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Numéro 95 - 14
septembre 2012
Alma
Les travailleurs de Rio Tinto
défendent leur
dignité contre le revanchisme et les
réorganisations
antiouvrières de la compagnie
  
Alma
• Les travailleurs de Rio
Tinto
défendent leur dignité contre le
revanchisme et les
réorganisations antiouvrières de
la compagnie -
Entrevue avec Marc Maltais, président du
Syndicat des travailleurs de l'aluminium d'Alma
La
Pocatière
• Les travailleurs de
Bombardier
dénoncent le recours accru à la
sous-traitance
- Pierre Chénier
Changements
antisociaux du gouvernement
fédéral à
l'assurance-emploi
• L'opposition grandit au
Québec
Massacre de
grévistes à Marikana, Afrique du
Sud
• Justice pour les mineurs
sud-africains!
Alma
Les travailleurs de Rio Tinto défendent
leur
dignité contre le revanchisme et les
réorganisations
antiouvrières de la compagnie
- Entrevue avec Marc Maltais,
président du Syndicat
des travailleurs de l'aluminium d'Alma -
Les travailleurs de l'aluminerie de Rio Tinto
Alcan
à Alma
reprennent progressivement le travail après
avoir signé
leur convention
collective au début juillet, mettant fin
à un lockout de
plus de 6
mois. Selon le protocole de retour au travail
négocié par
le syndicat,
tous les travailleurs devraient être
rentrés à
l'ouvrage dans les 90
jours qui ont
suivi le redémarrage de la première
cuve qui a eu lieu le
10 août. Les
travailleurs d'Alma font état de
difficultés multiples
dues à une
attitude revancharde de la part de RTA et des
nombreuses
réorganisations de travail que la compagnie
a faites durant le
lockout
qui rendent les conditions de travail très
insécuritaires.
Les travailleurs d'Alma ont une lourde
tâche
devant eux, devant
simultanément se défendre contre les
attaques à
leurs conditions de
travail, se préparer à
l'échéance de leur
fonds de pension à la fin
2014 et faire avancer la lutte pour l'annulation
de l'entente
secrète
entre le gouvernement du Québec,
Hydro-Québec et RTA sur
la question de
l'hydro-électricité qui a notamment
permis à RTA
de financer son
lockout à raison de 90 millions $ de vente
d'énergie
excédentaire à
Hydro-Québec. Le Marxiste-Léniniste
lance
l'appel à tous
les travailleurs du Québec
et du Canada de continuer à appuyer de
toutes leurs forces la
lutte des
travailleurs d'Alma dans la période qui
vient. Cette lutte
défend les
droits de tous. Voici une entrevue
réalisée
récemment avec Marc Maltais,
le président du Syndicat des travailleurs
de l'aluminium d'Alma.
LML : Peux-tu nous en
dire plus
sur les conditions dans lesquelles s'effectue le
retour au travail ?
Marc Maltais : Il y a
définitivement une
attitude de revanche
de la part de l'employeur contre la lutte que nous
avons menée
et les
gains que nous avons faits. L'employeur aime
à prétendre
dans la
communauté qu'il est content du contrat que
nous avons
signé, mais à
l'intérieur nous vivons une situation bien
différente.
Il y
a des mesures qui ont
été prises que j'assimilerais
à de
l'infantilisme industriel. Ils ont enlevé
des choses comme du
mobilier
dans l'usine, des choses qui peuvent sembler
accessoires mais qui ont
un impact sur le climat de travail et cela a
choqué beaucoup de
travailleurs. Ce sont des choses que tu ne penses
pas à
négocier. Tu
t'imagines
que quand tu vas rentrer au travail, qu'il va y
avoir des portes dans
les cadres de portes, que tu vas encore pouvoir
aller prendre tes
pauses dans les cafétérias, que les
chaises dans les
salles de repos
vont encore être là, etc., mais tout
cela a
été changé. Ils sont
allés
beaucoup dans les aspects que nous n'avons pas
négociés.
