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Numéro 17 - 6
février 2013
Contestation de la
légitimité des politiques
d'austérité en Ontario et en Alberta
Un
nouveau premier ministre en Ontario: c'est encore Non!
• Non au recours à la Commission des
relations de travail pour criminaliser les enseignants et les
travailleurs de l'éducation - Mira Katz
Non au programme
d'austérité peu importe qui le met de l'avant
• Kathleen Wynne part perdante -
Enver Villamizar
• La Chambre de commerce rappelle les promesses
qui lui ont été faites - Dan Cerri
Les mesuers
d'austérité de l'Alberta sont une fraude
• La « conversation» d'Alison
Redford avec les Albertains - Peggy Morton
• Falsification des chiffres pour créer
une crise
• À la défense des services
publics
Un nouveau premier ministre en Ontario:
c'est encore Non!
Non au recours à la Commission des relations
de
travail pour criminaliser les enseignants
et les travailleurs de
l'éducation
- Mira Katz -
Les conventions collectives imposées par le
gouvernement continuent de créer le chaos dans le système
d'éducation. La Commission des relations de travail
de l'Ontario a maintenant tenu cinq jours d'audiences sur la
requête
de deux commissions scolaires visant à faire déclarer
comme une grève illégale le retrait des
enseignants de l'élémentaire des activités
parascolaires. C'est le président de la Commission, Bernard
Fishbein,
qui va statuer sur la requête qui vise la
Fédération
des
enseignantes-enseignants de l'élémentaires de l'Ontario
(FEEO). C'est le même Fishbein qui a statué que la
journée de grève prévue par les enseignants et les
travailleurs de l'éducation était illégale. Les
audiences ont débuté le 25 janvier et ont repris
aujourd'hui le 6 février.
La plaidoirie des commissions scolaires
Les commissions scolaires du district de Trillium
Lakelands et du district de Upper Canada demandent
dans leur requête que la CRT déclare « que la FEEO
et
ses officiers, représentants et agents ont lancé l'appel,
autorisé, conseillé, équipé en
matériel, appuyé
et encouragé une grève illégale et que les membres
de la fédération mènent une grève
illégale » et elles demandent aussi « que la CRT
exige des officiers,
représentants et agents de la FEEO et de quiconque agit en leur
nom qu'ils cessent et s'abstiennent d'appeler à une grève
illégale ou de l'autoriser, de l'appuyer,
de l'encourager ou de menacer d'appeler à la grève ou de
l'autoriser et cessent de mener une grève illégale
».
Les deux commissions scolaires font reposer leur
argument sur le fait que le 3 janvier dernier, des conventions
collectives ont été imposées à toutes les
unités
de négociation de la FEEP par un Ordre en Conseil, ce qui
rendait illégale toute grève des enseignants et des
travailleurs de l'éducation pendant la durée des
conventions collectives non négociées. Elles affirment
qu'en se retirant des activités parascolaires, les enseignants
font la grève.
La Loi sur l'éducation donne une
définition de la grève qui est différente que
celle qu'on retrouve dans la Loi sur les relations de
travail. On lit à la section 277.2(4) de la Loi sur
l'éducation
b) « grève » s'entend en outre d'une
action ou d'une activité de la part d'enseignants, comme groupe,
de concert ou d'un commun accord, qui vise à restreindre,
à limiter ou à gêner ou dont il est raisonnable de
s'attendre à ce qu'elle ait pour effet de restreindre, de
limiter ou de gêner :
(i) soit les activités
normales d'un conseil ou
de ses employés,
(ii) soit le fonctionnement
d'une ou de plusieurs des
écoles d'un conseil ou d'un ou de plusieurs programmes offerts
dans une ou plusieurs des écoles d'un
conseil,
(iii) soit l'exercice des
fonctions des enseignants
énoncées dans la Loi ou ses règlements
d'application, y compris toute cessation de services ou grève du
zèle de la part d'enseignants qui agissent comme groupe, de
concert ou d'un commun accord. 2000, chap. 11, art. 20; 2003, chap. 2,
par. 20 (2); 2009, chap.
25, art. 40.
Selon les commissions scolaires les membres de la FEEO
sont en grève illégale bien que c'est un fait bien connu
que les activités parascolaires sont des
activités volontaires et bénévoles.
