Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 9 - 25 janvier 2013

Affirmation des droits des Premières Nations

La chef Theresa Spence met fin à sa grève de la faim
et promet de continuer la lutte pour les droits
des Premières Nations

Marche des Premières Nations et supporteurs de Tilbury au Pont Ambassadeur à Windsor le 16 janvier 2013

Affirmation des droits des Premières Nations
La chef Theresa Spence promet de continuer la lutte pour les droits des Premières Nations
Une défense résolue des droits des Premières Nations
Des chefs cris de l'Alberta demandent un contrôle judiciaire des lois C-38et C-45
Séance d'information et d'échange de la Première Nation K'omoks pour développer l'unité à la défense des droits de tous
Le chef du Grand Conseil de la nation Anishinabek refuse la médaille de la reine

Entrevue et conversation
Le Grand Chef Stewart Phillip, président de l'Union des chefs indiens de la Colombie-Britannique
Deux aînés


Affirmation des droits des Premières Nations

La chef Theresa Spence met fin à sa grève de la faim
et promet de continuer la lutte pour les droits
des Premières Nations


La chef d'Attawapiskat Theresa Spence et le chef Raymond Robinson de Cross Lake, au Manitoba, ont mis fin à leur grève de la faim jeudi le 24 janvier. Dans un communiqué émis de l'hôpital où elle était jeudi matin, la chef Theresa Spence a déclaré : « Nous mettons fin à nos grèves de la faim avec des engagements signés par les leaders élus des Premières Nations et des partis d'opposition, pour concrétiser notre plan d'action qui assurera que les droits en vertu des traités seront reconnus, honorés et mis en oeuvre. De plus, nous demandons toujours une rencontre immédiate avec la Couronne, les


L'aîné Raymond Robinson et la chef Theresa Spenc

gouvernements provinciaux et fédéral, afin de renouveler et de repartir à neuf cette relation volatile. Les peuples autochtones ont vécu bien en deçà du plancher de la pauvreté dans un pays considéré comme l'un des plus riches au monde. Nous ne serons désormais plus passifs, et un précédent a été établi au cours des dernières six semaines. On ne peut retourner en arrière, nos voix ont été entendues et maintenant je vous demande de vous impliquer pour faire avancer ce qui est à notre ordre du jour. »

(Déclaration publiée dans La Presse Canadienne)

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Une défense résolue des droits des Premières Nations

L'État a exercé une énorme pression sur la chef Theresa Spence au cours de ses six semaines de grève de la faim pour qu'elle abandonne la lutte pour les droits ancestraux, issus de traités et constitutionnels des Premières Nations, et les laisse s'évaporer en énoncés de principe. Le 20 janvier, au 41e jour de sa grève de la faim, la chef de la Première Nation d'Attawapiskat a accordé une entrevue à l'émission Question Period de CTV. Elle était accompagnée de deux autres aînés, Raymond Robinson du Manitoba, qui est aussi en grève de la faim, et de son porte-parole, Danny Metatawabin.

Au cours de cette entrevue, la chef Spence a présenté une défense de principe de sa position. Au lieu de discuter cette défense des droits et de la voie à suivre pour les affirmer, l'animateur de CTV, Kevin Newman, lui a suggéré d'abandonner sa grève de la faim et de laisser le champ libre à l'ordre du jour de Harper, alors qu'il est le responsable des violations actuelles des droits des Premières Nations.

La chef Theresa Spence a indiqué que les droits issus de traités et les droits constitutionnels relèvent de la Couronne, car ils sont des droits de nation à nation et que la présence du gouverneur général est nécessaire à toutes les rencontres pour faire respecter le principe de ces droits. Elle a déclaré que la rencontre du 11 janvier entre Harper et quelques chefs des Premières Nations et le grand chef Atleo de l'APN n'a été qu'une réunion d'un « groupe de travail » — pas une réunion de nation à nation. Elle a rappelé à Newman l'importance du principe des relations de nation à nation et souligné que, en ce qui concerne les Premières nations, les traités ont été négociés de nation à nation avec la Couronne, il est donc toujours important que le gouverneur général soit présent, même si cette présence est symbolique, sinon ce principe est éliminé.

