Le Marxiste-Léniniste

Numéro 3 - 17 janvier 2013

Les nouveaux règlements de l'assurance-emploi entrent en vigueur

Un mouvement grandissant demande le retrait des changements antisociaux à l'assurance-emploi


Manifestation de plus de 4 000 personnes aux Îles-de-la-Madeleine contre les changements
à l'assurance-emploi le 13 janvier 2013

Les nouveaux règlements de l'assurance-emploi entrent en vigueur
Un mouvement grandissant demande le retrait des changements antisociaux à l'assurance-emploi
Changements antisociaux à l'assurance-emploi

Entrevues
France Simard, Mouvement action chômage Lac-St-Jean
Sylvain Bergeron, Lieu d'actions et de services travaillant dans l'unité avec les sans-emploi (LASTUSE) du Saguenay
Mario Guitard, président de la section locale 113 du Syndicat des communications, de l'énergie et du papier (SCEP), Nouveau-Brunswick
Michel Richard, Union des pêcheurs des Maritimes et Comité contre les changements à l'assurance-emploi du sud-est du Nouveau-Brunswick

Le marché du travail est le commerce d'esclaves d'aujourd'hui
Combattre le chômage et l'insécurité d'un moyen de subsistance incertain c'est combattre le droit de monopole - K. C. Adams


Les nouveaux règlements de l'assurance-emploi entrent en vigueur

Un mouvement grandissant demande le retrait des changements antisociaux à l'assurance-emploi

Cap-au-Meule, Îles-de-la-Madeleine, 13 janvier 2013

Les travailleurs et les populations régionales de plusieurs régions du pays disent un NON ! retentissant aux changements antisociaux effectués par le gouvernement Harper au programme de l'assurance-emploi, lesquels sont entrés en vigueur le 6 janvier. Les gens demandent que ces changements soient abolis et que la dictature Harper rende des comptes. Un gouvernement qui coupe délibérément dans les prestations déjà maigres de l'assurance-emploi auxquelles moins de 50 % des chômeurs ont accès et qui utilise le programme pour abaisser les conditions de vie et de travail de tous les travailleurs n'est pas apte à gouverner.

Les travailleurs et les organisations de défense des chômeurs intensifient leurs actions pour faire échec à ces changements.

Le 15 décembre dernier, des manifestants parmi lesquels bon nombre de travailleurs forestiers ont confronté Denis Lebel, le député du gouvernement Harper dans Roberval-Lac-Saint-Jean, devant son bureau de comté. Lebel est également ministre des Transports, de l'Infrastructure et des Collectivités et ministre de l'Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec.


Moncton, Nouveau-Brunswick, 4 janvier 2013

Le 4 janvier, plus de 300 personnes ont manifesté à Moncton au Nouveau-Brunswick. Elles se sont rassemblées devant le bureau de comté du député conservateur de Moncton-Riverview-Dieppe Robert Goguen avec slogans et pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Aux poubelles les changements de Harper à l'assurance-emploi ! » et «Harper le pire premier ministre du Canada ! » C'était la deuxième manifestation en moins d'une semaine que tenaient ces travailleurs, en grande partie des pêcheurs de l'Union des pêcheurs des Maritimes.

Les Madelinots ont accompli quelque chose de vraiment remarquable le 13 janvier lorsque plus de 4000 d'entre eux, soit le tiers de la population des Îles-de-la-Madeleine, ont manifesté devant les bureaux de Service Canada, scandant des slogans et arborant pancartes lisant «Non à l'exode des Madelinots ! ».

En dépit du fait que ces règlements sont fermement dénoncés par les travailleurs partout au Canada , le gouvernement Harper les a simplement imposés. Ces changements proviennent de la loi omnibus C-38 adoptée l'an dernier qui entre autres choses a donné de nouveaux pouvoirs discrétionnaires à la ministre des Ressources humaines Diane Finley. La loi a aboli les sections de la Loi sur l'Assurance-Emploi qui définissaient ce qui constitue un «emploi convenable » et une «recherche d'emploi raisonnable », pavant ainsi la voie à l'adoption des nouveaux règlements qui peuvent être changés par la ministre selon son bon vouloir.