Les commissions scolaires disent ne pas demander que les
activités volontaires deviennent obligatoires, mais elles
maintiennent tout de même que les
représentants de la FEEO mènent une grève
illégale en demandant aux enseignants de ne participer à
aucune activité au-delà de leurs 300 minutes
d'activités
d'enseignement quotidien. Elles donnent l'argument absurde qu'en
agissant ainsi le syndicat prive les enseignants de la
«liberté » de choisir dans quelles activités
ils vont participer. Évidemment, les commissions scolaires et
les gouvernements ne considèrent pas que les motifs
invoqués par les enseignants et les employés
pour ne pas faire d'activités parascolaires, à l'effet
qu'ils le font pour s'opposer à la négation de leurs
droits et libertés par la Loi 115 et l'imposition de
conventions collectives non négociées, montrent que ce
sont leurs droits et libertés qui sont en jeu et que leur action
est juste. Des arguments frauduleux sont
mis de l'avant alors qu'il est si clair que les actions des enseignants
et employés montrent qu'ils savent parfaitement ce qu'ils font
et sont conscients qu'on essaie
de criminaliser leur juste lutte contre la négation de leurs
droits. L'avocat représentant les commissions scolaires a
même dit que les membres de la FEEO
sont manipulés par la fédération qui les pousse
à commettre des actes illégaux.
 
Les arguments de la FEEO
La FEEO a débuté sa présentation en
remettant en cause la légitimité des conventions
collectives imposées en
faisant valoir que le retrait de la Loi 115 a invalidé les
conventions collectives et que le syndicat est de nouveau en position
de grève légale puisqu'il n'y a plus
de conventions collectives. Conséquemment, toute action
collective ou incitation à en tenir une ne peut pas
être considérée comme étant illégale.
Le ministère de l'Éducation
est tout de
suite intervenu contre cet argument initial par la voix de son avocat
qui a dit que les conventions collectives imposées
sont toujours valides malgré le retrait de la Loi 115 et que
toute grève ou incitation à la grève par un
syndicat ou ses membres étaient illégales.
La FEEO a aussi fait valoir qu'il n'y a pas de mesure
disciplinaire d'attachée aux bulletins et mémos que la
fédération envoie à ses membres et qu'en
conséquence on ne peut les considérer comme des
directives; les messages envoyés à ses membres ne visent
donc, selon la fédération, qu'à les aider à
décider
quelles activités sont volontaires et elles ne font que
réaffirmer le droit des enseignants de ne pas participer
à des activités volontaires.
La fédération conteste les
allégations des commissions scolaires à l'effet que le
retrait des enseignants des activités parascolaires aura un
« impact sérieux »
sur la sécurité, l'implication et la réussite des
étudiants.

«J'ai
prorogué mes activités extra-curriculaires
jusqu'à ce que vous détruisiez votre
convention 'imposée'! Négocions!»
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Dans le cours des audiences, la FEEO a fait remarquer
que
le gouvernement libéral, avec Kathleen Wynne comme ministre de
l'Éducation, a retiré en 2009
les références datant de l'époque de Mike Harris
aux activités parascolaires et scolaires-parascolaires de la
Loi sur l'éducation ce qui fait qu'on
ne peut pas les déclarer obligatoires et que les enseignants ne
font rien d'illégal en s'en retirant. « Une fois que le
gouvernement a retiré les activités
scolaires-parascolaires de la Loi sur l'éducation et
de la définition de ce qui constitue une grève, a dit
l'avocat de la FEEO, il n'y a rien qui empêche les
enseignants de refuser d'y participer».
Se référant à ce qui a
été dit à propos des actions individuelles, la
FEEO a fait valoir que tout ce qui est légal de faire pour un
individu l'est aussi pour
un groupe d'individus. Si l'État essaie de nier à un
groupe d'individus le droit de faire la même chose qu'un individu
a le droit de faire, cela constitue un bri
de la Charte des droits et libertés. L'avocat de la
FEEO a également soutenu que si la Loi 115 a
empêché quiconque d'exercer ses droits en vertu
de la Charte, alors la CRT doit aussi
considérer cette question pendant les audiences.