« Nous demandons une rencontre, a-t-elle dit. Qu'est-ce qui empêche le premier ministre et le gouverneur général de nous rencontrer ? »

Au chantage affectif de la question : « Et si vos filles vous demandaient d'arrêter maintenant ? », elle a répondu calmement qu'elle avait parlé à ses cinq filles et leur avait expliqué sa position. Si quoi que ce soit devait lui arriver, elle s'était assurée que l'on s'occuperait d'elles et que rien ne pourrait la dissuader de sa position.

Newman a interrogé la chef Theresa Spence au sujet des « irrégularités » constatées au cours d'une vérification comptable de la gestion de sa communauté effectuée l'an dernier qui ont été transmises aux médias et largement diffusées dans tout le pays. Elle a expliqué que cette vérification comptable avait été faite par le gouvernement fédéral actuel et que le Conseil de bande avait coopéré avec les vérificateurs. Elle a déclaré que des documents pertinents étaient archivés et que les auditeurs ne les ont même pas examinés ; lorsqu'elle a demandé qu'une vérification comptable exhaustive soit faite, les vérificateurs ont dit que cela prendrait trop de temps.

Au cours de l'entrevue, il a été révélé qu'il existait un accord avec le gouvernement que les lacunes de la vérification comptable ne seraient pas utilisées contre la communauté d'Attawapiskat. La chef Theresa Spence a dit qu'elle était « déçue » que cela ait été soulevé dans les médias pendant sa grève de la faim pour la criminaliser elle et son peuple et utilisé pour tenter d'amener les Canadiens à s'opposer de manière raciste aux Premières Nations.

Pendant l'interview, Danny Metatawabin a lu des articles de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et a indiqué la façon dont le gouvernement Harper refuse de se conformer à ces principes consacrés par le droit international.

Alors que l'animateur ne cessait de répéter qu'il fallait cesser la grève de la faim maintenant que Harper s'était engagé envers les Premières Nations à examiner leurs droits issus de traités, l'aîné Raymond Robinson a répondu que si c'était le cas, alors pourquoi les projets de lois C-27, C-45, S-2, S-8 et un train de projets de lois contre les Premières Nations étaient-ils toujours à l'agenda.

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Des chefs cris de l'Alberta demandent un
contrôle judiciaire des lois C-38et C-45

Le 8 janvier, deux chefs de Premières Nations cries de l'Alberta ont demandé un contrôle judiciaire des lois omnibus C-38 et C-45. Le lendemain, l'émission de radio Discussion de Vancouver Co-Op Radio a interviewé deux leaders autochtones albertains, Joe Dion, le président et PDG de Frog Lake Energy Resources Corporation, parlant au nom de la Première Nation de Frog Lake, et le chef de la Première Nation crie Mikisew Steve Courtoreille, qui participent tous deux à cette poursuite en justice contre le gouvernement Harper.

Joe Dion a dit que ces lois constituent « une abrogation complète, un assaut total contre les droits des Premières Nations, des droits que nous avons selon la Constitution... Selon nous, la seule façon de stopper Harper c'est d'utiliser ses propres lois, d'utiliser la Constitution qui est là pour protéger tous les Canadiens, l'amener en cour et laisser les juges décider. Nous avons confiance que les juges vont décider en notre faveur.

« [Harper] est en train de démanteler plusieurs lois — la Loi sur les pêches, la Loi canadienne sur l'évaluation environnementale, la Loi sur la protection des eaux navigables et la Loi sur les Indiens afin de changer le processus en vertu duquel les projets majeurs sont approuvés. Harper appelle cela une loi de création d'emplois. Mais nous devons faire très attention à ne pas fouler aux pieds les droits du peuple, ceux des Premières Nations comme ceux de la population en général. »

Dion a expliqué que la nation Frog Lake met l'accent sur le fait que le gouvernement fédéral ne les a pas consultés à propos de ces lois. « La constitution, a-t-il dit, oblige Harper à nous consulter. Les chefs des autres Premières Nations nous appuient, d'autres Canadiens nous appuient également.

