Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 8 - 24 janvier 2013

Changements antisociaux à l'assurance-emploi

La dictature Harper essaie de se disculper
de son abus de pouvoir

Changements antisociaux à l'assurance-emploi
La dictature Harper essaie de se disculper de son abus de pouvoir - Pierre Chénier
Entrevues

Les attaques contre les travailleurs forestiers se poursuivent
Produits forestiers Résolu trouve de nouvelles façons d'exploiter les travailleurs à l'os - Normand Chouinard

Oui au droit public! Non au droit de monopole!
Brookfield choisi pour superviser la privatisation des immeubles de bureaux du gouvernement - Jim Nugent
Consultation frauduleuse sur le financement du transport en commun dans la région du grand Toronto et de Hamilton - Rob Woodhouse


Changements antisociaux à l'assurance-emploi

La dictature Harper essaie de se disculper
de son abus de pouvoir

Face à l'opposition grandissante du peuple aux changements antisociaux apportés au programme de l'assurance-emploi, la ministre des Ressources humaines et du Développement des compétences Diane Finley et d'autres ministres du gouvernement Harper prétendent que l'opposition fait fausse route parce que les changements seraient une simple « clarification » de règlements déjà existants. Le sans-gêne extrême du gouvernement Harper est en soi une preuve qu'il n'est pas apte à gouverner.

Les nouveaux règlements de l'assurance-emploi entrés en vigueur le 6 janvier proviennent de la loi omnibus C-38 d'application du budget adoptée l'an dernier qui a modifié, amendé ou retiré plus de 60 lois d'un seul coup, dont la Loi sur l'assurance-emploi.

Une des modifications apportées à la Loi sur l'assurance-emploi touche l'article 27 intitulé « Exclusion et inadmissibilité ». Les sous-sections 2 et 3 de l'article 27 définissaient ce qui n'est pas un emploi convenable pour un prestataire de l'assurance-emploi.

Avant d'être amendées, ces sous-sections se lisaient ainsi :

« (2) Pour l'application du présent article, un emploi n'est pas un emploi convenable pour un prestataire s'il s'agit :

« a) soit d'un emploi inoccupé du fait d'un arrêt de travail dû à un conflit collectif ;

« b) soit d'un emploi dans le cadre de son occupation ordinaire à un taux de rémunération plus bas ou à des conditions moins favorables que le taux ou les conditions appliqués par convention entre employeurs et employés ou, à défaut de convention, admis par les bons employeurs ;

« c) soit d'un emploi d'un genre différent de celui qu'il exerce dans le cadre de son occupation ordinaire, à un taux de rémunération plus bas ou à des conditions moins favorables que le taux ou les conditions qu'il pourrait raisonnablement s'attendre à obtenir, eu égard aux conditions qui lui étaient habituellement faites dans l'exercice de son occupation ordinaire ou qui lui auraient été faites s'il avait continué à exercer un tel emploi.

« Note marginale : Délai raisonnable

« (3) Après un délai raisonnable à partir de la date à laquelle un assuré s'est trouvé en chômage, l'alinéa (2)c) ne s'applique pas à l'emploi qui y est visé s'il s'agit d'un emploi à un taux de rémunération qui n'est pas plus bas et à des conditions qui ne sont pas moins favorables que le taux ou les conditions appliqués par convention entre employeurs et employés ou, à défaut de convention, admis par les bons employeurs. »

La loi C-38 a remplacé les sous-sections 2 et 3 par le paragraphe suivant :

« (2) Pour l'application du présent article, un emploi n'est pas un emploi convenable pour un prestataire s'il s'agit d'un emploi inoccupé du fait d'un arrêt de travail dû à un conflit collectif. »

Selon la Loi sur l'assurance-emploi telle qu'amendée, le seul emploi qui ne soit pas convenable est un emploi qui devient inoccupé à cause d'un conflit de travail. Tout le reste, les clauses qui limitent la possibilité de forcer les prestataires, sous peine de perdre leurs prestations, à travailler dans un emploi qui n'est pas dans leur occupation et à un salaire moindre, ont été enlevées de la loi. En plus de cela, les nouvelles clauses qui permettent maintenant de couper, après une période de temps définie, les prestations d'un prestataire qui ne veut pas travailler à un salaire inférieur ou dans une occupation autre que la sienne, ont été transformées en règlements et ne font plus partie de la loi. Les règlements peuvent être changés par la ministre selon son bon vouloir sans l'assentiment du parlement.

