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Numéro 19 - 8
février 2013
La fraude des recours de faillite
Un jugement de la Cour suprême
coupe de moitié
les prestations déterminées des retraités d'Indalex

La
fraude des recours de faillite
• Un jugement de la Cour suprême coupe de
moitié les prestations déterminées des
retraités d'Indalex - K. C. Adams
Opposition aux
changements antisociaux à l'assurance-emploi
• D'autres actions au Québec et au
Nouveau-Brunswick
Nouvelles mesures sur
l'immigration aux États-Unis
• Des pouvoirs policiers illimités
- Voice of Revolution
• Faits saillants des propositions
d'immigration d'Obama et des sénateurs
La fraude des recours de faillite
Un jugement de la Cour suprême coupe de
moitié
les prestations déterminées des retraités d'Indalex
- K. C. Adams -
C'est d'une seule voix que la classe ouvrière
canadienne dénonce le jugement de la Cour suprême
sanctionnant le vol légal des régimes de retraite des
travailleurs d'Indalex. Le jugement du 1er février
démontre une fois de plus que la Loi sur les arrangements
avec les créanciers des
compagnies (LACC) est une façon de frauder les
travailleurs au service du droit de monopole. L'opposition
ouvrière est déterminée à organiser
et mobiliser la classe ouvrière pour arrêter ces faillites
frauduleuses sous couvert légal.
En 2009, la compagnie d'aluminium Indalex Ltd.
possédait quatre usines au Canada et six aux États-Unis
où 1 400 travailleurs à salaire horaire
et employés salariés, au moyen de machines et de
techniques les plus modernes, fabriquaient des produits extrudés
en alliages tendres de la plus haute qualité.
Indalex était le deuxième plus important producteur de
produits extrudés en Amérique du Nord. Son acheteur
éventuel, le groupe européen Sapa, est le plus
important au monde. Le propriétaire actuel d'Indalex est une
filiale d'Orkla, l'empire industriel et financier norvégien. Le
monopole Orkla, par le biais de sa
filiale Sapa, faisait pour sa part partie d'un projet conjoint
d'aluminium avec le monopole étasunien Alcoa avant de mettre la
main sur Indalex et, comme l'indique
son site web, étendre ses tentacules au Canada.
Comme pour d'autres compagnies en période de
crise économique, les ventes d'Indalex étaient en
déclin. En période de ralentissement, il arrive
couramment
que les plus grands monopoles mondiaux engloutissent les petites
compagnies. Le vendeur en difficulté et l'acheteur actif
entreprennent alors des discussions
afin d'en arriver à une quelconque entente. Quatre mois avant
que le groupe Sapa ne finalise la transaction d'achat d'Indalex, en
juillet 2009, celle-ci a eu recours
à la protection de la faillite de la LACC au Canada et
du Chapitre 11 aux États-Unis pour se débarrasser
des réclamations dont elle ne voulait
plus, dont deux régimes de retraite à prestations
définies.
Indalex s'est placée sous la protection de la
faillite. Pas un seul créancier n'avait poussé Indalex
à la faillite et aucun n'avait entamé des
procédures légales
pour défaut de paiement. La Cour suprême n'a pas pris en
considération cette question litigieuse de compagnies qui
déclarent elles-mêmes faillite pour des raisons
intéressées. Pourtant la Cour d'appel de l'Ontario avait
établi l'existence d'un conflit d'intérêt touchant
aux propriétaires d'Indalex et jugé que ces derniers ne
respectaient pas leur obligation fiduciaire envers les régimes
de retraite. Le renard devait veiller sur le poulailler mais
après quatre mois, pas une seule poule
n'a survécu.
