Le Marxiste-Léniniste

Numéro 17 - 6 février 2013

Contestation de la légitimité des politiques
d'austérité en Ontario et en Alberta

Un nouveau premier ministre en Ontario: c'est encore Non!
Non au recours à la Commission des relations de travail pour criminaliser les enseignants et les travailleurs de l'éducation - Mira Katz

Non au programme d'austérité peu importe qui le met de l'avant
Kathleen Wynne part perdante - Enver Villamizar
La Chambre de commerce rappelle les promesses qui lui ont été faites - Dan Cerri

Les mesuers d'austérité de l'Alberta sont une fraude
La « conversation» d'Alison Redford avec les Albertains - Peggy Morton
Falsification des chiffres pour créer une crise
À la défense des services publics


Un nouveau premier ministre en Ontario: c'est encore Non!

Non au recours à la Commission des relations
de travail pour criminaliser les enseignants
et les travailleurs de l'éducation

Les conventions collectives imposées par le gouvernement continuent de créer le chaos dans le système d'éducation. La Commission des relations de travail de l'Ontario a maintenant tenu cinq jours d'audiences sur la requête de deux commissions scolaires visant à faire déclarer comme une grève illégale le retrait des enseignants de l'élémentaire des activités parascolaires. C'est le président de la Commission, Bernard Fishbein, qui va statuer sur la requête qui vise la Fédération des enseignantes-enseignants de l'élémentaires de l'Ontario (FEEO). C'est le même Fishbein qui a statué que la journée de grève prévue par les enseignants et les travailleurs de l'éducation était illégale. Les audiences ont débuté le 25 janvier et ont repris aujourd'hui le 6 février.

La plaidoirie des commissions scolaires

Les commissions scolaires du district de Trillium Lakelands et du district de Upper Canada demandent dans leur requête que la CRT déclare « que la FEEO et ses officiers, représentants et agents ont lancé l'appel, autorisé, conseillé, équipé en matériel, appuyé et encouragé une grève illégale et que les membres de la fédération mènent une grève illégale » et elles demandent aussi « que la CRT exige des officiers, représentants et agents de la FEEO et de quiconque agit en leur nom qu'ils cessent et s'abstiennent d'appeler à une grève illégale ou de l'autoriser, de l'appuyer, de l'encourager ou de menacer d'appeler à la grève ou de l'autoriser et cessent de mener une grève illégale ».

Les deux commissions scolaires font reposer leur argument sur le fait que le 3 janvier dernier, des conventions collectives ont été imposées à toutes les unités de négociation de la FEEP par un Ordre en Conseil, ce qui rendait illégale toute grève des enseignants et des travailleurs de l'éducation pendant la durée des conventions collectives non négociées. Elles affirment qu'en se retirant des activités parascolaires, les enseignants font la grève.

La Loi sur l'éducation donne une définition de la grève qui est différente que celle qu'on retrouve dans la Loi sur les relations de travail. On lit à la section 277.2(4) de la Loi sur l'éducation

b) « grève » s'entend en outre d'une action ou d'une activité de la part d'enseignants, comme groupe, de concert ou d'un commun accord, qui vise à restreindre, à limiter ou à gêner ou dont il est raisonnable de s'attendre à ce qu'elle ait pour effet de restreindre, de limiter ou de gêner :

(i) soit les activités normales d'un conseil ou de ses employés,

(ii) soit le fonctionnement d'une ou de plusieurs des écoles d'un conseil ou d'un ou de plusieurs programmes offerts dans une ou plusieurs des écoles d'un conseil,

(iii) soit l'exercice des fonctions des enseignants énoncées dans la Loi ou ses règlements d'application, y compris toute cessation de services ou grève du zèle de la part d'enseignants qui agissent comme groupe, de concert ou d'un commun accord. 2000, chap. 11, art. 20; 2003, chap. 2, par. 20 (2); 2009, chap. 25, art. 40.

Selon les commissions scolaires les membres de la FEEO sont en grève illégale bien que c'est un fait bien connu que les activités parascolaires sont des activités volontaires et bénévoles.

