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Numéro 131 - 20
décembre 2012
Un besoin urgent du renouveau
démocratique
La dégénérescence
des institutions
démocratiques du Canada
Un
besoin urgent du renouveau démocratique
• La dégénérescence des
institutions démocratiques du Canada - Anna di Carlo
• Des électeurs contestent la
légitimité des élections suite à la
campagne de suppression du vote des conservateurs
• La réputation du gouvernement Harper
réduite à néant par la fraude électorale au
Labrador - Philip Fernandez
• Enjeux découlant des communications
téléphoniques inappropriées reçues par des
électeurs - Point de vue du Parti
marxiste-léniniste du Canada
Un besoin urgent du renouveau
démocratique
La dégénérescence des institutions
démocratiques du Canada
- Anna di Carlo -
La dégénérescence des institutions
démocratiques du Canada s'est accélérée
durant les vingt années écoulées depuis la
défaite de l'Accord de Charlottetown en 1992. En rejetant les
propositions de Charlottetown, les Canadiens ont mis leur demande
d'être les décideurs au centre de la vie politique
nationale. L'élite politique dominante du Canada (ses chefs de
parti, ses représentants des affaires et les médias
monopolisés) a feint de ne pas entendre la demande du peuple qui
réclamait ses droits et a déclaré que le rejet de
l'Accord de Charlottetown signifiait que les Canadiens ne sont pas
intéressés à parler de constitution. Le peuple
veut que les politiciens et les gouvernements s'occupent des
problèmes sociaux, économiques, culturels,
c'est-à-dire des « vrais
problèmes », a-t-elle dit. Elle a
déclaré que c'était « business as
usual ».
En déclarant que les affaires constitutionnelles
seraient mises de côté, l'élite dominante exprimait
son refus de répondre à l'appel de l'histoire qui exige
le renouvellement des institutions démocratiques et la
modernisation de la Constitution pour investir le peuple du pouvoir
souverain, le pouvoir décisionnel. L'échec du processus
politique et électoral à habiliter les citoyens à
réellement participer à la résolution des
problèmes de la société comme un droit qui leur
appartient est resté sans remède et la crise des
institutions et du Canada n'a cessé de s'approfondir.
Depuis, toutes sortes d'explications sont données
en provenance de la gauche, de la droite et de ceux qui se positionnent
entre les deux pour les problèmes qui pèsent sur la
société, que ce soit le chômage, la pauvreté
ou la destruction des environnements naturel et social. On nous dit que
c'est la faute au changement climatique, aux politiques
néolibérales, aux mesures fiscales irresponsables,
à de mauvais gouvernements ou à des individus corrompus
qui réussissent à manipuler les gouvernements dans leur
intérêt. On nous dit que c'est la politique de parti et le
manque de civilité au parlement qui empêchent d'aborder
les problèmes de façon constructive. La discussion est
réduite à un affrontement entre des explications et des
politiques rivales.
Tout cela détourne l'attention du problème
posé et à résoudre : le droit du peuple de
décider des affaires qui le concernent, l'exercice de sa
souveraineté, n'est pas reconnu.

Pour faire face à l'avenir
(1992) et Un
pouvoir à partager (1993) de Hardial Bains
furent publiés dans le cadre de la lutte
contre l'Accord de Charlottetown et pour
une constitution moderne. Ils abordent les
questions clés pour le corps politique
concernant le renouveau démocratique
et l'exercice du pouvoir politique.
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Pour ne pas se laisser atterrer par ce manège
perpétuel des « options » de politique,
nous devons persister à formuler des alternatives qui affirment
la reconnaissance de nos droits en fonction du monde tel qu'il est, et
nous assurer que la lutte pour investir le peuple du pouvoir de
décider demeure le centre d'attention. La loi fondamentale doit
investir le peuple de la souveraineté et éliminer des
institutions démocratiques et des lois toutes les exceptions et
toutes les pratiques qui permettent l'usurpation du pouvoir par le
privilège tandis que la majorité se voit nier ce qui lui
appartient de droit. Il faut une constitution moderne qui garantit les
droits et élimine les problèmes historiques
enracinés dans le passé colonial du Canada. Les notions
de droit du XIXe siècle ont été modifiées,
surtout depuis la fin de la guerre froide, mais essentiellement
maintenues dans le même cadre de définition.
Il y a de nombreux problèmes à
résoudre au Canada, allant de l'économie en crise
à l'insécurité générale qu'elle
crée au processus politique et électoral qui
enlève au peuple son pouvoir décisionnel, le
réduisant au rôle de masse votante, en passant par les
problèmes liés aux droits culturels et à la
souveraineté nationale. La solution à ces
problèmes passe par la constitution d'un nouveau Canada
basé sur une union libre et égale de la nation du
Québec, des nations autochtones et du reste du Canada et
l'édification d'une société vraiment
multiculturelle dans laquelle les langues et cultures de tous sont
officiellement reconnues et s'épanouissent. Les solutions
à ces problèmes se trouvent dans une
société guidée par le principe que tous sont en
droit de faire des réclamations à la
société du fait qu'ils sont des êtres humains.
Pour les forces établies, surtout le Parti au
pouvoir et les autres partis au parlement, toutes les occasions
d'engager le renouveau démocratique sont des prétextes
pour instituer des mesures qui assoient et augmentent leurs
privilèges. Mais la nécessité objective du
renouveau démocratique sur la base de la reconnaissance du droit
de tous les membres du corps politique de participer à la
gouvernance revient les hanter et la crise de légitimité
continue de s'approfondir.
Par exemple, tous les partis au parlement ont
accepté la « solution » de Jean
Chrétien au scandale des commandites, qui était
d'augmenter le financement public des partis politiques. Ce scandale
avait pourtant clairement mis en évidence la
nécessité de mettre fin à la domination du
processus politique par les partis et d'établir un
système par lequel c'est le processus qui est financé
publiquement, pas les partis, pour que tous les membres du corps
politique puissent exercer leurs droits. Chrétien avait
tenté d'enterrer le scandale en établissant un
financement public des partis en fonction du nombre de votes obtenus et
en plaçant une limite sur les contributions partisanes sous
prétexte d'« éliminer l'influence de
l'argent » dans le processus électoral. Les partis
politiques à la Chambre des communes se sont ralliés
allègrement à la solution Chrétien parce que cela
allait accroître leurs revenus de l'État. Mais ils se sont
fait jouer un mauvais tour car au moment où ils
commençaient à être confortables avec ce
financement public, le gouvernement conservateur de Stephen Harper a
décidé, pour ses propres raisons partisanes, qu'il allait
progressivement l'abolir.
L'augmentation du financement public des partis avec la
subvention en fonction du nombre de votes obtenus n'a d'ailleurs pas
empêché de nouvelles révélations au sujet du
scandale des commandites, sans doute assistées au début
par la faction Martin au sein du Parti libéral. Cela n'a pas
sauvé le Parti libéral. Il a été
défait aux élections et s'enligne maintenant vers une
disparition imminente. Puis, l'augmentation du financement public des
partis n'a certainement pas arrêté la corruption du
système de démocratie représentative dominé
par les partis.
