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Numéro 105 -
17 octobre 2012
La nécessité d'un
mouvement politique
indépendant de la classe ouvrière
• La
nécessité d'un mouvement politique
indépendant de la classe ouvrière
Oui au
secteur manufacturier, non à la
destruction nationale!
• Rio Tinto Alcan: De la
destruction sous couvert de
réorganisation - Pierre
Chénier
• Il est temps pour les
travailleurs de l'automobile de sortir des
sentiers battus à la défense de
leurs droits
• Régression des
conditions de travail et atteinte à la
dignité des camionneurs -
Normand Chouinard
27 octobre
à Thetford Mines
• Manifestation contre les
changements antisociaux à
l'assurance-emploi
La nécessité d'un mouvement
politique
indépendant de la classe ouvrière
Partout au pays les travailleurs sont en
révolte contre les politiques
néolibérales de l'élite
dominante. La pression à la baisse sur le
niveau de vie à cause de crises qui
perdurent dans tous les secteurs de
l'économie est accentuée par les
attaques délibérées des
gouvernements contre les organisations de la
classe ouvrière et les programmes sociaux.
Les travailleurs du secteur privé
continuent de combattre le diktat des monopoles
pour leur soutirer des concessions et imposer
l'arbitraire dans les conditions de travail.
Entre-temps la concurrence intermonopoliste au
pays et à l'étranger devient de plus
en plus intense.
Les travailleurs du secteur public refusent la
prétention que les politiques
d'austérité qui prescrivent une
baisse des salaires, des avantages sociaux et des
conditions de travail et qui mènent
à la détérioration des
services publics vont résoudre la crise en
faveur du peuple. Et le public n'accepte pas la
rengaine néolibérale qui dit que la
destruction des services publics et des programmes
sociaux et la satisfaction de toutes les demandes
des monopoles mondiaux peuvent profiter à
l'économie ou à l'environnement
social et naturel.
Différentes sections de la population
s'organisent pour s'opposer à la
privatisation des avoirs publics et à la
corruption qui l'accompagne. Le peuple refuse
l'offensive contre l'éducation et la
santé avec ces vautours qui se
précipitent pour dévorer les avoirs
publics et sociaux. Ces derniers se servent de
leur contrôle du capital et des contrats
avec le gouvernement pour paver la voie à
des PPP et à d'autres magouilles.
L'opposition à la dictature Harper et aux
décrets qui viennent d'Ottawa continue de
grandir. Les coupures radicales dans les services
publics fédéraux pendant que la
privatisation draine le trésor public
affectent le tissu social et la stabilité
de l'environnement social et naturel. La
construction de gigantesques oléoducs dans
l'Ouest et le développement du Nord sans le
réel consentement et sans la participation
consciente des Premières Nations et de
l'ensemble du corps politique sont
également inacceptables.
Il est
devenu évident que, pour que l'opposition
de la classe ouvrière et de ses
alliés soit effective, il faut
résoudre le problème d'avoir un
mouvement politique indépendant de la
classe ouvrière. Sans bâtir un
mouvement politique effectif de la classe
ouvrière et du peuple, tous les efforts
pour contrer l'assaut du
néolibéralisme contre les
institutions et l'autorité publiques seront
vains. Une politique indépendante de la
classe ouvrière, basée sur une
conception du monde prosociale et des
définitions modernes de la gouvernance,
où ceux qui produisent la richesse
participent à l'établissement de
l'ordre du jour et à la prise des
décisions qui affectent leur vie — ce
mouvement politique peut nous permettre de sortir
des sentiers battus et d'ouvrir une nouvelle voie
pour l'ensemble de la société.
Avec le rôle décisif et central
qu'elle joue dans l'économie et en mettant
à profit sa pensée
indépendante et son organisation
indépendante, la classe ouvrière
peut priver l'élite dominante de son
pouvoir de priver le peuple de son droit
d'impulser une nouvelle direction à
l'économie en sa faveur. Elle peut
établir de nouveaux arrangements qui
ouvrent une nouvelle ère, l'ère
nouvelle où le peuple est investi de son
pouvoir souverain.
