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Numéro 9 - 25 janvier
2013
Affirmation des droits des
Premières Nations
La chef Theresa Spence met fin à
sa grève de la faim
et promet de continuer la lutte pour les droits
des Premières Nations
Marche des
Premières Nations et supporteurs de Tilbury au Pont Ambassadeur
à Windsor le 16 janvier 2013
Affirmation
des droits des Premières Nations
• La chef Theresa Spence promet de continuer la
lutte pour les droits des Premières Nations
• Une défense résolue des droits
des Premières Nations
• Des chefs cris de l'Alberta demandent un
contrôle judiciaire des lois C-38et C-45
• Séance d'information et
d'échange de la Première Nation K'omoks pour
développer l'unité à la défense des droits
de tous
• Le chef du Grand Conseil de la nation
Anishinabek refuse la médaille de la reine
Entrevue et
conversation
• Le Grand Chef Stewart Phillip,
président de l'Union des chefs indiens de la Colombie-Britannique
• Deux aînés
Affirmation des droits des
Premières Nations
La chef Theresa Spence met fin à
sa grève de la faim
et promet de continuer la lutte pour les droits
des Premières Nations
La chef d'Attawapiskat Theresa Spence et le chef Raymond
Robinson de Cross Lake, au Manitoba, ont mis fin à leur
grève de la faim jeudi le 24 janvier. Dans un
communiqué émis de l'hôpital où elle
était jeudi matin, la chef Theresa Spence a
déclaré : « Nous mettons fin à nos
grèves de la faim avec des engagements signés par les
leaders élus des Premières Nations et des partis
d'opposition, pour concrétiser notre plan d'action qui assurera
que les droits en vertu des traités seront reconnus,
honorés et mis en oeuvre. De plus, nous demandons toujours une
rencontre immédiate avec la Couronne, les
 
L'aîné
Raymond Robinson et la chef Theresa Spenc |
gouvernements provinciaux et fédéral, afin
de renouveler et de repartir à neuf cette relation volatile. Les
peuples autochtones ont vécu bien en deçà du
plancher de la pauvreté dans un pays considéré
comme l'un des plus riches au monde. Nous ne serons désormais
plus passifs, et un précédent a été
établi au cours des dernières six semaines. On ne peut
retourner en arrière, nos voix ont été entendues
et maintenant je vous demande de vous impliquer pour faire avancer ce
qui est à notre ordre du jour. »
(Déclaration
publiée dans La Presse Canadienne)

Une défense résolue des droits des
Premières Nations
L'État a exercé une énorme pression
sur la chef Theresa Spence au cours de ses six semaines de grève
de la faim pour qu'elle abandonne la lutte pour les droits ancestraux,
issus de traités et constitutionnels des Premières
Nations, et les laisse s'évaporer en énoncés de
principe. Le 20 janvier, au 41e jour de sa grève de la faim, la
chef de la Première Nation d'Attawapiskat a accordé une
entrevue à l'émission Question Period de CTV. Elle
était accompagnée de deux autres aînés,
Raymond Robinson du Manitoba, qui est aussi en grève de la faim,
et de son porte-parole, Danny Metatawabin.
Au cours de cette entrevue,
la chef Spence a présenté une défense de principe
de sa position. Au lieu de discuter cette défense des droits et
de la voie à suivre pour les affirmer, l'animateur de CTV, Kevin
Newman, lui a suggéré d'abandonner sa grève de la
faim et de laisser le champ libre à l'ordre du jour de Harper,
alors qu'il est le responsable des violations actuelles des droits des
Premières Nations.
La chef Theresa Spence a indiqué que les droits
issus de traités et les droits constitutionnels relèvent
de la Couronne, car ils sont des droits de nation à nation et
que la présence du gouverneur général est
nécessaire à toutes les rencontres pour faire respecter
le principe de ces droits. Elle a déclaré que la
rencontre du 11 janvier entre Harper et quelques chefs des
Premières Nations et le grand chef Atleo de l'APN n'a
été qu'une réunion d'un « groupe de
travail » — pas une réunion de nation à
nation. Elle a rappelé à Newman l'importance du principe
des relations de nation à nation et souligné que, en ce
qui concerne les Premières nations, les traités ont
été négociés de nation à nation avec
la Couronne, il est donc toujours important que le gouverneur
général soit présent, même si cette
présence est symbolique, sinon ce principe est
éliminé.
