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Numéro 6 - 22
janvier 2013
La conquête de l'Afrique
qui recommence
Non au «soutien
logistique» du Canada au Mali
La conquête de l'Afrique qui
recommence
• Non au «soutien
logistique » du Canada au Mali -
Enver Villamizar
• Méfiez-vous de
«l'aide » du Canada -
Charlie Vita
A titre
d'information
• Information
générale sur le Mali et les
récents événements
• L'intervention militaire
française au Mali vise-t-elle aussi
à assurer les intérêts
d'Areva? - Spencer Delane, Mecanopolis
• Le Mali et la
ruée vers l'Afrique: une nouvelle vague
de barbarie - Ben Schreiner
• Redessiner l'Afrique:
Les États-Unis appuient Al-Qaïda au
Mali, la France «vient à sa
rescousse» - Tony Cartalucci
La conquête de l'Afrique qui
recommence
Non au «soutien logistique» du
Canada au Mali
-Enver Villamizar -
Le premier ministre Stephen Harper a
annoncé le 14 janvier que le Canada va
participer à une intervention militaire
dirigée par la France au Mali, une
ex-colonie française en Afrique. Le Canada,
a dit Harper, enverra un avion militaire de
transport C-17 de l'Aviation royale du Canada
« pour une durée d'une semaine
» en réponse à la
requête du gouvernement français.
Harper a dit que l'avion apportera un
« soutien logistique » et ne
participera à aucune
« intervention directe » et
ne se rendra pas dans les zones de combat. Le
matériel transporté par l'avion
contredit cette affirmation puisqu'il s'agira de
livraison quotidienne d'équipement
militaire aux forces françaises qui ont
entrepris une offensive au sol au Mali contre ceux
qu'il appelle des terroristes. On rapporte que des
représentants du Canada et d'autres pays
occidentaux ont dit que l'avion pourrait
également être utilisé pour
transporter des soldats d'autres pays africains au
Mali si la France le demande.
Harper a dit qu'en plus du transport de
matériel militaire, « le Canada
continuera à fournir de l'aide humanitaire
et de l'aide au développement à
cette région, pour contribuer à
atténuer la détérioration des
conditions de vie dans la région.
»
Selon le gouvernement Harper, le Canada
intervient pour aider « les pauvres
Africains » et empêcher que le
continent ne devienne une base pour le terrorisme.
« La politique étrangère
du Canada repose sur le respect de la
liberté, de la démocratie, des
droits de la personne et de la primauté du
droit, affirme le communiqué du premier
ministre. Nous allons soutenir nos alliés,
qui cherchent à rétablir la
sécurité et la démocratie
pour la population du Mali, d'une manière
conforme au droit international. »
Le premier
ministre, lorsqu'il parle de l'aide humanitaire
désintéressée du Canada au
Mali, ne mentionne pas que les entreprises
minières canadiennes, tout comme celles
d'autres pays occidentaux, ont de vastes
possessions au Mali. Le fait que le Canada est en
train de construire 3 bases militaires en
Afrique montre bien que sa participation à
l'intervention étrangère au Mali a
pour but de sécuriser les
intérêts privés des monopoles
miniers afin d'intensifier l'exploitation des
peuples africains et de leurs ressources
naturelles et n'a rien à voir avec des
préoccupations humanitaires. Une de ces
bases est située au Sénégal,
un État voisin à l'ouest du Mali, et
les deux autres sont au Kenya et en Tanzanie en
Afrique de l'Est. Le Canada a aussi des troupes au
Niger un pays limitrophe à l'est du Mali.
L'implication du Canada au Mali rappelle sa
participation à l'opération Renard
du désert, la campagne de bombardement de
3 jours contre l'Irak lancée par le
président Bill Clinton en décembre
1998. Lors de cette opération qui elle
aussi était menée sous un vernis
d'humanitarisme, des avions canadiens avaient
servi à transporter de l'équipement
d'attaque utilisé pour préparer
l'Irak à l'invasion complète du pays
par George Bush en 2003.