Ces changements antisociaux au programme de l'assurance-emploi ne doivent pas passer. LML appuie fermement la lutte pour les faire abolir et forcer le gouvernement Harper à rendre des comptes pour ses activités antiouvrières et antisociales.


Cap-au-Meule, Îles-de-la-Madeleine, 13 janvier 2013

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Changements antisociaux à l'assurance-emploi


Thetford Mines, 27 octobre 2012

Les changements entrés en vigueur sont identiques à ceux annoncés en mai dernier qui divisent aribrairement les chômeurs en trois catégories : les travailleurs de longue date, les prestataires fréquents et les prestataires occasionnels. La catégorie à laquelle appartient le travailleur détermine quel genre de recherche d'emploi il doit faire et quel niveau de baisse de salaires il doit accepter sous peine de perdre ses prestations d'assurance-emploi.

Durant leurs six premières semaines de prestations, les prestataires fréquents par exemple seront obligés d'accepter un emploi semblable à un salaire jusqu'à 20 % en dessous du salaire de leur emploi précédent. Par la suite, ils devront accepter n'importe quel travail et une baisse de salaire pouvant atteindre 30 %.

Les prestataires occasionnels ont six semaines pour se trouver un emploi dans leur domaine et doivent accepter pendant cette période une baisse de salaire de 10 %. Après six semaines, ils doivent chercher un emploi similaire à leur emploi précédent et accepter une baisse de salaire de 20 % tandis qu'après 18 semaines, ils doivent prendre n'importe quel emploi avec une baisse de salaire pouvant atteindre 30 %.

Les travailleurs de longue date ont 18 semaines pour trouver un emploi dans leur domaine avec une baisse de salaire allant jusqu'à 10 % et ils doivent ensuite chercher un emploi semblable avec une baisse de salaire pouvant atteindre 20 %.

Tous les prestataires doivent maintenant accepter de voyager une heure ou même plus entre la maison et le travail pour se rendre à leur nouvel emploi sinon leurs prestations sont coupées.

Comme on l'avait annoncé, les nouveaux règlements, qui serviront à couper les prestations des prestataires, imposent des conditions plus strictes pour ce qui constitue une recherche raisonnable d'emploi. De plus, à partir de maintenant, le salaire de référence à partir duquel on calcule le seuil de salaire que le prestataire doit accepter sera celui correspondant à sa plus longue période de travail et donc pas nécessairement le salaire le plus élevé. Également, à cause des dépenses telles le transport et la garde des enfants que les prestataires auront à encourir pour travailler à des salaires à 70-80 ou 90 % de leur salaire de référence, il se peut très bien que les travailleurs vont se retrouver plus pauvres en travaillant qu'ils ne l'étaient avec des prestations d'assurance-emploi équivalant à 55 % de leur salaire de référence. Des pénalités seront appliquées par l'assurance-emploi aux travailleurs qui décideront de quitter l'emploi qu'ils se sont trouvés (sous menace de se faire couper leurs prestations) afin de retourner à leur emploi saisonnier.

Les nouveaux règlements introduisent des changements qui vont appauvrir encore davantage les chômeurs et causer un exode forcé des régions à emplois saisonniers ou à faible taux d'emplois ce qui va causer de grands problèmes dans leurs communautés. Ces changements vont pousser à la baisse les conditions de vie et de travail des travailleurs entraînant vers le bas le niveau de vie de tous les Canadiens. La dictature Harper avoue sans gêne que ces règlements ont pour but de réduire les prestations des travailleurs en chômage. Dans les notes de référence qui accompagnent les règlements, le gouvernement dit qu'il prévoit que 8000 chômeurs vont être coupés immédiatement alors que d'autres recevront des prestations moindres ce qui lui permettra « d'économiser » 12 millions $ par année et 33 millions $ chaque année subséquente.

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Entrevues

France Simard, porte-parole du Mouvement
action chômage Lac-St-Jean


Manifestation devant le bureau du ministre Denis Level à Roberval le 15 décembre 2012

LML : Peux-tu nous parler du travail que vous faites contre les changements antisociaux du gouvernement Harper à l'assurance-emploi ?

France Simard : Nous faisons de la défense individuelle et collective des chômeurs. Nous travaillons avec d'autres organisations pour la défense collective des sans-emploi par exemple pour l'organisation de la manifestation que nous avons tenue le 15 décembre devant le bureau du ministre Denis Lebel.