Lorsque Harper est arrivé au
pouvoir en janvier 2006 grâce au scandale des commandites,
il a déposé la Loi sur la responsabilité.
Il croyait que les Canadiens se pâmeraient d'admiration devant
cette loi au titre pompeux : Loi prévoyant des
règles sur les conflits d'intérêts et des
restrictions en matière de financement électoral, ainsi
que des mesures en matière de transparence administrative, de
supervision et de responsabilisation. Cette loi interdit les dons
des sociétés et déclare que les partis ne doivent
plus avoir de dette envers les sociétés privées.
Elle interdit aussi les dons des syndicats. Elle comprend la Loi
sur les conflits d'intérêt qui
« établit le tout premier régime
législatif qui définit un code d'éthique pour les
titulaires et ex-titulaires de charge publique ». Elle
établit un régime de traitement des plaintes relatives
aux conflits d'intérêt et crée un Commissaire
à l'éthique, modifie la Loi sur l'enregistrement des
lobbyistes, étend le pouvoir d'enquête du commissaire
(comparativement à celui du directeur des lobbyistes) et modifie
la Loi sur l'emploi dans la fonction publique de manière
à éliminer « l'embauche
préférentielle des membres du personnel du cabinet d'un
ministre ». Elle crée le poste de Directeur
parlementaire du budget et celui de Directeur des poursuites
pénales et modifie la Loi sur l'accès à
l'information pour qu'elle s'applique aux officiers du parlement
et des sociétés d'État. Le gouvernement Harper a
également fait adopter la Loi sur la protection des
fonctionnaires divulgateurs d'actes répréhensibles
pour renforcer la protection de ces derniers et la Loi sur la
gestion des finances publiques pour accroître les
pénalités pour fraude et « désigne les
sous-ministres et les hauts fonctionnaires équivalents à
titre d'administrateurs des comptes qui seront comptables de certaines
questions devant les comités parlementaires ».
Depuis que le gouvernement Harper est au pouvoir, nous
assistons à :
1. un abus sans retenu des ressources gouvernementales
à des fins partisanes ou personnelles, comme dans le cas des
ministres Bev Oda, Tony Clement et Jason Kenney, pour ne nommer que
ceux-là ;
2. un abus sans retenu des ressources gouvernementales
pour faire la promotion des politiques du Parti conservateur sous
prétexte de publicité gouvernementale ;
3. un recours plus fréquent aux lois omnibus,
comme la Loi sur la responsabilité, pour faire passer
des mesures législatives qui changent de manière
fondamentale les arrangements et assises constitutionnelles de
l'État, la dictature Harper se félicitant ouvertement des
ruses utilisées pour contourner la constitution ;
4. un mépris général des principes
qu'est censée faire respecter la Loi sur la
responsabilité, soit l'imputabilité, la transparence
et les règles morales de la gouvernance ;
5. une volonté persistante du gouvernement Harper
de discréditer et saper la fonction des directeurs
parlementaires qu'il a lui-même créées.
Ces mesures du gouvernement Harper poursuivent sur la
tracée fixée par l'élite dominante il y a vingt
ans, lorsqu'elle a refusé de répondre à l'appel de
l'histoire réclamant le renouveau démocratique et
constitutionnel pour investir le peuple du pouvoir de décider.
Cela veut dire que les jours du gouvernement Harper sont comptés
lui aussi, même s'il donne l'apparence du contraire en ce moment.
Les modifications fondamentales apportées aux
arrangements d'État et aux assises des institutions
démocratiques, comme la responsabilité
ministérielle, sont adoptées à une vitesse
effarante. Les révélations presque quotidiennes de
corruption politique servent à paralyser les gens tellement ce
qu'elles révèlent est énorme. On crée ainsi
une situation en apparence sans espoir dans laquelle les citoyens
doivent se contenter du rôle de spectateurs impuissants pendant
que le gouvernement poursuit impunément sur la même voie.
Durant toute cette période des vingt
dernières années, l'élite dominante a tenté
d'étouffer la volonté du peuple d'affirmer ses droits
économiques, sociaux et politiques. Les Canadiens tirent des
conclusions et occupent l'espace du changement pour s'assurer qu'on ne
leur nie plus leur aspiration à un monde dans lequel les
ressources humaines, matérielles et naturelles servent à
garantir non pas les privilèges d'une minorité mais les
droits du peuple.

Des électeurs contestent la
légitimité
des élections suite à la campagne de suppression
du vote des conservateurs
Le 17 décembre, la première
étape de procédures légales visant à
contester les élections fédérales de 2011 a
été franchie. Les résultats contestés
touchent six circonscriptions où des électeurs ont
reçu des appels téléphoniques trompeurs donnant de
faux renseignements sur l'adresse des bureaux de vote. Pendant six
jours, la Cour fédérale a reçu le plaidoyer des
avocats des sept électeurs ayant déposé une
requête en vertu de la Loi électorale du Canada
ainsi que des avocats des six députés conservateurs qui
ont été élus lors de ces élections
contestées. Les autres intervenants à ces audiences sont
le procureur général du Canada et le directeur
général des élections du Canada, qui ont
opté pour la neutralité. Tous les candidats des
circonscriptions touchées pouvaient participer aux audiences.
Seul le NPD a participé.
Sept circonscriptions ont d'abord
été touchées par la contestation, mais la
requête déposée pour Don Valley East a
été retirée puisque le requérant
n'était pas un électeur de la circonscription selon les
règles prévues à la loi. Les circonscriptions qui
font l'objet de litiges sont : Vancouver Island Nord et Yukon en
Colombie-Britannique ; Saskatoon-Rosetown-Biggar au
Saskatchewan ; Elmwood-Transcona et Winnipeg Sud-Centre au
Manitoba ; et Nipissing-Timiskaming en Ontario. Les
électeurs attestent du fait qu'ils ont tous reçu des
appels au nom d'Élections Canada les avisant qu'ils devaient se
rendre à un bureau de scrutin moins accessible et où, en
fin de compte, ils n'ont pas pu voter.
Les auteurs de la requête ont obtenu l'appui
financier et juridique du Conseil des Canadiens. Ils ont eu à
surmonter un obstacle après l'autre pour faire avancer leur
cause, le principal obstacle étant les élus, tous
conservateurs, qui ont tout fait pour que les requêtes soient
rejetées. Le défenseur de ces derniers est l'avocat du
Parti conservateur, Arthur Hamilton.
Les conservateurs ont d'abord présenté une
requête de rejet de la demande en vertu de sa nature
« frivole et vexatoire », soutenant que la
requête était sans fondement plausible. Le
19 juillet, la Cour fédérale a rejeté la
requête des Conservateurs. Elle a dit : « Les
requêtes ne sont ni frivoles ni vexatoires ni un abus apparent.