Cela n'a rien à voir avec une clarification. C'est un geste délibéré pour donner au pouvoir exécutif les moyens de couper les prestations des chômeurs et ainsi créer encore plus de chaos et de bouleversements dans leur vie, et ce, dans le plus grand secret possible. Cela dénote la destruction accélérée des institutions publiques, dans ce cas-ci les gouvernements et les lois, afin de sabrer sans limite dans les programmes sociaux et transférer toujours plus de fonds publics dans les coffres d'intérêts privés.

Il est on ne peut plus claire qu'il s'agit d'un geste conscient pour couper les prestations des chômeurs, et non de « clarifier » leur situation, surtout avec la nouvelle division des prestataires selon le nombre de fois qu'ils ont reçu des prestations. Ceux qui sont dorénavant appelés des prestataires fréquents sont les travailleurs saisonniers et les travailleurs dans les emplois dits précaires, soit les emplois qui ne comportent aucune sécurité et qui ont les plus mauvaises conditions. On fait fi des conditions de vie et de travail réelles de ces travailleurs, des raisons pour lesquelles ils sont souvent sur l'assurance-emploi, et on ne retient que le fait qu'ils touchent souvent des prestations. Qu'est-ce que ça signifie être un « prestataire fréquent » ? Est-ce que ça ne signifie pas que nous avons affaire à une condition sociale à corriger, à un problème de l'économie qu'on devrait résoudre pour que ces travailleurs puissent jouir d'un emploi stable qui leur permette de vivre dans la dignité ? Évidemment ! S'il faut des clarifications, madame la ministre, c'est bien là-dessus, mais ça ne semble pas entrer dans votre logique comptable.

Cette tentative du gouvernement Harper de se disculper de son abus de pouvoir ne doit pas passer. Cela ne fait que nous convaincre de la nécessité de décupler d'effort pour forcer le gouvernement à retirer ces mesures antisociales et à rendre des comptes pour ses mesures antiouvrières.

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Entrevues

Patrick Bouchard, camionneur forestier et vice-président de la section
3000-Q du Syndicat canadien des communications, de l'énergie
et du papier (SCEP), Saguenay-Lac-St-Jean

LML : Quel impact vont avoir les changements à l'assurance-emploi sur les travailleurs forestiers ?

Patrick Bouchard : Prenons des gens comme nous, les saisonniers. Nous les camionneurs, nous devons être sur l'assurance-emploi pendant deux mois environ. Nous travaillons pendant environ dix mois par année parce que pendant les deux autres mois, c'est le dégel, le printemps arrive, les chemins sont brisés par la chaleur qui revient, on est obligé d'arrêter de travailler forcément. Maintenant nous allons être obligés d'aller travailler ailleurs forcément parce que l'assurance-emploi va nous obliger à le faire. Ça va occasionner des problèmes parce que les gars vont toucher moins d'argent parce qu'ils doivent accepter de travailler à 70 % de leur salaire. Ça va baisser leur salaire, en baissant leur salaire, les travailleurs vont chercher d'autres emplois pour aller travailler à l'année pour ne plus avoir besoin d'aller sur le chômage. Ça va briser le tempo de l'industrie forestière, des sylvicultures et toutes ces choses-là. De nombreux travailleurs vont quitter la région.

Les premières années, tu vas toucher 70 % de ton ancien salaire, la deuxième année tu vas baisser à environ 50-60 % de ton salaire. Nous les camionneurs, on a à peu près 380 $ de chômage net par semaine. C'est pas le Klondike, on n'est pas riches, avec ça on fait juste se dépanner et payer de petites factures au passage, On fait cela parce qu'on ne peut pas travailler, il n'y a pas d'ouvrage. Alors quand moi je serai sur le chômage, quand j'irai voir un autre employeur, que je lui dirai « monsieur j'aimerais bien travailler pour vous mais je vais retourner à mon ancien emploi dans quelques mois », il va dire « monsieur on ne peut pas vous prendre, vous venez chez nous et vous allez vous en retourner. » Cela fait plus de 30 ans que je travaille pour la même compagnie, je ne m'arrangerai pas pour tout perdre pour m'en aller ailleurs. Mais ceux qui sont plus jeunes vont quitter leur emploi, cela va faire de l'exode et du brouhaha, les compagnies vont perdre leurs employés.