Ça démontre ce
que nous
avons toujours dit, que si ce n'est pas
écrit noir sur blanc
dans la
convention tu vas le perdre, et même si
c'est écrit, tu vas
devoir te
battre pour le faire appliquer.
Il y a plus sérieux encore. On a eu des
confrères, parmi les
militants les plus combatifs, qui semblent avoir
été
identifiés et sur
lesquels la compagnie exerce un suivi particulier.
En ce qui concerne le protocole de retour au
travail,
c'est
difficile de faire respecter le principe de
l'ancienneté dans le
rappel
des travailleurs. En plus, pendant un mois, avant
le démarrage
de la
première cuve, ce sont les cadres et les
sous-traitants qui ont
préparé
les cuves pour le redémarrage, ce ne sont
pas nos gens qui les
ont
préparées.
Tout cela a pris un mois avant que la
première cuve soit
redémarrée, et
c'est seulement après cela que le compteur
pour le retour
à l'ouvrage a
commencé et que le monde s'est mis à
rentrer en plus
grand nombre à
l'ouvrage.
Il y a des endroits où il n'y avait
à
peu près jamais eu de
sous-traitance, mais au lieu de faire rentrer nos
gens ce sont des
sous-traitants qu'on a fait rentrer pendant que
nos membres attendaient
pour revenir au travail. Dans notre
négociation, nous avons
réussi à
maintenir nos concierges, tout le monde disait
qu'on allait les perdre,
qu'ils sont
trop payés, on les a gardés mais la
compagnie, au lieu de
faire rentrer
nos concierges tout de suite, a fait entrer des
sous-traitants. Elle a
plaidé que si elle fait des
réorganisations, elle veut
attendre que
celles-ci soient toutes planifiées avant de
faire rentrer nos
membres
pour que la job soit toute prête pour eux
quand ils reviennent.
Cette
compagnie
a toujours eu le droit de réorganiser son
travail et cela n'a
jamais
été fait en faisant des mises
à pied en attendant
que la
réorganisation soit faite. Bien que le
retour au travail se soit
fait
de façon lente au début, nous avons
fait des
représentations et à
l'heure où on se parle, le retour des
travailleurs a
commencé à se
faire de façon plus rapide et
nous sommes maintenant en avance sur
l'échéancier.
LML : Qu'en est-il justement des
réorganisations ?
MM : En voici un exemple. À
l'électrolyse,
avant le lockout,
un même travailleur faisait toutes les
tâches, le
siphonage, le
changement des anodes et l'opération
elle-même. Ce sont 3
tâches
différentes mais c'est le même
travailleur qui les
exécutait.
Aujourd'hui, cette tâche a été
sectionnée en
deux, il y a des gens qui
ne font plus que
de l'opération, et d'autres font le
siphonage et les
changements
d'anodes. C'est un changement organisationnel,
mais aussi de philosophie
parce qu'avant l'idée c'était
d'avoir plus de
tâches, d'être autonome,
plus performant, de développer l'expertise
des travailleurs, de
considérer l'ensemble et non seulement la
tâche; le
changement va
avoir un
impact négatif je crois sur la
productivité et la
qualité du travail.
La façon précédente
était moins
débilitante, tu ne faisais pas toujours
la même chose à la journée
longue. Selon la
compagnie, en faisant
travailler les cadres pendant le lockout, elle a
vu qu'il y avait
soi-disant des temps morts dans la journée
de travail du
travailleur et
elle veut les
remplir.
Cela pose de très sérieux
problèmes
notamment en santé et
sécurité.
À mesure que nous sommes rentrés
à l'ouvrage, nous
avons vu que des
risques ont été pris dans les
opérations à
la faveur du lockout. RTA
dit que les normes de sécurité ont
été
respectées mais nous avons de
sérieuses questions à ce sujet. Nos
gens qui sont
rentrés ont vu
qu'on avait joué au fou avec des
procédures de
sécurité comme le
cadenassage, des choses que nous n'aurions jamais
acceptées.