Cent quatre-vingt trois employés d'Indalex
au Canada participaient à l'un de ces deux régimes
à prestations déterminées. Recourant à la
fraude de
la LACC pour compléter la vente de la compagnie
à Orkla, la société mère Indalex des
États-Unis s'est livrée aux manoeuvres suivantes pour
déresponsabiliser la compagnie face à ses deux
régimes de retraite à prestations
déterminées des employés ainsi qu'à
d'autres réclamations :
« Une série de mesures
avalisées par le tribunal a permis à la
société d'obtenir un financement de
débiteur-exploitant (DE) et de poursuivre ses
activités. Le tribunal chargé de l'application de la LACC
a accordé aux prêteurs DE, un consortium composé de
créanciers qui bénéficiaient d'une
garantie de premier rang avant le début de la procédure,
une priorité sur tous les autres créanciers. Le
remboursement des sommes empruntées était garanti par
Indalex É.-U. Finalement, sur approbation du tribunal appliquant
la LACC, Indalex a vendu son entreprise, mais
l'acquéreur n'a pas repris à son
compte les engagements de retraite. »[1]
La somme des ventes
était quelque peu inférieure aux prêts de
l'ensemble des prêteurs DE, ces « créanciers
qui bénéficiaient d'une garantie de premier
rang », donc il ne restait pas d'argent pour les autres
créanciers, c'est-à-dire le régime de retraite,
les fournisseurs, etc. Nous sommes censés croire que
le financement des prêteurs DE permettant à Indalex de
« poursuivre ses activités » — pendant
quatre mois alors que la compagnie produisait et
vendait toujours des produits — était supérieur à
la valeur totale de tous les actifs de la compagnie lorsque celle-ci
fut vendue à Orkla. De surcroît, le groupe
de propriétaires Indalex, qui avait la responsabilité
fiduciaire de bien gérer les régimes de retraite, avait,
à la fin de l'exercice, réduit de 50 % le fonds
nécessaire pour subvenir au régime des retraités.
En dépit du fait que les usines au Canada et aux
États-Unis n'ont jamais cessé de produire et continuent,
à toutes fins pratiques, de produire aujourd'hui,
le monopole Orkla refuse de reconnaître les droits des
travailleurs d'Indalex aux prestations déterminées de
leurs régimes de retraite. Le monopole n'a pas remis
les régimes sur pied ni n'a-t-il offert de les soutenir avec la
valeur ajoutée provenant des opérations continues. Les
travailleurs retraités ont subi une perte de
50 % de leurs prestations et les travailleurs toujours à
l'emploi de la compagnie ont perdu leurs régimes de retraite
à prestations déterminées pour de bon.
Bon débarras aux réclamations de ces travailleurs,
déclare le monopole.
Comment un gouvernement ou un système juridique
peut-il permettre de tels agissements sans en tenir quelqu'un
responsable ? La Cour suprême
avoue même que les propriétaires d'Indalex se trouvaient
en conflit d'intérêt et qu'ils n'avaient pas
respecté leur obligation fiduciaire envers les régimes de
retraite
au cours des années qui ont mené à la LACC,
pendant
cette
période
et
jusqu'à sa conclusion.
Malgré cela, les juges refusent de tenir les anciens
propriétaires d'Indalex, les nouveaux propriétaires
d'Orkla, le gouvernement ontarien et le gouvernement
fédéral responsables de cette escroquerie.
Les juges de la Cour suprême ne peuvent-ils pas
flairer la ruse dans ces fraudes de la LACC ? Pourquoi
n'ont-ils pas posé quelques
questions pertinentes et exigé des réponses ? Le
ridicule de la situation n'est-il pas suffisamment
évident ? Qu'est-ce qui n'est pas clair dans le
sous-financement des régimes de retraite, dans la tenue de
pourparlers secrets avec un acheteur potentiel avant d'avoir recours
à la LACC afin de
manoeuvrer un délit d'initié pour mettre un terme aux
régimes de retraite et frauder les créanciers ?
Qu'est-ce qui n'est pas clair dans l'emprunt fait aux
prêteurs DE dont le remboursement est garanti tandis que les
créanciers perdent tout, et dans le cas d'Indalex, le fait de
légalement dispenser les anciens
propriétaires et le nouvel acheteur Orkla de financer de
façon adéquate et de continuer les régimes de
retraite à prestations déterminées et de tenir
compte des
réclamations des autres créanciers ? Cette
transaction orchestrée par la LACC a toutes les
allures d'un coup monté. Si quelque chose a toutes
les caractéristiques d'une escroquerie, c'est donc à peu
près certain que c'en est une du début à la fin.
Les juges de la Cour suprême ont laissé les
propriétaires
d'Indalex É.-U., les prêteurs DE et les acheteurs d'Orkla
se cacher derrière la fraude de la LACC et de la
confidentialité financière. Ils auraient pu exiger
par assignation tous les documents et dossiers issus des discussions
internes tenues avant et pendant la LACC ainsi que de la
vente et du retrait
de la protection de la faillite. Trop facile de ne pas obliger la
compagnie à ses responsabilités sociales et à ses
créanciers avant que la vente ne soit finalisée.
