Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 31 - 27 février 2013

Justice pour les chômeurs!

Des milliers de travailleurs disent NON! aux changements antisociaux à l'assurance-emploi


Montréal le 23 février 2013

Justice pour les chômeurs!
Des milliers de travailleurs disent NON! aux changements antisociaux à l'assurance-emploi
Ce que les travailleurs avaient à dire
Chute du nombre de prestataires de l'assurance-emploi
L'Alliance de la fonction publique du Canada demande au gouvernement de suspendre les visites aux domiciles des prestataires de l'AE


Justice pour les chômeurs!

Des milliers de travailleurs disent NON! aux changements antisociaux à l'assurance-emploi


Ottawa

Le 23 février, près de 20 000 personnes ont pris part à des manifestations à travers le Québec pour exiger le retrait immédiat des changements antisociaux effectués par le gouvernement Harper au programme de l'assurance-emploi. D'autres actions avaient également lieu à Ottawa, au Nouveau-Brunswick et devant le bureau de comté de Diane Finley, la ministre des ressources antihumaines du gouvernement Harper, à Simcoe, en Ontario. C'est la FTQ-Construction qui a organisé la manifestation d'Ottawa et les neuf manifestations au Québec : Montréal, Sherbrooke, Saguenay, Rouyn-Noranda, Rimouski, Sept-Îles, Baie-Comeau, Trois-Rivières et Québec. Au Nouveau-Brunswick, plus de 2000 personnes ont manifesté à Tracadie-Sheila, une petite ville de moins de 5000 habitants sur la péninsule acadienne. Les gens de Tracadie-Sheila ont manifesté à plusieurs reprises ces derniers mois contre les nouveaux règlements à l'assurance-emploi. À Simcoe, en Ontario, les travailleurs de la section locale 1005 du Syndicat des Métallos ont été rejoints devant le bureau de comté de la ministre Finley par des travailleurs de Lake Érié de la section 8782 des Métallos, des membres de la section 16506 des Métallos, du Syndicat des travailleurs unis de l'alimentation et du commerce et des résidents de l'endroit.

La majorité des participants aux manifestations au Québec et à Ottawa étaient des travailleurs de la construction membres de la FTQ-Construction et du Conseil provincial des métiers de la construction (International), dont beaucoup de jeunes. À Montréal, un contingent du Syndicat québécois de la construction était aussi de la partie. Des travailleurs de nombreux autres secteurs ont aussi pris part aux actions : des travailleurs forestiers (en grand nombre à Saguenay), miniers et métallurgiques (surtout à Sept-Îles et Baie-Comeau), de l'automobile, de l'alimentation et du commerce de détail, des techniciens de l'image et du son, des brigadiers scolaires et plusieurs autres travailleurs directement affectés par ces changements. Se sont joints à eux des organisations de défense des chômeurs. Des députés de l'Assemblée nationale du Québec et des députés fédéraux du NPD et du Bloc québécois ont aussi participé aux actions. Des contingents du Parti marxiste-léniniste ont participé à plusieurs des actions au Québec ainsi qu'à celle d'Ottawa.

Le thème de la journée était : « Non ! Harper ! Bloquons sa réforme ! » Partout, les manifestants disaient qu'ils ne vont pas lâcher, que ce n'est qu'un début, que d'autres manifestations vont se tenir et que le gouvernement Harper n'a pas le choix, il doit retirer ces changements immédiatement.

