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Numéro 106 - 19
octobre 2012
Journée internationale pour
l'élimination de la pauvreté
Nécessité d'un programme
prosocial pour
un Québec qui défend les droits de tous
Journée
internationale pour l'élimination de la pauvreté
• Nécessité d'un programme
prosocial pour un Québec qui défend les droits de tous
• Une commission populaire itinérante
sur le droit au logement - Serge Lachapelle
Pourquoi tant de bruit
au sujet des entreprises chinoises au Canada?
• La folie dans l'insouciance s'empare de
l'élite politique canadienne - K. C. Adams
Journée internationale pour
l'élimination de la pauvreté
Nécessité d'un programme prosocial pour
un Québec qui défend les droits de tous
Le 17 octobre, Journée internationale pour
l'élimination de la pauvreté, des actions et
réunions ont eu lieu partout à travers le monde. Au
Québec, il y a eu des rassemblements et conférences
réunissant des centaines de personnes à Montréal,
Sherbrooke, Rouyn-Noranda, Gaspé, Joliette,
Saint-Jean-sur-Richelieu, Hull, Magog, Valleyfield, Repentigny, Granby,
Héberville, et bien d'autres endroits. À Gaspé, la
marche avait lieu en conjonction avec le passage dans cette ville de la
Commission populaire sur le respect du droit au logement
organisée par le FRAPRU et qui visitera toutes les
régions du Québec. La Journée a été
marquée par des déclarations par des représentants
de travailleurs de la santé, des étudiants, des femmes et
des peuples autochtones, en plus d'organisations qui luttent contre
l'analphabétisme et pour les droits des aînés. Un
de thèmes centraux de la journée était que tous
les droits sont reliés entre eux et que la violation de l'un
d'entre eux affecte tous les autres.
La pauvreté a son origine dans le système
capitaliste où la satisfaction des besoins, du bien-être
et des droits de la population n'est qu'accessoire à la
réalisation du profit. Aujourd'hui, la tendance à
l'appauvrissement des pauvres et à l'enrichissement des riches
s'accélère parce que les gouvernements à tous les
niveaux mènent une offensive contre les programmes sociaux et
les services publics comme l'éducation et la santé, et
les programmes pour les plus démunis. L'offensive antisociale
est menée pour mettre le bien public à la disposition des
monopoles les plus puissants pour assurer leur réussite sur les
marchés mondiaux sous prétexte que la
prospérité pour tous viendra des retombées de leur
réussite. Pour un renversement de la tendance, il faut que le
peuple s'investisse du pouvoir politique pour réaliser le
système et le genre de société qu'il veut.
Les gouvernements du Canada et du
Québec déclarent régulièrement leur
volonté d'éradiquer la pauvreté, ici ou dans le
monde. Le parlement canadien a adopté à
l'unanimité en 2000 une résolution à l'effet
d'éliminer la pauvreté chez les enfants.
L'Assemblée nationale du Québec a elle aussi
adopté à l'unanimité en 2002 la Loi visant
à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale.
Or, la pauvreté existe toujours et continue de gagner du terrain
dans plusieurs secteurs de la société, comme chez les
femmes monoparentales, les peuples autochtones, les travailleurs dont
le moyen de subsistance est éliminé par la destruction
rapide du secteur manufacturier, des résidents des
communautés basées sur l'industrie des ressources qui
apprennent par la manière dure ce que veut dire « la
prospérité passe par la réussite » des
monopoles, etc.
Il est donc clair que ce n'est pas un « manque de
volonté » de la part des gouvernements, et que le
problème est que les institutions dites démocratiques
sont désuètes et ne permettent pas la réalisation
des demandes du peuple. La paralysie politique est évidente au
Québec par exemple depuis l'élection du gouvernement
minoritaire de Pauline Marois. Les revendications des jeunes et
l'exigence qu'on défende le bien public qui ont mené
à la défaite du gouvernement Charest deviennent de
simples énoncés de volonté politique du nouveau
gouvernement qui prétend être incapable d'agir en
situation minoritaire.