Bonne affaire pour le vendeur et bonne affaire pour l'acheteur. Une
fraude de A à Z !
L'opposition ouvrière affirme depuis longtemps
que la LACC ne devrait même pas exister. Toute grande
compagnie envisageant le recours à
la faillite par la LACC pour quelque raison que ce soit ou
qui est sous le joug des créanciers devrait sur-le-champ
remettre ses actifs et sa
comptabilité entre les mains d'une fiducie gouvernementale. La
compagnie poursuivrait alors ses activités en tant qu'entreprise
publique tandis qu'une enquête
publique déterminerait son sort. La première
responsabilité en tant qu'entreprise publique serait de garantir
les régimes de retraite des travailleurs actifs et à
la retraite, le moyen de subsistance des travailleurs et les dettes
envers tous les créanciers. Ce qui advient des sommes
appartenant aux détenteurs d'équité et
de dette serait décidé après la tenue d'une
enquête publique qui validerait leurs réclamations.
L'enquête publique déciderait aussi si la compagnie
devrait être
vendue et selon quelles conditions, ou si elle devrait poursuivre ses
activités en tant qu'entreprise publique viable ou tout
simplement fermer ses portes. La
question la plus importante est d'arrêter de payer les riches par
le biais de ces fraudes de la LACC, d'injecter une dose de
dignité et de cohérence
dans ces procédures de faillite auxquelles ont recours les
grandes compagnies et de défendre les droits des travailleurs et
les droits de tous en opposition au
droit de monopole.
La perspective étroite et l'avarice des
détenteurs du capital monopoliste ainsi que
l'insécurité due au système capitaliste en crise
démontrent que les
compagnies sont incapables de garantir les régimes de retraite
à prestations déterminées des travailleurs. Les
gouvernements ont le devoir de défendre les régimes
à prestations déterminées qu'ont
présentement les travailleurs et d'assurer, par extension, les
régimes de retraite à prestations
déterminées de tous selon un
standard canadien.
Note
1. Citation du jugement de la Cour suprême.
Pour le jugement intégral, cliquer
ici.

Opposition aux changements antisociaux
à l'assurance-emploi
D'autres actions au Québec et
au Nouveau-Brunswick
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23 février
Journée
d'action
au
Québec
contre
les
changements à l'assurance- emploi

Manifestations
à
La
Malbaie
et
à Mont-Joli le 4 février 2013
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La lutte pour forcer le gouvernement Harper à
retirer ses
changements antisociaux à l'assurance-emploi et à rendre
des comptes pour ses activités
antiouvrières se poursuit. Chaque nouvelle déclaration et
chaque nouvelle calomnie de ce gouvernement contre les chômeurs
ne fait qu'accroître la détermination
des gens à s'y opposer. Les travailleurs ont été
particulièrement outrés par l'admission de la ministre
des Ressources humaines Diane Finley (après qu'elle ait
nié pendant toute une journée l'existence de quotas) que
les bureaux de Service Canada sont soumis à des quotas
régionaux de coupures de prestations de
centaines de millions de dollars par année sous prétexte
de lutte à la fraude. Avec ces quotas, la ministre s'assure que
les tentacules de ses pouvoirs de
prérogative vont se rendre directement à chaque
chômeur du pays sans que le personnel de l'assurance-emploi
n'utilise son pouvoir de discrétion dans l'application
des règlements d'une manière qui pourrait tenir compte
des conditions régionales concrètes. Le personnel de
l'assurance-emploi se rend au travail tous les jours
sous la pression de directives de couper autant de prestations que
possible !
Les participants aux
manifestations sont
particulièrement nombreux dans les petites villes du
Québec. Le 4 février, des manifestations ont eu lieu
à
la Malbaie dans Charlevoix, à Mont-Joli dans le Bas
Saint-Laurent et à Forestville sur la Côte-Nord. La
Malbaie compte environ 9000 habitants et il y avait
plus de 500 personnes à la manifestation. Sur une population
totale d'environ 6700 personnes plus de 800 ont participé
à la manifestation à Mont-Joli. À
Forestville, une ville d'environ 3000 personnes, plus de 300 personnes
ont manifesté.