Mais les
procédures ont été
modifiées et de nouveaux
documents ont même été
écrits et maintenant la compagnie voudrait
qu'on les adopte nous
aussi
et qu'on fasse les mêmes choses. Nous avons
3
représentants à la
prévention dans l'usine et je te jure
qu'ils ne chôment
pas afin de
s'assurer que la sécurité est
respectée et que
personne ne se blesse.
Toutes les normes et les procédures qu'on
a
aujourd'hui, on les a
écrites avec notre sang, s'il y a des
règlements c'est
parce qu'il y a
eu des accidents. Tu ne peux pas dire que ce n'est
plus
nécessaire. Et
ces procédures là, on les a
établies
paritairement,
travailleurs-employeurs. Il va falloir les
reprendre dans leur
totalité. On en a pour quelques
années à reprendre un rythme normal
en matière de
santé et de sécurité
de l'usine. Je viens de parler des changements
à
l'électrolyse ; il
faut considérer tous les patterns,
l'alternance, tout ça
doit être pris
en considération, tu peux être
exposé pendant telle
ou telle période de
temps au béryllium, à la chaleur.
Toutes ces choses
là avec les
réorganisations, il faut faire les calculs,
est-ce qu'elles
respectent
ces considérations de santé et de
sécurité
? Ce que RTA elle-même dit,
c'est qu'avant d'implanter des
réorganisations, on doit faire
des
schémas pour s'assurer que tu ne seras pas
surexposé au
contaminant, à
la chaleur, à la fatigue
musculo-squelettique, mais nous, nous
sommes
rentrés, et la réorganisation
était
déjà en place. On est obligé
d'embarquer dans un train qui court, de faire les
études chemin
faisant, on n'est pas supposé de prendre de
risques, mais on en
prend;
le baromètre pour déterminer si la
réorganisation
ne fonctionne pas il
a deux jambes et deux bras, s'il se plante on va
constater que la
réorganisation ne
fonctionne pas. Nous ne sommes pas d'accord,
ça n'est pas comme
ça que
ça doit marcher.
LML : On a parlé de 67 postes qui
seront
éliminés maintenant suite aux
réorganisations.
Qu'en est-il ?
MM : Ça fait partie des soi-disant
gains
d'efficacité que RTA
dit avoir trouvés pendant le lockout par
exemple avec le
réaménagement
des tâches d'électrolyse, les
supposés temps morts
que maintenant ils
vont combler. Je veux préciser que pour ces
67 postes
évaporés en
question, les travailleurs qui les occupaient ne
perdront pas leur
emploi. Si les réorganisations marchent,
les travailleurs vont
être
déclarés en surplus dans leur
secteur et être
déplacés ailleurs. Il n'y
a pas de mises à pied. Nous avons
gagné qu'il n'y aura
pas de mises à
pied. Déjà, en mars dernier, la
compagnie nous avait
approchés au sujet
de 139 mises à pied qu'elle voulait faire.
Nous avons dit,
déjà à ce
moment-là, si tu veux négocier, pas
de mises à
pied. On est sortis à
778 et on est rentrés à 778.
LML : Récemment, le journal Le
Quotidien a publié
les résultats d'un sondage fait par la
firme Segma Recherche qui
dit
que la majorité de la population de la
région pense que
c'est RTA qui a
gagné la bataille avec le lockout et que
les travailleurs ont
été
défaits. Quelles sont tes réflexions
à ce sujet ?
MM : Je ne sais pas si vous êtes au
courant, mais la question
sur notre conflit était posée hors
contexte. Le sondage
portait sur les
intentions de vote dans la campagne
électorale ! On imagine la
question, « à propos, c'est qui selon
vous qui a
gagné, RTA ou le
syndicat ? » Ça nous montre les
tentacules
médiatiques de RTA à
l'oeuvre,
qu'elle ne veut pas admettre que nous avons
gagné, qu'elle veut
créer
l'impression que des compagnies comme elles sont
trop grosses, que
c'est impossible de leur tenir tête, que
toute résistance
est futile.
La réalité c'est que c'est nous
autres qui avons
gagné la bataille de
l'opinion en expliquant les choses.