Secteur manufacturier, oui !
Destruction nationale, non !
Non au droit de monopole ! Oui au droit
public !
Arrêtez de payer les riches ! Augmentez
les investissements dans les programmes
sociaux !

Secteur manufacturier, oui!
Destruction nationale, non!
Rio Tinto Alcan: De la destruction
sous couvert de réorganisation
- Pierre Chénier -
Invoquant la baisse des prix de l'aluminium sur
les marchés mondiaux et l'accroissement de
la concurrence entre les monopoles de l'industrie,
Rio Tinto Alcan s'est engagé dans une
campagne mondiale de réorganisation qui
comprend notamment la vente et la fermeture
d'usines d'alumine et d'aluminium, des
réorganisations antiouvrières du
travail dans les usines qui demeurent et des
coupures massives dans le personnel cadre. Rio
Tinto Alcan rejette le fardeau des
problèmes de l'industrie sur le dos des
travailleurs et des communautés même
s'ils n'en sont pas responsables. Cela a pour
effet d'aggraver les conditions de vie et de
travail des travailleurs et des populations et de
nuire au développement économique
des régions.
Les
travailleurs rejettent la prétention de Rio
Tinto Alcan qu'il a le droit de monopole de
prendre n'importe quelle décision qu'il
veut sans égard aux torts qui sont
causés au peuple et à
l'économie. Ils s'opposent aux ententes
secrètes signées par le gouvernement
du Québec, Hydro-Québec et Rio Tinto
qui permettent au monopole d'agir avec
impunité. Bien que Rio Tinto ne demande pas
en ce moment la réouverture de la
convention collective des travailleurs d'Alma pour
accommoder sa réorganisation, il attaque
les travailleurs d'Arvida et tous les travailleurs
de Rio Tinto s'y opposent. Les travailleurs du
Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Mauricie sont
connus pour leur esprit de combat dans la
défense des droits de tous et ils n'ont pas
l'intention de laisser passer cette nouvelle
attaque contre leur moyen de subsistance et leur
avenir, résolus à ne pas laisser la
réorganisation antiouvrière et
antisyndicale se faire à leurs
dépens.
Fermeture du Centre de production de cathodes au
complexe Arvida
À la fin septembre, Rio Tinto Alcan a
annoncé la fermeture pour une
période indéterminée de son
centre de production de cathodes à l'usine
Arvida. La fermeture est prévue pour la fin
2012 et la production de cathodes sera
réduite progressivement jusque là,
dit la compagnie. Les cathodes sont des
électrodes qui servent, avec les anodes,
à conduire le courant électrique
dans les cuves où se fait
l'électrolyse par laquelle l'alumine est
réduite en aluminium liquide. La compagnie
va dorénavant importer les cathodes de sa
filiale française Carbone Savoie. Ce sont
50 positions qui disparaissent à l'usine
Arvida. RTA pour le moment promet de ne pas mettre
à pied ces travailleurs mais de les
relocaliser ailleurs dans l'usine.
Les travailleurs, représentés par
le Syndicat national des employés de
l'aluminium d'Arvida (SNEEA), affilié aux
TCA, viennent maintenant d'apprendre que l'usine
ne sera pas chauffée pendant l'hiver, un
signe évident que le travail ne va pas
reprendre.