Une autre caractéristique de
ces actions est que les gens
demandent des mesures de diversification économique pour ne pas
être condamnés
aux aléas d'une économie saisonnière. Les
manifestants du 4 février ont demandé
la création de comités de diversification de
l'économie régionale avec la
participation du public. En même temps ils demandent que
l’économie saisonnière
telle qu’elle existe ne soit pas disloquée par les coupures
à l’assurance-emploi
des travailleurs saisonniers.
Alors que les actions contre cette réforme
régressive ont débuté surtout dans des petites
villes, on en organise maintenant de plus en plus dans les grands
centres urbains également. La FTQ-Construction organise
neuf manifestations à l'échelle du Québec et
une à Ottawa le 23 février prochain. La plus
grosse se tiendra à Montréal. « On doit
absolument se rassembler et se faire entendre ensemble, en montrant un
front uni contre ce gouvernement »,
a dit Yves Ouellet, directeur général de la
FTQ-Construction. Pour plus d'information sur cette journée
d'action, visiter www.ftqconstruction.org.
D'autres actions se tiendront dans les prochains jours
au Québec, notamment au Saguenay-Lac-Saint-Jean avec une
manifestation prévue pour le 12 février
à Dolbeau-Mistassini et une à Jonquière le 16.
D'autres s'ajoutent continuellement. Pour plus d'information sur ces
actions, visiter le site web du Mouvement
autonome et solidaire des sans emploi au www.lemasse.org.
La Malbaie
Forestville
Mont-Joli
Provinces atlantiques
À la fin janvier, des représentants de
tous les comités du Nouveau-Brunswick contre les changements
à l'assurance-emploi
se sont réunis pour discuter des actions à venir et de la
construction d'une organisation provinciale pour exiger le retrait de
cette réforme. On y a discuté
également du besoin de contacter les organisations qui se
battent sur cette question dans les autres provinces atlantiques.

Nouvelles mesures sur l'immigration aux
États-Unis
Des pouvoirs policiers illimités
- Voice of Revolution -
Le point de départ lorsqu'on traite de questions
d'immigration est
que Personne n'est illégal. En tant qu'êtres humains, que
nous soyons
citoyens ou non, au pays sous peu ou depuis plusieurs
générations,
jeunes ou vieux, nous avons des droits du fait d'être humains. La
défense de ces droits humains est une nécessité
pour toute société et
gouvernements modernes. Mais ce n'est pas là l'objectif d'une
récente
proposition d'Obama et d'un groupe de huit sénateurs. Ces
propositions
servent à criminaliser davantage les immigrants et tous les
travailleurs tout en attribuant des pouvoirs policiers encore plus
puissants au président. Il s'agit de nouveaux mécanismes
par lesquels
le
gouvernement nie les droits individuels et collectifs alors que ce qui
est requis est l'affirmation de ces droits.
Les deux propositions, par exemple, prévoient
l'exigence de
\« vérification de
sécurité ». C'est au gouvernement
fédéral de
déterminer jusqu'à quel point un individu constitue une
« menace ». Par
contre, aucune proposition ne cherche à définir ou
à fixer des critères
précis selon lesquels un individu pourrait constituer
une menace. Ce sera une décision arbitraire prise par le
gouvernement
fédéral et les agences policières. Étant
donné que le secret entoure
les décisions d'Obama à savoir qui il décide d'
« éliminer » par ses
assassinats et qui il décide de détenir
indéfiniment sans accusations,
il est normal de penser que les mêmes critères
s'appliqueront
pour ces « vérifications de sécurité
nationale ». En surcroît, Obama
veut « faciliter l'empêchement de menaces à la
sécurité nationale et à
la sécurité publique provenant de non
immigrants ». À nouveau, qui et
quoi constitue une telle menace n'est pas expliqué. Par le
passé,
travailleurs portuaires et manifestants anti-guerre
ont été identifiés en tant que menaces.
La « vérification de
sécurité nationale » et « la
facilitation des
expulsions » sont des mécanismes de pouvoirs
illimités, puisqu'aucune
mesure spécifique comme, par exemple, le fait de
perpétrer un crime,
n'est invoquée. Rien n'empêche l'action arbitraire du
gouvernement
fédéral d'identifier quelqu'un en tant que
« menace ». Nous pouvons en déduire que
bien que ces propositions soient
mises de l'avant dans un contexte d'immigration, elles serviront de
façon plus large contre les droits des travailleurs et du peuple
dans
son ensemble.