Les commissions scolaires disent ne pas demander que les activités volontaires deviennent obligatoires, mais elles maintiennent tout de même que les représentants de la FEEO mènent une grève illégale en demandant aux enseignants de ne participer à aucune activité au-delà de leurs 300 minutes d'activités d'enseignement quotidien. Elles donnent l'argument absurde qu'en agissant ainsi le syndicat prive les enseignants de la «liberté » de choisir dans quelles activités ils vont participer. Évidemment, les commissions scolaires et les gouvernements ne considèrent pas que les motifs invoqués par les enseignants et les employés pour ne pas faire d'activités parascolaires, à l'effet qu'ils le font pour s'opposer à la négation de leurs droits et libertés par la Loi 115 et l'imposition de conventions collectives non négociées, montrent que ce sont leurs droits et libertés qui sont en jeu et que leur action est juste. Des arguments frauduleux sont mis de l'avant alors qu'il est si clair que les actions des enseignants et employés montrent qu'ils savent parfaitement ce qu'ils font et sont conscients qu'on essaie de criminaliser leur juste lutte contre la négation de leurs droits. L'avocat représentant les commissions scolaires a même dit que les membres de la FEEO sont manipulés par la fédération qui les pousse à commettre des actes illégaux.

Les arguments de la FEEO

La FEEO a débuté sa présentation en remettant en cause la légitimité des conventions collectives imposées en faisant valoir que le retrait de la Loi 115 a invalidé les conventions collectives et que le syndicat est de nouveau en position de grève légale puisqu'il n'y a plus de conventions collectives. Conséquemment, toute action collective ou incitation à en tenir une ne peut pas être considérée comme étant illégale.

Le ministère de l'Éducation est tout de suite intervenu contre cet argument initial par la voix de son avocat qui a dit que les conventions collectives imposées sont toujours valides malgré le retrait de la Loi 115 et que toute grève ou incitation à la grève par un syndicat ou ses membres étaient illégales.

La FEEO a aussi fait valoir qu'il n'y a pas de mesure disciplinaire d'attachée aux bulletins et mémos que la fédération envoie à ses membres et qu'en conséquence on ne peut les considérer comme des directives; les messages envoyés à ses membres ne visent donc, selon la fédération, qu'à les aider à décider quelles activités sont volontaires et elles ne font que réaffirmer le droit des enseignants de ne pas participer à des activités volontaires.

La fédération conteste les allégations des commissions scolaires à l'effet que le retrait des enseignants des activités parascolaires aura un « impact sérieux » sur la sécurité, l'implication et la réussite des étudiants.



«J'ai prorogué mes activités extra-curriculaires
jusqu'à ce que vous détruisiez votre
convention 'imposée'! Négocions!»

Dans le cours des audiences, la FEEO a fait remarquer que le gouvernement libéral, avec Kathleen Wynne comme ministre de l'Éducation, a retiré en 2009 les références datant de l'époque de Mike Harris aux activités parascolaires et scolaires-parascolaires de la Loi sur l'éducation ce qui fait qu'on ne peut pas les déclarer obligatoires et que les enseignants ne font rien d'illégal en s'en retirant. « Une fois que le gouvernement a retiré les activités scolaires-parascolaires de la Loi sur l'éducation et de la définition de ce qui constitue une grève, a dit l'avocat de la FEEO, il n'y a rien qui empêche les enseignants de refuser d'y participer».

Se référant à ce qui a été dit à propos des actions individuelles, la FEEO a fait valoir que tout ce qui est légal de faire pour un individu l'est aussi pour un groupe d'individus. Si l'État essaie de nier à un groupe d'individus le droit de faire la même chose qu'un individu a le droit de faire, cela constitue un bri de la Charte des droits et libertés. L'avocat de la FEEO a également soutenu que si la Loi 115 a empêché quiconque d'exercer ses droits en vertu de la Charte, alors la CRT doit aussi considérer cette question pendant les audiences.