Incertitude face à l'avenir de l'usine
Arvida
L'incertitude est très grande à
l'usine Arvida. Pour des raisons
environnementales, les quelque 800 cuves
précuites de l'usine doivent fermer
à la fin de 2014. Cette fermeture va
affecter environ 1000 travailleurs selon le
syndicat, 700 affectés aux cuves et 300 qui
préparent les anodes et des
équipements pour l'électrolyse. Rio
Tinto Alcan a entrepris la modernisation
technologique des procédés
d'électrolyse par laquelle on augmente la
quantité de production d'aluminium et on
rend l'opération moins polluante. Mais elle
la retarde en invoquant les conditions du
marché. La modernisation technologique doit
se faire en trois phases, mais seule la phase
1 a débuté et elle ne comprend
que 38 nouvelles cuves donnant du travail
à environ 80 travailleurs seulement. Aucune
annonce n'a été faite encore pour
les phases 2 et 3. Le syndicat estime qu'il
faudra environ 32 mois une fois que les
travaux commencent pour achever la phase 2, ce qui
ne donne pas assez de temps pour remplacer les
vieilles cuves même si la construction
commençait tout de suite. Il y a donc ce
que le syndicat appelle un trou noir pour quelque
1000 travailleurs que le syndicat cherche à
combler. À cette fin, il demande au
gouvernement d'accorder une extension à
l'opération des cuves au-delà de la
date du 31 décembre 2014 pour
éviter une perte massive d'emplois pendant
que le syndicat maintiendra la pression dans la
région pour amener Rio Tinto à faire
les investissements nécessaires.
Inquiétude face aux fermetures
prématurées en vertu de l'entente
secrète
L'entente
secrète signée entre le gouvernement
du Québec, Hydro-Québec et Alcan en
2006, qui a été reconduite lorsque
Rio Tinto a acheté Alcan en 2007,
comportait des privilèges
hydro-électriques immenses pour le monopole
et d'autres privilèges tels un prêt
sans intérêt de 400 millions $
en échange d'investissements au
Québec. Cette entente comportait
également une section qui permet à
Rio Tinto de fermer des usines qui posent ce que
l'entente appelle « un défi de
durabilité » sans perdre ses
privilèges. L'entente telle que
signée en 2007 mentionnait quatre
usines : les usines d'électrolyse de
Shawinigan et de Beauharnois, les salles de cuves
précuites de l'usine Arvida et l'usine
d'alumine Vaudreuil, toutes deux à
Saguenay. L'entente affirmait que ces usines
possèdent une technologie vétuste
polluante et qu'elles devraient fermer
éventuellement à cause de nouvelles
règlementations en matière
environnementale. Aucune obligation n'était
faite à Rio Tinto Alcan de rénover
la technologie de ces usines pour les mettre au
diapason des normes environnementales. Au
contraire, la fermeture éventuelle
était considérée comme un
fait accompli. L'entente ajoutait plutôt que
Rio Tinto pourrait même être
autorisé à les fermer avant que ne
tombe le couperet des lois environnementales si
les conditions du marché se
détérioraient au point où la
tonne d'aluminium se vendrait à moins de
1800 $ US sur les marchés mondiaux.
C'est en vertu de cette section de l'entente que
l'usine de Beauharnois, qui devait rester en
opération jusqu'à la fin de 2010, a
été fermée au début de
2009 (c'est à ce moment que cette
partie de l'entente a été rendue
publique).
En ce moment, l'usine de Shawinigan et les cuves
précuites de l'usine Arvida sont
censées fermer à la fin de
2014 pour des raisons environnementales. Les
travailleurs et les gens de la région
craignent que Rio Tinto n'invoque encore une fois
la baisse du prix de l'aluminium sur les
marchés pour fermer ces installations
même avant la date prévue, ce qui
augmenterait drastiquement le chômage
régional. Les porte-parole de Rio Tinto
Alcan laissent circuler des rumeurs à cet
effet, ce qui crée un climat
d'instabilité et d'angoisse pour inculquer
aux travailleurs un sens de futilité et
d'humiliation puisque ce serait
« inévitable ».