Les deux propositions exigent aussi un processus
d'identification
électronique obligatoire et inviolable pour tous les
travailleurs et
devant être mis en oeuvre sur une période de cinq ans.
D'abord, tout
travailleur sans-papiers devra s'inscrire auprès du gouvernement
et
fournir des données biométriques et, avec le temps, tous
les
travailleurs
devront s'y souscrire puisque l'identification sera un prérequis
pour
accéder au travail. Une telle identification obligatoire ne vise
pas
que les travailleurs sans-papiers. Elle vise à régimenter
et à
contrôler toute la population active. Le gouvernement
décidera de façon
arbitraire qui se qualifie et qui ne se qualifie pas, qui travaille et
qui ne travaille
pas, qui participe et qui ne participe pas à la vie
économique et
politique du pays.
Aussi, ces mécanismes sont conformes avec la mise
en place des
États-Unis des monopoles de l'Amérique du Nord. De telles
identifications obligatoires pourraient devenir la norme pour les
travailleurs des trois pays, plaçant ces travailleurs à
la disposition
des monopoles et à leur exploitation et destruction des
ressources
humaines et naturelles.
Ces identifications peuvent servir à cibler des organisateurs ou
des
résisteurs, mais aussi à diviser les travailleurs et les
dresser les
uns contre les autres. Le refus d'accorder l'identification sur une
grande échelle prépare aussi le terrain pour les camps de
travaux
forcés pour tous ceux qui se voient refuser une identification,
mais qui
sont quand même
forcés de travailler. Une telle possibilité est
évidente du fait que
les prisons de détention sont en expansion et pourraient
facilement
servir à de telles éventualités.
Ces propositions ne servent en rien à chercher
des solutions aux
principaux fléaux qui accablent les immigrants, tels que les
détentions
et les déportations massives et le terrorisme imposés aux
communautés
immigrantes. Loin de rendre tout le monde légal, ces mesures
visent à
criminaliser davantage les travailleurs tout en augmentant les
pouvoirs policiers illimités du pouvoir exécutif. Il faut
les rejeter.
La sécurité n'existe qu'en affirmant les droits de tous,
les droits des
immigrants, les droits de tous les travailleurs, le droit humain de
tout être humain.

Faits saillants des propositions d'immigration
d'Obama et des sénateurs
Le 29 janvier, le président Barack Obama a
annoncé au Nevada des propositions de lois sur
l'immigration. La veille, un groupe de
sénateurs a présenté sa proposition. Dans les deux
cas, ce sont les grandes lignes de projets de lois et non des textes de
lois. Les propositions sont semblables
à plusieurs égards, notamment dans le fait d'utiliser
l'immigration pour criminaliser les immigrants et tous les
travailleurs. On le voit à leurs propositions d'une
forme d'identification fédérale obligatoire
« infalsifiable » pour tous les travailleurs,
accompagnée d'une sorte identification biométrique comme
des empreintes digitales ou la reconnaissance de la rétine de
l'oeil. Cela se fait aussi en ajoutant « un contrôle
aux fins de la sécurité nationale »
pour tous ceux qui essaient d'obtenir des papiers d'immigration et un
« processus simplifié d'expulsion » pour
ceux qui sont considérés comme
« une menace à la sécurité nationale et
la sécurité publique ». « Le
contrôle aux fins de la sécurité
nationale » irait de pair avec
l'habituelle « vérification des
antécédents » du FBI pour toute condamnation
criminelle. Toutefois, en ce qui a trait à « la
sécurité
nationale », les propositions ne disent rien sur la nature
de ce qui va constituer une « menace » ou sur
comment on décidera et qui décidera
qu'il y a menace.