Plus tôt ce mois-ci, Stephen Harper qui
participait au Sommet de la francophonie à Kinsasha a dit que le
Canada était résolu à « combattre les causes
de la pauvreté » en Afrique. Or, ce Sommet de la
francophonie qui est un instrument pour avancer les objectifs des
grandes puissances aux dépens des peuples agit
précisément dans le sens d'attaquer le pouvoir de
décision souverain des peuples africains et autres peuples
francophones.
« Cela fait maintenant près de 10 ans que
la Loi visant à lutter contre la pauvreté et
l'exclusion sociale est entrée en vigueur au Québec,
ce qui n'a pas empêché nos gouvernements de prendre des
décisions économiques qui étouffent les familles,
dont celles qui sont monoparentales et qui, pour la majorité,
ont des femmes à leur tête. Leur revenu moyen est le plus
faible de toutes les familles », fait remarquer Denise Boucher,
vice-présidente de la CSN, dans un communiqué du syndicat
à l'occasion du 17 octobre.
« La solidarité au Québec est
manifeste. Notre engagement dans la lutte contre les effets de la
pauvreté nous fait toutefois oublier que les véritables
solutions sont politiques. Et donc, que l'élimination de la
pauvreté reste essentiellement une question de choix. Le
Québec est mûr pour des transformations profondes. Il est
fin prêt pour une histoire de justice et d'égalité.
Pour une histoire de fierté, de solidarité et
d'engagement », d'affirmer Serge Petitclerc, porte-parole du
Collectif pour un Québec sans pauvreté.

Gaspé le 17
octobre 2012
Pour Michèle Audette, présidente de
l'Association des femmes autochtones du Canada (AFAC), « il est
triste de constater que les femmes autochtones de ce territoire soient
encore les plus touchées par l'extrême pauvreté, la
violence et la discrimination systémique. Nous avons une force,
une volonté et une détermination incroyables pour nous
sortir de ce cercle vicieux ! Nous avons les solutions à ce mal
de vivre, alors j'invite le gouvernement Marois, le gouvernement
fédéral et la société civile à
collaborer avec nous ! Ne fermez pas les yeux sur cette crise nationale
! »
Elle a souligné que pour résoudre la crise
du logement chez les peuples autochtones il faudrait procéder
à la construction de 10 000 unités de logement. Il n'est
pas rare, a-t-elle dit, de voir 15 personnes entassées dans un
logement. Les dernières statistiques révèlent que
le chômage frappe maintenant 22 % des autochtones.
Alexa Conradi, présidente de la
Fédération des femmes du Québec (FFQ),
considère que « d'un point de vue féministe, la
solidarité, ça signifie s'assurer que les femmes
n'arrivent pas à la retraite avec 66 % des revenus des hommes.
Les femmes sont pénalisées du fait qu'elles assument des
tâches gratuites pour la famille et la communauté et parce
qu'elles subissent, de surcroît, de la discrimination dans le
domaine du travail [précarité, salaire, reconnaissance
des compétences, embauche et avancement]. Cela a un impact tout
au long de leur vie et lors de la retraite. »
Pour sa part, Régine Laurent, présidente
de la Fédération interprofessionnelle de la santé
du Québec (FIQ), constate qu'« il existe un lien
étroit entre la santé et la pauvreté. Il est vrai
que la pauvreté peut résulter de conditions
défavorables, comme un mauvais état de santé, mais
elle engendre également un cercle vicieux puisqu'elle restreint
l'accès à de nombreuses ressources. En ce sens, il est
primordial d'agir en amont, en adoptant une approche préventive.