Réduction majeure du nombre de cadres
Rio Tinto Alcan envisage aussi une
réduction massive du nombre de ses cadres
dans toutes ses installations à travers le
monde. Les médias du
Saguenay-Lac-Saint-Jean parlent d'une
réduction de 20 % du nombre total de
cadres. Les porte-parole du monopole ne confirment
pas le nombre, mais ils parlent d'une
réduction majeure qui sera faite à
coup d'attritions sans exclure les mises à
pied pour accélérer le processus.
Selon eux, la réduction du nombre de cadres
sera faite parmi le personnel dit de support et
non impliqué dans la production comme tel.
Les travailleurs interprètent cela comme
une réduction des effectifs
cléricaux et de différents services,
comme RTA l'a déjà fait par exemple
en éliminant ses services régionaux
d'achats.
« Certains disent que nous devrions
être contents d'apprendre qu'un programme de
réduction du personnel-cadre existe, a dit
Marc Maltais, président du Syndicat des
travailleurs de l'aluminium d'Alma. C'est le
contraire. Nous nous sommes battus pour des
emplois de qualité dans la région.
Peu importe que les emplois soient
syndiqués ou pas, il s'agit d'emplois de
qualité que la région va perdre. On
ne peut pas aujourd'hui tourner le dos à
cette bataille parce que ce sont des cadres qui
vont prendre leur emploi... Ça pourrait
malheureusement s'articuler en coupure de
services, en décentralisation, en
délocalisation, en perte de services aux
employés. »
Pendant ce temps, le monopole continue ce qu'il
appelle la réorganisation des emplois dans
ses usines. Les travailleurs d'Alma en savent
quelque chose puisqu'ils l'affrontent depuis leur
retour au travail suite à la fin du lockout
avec des réorganisations d'emplois qui sont
faites sans leur consentement. La
réorganisation accroît les risques
posés pour la santé et la
sécurité et n'est tout simplement
pas acceptable, disent-ils.
Rio Tinto Alcan est en train d'acquérir
une mauvaise réputation à citer des
« difficultés du
marché » pour justifier ses
attaques contre les travailleurs qui produisent la
richesse au départ, et contre les
populations des régions et pays où
il opère.
Il faut trouver de vraies solutions aux
problèmes économiques, pas des
mesures à courte vue aux dépens des
travailleurs. Rio Tinto Alcan a droit à des
concessions énormes sur
l'hydro-électricité. Il ne doit pas
avoir le droit de voler les ressources sans rien
retourner aux travailleurs et à
l'économie des régions et du pays.

Ratification de la nouvelle
convention dans le secteur de l'automobile
Il est temps pour les travailleurs de
l'automobile de sortir des sentiers battus
à la défense de leurs droits
Les
sections locales du syndicat des Travailleurs
canadiens de l'automobile à GM, Ford et
Chrysler ont ratifié leur nouvelle
convention collective. Plusieurs
éléments de l'entente laissent
à désirer mais beaucoup
s'accorderont pour dire que ce qui est crucial
pour la classe ouvrière en ce moment est de
trouver les moyens de changer la situation en sa
faveur. Pas beaucoup de travailleurs sont surpris
que la convention collective soit en faveur des
monopoles aux dépens des nouveaux
employés, les plus vulnérables de
l'industrie automobile. Ces derniers sont
accueillis avec une massue quand ils entrent sur
le marché du travail.
Pas nécessaire d'énumérer
toutes les concessions sinon de dire que les
salaires pour les nouveaux employés
à la production seront 60 % de ceux
des travailleurs déjà à
l'emploi et resteront inférieurs pendant
dix ans tandis que certains avantages sociaux et
les pensions resteront inférieurs
indéfiniment. Les nouveaux employés
devront contribuer à un fonds de pension
à contributions déterminées
et la déduction du chèque de paie
à ce chapitre atteindra environ 6 %
dans dix ans.
Les salaires des travailleurs présentement
employés seront gelés jusqu'en
septembre 2016. Ils recevront un bonus de
3 000 $ et l'indexation au coût de
la vie sera remplacée par un somme globale
de 2 000 $ pour trois ans. Cela veut
dire que le salaire de base qui servira aux
négociations en 2016 n'aura pas
augmenté en près de dix ans.