Toujours dans le contexte du chaos créé
par le gouvernement avec ses tactiques de coercition et son diktat pour
imposer l'austérité, la CRT a repris son
audience le 5 février de la plainte de certaines unités
locales et de membres de l'Association des enseignantes et enseignants
catholiques anglo-ontariens
(OECTA) contre l'exécutif provincial du syndicat à
l'effet que celui-ci a failli à son « devoir de
représentation » en signant une lettre d'entente avec le
gouvernement le 5 juillet 2012 sans consulter ses membres et la
soumettre à leur vote. La lettre d'entente de l'OECTA, au sujet
de laquelle le gouvernement
a prétendu faussement que 55 000 enseignants l'avaient
signée, est devenue le modèle des termes et conditions
qui ont été imposés 6 mois plus tard aux
enseignants et travailleurs de l'éducation qui ne les avaient
pas acceptés «volontairement » à la date
butoir du 31 décembre.

Non au programme
d'austérité peu importe qui le met de l'avant
Kathleen Wynne part perdante
- Enver Villamizar -
Kathleen Wynne a passé une bonne partie de son
discours de la victoire à tenter de masquer la crise dans
laquelle son parti et le parlement dans son ensemble
sont plongés. Elle a tenté de promouvoir l'unité
dans les rangs du Parti libéral au moment où les grosses
têtes abandonnent le navire. « Croyez-le ou non,
le plus dur est à venir. Nous devons maintenant relever le
défi qui est devant nous. On ne peut le faire qu'en travaillant
tous ensemble », a-t-elle dit. Elle a invité tous les
candidats et leur équipe de campagne à la rejoindre sur
la scène. « Nous devons préparer notre plate-forme
parce que nous devons être prêts à tout moment
pour une élection. En même temps, nous avons besoin de
toutes vos idées pour continuer à gouverner »,
a-t-elle ajouté.

«Il
nous a donné la santé électronique, ORNGE, des
centrales, la loi 115, la prorogation, et maintenant
notre premier premier premier ministre
non élu...? Au revoir Dalton!»
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Wynne fait face au défi non seulement d'appliquer
le programme
d'austérité, mais de le faire d'une façon qui
sauve
les libéraux de leur crise de légitimité. La
démission de McGuinty a montré qu'il n'a pas
été capable de maintenir son image « d'approche
équilibrée » en imposant l'austérité
aux Ontariens. La prorogation
du parlement était censée fournir une pause aux
libéraux pour qu'ils se remettent de leur défaite dans
l'élection partielle de Kitchener-Waterloo et des accusations
de corruption au parlement. Wynne a une lourde tâche devant elle.
Les médias ont dit que Wynne a des aptitudes pour
la
médiation. Elle a fait certains gestes envers les partis
d'opposition, tendant la perche au dirigeant
progressiste conservateur Tim Hudak et à la dirigeante du NPD
Andrea Horwath : « Tim, a-t-elle dit, parlons de
responsabilité fiscale. C'est important
pour toi. Ça l'est pour moi aussi. Andrea, tu veux créer
une société équitable. Moi aussi. Il y a tant de
choses que nous pouvons accomplir si vous acceptez
de travailler avec un gouvernement libéral fort et
futé. » Wynne cherche donc à présenter la
même notion « d'approche équilibrée »
que
celle de McGuinty. C'est
cette même approche qui a échoué à
émousser les contradictions et le rôle en revient au refus
des travailleurs d'accepter l'austérité. C'est le
même échec qui
attend Wynne.
Pendant tout son discours, Wynne n'a cessé de se
référer à la frauduleuse « approche
équilibrée » des libéraux. « Cette
course au leadership a été l'occasion
de réaffirmer les valeurs libérales; nous devons
être forts et justes. Nous devons embrasser toute
opportunité qui s'offre à nous. Nous devons nous en tenir
aux
tâches essentielles sans pour autant laisser personne
derrière nous. C'est pour cela que nous devons équilibrer
notre budget. C'est pour cela que nous devons
être résolus dans notre détermination fiscale. [
] .
Parce que les Ontariens ne veulent pas d'élections. Ils veulent
nous voir diriger la province. » Ces propos
sont démentis par l'expérience que vivent les
enseignants, les travailleurs de l'éducation et tous ceux qui se
battent contre la version libérale de l'austérité.