C'est surtout depuis juin que nous sommes entrés en action contre ces changements faits par le gouvernement Harper, en tant que membres de notre organisation nationale le Mouvement autonome et solidaire des sans-emploi (MASSE). Ce travail a mené à la grande manifestation du 27 octobre à Thetford Mines devant les bureaux de Christian Paradis le lieutenant québécois de Harper. Pendant l'automne, de concert avec les syndicats, nous avons organisé des tournées, des sessions d'information et de mobilisation dans toute la région, près de 20 en tout. Nous avons eu une rencontre en novembre dernier avec d'autres organisations et nous sommes en train de planifier d'autres actions dans la période qui vient. Nous voulons que cette question soit discutée publiquement, que les médias notamment en parlent le plus possible. La grogne monte parmi la population. Nous voulons forcer le gouvernement à reculer. Cela n'a aucun sens ce qu'ils viennent de faire. Il faut qu'ils sentent la pression.

Quand nous avons rencontré le ministre Lebel, qui est de la région, nous lui avons clairement dit de considérer ce qui se passe réellement dans la région, nous lui avons dit d'écouter ses travailleurs, d'enlever son chapeau de ministre et d'oublier la ligne de parti pour un moment. Il y avait plusieurs travailleurs forestiers parmi nous qui voulaient lui parler. Il n'a pas voulu leur parler, il voulait parler seulement aux organisateurs. Il nous a dit qu'en ce qui nous concerne, tout ce que nous voulons c'est que nos travailleurs reçoivent des prestations tandis que lui, ce qu'il veut, c'est que les gens aient des emplois. Il nous a parlé comme si nous autres c'est ça que nous voulons que les travailleurs chôment à l'année et touchent des prestations d'assurance-emploi, comme si on ne veut pas qu'ils aient des emplois !

LML : Quel va être l'impact de ces changements dans la région ?

FS : L'impact va être énorme. Ce qu'il faut comprendre c'est que ce n'est pas le travailleur qui est saisonnier, c'est le travail qui est saisonnier. Il n'y a pas de travail de disponible 12 mois par année dans les secteurs saisonniers. Malgré tout c'est un travail qui est très nécessaire. Ottawa ne regarde pas la réalité de ce qui se passe sur le terrain. Notre région est une région-

ressources et le Québec a d'autres régions-ressources également. C'est vrai qu'une grande partie du travail dans notre région est saisonnier mais si ce travail n'est pas fait c'est tout le Québec qui en souffre. Si le bois n'est pas coupé, cela affecte le secteur manufacturier, tout est inter-relié.

Les travailleurs sont très inquiets de ce qui va se passer. Les travailleurs forestiers voudraient bien avoir du travail 12 mois par année mais ils ne peuvent pas travailler en forêt 12 mois par année. Ces travailleurs se font dire maintenant qu'ils doivent se trouver un emploi pendant la saison morte. Plusieurs ont demandé d'avoir des programmes de formation ce qui leur permettrait de demeurer dans le secteur pendant toute l'année mais cela leur a été refusé. Cette formation aurait été quelque chose de très positif parce que le secteur a été très sérieusement affecté et il commence juste à se tirer le museau hors de l'eau et voilà qu'on vient le frapper à nouveau. Il va y avoir plusieurs travailleurs qui vont quitter le secteur forestier et ça va aggraver la crise forestière. À part ça, est-ce que le gouvernement croit que les travailleurs forestiers veulent aller travailler dans des restaurants au salaire minimum et avec pas de conditions. Peut-être que le gouvernement pourrait réfléchir à comment il se fait que les MacDonald et les Tim Horton ont de la misère à garder leurs travailleurs ?

On ne parle pas uniquement du secteur forestier quand on parle de secteur saisonnier. Il y a le tourisme, l'agriculture, la construction, l'administration publique etc. En plus des travailleurs des secteurs saisonniers il va y avoir ceux qui travaillent dans les emplois précaires qui vont être affectés. Il y a eu une véritable explosion de ce type d'emplois depuis les dernières années, des emplois sans aucune sécurité d'emploi. Ici, ce sont surtout les femmes et les jeunes qui sont affectés.