Par contre, elles soulèvent de sérieuses questions par
rapport au processus démocratique au Canada et identifient des
pratiques qui, si fondées, indiquent une campagne menée
dans le but d'empêcher des électeurs admissibles d'exercer
leur droit de vote et/ou de manipuler ou d'entraver ce droit — des
agissements qui, s'ils devaient échapper à un examen
judiciaire détaillé, pourraient ébranler la
confiance du public envers le processus électoral ainsi
qu'envers ceux qui, de bonne foi, choisissent la vie
publique. » La requête des conservateurs a
retardé l'audience des six requérants pendant près
de deux mois.
Les conservateurs ont ensuite présenté une
requête exigeant que les requérants versent un montant de
200 000 $ à la Cour, montant qui permettrait aux
députés conservateurs d'être
dédommagés s'ils gagnaient leur cause. L'article
524 de la Loi électorale du Canada exige
seulement un montant de 1 000 $ de la part des
requérants comme dépôt de garantie. Le
5 octobre la Cour fédérale a rejeté cette
requête des conservateurs et a ordonné à ces
députés de couvrir les frais des requérants parce
que les « requêtes [des députés]
avaient, sans raison valable, retardé et encombré les
procédures légales. »
Les conservateurs ont alors déposé une
autre requête de rejet des poursuites parce qu'elles sont
soutenues financièrement par le Conseil des Canadiens qui a des
« motifs illégitimes ». Ils ont
déposé un document de 700 pages qui fait la chronologie
de pratiquement toutes les déclarations faites contre le
gouvernement Harper par le Conseil des Canadiens, sa présidente
nationale Maude Barlow et son conseiller juridique Steven Shrybman. Les
requérants ont répondu avec une référence
à une autre poursuite impliquant nul autre que Stephen Harper et
sa Coalition nationale des citoyens, dont les motifs étaient mis
en cause. Dans cette affaire, la Cour suprême avait
déclaré : « Dans la mesure où la
Coalition nationale des citoyens ou tout autre groupe
d'intérêt met une contestation responsable de la Charte
à la portée des Canadiens individuellement, elle ne doit
pas en être dissuadée, même
indirectement. » La Cour fédérale a
décidé de ne pas retarder les travaux davantage et a tout
simplement référé la requête à ce
jugement de la Cour suprême.
Les audiences de la Cour fédérale ont donc
commencé le 10 décembre. L'avocat du Parti conservateur
Arthur Hamilton a défendu la requête de rejet des
poursuites sur la base que le Conseil des Canadiens vise un gain
financier dans cette affaire puisqu'il recueille des fonds
auprès du public. En fait, selon le Conseil des Canadiens les
frais juridiques de ces poursuites dépassent déjà
les 560 000 $ et en date du 14 décembre il n'avait
recueilli que 300 000 $.
Le juge de la Cour fédérale n'a pas
semblé considérer comme crédible l'argument des
conservateurs à ce sujet. « Il n'y a pas de poule aux
oeufs d'or dans cette affaire », a-t-il dit. Il a
demandé à Me Hamilton combien de Canadiens auraient la
possibilité de faire de telles démarches seuls quand on
connaît les coûts que cela représente. L'avocat a
répondu : « Des millions. » Il a
cité comme exemple la milliardaire Heather Reisman, PDG de
Indigo Books and Music.
Après des échanges qui ont duré
presque deux jours sur ce point, le juge a annoncé qu'il
réserverait le jugement et qu'il allait maintenant entendre les
arguments des requérants.
La preuve des requérants consiste en un sondage
effectué par la firme EKOS dans six circonscriptions permettant
de tirer des conclusions sur le nombre d'électeurs ayant
reçu des appels trompeurs ou de harcèlement et le nombre
d'électeurs qui pourraient ne pas avoir pu voter à cause
de cette manoeuvre. Les conservateurs se sont lancés dans une
attaque personnelle contre le président d'EKOS, Frank Graves,
après avoir fouillé son passé, et l'ont
interrogé à propos de contributions financières
qu'il aurait faites au Parti libéral pour mettre en cause son
impartialité en tant que chercheur. Ironiquement, Graves a
également versé des contributions au Parti conservateur.
Les requérants s'appuient également sur la
documentation provenant des enquêtes d'Élections Canada
sur les appels téléphoniques illégaux dans Guelph
et 56 autres circonscriptions.
Puis ils s'appuient sur les déclarations sous
serment d'une employée de centre d'appel qui affirme que son
employeur, RMG, a fait des appels téléphoniques pour
orienter des électeurs aux mauvais bureaux de vote. Pour sa
part, RMG a déposé une preuve pour le compte des
conservateurs niant cette allégation.
Mises à part leurs attaques virulentes contre les
requérants et ceux qui les soutiennent, la défense des
députés conservateurs peut se résumer en une
phrase : rien ne prouve qu'un seul électeur se soit vu nier
le droit de vote à cause de tactiques de suppression de vote et
s'il s'en trouve qui n'ont pas pu voter, ils ne sont pas en nombre
suffisant pour remettre en cause le résultat des
élections dans les circonscriptions visées. L'argument
des conservateurs pour faire passer ces infractions à la loi
comme si de rien n'était revient à ceci : Imaginez
des tireurs d'élite bien positionnés sur un toit qui
tirent sur des électeurs qui viennent voter. Ils sont si
maladroits qu'ils ne parviennent pas à en frapper un seul, alors
on ne peut pas dire qu'on a empêché ces électeurs
d'aller voter. Beaucoup de témoins ont vu les tireurs sur les
toits mais, selon l'argument conservateur, il faut les laisser s'en
aller puisqu'ils n'ont tué personne. Ainsi, les appels
téléphoniques trompeurs ne sont pas, selon les
conservateurs, une corruption de l'intégrité et de la
validité d'une élection.

La réputation du gouvernement Harper
réduite
à néant par la fraude électorale au Labrador
- Philip Fernandez -
Depuis octobre, le ministre des
Affaires intergouvernementales et député du Labrador,
Peter Penashue, est de plus en plus malmené par l'Opposition au
Parlement et ses électeurs qui veulent le forcer à
démissionner pour causes de corruption et de violation de la Loi
électorale du Canada en rapport avec ses dépenses
électorales durant la campagne électorale
fédérale de 2011. Politicien et homme d'affaires innu,
Penashue a été de 2007 à 2010 l'adjoint au
Grand chef de la nation innue et durant 12 ans le président
de la nation innue du Labrador. Il est aussi parmi une des personnes
qui « ont conclu » l'entente sur « les
avantages retirés » par les Innus avec la
société Voisey's Bay Nickel détenue par le
monopole minier brésilien Vale, qui a fraudé les
travailleurs des mines d'Inco à Sudbury.
S'appuyant sur des documents obtenus d'Élections
Canada, le réseau anglais de la société
Radio-Canada soutient que Penashue a dépensé plus de
4000 $ au-dessus de la limite fixée pour les
dépenses électorales, a reçu des contributions
totalisant 5500 $ de Pennecon Limited, une compagnie de
construction basée au Labrador, et a trouvé une
façon illégale de se faire payer ses frais de voyage par
avion par Provincial Air, un transporteur local. De plus, il a obtenu
un prêt sans intérêt de 25 000 $ de Innu
Development Limited Partnership (IDLP), ce qui contrevient aux
règles concernant les dépenses électorales.