L'entente comprend une promesse d'investissement
de GM et Ford jusqu'à 2016, mais il est
possible que cela dépende d'une
participation de 400 millions $ des
gouvernements du Canada et de l'Ontario.
L'insécurité d'emploi et la
production serviront de toute évidence
à exiger d'autres concessions la prochaine
fois.
Les travailleurs de l'automobile sont soumis au
chantage des monopoles, des gouvernements et des
médias pour ce qui est de la
sécurité d'emploi et la
négociation des salaires, avantages
sociaux, pensions et conditions de travail. Il ne
se passe pas un jour sans que les monopoles ne
menacent de déménager leurs
opérations vers des pays « plus
accueillants pour les affaires » si les
travailleurs n'acceptent pas de faire des
concessions. Ce régime
néolibéral d'intimidation et
d'insécurité ne devrait pas
être le sort des travailleurs dans un pays
moderne comme le Canada. Il est évident que
le changement s'impose, mais la question est
comment les travailleurs vont-ils faire pour
sortir des sentiers battus dans la défense
de leurs droits pour apporter un changement
prosocial.
D'abord, il ne faut pas laisser la
déception prendre le dessus, ni surestimer
la capacité du régime de maintenir
le statu quo néolibéral. La balle
est clairement dans le camp des travailleurs. Ces
derniers n'ont pas un contrôle direct sur ce
que font les propriétaires du capital
monopoliste et leurs représentants
politiques mais ils ont le contrôle de leur
pensée et action. Les travailleurs modernes
appartiennent à une classe dynamique
indépendante capable de transformer tous
les aspects de son existence, y compris l'aspect
politique, comme elle l'a déjà
montré en transformant par son travail une
économie autrefois basée sur la
petite production en une économie de grande
production industrielle.
La classe ouvrière est la classe montante
qui doit développer son sens de
l'économie politique moderne et de la vie
politique. La capacité indépendante
de penser et d'analyser est cruciale. La situation
dans laquelle les travailleurs se trouvent
aujourd'hui n'est pas sans issue et personne ne
doit se laisser démoraliser à ce
sujet. Les travailleurs ne sont pas une
élite mourante comme dans la
tragédie de Shakespeare où Lady
Macbeth, qui se répand en lamentations,
propose à son époux le roi d'oublier
les crimes du passé. Il ne faut pas se
sentir responsable, dit-elle, « on ne
doit pas penser aux choses sans remède. Ce
qui est fait est fait. » Mais tout cela
pour abandonner tout scrupule et déclarer
deux actes plus loin que « ce qui est
fait ne peut pas être
défait ».
La classe ouvrière moderne n'est pas une
classe mourante qui vit dans le regret, refuse
d'accepter la responsabilité ou de changer
sa façon de faire. Le passé porte
les leçons qui permettent de
répondre à la
nécessité de changement. Il ne
s'agit donc pas de se lamenter sur l'entente
ratifiée, mais d'examiner pourquoi les
travailleurs se retrouvent dans cette position
affaiblie, sur une pente glissante et apparemment
sans aucun contrôle. Ce qui est fait est
fait, mais quels sont les aspects que les
travailleurs doivent revoir pour s'assurer que la
prochaine fois ce qui est fait n'est pas fait
à leurs dépens.
Par exemple, les travailleurs peuvent cesser de
se voir comme un coût de production qu'il
faut constamment réduire pour rendre les
monopoles plus concurrentiels. C'est un
piège et il faut l'éviter. Les
travailleurs sont au centre de toute la production
et ils sont le facteur humain essentiel dans
l'économie, celui qui produit toute valeur.