Ce que le gouvernement veut faire c'est couper les prestations. Déja nous avons eu nos premières victimes avant même que les nouveaux règlements n'entrent en vigueur. Des gens ont déjà été coupés parce que supposément ils n'ont pas fait la bonne recherche d'emploi, ils n'ont pas rapporté leur recherche comme il faut etc.

Ils veulent décourager les gens de réclamer leurs prestations. C'est pour ça qu'ils ont éliminé le Conseil arbitral qui entend les prestataires qui vont en appel contre des décisions défavorables à leur égard et qu'ils l'ont remplacé par le Tribunal de la sécurité sociale. On sait déjà que les délais vont être plus longs avant que le tribunal ne prenne sa décision . Le gouvernement escompte que les prestataires qui se sont faits couper vont se décourager, qu'ils vont laisser aller leur appel et ne pas se défendre. Tout est pensé pour ne pas payer de prestations d'assurance-emploi. Et c'est ce gouvernement qui ne met pas un sou dans le programme de l'assurance-emploi qui a le front de faire ce qu'il fait sans même consulter les sans-emploi, les employeurs et les organisations comme la nôtre qui défendent les chômeurs.

On ne va pas laisser passer ces choses là. Nous sommes très mobilisés dans notre région.

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Sylvain Bergeron, porte-parole du Lieu d'actions
et de services travaillant dans l'unité avec
les sans-emploi (LASTUSE) du Saguenay


LML : Quel va être l'impact de ces changements à l'assurance-chômage ?

Sylvain Bergeron : Tout ce qui est travail saisonnier et précaire va être affecté. Ca veut dire non seulement le secteur forestier, l'agriculture et le tourisme mais la construction, l'enseignement, l'administration publique ( les gens qui sont engagés pendant la période des rapports d'impôt par exemple), tous les travailleurs qui n'ont pas un emploi qui dure toute l'année en plus de ceux qui travaillent dans les emplois précaires. Nous avons fait un calcul rapide et selon nous ces changements vont occasionner une perte d'environ 233 millions $ par année dans le PIB de la région juste sur la base de ce qui va arriver aux secteurs saisonniers. Les travailleurs vont se faire couper leurs prestations, ils vont trouver des emplois qui paient moins bien, ça va augmenter les coûts de formation des employeurs pour former de nouveaux travailleurs saisonniers parce que les autres ne reviendront plus, etc. Former un débroussailleur à utiliser la machinerie en forêt ça coûte de l'argent. Cela va aggraver la crise forestière. On va vivre une situation similaire avec le Zoo de Saint-Félicien. C'est bien possible qu'ils ne vont pas pouvoir le garder ouvert pendant l'hiver parce que leur monde va devoir se trouver un emploi ailleurs. Ça va être une lourde perte pour l'activité économique de la région. Dans le secteur de la construction, les travailleurs travaillent 4-5-6 mois par année. Ils vont devoir se trouver quelque chose ailleurs dans la saison morte. Cela veut dire une perte d'expertise, en soudure et dans d'autres métiers.

Le coeur de l'économie de la région est dans les ressources. Est-ce que le gouvernement conservateur est en train de tenter de tuer les régions-ressources ?

Les seuls employeurs de la région qui se sont prononcés en faveur des changements ce sont les entreprises comme Walmart qui essaient de payer les salaires les plus bas possible. La majorité des petits employeurs de la région sont avec nous dans cette bataille.

Il va y avoir aussi un impact dans le secteur communautaire. Plusieurs d'entre nous qui travaillent à la défense des droits dans des organisations communautaires nous sommes sur l'assurance-emploi pour une partie de l'année. Ça se peut qu'on va devoir se trouver un emploi ailleurs et quitter l'organisation. Les organisations communautaires vont peut-être perdre leur personnel et l'expertise que nous avons bâtie dans la défense des droits des gens au fil des années.

Cette réforme est idéologique et dictatoriale. Ils veulent couper les prestations du plus grand nombre de personnes possible. C'est même écrit dans la Gazette du Canada qu'ils vont couper les prestations de 8000 personnes dès le début et sauver 12 millions $ la première année et 33 millions $ par année les années suivantes. C'est encore plus outrageant quand on pense que les gouvernements non seulement n'ont pas mis un sou dans le programme d'assurance-emploi depuis 1990 mais ont volé 57 milliards $ dans la caisse de l'assurance-emploi.