« Nous demandons une rencontre, a-t-elle dit.
Qu'est-ce qui empêche le premier ministre et le gouverneur
général de nous rencontrer ? »
Au chantage affectif de la question :
« Et si vos filles vous demandaient d'arrêter
maintenant ? », elle a répondu calmement qu'elle
avait parlé à ses cinq filles et leur avait
expliqué sa position. Si quoi que ce soit devait lui arriver,
elle s'était assurée que l'on s'occuperait d'elles et que
rien ne pourrait la dissuader de sa position.
Newman a interrogé la chef Theresa Spence au
sujet des « irrégularités »
constatées au cours d'une vérification comptable de la
gestion de sa communauté effectuée l'an dernier qui ont
été transmises aux médias et largement
diffusées dans tout le pays. Elle a expliqué que cette
vérification comptable avait été faite par le
gouvernement fédéral actuel et que le Conseil de bande
avait coopéré avec les vérificateurs. Elle a
déclaré que des documents pertinents étaient
archivés et que les auditeurs ne les ont même pas
examinés ; lorsqu'elle a demandé qu'une
vérification comptable exhaustive soit faite, les
vérificateurs ont dit que cela prendrait trop de temps.
Au cours de l'entrevue, il a été
révélé qu'il existait un accord avec le
gouvernement que les lacunes de la vérification comptable ne
seraient pas utilisées contre la communauté
d'Attawapiskat. La chef Theresa Spence a dit qu'elle était
« déçue » que cela ait
été soulevé dans les médias pendant sa
grève de la faim pour la criminaliser elle et son peuple et
utilisé pour tenter d'amener les Canadiens à s'opposer de
manière raciste aux Premières Nations.
Pendant l'interview, Danny Metatawabin a lu des articles
de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples
autochtones et a indiqué la façon dont le gouvernement
Harper refuse de se conformer à ces principes consacrés
par le droit international.
Alors que l'animateur ne cessait de
répéter qu'il fallait cesser la grève de la faim
maintenant que Harper s'était engagé envers les
Premières Nations à examiner leurs droits issus de
traités, l'aîné Raymond Robinson a répondu
que si c'était le cas, alors pourquoi les projets de lois C-27,
C-45, S-2, S-8 et un train de projets de lois contre les
Premières Nations étaient-ils toujours à l'agenda.

Des chefs cris de l'Alberta demandent un
contrôle judiciaire des lois C-38et C-45
Le 8 janvier, deux chefs de Premières
Nations cries de l'Alberta ont demandé un contrôle
judiciaire des lois omnibus C-38 et C-45. Le lendemain,
l'émission de radio Discussion de Vancouver Co-Op
Radio a interviewé deux leaders autochtones albertains, Joe
Dion, le président et PDG de Frog Lake Energy Resources
Corporation, parlant au nom de la Première Nation de Frog Lake,
et le chef de la Première Nation crie Mikisew Steve
Courtoreille, qui participent tous deux à cette poursuite en
justice contre le gouvernement Harper.
Joe Dion a dit que ces lois constituent « une
abrogation complète, un assaut total contre les droits des
Premières Nations, des droits que nous avons selon la
Constitution... Selon nous, la seule façon de stopper Harper
c'est d'utiliser ses propres lois, d'utiliser la Constitution qui est
là pour protéger tous les Canadiens, l'amener en cour et
laisser les juges décider. Nous avons confiance que les juges
vont décider en notre faveur.
« [Harper] est en train de démanteler
plusieurs lois — la Loi sur les pêches, la Loi
canadienne sur l'évaluation environnementale, la Loi
sur la protection des eaux navigables et la Loi sur les
Indiens afin de changer le processus en vertu duquel les projets
majeurs sont approuvés. Harper appelle cela une loi de
création d'emplois. Mais nous devons faire très attention
à ne pas fouler aux pieds les droits du peuple, ceux des
Premières Nations comme ceux de la population en
général. »
Dion a expliqué que la nation Frog Lake met
l'accent sur le fait que le gouvernement fédéral ne les a
pas consultés à propos de ces lois. « La
constitution, a-t-il dit, oblige Harper à nous consulter. Les
chefs des autres Premières Nations nous appuient, d'autres
Canadiens nous appuient également.