Toujours dans le contexte du chaos créé par le gouvernement avec ses tactiques de coercition et son diktat pour imposer l'austérité, la CRT a repris son audience le 5 février de la plainte de certaines unités locales et de membres de l'Association des enseignantes et enseignants catholiques anglo-ontariens (OECTA) contre l'exécutif provincial du syndicat à l'effet que celui-ci a failli à son « devoir de représentation » en signant une lettre d'entente avec le gouvernement le 5 juillet 2012 sans consulter ses membres et la soumettre à leur vote. La lettre d'entente de l'OECTA, au sujet de laquelle le gouvernement a prétendu faussement que 55 000 enseignants l'avaient signée, est devenue le modèle des termes et conditions qui ont été imposés 6 mois plus tard aux enseignants et travailleurs de l'éducation qui ne les avaient pas acceptés «volontairement » à la date butoir du 31 décembre.

(Traduction : LML)

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Non au programme d'austérité peu importe qui le met de l'avant

Kathleen Wynne part perdante

Kathleen Wynne a passé une bonne partie de son discours de la victoire à tenter de masquer la crise dans laquelle son parti et le parlement dans son ensemble sont plongés. Elle a tenté de promouvoir l'unité dans les rangs du Parti libéral au moment où les grosses têtes abandonnent le navire. « Croyez-le ou non, le plus dur est à venir. Nous devons maintenant relever le défi qui est devant nous. On ne peut le faire qu'en travaillant tous ensemble », a-t-elle dit. Elle a invité tous les candidats et leur équipe de campagne à la rejoindre sur la scène. « Nous devons préparer notre plate-forme parce que nous devons être prêts à tout moment pour une élection. En même temps, nous avons besoin de toutes vos idées pour continuer à gouverner », a-t-elle ajouté.


«Il nous a donné la santé électronique, ORNGE, des
centrales, la loi 115, la prorogation, et maintenant
notre premier premier premier ministre
non élu...? Au revoir Dalton!»

Wynne fait face au défi non seulement d'appliquer le programme d'austérité, mais de le faire d'une façon qui sauve les libéraux de leur crise de légitimité. La démission de McGuinty a montré qu'il n'a pas été capable de maintenir son image « d'approche équilibrée » en imposant l'austérité aux Ontariens. La prorogation du parlement était censée fournir une pause aux libéraux pour qu'ils se remettent de leur défaite dans l'élection partielle de Kitchener-Waterloo et des accusations de corruption au parlement. Wynne a une lourde tâche devant elle.

Les médias ont dit que Wynne a des aptitudes pour la médiation. Elle a fait certains gestes envers les partis d'opposition, tendant la perche au dirigeant progressiste conservateur Tim Hudak et à la dirigeante du NPD Andrea Horwath : « Tim, a-t-elle dit, parlons de responsabilité fiscale. C'est important pour toi. Ça l'est pour moi aussi. Andrea, tu veux créer une société équitable. Moi aussi. Il y a tant de choses que nous pouvons accomplir si vous acceptez de travailler avec un gouvernement libéral fort et futé. » Wynne cherche donc à présenter la même notion « d'approche équilibrée » que celle de McGuinty. C'est cette même approche qui a échoué à émousser les contradictions et le rôle en revient au refus des travailleurs d'accepter l'austérité. C'est le même échec qui attend Wynne.

Pendant tout son discours, Wynne n'a cessé de se référer à la frauduleuse « approche équilibrée » des libéraux. « Cette course au leadership a été l'occasion de réaffirmer les valeurs libérales; nous devons être forts et justes. Nous devons embrasser toute opportunité qui s'offre à nous. Nous devons nous en tenir aux tâches essentielles sans pour autant laisser personne derrière nous. C'est pour cela que nous devons équilibrer notre budget. C'est pour cela que nous devons être résolus dans notre détermination fiscale. [ ]  . Parce que les Ontariens ne veulent pas d'élections. Ils veulent nous voir diriger la province. » Ces propos sont démentis par l'expérience que vivent les enseignants, les travailleurs de l'éducation et tous ceux qui se battent contre la version libérale de l'austérité. Au nom de l'équilibre, les libéraux mettent de l'avant le même programme que celui d'Hudak tout en brandissant le spectre des conservateurs pour cacher ce qu'ils font.