Le sondage ne s'adressait pas à des gens
qui
connaissent la question,
mais à la population « at large
». Nous autres, au syndicat, cela
nous a
pris 7 heures pour présenter l'entente
à notre
membership. Cela nous a
pris 5 heures pour présenter l'entente aux
officiers syndicaux
des
autres usines qui sont des gens aguerris. Je
comprends que les gens
aient répondu comme ils l'ont fait. Ils ont
répondu sur
la base de leur
impression. Ils se sont peut-être dits, OK,
la compagnie a
touché 90
millions $ en vente d'énergie pendant le
lockout tout en
maintenant un
tiers de la production tandis que les travailleurs
ont perdu 40-50 000
$ en salaires, alors ça a l'air que les
travailleurs ont perdu.
Toute
la
complexité du contrat de travail, toutes
ses clauses, les gains
sur la
sous-traitance, les gains pour les
générations futures
qui sont uniques
pour le Québec, le Canada et toutes les
installations de Rio
Tinto dans
le monde, cela ne faisait pas partie du tableau.
Cela dénote que
ce
genre de sondages n'a rien de scientifique.
LML : Où en êtes-vous
à
présent dans votre campagne sur
l'hydro-électricité ?
MM : On est exactement là où
on
voulait être. Les candidats
et les chefs des principaux partis n'ont pas eu
d'autre choix que de se
positionner sur des enjeux précis. C'est
important parce qu'en
2015,
si les conditions ne changent pas, RTA pourrait
nous mettre tous en
lockout, toutes les installations
syndiquées de Rio Tinto Alcan
dans la région parce que nos conventions
collectives expirent en
même
temps à la fin 2015.
Notre première demande, c'est de
connaître
le contenu des ententes
énergétiques entre
Hydro-Québec et RTA.
Grâce au Devoir,
on a
pu mettre
le nez dans les ententes secrètes, mais le
contenu exact à
savoir
combien Hydro-Québec paie pour
l'énergie qu'elle
achète de RTA est
toujours secret. Ces contrats d'énergie
nous ont
impliqués à notre
corps défendant, comment ça se fait
qu'ils nous ont
impliqués dans des
octrois d'énergie sans qu'on soit au
courant des conditions de
ces
octrois ? Pour RTA, le lockout est une
opportunité d'affaires,
mais
quel est le prix de vente ?
On ne sait pas à quel tarif exactement
Hydro-Québec achète
l'hydro-électricité de RTA. On
n'arrive pas à le
savoir, paraît-il que
c'est une question qui doit demeurer
secrète pour ne pas nuire
à la
compétitivité des entreprises, mais
nous, on nous a
impliqués là-dedans
sans qu'on ait un mot à dire. On a appris
que RTA
finançait son lockout
avec
ses ventes d'énergie alors qu'on
était déjà
en lockout sur notre banc
de neige. Et en plus, on a deux ministres du
gouvernement Charest qui
ont pris position sur les ondes pendant le conflit
contre nos
revendications alors que nos négociations
sont censées
être une
question privée entre RTA et nous.
Avec le très peu qu'on connaît, il y
a des
pistes de solutions que
nous avons en vue. Demander que le prix de vente
à
Hydro-Québec reflète
le prix de production de l'énergie pourrait
être une
solution. On ne
demande pas qu'ils ne turbinent pas l'eau; ce
qu'on ne veut pas c'est
qu'ils en tirent un avantage contre nous, on veut
pouvoir
négocier
d'égal à égal. Le rapport de
force que nous avons
pu établir c'est
justement d'avoir fait un débat public sur
les grands avantages
énergétiques qui leur ont
été
donnés. La crainte du nationalisme
énergétique a été un
des principaux
facteurs qui les ont ramenés à la
raison.
LML
: Votre fonds de
pension doit être renégocié
lorsqu'il
se termine à la fin 2014. Tu as dit que
ça va être
une bataille majeure
pour le syndicat. Peux-tu nous en dire plus ?