En éradiquant la pauvreté, on cherche à sortir une
partie de la population d'une situation précaire et à la
rendre moins vulnérable face à la maladie. Nous devons,
en tant que société, avoir le courage de nos convictions
et nous attaquer dès maintenant à ce fléau. Ainsi,
nous travaillons ensemble à améliorer l'état de
santé de la population et, par le fait même, celui de
notre réseau public de santé ! »
Par ailleurs, selon Martine Desjardins,
présidente de la Fédération étudiante
universitaire du Québec (FEUQ) « les étudiants, qui
doivent composer avec des horaires difficiles de conciliation
travail-étude-famille, vivent souvent sous le seuil de la
pauvreté. Ils doivent composer avec des emplois atypiques, au
salaire minimum, qui les forcent à faire des choix difficiles
entre la poursuite des études ou la survie financière. Et
après, on ira leur dire que c'est à eux de faire leur
juste part ! »
Le Collectif a profité de cette journée
pour interpeller la nouvelle ministre de l'Emploi et de la
Solidarité sociale, madame Agnès Maltais. « Le
Collectif l'invite à faire preuve d'audace, pour faire en sorte
que des mesures structurantes visant à réduire les
inégalités, à lutter contre les
préjugés et à éliminer la pauvreté
soient mises en place prochainement », d'ajouter M. Petitclerc.

Journée internationale pour
l'élimination de la pauvreté à Granby (gauche) et
Rouyn-Noranda le 17 octobre 2012
Selon la vice-présidente de la CSN, Denise
Boucher, les personnes les plus pauvres, spécifiquement les
femmes, subissent constamment les revers des choix budgétaires
et politiques des gouvernements. « Crise financière,
équilibre budgétaire, tous les motifs sont bons pour
demander aux moins nantis de faire leur part, alors que pour plusieurs
cela équivaut à se priver de choses essentielles afin de
rencontrer leurs obligations. Jusqu'ici, les choix des deux paliers de
gouvernement n'ont fait qu'augmenter les pressions économiques
sur les plus démunis. Course à l'équilibre
budgétaire, droits de scolarité, imposition
régressive comme la taxe santé, etc., dans plusieurs cas,
ce sont les femmes qui paient le prix de ces décisions à
courte vue. »
Les femmes gagnent toujours un salaire inférieur
à celui des hommes. Au Québec, leur revenu total moyen
est 11 000 $ inférieur à celui des hommes. Par ailleurs,
celles qui sont à la tête d'une famille monoparentale ont
un revenu familial de 30 % moins élevé que les hommes qui
sont dans la même situation. Les femmes sont encore les
championnes des emplois précaires, particulièrement dans
le secteur public. Selon Statistique Canada, tous groupes d'âge
confondus, les femmes sont plus susceptibles que les hommes de
travailler à temps partiel. Cela est surtout le cas des hommes
et des femmes de plus de 25 ans. En 2009, 19,5 % des femmes de 25
à 44 ans et 20 % de celles de 45 à 54 ans travaillaient
à temps partiel. Parallèlement, 5,8 % et 5,1 % des hommes
appartenant à ces groupes d'âge travaillaient à
temps partiel.
En 2012, le forum des organisations syndicales
internationales de l'ONU concluait que les femmes ont été
spécialement touchées par la crise en raison des coupes
dans les services publics et les nombreuses pertes d'emplois. «
Les mesures d'austérité, comme celles adoptées par
le gouvernement de Stephen Harper, n'amélioreront sûrement
pas la situation et font progresser la pauvreté et la
dégradation des conditions de vie des familles, des femmes et
des enfants », estime Denise Boucher.
En cette Journée internationale pour
l'élimination de la pauvreté, le Regroupement des groupes
populaires en alphabétisation du Québec (RGPAQ) a tenu
à rappeler les liens étroits qui existent entre
analphabétisme et pauvreté. Pour le RGPAQ, lutter contre
la pauvreté et contrer l'analphabétisme sont des luttes
indissociables.