Wynne s'est aussi efforcée dans son discours de racheter la crédibilité du parlement qui est si discrédité aux yeux du public. McGuinty a prorogé le parlement en octobre peu après la défaite des libéraux et des conservateurs dans l'élection partielle de Kitchener-Waterloo et au milieu des accusations de corruption portées contre son gouvernement. Wynne a tenté de rétablir la crédibilité du gouvernement et du parlement : « Dans les prochains mois nous retournerons au parlement, nous y reprendrons le travail et travaillerons avec l'opposition pour démontrer aux Ontariens que nous sommes capables de gouverner au sein d'un gouvernement minoritaire », a-t-elle dit. Tentant de faire croire que les libéraux ne sont pas en très mauvaise posture, elle a ajouté qu'elle est prête à amener son parti en élection et à travailler avec tous les candidats libéraux pour redevenir un gouvernement majoritaire.

Que ce soit dans une élection ou dans la période qui y mène, la classe ouvrière va jouer un grand rôle en combattant et en démasquant à la fois l'effort des libéraux de se refaire un programme d'austérité « équilibré » et l'effort des conservateurs et de Hudak d'imposer leur programme d'austérité « préventif ». La résistance organisée à Kitchener-Waterloo, la lutte à l'échelle de la province contre la Loi 115 et le programme d'austérité, notamment la mobilisation de masse à la défense des droits lors du congrès à la chefferie libérale, ont démontré que la classe ouvrière est capable de le faire et ne se laissera pas détourner par les efforts qui sont faits pour liquider son combat.

(Traduction : LML)

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La Chambre de commerce rappelle
les promesses qui lui ont été faites

La Chambre de commerce de l'Ontario a récemment rendu publiques les réponses de Kathleen Wynne aux questions qu'elle lui avait posées sur les priorités des monopoles en Ontario. Mme Wynne avait répondu aux questions avant le congrès à la chefferie du Parti libéral, mais elles ont été publiées deux jours après qu'elle ait été sélectionnée par son parti.

Il est évident que la Chambre de commerce a publié les réponses pour rappeler à la nouvelle chef du Parti libéral ses engagements envers les mesures d'austérité et les politiques pour payer les riches, comme la récente subvention accordée à Toyota. Le 23 janvier, le jour où le gouvernement McGuinty abrogeait la Loi 115 après s'en être servi pour voler 2,2 milliards $ à l'éducation publique au cours des deux prochaines années et des milliards d'autres pour les années qui suivront, les gouvernements de Stephen Harper et de Dalton McGuinty ont annoncé d'un commun accord l'octroi de 34 milliards $ de fonds publics à Toyota pour la construction d'une nouvelle ligne d'assemblage à Cambridge, en Ontario.

Comme nous l'avons déjà écrit dans Ontario Political Forum, tous les monopoles internationaux qui ont des opérations en Ontario sont membres de la Chambre de commerce et la dominent. Ces monopoles sont bien disposés à donner à Mme Wynne et au Parti libéral une autre chance de livrer les mesures d'austérité d'une façon « équilibrée » mais ils sont également prêts à donner une chance au conservateur Tim Hudak et à son approche « préventive ».

La plupart des réponses de Mme Wynne s'apparentent à l'approche du « juste milieu » de Dalton McGuinty qui met l'accent sur « la nécessité de travailler ensemble » pour éliminer le déficit, une tentative de faire accepter les dures réalités de l'austérité. À une question sur le développement de la main-d'oeuvre au XXIe siècle, Kathleen Wynne répond : « Nous devons mettre au point un modèle soutenable pour la négociation des salaires, un dialogue structuré avec nos partenaires dans le secteur public pour créer des modèles innovateurs par l'engagement et la négociation. Nous ne pouvons pas nous permettre des cycles récurrents d'instabilité dans la livraison de nos précieux services publics. » C'est une façon de dire qu'il faut trouver les moyens de convaincre les travailleurs d'accepter un ordre du jour illégitime.