Le gouvernement Harper a constamment accru sa
présence militaire en Afrique, en
particulier dans la région du Sahel.[1] On
a annoncé récemment que 50 soldats
du Commandement des Forces d'opérations
spéciales du Canada vont être
envoyés en mission
« d'entraînement » en
Mauritanie, elle aussi un pays limitrophe du Mali.
On dit que le Commandement des Forces
d'opérations spéciales du Canada est
déjà engagé dans
l' « entraînement » de
forces militaires au Niger, un autre pays avec une
frontière avec le Mali, qui se
préparerait à y envoyer des troupes
dans le cadre d'une éventuelle force
régionale d'invasion.
Ces annonces révèlent que le
gouvernement canadien est en train
d'entraîner le Canada dans une autre
intervention militaire en Afrique, tout en
maintenant sa présence militaire en
Afghanistan et des navires qui maraudent en mer
d'Arabie prêts à une intervention
possible en Syrie. Comme ce fut le cas avec la
Libye, le gouvernement dit avoir un mandat
d'intervenir au Mali en vertu d'une
résolution du Conseil de
sécurité des Nations unies. Cette
résolution en appelle à une
« aide » aux Forces de
défense et de sécurité
maliennes en invoquant que le Mali est en train de
devenir une base pour le terrorisme en Afrique.
La position du Canada est d'une hypocrisie
odieuse. Le Canada s'oppose à des
résolutions ou ne fait rien pour appliquer
nombre de résolutions de l'ONU comme celles
demandant à Israël de mettre fin
à son occupation de la Palestine ou aux
États-Unis de mettre fin au statut colonial
de Porto Rico et à son blocus contre Cuba.
Mais quand cela sert ses objectifs coloniaux,
alors le gouvernement Harper invoque les
résolutions de l'ONU pour justifier sa
violation des principes mêmes sur lesquels
l'ONU est basée.
La prétention que son intervention dans
les affaires intérieures du Mali est
conforme au droit international, alors qu'elle y
contrevient totalement, montre combien les paroles
et les actes du gouvernement Harper sont
intéressés et pourquoi elles ne
méritent rien d'autre que le mépris
le plus complet de la part de la classe
ouvrière et du peuple canadiens.
Réunion du
Rassemblement démocratique africain
(RDA) à Bamako en 1957 (au Soudan
français à l'époque,
aujourd'hui le Mali). Fondé à
Bamako en 1946, le RDA a joué un
grand rôle dans la
décolonisation et
l'indépendance des colonies de
l'Afrique occidentale française.
Note
1. Le Sahel comprend (d'ouest en est) une
portion ou la totalité du
Sénégal, de la Mauritanie, du
Mali, de l'Algérie et du Niger, du Tchad,
du Soudan, du Soudan du Sud et
l'Érythrée.

Méfiez-vous de «l'aide» du
Canada
- Charlie Vita -
Pendant que le gouvernement Harper facilite la
dépossession des Premières Nations
de leurs territoires et ressources afin de
permettre aux monopoles miniers et d'autres
secteurs de mettre le grappin dessus, en utilisant
sa désinformation sur le besoin de «
transparence et d'imputabilité » pour
imposer le statut de propriété en
fief simple aux territoires autochtones, ce
même gouvernement utilise des tactiques du
« fardeau de l'homme blanc » pour
servir les intérêts monopolistes
internationalement.
Le 9 janvier, lors de la visite au Canada de
Thomas Boni Yayi, le président de la
République du Bénin et
président de l'Union africaine (UA), le
premier ministre Stephen Harper a annoncé
que le Canada a l'intention « d'aider les
pays africains à gérer leurs
ressources naturelles de façon responsable
et transparente, ce qui favorisera le
développement économique durable
».
C'est avec
le même paternalisme que le gouvernement
Harper parle de la nécessité
d'imposer des arrangements coloniaux datant du
XIXe siècle aux Premières Nations
afin de « les aider » à «
réaliser leur potentiel ».