Selon l'Enquête internationale sur
l'alphabétisation et les compétences des adultes (EIACA,
2003), il existe une relation nette entre le niveau
d'alphabétisme et les revenus. Les adultes peu
alphabétisés ont plus de difficultés à
obtenir un emploi et à le conserver. Et lorsqu'ils sont en
emploi, leur revenu est souvent plus faible que les personnes se
situant à des niveaux supérieurs d'alphabétisme.
Plus de la moitié des adultes de 16 à 65 ans qui ont un
revenu inférieur à 20 000 $ par année se situe aux
niveaux les plus bas d'alphabétisme.
Ce qui est à l'ordre du jour pour combattre la
pauvreté, faire avancer la lutte pour les droits de tous et
défendre le bien public, c'est de bâtir un mouvement
politique par lequel le peuple s'investit du pouvoir de décider.
Il se bâtit lorsque les travailleurs, les femmes et les jeunes
opposent à l'offensive antisociale les droits que nous avons du
fait de notre humanité et en faisant valoir la vision de
société fondée sur le bien public et les droits de
tous, en opposition à la vision antisociale des
néolibéraux.

Une commission populaire itinérante
sur le droit au logement
- Serge Lachapelle -

Gaspé le 17 octobre 2012
Lors d'un point de presse tenu le 9 octobre, le Front
d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) a
procédé au lancement d'un ambitieux projet, soit une
commission populaire itinérante qui enquêtera sur la
réalité du droit au logement dans 17 régions
administratives du Québec. La commission sera composée de
treize personnes aux intérêts divers : universitaires,
juristes, représentants et représentantes de groupes
sociaux, locataires de logements sociaux ou de logements privés.
Les commissaires auront pour responsabilité de recueillir les
témoignages de personnes aux prises avec des problèmes de
logement, ainsi que d'organismes sociaux intervenant dans les
différents milieux. Il leur reviendra par la suite de
rédiger un rapport qui sera soumis aux gouvernements
fédéral et québécois, avant leurs budgets
respectifs.
La Commission a débuté ses travaux le
vendredi 12 octobre à Kuujjuaq, au Nunavik, et la tournée
se terminer le 23 novembre en Abitibi.
Pour François Saillant, coordonnateur du FRAPRU,
« il était primordial que la commission commence en
territoire inuit où les conditions extrêmes de
surpopulation et de détérioration des logements affectent
plus de la moitié de la population, entraînant ou
aggravant toute une série de problèmes de santé et
de problématiques sociales ».
La commission passe par Rimouski, Gaspé, Laval,
Shawinigan, Victoriaville, Sept-Îles, Saguenay, Maniwaki,
Gatineau, Québec, Montréal, Sherbrooke,
Sainte-Thérèse, Lévis, Joliette, Longueuil et
Rouyn-Noranda. Une audience supplémentaire pourrait avoir lieu
dans une réserve autochtone. Toutes les rencontres seront
organisées en collaboration avec des organismes du milieu.
Le FRAPRU a précisé que c'est
l'indifférence des gouvernements à l'égard des
problèmes de logement et de pauvreté qui l'a convaincu
d'initier la commission.
Le gouvernement fédéral n'accorde
présentement que 57,7 millions $ par année au
Québec pour tous ses programmes de construction et de
rénovation de logements, ce qui représente
l'investissement le plus faible consenti depuis 2001. Pire encore, les
subventions qu'Ottawa verse depuis des décennies à des
logements sociaux existants ont commencé à prendre fin et
le gouvernement conservateur de Stephen Harper s'obstine à en
refuser la prolongation, ce qui à terme pourrait avoir des
impacts majeurs sur 127 000 logements sociaux au Québec.
Quant au nouveau gouvernement québécois,
il faudra attendre son premier budget pour voir s'il respectera ou non
son engagement de financer 3 000 logements sociaux par année
pendant cinq ans. Le FRAPRU juge d'ailleurs cet objectif insuffisant,
compte tenu que 261 000 ménages locataires
québécois ont des besoins impérieux en
matière de logement.