Au
nom de l'équilibre, les libéraux mettent de l'avant le
même programme que celui d'Hudak tout en brandissant le spectre
des conservateurs pour cacher ce qu'ils
font.
Wynne s'est aussi efforcée dans son discours de
racheter la crédibilité du parlement qui est si
discrédité aux yeux du public. McGuinty a prorogé
le parlement
en octobre peu après la défaite des libéraux et
des conservateurs dans l'élection partielle de
Kitchener-Waterloo et au milieu des accusations de corruption
portées
contre son gouvernement. Wynne a tenté de rétablir la
crédibilité du gouvernement et du parlement :
« Dans les prochains mois nous retournerons au
parlement, nous y reprendrons le travail et travaillerons avec
l'opposition pour démontrer aux Ontariens que nous sommes
capables de gouverner au sein d'un
gouvernement minoritaire », a-t-elle dit. Tentant de faire croire
que les libéraux ne sont pas en très mauvaise posture,
elle a ajouté qu'elle est prête à amener
son parti en élection et à travailler avec tous les
candidats libéraux pour redevenir un gouvernement majoritaire.
Que ce soit dans une élection ou dans la
période qui y
mène, la classe ouvrière va jouer un grand rôle en
combattant et en démasquant à la fois l'effort des
libéraux de se refaire un programme d'austérité
« équilibré » et l'effort des conservateurs
et
de Hudak d'imposer leur programme d'austérité
« préventif ». La
résistance organisée à Kitchener-Waterloo, la
lutte à l'échelle de la province contre la Loi 115 et le
programme d'austérité, notamment la mobilisation de masse
à la défense des droits lors du congrès à
la chefferie libérale, ont démontré que la classe
ouvrière est capable de le faire et ne se laissera pas
détourner par les
efforts qui sont faits pour liquider son combat.

La Chambre de commerce rappelle
les promesses qui lui ont été faites
- Dan Cerri -
La Chambre de commerce de l'Ontario a récemment
rendu publiques les réponses de Kathleen Wynne aux questions
qu'elle lui avait posées sur les priorités
des monopoles en Ontario. Mme Wynne avait répondu aux questions
avant le congrès à la chefferie du Parti libéral,
mais elles ont été publiées deux jours
après qu'elle
ait été sélectionnée par son parti.
Il est évident que la Chambre de commerce a
publié les réponses pour rappeler à la nouvelle
chef du Parti libéral ses engagements envers les mesures
d'austérité et les politiques pour payer les riches,
comme la récente subvention accordée à Toyota. Le
23 janvier, le jour où le gouvernement McGuinty abrogeait
la Loi 115 après s'en être servi pour voler 2,2 milliards
$ à l'éducation publique au cours des deux prochaines
années et des milliards d'autres pour les années
qui suivront, les gouvernements de Stephen Harper et de Dalton McGuinty
ont annoncé d'un commun accord l'octroi de 34 milliards $ de
fonds publics à Toyota
pour la construction d'une nouvelle ligne d'assemblage à
Cambridge, en Ontario.
Comme nous l'avons déjà écrit dans Ontario
Political
Forum, tous les monopoles internationaux qui ont des
opérations en Ontario sont membres
de la Chambre de commerce et la dominent. Ces monopoles sont bien
disposés à donner à Mme Wynne et au Parti
libéral une autre chance de livrer les mesures
d'austérité d'une façon
« équilibrée » mais ils sont
également prêts à donner une chance au conservateur
Tim Hudak et à son approche
« préventive ».
La plupart des réponses de Mme Wynne
s'apparentent à l'approche du « juste milieu » de
Dalton McGuinty
qui met l'accent sur « la nécessité de travailler
ensemble » pour éliminer le déficit, une tentative
de
faire accepter les dures réalités de
l'austérité. À une question sur le
développement de la main-d'oeuvre au
XXIe siècle, Kathleen Wynne répond :
« Nous devons mettre au point un modèle soutenable
pour la négociation des salaires, un dialogue structuré
avec nos partenaires dans le secteur public pour créer des
modèles innovateurs par l'engagement et la négociation.
Nous ne pouvons pas nous permettre des
cycles récurrents d'instabilité dans la livraison de nos
précieux services publics. » C'est une façon
de dire qu'il faut trouver les moyens de convaincre
les travailleurs d'accepter un ordre du jour illégitime.