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Mario Guitard, président de la section locale 113
du Syndicat des communications, de l'énergie et du papier (SCEP) à Kedgwick, Nouveau-Brunswick

LML : Peux-tu nous parler de l'impact de ces changements à l'assurance-emplois dans les petites communautés forestières comme la vôtre ?

Mario Guitard : Nous avons plusieurs travailleurs dans notre section locale qui travaillent en forêt.Les autres travaillent dans des scieries qui appartiennent à J.D. Irving et à Groupe Savoie. Les travailleurs en forêt fournissent le bois aux scieries. Ils arrêtent de travailler en novembre à cause de la neige. C'est eux surtout qui à cause des nouveaux règlements vont devoir se trouver un autre emploi dans la saison morte. Après un certain nombre de semaines de prestations l'emploi qu'ils sont supposés trouver peut être n'importe quel emploi. Cet emploi n'a pas besoin d'être dans leur secteur. Ces travailleurs là ont travaillé toute leur vie en forêt et ils ne sont pas intéressés à aller travailler dans des restaurants ou dans n'importe quel autre emploi. Le travail en forêt est le travail qu'ils font à chaque année , ce sont des travailleurs avec 30 ans de services et c'est ça qu'ils ont fait toute leur vie pour gagner leur vie. Ils n'ont pas d'autre instruction. Leur vie est en forêt. Nous sommes environ 2500 personnes dans le village. C'est comme ça que le village est né, à partir de la forêt.

La saison de travail pour eux est de mai à novembre. Il y a quelques milliers de travailleurs comme ça qui travaillent en forêt au Nouveau-Brunswick. À partir de maintenant, à chaque semaine ils vont devoir chercher un emploi dans trois places différentes. Dans notre village, il n'y en pas d'autres emplois sauf peut-être dans un restaurant ou une épicerie. Nous sommes une communauté forestière. Tout le monde vit par rapport à la forêt. La ville la plua proche d'ici est à 80 kilomètres. Déjà les prestations d'assurance-emploi ne sont pas très élevées. Si en plus il faut maintenir encourir des dépenses pour chercher un emploi alors ça n'a pas de sens.

Peut-être que ces changements là vont vider les petites communautés. Si un travailleur du village trouve un emploi, un emploi qui le fait travailler 12 mois par année, il ne reviendra pas. Ça va augmenter l'exode hors de la région. On dirait que le gouvernement Harper veut tuer les petites communautés. Il dit qu'il est en faveur des petites communautés rurales mais enter ce qu'il dit et ce qu'il fait il y a toute une différence.

On a eu des manifestations contre ces changements à l'assurance emploi et ça va continuer. Nous allons nous joindre aux Premières Nations. Elles se tiennent vraiment debout. C'est certain que les choses vont changer parce que les gens sont très affectés par ce genre de changements.

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Michel Richard, organisateur pour l'Union des pêcheurs des Maritimes et porte-parole du Comité contre les changements à l'assurance-emploi du sud-est du Nouveau-Brunswick


Campbellton, Nouveau-Brunswick, 27 octobre 2012

Michel Richard : Nous venons juste de participer à une manifestation contre ces changements et nous en avons tenu une autre vendredi dernier soit deux jours avant que les changements n'entrent en vigueur. Nous avons manifesté deux jours avant la date du 6 janvier pour lancer un message à Stephen Harper et Diane Finley qu'ils devraient considérer deux choses : premièrement qu'ils brisent le processus démocratique dans l'Est du Canada et deuxièmement qu'ils affectent les communautés et les économies rurales. C'est un coup majeur contre le processus démocratique et cela nous montre qu'ils ne se soucient pas du tout du Canada atlantique. C'est le cas d'ailleurs depuis très longtemps.

Nous avons vu avec le mouvement Idle No More que nous faisons face à ces deux obus majeurs du gouvernement Harper : les lois omnibus C-38 et C-45. C'est important que le peuple se réveille, que notre société se réveille : les Acadiens, les travailleurs qui travaillent dans les secteurs saisonniers, les Premières Nations, tous nous disons qu'assez c'est assez !