« L'exploitation des ressources
minières, pétrolières et
gazières en Afrique est cruciale pour la
prospérité future du continent, a
déclaré Harper. Le soutien
annoncé aujourd'hui aidera les pays
d'Afrique à gérer leurs ressources
naturelles de manière responsable et
transparente en vue d'accélérer la
croissance économique durable, de
créer des emplois et de réduire la
pauvreté. »
Quand le gouvernement Harper parle de
prospérité, cela n'a rien à
voir avec le bien-être des peuples. Il fait
référence à ce que les
disciples de Harper appellent le «
libre-échange », soit la
capacité de vendre les ressources aux
monopoles sans opposition populaire. L'annonce du
gouvernement parle de « soutien » du
Canada au Centre africain de développement
de l'industrie minière. « Le Centre
servira à guider les pays africains et
à leur fournir des conseils
stratégiques quant à la façon
de gérer leur secteur de l'extraction de
manière responsable et transparente. Il
servira également de forum en vue de
générer des approches innovatrices
visant à augmenter la contribution de ces
secteurs à la réduction de la
pauvreté en Afrique, ce qui aura une
incidence positive sur le développement.
Cette initiative appuie l'engagement de l'Union
africaine consistant à utiliser les
ressources minérales de l'Afrique de
manière transparente, équitable et
optimale. »
La contribution du Canada au Centre africain de
développement de l'industrie minière
fait partie de la soi-disant
« Politique de responsabilité
sociale des entreprises » du
gouvernement du Canada qui vise à faire
obstacle à la résistance contre les
monopoles canadiens et d'autres pays qui
opèrent de par le monde. Le gouvernement
prétend que cette politique vise à
« aider les pays en développement
riches en ressources naturelles à se servir
de l'extraction des ressources naturelles pour
promouvoir et accélérer la
croissance économique durable, créer
des emplois et réduire la pauvreté
». Cette politique comprend
l'établissement de l'Institut canadien
international pour les industries extractives et
le développement et l'appui à
l'Initiative pour la transparence dans les
industries extractives et au Centre de conseils
techniques aux industries extractives.
On a annoncé pendant la visite que Harper
et Boni Yayi ont signé l'Accord sur la
promotion et la protection des investissements
étrangers (APIE) entre le Canada et le
Bénin. « Notre gouvernement est
déterminé à créer les
conditions favorables pour que les entreprises
canadiennes soient concurrentielles et
prospères à l'échelle
internationale, ce qui leur permet de créer
des emplois et de faire croître
l'économie ici, au Canada, a
déclaré Harper. L'accord sur les
investissements signé aujourd'hui
protégera mieux les entreprises canadiennes
qui font des affaires au Bénin et
renforcera les liens économiques entre nos
deux pays. »

A titre d'information
Information générale sur le Mali
et les récents événements
(Jeune
Afrique)
Le Mali est devenu indépendant le
22 septembre 1960. Avec
14 517 176 habitants en
2009 et une économie encore
essentiellement rurale, le Mali, pays
enclavé, fait partie des 49 pays les
moins avancés (PMA). La République
du Mali tient son nom de l'ancien Empire du Mali
fondé par Soundiata Keïta au XIIIe
siècle et qui a connu son apogée au
XIXe siècle. Le Mali, avec ses
1 241 238 kilomètres
carrés, est le plus vaste État
d'Afrique de l'Ouest après le Niger.
Le Mali est un pays en développement, avec
65 % de son territoire en région
désertique ou semi-désertique.
L'activité économique est surtout
limitée autour de la région fluviale
irriguée par le fleuve Niger. Des
entreprises multinationales ont
développé les opérations de
prospection de l'or en 1996-1998, et le
gouvernement prévoit que le Mali deviendra
un exportateur majeur d'or dans la région
subsaharienne. En plus du coton (12e producteur
mondial en 2004) et de ses dérivés
(graines de coton), le Mali est un important
producteur de mangues (200 000 tonnes).