À Montréal, le directeur général de la FTQ-Construction Yves Ouellet s'est adressé aux manifestants : « Je peux vous dire que de Tracadie-Sheila jusqu'à Ottawa ça marche ce matin. On est ici pour passer un message clair, qu'on dit NON ! à une loi qui est dangereuse pour les travailleurs. On ne laissera pas un gouvernement passer une loi aussi insidieuse qui change des centaines de règlements pour essayer de nous faire croire ensuite que c'est pour nous aider, que ça ne va pas toucher au revenu familial des Québécois et des Canadiens. Quand les gens descendent dans la rue c'est parce qu'ils ont compris que c'est pour nous nuire. »

Ces commentaires exprimaient bien la colère des travailleurs face à ces changements régressifs qui vont détruire encore plus l'économie, non seulement dans les régions où le travail saisonnier est à peu près la seule activité économique, mais également dans les grands centres industriels. Plusieurs travailleurs de la construction ont dit au Marxiste-Léniniste qu'eux aussi sont des travailleurs précaires, toujours entre deux emplois, et que le gouvernement devrait les soutenir au lieu de les attaquer et de les pénaliser pour leur situation.

Les remarques de Gérard Cyr, le président du Conseil provincial, ont aussi été appréciées.

« On sait que les travailleurs de la construction sont fiers de travailler dans la construction, mais qu'il y a des périodes difficiles dans le secteur où les travailleurs ne peuvent pas travailler. Ils ne peuvent pas travailler à l'année, on travaille par périodes puis on a besoin de l'assurance-emploi (AE). Au lieu de piger au-dessus de 50 milliards $ dans la caisse de l'AE on devrait la redonner aux travailleurs qui ont payé leurs cotisations lorsqu'ils ont travaillé. C'est important que partout, dans toutes les régions, tous se mettent ensemble pour essayer d'amener ces gens avec nous autres, même ceux qui pensent avoir un emploi garanti à l'année parce que ce n'est pas vrai, ça n'existe plus. On l'a vu avec toutes les fermetures d'entreprises qu'il y a eu ces dernières années. »

À Tracadie-Sheila, il y a très peu d'activités économiques à part les pêcheries et l'aquaculture. Les pancartes portées par les manifestants exprimaient leur refus d'être forcés à l'exil de même que leur détermination à montrer la porte à Harper.

L'appel à défaire Harper était entendu partout. Les manifestants étaient très en colère contre les visites que le gouvernement fait faire par le personnel de Service Canada aux domiciles des prestataires de l'assurance-emploi pour les espionner et les harceler. Ils ont rejeté la justification donnée par Stephen Harper au parlement, à savoir que ces visites sont nécessaires pour réduire la fraude. Le gouvernement Harper a imposé au personnel de l'AE des quotas de coupures de prestations. Plusieurs manifestants ont dit au Marxiste-Léniniste que ce sont les conservateurs et les libéraux avant eux qui ont commis de la fraude en volant 57 milliards $ dans la caisse de l'assurance-emploi pour l'affecter au service de la dette.

Le numéro de Janvier-Février de Forum ouvrier, le supplément du quotidien Le Marxiste-Léniniste, qui fait une place d'honneur à la lutte militante des travailleurs contre les changements à l'assurance-emploi, a été distribué largement. Dès que les travailleurs lisaient sur la page couverture les titres qui affirment la dignité du travail et apprécient l'importance de cette lutte, ils s'empressaient de prendre le journal en disant : « Oui c'est vrai, c'est pour cela qu'on se bat ! »

Les discussions à la fin des manifestations portaient sur l'importance d'organiser d'autres actions, d'y amener encore plus de monde et des travailleurs d'un plus grand nombre de secteurs parce que ces changements sont une grande attaque contre l'économie et contre les conditions de vie et de travail de tous. Le gouvernement Harper est en guerre contre les travailleurs, ont dit les manifestants au Marxiste-Léniniste, et il faut que ce soient les travailleurs qui aient le dessus dans cette bataille.

L'édition de janvier-février 2013
du Forum ouvrier met en vedette
l’opposition aux changements
à l'assurance-emploi ainsi que la lutte de travailleurs de divers secteurs contre le droit de monopole, la lutte à la défense des pensions et avantages sociaux, l'effort à travers le Canada pour tenir les gouvernements redevables et la lutte des Premières Nations pour leurs droits. Il a été largement distribué durant la Journée d'action du 23 février.