Le 9 janvier, notre syndicat a participé dans une manifestation pour défendre les droits des Premières Nations. La loi C-45 est une attaque contre l'environnement, parce que la responsabilité du gouvernement pour la protection des cours d'eau et surtout des eaux riveraines vient d'être démantelée. Nous avons une cause commune avec Idle No More ! Et nous ne devons pas oublier non plus que les membres des Premières Nations vont eux aussi être affectés par les changements au programme de l'assurance-emploi parce que plusieurs d'entre eux sont dépendants du travail saisonnier.

Nous devons démystifier le mythe qui dit que ce sont les travailleurs qui sont saisonniers. C'est une façon négative de parler parce que ces travailleurs dépendent du travail saisonnier parce qu'un grand nombre des activités dans les régions rurales de l'Atlantique comme les pêcheries, l'agriculture etc sont saisonnières. C'est le travail qui est saisonnier. Le gouvernement n'a jamais démontré d'intérêt à construire l'infrastructure dans les régions rurales et côtières pour qu'il y ait du travail à l'année longue. En même temps, ces secteurs saisonniers sont des moteurs économiques dans nos régions rurales.

Le gouvernement peut bien imposer ses mesures absurdes, comme de dire que si tu n'as pas postulé tant de fois pour un emploi tu vas être pénalisé dans tes prestations, le fait c'est qu'il n'y en a pas d'autres emplois dans nos régions rurales. Au Nouveau-Brunswick il y a 40 000 personnes qui selon le gouvernement doivent être dénoncées parce qu'elles sont sur le programme d'assurance-emploi et maintenant le gouvernement va les jumeler avec les emplois mais il y a seulement 3000 emplois de disponibles. Pas trop fort leur arithmétique !

En ce qui concerne les pêcheurs il y a aussi le problème de l'épuisement des stocks qui réduit la période de pêche. Un pêcheur dans notre région n'a rien sur quoi travailler pendant l'hiver, sa vie est en immersion complète dans le travail saisonnier. Ces gens-là sont forts et durs à l'ouvrage mais le travail n'est pas là. Ils ont travaillé toute leur vie dans les pêcheries et ils y ont investi tout ce qu'ils ont. Ils ont de grosses dépenses, ils doivent payer leur homme de pont et d'autres dépenses. Tu penses que ces gens-là vont aller postuler pour un emploi chez Tim Hortons maintenant ? Selon les nouveaux règlements, les travailleurs vont devoir voyager une heure pour se rendre à leur nouvel emploi. Pour nous, voyager pendant une heure ça veut dire conduire 100 kilomètres. Qu'est-ce qui va arriver à une famille monoparentale qui doit payer une gardienne pour aller travailler dans un emploi au salaire minimum ? C'est ça l'absurdité du gouvernement Harper de penser que tout le monde va aller chercher ce genre d'emplois pour ne pas perdre ses prestations. Dans sa tour d'ivoire, le gouvernement Harper n'a aucune idée de ce que c'est la réalité des pêcheries.

Aussi, avec la loi C-45, la réputation du Canada comme un des meilleurs pays du monde en matière de protection de ses eaux riveraines vient de prendre le bord. C'est une brisure complète de la démocratie, faite sans aucune consultation avec qui que ce soit et en plus de cela ils vont maintenant harceler les pêcheurs et les travailleurs qui travaillent dans les usines de transformation du poisson !

Dans cette situation, on voit également à l'oeuvre le grand aspirateur qu'est Fort MacMurray et les sables bitumineux. Dans un récent meeting nous avons été chanceux d'avoir 300 pêcheurs parce qu'il y en a probablement 100 qui sont déjà partis travailler dans l'ouest dans les sables bitumineux.

Notre combat ne va pas s'arrêter. Il faut qu'on bloque ces lois omnibus. Même si les règlements sont maintenant en vigueur cela ne veut pas dire que Diane Finley n'a pas la responsabilité de venir parler à nos gens qui vivent la réalité du travail en zones rurales. Nous ne voulons pas que nos villages deviennent des villages fantômes. Tu peux te promener dans nos villages tu n'en verras pas de Walmart, de Tim Hortons ou de bureau gouvernemental. Nous allons organiser d'autres actions dans la période qui vient. Nous allons organiser des assemblées d'information pour expliquer en détail la nature de ces changements. Notre unité est en train de grandir. Les petits employeurs aussi ont des plaintes contre ces changements et eux aussi appuient les manifestants.