La classe ouvrière a déjà
donné une réponse méritée à McGuinty
quant il a tenté de convaincre les enseignants et les
travailleurs de l'éducation d'accepter
la Loi 115 comme condition du programme d'austérité.
Quant à développer une main-d'oeuvre moderne, la classe
ouvrière voit les choses différemment, elle
voit plutôt la nécessité de mettre fin à la
marginalisation des travailleurs dans les prises de décisions, y
compris par le développement de leur propre politique
indépendante qui défend leurs propres
intérêts. Ils refusent d'accepter un programme
d'austérité illégitime, peu importe qui le leur
propose.
De même, Mme Wynne a répondu aux questions
de la Chambre de commerce concernant le
« rétablissement de l'équilibre
budgétaire » en
disant que les Ontariens doivent « garder le
cap » concernant l'élimination du déficit
d'ici 2017-18 et « voir à ce que l'Ontario soit un
environnement de premier choix pour l'investissement ».
Comme McGuinty, elle cherche à justifier l'ouverture de
l'économie à des intérêts privés tout
en coupant les dépenses pour les programmes sociaux. Mais
l'expérience directe enseigne aux travailleurs que les
priorités des libéraux et des conservateurs
sont les priorités des riches qui réclament qu'une plus
grande partie de l'économie et de ses avoirs soit mise à
leur disposition. Et les travailleurs disent Non!
Poursuivant les projets d'infrastructure pour payer les
riches du gouvernement McGuinty, Kathleen Wynne parle de l'importance
du chemin de fer de la
rivière Détroit, du pont international et d'autres
projets vitaux pour attirer les investissements et transporter les
marchandises. Tout cela montre qu'on aura affaire
à d'autres stratagèmes pour payer les riches au service
des monopoles que les libéraux privilégient.
Plusieurs des réponses de Mme Wynne aux questions
de la Chambre de commerce ont à voir avec une économie
centrée sur le besoin de poursuivre dans
la direction antisociale du gouvernement McGuinty. Le mouvement ouvrier
continuera d'exiger des comptes de Wynne et de son
« nouveau »
gouvernement.

Les mesures d'austérité de
l'Alberta sont une fraude
La «conversation» d'Alison Redford
avec les Albertains
- Peggy Morton -
Le 24 janvier, la première ministre de l'Alberta,
Alison Redford, s'est adressée aux Albertains dans une
allocution de huit minutes. La CBC aurait mis un
temps d'antenne sans frais à la disposition du gouvernement,
mais celui-ci a préféré payer CTV pour une
production à grand déploiement à même le
domicile
de Redford. Les auditeurs avaient déjà un
avant-goût des choses à venir - un mélodrame haut
en couleur au thème familier : il n'y a pas d'autre alternative
qu'un budget d'austérité et le peuple n'aura d'autre
choix que de s'y faire.
Il a été question de recettes provenant de
ressources non renouvelables, y compris les recettes en redevances et
les ventes de terres, le tout présenté d'une
façon qui n'a aucun sens. Redford a affirmé : « La
plus grande partie de notre pétrole est maintenant du bitume
provenant des sables bitumineux. À cause des
niveaux de production en croissance rapide aux États-Unis et
parce que nous ne pouvons vendre notre pétrole ailleurs que sur
le marché américain, l'Alberta
n'obtient qu'un peu plus de 50 dollars le baril de pétrole.
Cette " bulle du bitume " signifie que le gouvernement
albertain aura un manque àgagner de six
milliards$ en revenus cette année. »
Cette déclaration laisse entendre qu'il existe
une baisse de six milliards $ en revenus du bitume. En fait, une
estimation des redevances totales pour 2012-13
les place à seulement 5,7 milliards $, un chiffre basé
sur
la prédiction d'une hausse des prix de 30 % de plus que les
redevances de 2011-2012.