Les sylviculteurs eux ferment les chantiers vers le milieu de novembre ; ils ne peuvent plus faire de transplantation ni de débroussaillage parce que la neige arrive, alors ils sont obligés de faire de l'assurance-emploi jusqu'au mois de mai. Maintenant l'assurance-emploi les oblige à se trouver un emploi à 100 km de chez eux alors 100 km avec le prix de l'essence aujourd'hui je ne sais pas comment ils vont faire pour vivre.

Ce temps-là sur l'assurance-chômage, c'est aussi une période de récupération. Les débroussailleurs par exemple commencent le matin à 3-4 heures et ils arrêtent de travailler vers 5 heures de l'après-midi. Cela fait des journées de 12-13-14 heures. Nous les camionneurs, c'est la même affaire, on a des horaires non réguliers, on peut être de jour puis tout de suite de nuit. On travaille 65-68 heures par semaine alors quand le temps du chômage arrive, on essaie de récupérer un peu pour retourner encore, pour essayer d'être en forme et durer encore des années, on avance tous en âge.

Ça prend environ 8-9 heures, 9 heures et demie pour faire un voyage. Souvent, on commence le lundi matin à travailler, on part de chez nous vers 3 heures le lundi matin, on donne notre camion à notre partenaire vers 10 heures et demie-11 heures, on reprend le camion le soir vers 9 heures et demi 10 heures et on repart pour la nuit. Ca n'est pas toujours comme ça, cela dépend de la distance qu'on a à parcourir, mais ça arrive. Si l'assurance-emploi nous oblige à travailler, je ne sais pas ni où on va travailler, ni comment on va faire. Ça va occasionner des fatigues, le travail va devenir plus dangereux. Ça va appauvrir les gens davantage, c'est officiel, surtout les travailleurs saisonniers.

Il y a eu une grosse manifestation aux Îles-de-la-Madeleine récemment. Est-ce que le gouvernement est à l'écoute ? Il se prépare une grosse manifestation ici dans la région bientôt pour février. Ça ne s'arrêtera pas là, je pense que ça va être un combat. Le gouvernement Harper doit se réveiller et dire j'ai fait une erreur on va la corriger.

Ronald Nantel, président de la section 3094 du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier en Abitibi-Témiscamingue

LML : Jusqu'à maintenant on a surtout entendu parler de l'impact des changements à l'assurance-emploi parmi les travailleurs forestiers qui travaillent en forêt. Est-ce qu'il y a un impact chez les travailleurs de la transformation ?

Ronald Nantel : Ça va toucher mon usine de portes et fenêtres. Il y a toujours des mises à pied qui sont faites dans cette usine l'hiver. Les gens sont inquiets de cela, l'employeur aussi. Si les gens sont obligés d'aller travailler jusqu'à concurrence de 70 % de leur salaire actuel et voyager 100 km, ils vont peut-être se trouver d'autres choses et ne pas revenir au printemps.

Un autre groupe qui va être affecté ce sont les pompiers forestiers de notre section locale. Ils se déplacent pour intervenir contre les feux de forêt. Ils sont saisonniers et vont être affectés.

C'est un vrai cercle vicieux ces changements-là. Après que tu as commencé à travailler à 70 % de ton salaire, tu vas avoir baissé dans tes conditions, le prochain titre d'assurance-emploi que tu vas faire va être basé sur un salaire plus bas. Le travailleur va quitter son nouvel emploi pour retourner à son emploi principal. Il va être pénalisé par l'assurance-emploi pour avoir quitté son emploi. Il n'y a rien de bon pour les travailleurs là-dedans. On s'en va vers un appauvrissement des travailleurs et par conséquent de la population en général.

L'assurance-emploi ça n'appartient pas à Harper. Ça n'est pas l'argent du gouvernement. C'est l'argent des employés et des employeurs. Le gouvernement Harper gère ça comme si ça lui appartenait et il gère ça n'importe comment.

Serge Dupuis, directeur de la formation professionnelle à la FTQ-Construction

LML : On a surtout parlé jusqu'à maintenant de l'impact de ces mesures sur les travailleurs de secteurs comme les pêcheries et la forêt. Quel va être l'impact dans la construction ?