Le produit intérieur brut par habitant
était estimé à 380 dollars en
2005 (selon World Development Indicators
(WDI) database). Un important pourcentage de la
population vit sous le seuil de pauvreté,
soit 36,1 % (2005) avec un taux de
chômage qui est très
élevé, soit de 30 %. L'Indice
de développement humain (IDH) est de
0,371 en 2007, 173e sur 177. L'Indicateur de
pauvreté humaine place le Mali à la
107e sur 177. Avec 6,54 enfants par femme, le
Mali possède l'un des taux de
fécondité les plus
élevés au monde. Le taux
d'alphabétisation se situe entre 23 et
46 % selon les sources.

L'intervention militaire française au
Mali vise-t-elle aussi à assurer les
intérêts d'Areva?
- Spencer Delane, Mecanopolis -
Les soldats français vont-ils risquer leur
vie au Mali pour « la
France » ? Pour empêcher
« l'islamisation » de la
région ? Pour défendre les
« conditions des femmes et de la
liberté d'expression », comme
l'indiquait Bernard Kouchner sur BFMTV ce samedi,
ou pour qu'Areva puisse obtenir les droits
d'exploitation d'une mine d'uranium de 5 000
tonnes dans le sud-ouest du pays qu'elle convoite
depuis de nombreuses années ?
L'intervention française, baptisée
« Opération Serval »,
du nom d'un félin africain, a
été décidée
après que les islamistes d'Ansar Edine
aient pris plusieurs positions dans le sud du
pays, notamment la région de Komma, et
menaçaient de prendre la capitale Bamako,
et donc d'avoir un contrôle total du pays.
Une situation qui posait un problème
à la France, non pas pour les raisons
« humanitaires » si
chères à Bernard Kouchner et autres
BHL, mais plus vraisemblablement parce que la
société Areva, groupe industriel
français spécialisé dans les
métiers du nucléaire, en particulier
l'extraction de minerai d'uranium, bataille depuis
plusieurs années pour obtenir
l'exploitation de quelques 5 000 tonnes de minerai
qui se trouvent à Faléa, une commune
de 21 villages et 17 000 habitants,
située dans une région isolée
à 350 kilomètres de Bamako.
L'histoire de l'exploration du sous-sol de la
région de Faléa ne date pas
d'hier : dans les années 1970,
déjà, la Cogema (l'ancien nom
d'Areva) et le Bureau de Recherche
Géologique Minière en collaboration
avec la société d'État
malienne (SONAREM) avaient effectué des
travaux de prospection. L'exploitation n'avait pas
semblé rentable à l'époque,
notamment du fait de l'enclavement de la zone, des
problèmes d'accès à l'eau et
de l'énergie nécessaire au
fonctionnement de la mine. Depuis, le contexte
mondial a changé et c'est désormais
une véritable « colonisation
minière » qui se joue au Mali.
Depuis 2005, la société canadienne
Rockgate a été mandatée par
le gouvernement malien afin d'effectuer des
forages et recherches à Faléa.
Rockgate a produit en 2010 un rapport
préliminaire, qui a ensuite
été complété par
Golder Associates, une société
internationale de « conseils dans les
domaines connexes de l'énergie »
qui indique « que le Mali offre un
environnement de classe mondiale pour
l'exploitation d'uranium ».
Depuis 2011, Rockgate a mandaté
l'entreprise française Foraco, basée
à Marseille et cotée en bourse
à Toronto, pour l'aider dans l'expansion
des explorations et forages à Faléa.
La France semble donc bien engagée sur le
dossier de l'uranium malien. D'ailleurs, son
ambassadeur, Christian Rouyer, déclarait il
y a quelques mois « qu'Areva sera le
futur exploitant de la mine d'uranium à
Faléa. »
De là à penser que l'intervention
militaire française au Mali vise
principalement à protéger les
intérêts d'Areva, il n'y a qu'un pas.

Le Mali et la ruée vers l'Afrique:
une nouvelle vague de barbarie
- Ben Schreiner -
Carte du nord de
l'Afrique et du Moyen-Orient. Cliquer pour
agrandir.