À cette époque, le beau-frère de Penashue
était à la direction de IDLP ; il a depuis
démissionné suite aux pressions de la communauté
innue pour s'être octroyé à lui-même et aux
autres membres du conseil d'administration de grandes sommes d'argent.
Il est évident que le gouvernement Harper
protège M. Penashue contre toute forme d'accusations de
malversations. Il est leur agent au Labrador, prêt à agir
dans l'intérêt des plus grands monopoles. Ce n'est pas
fortuit que dans le contexte des appels à la démission de
M. Penashue, M. Harper se soit rendu le 30 novembre à Goose Bay
pour signer l'accord garantissant un prêt fédéral
pour le lancement de l'énorme projet hydro-électrique de
Muskrat Falls. Une clause importante de cette entente de prêt est
que les résidents du Labrador et de Terre-Neuve seront
forcés de rembourser le prêt et les intérêts
par le biais du gouvernement provincial qui garantit le tout.
Ce projet en partenariat public-privé qui va
inclure les sociétés Nalcor Energy and Emera, la
société mère de Nova Scotia Power, Bangor
Hydro-Electric ainsi que Maine et Maritimes, fournira de
l'électricité à rabais aux plus grands monopoles
pétroliers, miniers et énergétiques du Labrador,
de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse et d'ailleurs. Ce n'est
pas fortuit que M. Penashue trempe dans ce projet. Dans la
documentation fournie au commissaire aux conflits
d'intérêts et à l'éthique, il est
révélé qu'avec son frère Max Penashue et
son épouse Mary Ann Penashue, ils ont des liens avec la
société Liannu LLP qui construit un route d'accès
de 22 kilomètres vers le projet de Muskrat Falls et qui
soumissionne sur un autre contrat pour construire une
cafétéria et un dortoir.
M. Penashue n'est pas crédible à
Terre-Neuve et au Labrador. Les citoyens dans sa circonscription
exigent sa démission. Le gouvernement Harper qui est
lui-même embourbé depuis 2006 dans des scandales
liés aux dépenses électorales ainsi que d'autres,
n'a plus aucune raison crédible d'empêcher que M. Penashue
soit tenu responsable de ses actes, tout cela pour politiser les
intérêts privés en opposition aux droits des gens
de Terre-Neuve et du Labrador et de l'ensemble du Canada.

Enjeux découlant des communications
téléphoniques inappropriées reçues par des
électeurs
- Point de vue du Parti
marxiste-léniniste du Canada, novembre 2012 -
Le 7 novembre, le directeur général des
élections Marc Mayrand a présenté aux partis
politiques enregistrés un document de discussion intitulé
Enjeux découlant
des communications téléphoniques inappropriés
reçues par des électeurs. Le document porte sur
les appels téléphoniques illégaux dirigeant les
électeurs vers les mauvais bureaux de vote à
l'élection fédérale 2011. On peut consulter le
document sur le site Web
d'Élections Canada. Le but de cette discussion avec
les partis enregistrés est de préparer un rapport
à présenter au parlement à la fin de mars 2013 sur
les enquêtes menées au sujet des communications
téléphoniques illégales avec des recommandations
sur ce qui peut être fait pour éviter une
répétition de ces incidents.
Nous reproduisons ci-dessous la réponse du Parti
marxiste-léniniste du Canada, nom sous lequel est inscrit le
Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) à des
fins électorales.
* * *
Le Parti marxiste-léniniste du Canada a
étudié le document de discussion « Enjeux
découlant des communications téléphoniques
inappropriées reçues par des
électeurs ». L'idée d'engager les Canadiens, y
compris les partis politiques, dans une discussion sur les questions
que soulève l'utilisation inappropriée des communications
téléphoniques avec les électeurs nous semble
importante puisque la mission d'Élections Canada est de
s'assurer de la légitimité du processus électoral.
C'est un fait qu'à l'élection fédérale 2011
les listes électorales ont été utilisées
à mauvais escient, en les incorporant aux banques de
données des partis politiques enregistrés. Il s'agit d'un
usage frauduleux des dispositions de la loi électorale qui
obligent Élections Canada à fournir ces listes ainsi que
les « cartes de bingo », qui permettent de savoir
qui a voté, aux partis enregistrés et aux candidats. Il
est important de s'assurer que cet usage frauduleux ne soit pas permis
à l'avenir, qui fait qu'Élections Canada se retrouve dans
une situation où il devient le facilitateur de l'utilisation de
renseignements sur les électeurs, à leur insu, pour
d'autres fins par les partis politiques enregistrés.
Selon le document présenté, l'objectif de
l'examen est d'« encourager la discussion sur les enjeux
découlant des allégations d'appels inappropriés
reçus par des électeurs les jours précédant
le jour de l'élection ainsi que le jour de l'élection,
soit le 2 mai 2012 ». Il s'intéresse
principalement aux questions reliées aux mesures
régulatoires, juridiques et d'enquête qui pourraient
être instituées pour prévenir une
répétition de ce qu'on a appelé le
« scandale des appels automatisés » ou
campagne de suppression du vote de 2011.
Le PMLC est d'accord avec cette importante observation
dans le document de discussion que « les interdictions
juridiques et les exigences en matière de divulgation ont peu
d'effet sur les gens déterminés à mener des
activités illégales ». Le PMLC croit que, dans
cette optique, la majorité des recommandations contenues dans le
document de discussion allant dans le sens d'interdire ou de
pénaliser les communications inappropriées avec les
électeurs ne seront pas efficaces. Par exemple, l'idée
qu'on mettra fin à l'usage illégal des appels
automatisés en exigeant que les partis politiques divulguent
certains renseignements concernant leurs contrats de communication est
aussi illusoire que l'idée qu'on puisse éliminer les
scénarios des enveloppes brunes du scandale des commandites en
limitant les contributions en argent comptant à 25 $, comme
le suggère la Loi sur la responsabilité de 2007.
Conséquemment, la recommandation que nous
appuyons pleinement est celle intitulée « information
du public sur le processus électoral ». Cette
recommandation s'appuie non pas sur des règlements, des
contrôles et des pouvoirs de surveillance mais sur l'activation
de l'électorat pour enrayer les pratiques corrompues.