Serge Dupuis : Nos travailleurs vont être très touchés par ces mesures. Sur la Côte Nord par exemple, on a quand même beaucoup de travailleurs de la construction qui vont être affectés aussi par la nouvelle réforme de l'assurance -emploi. Ce sont des régions éloignées où les villages sont éloignés les uns des autres. Il n'y a pas d'autres emplois, donc les gars font du chômage régulièrement et ils vont être touchés par la nouvelle réglementation.

Par exemple au chantier du complexe hydroélectrique de La Romaine près de Havre Saint-Pierre, il y a eu des travailleurs de mis à pied pour l'hiver. Les travailleurs se retrouvent sur l'assurance-emploi et avec la nouvelle règlementation on peut dire aux travailleurs « ok je vais te reclasser, tu n'as pas trouvé d'emploi dans ton domaine à toi, je vais te reclasser dans un autre emploi. » Je prends Havre Saint-Pierre, il y a juste QIT la compagnie minière qui est là et elle n'embauche pas personne, pas de menuisiers ou d'électriciens. La commission scolaire n'engage pas. On va dire tu vas aller à une heure de chez toi, mais le plus proche village à l'ouest n'a pas beaucoup de monde, pas d'emploi, aucune industrie, en allant vers l'est c'est un autre petit village dans lequel il n'y a pas d'emplois non plus. Alors le travailleur il fait quoi ; il est pris avec la nouvelle règlementation, il n'y a pas d'emplois, alors l'assurance-emploi va dire on te coupe tes prestations. Alors on va appauvrir notre monde dans les régions.

Le gars va dire « si tu me coupes je m'en vais sur l'aide sociale. » Alors sur l'aide sociale c'est la province qui va absorber le coût de l'assurance-emploi.

On ne sait pas ce qui va se passer exactement. Ils ont passé une loi, ils ont passé un règlement à la fin décembre, ils l'ont mis dans La Gazette officielle puis ils l'ont mis en application le 6 janvier sans donner plus de détails sur ce qui va se passer, sans se préoccuper de ce qui se passe dans les régions du Québec.

Nos travailleurs ne sont pas juste saisonniers, ils sont également précaires parce qu'il y a des chantiers qui commencent, qui durent trois mois (tu ne bâtis pas une centrale hydroélectrique ou une fonderie à chaque année), le chantier est fini, le travailleur demande de l'assurance-emploi une semaine après. Son employeur peut le rappeler parce qu'il a obtenu un autre contrat, il va travailler un autre mois, il va arrêter, il va rouler sur l'assurance-emploi donc maintenant il va être pénalisé par l'assurance-emploi parce qu'il va devenir un prestataire fréquent. On va lui dire on va te reclasser dans un autre métier. Peut-être qu'il peut travailler dans un Rona c'est quelque chose de similaire. Dans l'autre métier, ils le reclassent à 70 % de son salaire, le gars il a établi son rythme de vie, ses paiements, son hypothèque en fonction de ce qu'il gagnait dans la construction. À 70 % est-ce que cela veut dire que demain matin je vais aller voir la banque et lui dire alors baisse-moi mon paiement à 70 %. Après cela quand tu postules à nouveau pour l'assurance-emploi c'est sur une base plus basse, c'est un enchaînement. Si tu veux retourner à ton travail saisonnier, tu laisses tomber la job que tu avais trouvée pour ne pas perdre ta prestation, tu va être pénalisé parce que sur l'assurance-emploi tu n'a pas droit de faire un départ volontaire. Ça a des ramifications multiples, un effet d'entraînement.

À Montréal la situation est similaire. Les travailleurs bâtissent des condominiums, après deux ou trois mois ils sont mis à pied. Ils vont sur l'assurance-emploi, maintenant ils vont devoir se trouver un nouvel emploi. Bien sûr il y a plus d'industries à Montréal que dans les régions éloignées, se trouver un autre emploi c'est plus facile, mais le problème c'est que les travailleurs vont se retrouver dans une situation de précarité continuelle.

Ça n'a aucun sens. C'est leur assurance, ils l'ont payée mais ils ne peuvent pas l'utiliser. Ce n'est pas le gouvernement qui met l'argent dans le fonds. Ce sont les travailleurs et les employeurs. La ministre Finley a vraiment oublié de regarder tous les contrecoups de cette loi la ou elle n'a pas pensé du tout aux travailleurs et aux travailleuses qui ont à subir des pertes d'emplois et qui se retrouvent sur l'assurance-emploi. Ils veulent couper les prestataires, c'est ça leur but.