La classe ouvrière a déjà donné une réponse méritée à McGuinty quant il a tenté de convaincre les enseignants et les travailleurs de l'éducation d'accepter la Loi 115 comme condition du programme d'austérité. Quant à développer une main-d'oeuvre moderne, la classe ouvrière voit les choses différemment, elle voit plutôt la nécessité de mettre fin à la marginalisation des travailleurs dans les prises de décisions, y compris par le développement de leur propre politique indépendante qui défend leurs propres intérêts. Ils refusent d'accepter un programme d'austérité illégitime, peu importe qui le leur propose.

De même, Mme Wynne a répondu aux questions de la Chambre de commerce concernant le « rétablissement de l'équilibre budgétaire » en disant que les Ontariens doivent « garder le cap » concernant l'élimination du déficit d'ici 2017-18 et « voir à ce que l'Ontario soit un environnement de premier choix pour l'investissement ». Comme McGuinty, elle cherche à justifier l'ouverture de l'économie à des intérêts privés tout en coupant les dépenses pour les programmes sociaux. Mais l'expérience directe enseigne aux travailleurs que les priorités des libéraux et des conservateurs sont les priorités des riches qui réclament qu'une plus grande partie de l'économie et de ses avoirs soit mise à leur disposition. Et les travailleurs disent Non!

Poursuivant les projets d'infrastructure pour payer les riches du gouvernement McGuinty, Kathleen Wynne parle de l'importance du chemin de fer de la rivière Détroit, du pont international et d'autres projets vitaux pour attirer les investissements et transporter les marchandises. Tout cela montre qu'on aura affaire à d'autres stratagèmes pour payer les riches au service des monopoles que les libéraux privilégient.

Plusieurs des réponses de Mme Wynne aux questions de la Chambre de commerce ont à voir avec une économie centrée sur le besoin de poursuivre dans la direction antisociale du gouvernement McGuinty. Le mouvement ouvrier continuera d'exiger des comptes de Wynne et de son « nouveau » gouvernement.

(Traduction : LML)

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Les mesures d'austérité de l'Alberta sont une fraude

La «conversation» d'Alison Redford
avec les Albertains

Le 24 janvier, la première ministre de l'Alberta, Alison Redford, s'est adressée aux Albertains dans une allocution de huit minutes. La CBC aurait mis un temps d'antenne sans frais à la disposition du gouvernement, mais celui-ci a préféré payer CTV pour une production à grand déploiement à même le domicile de Redford. Les auditeurs avaient déjà un avant-goût des choses à venir - un mélodrame haut en couleur au thème familier : il n'y a pas d'autre alternative qu'un budget d'austérité et le peuple n'aura d'autre choix que de s'y faire.

Il a été question de recettes provenant de ressources non renouvelables, y compris les recettes en redevances et les ventes de terres, le tout présenté d'une façon qui n'a aucun sens. Redford a affirmé : « La plus grande partie de notre pétrole est maintenant du bitume provenant des sables bitumineux. À cause des niveaux de production en croissance rapide aux États-Unis et parce que nous ne pouvons vendre notre pétrole ailleurs que sur le marché américain, l'Alberta n'obtient qu'un peu plus de 50 dollars le baril de pétrole. Cette " bulle du bitume "  signifie que le gouvernement albertain aura un manque àgagner de six milliards$ en revenus cette année. »

Cette déclaration laisse entendre qu'il existe une baisse de six milliards $ en revenus du bitume. En fait, une estimation des redevances totales pour 2012-13 les place à seulement 5,7 milliards $, un chiffre basé sur la prédiction d'une hausse des prix de 30 % de plus que les redevances de 2011-2012.