« C'est le
gouvernement fédéral et non les provinces qui ont
l'obligation d'honorer l'engagement du Canada envers les
traités. »
Dion a ajouté qu'il était le chef des
Premières Nations de l'Alberta à l'époque
où Trudeau négociait avec le gouvernement britannique
pour rapatrier l'Acte de l'Amérique du Nord britannique de
1867 au Canada. Lui-même ainsi que d'autres leaders
autochtones se sont assurés que l'intégrité de
l'engagement de la Couronne envers les traités de nation
à nation a été transférée au Canada
dans la Loi constitutionnelle de 1982 sous l'article 35. Dion a
dit que les Canadiens doivent comprendre que le Canada a
été bâti sur la base des engagements de la Couronne
par la voie de traités solennels et permanents avec les
Premières Nations.
« On ne parle pas de reliques ici, de vieux
documents », a dit Dion en ajoutant qu'ils garantissent
« des droits définis à nos
peuples ». Il a dit que son peuple pratique toujours la
chasse, la pêche, la trappe et la cueillette. C'est vrai qu'il y
a une nouvelle économie, a-t-il dit, mais le
développement économique doit être fait de
façon très consciente.
« Tout le monde doit être
impliqué dans le développement et l'environnement doit
être protégé. Il y aura toujours des impacts, mais
vous devez maintenir un équilibre où les gens ont des
emplois, et où l'eau et le poisson sont
protégés. »
Dion a ajouté que le chef de la Première
Nation de Frog Lake a dit que « nous n'allons pas laisser
tomber la protection de l'environnement. Nous n'allons pas abandonner
notre eau claire. Nous n'allons pas abandonner notre poisson. Nous
n'allons pas renoncer à nos droits pour votre tout puissant
dollar. »
Parlant de la situation à Attawapiskat et de la
grève de la faim de la chef Theresa Spence, Dion a dit que c'est
le gouvernement et non le peuple canadien qui est responsable des
conditions sur ce territoire.
Il a demandé comment il se fait que le
gouvernement amène des travailleurs étrangers temporaires
au Canada alors qu'ici même les jeunes des Premières
Nations veulent être formés et travailler.
Il a conclu en disant qu'il appuie de tout coeur le
mouvement Idle No More et la demande de la chef Theresa Spence pour une
rencontre entre le premier ministre, le gouverneur
général et les chefs des Premières Nations.
Steve Courtoreille, le chef de la Première Nation
crie de Mikisew, qui parlait d'Ottawa, a dit à Discussion :
« Nous avons décidé de contester les lois
C-38 et C-45 parce que, si nous ne le faisons pas, le
gouvernement et les compagnies vont avoir libre accès à
notre territoire pour y détruire à volonté l'air,
l'eau et la terre. Il n'y aura aucun contrôle parce que le
gouvernement a abdiqué son propre rôle dans
l'évaluation environnementale. Les nouvelles lois ne
protègent qu'un nombre limité de cours d'eau. »
Les cours d'eau qui sont exclus des mesures de
protection comprennent la Peace River qui se jette à grands
courants dans le lac Athabasca et la rivière Athabasca qui se
jette dans le lac Athabasca à partir de Fort Chipewyan.
Courtoreille a dit que ces cours d'eau non protégés
contiennent d'importantes zones de frai.