Il ne faut pas oublier qu'ils ont volé 57 milliards $ dans la caisse qui ne leur appartenait pas, ils ont créé une nouvelle caisse en disant tout de suite qu'elle va être déficitaire. Maintenant, ils prévoient qu'en 2017 la caisse de l'assurance-emploi ne sera plus déficitaire et ils vont aller récupérer l'argent, ils vont encore voler de l'argent aux travailleurs.

Ils jouent avec l'économie du Québec. Il faut dénoncer cette loi-là et les nouveaux règlements sur toutes les tribunes parce que ça fait du tort aux travailleurs. Ils ne créent pas de l'emploi, ils créent de la pauvreté. Nous allons participer à toutes les actions pour dénoncer le gouvernement Harper. C'est bien que le monde est en train de se réveiller partout. J'entretiens beaucoup d'espoir pour l'avenir. J'ai beaucoup d'espoir dans nos jeunes qui se battent pour prendre leur avenir en mains.

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Les attaques contre les travailleurs forestiers se poursuivent

Produits forestiers Résolu trouve de nouvelles
façons d'exploiter les travailleurs à l'os

Le monopole Produits forestiers Résolu (anciennement AbitibiBowater) a décidé de ne pas renouveler ses contrats avec les camionneurs forestiers. Il met fin ainsi à la pratique courante en vigueur depuis des années qui consiste à recourir à des ententes de gré à gré avec les camionneurs forestiers et va maintenant tout faire cela par voie de soumission. Résolu justifie cette décision en disant que le nouveau régime forestier qui comprend la mise aux enchères du bois ne lui permet pas de connaître la quantité de bois qu'il coupera en 2013.

Cette décision aura des conséquences graves pour les entreprises de camionnage et les camionneurs forestiers. Les communautés forestières déjà durement touchées depuis des années par la destruction de leur industrie par les monopoles sont de nouveau la cible de Résolu. Il s'agit d'une décision arbitraire qui illustre de nouveau la contradiction entre le droit de monopole et les besoins des communautés forestières. Ce genre de décision va intensifier la compétition entre les camionneurs pour l'obtention des voyages de bois disponibles, les forçant ainsi à abaisser constamment la valeur de leur travail (soumission vers le bas). Cela créera une instabilité permanente dans l'industrie du camionnage forestier, sans compter les tensions sociales et le niveau de stress vécu par les camionneurs forestiers et leur famille. La décision de Résolu accroîtra l'exode des jeunes de plusieurs villages des régions, déjà peu populeux.

Également, la fin des contrats de gré à gré qui favorisaient un certain partage du travail entre les camionneurs est une tentative du monopole Résolu d'arracher une plus grande part de la richesse produite par les camionneurs forestiers. Pour ces derniers, il ne fait aucun doute qu'ils sont partie intégrante de la chaîne de production de l'ensemble de l'industrie forestière et ne sont pas un coût de production comme le conçoit Résolu. Leur contribution à l'économie du Québec est centrale. Ils sont intimement liés de mille et une manières au travail productif des milliers de travailleurs du bois au Québec. La logique de Résolu d'en faire des « travailleurs autonomes » enchaînés au diktat de monopole et réduits à survivre par eux-mêmes est intenable et insensée.

La pratique des monopoles de recourir aux services du plus bas soumissionnaire est courante, voir quasi la norme, dans l'industrie du camionnage au Québec. Les camionneurs, qui subissent une détérioration de leurs conditions de travail et une constante diminution de leur rémunération, en vivent les conséquences à tous les jours. Pour les camionneurs forestiers, on peut facilement imaginer sous quelles conditions maintenant ils vont défrayer les coûts exorbitants de leurs machineries ! Sous quelles conditions vont-ils pouvoir défendre leurs normes de sécurité, d'entretien de leurs véhicules et leurs conditions de travail ?

Les camionneurs ne veulent pas être entraînés dans des arrangements qui vont les mener dans des conditions de travail encore pires que ce qui existe déjà. Ils refusent de laisser Résolu avoir droit de vie ou de mort sur eux. Ils discutent des nouvelles façons de restreindre les monopoles et leurs pratiques qui visent ni plus ni moins à les rendre impuissants à se défendre. C'est un problème urgent à résoudre pour leur industrie, parce que les camionneurs forestiers savent très bien que la décision de Résolu n'a pas pour but de régler des problèmes de l'industrie forestière et des communautés qui en vivent. Son but est de transférer d'avantage de richesses produites par les camionneurs dans leurs coffres.