François Saillant précise que la
commission permettra d'aller au-delà des statistiques, en
illustrant les réalités concrètes vécues
dans les différents coins du Québec : « La
commission mettra des visages et des paroles sur toute la
diversité, l'ampleur et l'urgence des problèmes de
logement. Ceux-ci représentent autant de violations du droit au
logement, c'est-à-dire du droit de toute personne à un
lieu où l'on puisse vivre en sécurité dans la paix
et la dignité, comme le définit l'ONU. »
Une des commissaires, Alexa Conradi, présidente
de la Fédération des femmes du Québec,
précise que la commission, qui sera indépendante du
FRAPRU, portera attention à des enjeux comme la rareté
des logements, leur cherté, la discrimination dans leur
location, leur salubrité et leur sécurité, leur
surpeuplement, leur accès financier et physique, etc. : «
Notre objectif est de vérifier l'ampleur de ces problèmes
et la manière dont ils se vivent dans les différentes
régions, en portant une attention particulière à
leurs effets sur les femmes, qui représentent la majorité
des locataires du Québec, de même que sur les autochtones
et d'autres groupes plus vulnérables, qu'il s'agisse des
personnes issues de l'immigration, des sans-abri ou encore des
personnes handicapées. »
Un autre commissaire, Lucie Lamarche, professeure
titulaire de la Chaire Gordon F. Henderson en droits de la personne de
l'Université d'Ottawa, ajoute que la Commission tentera aussi de
vérifier les impacts que les problèmes de logement ont
sur le respect d'autres droits : « Les droits sont indissociables
et interdépendants. Brimer un droit comme celui au logement ne
peut qu'avoir des impacts sur d'autres droits, par exemple ceux
à l'alimentation, à la santé, à la
sécurité, à l'égalité, à
l'éducation, à la justice, etc. »
Mme Renée Dupuis, vice-présidente de la
Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du
Québec, a rappelé que la Commission a recommandé
la reconnaissance explicite du droit au logement et le renforcement des
droits économiques et sociaux dans la Charte des droits et
libertés de la personne, à l'occasion du 25e anniversaire
de la Charte en 2007. De plus, la Commission a
réitéré sa position au mois de mai 2010 dans sa
Déclaration sur la lutte contre la pauvreté et
l'exclusion sociale. Des représentants et des
représentantes de cette dernière assisteront d'ailleurs
aux audiences dans plusieurs régions.

Pourquoi tant de bruit au sujet des
entreprises chinoises au Canada?
La folie dans l'insouciance s'empare
de l'élite politique canadienne
- K. C. Adams -
La dispute au sujet des entreprises chinoises
opérant au Canada ferait rire si elle n'avait pas des
conséquences si graves. Mentionnez les mots Nexen et Huawei et
le cerveau de certains membres de l'élite politique
s'échauffe aussitôt. Il y a même de la haine dans
leurs propos. La classe ouvrière doit examiner calmement les
raisons qui font que les contradictions intermonopolistes et
interimpérialistes mènent l'élite politique au
bord de la folie et provoquent chez elle les pires comportements.
D'abord, on nous répète à tous les
jours que la concurrence et la mondialisation sont des choses
merveilleuses et qu'elles amènent la prospérité et
le progrès. Mais aussitôt qu'il est question d'entreprises
chinoises, on entend des cris d'angoisse et des appels à leur
bloquer la route par tous les moyens possibles. C'est de l'hypocrisie
et le deux poids, deux mesures ne passe pas.