« Ces lois contreviennent à notre
intérêt national, a-t-il ajouté. Le gouvernement ne
nous a pas consultés. Un des ministres qui a été
interviewé le 8 janvier à Ottawa a dit qu'il y a eu
consultation avec les Premières Nations au niveau national. Je
le mets au défi de nous dire quelles Premières Nations il
a consultées. Nous avons gagné notre cause en
2005 à l'effet que le gouvernement est obligé de
nous consulter. Selon nous, cela veut dire des consultations face
à face. Le gouvernement doit s'asseoir avec nous à la
même table et d'autant plus quand la décision affecte
l'avenir de notre peuple. Cela n'a pas eu lieu et j'aimerais bien
savoir quelles nations ils ont consultées selon eux. »
« Cette question ne concerne pas seulement
les peuples autochtones, a dit le Chef Courtoreille en conclusion. Les
lois C-38 et C-45 affectent tous les Canadiens ; c'est
une question pour le peuple canadien également. »

Séance d'information et d'échange de la
Première Nation K'omoks pour développer l'unité
à la défense des droits de tous
Manifestation devant le
bureau du ministre fédéral des Affaires autochtones John
Duncan à Courtenay, Colombie-Britannique, le 11 janvier 2013
La Vallée de Comox a connu quatre actions en
un mois pour exprimer l'opposition des Premières Nations et de
toute la communauté à la violation des droits que
constituent les lois C-38 et C-45. Le 29 décembre, un
rassemblement s'est tenu au Parc Simms suivi d'une marche vers les
bureaux de John Duncan, le ministre des Affaires autochtones et du
développement du Nord canadien. Le 6 janvier, des dizaines
de manifestants ont envahi l'artère principale de Courtenay en
appui à la chef Theresa Spence et pour protester contre les deux
lois omnibus. Le 11 janvier, plus de 300 personnes ont
manifesté devant les bureaux de John Duncan à Courtenay.
Le 19 janvier, la Première Nation K'omoks a
ouvert sa Grande Maison à toute la communauté pour une
séance d'information et d'échanges. Dans ses mots de
bienvenue à tous, Andy Everson a expliqué que c'est tout
à fait approprié de se rassembler à
l'intérieur de cette enceinte pour s'éduquer, s'informer
et partager nos connaissances. Le chef nouvellement élu des
K'omoks, Rob Everson, a dit qu'à ce moment de la lutte contre
les lois omnibus du gouvernement Harper, s'éduquer sur les
impacts de ces lois sur les Premières Nations et sur tous les
Canadiens et bâtir l'unité combattante à la
défense des droits de tous est très important.
Une danse traditionnelle de bienvenue a
été exécutée avant que le premier orateur
John Powell de Village Island à Fort Rupert ne prenne la parole.
Les mots de la chanson disaient entre autres choses :
« Nous sommes tellement heureux de vous avoir parmi nous.
Nous souhaitons que vous restiez pour toujours. » La Grande
Maison, a-t-on expliqué, est située en territoire
autochtone jamais cédé, mais ce combat à la
défense de nos droits, « c'est notre combat à
tous ». En présentant John Powell, Andy a dit que ce
qui a poussé Idle No More et les peuples dans le monde à
entrer en action, c'est la loi C-45. Jusque là, a-t-il dit,
même compte tenu de la C-38 qui était aussi mauvaise
sinon pire, plusieurs d'entre nous étions inactifs, pensant que
c'est quelqu'un d'autre qui allait veiller sur nous et rectifier les
choses. Il a dit qu'il faut organiser des actions de masse parce que le
gouvernement n'écoutera pas si seules quelques voix
s'élèvent.
Marche vers le bureau du
ministre Duncan à Courtenay, le 29 décembre 2012
John Powell a expliqué les fondements historiques
et constitutionnels de la position des Premières Nations sur les
traités d'échange internationaux et les lois omnibus
récemment adoptées. Sous l'ALENA, a-t-il expliqué,
une compagnie californienne est en train de poursuivre le Canada et de
réclamer 14 milliards $ en dommages pour une
décision prise en Colombie-Britannique de ne pas exporter notre
eau. Il y a environ un an, plusieurs grandes entreprises
pétrolières ont présenté une liste de
demandes au gouvernement Harper, des changements qu'ils souhaitaient
pour leur permettre de faire de bonnes affaires. En faisant amender la Loi
sur la protection des eaux navigables et d'autres lois par le
biais des lois omnibus, on permet aux compagnies
pétrolières de « faire ce qu'elles veulent sur
nos territoires ». Le mouvement mondial qu'est Idle No More
vise à sauver les territoires, ce qui comprend tous les
êtres humains, tous les animaux, les plantes, les montagnes,
l'eau et l'air. Il a dit que les Premières Nations et tous les
citoyens du Canada doivent prendre en main de faire de la politique,
dans le sens de « s'occuper des choses qui concernent les
citoyens d'une façon qui favorise les citoyens », et
ils doivent exercer leur souveraineté en décidant de ce
qui adviendra des rivières, des lacs et de la terre afin de
servir les meilleurs intérêts des citoyens, ce que refuse
de faire le gouvernement Harper qui ne peut donc pas être reconnu
comme ayant un leadership souverain.