L'affaire en question
L'affaire de l'utilisation de nouvelles technologiques
dans les élections a été soulevées par le
sénateur Irving Gerstein au Congrès du Parti conservateur
tenu en juin 2011. Il a dit aux délégués que pour
le Parti conservateur l'usage de sa banque de données
était essentiel à sa réussite à
l'élection de 2011. Il soutenait que la marge de victoire d'une
quarantaine de députés conservateurs était
attribuable à l'identification des électeurs grâce
aux banques de données et aux campagnes pour faire sortir le
vote. « Vous m'avez bien compris, a-t-il dit. Il y a environ
40 députés conservateurs à la Chambre des communes
qui ne seraient pas là si ce n'était de l'utilisation
extrêmement efficace que notre parti fait de sa banque de
données. »
Dans un article du Toronto Star de mars 2011,
le professeur adjoint de l'École de journalisme et de
communications de l'Université Carleton André Turcotte
commente l'utilisation de ces banques de données dans les
campagnes électorales en général. Il écrit
que n'ayant pas réussi à défaire les
libéraux sous Paul Martin malgré le scandale des
commandites, les principaux stratèges dans l'entourage de
Stephen Harper ont décidé d'examiner d'autres
façons d'accroître leurs chances de former un
gouvernement. « Comme le proposait Ian Brodie, qui
était membre de l'Équipe conservatrice et qui est plus
tard devenu chef de cabinet du premier ministre, une des grandes
leçons de 2004 est qu'il est nécessaire de mettre au
point une structure de connaissance du marché pour s'assurer que
la campagne soit 'plus prompte' et 'plus apte à
réagir'. »
Le professeur Turcotte affirme que la nouvelle approche
des conservateurs s'inspirait du succès électoral de John
Howard en Australie. Il écrit : « La
façon dont M. Howard est parvenu à mettre fin à
13 années de pouvoir travailliste en 1996 était
d'un intérêt particulier. Les stratèges de Stephen
Harper ont étudié les méthodes de segmentation
utilisées par la Coalition libérale nationale de John
Howard en Australie et en particulier ce que Howard a appelé les
'bataillants', c'est-à-dire les familles qui se battent pour
élever leurs enfants avec un revenu modeste. L'objectif de cette
stratégie est d'utiliser des connaissances du marché pour
identifier des segments clés de l'électorat et de mettre
au point une campagne d'identification très ciblée des
électeurs pour s'assurer que les électeurs qui
correspondent au profil stratégique se déplacent pour
aller voter. Elle combine la force des sondages et du
télémarketing pour créer une version high-tech de
la sollicitation de l'électorat. »
Identification des électeurs : une version
high-tech
de la sollicitation de l'électorat ?
Le PMLC est d'avis qu'il y a là une manoeuvre par
laquelle on prive l'élection du parlement de son objectif
démocratique déclaré. Suivant l'objectif
démocratique, le but de l'élection est de sonder
effectivement l'expression de la volonté populaire pour la
traduire en volonté juridique, c'est-à-dire pour
élire un corps décisionnel souverain qui est
représentatif du peuple. Si c'est de l'élection que le
gouvernement élu tire sa légitimité, le processus
doit forcément être légitime. La législature
doit être perçue par le peuple comme ayant acquis son
autorité de façon légitime. Sinon il y a crise de
légitimité. (Voir les notes à la fin)
Le PMLC est d'avis que la manoeuvre du professeur
Turcotte consiste à prétendre que les campagnes par
identification ciblée des électeurs sont « une
version high-tech de la sollicitation électorale ».
En présentant cela comme une bonne chose, puisque c'est pour
« faire sortir le vote », on soustrait l'objectif
visé à tout reproche. Une fois qu'on a laissé de
côté l'objectif visé, tout devient une affaire de
légalité des moyens.
Les campagnes par identification très
ciblée des électeurs sont-elles vraiment une
« version high-tech de la sollicitation
électorale » ?
Dans son article écrit en anglais le professeur
Turcotte utilise le mot « canvassing », que le
document de discussion traduit par
« porte-à-porte ».
« Canvassing » se traduit également par
« sollicitation ». Dans les définitions
courantes comme celle donnée par Wikipedia, le mot veut
également dire « sonder l'opinion ». Voici
comment Wikipedia définit
« canvassing » : « Le canvassing
est l'initiation systématique d'un contact direct avec un groupe
cible d'individus utilisée généralement durant les
campagnes électorales. Une équipe électorale (et
durant une élection le candidat) frappe aux portes de
résidences privées dans un secteur géographique
donné pour avoir un rapport direct avec des électeurs. Le
canvassing peut également se faire par téléphone.
L'objectif principal est d'établir une identification des
électeurs (pour sonder pour qui un électeur a l'intention
de voter) plutôt que de présenter un argument ou de
persuader les électeurs. (How to Win an Election, Paul
Richards, Second Edition, p. 87) Cette préparation fait partie
de l'opération pour 'faire sortir le vote' par laquelle des
sympathisants connus sont contactés le jour du vote pour leur
rappeler d'aller voter. »
Alors que ce soit high tech ou low tech, il ne semble y
avoir rien de mal avec cette forme de sollicitation. À quoi cela
sert-il en pratique ?
Dans le passé, la sollicitation était
faite par des associations de comté regroupant des membres des
partis politiques, pour la plupart sur une base volontaire. Ces membres
nommaient leur candidat par un processus démocratique et non
seulement le candidat devait-il répondre aux membres pour ses
actions mais, par le même processus, l'association de
comté était chargée de le tenir responsable envers
l'électorat pour le compte de l'électorat.
La sollicitation était faite par des partis
politiques qui avaient la responsabilité d'être des
organisations politiques primaires, chargées d'investir
l'électorat du pouvoir de participer au processus politique dans
une certaine mesure. Cela se faisait par la sélection et
l'élection des candidats et la formulation d'orientations
politiques exprimant leur volonté. Les partis étaient
chargés de sonder les électeurs pour choisir un candidat
qui leur convienne, qui puisse remporter la majorité des voix
dans une assemblée de mise en candidature et ensuite une
majorité des voix dans une élection. Le rapport entre
l'association de comté et l'électorat et entre le
candidat et l'électorat est évident : les membres de
cet électorat de comté devaient s'identifier au candidat
dans une certaine mesure puis au député une fois
élu. Les électeurs du comté dépendaient
plus ou moins directement du député pour leur
bien-être et leur travail, puisque celui-ci avait le pouvoir de
trouver du travail, de faciliter la résolution des
problèmes de l'immigration, de voir à l'aide sociale,
à la citoyenneté, à la réunification des
familles, la construction d'une route ou autre infrastructure
nécessaire pour votre entreprise, etc. Ces associations de
comté avaient intérêt à ce que leur parti
adopte des politiques capables de gagner la faveur des
électeurs. Les politiques étaient débattues et
adoptées par les congrès du parti et étaient
ensuite considérées comme la plate-forme ou la position
du parti à soumettre au verdict populaire dans une
élection.
En pratique, les électeurs ont toujours
été traités comme une simple masse votante. On
leur présentait des candidats et des choix décidés
par une minorité. Les élections sont devenues l'occasion
de voter pour « le moindre mal ». Un parti
remplaçait l'autre lorsque celui au pouvoir n'était plus
considéré comme acceptable. Tout de même, il y
avait un rapport entre la sollicitation et les campagnes des partis
pour faire sortir le vote et les simples citoyens. L'achat de votes,
les menaces de se faire « briser les jambes » et
autres méthodes d'intimidation courantes au XIXe siècle
furent systématiquement éliminés au cours du XXe
siècle pour rendre les élections « libres et
équitables ».