La plupart des travailleurs canadiens à l'emploi
de grandes entreprises savent que celles-ci sont pour la plupart de
propriété étrangère ou
contrôlées de l'étranger. Ces propriétaires
étrangers placent toujours leurs intérêts
privés avant l'intérêt public et avant les droits
et la sécurité des travailleurs et de l'économie
canadienne. Le monopole US Steel a presque détruit l'industrie
canadienne de l'acier avec les fermetures aux deux aciéries
qu'il a acquises en 2007 et il se sert du fait qu'il
possède des dizaines d'aciéries aux États-Unis
pour constamment exiger des concessions des travailleurs canadiens. Il
dessert les anciens clients des aciéries canadiennes avec de
l'acier produit aux États-Unis et laisse les hauts fourneaux de
Hamilton fermés sous prétexte qu'il s'agit tout
simplement de bonnes décisions d'affaires. Si on ne les
restreint pas, tous les monopoles mondiaux agissent essentiellement de
la même façon : ils privilégient leurs
intérêts privés aux dépens du droit public
et de l'intérêt public. Les monopoles américains de
l'automobile usent régulièrement d'extorsion pour
soutirer des concessions aux travailleurs, menaçant de
déménager la production ailleurs à la moindre
résistance ; ils font de même auprès des
gouvernements pour obtenir des fonds publics et des réductions
d'impôt. Rio Tinto Alcan exige encore des concessions de ses
travailleurs au Canada au nom d'une opération de restructuration
mondiale.
Que peuvent faire les travailleurs pour restreindre les
monopoles mondiaux dans leurs agissements ? Il y a la Loi sur
l'investissement étranger, mais son application est tout
sauf rigoureuse, ce qui fait que dans la plupart des cas les monopoles
mondiaux agissent impunément. Tous les monopoles, d'où
qu'ils viennent, même s'ils sont canadiens, doivent être
tenus d'obéir aux mêmes règles. Dans la loi, il est
question d'un avantage pour le Canada comme condition à
l'investissement, mais on nous dit que la réussite des monopoles
mondiaux est en soi un avantage pour le Canada même si c'est aux
dépens des travailleurs et de l'environnement naturel et social,
ce qui rend les obligations parfaitement nébuleuses. Les
monopoles doivent être tenus de respecter des engagements publics
écrits, avantageux pour l'intérêt public canadien
et vérifiables. Ces engagements doivent reconnaître les
droits de la classe ouvrière et ceux-ci doivent être
garantis. Le non-respect des engagements doit donner lieu à une
compensation, tout comme les gouvernements sont obligés de
verser des millions de dollars aux monopoles lorsque les conditions
favorables ne sont pas respectées. Si un monopole ne respecte
pas ses engagements, comme l'a fait US Steel, le gouvernement doit l'en
tenir responsable et la classe ouvrière doit tenir le
gouvernement responsable. Il n'y a qu'une définition
compréhensible du respect de l'avantage réciproque et la
reconnaissance des droits de la classe ouvrière qui permettent
de rétablir un rapport équilibré.
Notons également que la plupart des acquisitions,
comme l'acquisition de Stelco par US Steel, comporte un transfert
d'argent d'une entreprise et ses propriétaires à une
autre entreprise et ses propriétaires et que ce transfert
d'argent se fait souvent vers l'extérieur du Canada. Il ne
s'agit pas d'investissements dans le sens d'argent neuf venant au
Canada pour bâtir quelque chose. Souvent, comme dans l'industrie
des technologies, en fait dans toute industrie autre que les ressources
et les services directs, l'acheteur déménage l'entreprise
acquise à l'extérieur du pays, avec pour
conséquence l'affaiblissement de la base manufacturière
du Canada.
Nous avons l'exemple du comportement scandaleux des
monopoles américains John Deere et Caterpillar qui ont
détruit des usines parfaitement fonctionnelles au Canada et
continuent néanmoins de vendre leurs équipements produits
ailleurs sur le marché canadien. Les règles doivent
être claires : si le produit n'est pas fabriqué au
Canada, le monopole ne peut pas vendre sur le marché canadien.