Aucun des deux plans ne
parle de mettre fin à la
déportation massive des travailleurs. Depuis 2009, sous Obama,
plus de 1 594 000 personnes
ont été déportées. Ces nombres records de
déportations continuent, alors que des familles sont
déchirées, laissant souvent les enfants sans leurs
parents. Obama
a dit que les « déportations de criminels n'ont
jamais été aussi élevées », mais
il ne traite pas le problème principal qui préoccupe tous
les travailleurs
à savoir les déportations injustes de plus d'un million
de personnes coupables seulement d'avoir travaillé. Plusieurs
des déportations ciblent les travailleurs plus
expérimentés et plus actifs, des travailleurs qui sont au
pays depuis des années et qui sont maintenant
déportés. De nombreuses études ont confirmé
que la
majorité de ceux qui sont déportés ne sont
coupables d'aucun crime si ce n'est d'infractions mineures, comme des
infractions au code de la route ou des
infractions civiles et non criminelles, comme celle d'être
demeuré au pays après l'expiration d'un visa de
séjour. En plus, Obama appelle à l'élargissement
de
programmes fédéraux tels que les Communautés en
sécurité, responsables d'un nombre record de
déportations et du profilage racial gouvernemental qu'elles
imposent aux organisations policières locales et des
États, comme on l'a vu en Arizona, en Californie, à
New-York et ailleurs. Les organisations qui défendent
les droits des immigrants n'ont cessé de demander que soit mis
fin à ces programmes racistes qui terrorisent les
communautés.
Ces propositions ne s'attaquent pas non plus aux
détentions massives d'immigrants dans des conditions qui violent
leurs droits humains. Cela inclut la torture
de la détention solitaire. Plusieurs sont détenus durant
des mois et des années avant que leur cas ne soit entendu par un
tribunal d'immigration. Le plan d'Obama
appelle à augmenter le nombre de juges en matière
d'immigration et parle « d'alternatives à la
détention », mais il ne comprend aucune des mesures
spécifiques exigées par le peuple, telles que la
fermeture des pires centres carcéraux de détention et la
demande que ces centres doivent respecter les standards
en matière de droits humains.
L'utilisation de l'identification obligatoire pour
criminaliser les travailleurs
La fiche d'information sur
l'immigration
publiée par la Maison blanche appelle à
« l'introduction graduelle du contrôle
numérique obligatoire
de l'emploi » à partir des bases de données du
gouvernement. On peut voir clairement que le programme va viser tous
les travailleurs par cette phrase
de la fiche : « Le nouveau programme obligatoire
garantit la confidentialité et le caractère privé
de l'information personnelle de tous les
travailleurs. » De plus, la proposition « met en
place une carte d'assurance-sociale à l'épreuve des
fraudes et de la falsification et exige des
travailleurs qu'ils utilisent des documents à l'épreuve
des fraudes et de la falsification pour prouver qu'ils ont la
permission de travailler aux États-Unis ».
Il y a aussi des plans pour « de nouvelles méthodes
pour authentifier l'identité ». Les propositions des
sénateurs vont dans le même sens en
prévoyant « un système de contrôle
obligatoire de l'emploi ... Nous croyons qu'un système de
contrôle de l'emploi doit obligatoirement comprendre que
tout travailleur potentiel doit démontrer à la fois son
statut légal et son identité, par des moyens
numériques à l'épreuve de la fraude, avant
d'obtenir un
emploi ».
Ainsi, alors que l'identification obligatoire est
présentée comme étant une mesure nécessaire
pour traiter le problème des travailleurs immigrants sans
papiers,
cette mesure en fait s'appliquera à tous les travailleurs. Une
fois des cartes d'identité numériques
infalsifiables contenant des bandes magnétiques et
des données biométriques instaurées, l'information
se retrouvera
entre les mains du gouvernement fédéral. Le gouvernement
pourra aussi décider de la validité des
documents utilisés pour prouver le statut de citoyenneté
ou de résidence. L'expérience acquise avec les listes
interdisant à des passagers de prendre l'avion ou
avec la vérification numérique montre que les
décisions qui seront prises vont être arbitraires et
souvent erronées. Dans des États comme le Massachusetts
où
il existe déjà des exigences semblables pour prouver la
citoyenneté, plusieurs citoyens ont été
étiquetés comme non citoyens parce qu'ils n'avaient pas
la
documentation exigée du gouvernement.