 
Cliquez sur la couverture ci-contre pour voir la table des matières et pour savoir comment vous abonner.

Baie-Comeau


Rimouski


Saguenay



Québec






Trois-Rivières




Sherbrooke





Montréal







Rouyn-Noranda


Tracadie-Sheila


Ottawa











Simcoe


(Photos: TML, FTQ-Construction, CUPE-Quebec, FIPOE, Local 1005 USW, Non à la réforme de l’assurance-emploi, D. Canuel, A. Masc)

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Ce que les travailleurs avaient à dire

Voici certains des commentaires que les manifestants de Montréal ont faits au LML.

Travailleurs de la construction

J'ai 50 ans et c'est la première fois de ma vie que je participe à une manifestation. Je n'arrive pas à comprendre comment ce gouvernement-là peut dire que nous ne voulons pas travailler, que nous voulons juste être en chômage et sur l'assurance-emploi. Le travail c'est notre vie. C'est juste cela qu'on connaît. On travaille pour que les gens aient une vie décente, pour que nos communautés s'épanouissent. Le travail, c'est cela qu'on laisse aux générations futures, c'est cela que je laisse à mes enfants pour qu'eux aussi aient une vie devant eux. J'aime travailler dans la construction, mais il y a de nombreuses périodes où du travail, il n'y en a pas. Le gouvernement devrait nous soutenir au lieu de nous attaquer et de nous pénaliser pour cela. Je vais continuer à venir aux manifestations tant que le gouvernement Harper n'aura pas retiré ces règlements.

***

À mon avis ces changements sont illogiques et irrationnels. Travailler dans la construction, cela requiert de la formation. Les métiers ont tous leur spécialité. Tu ne t'en vas pas sur un chantier de construction et tu commences juste à travailler comme ça. Ces changements vont perturber les secteurs, les travailleurs vont partir. Est-ce que le gouvernement pense que c'est si facile de remplacer les travailleurs, que ce n'est pas important de les former pour qu'ils travaillent de façon sécuritaire et construisent des immeubles qui sont sécuritaires eux aussi.

***

Nous sommes ici aujourd'hui pour les jeunes. Les médias essaient de nous faire mal paraître. Ils disent que nous sommes violents, que nous faisons de l'intimidation. Ce n'est pas ça qui se passe sur les chantiers. La violence sur les chantiers, on la voit dans les blessures et les décès. Nous avons le plus haut nombre de décès de tous les secteurs de l'économie du Québec. Qui en parle ? Quand on soulève ces questions, quand on proteste, on se fait dire qu'on fait de l'intimidation. La journée d'aujourd'hui me rend fier. Ils essaient de nous isoler, mais aujourd'hui les gens peuvent voir qui nous sommes vraiment, les travailleurs de la construction. Nous sommes des travailleurs comme eux, nous voulons les mêmes choses.

Un organisateur de la FTQ

Dans le passé, l'existence de l'assurance-emploi représentait une admission par les gouvernements que le système capitaliste n'est pas capable de donner du travail à tout le monde, que le sous-emploi est un problème du système. Aujourd'hui, on nous dit que le problème c'est le travailleur. On n'est pas assez formé, on n'a pas la bonne attitude. Avec ces changements, ce sont les travailleurs qui sont blâmés. On va continuer à se battre et à organiser des actions.

Un travailleur de restaurant

Je viens de la Gaspésie. Je travaille ici à faire des livraisons pour un restaurant. Ce n'est pas ce que je voulais, venir travailler à Montréal. Je voulais travailler en Gaspésie, mais j'ai dû venir ici pour me trouver un emploi. Il y a tant de gens comme moi en Gaspésie qui ont dû faire la même chose. C'est notre deuxième déportation. J'ai aimé cela quand tu as dit qu'on doit bâtir une économie qui nous permet de rester et de se faire une vie dans nos régions.