« C'est le gouvernement fédéral et non les provinces qui ont l'obligation d'honorer l'engagement du Canada envers les traités. »

Dion a ajouté qu'il était le chef des Premières Nations de l'Alberta à l'époque où Trudeau négociait avec le gouvernement britannique pour rapatrier l'Acte de l'Amérique du Nord britannique de 1867 au Canada. Lui-même ainsi que d'autres leaders autochtones se sont assurés que l'intégrité de l'engagement de la Couronne envers les traités de nation à nation a été transférée au Canada dans la Loi constitutionnelle de 1982 sous l'article 35. Dion a dit que les Canadiens doivent comprendre que le Canada a été bâti sur la base des engagements de la Couronne par la voie de traités solennels et permanents avec les Premières Nations.

« On ne parle pas de reliques ici, de vieux documents », a dit Dion en ajoutant qu'ils garantissent « des droits définis à nos peuples ». Il a dit que son peuple pratique toujours la chasse, la pêche, la trappe et la cueillette. C'est vrai qu'il y a une nouvelle économie, a-t-il dit, mais le développement économique doit être fait de façon très consciente.

« Tout le monde doit être impliqué dans le développement et l'environnement doit être protégé. Il y aura toujours des impacts, mais vous devez maintenir un équilibre où les gens ont des emplois, et où l'eau et le poisson sont protégés. »

Dion a ajouté que le chef de la Première Nation de Frog Lake a dit que « nous n'allons pas laisser tomber la protection de l'environnement. Nous n'allons pas abandonner notre eau claire. Nous n'allons pas abandonner notre poisson. Nous n'allons pas renoncer à nos droits pour votre tout puissant dollar. »

Parlant de la situation à Attawapiskat et de la grève de la faim de la chef Theresa Spence, Dion a dit que c'est le gouvernement et non le peuple canadien qui est responsable des conditions sur ce territoire.

Il a demandé comment il se fait que le gouvernement amène des travailleurs étrangers temporaires au Canada alors qu'ici même les jeunes des Premières Nations veulent être formés et travailler.

Il a conclu en disant qu'il appuie de tout coeur le mouvement Idle No More et la demande de la chef Theresa Spence pour une rencontre entre le premier ministre, le gouverneur général et les chefs des Premières Nations.

Steve Courtoreille, le chef de la Première Nation crie de Mikisew, qui parlait d'Ottawa, a dit à Discussion : « Nous avons décidé de contester les lois C-38 et C-45 parce que, si nous ne le faisons pas, le gouvernement et les compagnies vont avoir libre accès à notre territoire pour y détruire à volonté l'air, l'eau et la terre. Il n'y aura aucun contrôle parce que le gouvernement a abdiqué son propre rôle dans l'évaluation environnementale. Les nouvelles lois ne protègent qu'un nombre limité de cours d'eau. »

Les cours d'eau qui sont exclus des mesures de protection comprennent la Peace River qui se jette à grands courants dans le lac Athabasca et la rivière Athabasca qui se jette dans le lac Athabasca à partir de Fort Chipewyan. Courtoreille a dit que ces cours d'eau non protégés contiennent d'importantes zones de frai.