Ce gouvernement n'a pas oublié la
résistance du peuple face aux activités destructrices de
Ralph Klein, et c'est ce souvenir qui fait dire à Redford que
cette
fois le gouvernement aura un plan. Les Albertains devraient donc
trépigner de joie du fait que les coupures aux programmes
sociaux seront faites avec précision
chirurgicale plutôt que de façon maladroite. Redford a
déclaré : « Il ne suffit plus de simplement couper
les dépenses gouvernementales d'un bout à l'autre, ce
qui voudrait dire que les Albertains vulnérables seraient ceux
qui en subiraient le plus les contrecoups. » Elle s'est ensuite
présentée comme une femme au
courage exemplaire : « Et il ne suffit pas non plus de prendre la
voie facile qui serait d'augmenter les taxes et préparer le
terrain pour une " discussion " à savoir
si le peuple doit accepter des coupures aux programmes sociaux, d'une
part, ou des augmentations de taxes, de l'autre, ou encore les deux.
»
Si on se fie à ses actes,
la protection des
« plus vulnérables» selon le gouvernement Redford
veut dire protéger les monopoles du pétrole, du gaz et
autres
tandis que les élèves et les enseignants, les
aînés et les personnes qui les soignent et d'autres encore
devront faire des sacrifices. Ces monopoles s'accaparent
une part toujours plus grande de la richesse créée par le
peuple travailleur qui transforme la richesse de la Terre Mère
en valeur d'usage. Qu'est-ce que ces
monopoles vont faire sinon - ramasser leurs sables bitumineux et
retourner chez eux ?
Le but de cette « conversation » est de
fermer la porte à toute discussion en mettant de l'avant de faux
choix puis d'amener les gens à discuter de ces choix
tout en créant un sentiment d'urgence.
Même avant l'annonce du budget, il était
clair que les travailleurs et plusieurs Albertains refusaient de se
laisser prendre à ce script frauduleux. Les gens
savent qu'une « conversation » sérieuse est
impossible avec quelqu'un qui soutient que la terre est plate. Et tout
comme la science ne peut progresser à partir
d'un tel point de vue, les sciences sociales ne peuvent s'entendre sur
ce qui se passe et sur des alternatives en prenant comme point de
départ des pseudo choix
antisociaux.
Le gouvernement ne reconnaît pas ses obligations
envers le peuple travailleur de l'Alberta qui crée la richesse
et assure les services que requiert le peuple.
Il a plutôt politisé les intérêts
privés et tente désespérément de justifier
une promotion irresponsable de la minorité riche et des
monopoles mondiaux.
La position prosociale se développe dans la
résistance au budget d'austérité de Redford sur la
base d'une lutte concertée pour l'affirmation des droits de
tous.
Le gouvernement doit être tenu responsable pour ses attaques
contre les programmes sociaux et contre les droits fondamentaux.
Joignez-vous à cette lutte pour
contrer l'offensive antisociale et le programme
d'austérité !

Falsification des chiffres pour créer une crise
Le gouvernement Redford dit aux Albertains qu'ils
doivent accepter un budget d'austérité parce que le prix
du bitume est peu élevé. La
« solution » qui est mise de l'avant est double.
D'abord couper dans les programmes sociaux et attaquer les travailleurs
qui les assurent. Ensuite,
bâtir à tout prix les oléoducs du Northern Gateway
et de Kinder Morgan en dépit de la vaste opposition et du fait
que les Premières Nations n'ont pas donné
leur consentement.
Le raisonnement du gouvernement est doublement
erroné. D'abord, les chiffres ne correspondent pas à ce
qu'il
avance. Deuxièmement, les mesures proposées
n'offrent aucune solution mais, au contraire, font du tort à
l'économie socialisée et attaquent les droits des
Canadiens, des Albertains et des Premières
Nations.
Il n'est pas possible de calculer comment le
gouvernement a pu déterminer que la « bulle du
bitume » mènerait à une « baisse de
recettes
de 6 milliards $ » cette année puisque les
prévisions globales en matière de redevances sur le
bitume en 2012-2013 était de
5,7 milliards $. Cela n'a aucun sens même lorsque tout
le revenu provenant de ressources non renouvelables est compris dans le
calcul.