Ce gouvernement n'a pas oublié la résistance du peuple face aux activités destructrices de Ralph Klein, et c'est ce souvenir qui fait dire à Redford que cette fois le gouvernement aura un plan. Les Albertains devraient donc trépigner de joie du fait que les coupures aux programmes sociaux seront faites avec précision chirurgicale plutôt que de façon maladroite. Redford a déclaré : « Il ne suffit plus de simplement couper les dépenses gouvernementales d'un bout à l'autre, ce qui voudrait dire que les Albertains vulnérables seraient ceux qui en subiraient le plus les contrecoups. » Elle s'est ensuite présentée comme une femme au courage exemplaire : « Et il ne suffit pas non plus de prendre la voie facile qui serait d'augmenter les taxes et préparer le terrain pour une " discussion " à savoir si le peuple doit accepter des coupures aux programmes sociaux, d'une part, ou des augmentations de taxes, de l'autre, ou encore les deux. »

Si on se fie à ses actes, la protection des « plus vulnérables» selon le gouvernement Redford veut dire protéger les monopoles du pétrole, du gaz et autres tandis que les élèves et les enseignants, les aînés et les personnes qui les soignent et d'autres encore devront faire des sacrifices. Ces monopoles s'accaparent une part toujours plus grande de la richesse créée par le peuple travailleur qui transforme la richesse de la Terre Mère en valeur d'usage. Qu'est-ce que ces monopoles vont faire sinon - ramasser leurs sables bitumineux et retourner chez eux ?

Le but de cette « conversation » est de fermer la porte à toute discussion en mettant de l'avant de faux choix puis d'amener les gens à discuter de ces choix tout en créant un sentiment d'urgence.

Même avant l'annonce du budget, il était clair que les travailleurs et plusieurs Albertains refusaient de se laisser prendre à ce script frauduleux. Les gens savent qu'une « conversation » sérieuse est impossible avec quelqu'un qui soutient que la terre est plate. Et tout comme la science ne peut progresser à partir d'un tel point de vue, les sciences sociales ne peuvent s'entendre sur ce qui se passe et sur des alternatives en prenant comme point de départ des pseudo choix antisociaux.

Le gouvernement ne reconnaît pas ses obligations envers le peuple travailleur de l'Alberta qui crée la richesse et assure les services que requiert le peuple. Il a plutôt politisé les intérêts privés et tente désespérément de justifier une promotion irresponsable de la minorité riche et des monopoles mondiaux.

La position prosociale se développe dans la résistance au budget d'austérité de Redford sur la base d'une lutte concertée pour l'affirmation des droits de tous. Le gouvernement doit être tenu responsable pour ses attaques contre les programmes sociaux et contre les droits fondamentaux. Joignez-vous à cette lutte pour contrer l'offensive antisociale et le programme d'austérité !

(Traduction: LML)

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Falsification des chiffres pour créer une crise

Le gouvernement Redford dit aux Albertains qu'ils doivent accepter un budget d'austérité parce que le prix du bitume est peu élevé. La « solution » qui est mise de l'avant est double. D'abord couper dans les programmes sociaux et attaquer les travailleurs qui les assurent. Ensuite, bâtir à tout prix les oléoducs du Northern Gateway et de Kinder Morgan en dépit de la vaste opposition et du fait que les Premières Nations n'ont pas donné leur consentement.

Le raisonnement du gouvernement est doublement erroné. D'abord, les chiffres ne correspondent pas à ce qu'il avance. Deuxièmement, les mesures proposées n'offrent aucune solution mais, au contraire, font du tort à l'économie socialisée et attaquent les droits des Canadiens, des Albertains et des Premières Nations.

Il n'est pas possible de calculer comment le gouvernement a pu déterminer que la « bulle du bitume » mènerait à une « baisse de recettes de 6 milliards $ » cette année puisque les prévisions globales en matière de redevances sur le bitume en 2012-2013 était de 5,7 milliards $. Cela n'a aucun sens même lorsque tout le revenu provenant de ressources non renouvelables est compris dans le calcul.