L'énoncé suivant dans la convention
collective est un mensonge qu'il faut
dénoncer et rayer tout aussi
décidément qu'une déclaration
qui dirait que l'employeur a le droit d'agir
à sa guise et sans aucune
restriction : « La compagnie
reconnaît que les dispositions sur les
nouveaux employés améliorent
considérablement la capacité
concurrentielle des nouveaux employés dans
les opérations canadiennes en tant que
coût de production, car c'est un des
facteurs importants à considérer
quand on investit. »
La compagnie peut reconnaître ce qu'elle
veut, mais les travailleurs ne sont pas un
coût, ils sont au contraire la source de
toute nouvelle valeur. L'investissement et les
rapports de production bâtis sur la notion
que les travailleurs sont un coût de
production sont voués à la crise
perpétuelle, au déséquilibre
et à l'échec. Ce n'est pas ainsi
qu'on bâtit une économie moderne et
un pays moderne. Les travailleurs veulent
l'équilibre, la sécurité et
une nouvelle direction pour l'économie. Le
remède existe, mais il ne viendra pas de
l'élite dominante et de ses politiciens et
experts ; il doit venir des travailleurs
eux-mêmes regroupés dans leurs
collectifs, avec leur pensée, conception du
monde et objectifs indépendants.
Ce qui est fait est fait, mais les travailleurs
ne peuvent sombrer dans le regret et se
déchirer tout juste parce que la
conspiration de la classe capitaliste dominante a
réussi. Que les travailleurs de
l'automobile s'organisent maintenant pour enligner
leur pensée et conception du monde
indépendantes et se fixer des objectifs
indépendants pour qu'en 2016 et d'ici
là, ils soient en position d'unité
et de force pour sortir des sentiers battus
à la défense de leurs droits et des
droits de tous.

Industrie du transport
Régression des conditions de travail et
atteinte
à la dignité des camionneurs
- Normand Chouinard -
Les chauffeurs de camion lourd de la division de
transport du monopole agro-alimentaire Olymel ont
reçu récemment des directives de la
compagnie limitant le temps alloué aux
opérations de base quotidiennes. Ces
directives définissent un
« temps raisonnable » dans
l'exécution de chaque tâche. Tout
dépassement ne sera pas
considéré comme
« raisonnable » et ne sera
pas payé. Grâce aux moyens
électroniques disponibles et des contacts
téléphoniques avec les clients et
des répartiteurs d'usines, des
vérifications seront faites
régulièrement afin de piéger
les travailleurs fautifs.
Ces mesures
rétrogrades sont une atteinte à la
dignité des camionneurs et sont de plus en
plus courantes au Canada. Au Québec, par
exemple, les entreprises diminuent de
manière arbitraire le temps alloué
pour l'inspection mécanique
réglementaire de leurs équipements.
Tout dépassement de temps lors de
l'inspection du camion ne sera pas payé. On
sacrifice ainsi la sécurité des
chauffeurs et celles des usagers de la route. Les
chauffeurs sont souvent les seuls
blâmés si un incident survient. Les
chauffeurs travaillent de longues journées
et n'ont même pas un temps de repas
établi. Ils sont soumis au droit de
gérance quant au moment de prendre leurs
repas (non payés). Seulement 30 minutes de
pause payées leurs sont allouées
pour une journée pouvant atteindre
12-14 heures, et jusqu'à
16 heures par jour. La fatigue au volant est
la principale source d'accidents et de
décès des camionneurs.
Les nouvelles technologies permettent aux
entreprises une surveillance électronique
de plus en plus précise de leurs
chauffeurs. Ces derniers doivent constamment
justifier leur temps, y compris celui des temps de
toilette. Bref, la liste est longue et tout
manquement est automatiquement déduit du
chèque de paie. Cela crée un stress
permanent tout au long de leur longue
journée de travail. « Ces
mesures sont nécessaires au maintien de
notre rentabilité en tant qu'entreprise de
transport », soutient l'industrie.