On dit de l'intervention militaire
française au Mali qui a
débuté vendredi (11 janvier) —
la seconde intervention de la France en deux ans
dans une ex-colonie africaine — qu'elle est
« secondée » par les
États-Unis. Cela n'est pas surprenant vu
l'engagement accru du Pentagone en Afrique.
D'après le centre de commandement
étasunien en Afrique, AFRICOM, le Pentagone
prévoit déployer des soldats dans
quelque 35 pays africains en 2013. Comme le
rapporte NPR, environ 4000 soldats
étasuniens vont prendre part
« à des manoeuvres militaires et
entraîner les troupes africaines dans des
domaines allant de la logistique à
l'adresse au tir en passant par les soins
médicaux. » (De plus, l'officier
malien responsable du coup d'État en mars
dernier a justement suivi une formation militaire
offerte par les États-Unis.)
Bien entendu, l'armée US a
déjà une présence sur le
terrain très significative en Afrique. Par
exemple, la « base de drones Predator,
la plus active à l'extérieur de la
zone de guerre afghane » avec
16 vols de drones par jour, est
localisée au Camp Lemonnier au Djibouti.
Mais comme le note la revue Army Times :
« La
région représente à bien des
égards la dernière frontière
militaire » et afin de rassasier
l'appétit des États-Unis pour une
« projection de sa puissance
mondiale », il ne doit rester aucune
frontière à conquérir.
Ainsi, un reportage de juin dernier du Washington
Post révélait que les
tentacules préliminaires de l'armée
américaine s'étendaient
déjà à travers les
États-Unis. Comme le rapportait le journal,
la surveillance aérienne étasunienne
s'exerce actuellement depuis des bases
clandestines au Burkina Faso, en Mauritanie, en
Ouganda, en Éthiopie, au Djibouti et au
Kenya, et l'ouverture d'une nouvelle base au sud
Soudan est en cours de planification.
Le Post ajoutait que « le
Pentagone dépense 8,1 millions $
pour moderniser une base aérienne
opérationnelle avancée en
Mauritanie, sur la côte ouest du Sahara. La
base est proche de la frontière avec le
Mali, déchiré par les
conflits. »
Avec de tels avantages déjà en
place, le Pentagone était en position non
seulement de « seconder » la
France dans son intervention au Mali, mais, comme
l'a rapporté le New York Times,
d'évaluer « un bon nombre
d'options pour appuyer les efforts
français, incluant un soutien accru dans la
logistique et dans le partage optimisé du
renseignement ».
Pour mieux mettre en lumière ce qu'un
soutien étasunien pourrait
éventuellement devenir au Mali, J. Peter
Pham, le directeur de l'Atlantic Council's Africa
Center de Washington et conseiller
stratégique principal d'AFRICOM, a
commenté : « Les attaques
de drones ou de l'armée de l'air ne vont
pas restaurer l'intégrité
territoriale du Mali ou vaincre les islamistes,
mais elles peuvent être de moindres
maux. » Un signe plutôt de
mauvais augure, sachant que « cette
option du moindre mal » a
déjà engendré le massacre de
centaines d'innocents dans la campagne
étasunienne de bombardements à
l'aide de drones.
Bien sûr, tout comme avec l'offensive de
drones, la poussée du Pentagone en Afrique
a été présentée dans
un emballage soigné et comme une extension
de la « guerre contre la
terreur ». Un article de juin d'Army
Times notait : « L'Afrique
en particulier, a émergé comme la
plus grande des priorités pour le
gouvernement américain parce que des
groupes terroristes y sont devenus une menace de
plus en plus grande pour les États-Unis et
la sécurité
régionale. »
Mais quelle intervention n'a pas
été justifiée en employant
quelque variante que ce soit de la toujours
très utile rengaine de la
« guerre au
terrorisme » ? Comme le
président français François
Hollande l'a déclaré vendredi
dernier : « Les terroristes
devraient savoir que la France sera toujours
là quand les droits d'un peuple, celui du
Mali qui veut vivre librement dans une
démocratie, sont en danger. »
« L'idéologie de notre temps,
du moins lorsqu'il s'agit de légitimer la
guerre, repose sur un certain discours sur les
droits de l'Homme et la
démocratie », a écrit
Jean Bricmont dans son livre
« L'impérialisme
humanitaire ». Et nous pourrions
même ajouter, un certain discours cynique de
combat contre la terreur.