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Oui au droit public! Non au droit de monopole!

Brookfield choisi pour superviser la privatisation
des immeubles de bureaux du gouvernement

Le gouvernement de l'Ontario a annoncé qu'il procède à la vente des propriétés de bureaux commerciaux que possède le gouvernement dans toute la province à des investisseurs privés. La privatisation d'immeubles de bureaux appartenant au gouvernement était l'une des manoeuvres pour payer les riches contenues dans le budget d'austérité 2012 de la bande de magouilleurs qui gouvernent l'Ontario. La vente est organisée et supervisée par un « groupe consultatif » fait de banquiers internationaux avec Brookfield Asset Management en tête. Brookfield est l'un des plus importants propriétaires d'espaces à bureaux au monde et cet arrangement est un exemple de comment le gouvernement trahit les intérêts publics en mettant le loup responsable de la bergerie.

L'un des immeubles les plus dispendieux qui sera cédé à des intérêts privés est une tour de dix étages au 222, rue Jarvis à Toronto. Juste avant cette transaction, le gouvernement avait procédé à des rénovations majeures de l'ordre de 100 millions $ pour retaper cet immeuble, somme qui ne semble pas comprise dans la vente actuelle. Quatre agences gouvernementales, dont Infrastructure Ontario, doivent être locataires des lieux, liées par un bail d'une durée de 25 ans. Des immeubles de bureaux de valeur dans le centre-ville de Guelph, North Bay, Oshawa, Peterborough, St. Catharines et Sudbury, dont les locataires sont des ministères gouvernementaux, sont aussi vendus pour être reloués.

Le « groupe consultatif » sous la direction de Brookfield agira par le biais d'Infrastructure Ontario (IO) qui est responsable des propriétés du gouvernement provincial. IO, en tant qu'agence gouvernementale, est responsable d'organiser les partenariats publics-privés liés à la construction d'infrastructure financée par la province. Elle a hérité de la responsabilité de gérer et de privatiser l'immobilier appartenant au gouvernement. Bien que IO ait des milliards de dollars en fonds et en actifs publics à sa disposition, elle est en fait une société dont les dirigeants proviennent de conseils d'administration issus du secteur privé, pour la plupart liés aux banques et aux compagnies d'assurance. Les négociateurs d'IO opèrent sous le voile du secret commercial et ne rendent pas de comptes publiquement.

Dans des déclarations aux médias sur la vente des immeubles à bureaux et la remise des bureaux en location, IO a prétendu de façon tout à fait insensée que ces arrangements allaient résulter en une réduction des coûts associés à la location de bureaux gouvernementaux. IO affirme cela même si les nouveaux propriétaires tireront de grands profits de leurs propriétés sur le marché des actions alors que le taux des obligations gouvernementales est à un niveau historiquement bas. Selon les données de Brookfield, le rendement de l'investissement en actions pour ce genre d'actif se situe à environ 14 % par an. IO va même jusqu'à dire que, comme par magie, la « gestion et l'entretien privés » permettront de faire assez d'épargnes pour compenser pour les sommes englouties dans le rendement sur les actions. La frauduleuse comptabilité d'IO basée sur le rendement sur l'argent investi est invoquée afin pour « prouver » l'impossible.

Ces manoeuvres pour payer les riches telles ces fraudes liées à la vente et à la location d'immeubles de bureaux gouvernementaux sont de plus en plus courantes en même temps que le gouvernement impose des coupures draconiennes aux programmes sociaux et d'autres mesures d'austérité au nom de la réduction du déficit. La classe ouvrière dit Non à l'austérité ! et exige que le gouvernement arrête de payer les riches et qu'il augmente son financement des programmes sociaux.

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Consultation frauduleuse sur le financement
du transport en commun dans la région
du grand Toronto et de Hamilton

Entre le 15 janvier et le 19 février auront lieu une série d'assemblées publiques organisées dans la région du grand Toronto et de Hamilton par Metrolinx, la société d'État ontarienne responsable du développement du transport en commun régional.[1] Metrolinx annonce ses réunions comme étant une « consultation publique » sur comment sera financé son projet régional de transport en commun de 50 milliards $.