On peut constater à la lumière des
exigences obligatoires et de l'expérience actuelle que cette
identification fédérale sera un mécanisme de
contrôle
gouvernemental de toute la main-d'oeuvre et un moyen pour le
gouvernement d'exclure arbitrairement quiconque ne satisfait pas aux
exigences de
« documentation ». Cela pave la voie à des
camps de travaux forcés, ou quelque chose de semblable, pour
tous ceux qui se voient refuser une carte
d'identité, mais sont capables et ont besoin de travailler. De
plus, lorsque jumelée avec les propositions relatives aux
frontières et au partage d'information, la
carte d'identité obligatoire pourrait bien devenir une carte
d'identité commune aux travailleurs des États-Unis, du
Canada et du Mexique. Cela voudrait dire que
la main-d'oeuvre de ces trois pays sera à la disposition des
monopoles d'Amérique du Nord qui pourront l'utiliser quand et
où bon leur emble.
L'utilisation de la citoyenneté pour
criminaliser les travailleurs
Une question importante qui
se retrouve dans les
deux propositions est ce qui est appelé un
« chemin vers la citoyenneté » pour les
plus de 11 millions d'immigrants sans papiers au pays. Des
obstacles majeurs semblent se poser pour une entente sur cette question
au
Congrès. Fort
probablement, ces « obstacles
majeurs » seront utilisés pour justifier des mesures
plus sévères pour criminaliser les immigrants et
tous les travailleurs, tout cela au nom de la conclusion d'une entente.
Assurément, aucune des deux propositions ne part du point de vue
de défendre les droits
humains, ce qui veut dire reconnaître qu'aucun être humain
n'est illégal.
Le plan d'Obama exige que tous les immigrants sans
papiers « sortent de la clandestinité et
s'enregistrent, soumettent leur information biométrique,
subissent un contrôle d'antécédents criminels et de
sécurité nationale ». Les sénateurs
demandent eux aussi que les gens s'enregistrent et déclarent que
« Tout individu ayant des antécédents
criminels sérieux ou qui constitue une menace à notre
sécurité nationale ne sera pas éligible à
un statut légal et
sera sujet à la déportation. »
Selon les deux propositions, un « statut
légal sous probation » qui a été
accordé pourra être révoqué et prendra
vraisemblablement entre 10 et
15 ans avant de devenir permanent. Les deux propositions avancent
des listes de conditions, comme celle de s'enregistrer auprès du
gouvernement, de
payer des frais pour obtenir un statut temporaire et d'autres
conditions encore comme celle de fournir les antécédents
d'emplois et l'emploi actuel, d'apprendre
l'anglais, de payer d'autres frais et passer des contrôles de
« sécurité » juste pour avoir
« la possibilité » de faire une demande
pour
la carte verte (statut de résident permanent). Il n'y a aucune
garantie qu'ils l'obtiendront. Ces exigences montrent que le but n'est
pas de créer un chemin vers
la légalisation et la citoyenneté pour ceux qui le
veulent, mais plutôt d'enregistrer et de contrôler la main
d'oeuvre et de justifier les contrôles aux fins de
« la sécurité nationale » comme
étant une chose normale pour les travailleurs. Le
« contrôle aux fins de la sécurité
nationale » est une
nouvelle exigence. Contrairement à la
« vérification des antécédents
criminels » du FBI, qui examine si un crime a
été commis ou pas, le critère
pour satisfaire au contrôle aux fins de « la
sécurité nationale » est inconnu. Il va fort
probablement demeurer un secret, même dans le projet de
loi. Cela est conforme aux pouvoirs arbitraires exercés
maintenant par le président, comme celui de déterminer
qui est sur sa « liste de personnes à
exécuter » ou sur la liste des
« détentions indéfinies ».
Cet ajout du « contrôle aux fins de la
sécurité nationale » fournit un
mécanisme pour accorder des pouvoirs qui ne sont limités
par rien, puisque
aucune mesure spécifique telle que le fait d'avoir commis un
crime, n'est requise. Rien n'empêche le gouvernement
fédéral d'agir arbitrairement en désignant
quelqu'un comme une « menace ». Alors que ces
contrôles visent au début les travailleurs sans papiers,
il n'y a rien qui empêche qu'ils soient inclus
immédiatement ou graduellement dans le programme de carte
d'identité obligatoire.