Il a parlé en détail de la Proclamation
royale de 1763, de la Déclaration des Nations unies sur les
droits des peuples autochtones et de l'article 35 de la Loi
constitutionnelle de 1982 pour démontrer que le
gouvernement Harper, par ses actions et notamment les lois omnibus
C-38 et C-45, enfreint le droit national et international et qu'il
appartient aux Premières Nations et à tous les Canadiens
de saisir l'occasion pour mettre fin à l'attitude paternaliste,
coloniale et d'affaires qui est inacceptable pour nous.
La séance s'est terminée par une
« danse de joie » autour du feu pour
réchauffer tout le monde, suivie de discussions informelles pour
préparer les actions à venir.

Le chef du Grand Conseil de la nation Anishinabek
refuse la médaille de la reine
L'Union des Indiens de l'Ontario a annoncé le
22 janvier dernier que le chef du Grand Conseil Anishinabek
Wedaseh Madahbee a refusé, en disant que « des
bibelots ça ne remplace pas les droits issus de
traités », de recevoir la médaille du
Jubilé de diamant de la reine Élizabeth II qui devait lui
être remise lors d'une cérémonie le 24 janvier
à Toronto.
Le programme de la Médaille du jubilé est
administré par le bureau du gouverneur général et
vise à honorer les Canadiens qui « ont
contribué de façon exceptionnelle à leurs
communautés » afin de marquer les « 60
années de services » de la reine au Canada.
Le Grand Chef Madahbee a ajouté :
« Je veux exprimer mon respect et ma gratitude pour ceux qui
m'ont mis en nomination, mais j'espère qu'ils vont comprendre
que, compte tenu des défis politiques auxquels les
Premières Nations du Canada font face, je ne pense pas qu'il
serait approprié de ma part d'accepter cette médaille. La
relation fondée sur les traités promise dans la
Proclamation royale de 1763 a été brisée par
le gouvernement fédéral actuel. »
Madahbee a aussi dit que le plus grand honneur qui lui
ait fait, c'est celui de parler au nom de la nation Anishinabek.
La nation Anishinabek a établi l'Union des
Indiens de l'Ontario comme secrétariat en 1949. L'union des
Indiens de l'Ontario est le représentant politique de
39 communautés membres à travers l'Ontario
comprenant environ 55 000 personnes. C'est la plus ancienne
organisation politique autochtone de l'Ontario et elle remonte à
la Confédération des Trois Feux qui existait bien avant
les premiers contacts avec les Européens.

Entrevue et conversation
Le Grand Chef Stewart Phillip, président de
l'Union des chefs indiens de la Colombie-Britannique
Le grand chef Stewart
Phillip avec sa compagne de lutte Joan Phillip au rassemblement Idle No
More,
à l'Arche de la paix, Vancouver, le 12 janvier 2013
Le Grand Chef Stewart Phillip, président de
l'Union des chefs indiens de la Colombie-Britannique, a
participé à une entrevue à l'émission Discussion, le 9 janvier.
Phillip, qui est natif d'Okanagan, vit à Penticton.
Au sujet de la loi C-45, il a dit :
« Comme plusieurs le savent, le projet de loi C-45 est
en grande partie une continuation de la loi C-38, une loi de quelque
420 pages, qu'on nomme souvent le projet de loi omnibus. Plus de cent
pages sont consacrées à l'objectif de détruire la Loi
canadienne sur l'évaluation environnementale et de mettre
fin à la protection des habitats prévue dans la Loi
sur les pêches. La loi C-45 poursuit dans le même
sens.