La semaine de travail pour un camionneur
Les normes fédérales du transport
considèrent qu'une semaine normale de
travail payé à temps régulier
est de 60 heures. Au Québec, les
camionneurs sont assujettis à la loi 430
qui régit le nombre d'heures de conduite.
Cette loi permet aux compagnies de transport de
faire travailler leurs chauffeurs jusqu'à
16 heures par jour (incluant deux heures de
repos). Les entreprises se voient par contre
obligées de respecter la semaine de travail
de 40 heures telle qu'établie par le code
du travail du Québec. Pour éviter de
payer tout surtemps, elles ont imaginé
depuis des années toutes sortes de moyens
pour payer les camionneurs à la
pièce (rémunération au
kilomètre, au poids, au nombre de voyages,
etc.)
Un camionneur peut conduire pendant 70 heures
sans avoir droit au temps supplémentaire.
Il peut recevoir une partie de sa paie en heures,
en kilométrages, en poids, etc., ce qui
rend pratiquement impossible le paiement en temps
supplémentaire. Les compagnies
québécoises ouvrent également
des terminaux dans les provinces canadiennes afin
de contourner la loi provinciale. Elles
introduisent les mesures et les directives comme
le temps de travail
« raisonnable ». Elles
maintiennent les conditions du camionnage au
niveau de main-d'oeuvre bon marché.
La destruction des normes du travail et
l'introduction de temps de travail
« raisonnable » dans chaque
tâche servent à couper le salaire des
travailleurs et à accroître leur
exploitation. Ce sont de graves atteintes à
la dignité des travailleurs qui sont au
coeur du développement de notre
économie. L'industrie du camionnage
constitue un important secteur de notre
économie nationale car elle permet la
circulation d'une grande partie des biens et
marchandises produites par la classe
ouvrière industrielle. Comme le dit une
expression propre aux camionneurs :
« Si vous l'avez, c'est qu'un
camionneur l'a transporté. »
Les travailleurs doivent définir la
semaine de travail et exiger d'être
payés pour leur temps de travail.
Les camionneurs savent que la défense de
leurs conditions de travail, de vie, des normes de
sécurité au travail et de
sécurité publique existent parce
qu'ils les défendent, s'organisent et
résistent à toute régression.
Pour exercer une pression à la baisse sur
les salaires et les conditions de travail,
l'industrie du transport et les monopoles
manufacturiers cherchent constamment à
diminuer le nombre de camionneurs
organisés. Les camionneurs organisés
ont pu gagner, dans le cadre de leur convention
collective, une rémunération horaire
et le paiement du surtemps après un certain
nombre d'heures de travail (par exemple
48 heures par semaine pour les camionneurs
d'Olymel).
C'est la seule façon de défendre
leur dignité et leurs conditions de
travail.
Quelques chiffres sur le camionnage au
Québec
Emplois en camionnage au Québec (2010)
Transport par camion : 38 613
Activités de soutien au transport
routier : 7 864
Intermédiaire en transport de
marchandises : 7 101
Part relative du PIB de l'industrie du
camionnage (2010)
Par rapport au PIB du transport (tous types
confondus) : 30,3 %
Par rapport au PIB de l'ensemble des
industries : 1,4 %
Échanges bilatéraux du
Québec avec les États-Unis (2010)
Importations : 22,4 milliards $ CAN
dont 58,7 % de camionnage.
Exportations : 40,2 milliards $ CAN
dont 64,3 % de camionnage.
(Source :
Ministère des transports du
Québec, SAAW, Statistique Canada,
Institut de la statistique du Québec)

27 octobre à Thetford Mines
Manifestation contre les changements
antisociaux à l'assurance-emploi
Le 27
octobre prochain se tient une manifestation
à 13 heures à Thetford Mines contre
les changements antisociaux à
l'assurance-emploi décrétés
par le gouvernement Harper. La manifestation a
lieu devant les bureaux de Service Canada à
Thetford Mines qui est située dans la
circonscription de
Mégantic—L'Érable,
représentée par Christian Paradis,
le lieutenant de Stephen Harper au Québec.