Naturellement, la notion même que le
renouveau d'intérêt de l'Occident
pour l'Afrique soit ancré dans un
désir altruiste d'aider les états
africains à combattre le terrorisme et
d'établir la démocratie est
complètement absurde. Ce fut l'alliance de
l'OTAN, ne l'oublions pas, qui s'est si avidement
alignée avec les combattants salafistes
pour renverser Mouamar Kadhafi en Libye. De plus,
c'est la même alliance militaire qui
encourage les salafistes en Syrie, tout en les
bombardant dans la région AfPak
(Afghanistan/Pakistan), en Somalie, au
Yémen et maintenant au Mali.
Il est évident que seuls ceux qui
pratiquent la double pensée ont une chance
de comprendre le terrain en constante
évolution de la « guerre contre
la terreur » menée par
l'Occident.
De fait, pour une fois, le voile de la protection
de la « démocratie »
et du combat contre la
« terreur » est levé
et le visage impérialiste est
dévoilé.
Ainsi, l'impératif qui motive le
renouvellement de l'intérêt
occidental en Afrique, comme l'a expliqué
Conn Hallinan, est la course pour sécuriser
les vastes ressources et richesses du continent.
« Actuellement environ 18 % des
sources énergétiques des
États-Unis proviennent de l'Afrique, et
l'on prévoit que ce chiffre grimpera
à 25 % à l'aube de 2015.
L'Afrique fournit aussi environ un tiers des
besoins énergétiques de la Chine, en
plus du cuivre, du platine, du bois et du minerai
de fer », écrit Hallinan.
De plus, comme l'affirme Maximilian Forte dans
Slouching Towards Sirte : « Les
intérêts chinois sont perçus
comme entrant en concurrence avec ceux de
l'Occident quant à l'accès aux
ressources et aux influences politiques. AFRICOM
et quelques autres initiatives du gouvernement
étasunien sont faits pour prendre en compte
et contrer ce
phénomène. »
Cela explique l'aventure de l'OTAN de
2011 en Libye, qui a éliminé du
pouvoir un leader panafricain borné qui
menaçait de frustrer l'expansion d'AFRICOM
au-delà de cette
« dernière
frontière » militaire. Cela
explique aussi l'intervention française,
soutenue par les États-Unis au Mali, qui
sert à imposer par la force les
intérêts occidentaux en Afrique.
L'intervention, comme nous le voyons, appelle
l'intervention. Comme Nick Turse nous avait
prévenu en juillet : « Le
Mali n'est sûrement que le début et
bien malin qui peut dire comment cela va se
terminer. »
Une chose est certaine, nous allons vers une
nouvelle vague de barbarisme alors que la course
effrénée pour l'Afrique
s'accélère.
* Ben Schreiner est
un écrivain à la pige qui couvre la
politique étasunienne et internationale. Il
est actuellement étudiant en Masters de
journalisme à l'université du
Wisconsin-Madison.

Redessiner l'Afrique: Les États-Unis
appuient Al-Qaïda au Mali, la France
«vient à sa rescousse»
- Tony Cartalucci -
Un déluge d'articles a été
mis en circulation très rapidement afin de
défendre l'intervention militaire de la
France au Mali, « The Crisis in
Mali : Will French Intervention Stop the
Islamist Advance ? » décide
par exemple que les vieux trucs sont toujours les
meilleurs trucs et élit le narratif
éculé de la « guerre
contre la terreur » comme fil
directeur.