Nous en sommes maintenant à la
réalité du XXIe siècle où le rapport entre
l'électeur et les élus n'existe plus. Les élus
font partie d'une machine de parti de cartel qui ressemble à la
mafia et agit comme la mafia et qui pourrait bien être une mafia
réellement. Les partis politiques comptent encore moins de
membres que dans le passé. L'élection est
décidée par le pouvoir de l'argent, par des agences de
marketing et des technologies avancées pour manipuler le vote et
revendiquer une majorité. Aujourd'hui des forces sans scrupule
se sont emparées des partis politiques qui sont forcés
d'admettre que leur stratagèmes et pratiques malhonnêtes
ont réduit le système électoral à une
fraude. Ce système démocratique est aujourd'hui
condamné par une corruption omniprésente. C'est d'autant
plus grave quand on sait que le Canada se joint aux États-Unis
et à d'autres pays pour mener des guerres dans le monde au nom
de notre démocratie corrompue.
Les coups fourrés
Aux mains des partis assoiffés de pouvoir et sans
scrupule, qui ne respectent plus aucune norme de comportement
civilisé, il n'y a tout simplement rien de positif dans la
sollicitation high tech si c'est pour duper les électeurs. Cela
se résume à du télémarketing de haute gamme
pour obtenir le résultat escompté (gagner à tout
prix) et sa conséquence est on ne peut plus claire :
l'électorat est privé de tout contrôle sur le
processus décisionnel. Il est même irrationnel de
débattre des mérites et des défauts de ce type de
sollicitation en ce qui concerne la bataille pour la démocratie.
À partir de son analyse des problèmes du
système électoral, le PMLC fait des recommandations qui
vont dans le sens d'activer les citoyens et de leur donner l'option de
mettre ces partis de cartel à leur place en les rejetant, eux et
leurs pratiques, à l'élection. Cela peut se faire
si : 1. les citoyens sont informés directement par
Élections Canada et alertés vis-à-vis les
stratagèmes utilisés aujourd'hui et 2. le droit à
la vie privée est protégé en laissant les
électeurs décider s'ils veulent que leur numéro
d'identification d'électeur soit donné aux partis
politiques et aux candidats, puisqu'ils n'exercent aucun contrôle
sur eux.
Recommandations concernant l'information du public
sur le processus électoral
Le PMLC recommande qu'Élections Canada :
1. Commande une étude sur les pratiques
électorales malhonnêtes telles qu'elles se manifestent
pour éduquer les électeurs à leur sujet bien avant
la prochaine élection fédérale. Que les
résultats de l'étude soient affichés sur le site
web d'Élections Canada et qu'un résumé soit
posté à tous les foyers ; que des assemblées
publiques bien annoncées soient convoquées avec la
participation d'experts.
2. Mette en garde les électeurs durant la
période précédant la prochaine élection et
durant l'élection qu'ils ne seront jamais contactés par
téléphone concernant des changements sur le lieu des
bureaux de vote et que de tels appels téléphoniques
doivent être considérés comme frauduleux.
3. Établisse et fasse connaître un
mécanisme par lequel les électeurs peuvent rapporter des
appels téléphoniques qu'ils croient être frauduleux
ou suspects.
4. Émette immédiatement des avertissements
publics au premier signe d'une campagne de suppression du vote.
5. Déploie, dès qu'il est connu que des
électeurs sont dirigés à une mauvaise adresse, des
membres de son personnel à l'endroit désigné pour
rediriger les électeurs au bon endroit et si nécessaire
les aider à s'y rendre. Tous les bureaux de vote devraient
être en mesure de rediriger les électeurs envoyés
au mauvais endroit et ces derniers devraient se voir allouer du temps
supplémentaire si nécessaire.
Avec ces recommandations et en éduquant le public
sur les pratiques courantes pour déjouer stratégiquement
le droit de vote de certaines sections de l'électorat,
Élections Canada peut jouer un important rôle pour annuler
de façon préventive l'effet des tactiques de suppression
de vote.
Mesures pour renforcer le droit à la vie
privée
Le PMLC est en faveur du renforcement des mesures
protégeant le droit à la vie privée. Ces mesures
permettront de tirer le tapis sous les pieds des partis politiques qui
se servent de leur arsenal de renseignements pour mener des campagnes
de micro-ciblage. Comme on le sait, la suppression du vote est une
pratique intimement liée à la technique de marketing
appelée micro-ciblage. Il est impossible de concevoir une
campagne de suppression de vote dont l'organisateur ne possède
pas d'amples renseignements politico-démographiques sur les
électeurs cible, que ce soit les données qui
suggèrent que les Sri-lankais sont susceptibles de voter pour
tel ou tel parti ou que les individus possédant deux Mercedes
Benz sont susceptibles de voter pour tel ou tel autre.
Parce qu'ils jouent un rôle crucial dans la
participation de l'électorat, des privilèges ont
été accordés aux partis politiques
enregistrés, comme l'exemption des lois et règles sur la
vie privée et les télécommunications. Le
« droit » des partis politiques de communiquer
avec les électeurs passe donc avant le droit des
électeurs à la vie privée.
De même, la prétention que les partis
politiques rendent un service public en « faisant sortir le
vote » a servi à justifier la violation du droit au
vote secret et à la vie privée. Les agents
d'Élections Canada deviennent complices de cette violation
puisque l'information qu'ils donnent sur qui a voté (les
« cartes de bingo ») permet aux partis politiques
de se bâtir des banques de données autant sur les
partisans que les non-partisans. Avec des bureaux de vote d'à
peine 250 électeurs, les renseignements recueillis par les
appels téléphoniques et les
« sondages » et les pancartes sur les pelouses
sont les outils de la suppression du vote, surtout dans des
circonscriptions cibles où l'élection peut être
remportée avec une poignée de votes de plus.
Enfin, il faut noter que l'introduction du numéro
d'identification unique des électeurs a également
profité aux besoins de renseignement de partis politiques. S'il
est vrai que ce numéro est utile pour la mise à jour du
Registre national des électeurs, pour les partis politiques qui
ont voté cette loi ce n'était pas sans
intérêt que leurs listes contiennent aussi cette
information. Rappelons que ces partis politiques voulaient
également que la date de naissance des électeurs
apparaisse sur les listes et que c'est uniquement grâce à
l'intervention et à la persévérance du Commissaire
à la vie privée que la mesure n'a pas passé.
L'exemption des partis politiques de la liste des
entités visées par la Loi sur la protection des
renseignements personnels et les documents électroniques
est un autre exemple de privilèges que se sont accordés
les partis politiques parce qu'ils sont considérés comme
des « organisations politiques primaires ». Font
partie de ces communications inappropriées avec les
électeurs, à notre avis, les cas très
publicisés des cartes du Nouvel An juif envoyées à
des électeurs dont le nom a une connotation juive et les appels
reçus par des électeurs qui étaient allés
voir leur député pour demander de l'aide pour certaines
questions et se sont retrouvés sur les listes d'appel et d'envoi
d'un parti politique dans leur permission.