Pour les gens qui partent de Montréal, le
départ est à 9 h devant
l'édifice de la CSN, 1601, avenue De
Lorimier (métro Papineau). Retour
prévu à 18 h 30. Réservez vos
places : manif27oct@gmail.com. Ceux qui partent
des autres régions doivent contacter les
groupes de chômeurs et syndicats de leur
région.
La préparation pour la manifestation va
bon train. Les syndicats et les organisations
sociocommunautaires du Saguenay-Lac-Saint-Jean par
exemple développent la résistance
aux changements à la loi de
l'assurance-emploi annoncés à la fin
mai par le gouvernement Harper dans le cadre de la
loi 38, la loi budgétaire omnibus. Ces
modifications donnent à la ministre des
Ressources humaines Diane Finley le pouvoir
discrétionnaire de passer tous les
règlements qu'elle veut pour modifier, sans
contrôle parlementaire ou limitations
imposées par le parlement, les conditions
d'éligibilité et de maintien des
prestations d'assurance-emploi. La ministre a
annoncé le 24 mai les règlements
qu'elle va adopter qui forcent notamment les
prestataires d'assurance-emploi à accepter
des emplois avec des baisses drastiques de
salaires sinon ils sont coupés.
En début septembre, les
représentants du Lieu d'actions et de
services travaillant dans l'unité avec les
sans-emploi (ASTUSE) et du Mouvement
Action-Chômage se sont unis aux
représentants de cinq organisations
syndicales du Québec pour dénoncer
cette réforme antisociale.
« [La loi] élargit la notion
d'emploi convenable et exige des prestataires de
l'assurance-emploi qu'ils acceptent plus
rapidement qu'auparavant des emplois ne
répondant pas à leur
expérience ou à leurs qualifications
», a déclaré le coordonnateur
régional de la Centrale des syndicats
démocratiques (CSD).
Les organisations ont dénoncé le
démantèlement de l'accès aux
mécanismes d'appel qui, entre autre chose,
fait passer de 900 à 37 pour l'ensemble du
Canada le nombre de personnes responsables de
l'étude des révisions de cas.
« La réforme est basée sur de
vieux préjugés
véhiculés depuis les années
90 voulant que les chômeurs abusent du
système », a dit la porte-parole du
Mouvement Action-Chômage.
Le Conseil central de la CSN de la région
et la Centrale des syndicats du Québec
(CSQ) ont dénoncé plusieurs aspects
de la réforme et se sont engagés
à mobiliser leurs membres dans des actions
à venir pour exiger que cette
réforme antisociale soit annulée. La
représentante de la CSQ a donné un
exemple illustrant comment ses membres, qui sont
enseignants, seront affectés. Ces derniers
oeuvrent en enseignement général
adulte et dans les Centres de formation
professionnelle et pourraient perdre leur
privilège sur les listes de remplacement.
Ils risquent même de décrocher de
leur métier en étant obligés
d'accepter des emplois dans d'autres secteurs.
« On constate déjà un taux de
décrochage de 25 % chez les jeunes
enseignants dans les cinq premières
années », a déclaré la
porte-parole de la CSD.
La présidente régionale du Syndicat
canadien de la fonction publique a dit qu'il en
est de même pour ses membres, notamment les
employés de parcs et du ministère
des Transports qui travaillent sur une base
saisonnière.
Dans le but de bien documenter les effets des
changements, l'ASTUSE et le Mouvement Action
Chômage Lac-Saint-Jean ont entrepris le 12
septembre une série de sept
assemblées communautaires débutant
à Dolbeau-Mistassini. Lors de ces
assemblées de consultation, les citoyens et
employeurs touchés peuvent témoigner
de leur réalité et faire
connaître les problèmes
anticipés. Tous ces témoignages
seront colligés dans un document
synthèse.

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Marxiste-Léniniste
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