« Ces lois contreviennent à notre intérêt national, a-t-il ajouté. Le gouvernement ne nous a pas consultés. Un des ministres qui a été interviewé le 8 janvier à Ottawa a dit qu'il y a eu consultation avec les Premières Nations au niveau national. Je le mets au défi de nous dire quelles Premières Nations il a consultées. Nous avons gagné notre cause en 2005 à l'effet que le gouvernement est obligé de nous consulter. Selon nous, cela veut dire des consultations face à face. Le gouvernement doit s'asseoir avec nous à la même table et d'autant plus quand la décision affecte l'avenir de notre peuple. Cela n'a pas eu lieu et j'aimerais bien savoir quelles nations ils ont consultées selon eux. »

« Cette question ne concerne pas seulement les peuples autochtones, a dit le Chef Courtoreille en conclusion. Les lois C-38 et C-45 affectent tous les Canadiens ; c'est une question pour le peuple canadien également. »

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Séance d'information et d'échange de la Première Nation K'omoks pour développer l'unité à la défense des droits de tous


Manifestation devant le bureau du ministre fédéral des Affaires autochtones John Duncan à Courtenay, Colombie-Britannique, le 11 janvier 2013

La Vallée de Comox a connu quatre actions en un mois pour exprimer l'opposition des Premières Nations et de toute la communauté à la violation des droits que constituent les lois C-38 et C-45. Le 29 décembre, un rassemblement s'est tenu au Parc Simms suivi d'une marche vers les bureaux de John Duncan, le ministre des Affaires autochtones et du développement du Nord canadien. Le 6 janvier, des dizaines de manifestants ont envahi l'artère principale de Courtenay en appui à la chef Theresa Spence et pour protester contre les deux lois omnibus. Le 11 janvier, plus de 300 personnes ont manifesté devant les bureaux de John Duncan à Courtenay.

Le 19 janvier, la Première Nation K'omoks a ouvert sa Grande Maison à toute la communauté pour une séance d'information et d'échanges. Dans ses mots de bienvenue à tous, Andy Everson a expliqué que c'est tout à fait approprié de se rassembler à l'intérieur de cette enceinte pour s'éduquer, s'informer et partager nos connaissances. Le chef nouvellement élu des K'omoks, Rob Everson, a dit qu'à ce moment de la lutte contre les lois omnibus du gouvernement Harper, s'éduquer sur les impacts de ces lois sur les Premières Nations et sur tous les Canadiens et bâtir l'unité combattante à la défense des droits de tous est très important.

Une danse traditionnelle de bienvenue a été exécutée avant que le premier orateur John Powell de Village Island à Fort Rupert ne prenne la parole. Les mots de la chanson disaient entre autres choses : « Nous sommes tellement heureux de vous avoir parmi nous. Nous souhaitons que vous restiez pour toujours. » La Grande Maison, a-t-on expliqué, est située en territoire autochtone jamais cédé, mais ce combat à la défense de nos droits, « c'est notre combat à tous ». En présentant John Powell, Andy a dit que ce qui a poussé Idle No More et les peuples dans le monde à entrer en action, c'est la loi C-45. Jusque là, a-t-il dit, même compte tenu de la C-38 qui était aussi mauvaise sinon pire, plusieurs d'entre nous étions inactifs, pensant que c'est quelqu'un d'autre qui allait veiller sur nous et rectifier les choses. Il a dit qu'il faut organiser des actions de masse parce que le gouvernement n'écoutera pas si seules quelques voix s'élèvent.


Marche vers le bureau du ministre Duncan à Courtenay, le 29 décembre 2012

John Powell a expliqué les fondements historiques et constitutionnels de la position des Premières Nations sur les traités d'échange internationaux et les lois omnibus récemment adoptées. Sous l'ALENA, a-t-il expliqué, une compagnie californienne est en train de poursuivre le Canada et de réclamer 14 milliards $ en dommages pour une décision prise en Colombie-Britannique de ne pas exporter notre eau. Il y a environ un an, plusieurs grandes entreprises pétrolières ont présenté une liste de demandes au gouvernement Harper, des changements qu'ils souhaitaient pour leur permettre de faire de bonnes affaires. En faisant amender la Loi sur la protection des eaux navigables et d'autres lois par le biais des lois omnibus, on permet aux compagnies pétrolières de « faire ce qu'elles veulent sur nos territoires ». Le mouvement mondial qu'est Idle No More vise à sauver les territoires, ce qui comprend tous les êtres humains, tous les animaux, les plantes, les montagnes, l'eau et l'air. Il a dit que les Premières Nations et tous les citoyens du Canada doivent prendre en main de faire de la politique, dans le sens de « s'occuper des choses qui concernent les citoyens d'une façon qui favorise les citoyens », et ils doivent exercer leur souveraineté en décidant de ce qui adviendra des rivières, des lacs et de la terre afin de servir les meilleurs intérêts des citoyens, ce que refuse de faire le gouvernement Harper qui ne peut donc pas être reconnu comme ayant un leadership souverain.