« La loi C-45 a servi à
soustraire le gouvernement fédéral de ses
responsabilités envers approximativement 34 000 lacs,
rivières et cours d'eau partout au pays où le
gouvernement fédéral était responsable d'assurer
l'intégrité de l'environnement. Il n'est plus responsable
que pour moins d'une centaine de cours d'eau. Sans l'ombre d'un doute,
les lois C-38 et C-45 servent à permettre aux grandes
multinationales pétrolières d'avancer leurs importants
projets de développement énergétique et de
ressources sans craindre aucune opposition.
« Je crois que les Canadiens doivent
comprendre que l'approche législative omnibus du gouvernement
Harper est lourde de conséquences, qu'il s'agit d'une
façon draconienne de faire adopter des lois. C'est une
façon de faire qui n'accorde aucune place à la tenue de
débats crédibles autour des projets de loi. Les partis de
l'opposition ont tenté de faire en sorte que les deux projets de
loi, C-38 et C-45, puissent être scindés afin de
permettre au parlement d'avoir un débat ouvert sur leur contenu.
Le gouvernement Harper a refusé de façon
catégorique de s'engager dans un débat sain et ouvert et,
fort de sa majorité, a plutôt passé ces projets de
force au parlement.
« L'impact des ces projets de loi sera de
toute évidence de permettre aux grands projets de
développement des ressources de procéder sans opposition,
menaçant par le fait même l'intégrité
environnementale de tout le pays, les écosystèmes et plus
particulièrement les écosystèmes marins. Les
peuples des Premières Nations seront les premiers à subir
les conséquences de cette dévastation catastrophique de
l'environnement sur notre capacité de pratiquer nos droits et
nos activités ancestraux. Les droits démocratiques de
tous les Canadiens ont été complètement
bafoués par l'approche omnibus et par les tactiques de
fiers-à-bras du gouvernement Harper. »
Au sujet de mouvement Idle No More, voici ce que Phillip
a eu à dire : « En commençant par la chef
Theresa Spence qui, comme plusieurs le savent, poursuit une
grève de la faim qui en est maintenant presque à son
trentième jour [en date du 9 janvier]. Elle a perdu
beaucoup de poids et a mis sa santé ainsi que sa vie en
péril, ça c'est certain. Deux autres chefs se sont joints
à elle pour la grève de la faim. On se souviendra que la
chef Theresa Spence est la dirigeante de la Première Nation
d'Attawapiskat. Il y a un an, la Première Nation Attawapiskat a
lancé un appel à la Croix rouge internationale, ce qui
avait créé un incident international et avait
soulevé l'ire de tous au pays et sur le plan international
contre le Canada en ce qui a trait aux conditions effroyables de
pauvreté à Attawapiskat.
« Suite à cela, le premier ministre
avait accepté une rencontre Couronne/Premières Nations le
24 janvier 2012 et s'était engagé à
renouveler la relation entre la Couronne et les peuples autochtones de
ce pays. Harper s'était engagé publiquement, promesses
à l'appui, d'être ouvert et transparent et de ne pas agir
dans le sens de démanteler les droits et les
intérêts des peuples autochtones de ce pays et de
travailler de près avec les Premières Nations.
« En fait, la rencontre
Couronne/Premières Nations [le 24 juin de l'an dernier] n'a
été qu'une séance de relations publiques. Le
premier ministre s'est aussitôt rendu en Suisse pour assister
à une réunion internationale où il a
prétendu entretenir une très solide relation avec les
peuples autochtones. Lorsqu'on retourne un an en arrière, on
constate que le gouvernement du Canada, par le biais du gouvernement
Harper, bien sûr, a trahi sur toute la ligne tous les engagements
publics qu'il avait pris lors de la rencontre Couronne/Premières
Nations de 2012. Ceci a donné naissance à un
soulèvement de la part des peuples autochtones à la base
et des autres Canadiens qui sont conscients que le gouvernement Harper
n'a que mépris pour le processus parlementaire et n'a sans doute
aucun respect pour les droits démocratiques des Canadiens en
général alors qu'il trahit les droits
démocratiques et environnementaux de tous les Canadiens au
profit des intérêts corporatifs multinationaux.