Redford a affirmé que les redevances provenant du pétrole conventionnel avaient baissé de 1 milliard $. Comment est-ce possible ? Les redevances du pétrole conventionnel représentent environ 20 % du revenu issu de ressources non renouvelables pour 2012-2013. La projection pour les redevances globales du pétrole conventionnel était de 2,1 milliards $, compte tenu du prix du pétrole à 99,25 $ le baril. Si le prix moyen devait baisser à 94,00 $ le baril, les redevances en souffriraient d'environ 5 % ou 105 000 $, et non de 1 milliard $. Si les recettes pétrolières conventionnelles sont en fait inférieures de moitié de ce qui avait été prévu, la réponse ne se trouve pas dans le prix du pétrole.

La production ainsi que le prix du pétrole conventionnel ont connu une croissance pendant la dernière année, avec une croissance de 41 % en forage de nouveaux puits. Cependant, le gouvernement a prédit des redevances légèrement à la baisse. C'est un résultat direct des manoeuvres pour payer les riches pour les nouveaux puits horizontaux qui génèrent des redevances de seulement 5 % pour une période pouvant aller jusqu'à 3 ans. La chute de revenu, si chute il y a, serait due presque en totalité au fait que le gouvernement a réduit son taux de redevance.

Il y a aussi d'autres manoeuvres pour payer les riches qui expliquent ce qui advient des redevances. Par exemple, les monopoles des sables bitumineux ne doivent en pratique aucune redevance jusqu'à ce qu'ils aient payé tout le coût de la construction de l'usine et aient atteint un niveau de profit garanti. Ainsi l'impact des prix de pétrole inférieurs est transféré des cartels du pétrole au peuple albertain par la réduction de la réclamation des gouvernements à la richesse produite afin d'augmenter les profits des détenteurs du capital.

Les primes et la vente de concessions sur les terres publiques — souvent des terres ancestrales des Premières Nations — à des intérêts privés, ont rapporté environ 20 % des recettes des ressources non renouvelables. Ces recettes ont aussi chuté au cours de la récente année, à la suite de ventes record en 2011-2012, mais le gouvernement avait déjà calculé moins de recettes provenant des contrats de vente immobilière.

L'explication qui est fournie de la mauvaise évaluation du gouvernement n'est pas satisfaisante non plus. Selon Redford, la faute ne relève pas d'elle. « À la même date l'an dernier, les économistes du secteur privé, les spécialistes de l'industrie et les banques avaient prédit que le West Texas Intermediate Oil — le prix de référence du pétrole en Amérique du Nord — atteindrait une moyenne de 100 $ du baril en 2012. Les conservateurs fédéraux, nos voisins de la Saskatchewan et notre propre gouvernement se sont basés sur ce prix de référence pour leurs prévisions budgétaires. En réalité, ils ont prédit un prix légèrement inférieur par souci de précaution. En fin de compte, Texas Oil a fini par atteindre une moyenne de 94 $ l'année dernière — et cette différence de prix à elle seule a coûté à la province près de 1 milliard $ en recettes de redevances depuis le mois d'avril. »

Cette explication ne rime à rien. Le prix de production du pétrole est facile à connaître et il n'a rien d'imprévisible. Les prix du marché devraient refléter ce prix de production. Le fait que ce n'est pas le cas et que les prix du marché sont si imprévisibles démontrent jusqu'à quel point les spéculateurs et les parasites s'en mettent plein les poches. Comment un budget d'austérité qui fera encore plus de tort à l'économie socialisée est-il une solution ?

La redevance moyenne du bitume en 2012 était de 6,91 $ le baril et les redevances du pétrole brut étaient d'environ 12 $ le baril. Mais les monopoles profitent d'énormes avantages aux dépens du public, avantages provenant de la recherche, des routes et de l'infrastructure, d'une main-d'oeuvre formée, de subventions et d'incitatifs. Voilà ce qui réduit de beaucoup les véritables « redevances » allant au trésor public.

La classe ouvrière a intérêt à discuter et à mettre de l'avant des solutions qui sont favorables à la société. Un contrôle public du secteur du pétrole du gros serait un pas dans la bonne direction. Sous un contrôle public du secteur du pétrole du gros, le gouvernement pourrait accorder aux monopoles du pétrole un prix fixé par contrat sur la base d'un taux moyen de profit. On pourrait exiger plus de transformation et développer les secteurs d'affinage et pétrochimiques. Un contrôle public du montant de pétrole produit pourrait garantir que la quantité de pétrole produite reflète les marchés connus tandis que l'expansion des marchés vers l'Europe ou l'Asie devrait dépendre de l'approbation des peuples concernés, en particulier les Premières Nations.