Il a parlé en détail de la Proclamation royale de 1763, de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et de l'article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 pour démontrer que le gouvernement Harper, par ses actions et notamment les lois omnibus C-38 et C-45, enfreint le droit national et international et qu'il appartient aux Premières Nations et à tous les Canadiens de saisir l'occasion pour mettre fin à l'attitude paternaliste, coloniale et d'affaires qui est inacceptable pour nous.

La séance s'est terminée par une « danse de joie » autour du feu pour réchauffer tout le monde, suivie de discussions informelles pour préparer les actions à venir.

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Le chef du Grand Conseil de la nation Anishinabek refuse la médaille de la reine

L'Union des Indiens de l'Ontario a annoncé le 22 janvier dernier que le chef du Grand Conseil Anishinabek Wedaseh Madahbee a refusé, en disant que « des bibelots ça ne remplace pas les droits issus de traités », de recevoir la médaille du Jubilé de diamant de la reine Élizabeth II qui devait lui être remise lors d'une cérémonie le 24 janvier à Toronto.

Le programme de la Médaille du jubilé est administré par le bureau du gouverneur général et vise à honorer les Canadiens qui « ont contribué de façon exceptionnelle à leurs communautés » afin de marquer les « 60 années de services » de la reine au Canada.

Le Grand Chef Madahbee a ajouté : « Je veux exprimer mon respect et ma gratitude pour ceux qui m'ont mis en nomination, mais j'espère qu'ils vont comprendre que, compte tenu des défis politiques auxquels les Premières Nations du Canada font face, je ne pense pas qu'il serait approprié de ma part d'accepter cette médaille. La relation fondée sur les traités promise dans la Proclamation royale de 1763 a été brisée par le gouvernement fédéral actuel. »

Madahbee a aussi dit que le plus grand honneur qui lui ait fait, c'est celui de parler au nom de la nation Anishinabek.

La nation Anishinabek a établi l'Union des Indiens de l'Ontario comme secrétariat en 1949. L'union des Indiens de l'Ontario est le représentant politique de 39 communautés membres à travers l'Ontario comprenant environ 55 000 personnes. C'est la plus ancienne organisation politique autochtone de l'Ontario et elle remonte à la Confédération des Trois Feux qui existait bien avant les premiers contacts avec les Européens.

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Entrevue et conversation

Le Grand Chef Stewart Phillip, président de l'Union des chefs indiens de la Colombie-Britannique


Le grand chef Stewart Phillip avec sa compagne de lutte Joan Phillip au rassemblement Idle No More,
à l'Arche de la paix, Vancouver, le 12 janvier 2013

Le Grand Chef Stewart Phillip, président de l'Union des chefs indiens de la Colombie-Britannique, a participé à une entrevue à l'émission Discussion, le 9 janvier. Phillip, qui est natif d'Okanagan, vit à Penticton.

Au sujet de la loi C-45, il a dit : « Comme plusieurs le savent, le projet de loi C-45 est en grande partie une continuation de la loi C-38, une loi de quelque 420 pages, qu'on nomme souvent le projet de loi omnibus. Plus de cent pages sont consacrées à l'objectif de détruire la Loi canadienne sur l'évaluation environnementale et de mettre fin à la protection des habitats prévue dans la Loi sur les pêches. La loi C-45 poursuit dans le même sens.