Un travailleur de l'automobile

Ces changements à l'assurance-emploi vont abaisser les conditions de travail de tous les travailleurs. Les employeurs maintenant vont nous dire que si nous ne sommes pas d'accord avec les concessions qu'ils nous demandent, ils vont nous mettre à pied. Mais se faire mettre à pied et se mettre sur l'assurance-emploi avec tous ces changements, qui va vouloir faire cela ? La pression sur nous va être de rester là et de vivre avec des conditions plus basses — moins d'argent, moins d'avantages sociaux. C'est cela qui va arriver.

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Chute du nombre de prestataires
de l'assurance-emploi


Le sondage le plus récent de Statistiques Canada sur le nombre de travailleurs qui touchent des prestations d'assurance-emploi (AE) date de décembre 2012. En décembre, à travers le Canada, le nombre de prestataires réguliers de l'AE a chuté pour la troisième fois en quatre mois, une chute de 8300 prestataires ou de 1,6 % du nombre total, ce qui a porté le nombre de prestataires à 517 000. Selon Statistiques canada, le nombre total de chômeurs au Canada en janvier 2013, soit un mois après le sondage, était de 1 322 800. Cela signifie qu'environ 39 % des chômeurs touchent des prestations d'assurance-emploi.

En décembre 2012, toutes les provinces ont connu une baisse du nombre de prestataires et les baisses les plus fortes ont été à l'Île-du-Prince-Édouard, à Terre-Neuve-et-Labrador et au Manitoba.

L'île-du-Prince-Édouard arrive en tête de la baisse du nombre de prestataires avec une baisse de 4,6 % (portant le nombre des prestataires à 7800 personnes) en décembre. À Terre-Neuve-et-Labrador, le nombre des prestataires a baissé de 4,1 %, portant le nombre des prestataires à 32 400, en baisse continue depuis l'automne 2011, selon Statistiques Canada. Au Manitoba, la baisse est de 3,3 %.

En dépit du fait que le nombre des prestataires a baissé dans tout le Canada en décembre 2012, le nombre de demandes de prestations, initiales ou de renouvellement était environ le même que le mois précédent. Cela indique qu'un grand nombre de demandes sont rejetées. En fait, le nombre des demandes de prestations a même augmenté en Nouvelle-Écosse, à Terre-Neuve-et-Labrador de même qu'en Ontario.

Les nouveaux règlements à l'assurance-emploi viennent maintenant aggraver cette situation. Le gouvernement Harper dit ouvertement qu'il s'attend à ce que 8000 chômeurs supplémentaires se voient couper leurs prestations dès les premiers mois de la mise en oeuvre de la réforme.

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L'Alliance de la fonction publique du Canada demande au gouvernement de suspendre les visites aux domiciles des prestataires de l'AE

Dans son communiqué du 22 février, l'Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) demande au gouvernement Harper de suspendre les visites qui sont faites aux domiciles des prestataires de l'assurance-emploi par la « Direction des services d'intégrité » et l'exhorte « à annuler les changements néfastes qu'il a apportés au programme d'AE ».

Les changements drastiques effectués à la loi font du tort aux prestataires, engendrent beaucoup d'angoisse et compromettent la sécurité des gens qui travaillent pour le programme d'AE, lit-on dans le communiqué.

« Le gouvernement doit tenir compte du vaste mouvement d'opposition aux changements législatifs et revenir sur sa position », a déclaré Robyn Benson, présidente de l'AFPC.

Benson ajoute que beaucoup de membres de l'AFPC sont des travailleurs saisonniers qui souffrent des changements aux règles de l'AE. Par ailleurs, ajoute le communiqué, l'AFPC représente les fonctionnaires de la Direction des services d'intégrité qui effectuent les visites à domicile.

« Notre priorité est la santé et la sécurité de nos membres, qui veulent faire leur travail, mais qui vivent un stress énorme en raison de la fragilité de la situation », a-t-elle ajouté.

(AFPC ; Photo : A. Theriault Roussel)

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