Dans tous les secteurs de l'économie, les
monopoles doivent respecter un règlement public basé sur
l'avantage réciproque et la reconnaissance des droits de la
classe ouvrière s'ils désirent exploiter une entreprise
au Canada, y compris vendre leurs produits, ce qui veut dire que le
commerce de gros doit être sous contrôle public. Le
gouvernement en tant que garant de l'intérêt public a le
devoir de tenir toutes les entreprises redevables et de
pénaliser celles qui ne respectent pas les ententes
écrites. Toute autre plainte à propos des entreprises de
Chine ou d'autres pays qui viennent s'installer au Canada est un
détournement de l'attention de la politique pratique que doivent
élaborer et défendre les organisations de la classe
ouvrière pour défendre l'intérêt public, les
droits de tous et l'économie contre l'empiètement par le
droit de monopole.
Nexen Inc. est une entreprise de propriété
américaine et sous contrôle américain inscrite
à la bourse de New York sous le symbole NXY. Occidental
Petroleum, une pétrolière dont le siège social est
à Los Angeles, possédait 80 % de Nexen dans les
années 1980 quand elle exploitait sous le nom de CanOxy.
Certains verront de l'ironie dans le fait que dans les années
1990, la compagnie américaine maintenant appelée Nexen
s'est emparée du contrôle de ce qui était au
départ une société d'État canadienne
appelée Wascana Energy, mieux connue sous le nom de SaskOil, et
l'a incorporée à Nexen (CanOxy). Le gouvernement
néodémocrate de Allan Blakeney avait créé
SaskOil en 1973.
Nexen Inc. contrôle maintenant une grande partie
de la production et de la distribution pétrolières de
l'Alberta, de la Saskatchewan, du golfe du Mexique, du Yémen, du
Nigeria et de la mer du Nord. Le projet de transférer le
contrôle et la propriété de la
société mondialisée Nexen Inc. d'une entreprise
étrangère à une autre, à savoir à la
China National Offshore Oil Corporation (CNOOC), provoque des cris
d'émoi chez certains membres de l'élite politique,
notamment du NPD et du Parti vert.
L'indignation au sujet des entreprises chinoises Huawei
et ZTE est tout aussi hypocrite. Un ex-directeur de Nortel est
même allé jusqu'à blâmer Huawei pour
l'effondrement de Nortel. Il cherche à détourner
l'attention de l'échec du système économique et
à protéger certains directeurs de l'entreprise de
télécommunications poursuivis en justice pour corruption
et pratiques criminelles.
Quel monopole ne fait pas de l'espionnage chez ses
concurrents pour se donner un avantage ? C'est une autre raison
d'exiger que les règles soient transparentes et strictement
appliquées pour tous les monopoles exploitant une entreprise au
Canada. Certains membres de l'élite politique semblent penser
que les Canadiens sont assez naïfs pour croire que seulement les
entreprises chinoises et le gouvernement chinois pratiquent
l'espionnage ou versent des pots-de-vin pour avantager les
propriétaires du capital représentés par leur
gouvernement. Ils voudraient nous faire croire que les monopoles
canadiens, américains, britanniques, français, japonais
et allemands et les gouvernements qui représentent leurs
intérêts monopolistes privés ne se livrent pas
à l'espionnage et ne versent pas de pots-de-vin pour avantager
les monopoles et les propriétaires du capital les plus puissants
représentés au gouvernement. Sur quelle planète
vivent-ils ?
Les partis politiques, l'armée et les agences
d'espionnage du Canada ne cachent même pas qu'ils collaborent
avec des espions des États-Unis et du Royaume-Uni. Stephen
Harper a ouvertement entrepris d'intégrer le Canada au Homeland
Security des États-Unis. Il n'est donc pas surprenant que la
charge contre Nexen et Huawei soit donnée par des
représentants d'État actuels ou passés des
États-Unis et du Canada et par une élite politique qui
accepte la mission annexionniste et la politique impérialiste au
nom de causes humanitaires et de la sécurité nationale.