« La loi C-45 a servi à soustraire le gouvernement fédéral de ses responsabilités envers approximativement 34 000 lacs, rivières et cours d'eau partout au pays où le gouvernement fédéral était responsable d'assurer l'intégrité de l'environnement. Il n'est plus responsable que pour moins d'une centaine de cours d'eau. Sans l'ombre d'un doute, les lois C-38 et C-45 servent à permettre aux grandes multinationales pétrolières d'avancer leurs importants projets de développement énergétique et de ressources sans craindre aucune opposition.

« Je crois que les Canadiens doivent comprendre que l'approche législative omnibus du gouvernement Harper est lourde de conséquences, qu'il s'agit d'une façon draconienne de faire adopter des lois. C'est une façon de faire qui n'accorde aucune place à la tenue de débats crédibles autour des projets de loi. Les partis de l'opposition ont tenté de faire en sorte que les deux projets de loi, C-38 et C-45, puissent être scindés afin de permettre au parlement d'avoir un débat ouvert sur leur contenu. Le gouvernement Harper a refusé de façon catégorique de s'engager dans un débat sain et ouvert et, fort de sa majorité, a plutôt passé ces projets de force au parlement.

« L'impact des ces projets de loi sera de toute évidence de permettre aux grands projets de développement des ressources de procéder sans opposition, menaçant par le fait même l'intégrité environnementale de tout le pays, les écosystèmes et plus particulièrement les écosystèmes marins. Les peuples des Premières Nations seront les premiers à subir les conséquences de cette dévastation catastrophique de l'environnement sur notre capacité de pratiquer nos droits et nos activités ancestraux. Les droits démocratiques de tous les Canadiens ont été complètement bafoués par l'approche omnibus et par les tactiques de fiers-à-bras du gouvernement Harper. »

Au sujet de mouvement Idle No More, voici ce que Phillip a eu à dire : « En commençant par la chef Theresa Spence qui, comme plusieurs le savent, poursuit une grève de la faim qui en est maintenant presque à son trentième jour [en date du 9 janvier]. Elle a perdu beaucoup de poids et a mis sa santé ainsi que sa vie en péril, ça c'est certain. Deux autres chefs se sont joints à elle pour la grève de la faim. On se souviendra que la chef Theresa Spence est la dirigeante de la Première Nation d'Attawapiskat. Il y a un an, la Première Nation Attawapiskat a lancé un appel à la Croix rouge internationale, ce qui avait créé un incident international et avait soulevé l'ire de tous au pays et sur le plan international contre le Canada en ce qui a trait aux conditions effroyables de pauvreté à Attawapiskat.

« Suite à cela, le premier ministre avait accepté une rencontre Couronne/Premières Nations le 24 janvier 2012 et s'était engagé à renouveler la relation entre la Couronne et les peuples autochtones de ce pays. Harper s'était engagé publiquement, promesses à l'appui, d'être ouvert et transparent et de ne pas agir dans le sens de démanteler les droits et les intérêts des peuples autochtones de ce pays et de travailler de près avec les Premières Nations.

« En fait, la rencontre Couronne/Premières Nations [le 24 juin de l'an dernier] n'a été qu'une séance de relations publiques. Le premier ministre s'est aussitôt rendu en Suisse pour assister à une réunion internationale où il a prétendu entretenir une très solide relation avec les peuples autochtones. Lorsqu'on retourne un an en arrière, on constate que le gouvernement du Canada, par le biais du gouvernement Harper, bien sûr, a trahi sur toute la ligne tous les engagements publics qu'il avait pris lors de la rencontre Couronne/Premières Nations de 2012. Ceci a donné naissance à un soulèvement de la part des peuples autochtones à la base et des autres Canadiens qui sont conscients que le gouvernement Harper n'a que mépris pour le processus parlementaire et n'a sans doute aucun respect pour les droits démocratiques des Canadiens en général alors qu'il trahit les droits démocratiques et environnementaux de tous les Canadiens au profit des intérêts corporatifs multinationaux.