Sur la base de ces considérations et
recommandations pour engager l'électorat dans la solution des
problèmes posés, le PMLC recommande
également :
6. Que les électeurs aient le droit de demander
le retrait de leur numéro d'identification de la liste des
électeurs donnée aux partis politiques. Le numéro
n'apparaîtrait alors que sur la liste donnée aux agents
d'Élections Canada.
7. Que l'exemption des partis politiques de la Liste
nationale
des
numéros
de télécommunication exclus du CRTC soit
retirée.
8. Que l'exemption des partis politiques des
dispositions de la Loi sur la vie privée et de la Loi
sur la protection des renseignements personnels et les documents
électroniques soit retirée.
L'intégrité du vote
Les citoyens doivent être convaincus que leur vote
compte et que les résultats de l'élection ne sont pas
compromis par des pratiques corrompues, frauduleuses et
illégales.
Le PMLC recommande que :
9. Dès que l'existence de stratagèmes est
révélée, peu importe par quel parti ou individu,
Élections Canada doit déterminer s'il en résulte
une violation de l'intégrité du vote. Si
l'intégrité est compromise, Élections Canada doit
annuler le vote peu importe qui a commis l'infraction et doit convoquer
une autre élection. S'il est important de prendre les coupables
sur le coup, le PMLC croit que dans les conditions où des
communications inappropriées avec les électeurs ont eu
lieu ou peuvent avoir eu lieu par des moyens qui rendent la
détection des coupables presque impossible,
l'intégrité du processus électoral ne doit pas
être compromise pour autant.
Une autre recommandation à discuter et à
considérer pour protéger l'intégrité du
vote serait la suivante :
10. Que l'électeur puisse voter à
n'importe quel bureau de vote de sa circonscription. Avec la
technologie d'aujourd'hui qui permet d'établir une liste
informatique de tous les électeurs d'une circonscription
à tous les bureaux de vote de ladite circonscription et de rayer
le nom de ceux qui ont voté en temps réel, il n'y a
aucune raison que les électeurs soient forcés de voter
à un bureau en particulier. Cette mesure contribuerait à
saper l'efficacité de certaines stratégies de suppression
de vote qui microciblent les électeurs. Les électeurs
peuvent être avisés de l'adresse des bureaux de vote
près de leur lieu de résidence. Beaucoup
d'électeurs utilisent déjà le vote par
anticipation et d'autres voudraient choisir le bureau de vote en
fonction de l'achalandage et de leur horaire. Quand les
électeurs sont obligés d'aller à un bureau
donné, cela occasionne souvent des lignes d'attente dans un
bureau alors qu'un bureau tout près est libre.
Conclusion
En résumé, le PMLC ne croit pas que de
nouveaux règlements suffiront à enrayer la propagation
des pratiques telles que la suppression du vote. Les mesures qui
éduquent et font appel aux électeurs de s'informer sur
l'utilisation inappropriée des télécommunications
avec les électeurs s'avéreront plus efficaces pour
contrer ces pratiques. Le rôle d'Élections Canada doit
être de défendre les électeurs, pas ceux qui
utilisent les moyens de communication modernes pour priver les
électeurs de leur droit d'élire et d'être
élu. Si les électeurs ne sont pas convaincus que leur
vote compte, pourquoi se donneraient- ils la peine d'aller voter ou de
faire campagne pour un candidat dans une élection ? S'ils
ne sont pas convaincus qu'Élections Canada défend leur
vote et le processus électoral, pourquoi lui feraient-ils
confiance ?
Aucune des recommandations énoncées
ci-dessus ne doit être interprétée comme signifiant
que le PMLC retire ses positions sur la nécessité de
renouveau de la loi électorale pour éliminer les
privilèges que se sont accordés différents partis
politiques représentés à la Chambre des communes.
Le PMLC continue de demander que l'État finance le processus et
pas les partis politiques, lesquels devraient s'appuyer sur leurs
membres pour faire campagne. Les pratiques corrompues dont nous sommes
témoins aujourd'hui ne peuvent être réduites
à des aberrations ou être attribuées à de
mauvais individus sans considérer l'environnement qui les
facilite. Cet environnement est mal décrit dans le document de
discussion du Directeur général des élections qui
affirme : « Les communications avec les
électeurs par les entités politiques sont essentielles au
processus démocratique. Le but principal de toute campagne
électorale est de convaincre les électeurs de voter, et
de voter pour un candidat particulier. Plusieurs moyens peuvent
être employés à cette fin, mais pour beaucoup, le
contact direct entre le candidat (ou son équipe) et
l'électeur fait partie d'une stratégie importante, si ce
n'est la plus importante. »
C'est évidemment un truisme que de dire que dans
une élection, les rivaux veulent gagner le plus de votes. Quand
le but de l'élection est vidé de son sens fondamental,
qui est de déterminer la volonté populaire de
l'électorat pour qu'elle puisse se traduire en volonté
législative, le processus est corrompu et tout devient une
affaire de faire sortir le vote et de convaincre les électeurs
de voter pour les partis de cartel privilégiés par le
pouvoir de l'argent et les pratiques corrompues. Il est possible de
déterminer la volonté populaire seulement dans une
société qui reconnaît d'une manière
significative le droit des électeurs d'élire et
d'être élu. Les mécanismes électoraux
doivent permettre aux électeurs, individuellement et en tant que
membres de différents collectifs, de participer à
l'établissement de l'ordre du jour et à la
sélection des candidats. Cela n'est possible que dans le
contexte d'un processus politique et électoral qui facilite
activement la participation des citoyens aux affaires politiques.
Tant que la vaste majorité des Canadiens et des
Canadiennes sont réduits au rôle de masse votante et que
l'illusion est entretenue que les partis politiques sont encore des
organisations politiques primaires par lesquelles les citoyens peuvent
s'engager dans les affaires politiques du pays, ce qu'on appelle les
« télécommunications avec les
électeurs » vont continuer leur spirale vers le fond.
Notes
L'identification des électeurs est la
pratique consistant à identifier en début de campagne les
résidents qui sont des supporteurs, des opposants ou des
indécis. Catherine Shaw, dans son manuel de campagne The
Campaign Manager, décrit ces trois types d'électeurs
comme tant « les pécheurs, les saints et les
sauvables ».
Stratégiquement, cette information est
utilisée pour identifier des quartiers et des foyers qui seront
plus tard visés par certaines activités de campagne,
comme la distribution de littérature, la collecte de fonds ou
les « promenades » de quartier par le candidat.
