêchant de présenter de l'information sur la base de leurs propres recherches.

Dans un autre cas, une scientifique du ministère des Pêches et des Océans, Kristi Miller, a publié un rapport intitulé : « La souffrance des saumons » où elle examine le déclin vertigineux des populations de saumon rouge dans la rivière Fraser et en particulier le rôle joué par les piscicultures commerciales dans ce déclin. L'article a été publié dans les pages de la revue scientifique Nature où la communauté internationale s'est penchée sur la question. Cependant, on a empêché Mme Miller de s'adresser aux médias pendant des mois. Le Bureau du conseil privé, qui travaille de près avec le bureau du premier ministre, a empêché les scientifiques de parler aux médias sous prétexte que le gouvernement Harper menait sa propre enquête sur le déclin des populations de saumon de la rivière Fraser — la commission Cohen — et que celle-ci n'était pas terminée. À ce moment-là, le musèlement de Kristi Miller par le gouvernement Harper avait été sévèrement critiqué. Dans un communiqué de l'Institut professionnel de la fonction publique du Canada émis en 2011, celui-ci avait dit, entre autres :

« Nier aux médias l'accès à cette information sous prétexte de la commission Cohen n'est qu'un faible prétexte », et plus loin : « Depuis un an les médias rapportent que les ministères fédéraux clé en termes de recherche scientifique et les agences telles Ressources naturelles Canada et Environnement Canada ont mis en oeuvre de nouvelles politiques de communication qui ont donné lieu à une incapacité de transmettre de l'information indépendante fiable en temps opportun. »

En août 2011, des mois après la publication de son étude, Kristi Miller a pu finalement intervenir en tant que déléguée au sein de la commission Cohen. Elle a souligné que la chose opportune et responsable aurait été de donner l'information liée à son étude aux médias et qu'elle trouvait frustrant « la direction que certaines nouvelles dans les médias avaient empruntée » — se référant à la manipulation de sa recherche par le personnel gouvernemental de relation avec les médias. Fait important à noter, tout au cours de son témoignage, des gardiens de sécurité ont empêché les médias de lui parler.

Ces exemples et beaucoup d'autres illustrés dans le rapport sont la preuve irréfutable du programme du gouvernement Harper visant à restructurer de façon systématique le Canada au service des élites dominantes. Ce gouvernement répand la désinformation dans le but de dépolitiser le peuple et de politiser les intérêts privés.

Les auteurs de « Le musèlement des fonctionnaires : une menace à la démocratie » en appellent à la Commissionnaire à l'information d'entreprendre l'enquête qu'elle est légalement mandatée de faire et disent que si elle détermine que les allégations contenues dans le rapport sont valides, elle devra « statuer de façon non équivoque à l'effet que ces politiques et actions sont en violation » de la Loi sur l'accès à l'information, et devra tenir le gouvernement Harper responsable.

(Le musèlement des fonctionnaires : une menace à la démocratie, Démocratie Canada)

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Pour l'affirmation des droits des Premières Nations

Comment DeBeers a contribué à la crise
du logement à Attawapiskat


"Honte. Conditions de vie du tiers-monde
dans les réserves canadiennes"

Selon un rapport du Réseau de télévision des peuples autochtones (APTN), DeBeers Canada Inc. aurait versé, le 5 mars 2005, des eaux d'égout brutes de son chantier de construction dans le système de pompage d'eaux d'égout de la Première Nation d'Attawapiskat, une communauté crie de 2 000 personnes de la Baie James. Selon APTN, les eaux d'égout brutes de DeBeers seraient responsables de la défaillance de la station de relèvement d'Attawapiskat et d'une accumulation d'eaux usées et de l'inondation de plusieurs maisons qui s'en est suivie. (La station de relèvement dans un système de pompage d'eaux d'égout sert à élever les eaux vers les collecteurs lorsqu'elles ne peuvent pas s'y rendre par gravité.) Cette situation a intensifié la crise du logement et de la santé dans la communauté, crise qui persiste jusqu'à ce jour. Plusieurs personnes ont dû abandonner leur maison et vivre dans des logements improvisés tels que des tentes non équipées pour l'hiver et des cabanes recouvertes de papier goudronné sans installations sanitaires ni eau potable. DeBeers a refusé de se reconnaître quelque responsabilité que ce soit pour cette situation et n'est pas intervenue pour rectifier la situation. Le gouvernement Harper n'est pas intervenu lui non plus pour aider la communauté.

Les auteurs de deux rapports rédigés par deux compagnies d'ingénieurs-conseils ayant enquêté sur ce qui s'était passé ont conclu que les eaux d'égout brutes versées par DeBeers avaient vraisemblablement joué un rôle dans le refoulement des eaux usées et dans l'inondation des maisons. Une de ces entreprises, Services techniques des Premières Nations de l'Ontario, a indiqué que la station de relèvement éprouvait déjà des problèmes et que les eaux d'égout brutes avaient vraisemblablement mené à sa défaillance. Un deuxième rapport des Services d'ingénieurs-conseils des Premières Nations indiquait que bien que le gouvernement Harper avait été informé de la situation, il n'a rien fait pour atténuer la crise.