« Les gens de la base ont donc décidé de se manifester et de s'approprier ces questions en déclarant de façon très publique leur opposition à l'agenda politique du gouvernement Harper et la menace qu'il représente pour la Terre Mère. Je suis vraiment ravi de voir qu'un très grand nombre de Canadiens ordinaires sont venus de l'avant pour ouvertement épauler le mouvement Idle No More. Il y a eu des centaines d'évènements Idle No More partout au Canada, aux États-Unis, en Amérique centrale et en Amérique du Sud, et dans divers pays à travers le monde. Dans d'autres pays, les gens ont manifesté devant les ambassades canadiennes. Le mouvement continue de grandir, propulsé d'abord par les femmes et les jeunes, guidés par les dirigeants spirituels et les aînés. »

Enfin, à la question à savoir s'il y avait un lien entre les projets de loi omnibus et les projets d'oléoducs d'Enbridge et de Kinder Morgan, le Grand Chef Stewart Phillip a dit : « C'est évident que oui. Les projets de loi successifs C-38 et C-45 sont partie intégrante de l'obsession de Harper à vouloir devenir une superpuissance énergétique mondiale. Des projets d'une valeur de 650 milliards $ attendent en coulisse, si vous me permettez l'expression. Ces projets de loi existent pour faciliter la mise en oeuvre sans opposition de ces projets. Les peuples autochtones représentent la mince ligne rouge entre la dévastation environnementale et la protection de l'intégrité environnementale de nos terres et de nos droits. Les Canadiens commencent à se rendre compte que nous avons des droits et ils s'avancent pour nous appuyer et pour protéger la Terre Mère. »

(Traduction : LML)

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Deux aînés

Le 9 janvier, deux combattants de longue date pour la souveraineté autochtone, Bill Lightbown et Frank Martin ont rencontré l'équipe du LML pour discuter du soulèvement du mouvement Idle No More. Bill Lightbown, un aîné de la nation Kootenay située au sud-est de la Colombie-Britannique, s'est marié à une autochtone de la nation Haida et depuis les années 50 a pêché le poisson sur la côte ouest. Il a aussi fondé la première organisation à l'échelle de la Colombie-Britannique pour « les Indiens non inscrits », les « United Native Nations »(les Nations Unies autochtones). Durant plusieurs décennies, Bill a été un organisateur et un dirigeant à la défense des droits souverains des autochtones.


Bill Lightbown

Le mouvement Idle No More reflète le rejet massif des politiques dictatoriales de Harper, a déclaré Lightbown. « Il exprime la détermination des peuples autochtones partout au Canada, en unité avec les Canadiens non-autochtones, qui ensemble comprennent que les projets de loi C-38 et C-45 sont une attaque contre les droits de tous les Canadiens pour servir les intérêts des monopoles. »

Lightbown a salué la chef Theresa Spence, soulignant que le mouvement actuel est un rejet par les autochtones sur une très vaste échelle du colonialisme et du racisme par l'État.

« Le premier ministre et le gouvernement n'écoutent personne, prennent des décisions et imposent ces décisions aux citoyens », a-t-il dit. « Le gouvernement continue de violer les lois (qui soi-disant s'appliquent à tous) pour aide les milliardaires qui sont les amis du gouvernement. Les citoyens se tiennent debout et disent assez c'est assez.

« Depuis plusieurs années, un nombre de causes devant les tribunaux ont été gagnées par les peuples autochtones sans que les Canadiens en entendent parler. Ces décisions déclarent sans équivoque que les peuples autochtones ont des droits spéciaux qui ne s'appliquent qu'aux peuples autochtones. »

Il a ajouté que le gouvernement a tenté d'éliminer ces droits et « ils ont utilisé toutes sortes de tactiques à leur disposition pour y arriver. »

En tant que délégué des Premières Nations, Lightbown a participé aux discussions constitutionnelles durant les années 70 avec Trudeau et les premiers ministres des provinces. Lorsque les rencontres de Londres ont donné lieu au rapatriement de l'AANB vers le Canada, le gouvernement a dû tenir 5 rencontres pour identifier les droits légitimes des peuples autochtones.