« Les gens de la base ont donc
décidé de se manifester et de s'approprier ces questions
en déclarant de façon très publique leur
opposition à l'agenda politique du gouvernement Harper et la
menace qu'il représente pour la Terre Mère. Je suis
vraiment ravi de voir qu'un très grand nombre de Canadiens
ordinaires sont venus de l'avant pour ouvertement épauler le
mouvement Idle No More. Il y a eu des centaines
d'évènements Idle No More partout au Canada, aux
États-Unis, en Amérique centrale et en Amérique du
Sud, et dans divers pays à travers le monde. Dans d'autres pays,
les gens ont manifesté devant les ambassades canadiennes. Le
mouvement continue de grandir, propulsé d'abord par les femmes
et les jeunes, guidés par les dirigeants spirituels et les
aînés. »
Enfin, à la question à savoir s'il y avait
un lien entre les projets de loi omnibus et les projets
d'oléoducs d'Enbridge et de Kinder Morgan, le Grand Chef Stewart
Phillip a dit : « C'est évident que oui. Les
projets de loi successifs C-38 et C-45 sont partie
intégrante de l'obsession de Harper à vouloir devenir une
superpuissance énergétique mondiale. Des projets d'une
valeur de 650 milliards $ attendent en coulisse, si vous me
permettez l'expression. Ces projets de loi existent pour faciliter la
mise en oeuvre sans opposition de ces projets. Les peuples autochtones
représentent la mince ligne rouge entre la dévastation
environnementale et la protection de l'intégrité
environnementale de nos terres et de nos droits. Les Canadiens
commencent à se rendre compte que nous avons des droits et ils
s'avancent pour nous appuyer et pour protéger la Terre
Mère. »

Deux aînés
Le 9 janvier, deux combattants de longue date pour
la souveraineté
autochtone, Bill Lightbown et Frank Martin ont rencontré
l'équipe du LML
pour discuter du soulèvement du mouvement Idle No More. Bill
Lightbown,
un aîné de la nation Kootenay située au sud-est de
la
Colombie-Britannique, s'est marié à une autochtone
de la nation Haida et depuis les années 50 a pêché
le poisson sur la
côte ouest. Il a aussi fondé la première
organisation à l'échelle de la
Colombie-Britannique pour « les Indiens non
inscrits », les « United
Native Nations »(les Nations Unies autochtones). Durant
plusieurs
décennies, Bill a été un organisateur et un
dirigeant à la défense des droits souverains des
autochtones.

Bill Lightbown
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Le mouvement Idle No More reflète le rejet massif
des politiques
dictatoriales de Harper, a déclaré Lightbown.
« Il exprime la
détermination des peuples autochtones partout au Canada, en
unité avec
les Canadiens non-autochtones, qui ensemble comprennent que les projets
de loi C-38 et C-45 sont une attaque contre les
droits de tous les Canadiens pour servir les intérêts des
monopoles. »
Lightbown a salué la chef Theresa Spence,
soulignant que le
mouvement actuel est un rejet par les autochtones sur une très
vaste
échelle du colonialisme et du racisme par l'État.
« Le premier ministre et le gouvernement
n'écoutent personne,
prennent des décisions et imposent ces décisions aux
citoyens », a-t-il
dit. « Le gouvernement continue de violer les lois (qui
soi-disant
s'appliquent à tous) pour aide les milliardaires qui sont les
amis du
gouvernement. Les citoyens se tiennent debout et disent
assez c'est assez.
« Depuis plusieurs années, un nombre
de causes devant les tribunaux
ont été gagnées par les peuples autochtones sans
que les Canadiens en
entendent parler. Ces décisions déclarent sans
équivoque que les
peuples autochtones ont des droits spéciaux qui ne s'appliquent
qu'aux
peuples autochtones. »
Il a ajouté que le gouvernement a tenté
d'éliminer ces droits et
« ils ont utilisé toutes sortes de tactiques à
leur disposition pour y
arriver. »
En tant que délégué des
Premières Nations, Lightbown a participé aux
discussions constitutionnelles durant les années 70 avec Trudeau
et les
premiers ministres des provinces. Lorsque les rencontres de Londres ont
donné lieu au rapatriement de l'AANB vers le Canada, le
gouvernement a
dû tenir 5 rencontres pour identifier les droits
légitimes des peuples autochtones.