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Le marché du travail est le commerce d'esclaves d'aujourd'hui

Combattre le chômage et l'insécurité d'un moyen
de subsistance incertain c'est combattre
le droit de monopole

[...] Les dirigeants du système économique et politique refusent de s'attaquer au chômage de masse permanent qui est le produit non pas d'une quelconque nature humaine mais bien des contradictions internes du système économique et politique lui-même.

L'économie maintient une section de la population dans le chômage ou le sous-emploi permanents et une autre dans l'insécurité constante et il fait subir à toutes deux la pauvreté, le manque de respect et des abus à leur dignité et leur bien-être. Les monopoles dominent les secteurs les plus importants de l'économie et les opèrent comme s'ils étaient leurs fiefs privés. Ils demandent à avoir un marché du travail qui a un bassin permanent de chômeurs qui sont disponibles à une minute d'avis et servent à faire pression à la baisse sur les réclamations de la classe ouvrière. Les monopoles investissent et prennent d'autres décisions économiques importantes pour le bien-être de leurs empires privés en faisant fi essentiellement des problèmes sociaux et environnementaux que causent leurs actions et leur système. Selon eux, les problèmes permanents comme l'insécurité de l'emploi et du moyen de subsistance sont essentiels au fonctionnement de leur système économique. Ils refusent d'utiliser leur autorité pour confronter et changer les conditions qui sont la base et la cause fondamentale de tous les problèmes sociaux et environnementaux.

Il faut considérer comme un État échoué une autorité qui montre un tel désintérêt pour les problèmes qui proviennent du système économique, qui permet au droit de monopole de faire la loi, de tourner le dos aux problèmes sociaux et autres et de fouler sans cesse au pied la dignité du peuple. Tout État ou institution moderne qui refuse de prendre en main de résoudre le problème du chômage de masse permanent et de l'insécurité des moyens de subsistance et qui affirme plutôt que cet état de choses est nécessaire au fonctionnement du système économique etnie les préjugés raciaux, de genre, régionaux et autres à l'oeuvre dans l'emploi ne mérite pas le respect et l'autorité dont il jouit aujourd'hui. L'autorité doit confronter et changer les conditions qui produisent le chômage de masse permanent et l'insécurité des moyens de subsistance sinon c'est au peuple en tant que représentant de la demande populaire d'un changement des conditions à s'organiser pour remplacer cette autorité qui aujourd'hui est entre les mains des monopoles et de leur État.

Le système économique et l'élite dirigeante du Canada font face à un dilemme : ou bien reconnaître que la production moderne de masse est incapable d'absorber toute la masse de travailleurs disponibles et donc que l'État a l'obligation de fournir sans se plaindre un moyen de subsistance à un niveau canadien à tous les chômeurs en rejetant l'absurde dogme antisocial selon lequel un programme social comme celui-là va tuer l'initiative, détruire le désir de travailler et ruiner l'économie ; ou bien refuser de faire face au phénomène des conditions et de la plaie du chômage de masse permanent et en conséquence perdre leur autorité et être remplacés par le pouvoir politique du peuple, déterminé à changer les conditions en changeant les rapports de production, en abolissant le marché du travail et en fournissant du travail à tous selon la capacité et le désir de chaque individu et en garantissant le bien-être de tous de la naissance à la mort.

Qu'un système économique dominé par les monopoles qui contrôlent les secteurs de base importe des travailleurs comme c'est le cas du Canada ou n'en importe pas comme c'est le cas du Japon, il va y avoir du chômage de masse permanent. Le taux de chômage est déterminé par les contradictions du système capitaliste monopoliste à l'oeuvre dans un pays donné et non par l'augmentation ou la diminution de la population. La population totale d'un pays joue un rôle dans le nombre des chômeurs en termes absolus mais elle n'affecte pas directement le taux de chômage.