Le « Time » clame que
l'intervention cherche à arrêter les
« terroristes islamistes »
de renverser l'Afrique et l'Europe. L'article
stipule spécifiquement que :
« ... Il y a une peur, probablement
fondée en France, pour que l'islamisme
radical du Mali menace la France, car la plupart
de ces islamistes parlent français et ont
des membres de leur famille en France. (Des
sources émanant du renseignement à
Paris ont dit au « Time »
qu'ils ont identifié des aspirants
djihadistes quittant la France à
destination du nord du Mali pour s'y
entraîner et y combattre). Al-Qaïda au
Maghreb Islamique (AQMI), un des trois groupes
formant l'alliance islamiste malienne et qui lui
procure la plupart de ses chefs, a aussi
désigné la France, le
représentant des puissances occidentales
dans la région, comme cible principale
d'attaques à venir. »
Ce que par contre le
« Time » décide de ne
pas dire à ses lecteurs est qu'AQMI est
très étroitement lié au
Groupe Libyen Combattant Islamiste au nom duquel
la France est intervenue dans l'invasion par
procuration de la Libye en 2011, donnant des
armes, de l'entraînement, des forces
spéciales et un soutien aérien
important pour les aider à renverser le
gouvernement libyen.
En remontant à août 2011, Bruce
Riedel, du think-tank de la Brookings Institution,
financé par le cartel des entreprises
monopolistes, écrivit « Algeria
will be next to fall, » où il
dépeignait que le succès
prévu en Libye renchérirait les
éléments radicaux en Algérie,
particulièrement ceux de l'AQMI. Entre la
violence extrémiste et l'anticipation de
frappes aériennes françaises, Riedel
espérait voir la chute du gouvernement
algérien. De manière ironique Riedel
notait : « L'Algérie a
exprimé ses préoccupations en ce qui
concerne les troubles en Libye et que ceux-ci
pourraient bien mener au développement d'un
nouveau havre de sécurité et un
sanctuaire pour Al Qaeda et d'autres
extrémistes djihadistes. »
Nous pouvons donc remercier l'OTAN, car c'est
exactement ce que la Libye est devenue, un
sanctuaire pour Al-Qaïda sponsorisé
par l'Occident (- A Western sponsored sanctuary
for Al-Qaeda.). La tête de pont de l'AQMI
dans le nord du Mali et maintenant l'implication
directe de la France qui va voir le conflit
déborder inévitablement sur le sol
algérien. Il doit ici être
noté que Riedel est un des auteurs du texte
de commande du think-tank « Which Path
to Persia ? », qui conspire ouvertement
pour armer une autre organisation listée
terroriste par le département d'État
américain : le Mujahedin-e Khalq
(MEK), qui sème les troubles en Iran et
aide à renverser le gouvernement
là-bas. Ceci illustre bien le canevas pour
l'utilisation d'organisations clairement
terroristes, même celles listées par
le ministère des affaires
étrangères américain, afin
d'aider à réaliser l'agenda de la
politique étrangère
américaine.
L'analyste en géopolitique Pepe Escobar a
noté une relation même plus directe
entre le groupe islamiste combattant libyen et
AQMI dans un article publié dans Asia
Times titré : « How
al-Qaeda got to rule in
Tripoli : »
« Crucialement, et toujours en 2007,
le No2 d'Al Qaïda d'alors, Zawahiri,
avait annoncé officiellement la fusion
entre le groupe libyen islamiste et Al Qaïda
dans la mouvance AQMI. Ainsi pour toute
application pratique depuis lors, le Groupe
Islamiste Combattant Libyen et AQMI ont
été un et un seul et Belhaj
était/est son émir. »
« Belhaj, référence
à Hakim Abdul Belhaj, leader du groupe
islamiste de Libye, mena le renversement de
Mouamar el-Kadhafi avec le soutien sans conteste
de l'OTAN, des armes, du financement et une
reconnaissance diplomatique par les mêmes,
ce qui eut pour effet de plonger la nation dans
une guerre civile incessante entre factions
tribales. Cette intervention a également vu
l'épicentre de la rébellion, la
ville de Benghazi, se séparer de Tripoli
pour devenir un émirat
semi-autonome. » La dernière
campagne de Belhaj l'a vu bouger en Syrie
où il réside de manière
admise à la frontière
turco-syrienne, demandant plus d'armement,
d'argent et de combattants pour la soi-disant
« Armée Syrienne
Libre » (ASL), et ce, toujours sous les
bons auspices et le soutien inconditionnel de
l'OTAN.