En réalité, ces assemblées font partie d'une campagne politique trompeuse menée par le gouvernement de l'Ontario visant à générer plus de revenus à partir des impôts personnels pour financer ses manoeuvres pour payer les riches. Le gouvernement veut se servir du besoin pressant d'expansion du système de transport en commun dans la région pour justifier le fait qu'il veut soutirer des résidents de la région des milliards de plus en impôts personnels.

Le fait d'organiser ces assemblées publiques en ce moment a comme but de se conformer à des obligations légales selon lesquelles Metrolinx doit, du moins en apparence, solliciter l'avis du public et proposer un plan de financement pour son projet de transport en commun régional à l'Assemblée législative de l'Ontario avant juin 2013. Metrolinx a déjà investi 16 milliards $ en projets de transport en commun et un autre 34 milliards $ de projets est à venir, tel que prévu dans son plan régional de transport en commun sur une période de 25 ans. Il dit devoir amasser 2 milliards $ en capital et 2 milliards $ pour le fonctionnement pour chaque année du plan.

Le format tel que proposé par Metrolinx pour les assemblées va à l'encontre de toute notion de discussion publique saine et de consultation sur le financement du transport en commun. Les participants à ces assemblées seront assaillis par une horde de propositions ayant comme thème l'augmentation des impôts personnels et prônant un soi-disant choix sur ce qui devrait être imposé comme taxe de transport.

Les propositions mises de l'avant pour le financement du transport en commun comprennent une hausse des taxes de vente, une hausse de l'impôt sur le revenu, une hausse des impôts fonciers ainsi qu'un plus grand recours aux péages autoroutiers, à la taxe sur l'essence et d'autres taxes sur les véhicules privés. Une hausse de l'impôt sur les bénéfices ou sur la masse salariale ou autres formes d'impôt sur les entreprises sont en bas de la liste comme source potentielle de revenu. Le raisonnement néolibéral habituel est invoqué pour exempter les compagnies : cette exemption est nécessaire si la région doit rester « compétitive » et attirer l'investissement.

La campagne cherchant à hausser les impôts personnels bénéficie de l'appui sans équivoque de l'élite dominante. Parmi les organisations des riches qui appuient les taxes de transport, il y a l'Alliance des services financiers de Toronto, une organisation des grandes banques dont la dirigeante est Janet Ecker, anciennement membre conservatrice du cabinet qui a été récemment nommée au conseil d'administration de Metrolinx. La personne étant promue par les médias comme étant l'homme de pointe de la campagne de « sensibilisation du public » est l'ancien chef du Parti conservateur de l'Ontario et directeur de Rogers Communication, John Tory. Tory fait la promotion des taxes de transport par le biais d'une organisation dont il est le dirigeant, Toronto Civic Action. Il mobilise aussi d'autres membres de la minorité privilégiée pour qu'ils se fassent les « champions » de la taxe de transport.

Pour justifier cette ponction fiscale gouvernementale, on prétend que le service de transport en commun est un coût et un fardeau pour l'économie, un coût qui doit être soutiré au peuple à tout prix. Ce raisonnement est trompeur puisque loin d'être un coût, le transport en commun sous toutes ses dimensions génère une valeur inestimable pour l'économie. Cette campagne en faveur d'une taxe de transport dissimule le fait que la valeur est produite par les travailleurs dans le transport en commun et qu'une grande part de cette valeur est réclamée à l'économie par des intérêts privés.

Comment se peut-il que les travailleurs — qui triment dur toute la journée pour fabriquer des véhicules de transport ou pour bâtir, opérer et entretenir des systèmes de transport en commun — puissent siphonner la valeur de l'économie plutôt que d'y en ajouter ? Ce sont des balivernes. Les travailleurs oeuvrant dans le transport en commun produisent une valeur pour l'économie socialisée de beaucoup supérieure à ce qu'ils réclament en salaires et en avantages sociaux.