On voit également cet usage de pouvoirs
exécutifs sans limites dans les plans pour
« rationaliser » les
différentes
mesures. Par exemple, la fiche d'information de la Maison blanche
déclare qu'Obama va « simplifier le processus pour
éliminer les menaces à la sécurité
nationale et publique qui proviennent de non immigrants. La proposition
du président crée un processus administratif
accéléré de renvoi des personnes dont
le visa de séjour est expiré et qui ont été
reconnus comme étant une menace à la
sécurité nationale et publique ». De nouveau,
il est fait allusion autant
aux non immigrants qu'aux immigrants.
Alors que le « processus administratif
accéléré » va débuter avec ceux
dont le visa de séjour est expiré, il est fort à
parier que le projet de loi
va permettre de l'utiliser de manière plus large contre tous
ceux qui représentent « une menace à la
sécurité nationale et publique ». Des
travailleurs
en grève comme les débardeurs, les travailleurs des
transports et des communications, ont déjà
été étiquetés dans le passé comme
une menace à la sécurité
nationale et publique, tout simplement pour avoir fait la grève.
Les manifestants contre l'OTAN à Chicago, l'an passé,
ainsi que ceux qui en général s'opposent
aux guerres étasuniennes ont aussi été
montrés du doigt comme étant une menace à la
sécurité publique. En mettant en place une mesure qui
fournit un
« processus administratif accéléré de
renvoi » pour quiconque est considéré comme
« une menace » par le gouvernement, le projet de
loi va servir à justifier le renvoi et/ou la détention
indéfinie sans accusation ou procès sur échelle
beaucoup plus vaste.
Une frontière encore plus militarisée
Le président Obama a
déjà
doublé les effectifs d'agents qui patrouillent les
frontières, ajoutant des drones, prolongeant le mur frontalier
meurtrier entre
autres mesures. Sa proposition « va donner aux
autorités policières les outils dont ils ont
besoin ». Elle appelle à
« améliorer notre
infrastructure et notre technologie pour renforcer notre
capacité à mettre hors d'état de nuire les
criminels et à appréhender et poursuivre en justice ceux
qui
sont une menace à la sécurité
nationale ». La proposition des sénateurs
prévoit elle aussi plus de drones et « la technologie
la plus avancée,
l'infrastructure et le personnel requis pour prévenir,
détecter et appréhender toute personne qui entre de
manière non autorisée ». Mis à part les
drones,
ce que seront exactement les « outils » et la
technologie n'est pas défini.
En plus de cela, la proposition d'Obama
« crée de nouvelles peines criminelles pour les
organisations combattantes criminelles transnationales qui
font le trafic des stupéfiants, des armes, de l'argent et la
contrebande humaine aux frontières ». Il est bien
connu que le gouvernement américain, la CIA
et ses forces spéciales sont les premiers criminels dans le
trafic de stupéfiants, d'armes, d'argent et le passage
clandestin de personnes (eux-mêmes par exemple)
aux frontières. Ces crimes ne sont pas visés par ces
nouvelles peines criminelles et l'élargissement « de
la portée de la loi actuelle » à la
confiscation
des fonds et des ressources. La cible, c'est fort probablement ceux qui
organisent la défense des droits des deux côtés de
la frontière. Ceux-là mêmes qui tentent
de se protéger et de se défendre contre l'anarchie et le
chaos que les États-Unis et ses « guerres aux
stupéfiants » ont déclenchés.
On doit garder à l'esprit à ce sujet que
lorsque les Lois contre les organisations corrompues et le trafic
d'influence (RICO) ont été initialement
proposées, le but officiel était de mettre un frein
à la mafia et au crime organisé. Une fois qu'elles ont
été adoptées, leurs premières cibles ont
été les syndicats.
Ces nouvelles peines au criminel vont donner des outils additionnels
aux efforts du gouvernement de criminaliser et réprimer encore
plus la résistance tout en
mettant en place des arrangements pour un État des monopoles de
l'Amérique du Nord englobant à la fois le Canada, le
Mexique et les États-Unis.
Ces faits saillants révèlent que le but de
ces propositions sur l'immigration n'est pas de défendre les
droits des immigrants et de tous les travailleurs, même
si c'est seulement ainsi qu'on peut « réparer notre
système d'immigration qui est défectueux ».
Notre sécurité réside dans la défense des
droits, y
compris dans des arrangements au niveau gouvernemental qui affirment
qu'aucun être humain n'est illégal et qui garantissent les
droits de tous en tant qu'êtres
humains.

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