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À la défense des services publics

Le Syndicat des employés provinciaux de l'Alberta (AUPE) et l'Association des sciences de la santé de l'Alberta ont tous les deux exprimé leur ferme opposition à l'ordre du jour d'austérité de Redford. Ils ont parlé des services que leurs membres prodiguent et dont les Albertains dépendent et souligné que ces services ne doivent pas être compromis par cette prétention frauduleuse que l'Alberta a « un problème de dépenses ».

Plusieurs personnes ont fait remarquer que le gouvernement a un problème de revenus. En fait, les monopoles et la minorité riche revendiquent une portion grandissante de la richesse que le peuple travailleur produit alors que la part qui va au gouvernement pour les programmes sociaux ainsi que la part revendiquée directement par les travailleurs décroît.

Dans une déclaration émise avant le discours de Redford, le président de l'AUPE, Guy Smith, a dit :

« Ce soir nos membres et tous les Albertains ont besoin de savoir exactement de la première ministre Redford quels sont ses plans en matière de services publics pour le prochain budget. Les Albertains veulent des programmes stables qui soutiennent notre qualité de vie. La première ministre a promis aux Albertains que des programmes importants comme les soins de santé et l'éducation ne seront pas affectés, mais hier nous avons révélé que des dizaines d'infirmières ont été licenciées à Edmonton et nous avons appris aujourd'hui que 49 lits pour personnes âgées ont été fermés à Red Deer. »

« Les Albertains veulent et méritent la stabilité non seulement dans les soins de santé mais dans tous les services. Mais notre croissance économique forte et continue met beaucoup de pressions sur ces services. »

La présidente de l'Association des sciences de la santé de l'Alberta, Elisabeth Ballerman, a aussi émis un communiqué avant le discours de Redford.

« Il y a des signes préoccupants qui nous indiquent que des services vitaux en soins de santé vont encore être coupés et nous savons tous que lorsque les soins de santé sont coupés, ce sont les patients qui en font les frais », a dit Ballerman.

« Dans un discours tenu aujourd'hui à Calgary, notre ministre des Finances a averti que des ' choix difficiles ' devront être faits dans le prochain budget. De plus, notre ministre de la Santé a indiqué que la province ne va probablement pas respecter son engagement à accroître le financement des soins de santé de 4,5 % pour la prochaine année et, chose choquante, le président des Services de santé de l'Alberta, Stephen Lockwood, a dit qu'il est prêt à l'accepter », a-t-elle dit.

« Je suggère qu'ils parlent aux Albertains qui attendent pour des soins dans les urgences ou pour une ambulance avant de prendre des décisions qui vont toucher le niveau des services. Des patients attendent déjà depuis des mois ou des années pour des traitements, nos services de soins de longue durée sont totalement inadéquats et nos services de soins communautaires sont en péril. Ces dernières semaines, nous avons vu de nouveau que notre système des services médicaux d'urgence est à bout. Les Albertains ont le droit de s'attendre à des normes de soins de santé qui sont maintenues durant la période des grippes. Une partie du problème vient du fait que des réductions ont déjà été faites dans les dépenses. »

Ballerman a expliqué que des coupures sont en train d'être faites qui sont dangereuses pour les Albertains.

« La vérité est que notre système de soins de santé manque de ressources parce que pendant des décennies le gouvernement a choisi de donner des congés non nécessaires en impôts et en redevances aux grandes entreprises et aux individus les plus riches. Le refus du gouvernement de simplement penser à réparer son système de revenus qui est en miettes est difficile à comprendre. Les Albertains ont maintes fois exprimé qu'ils veulent un régime de taxation plus équitable plutôt qu'un système de santé qui s'écroule », a dit Ballerman.

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