Redford a affirmé que les
redevances provenant du
pétrole conventionnel avaient baissé de
1 milliard $. Comment est-ce possible ? Les
redevances du pétrole conventionnel représentent environ
20 % du revenu issu de ressources non renouvelables pour
2012-2013. La projection pour les
redevances globales du pétrole conventionnel était de
2,1 milliards $, compte tenu du prix du pétrole
à 99,25 $ le baril. Si le prix moyen devait
baisser à 94,00 $ le baril, les redevances en souffriraient
d'environ 5 % ou 105 000 $, et non de
1 milliard $. Si les recettes
pétrolières conventionnelles sont en fait
inférieures de moitié de ce qui avait été
prévu, la réponse ne se trouve pas dans le prix du
pétrole.
La production ainsi que le prix du pétrole
conventionnel ont connu une croissance pendant la dernière
année, avec une croissance de 41 % en forage
de nouveaux puits. Cependant, le gouvernement a prédit des
redevances légèrement à la baisse. C'est un
résultat direct des manoeuvres pour payer les riches
pour les nouveaux puits horizontaux qui génèrent des
redevances de seulement 5 % pour une période pouvant aller
jusqu'à 3 ans. La chute de
revenu, si chute il y a, serait due presque en totalité au fait
que le gouvernement a réduit son taux de redevance.
Il y a aussi d'autres manoeuvres pour payer les riches
qui expliquent ce qui advient des redevances. Par exemple, les
monopoles des sables bitumineux ne
doivent en pratique aucune redevance jusqu'à ce qu'ils aient
payé tout le coût de la construction de l'usine et aient
atteint un niveau de profit garanti. Ainsi
l'impact des prix de pétrole inférieurs est
transféré des cartels du pétrole au peuple
albertain par la réduction de la réclamation des
gouvernements à la richesse
produite afin d'augmenter les profits des détenteurs du capital.
Les primes et la vente de concessions sur les terres
publiques — souvent des terres ancestrales des Premières Nations
— à des intérêts privés, ont rapporté
environ 20 % des recettes des ressources non renouvelables. Ces
recettes ont aussi chuté au cours de la récente
année, à la suite de ventes record en 2011-2012, mais le
gouvernement avait déjà calculé moins de recettes
provenant des contrats de vente immobilière.
L'explication qui est fournie de la mauvaise
évaluation du gouvernement n'est pas satisfaisante non plus.
Selon Redford, la faute ne relève pas d'elle.
« À la même date l'an dernier, les
économistes du secteur privé, les spécialistes de
l'industrie et les banques avaient prédit que le West Texas
Intermediate
Oil — le prix de référence du pétrole en
Amérique du Nord — atteindrait une moyenne de 100 $ du
baril en 2012. Les conservateurs fédéraux, nos voisins
de la Saskatchewan et notre propre gouvernement se sont basés
sur ce prix de référence pour leurs prévisions
budgétaires. En réalité, ils ont prédit un
prix
légèrement inférieur par souci de
précaution. En fin de compte, Texas Oil a fini par atteindre une
moyenne de 94 $ l'année dernière — et cette
différence
de prix à elle seule a coûté à la province
près de 1 milliard $ en recettes de redevances depuis
le mois d'avril. »
Cette explication ne rime à rien. Le prix de
production du pétrole est facile à connaître et il
n'a rien d'imprévisible. Les prix du marché devraient
refléter
ce prix de production. Le fait que ce n'est pas le cas et que les prix
du marché sont si imprévisibles démontrent
jusqu'à quel point les spéculateurs et les parasites
s'en mettent plein les poches. Comment un budget
d'austérité qui fera encore plus de tort à
l'économie socialisée est-il une solution ?
La redevance moyenne du bitume en 2012 était
de 6,91 $ le baril et les redevances du pétrole brut
étaient d'environ 12 $ le baril. Mais
les monopoles profitent d'énormes avantages aux dépens du
public, avantages provenant de la recherche, des routes et de
l'infrastructure, d'une main-d'oeuvre
formée, de subventions et d'incitatifs. Voilà ce qui
réduit de beaucoup les véritables
« redevances » allant au trésor public.
La classe ouvrière a intérêt
à discuter et à mettre de l'avant des solutions qui sont
favorables à la société. Un contrôle public
du secteur du pétrole du gros
serait un pas dans la bonne direction. Sous un contrôle public du
secteur du pétrole du gros, le gouvernement pourrait accorder
aux monopoles du pétrole un
prix fixé par contrat sur la base d'un taux moyen de profit. On
pourrait exiger plus de transformation et développer les
secteurs d'affinage et pétrochimiques.