La valeur provenant du transport en commun qui reste dans l'économie après que les travailleurs aient réclamé leurs salaires est plus qu'il ne faut pour contribuer au renouvellement du capital, à l'expansion du système et aux subsides aux passagers sans parler d'une ristourne pour le gouvernement. Le transport en commun apparaît comme un coût et le financement du transport public apparaît comme un problème uniquement parce que les intérêts privés font des réclamations dissimulées à une grande partie de la valeur produite dans l'économie par le transport en commun. Les intérêts privés réclament la valeur produite mais, par contre, ne déboursent rien en retour. Les employeurs, les propriétaires commerciaux, les entreprises au détail, les sites de sports professionnels et de divertissement et une panoplie d'intérêts privés bénéficient grandement du transport en commun, mais ne déboursent peu ou rien pour ces avantages.

Pour entreprendre une discussion sérieuse sur le transport en commun, il faut d'abord rejeter la fraude à l'effet que le service de transport public est un coût et rejeter cette fraude en tant que justification pour des hausses d'impôts personnels. Il faut aussi entreprendre une étude de la valeur créée par le transport en commun et une enquête sur les responsables des réclamations dissimulées à la valeur produite.[2] Pour que le transport en commun s'épanouisse et soit à la hauteur d'une économie et d'une société modernes, les intérêts privés qui réclament la richesse générée par le transport en commun doivent être contraints à y réinvestir ce qu'ils en ont retiré.

Notes

1. Metrolinx est une corporation issue d'une loi adoptée par le gouvernement libéral en 2006 et en 2009. Le secteur du ministère des Transports responsable pour les projets de transport en commun a été retiré du service public et corporatisée permettant ainsi au gouvernement d'organiser des manoeuvres liées au transport en commun et conçues pour payer les riches sous le voile de la confidentialité commerciale. En 2009, Metrolinx s'est transformé en société de planification et de mise en oeuvre lorsqu'il a pris le contrôle du service d'autobus et ferroviaire GO Transit. Son conseil d'administration était d'abord constitué de représentants des municipalités régionales, mais aujourd'hui tous ses membres sont des représentants nommés par les provinces mais représentant en réalité divers intérêts du secteur privé. Les travailleurs qui produisent les services de transport en commun, leurs organisations ainsi que les usagers du transport en commun et les municipalités sont complètement exclus de la planification et des prises de décisions de Metrolinx.

2. Les réclamations dissimulées des intérêts d'affaire du centre-ville de Toronto sur le service ferroviaire de GO Transit en sont un bon exemple. Les besoins en capital de GO Transit et sa subvention opérationnelle annuelle de 100 millions $ sont fournis gracieusement par le gouvernement provincial. C'est ce qui fait que GO Rail apparaît comme un « coût » énorme et un poids pour l'économie, mais ce n'est pas le cas dès que l'on considère les réclamations dissimulées sur la valeur générée par le transport en commun.

GO rail fournit 400 000 voyages aller-retour par semaine sur un trajet qui s'étend d'Oshawa à Hamilton. Presque tous ces voyages commencent ou se terminent à Union Station et les voyageurs sont à toutes fins pratiques des gens qui se rendent au travail ou qui retournent à la maison, les employeurs étant les services financiers et autres dans le centre-ville de Toronto. Les sites sportifs, de divertissement et de magasinage sont aussi d'importantes escales pour les usagers de GO Rail. Le service GO permet à 400 000 personnes par semaine de participer à l'activité économique au coeur du centre-ville et permet aux employeurs, aux détaillants, aux propriétaires fonciers, aux promoteurs sportifs et de divertissements de réclamer du profit. Et pourtant, ces intérêts privés ne déboursent pas un cent pour le service de GO Rail sans qui cette activité économique serait inexistante.

La valeur générée dans l'économie par le transport en commun est aussi appropriée par les promoteurs immobiliers. En moyenne, un usager voyage 75 km par jour, ce qui permet aux promoteurs de faire une réclamation sur l'économie sous la forme de profits issus de l'utilisation foncière accrue et de la valeur foncière accrue en ville et dans les banlieues desservies par GO Rail.

Tous ces intérêts privés bénéficiant de GO Rail sont des profiteurs du fait qu'ils retirent les énormes avantages économiques du transport en commun tout en ne contribuant rien à sa capitalisation, à son opération ou à son entretien. Leurs réclamations sur la valeur générée dans l'économie par le service de GO Rail sont des réclamations dissimulées et c'est ce qui fait que le service semble être un « coût » qui doit être récupéré en augmentant les tarifs de GO Rail, les subventions opérationnelles du gouvernement et les emprunts de capital garantis par l'État.

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