MM : Notre fonds de pension, comme c'est
le cas
chez
Produits forestiers Résolu, a un gros
déficit de
capitalisation. Le
fonds de pension de RTA qui couvre 4300
travailleurs au Québec a
un
déficit de 1 milliard $. Lorsque j'ai
participé à
l'assemblée des
actionnaires de Rio Tinto à Londres en
avril dernier, Jan du
Plessis, le
président
du Conseil d'administration de Rio Tinto, ne m'a
pas permis de poser ma
question même si j'avais ma main
levée très
visiblement. Pendant qu'il
m'ignorait, Tom Albanese, le PDG de l'entreprise,
me regardait en riant.
Puis à un moment donné, un
actionnaire se lève,
c'est juste s'il
n'avait pas avec lui une carte avec sa question
écrite par la
haute
direction sur la scène, et il a dit que les
régimes de
fonds de
pension à prestations
déterminées sont quelque
chose d'insécurisant
pour les actionnaires. Guy Elliott qui est sur le
CA a tout de suite
répondu que les seuls fonds de pension
à prestations
déterminées qui
restent sont en Amérique du Nord et on va y
voir.
Notre fonds de pension arrive à
échéance le 30 décembre 2014
et RTA
a déjà placé ses nouveaux
cadres sur un fonds de
pensions à cotisations
déterminées. On pense que RTA va
essayer de mettre ses
futurs employés
sur un fonds de pension à cotisations
déterminées, une forme de clause
orphelin, quelque chose contre lequel on s'est
toujours
battu à vie à mort. Imagine la
pression que RTA mettrait
sur la
population. Elle pourrait menacer de ne pas
investir dans la phase 2 du
complexe d'Alma et dans les phases 3 et 4 d'Arvida
à moins qu'on
accepte
cette concession majeure dans les pensions.
LML : Que veux-tu dire en conclusion ?
MM : Le travail en commun que nous avons
fait,
tous les
syndicats à affiliations différentes
qui ont
travaillé ensemble pendant
le lockout, c'est crucial de le développer
: TCA,
Métallos, CSN, tout
le monde. On ferait une grave erreur de
sous-estimer la capacité
de Rio
Tinto et des autres grands monopoles à nous
livrer bataille. Je
ne
pense pas que Rio Tinto soit faible. Quand j'ai
rencontré des
travailleurs de Rio Tinto de Tasmanie, j'ai vu ce
qui leur est
arrivé,
j'ai vu que dans certains cas il y a juste une
poignée de
syndiqués qui
restent. On ne doit pas prendre Rio Tinto à
la
légère.
J'ai assez de respect pour la capacité de
combat
de Rio Tinto pour
reconnaître qu'ils sont organisés et
que nous n'avons pas
le luxe de
nous tromper de cible. Nous sommes des syndicats
différents, mais
nous
avons tous les mêmes objectifs. On veut la
même affaire
même si on ne
s'entend pas nécessairement sur la
manière d'y arriver.
Ce n'est
pas péjoratif d'avoir chacun nos drapeaux,
de se sentir
près de la
philosophie de l'organisation à laquelle on
appartient, mais
essentiellement on veut les mêmes choses.
C'est extrêmement
positif que
d'avoir des syndicats qui travaillent ensemble sur
cette question de
l'énergie comme cela se voit en ce moment
et il faut que
ça se
développe.

La Pocatière
Les travailleurs de Bombardier dénoncent
le recours accru à la sous-traitance
- Pierre Chénier -
Les
travailleurs
de l'usine de fabrication de wagons de
métro du
monopole québécois Bombardier
à La
Pocatière, dans le Bas-Saint-Laurent,
dénoncent le
recours excessif à la sous-traitance. Les
travailleurs craignent
une éventuelle fermeture dans un avenir
rapproché si la
compagnie continue d'utiliser la sous-traitance au
rythme actuel. Le
Syndicat des employés de Bombardier La
Pocatière se dit
très inquiet du recours accru à la
sous-traitance qui
diminue continuellement le nombre des
travailleurs à l'usine et par
conséquent le nombre des
travailleurs appartenant au syndicat. Son
président, Mario
Lévesque, affirme que Bombardier ne
respecte pas l'entente
signée avec le syndicat en 2010 qui stipule
que la fabrication
des pièces primaires et des sous-ensembles
mineurs et majeurs de
même que celle
des caissons en acier inoxydable des voitures de
métro pour les
contrats de fabrication des wagons de Chicago, New
Jersey et
Montréal devaient se faire à La
Pocatière.