L'intervention de l'OTAN en Libye a ranimé
l'organisation listée comme terroriste et
affiliée d'Al-Qaïda le Groupe
Islamiste Combattant Libyen. Il s'est battu
auparavant en Irak, en Afghanistan et a maintenant
des combattants, de l'argent et des armes
provenant de l'OTAN et qui s'étend au Mali
à l'ouest et en Syrie à l'est. Le
« califat mondial » avec
lequel les néo-conservateurs ont fait peur
aux petits enfants occidentaux depuis plus de 10
ans est maintenant en train de prendre forme au
travers des machinations émanant de
l'alliance US-Arabie Saoudite et d'Israël
ainsi que du Qatar et non pas de
« l'Islam ». En fait, les
véritables musulmans ont payé un
lourd tribut en luttant dans cette
« guerre contre le terrorisme
financé par l'Occident ».
Le Groupe Islamiste Combattant Libyen, qui est en
train d'envahir maintenant la Syrie du nord avec
des armes, de l'argent et un support diplomatique
français le tout pour le compte de la
tentative de changement de régime de l'OTAN
dans ce pays, a officiellement fusionné
avec Al-Qaïda en 2007 dans le centre de
combat contre le terrorisme de l'académie
militaire de West Point (Combating Terrorism
Center (CTC).
D'après le CTC, AQMI et le GICL ne
partagent pas seulement des buts
idéologiques, mais des buts
stratégiques et tactiques. Les armes
reçues par le groupe libyen ont
certainement été
transférées aux mains d'AQMI par les
frontières sahariennes si poreuses et sont
maintenant au nord du Mali.
En fait, ABC News a rapporté
dans un article : « Al Qaeda
Terror Group : We 'Benefit From' Libyan
Weapons, » que :
« un membre important d'un groupe
terroriste affilié infiltré par
Al-Qaïda a indiqué que l'organisation
pourrait avoir acquis quelques-unes des milliers
d'armes puissantes portées manquantes
à l'issue du chaos général en
Libye, ce qui confirme les craintes de longue date
de certains officiels occidentaux.
« Nous avons été un des
principaux bénéficiaires des
révolutions dans le monde
arabe », a dit mercredi Mokhtar
Belmohktar, un des chefs d'AQMI, à l'agence
de presse mauritanienne ANI.
« En ce qui concerne les armes
libyennes, ceci est une chose naturelle en de
telles circonstances ».
Ce n'est pas du tout une coïncidence que le
conflit tirant à sa fin en Libye, un autre
conflit émergea dans le nord du Mali. Ceci
fait partie d'un réagencement
géopolitique prémédité
qui a commencé avec le renversement de la
Libye et depuis lors, l'utilisant comme tremplin
pour cibler l'invasion d'autres nations, incluant
le Mali, l'Algérie et la Syrie, au moyen de
terroristes lourdement armés,
entraînés et financés par
l'OTAN.
L'implication de la France va peut-être
faire sortir AQMI et ses affiliés du nord
du Mali, mais il est presque certain qu'ils se
retireront en Algérie, et ce, de
manière planifiée. L'Algérie
a été capable de stopper la
subversion durant les phases de départ du
« Printemps arabe, créé
par les États-Unis »
(US-engineered « Arab
Spring« ) en 2011, mais elle n'a
sûrement pas échappé à
l'attention de l'Occident qui est en train de
complètement transformer la région
s'étalant de l'Afrique aux pas de porte de
Pékin et de Moscou, utilisant un
réseau géopolitique
schizophrénique, mettant en oeuvre des
terroristes pour à la fois provoquer un
casus belli et avoir ainsi un prétexte
à l'invasion et également avoir
à sa disposition une source mercenaire
quasi inépuisable pour pouvoir le faire.
* Tony Cartalucci est chercheur et auteur
résidant à Bangkog,
Thaïlande. L'article est publié par
Landestroyer.blogspot)

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