« À ces rencontres », a dit
Bill, « le premier ministre ainsi que
ses homologues provinciaux ont tenté d'éliminer leur
responsabilité
fiduciaire envers les communautés autochtones. Une façon
de le faire a
été d'ignorer les Métis et les peuples sans statut
et de les éliminer
comme n'ayant aucun droit reconnu dans la constitution.
Harry Daniels, qui a été le président du Conseil
des autochtones du
Canada, maintenant le Conseil national des autochtones du Canada, a
été
le fer de lance pour que les Métis et les Indiens sans statut
soient
reconnus et inclus parmi les peuples autochtones dans la constitution
canadienne. »
Lightbown a expliqué que la lutte pour la
reconnaissance des mêmes
droits pour les Métis et les Indiens sans statut semblables
à ceux
vivant sur les réserves, a été une lutte
incessante depuis
1982 jusqu'au 8 janvier 2013. C'est à ce moment que le
juge Michael
Phelan a statué après 13 années de batailles
judiciaires que les
Métis et les Indiens sans statut sont des
« Indiens » selon le sens de
l'Acte constitutionnel de 1867, article 91 (24) — « Les
Indiens et les
terres réservées aux Indiens ». Lightbown a
salué le travail de Daniels
qui est décédé en 2004 ainsi que des
nombreuses personnes qui ont
persisté à mener cette cause jusqu'à
la victoire. « Je n'ai jamais cru voir cela de mon
vivant », a-t-il dit.

Frank Martin et
Telqua de la nation Wet'suwet'en
|
Un autre combattant de la première heure pour la
souveraineté
autochtone, Frank Martin, un Heltsink de Bella Bella, sur la côte
de la
Colombie-Britannique, a conversé avec nous. Martin qui est un
descendant de Mungo Martin, le célèbre artiste sculpteur
à qui l'on
doit dans les années 40 la préservation de l'art de la
sculpture des
totems, a été
un candidat pour le PMLC aux élections fédérales
de 2011 contre John
Duncan, dans la circonscription de Vancouver-Island-North. Duncan est
présentement le ministre des Affaires autochtones et du
développement
du Nord canadien.
Martin a décrit l'hystérie des
médias à propos de la vérification
comptable de la Première Nation crie d'Attawapiskat comme
« un écran de
fumée » raciste « pour dissimuler le
génocide actuellement mené par le
gouvernement contre les peuples autochtones du Canada ».

Telqua à la
marche contre l'oléoduc Enbridge à
Vancouver en mars 2011
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Martin a dit que les gens doivent exiger des comptes de
la société
minière De Beers et du gouvernement sur ce qu'ils ont
retiré de la mine
de diamants située sur le territoire de la Première
Nation crie
d'Attawapiskat et demander comment exactement la Première Nation
a
bénéficié le moindrement de ce
développement, mis à part quelques
emplois.
Martin a souligné que tous les traités de
libre-échange sont
illégaux puisqu'ils violent les droits des Premières
Nations. Il a dit
que « Harper dissimule le fait que le projet de loi
C-45 a beaucoup à
faire avec les traités de libre-échange en
Amérique du Nord. Le
gouvernement ne peut légalement ratifier des traités de
libre-échange
sans des consultations adéquates avec les peuples
autochtones. »
Martin a souligné, à propos du souhait de
Harper d'exporter les
ressources brutes des territoires autochtones, que « En
Colombie-Britannique, il n'y a pas de traités et les monopoles
n'ont
aucun droit juridique. C'est pour cela que Harper a besoin du projet de
loi C-45, pour commettre un génocide et détruire nos
peuples. »
Martin a condamné le rôle joué par
les médias monopolisés qui, avec
le gouvernement, tentent de diviser le peuple canadien sur une base
raciste. Martin a dit : « Les Canadiens, tous les
travailleurs, doivent
porter attention à cela parce que la manière dont
l'économie est
actuellement structurée, cela à tout à voir avec
la vente des
ressources brutes et ils vont tout expédier dans les plus brefs
délais. »
Il a conclu en appelant les travailleurs de la
Colombie-Britannique
et du reste du Canada « à se joindre aux
Premières Nations ; ensemble,
nous pouvons arrêter les monopoles et édifier un avenir
prometteur pour
tous ».

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