L'entente incluait la conception et la fabrication
de l'outillage
nécessaire à ces activités de
production, la
finition intérieure des voitures ainsi que
la réalisation des tests dynamiques et
statiques. Or Bombardier
s'est départi des machines et des
équipements toujours en
état de fonctionnement et servant à
faire ces travaux
à La Pocatière. « Quand
Bombardier a sorti
certaines pièces d'équipements, ils
nous disaient que
c'était pour renouveler le parc de
machines,
a dit Mario Lévesque. Or la haute direction
a refusé
parce que ce ne serait pas rentable. Maintenant,
ils nous disent qu'ils
doivent faire fabriquer des pièces ailleurs
parce qu'ils n'ont
plus les machines. Comment ferons-nous pour
obtenir des contrats si
nous n'avons pas de machines ? »
De plus, lors de la signature de cette entente,
Bombardier affirmait que cela nécessiterait
l'embauche de 775
travailleurs supplémentaires. Le syndicat
estime plutôt
qu'au rythme où les emplois sont
donnés en
sous-traitance, c'est plutôt 200
travailleurs qui seront
embauchés. L'usine de La Pocatière a
déjà compté
plus de 1000 ouvriers comparativement aux 350
actuels.
En réponse à la dénonciation
du
syndicat qui l'accuse de faire exécuter des
travaux en
sous-traitance au-delà de ce que permet
l'entente, notamment en
concurrence avec les travailleurs dans des usines
en Ontario et aux
États-Unis, Bombardier répond que
cela ne contrevient pas
à l'entente de 2010 et que l'entreprise
« doit maintenir un équilibre
concurrentiel qui permette
à tout le monde d'avoir un avenir et
à tous de
réussir ». Le président de
Bombardier Transport,
André Navarri, affirme que la compagnie
doit constamment adapter
ses façons de faire pour demeurer
concurrentielle. « Si
nous
nous figeons dans des schémas qui
ne nous permettent pas de gagner des contrats,
tout le monde est
perdant. » Selon lui, «
l'équation de La
Pocatière est difficile... C'est bien
évidemment parce
qu'il y a le Buy America Act. »
Cette loi oblige les
constructeurs ferroviaires à produire en
sol américain au
moins 60 % des voitures et locomotives
destinées à des projets
financés, en tout ou en
partie, par le gouvernement américain. Il
cite en exemple le
contrat de New York qui n'a eu aucune
retombée pour l'usine de
La Pocatière, « ce qui n'a pas
toujours été
le cas », soutient- il.
Le ministre québécois des
Transports
Pierre Moreau affirme lui aussi que Bombardier
respecte ses engagements
et écarte les préoccupations des
travailleurs. « Il
y a une entente qui existe entre la compagnie et
ses employés.
Et à l'heure actuelle, le fait d'avoir le
contrat de
Montréal crée des emplois et des
retombées
économiques pour la région de La
Pocatière
», a-t-il dit. En parlant de
retombées, il fait semblant
de ne pas voir la perte des emplois
syndiqués, la perte de la
machinerie et la perte de l'expertise qui est en
jeu ici. Il n'a rien
à dire non plus sur les inquiétudes
des travailleurs
quant à l'avenir de l'usine au-delà
de 2018,
date à laquelle prendra fin la fabrication
pour le métro
de Montréal. Le syndicat a
déposé un grief et
demandé une ordonnance de sauvegarde pour
forcer Bombardier
à respecter l'entente. La demande
d'ordonnance a
été rejetée en juillet et le
grief sera entendu en
octobre.