L'information peut également servir à sonder le vote,
pour « faire sortir le vote », vers la fin de la
campagne. (Encyclopedia of American Political Parties and Elections,
2009)
Le sondage par sollicitation des électeurs était
jadis organisé et géré par un représentant
local du parti. Même avec la diminution du pouvoir manipulateur
des machines électorales au milieu du XXe siècle, les
organisations locales du parti sont demeurées la structure par
laquelle l'information était distribuée et le vote
était livré. Aujourd'hui la sollicitation
porte-à-porte est faite par l'équipe de campagne du
candidat dans le cadre de ce qu'on appelle « les
opérations sur le terrain ». Certains observateurs
soutiennent que la technologie moderne a éliminé le
besoin de grandes opérations à la base comme le
porte-à- porte, mais elle a également accru la
capacité des travailleurs de campagne à poursuivre ces
moyens traditionnels plus efficacement.
Le deuxième type de sondage des électeurs
a lieu après l'élection, avec le comptage officiel et
l'analyse des résultats. (Encyclopedia of American Political
Parties and Elections, 2009)
Le PMLC est d'avis que les stratagèmes
utilisés aujourd'hui par des groupes sans scrupule qui font
figure de partis politiques ont diminué la
légitimité du sondage par sollicitation des
électeurs. Sous prétexte de sonder les électeurs
individuellement, ils violent l'objectif sous-entendu de
l'élection et l'esprit de la loi électorale, qui est de
déterminer l'expression de la volonté populaire pour la
traduire en volonté législative légitime.
APPENDICE
Le
but de l'élection et l'essence de l'article 3 de la Charte
des droits
La Loi électorale du Canada n'articule
pas le but d'une élection et ne se prétend qu'une
« loi concernant l'élection des députés
à la Chambre des communes, modifiant certaines lois et abrogeant
certaines autres lois ».
La Constitution du Canada et la Charte des droits et
libertés ne précisent pas elles non plus le but de
l'élection et ne définissent pas l'essence du droit
d'élire et d'être élu. L'article 3 de la
Charte stipule que « tout citoyen canadien a le droit de
vote et est éligible aux élections législatives
fédérales ou provinciales ».
Le but de l'élection et les attributs essentiels
du droit d'élire et d'être élu ont
été articulés et établis par les tribunaux
à travers les contestations juridiques de la loi
électorale.
Dans l'affaire Thomson Newspapers Co. c. Canada
(procureur général), en 1998 la Cour suprême a
invoqué des jugements de la Cour européenne des droits de
l'homme et de la Commission européenne des droits de l'homme
pour interpréter la loi canadienne. Les jugements en question
articulent l'essence de l'article 3 du Protocole no. 1 de la Convention
européenne des droits de l'homme (20 mars 1952). Il stipule
que les parties à la Convention « s'engagent à
organiser, à des intervalles raisonnables, des élections
libres au scrutin secret, dans les conditions qui assurent la libre
expression de l'opinion du peuple sur le choix du corps
législatif ». Les tribunaux européens ont
assimilé le droit de vote au « droit de participer au
processus électoral ». De plus, l'article 3 a
été interprété comme signifiant
qu'« un des objectifs légitimes des systèmes
électoraux nationaux est de canaliser les courants de
pensée de façon à promouvoir l'émergence
d'une volonté politique suffisamment claire et
cohérente ».
Dans le jugement de 2000 dans l'affaire Figueroa c.
Canada, la Cour de l'Ontario a examiné le rôle des partis
politiques à la lumière de l'exigence dans la loi que les
partis présentent au moins 50 candidats pour demeurer
enregistrés. La cour a soutenu que l'exigence était
fondée. « Les partis politiques donnent aux individus
la possibilité de participer au processus électoral au
niveau local et au niveau national. Les individus peuvent s'impliquer
dans les campagnes pour choisir et appuyer un candidat et ils peuvent
s'impliquer dans la campagne nationale pour élire un
gouvernement en appuyant un parti. »
Invoquant un jugement de 1996 de la Commission
européenne des droits de l'homme, la Cour de l'Ontario
soulignait que les partis politiques jouent un rôle important
dans l'organisation du gouvernement. « Bien que cela soit
évident, il vaut de souligner que la raison première des
élections est de choisir un gouvernement ou, pour citer le
jugement de la Commission européenne dans l'affaire Bowman c.
Royaume-Uni (1996), de 'canaliser les courants de pensée de
façon à promouvoir l'émergence d'une
volonté politique suffisamment claire et
cohérente'. »
Enfin, la Cour de l'Ontario affirme :
« Dans notre système de démocratie
parlementaire représentative, le gouvernement est formé
par le parti qui parvient à obtenir la confiance de la Chambre.
Le gouvernement reflète la politique de parti plutôt que
les positions des candidats individuels. » Se basant sur
l'argument que les petits partis politiques ne peuvent pas former un
gouvernement majoritaire, la Cour de l'Ontario a maintenu l'exigence
d'un seuil de 50 candidats pour maintenir l'enregistrement d'un parti.
Cette exigence a par contre été rejetée par la
Cour suprême du Canada en 2003. Invoquant la jurisprudence, la
Cour suprême a réitéré que l'article
3 de la Charte ne doit pas être interprétée
étroitement, de façon à signifier qu'il
« n'accorde que le droit de voter et de briguer les
suffrages lors de l'élection des députés du
Parlement et des assemblées législatives
provinciales ». Elle affirme que le droit de vote
« ne s'entend pas que du simple droit de déposer son
bulletin de vote dans l'urne » (Dixon c. British Columbia
(Attorney General), 1989.
La Cour suprême a soutenu que le jugement de la
cour inférieure donnait une portée trop étroite au
droit de participer à une élection en supposant que seule
une élection qui produit un gouvernement majoritaire constitue
une représentation réelle. Elle écrit :
« Selon moi, elle ne faisait pas allusion à un
intérêt collectif à ce que le processus
électoral aboutisse à l'élection d'un gouvernement
majoritaire. Ma collègue insistait plutôt sur le droit de
chaque citoyen à un représentant efficace au sein des
assemblées législatives. Elle a écrit ceci,
à la p. 183 : 'Je conclus que l'objet du droit de vote
garanti à l'art. 3 de la Charte n'est pas
l'égalité du pouvoir électoral en soi mais le
droit à une « représentation effective'. Notre
démocratie est une démocratie représentative.
Chaque citoyen a le droit d'être représenté au sein
du gouvernement. La représentation suppose la possibilité
pour les électeurs d'avoir voix aux délibérations
du gouvernement aussi bien que leur droit d'attirer l'attention de leur
député sur leurs griefs et leurs
préoccupations. »
En conclusion, dans son jugement de 2003 la Cour
suprême affirme : « L'article 3 de la Charte
a donc pour objet d'accorder à tous les citoyens canadiens le
droit de jouer un rôle important dans l'élection de
députés qui, eux, sont chargés de prendre des
décisions qui seront consacrées dans des lois dont ils
auront à rendre compte auprès de leurs électeurs.
Comme l'indique cet extrait, notre Cour a déjà
jugé que l'art. 3 a pour objet de conférer à
tout citoyen non seulement le droit d'être
représenté par un député
fédéral ou provincial et d'élire ce
député, mais aussi celui de jouer un rôle
significatif dans le processus électoral. Voilà, à
mon sens, un énoncé plus complet de l'objet
véritable de l'art. 3 de la Charte. »

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