« À ces rencontres », a dit Bill, « le premier ministre ainsi que ses homologues provinciaux ont tenté d'éliminer leur responsabilité fiduciaire envers les communautés autochtones. Une façon de le faire a été d'ignorer les Métis et les peuples sans statut et de les éliminer comme n'ayant aucun droit reconnu dans la constitution. Harry Daniels, qui a été le président du Conseil des autochtones du Canada, maintenant le Conseil national des autochtones du Canada, a été le fer de lance pour que les Métis et les Indiens sans statut soient reconnus et inclus parmi les peuples autochtones dans la constitution canadienne. »

Lightbown a expliqué que la lutte pour la reconnaissance des mêmes droits pour les Métis et les Indiens sans statut semblables à ceux vivant sur les réserves, a été une lutte incessante depuis 1982 jusqu'au 8 janvier 2013. C'est à ce moment que le juge Michael Phelan a statué après 13 années de batailles judiciaires que les Métis et les Indiens sans statut sont des « Indiens » selon le sens de l'Acte constitutionnel de 1867, article 91 (24) — « Les Indiens et les terres réservées aux Indiens ». Lightbown a salué le travail de Daniels qui est décédé en 2004 ainsi que des nombreuses personnes qui ont persisté à mener cette cause jusqu'à la victoire. « Je n'ai jamais cru voir cela de mon vivant », a-t-il dit.


Frank Martin et Telqua de la nation Wet'suwet'en

Un autre combattant de la première heure pour la souveraineté autochtone, Frank Martin, un Heltsink de Bella Bella, sur la côte de la Colombie-Britannique, a conversé avec nous. Martin qui est un descendant de Mungo Martin, le célèbre artiste sculpteur à qui l'on doit dans les années 40 la préservation de l'art de la sculpture des totems, a été un candidat pour le PMLC aux élections fédérales de 2011 contre John Duncan, dans la circonscription de Vancouver-Island-North. Duncan est présentement le ministre des Affaires autochtones et du développement du Nord canadien.

Martin a décrit l'hystérie des médias à propos de la vérification comptable de la Première Nation crie d'Attawapiskat comme « un écran de fumée » raciste « pour dissimuler le génocide actuellement mené par le gouvernement contre les peuples autochtones du Canada ».


Telqua à la marche contre l'oléoduc Enbridge à
Vancouver en mars 2011

Martin a dit que les gens doivent exiger des comptes de la société minière De Beers et du gouvernement sur ce qu'ils ont retiré de la mine de diamants située sur le territoire de la Première Nation crie d'Attawapiskat et demander comment exactement la Première Nation a bénéficié le moindrement de ce développement, mis à part quelques emplois.

Martin a souligné que tous les traités de libre-échange sont illégaux puisqu'ils violent les droits des Premières Nations. Il a dit que « Harper dissimule le fait que le projet de loi C-45 a beaucoup à faire avec les traités de libre-échange en Amérique du Nord. Le gouvernement ne peut légalement ratifier des traités de libre-échange sans des consultations adéquates avec les peuples autochtones. »

Martin a souligné, à propos du souhait de Harper d'exporter les ressources brutes des territoires autochtones, que « En Colombie-Britannique, il n'y a pas de traités et les monopoles n'ont aucun droit juridique. C'est pour cela que Harper a besoin du projet de loi C-45, pour commettre un génocide et détruire nos peuples. »

Martin a condamné le rôle joué par les médias monopolisés qui, avec le gouvernement, tentent de diviser le peuple canadien sur une base raciste. Martin a dit : « Les Canadiens, tous les travailleurs, doivent porter attention à cela parce que la manière dont l'économie est actuellement structurée, cela à tout à voir avec la vente des ressources brutes et ils vont tout expédier dans les plus brefs délais. »

Il a conclu en appelant les travailleurs de la Colombie-Britannique et du reste du Canada « à se joindre aux Premières Nations ; ensemble, nous pouvons arrêter les monopoles et édifier un avenir prometteur pour tous ».

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