Un contrôle public du montant de pétrole produit pourrait
garantir que la quantité de pétrole produite
reflète les marchés connus tandis que l'expansion des
marchés vers l'Europe ou l'Asie devrait dépendre de
l'approbation des peuples concernés, en particulier les
Premières Nations.

À la défense des services publics
Le Syndicat des employés provinciaux de l'Alberta
(AUPE) et l'Association des sciences de la santé de l'Alberta
ont tous les deux exprimé leur ferme
opposition à l'ordre du jour d'austérité de
Redford. Ils ont parlé des services que leurs membres prodiguent
et dont les Albertains dépendent et souligné que
ces services ne doivent pas être compromis par cette
prétention frauduleuse que l'Alberta a « un
problème de dépenses ».
Plusieurs personnes ont fait remarquer que le
gouvernement a un problème de revenus. En fait, les monopoles et
la minorité riche revendiquent une portion
grandissante de la richesse que le peuple travailleur produit alors que
la part qui va au gouvernement pour les programmes sociaux ainsi que la
part revendiquée
directement par les travailleurs décroît.
Dans une déclaration émise avant le
discours de Redford, le président de l'AUPE, Guy Smith, a
dit :
« Ce soir nos membres et tous les Albertains
ont besoin de savoir exactement de la première ministre Redford
quels sont ses plans en matière de
services publics pour le prochain budget. Les Albertains veulent des
programmes stables qui soutiennent notre qualité de vie. La
première ministre a promis
aux Albertains que des programmes importants comme les soins de
santé et l'éducation ne seront pas affectés, mais
hier nous avons révélé que des dizaines
d'infirmières ont été licenciées à
Edmonton et nous avons appris aujourd'hui que 49 lits pour
personnes âgées ont été fermés
à Red Deer. »
« Les Albertains veulent et méritent
la stabilité non seulement dans les soins de santé mais
dans tous les services. Mais notre croissance économique
forte et continue met beaucoup de pressions sur ces
services. »
La présidente de l'Association des sciences de la
santé de l'Alberta, Elisabeth Ballerman, a aussi émis un
communiqué avant le discours de Redford.
« Il y a des signes préoccupants qui
nous indiquent que des services vitaux en soins de santé vont
encore être coupés et nous savons tous que lorsque
les soins de santé sont coupés, ce sont les patients qui
en font les frais », a dit Ballerman.
« Dans un discours tenu aujourd'hui à
Calgary, notre ministre des Finances a averti que des ' choix
difficiles ' devront être faits dans le prochain
budget. De plus, notre ministre de la Santé a indiqué que
la province ne va probablement pas respecter son engagement à
accroître le financement des soins
de santé de 4,5 % pour la prochaine année et, chose
choquante, le président des Services de santé de
l'Alberta, Stephen Lockwood, a dit qu'il est prêt
à l'accepter », a-t-elle dit.
« Je suggère qu'ils parlent aux
Albertains qui attendent pour des soins dans les urgences ou pour une
ambulance avant de prendre des décisions qui
vont toucher le niveau des services. Des patients attendent
déjà depuis des mois ou des années pour des
traitements, nos services de soins de longue durée sont
totalement inadéquats et nos services de soins communautaires
sont en péril. Ces dernières semaines, nous avons vu de
nouveau que notre système des services
médicaux d'urgence est à bout. Les Albertains ont le
droit de s'attendre à des normes de soins de santé qui
sont maintenues durant la période des grippes. Une
partie du problème vient du fait que des réductions ont
déjà été faites dans les
dépenses. »
Ballerman a expliqué que des coupures sont en
train d'être faites qui sont dangereuses pour les Albertains.
« La vérité est que notre
système de soins de santé manque de ressources parce que
pendant des décennies le gouvernement a choisi de donner des
congés non nécessaires en impôts et en redevances
aux grandes entreprises et aux individus les plus riches. Le refus du
gouvernement de simplement penser
à réparer son système de revenus qui est en
miettes est difficile à comprendre. Les Albertains ont maintes
fois exprimé qu'ils veulent un régime de taxation
plus équitable plutôt qu'un système de santé
qui s'écroule », a dit Ballerman.

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