Le chômage de masse est un phénomène chronique de la production de masse moderne exacerbé par le contrôle monopoliste centralisé des principaux secteurs économiques. On ne peut pas atteindre le plein emploi sans abolir le marché du travail et le concept archaïque de la servitude volontaire comme un facteur économique à vendre et à acheter et sans instaurer une politique sociale visant à fournir du travail pour tous selon la capacité et le désir de chacun par l'éducation et la formation. Dans les conditions actuelles, lutter pour le plein emploi veut dire combattre le droit de monopole.

Si les monopoles refusent d'abolir le marché du travail et insistent pour avoir à leur disposition un bassin constant de travailleurs sans emploi, s'ils empêchent l'économie de fournir du travail à chacun selon sa capacité et son désir, ils se doivent alors de fournir à tous ceux qui subissent les affres constantes du chômage et du sous-emploi, en tant que droit et principe de justice sociale, un standard canadien de moyen de subsistance permettant à chacun de se nourrir, se loger, se vêtir et d'avoir accès à l'éducation, la santé et la culture selon les standards modernes.

Cela doit devenir un champ de bataille pour la défense du droit à un moyen de subsistance pour tous sans égard aux capacités, à l'âge, au sexe ou à tout autre critère.

Si le chômage est un trait permanent du capitalisme monopoliste et de la grande production moderne, comme le montre la réalité, alors le défi qui se pose est de changer les rapports de production et les structures économiques qui produisent continuellement le chômage ; d'ici là, il faut forcer l'autorité à procurer à tous ceux qui font partie de cette main-d'oeuvre en réserve, comme à tout le monde, jeunes et vieux, un moyen de subsistance de standard canadien avec pleine sécurité au point de vue de l'alimentation, du logement, du vêtement, de l'éducation, de la santé et de la culture.

Si les monopoles insistent pour maintenir un marché du travail avec un réserve de chômeurs et de sous-employés pour maintenir leur système qui entretient le développement inégal et interrompu dans des centres de production et de distribution de plus en plus concentrés et centralisés, et s'ils empêchent de faire progresser la société vers quelque chose de nouveau, alors ils doivent être forcés de soutenir les chômeurs et les sous-employés avec suffisamment de produit social pour garantir à tous un moyen de subsistance de standard canadien.

La vie et l'expérience directe de la classe ouvrière canadienne prouvent que le chômage et le sous-emploi sont des traits permanents de l'économie et une source de grande tension sociale et de chaos, surtout dans les grandes villes et dans certaines régions délaissées. Si toutes les ressources de la nation étaient mises à contribution pour éradiquer le chômage, ou pour soutenir les chômeurs, une grande injustice sociale serait corrigée et la société canadienne et l'humanité entière s'en porteraient mieux. Cette édification nationale est bloquée aujourd'hui par les monopoles pour des raisons qui leur sont propres.

On a pu réduire les conséquences de la catastrophe du chômage que nous avons connue lors de la grande dépression des années trente en mobilisant les ressources de la nation durant la Deuxième Guerre mondiale, surtout avec l'enthousiasme de la classe ouvrière à combattre l'axe du fascisme et du militarisme après l'invasion de l'Union soviétique par l'Allemagne nazie en 1941. À ce moment beaucoup de travailleurs, dont beaucoup de chômeurs, ont joint les forces armées, ce qui a fait chuter le taux de chômage, au point où les femmes ont dû prendre leur place au sein des forces productives. L'expérience imprévue de la guerre a prouvé qu'avec la pleine mobilisation des ressources de la nation, on peut faire baisser le taux de chômage. Or, les monopoles n'identifient un problème que lorsque leurs propres intérêts sont menacés, comme ils l'étaient par les monopoles de l'axe fasciste qui leur livraient une concurrence frénétique pour les marchés mondiaux et les matières premières.

Le problème posé et à résoudre pour la classe ouvrière et les forces progressistes est de combattre pour que soit mobilisées les ressources du pays en temps de paix pour que la société s'acquitte de sa responsabilité d'activer le facteur humain\conscience sociale pour procurer à tous un travail et un moyen de subsistance. Cela signifie confronter et restreindre le droit de monopole parce que le chômage est continuellement engendré par le système capitaliste monopoliste et la grande production moderne.

(TML Daily, 3 décembre 2005. Traduction : LML)

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