En 2009, il y a eu un autre refoulement des eaux usées nécessitant l'évacuation de plus de 100 personnes de la communauté. Une fois de plus, le ministère des Affaires autochtones et Développement du Nord Canada a refusé d'assumer ses responsabilités et de venir en aide à la communauté en temps de crise. L'évacuation a dû être organisée et financée par le Conseil de bande. Comme on sait, vers la fin de 2011, la chef Theresa Spence et le Conseil de bande ont déclaré un état d'urgence à Attawapiskat et ont exigé l'intervention du gouvernement Harper, un geste qui s'est gagné l'appui de l'ensemble du peuple canadien. Face à cette juste demande, le gouvernement Harper avait choisi de criminaliser la chef et sa communauté et de les accuser d'être elles-mêmes responsables de la crise du logement !

Alors que les enquêtes tiennent DeBeers responsables d'avoir déclenché la crise du logement qui se poursuit aujourd'hui, la compagnie se prétend la victime de la population d'Attawapiskat. Lors d'un barrage routier du chemin d'hiver qui permet le cheminement d'approvisionnements vers la mine Victor de DeBeers, l'État canadien dans son ensemble a pris la part de DeBeers, y compris le juge Robert Riopelle. À l'audience du 20 février à Timmins au sujet d'une demande d'injonction par DeBeers contre les manifestants, le juge Riopelle a qualifié ceux-ci d' « extorqueurs ». C'est le monde à l'envers. Des membres de la communauté d'Attawapiskat bloquent cette route depuis plus de cinq ans pour contester le fait que des diamants sont extorqués de leurs terres pendant qu'eux vivent dans une pauvreté extrême. Ils demandent que l'entente frauduleuse d'avantages garantis qui avait été imposée aux membres de la communauté et adoptée par moins de 30 % des membres en 2005 soit révisée et que de nouvelles conditions soient établies pour que la Première Nation d'Attawapiskat puisse bénéficier d'une compensation plus avantageuse et d'une plus grande réclamation à la richesse pillée sur leur territoire.

En ce moment, DeBeers déclare soutirer de la mine près de 500 millions $ en revenus par an et, selon Mining Watch Canada, ne verse aucune redevance au gouvernement ontarien et ne paie aucun impôt sur les bénéfices. La compagnie verse à la Première Nation d'Attawapiskat 2 millions $ par année. Cela montre bien le niveau d'exploitation qui sévit dans cette région.

L'expérience d'Attawapiskat face à DeBeers est conforme au sombre passé de ce monopole minier international, l'oeuvre de Cecil Rhodes, l'impérialiste britannique mégalomane par excellence qui a créé un pays, la Rhodésie, sur la base de la suppression par la force militaire et la tuerie à grande échelle des peuples autochtones de l'Afrique du Sud. Depuis sa fondation en 1888, la compagnie minière de DeBeers a perpétré de multiples crimes contre l'humanité qui sont bien répertoriés. DeBeers a été un pilier et un grand défenseur du système d'apartheid en Afrique du Sud pendant plus de cent ans, un système qui a exploité les travailleurs noirs des mines comme esclaves privés de tout droit. La compagnie a travaillé main dans la main avec le gouvernement du Botswana pour chasser les Bochimans Gana et Gwi de la réserve de chasse du Kalahari central pour qu'elle puisse avoir accès aux mines de diamant de la région. Elle a aussi combattu le Syndicat des travailleurs miniers de Namibie pendant des années pour empêcher la syndicalisation des mineurs de ce pays et pour contrer leur lutte pour des salaires et des conditions de travail décents. Ces travailleurs constituaient une main-d'oeuvre asservie et pouvaient se retrouver en prison s'ils résiliaient leur contrat. On pourrait citer beaucoup d'autres exemples.

La communauté d'Attawapiskat se bat contre un monopole minier international notoire qui a les mains couvertes de sang. Il est inacceptable que l'État canadien travaille en collaboration avec DeBeers pour criminaliser les représentants et la communauté d'Attawapiskat plutôt que d'assumer sa responsabilité envers elle comme le stipulent la constitution et le Traité 9 conclu avec la Couronne. La communauté crie d'Attawapiskat a toutes les raisons d'affirmer ses droits contre son exploitation par DeBeers. Elle est en droit de demander que DeBeers négocie une entente d'avantages garantis plus juste avec la communauté et que celle-ci ne soit pas traitée comme si elle n'avait aucun droit. La classe ouvrière et le peuple de tout le pays doivent mettre fin à la campagne d'abus et de désinformation à laquelle se prêtent DeBeers et l'État canadien contre la communauté d'Attawapiskat dans le but de la criminaliser et de fomenter une hystérie raciste contre elle.

(Sources : APTN, www.miningcanada.ca, www.timminspress.com)

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