L'élite politique qui refuse de remettre en
question, sans parler de combattre ou de restreindre, le système
de rivalité intermonopoliste et interimpérialiste pour
les marchés, les matières premières et les
sphères d'influence et l'annexion du Canada aux
États-Unis des monopoles de l'Amérique du Nord doit
être dénoncée pour cette incitation à
favoriser un monopole, un groupe de monopoles ou une puissance
impérialiste dans cette rivalité. Cela détourne
l'attention du fait que le Canada est entraîné sur la voie
du désastre, celle qui mène à des crises encore
plus graves et à des guerres encore plus meurtrières.
Cela détourne l'attention du fait qu'on affaiblit la
capacité du droit public de restreindre le droit de monopole.
Cela bloque la voie à l'établissement d'une nouvelle
direction pour l'économie, une direction prosociale. Ces
mêmes membres de l'élite politique qui nous proposent de
détester certains monopoles et pays et de choyer certains autres
refusent d'engager la classe ouvrière dans des décisions
qui placeraient tous les monopoles sous restrictions publiques.
La classe ouvrière ne doit pas donner à
l'élite politique la liberté d'agir sur cette question.
Un leader politique canadien a accusé la Chine de produire
presque tout ce que vend Walmart, mais sans rien reprocher à
Walmart ! Leur fanatisme les rend aveugle. Mais surtout, ils
refusent de se joindre à leurs concitoyens pour restreindre tous
les monopoles et imposer des rapports basés sur l'avantage
réciproque, l'intérêt public et la reconnaissance
des droits de la classe ouvrière.
La classe ouvrière doit exiger que les
politiciens et les chefs d'entreprise soient conséquents s'ils
veulent faire la promotion de la concurrence et de la mondialisation.
S'ils croient vraiment que cela est positif, pourquoi ensuite prendre
le parti d'un monopole ou d'une puissance impérialiste ? Il
est particulièrement hypocrite, subjectif et unilatéral
d'invoquer la sécurité nationale dans cette affaire quand
on se range carrément du côté de l'empire
anglo-américain qui avec ses agences d'espionnage et son
hystérie guerrière portent atteinte à
l'intérêt public et à la sécurité du
Canada. L'intérêt public et la sécurité du
Canada exigent qu'on protège la classe ouvrière
canadienne contre l'exploitation impérialiste et le
contrôle étranger.
Cela va à l'encontre de l'intérêt
national du Canada que de chercher à rallier les gens à
tel ou tel monopole et telle ou telle puissance impérialiste
contre les autres ; cela mène à la guerre et c'est
irrationnel. Quand une personne politique qui se dit en faveur de la
concurrence intermonopoliste dénonce CNOOC ou Huawei et demande
qu'on leur interdise de faire affaire ici tout en laissant d'autres
monopoles mondiaux le faire, souvent sans aucune restriction publique
et transparente, il y a là un préjugé racial et
chauvin ou un intérêt caché, comme par exemple une
participation financière à un des concurrents, comme les
entreprises américaines Cisco Systems, Juniper Networks et
Hewlett-Packard. Le Washington Post cite le PDG de Cisco John
Chambers disant : « Huawei est notre plus grande menace
à long terme. » Le quotidien ajoute non sans
sarcasme : « Une bonne partie de la technologie de
Cisco est fabriquée en Chine. »
La classe ouvrière doit demander à savoir
pourquoi ces membres de l'élite politique ne luttent pas avec le
même acharnement pour des règles écrites
applicables à tous les monopoles au Canada, strictement
observables, et pourquoi ils ne discutent pas de la
nécessité de donner une direction prosociale à
l'économie canadienne, pour une économie qui suffit
à ses besoins, avec une indépendance de pensée qui
permette d'humaniser l'environnement social et naturel,
d'établir le commerce sur la base de l'avantage
réciproque et de défendre une politique pratique
conséquente qui favorise le droit public plutôt que le
droit de monopole et l'intérêt public plutôt que
l'intérêt monopoliste privé.

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