Les travailleurs de la Pocatière ont
raison de
demander des comptes au monopole Bombardier. En
exigeant le respect
d'une entente qui vise à ce que leur usine
et leur région
se développent, ils défendent ainsi
les
intérêts du Québec. Ils
veulent que leur travail et
la richesse qu'ils créent puissent
bénéficier
également
aux générations futures. En
défendant les
intérêts de leur usine, les
travailleurs de La
Pocatière démontrent
l'incohérence de faire du
développement économique basé
sur les
intérêts étroits d'empires
privés et les
conséquences destructrices que cela
provoque pour
l'économie du Québec. Une autre
question que
soulèvent
les travailleurs de La Pocatière concerne
l'importance de la
production de machines outils pour une
économie, elle est un
élément indispensable pour une
économie
indépendante qui suffit à ses
besoins. En laissant aux
monopoles le choix de décider où et
quand investir dans
de nouvelles technologies de machines
outils, on accroît notre dépendance
et notre impuissance
face aux décrets des monopoles. Une
économie prosociale
et souveraine ne peut se passer de sa
capacité de fabriquer des
machines outils.

Changements antisociaux du
gouvernement
fédéral à l'assurance-emploi
L'opposition grandit au Québec
Les syndicats et les organisations
sociocommunautaires
du Saguenay-Lac-Saint-Jean développent la
résistance aux
changements à la loi de l'assurance-emploi
annoncés
à la fin mai par le gouvernement Harper
dans le cadre de la loi
38, la loi budgétaire omnibus. Ces
modifications donnent
à la ministre des Ressources humaines Diane
Finley le pouvoir
discrétionnaire de passer tous les
règlements qu'elle
veut pour modifier, sans contrôle
parlementaire ou limitations
imposées par le parlement, les conditions
d'éligibilité et de maintien des
prestations
d'assurance-emploi. La ministre a annoncé
le 24 mai les
règlements qu'elle va adopter qui forcent
notamment les
prestataires
d'assurance-emploi à accepter des emplois
avec des baisses
drastiques de salaires sinon ils sont
coupés.
En début septembre, les
représentants du
Lieu d'actions et de services travaillant dans
l'unité avec les
sans-emploi (ASTUSE) et du Mouvement
Action-Chômage se sont unis
aux représentants de cinq organisations
syndicales du
Québec pour dénoncer cette
réforme antisociale.
« [La loi] élargit la notion
d'emploi
convenable et exige des prestataires de
l'assurance-emploi qu'ils
acceptent plus rapidement qu'auparavant des
emplois ne répondant
pas à leur expérience ou à
leurs qualifications
», a déclaré le coordonnateur
régional de la
Centrale des syndicats démocratiques (CSD).
Les organisations ont dénoncé le
démantèlement de l'accès aux
mécanismes
d'appel qui, entre autres choses, fait passer de
900 à 37 pour
l'ensemble du Canada le nombre de personnes
responsables de
l'étude des révisions de cas.
« La réforme
est basée sur de vieux
préjugés
véhiculés depuis les années
90 voulant
que les chômeurs abusent du système
», a dit la
porte-parole du Mouvement Action-Chômage.
Le Conseil central de la CSN de la région
et la
Centrale des syndicats du Québec (CSQ) ont
dénoncé
plusieurs aspects de la réforme et se sont
engagés
à mobiliser leurs membres dans des actions
à venir pour
exiger que cette réforme antisociale soit
annulée. La
représentante de la CSQ a donné un
exemple illustrant
comment ses membres, qui sont enseignants, seront
affectés. Ces
derniers oeuvrent en enseignement
général adulte et dans
les Centres de formation professionnelle et
pourraient perdre leur
privilège sur les listes de remplacement.
Ils risquent
même de décrocher de leur
métier en étant
obligés d'accepter des emplois
dans d'autres secteurs. « On constate
déjà un taux
de décrochage de 25 % chez les jeunes
enseignants dans les cinq
premières années », a
déclaré la
porte-parole de la CSD.
La présidente régionale du Syndicat
canadien de la fonction publique a dit qu'il en
est de même pour
ses membres, notamment les employés de
parcs et du
ministère des Transports qui travaillent
sur une base
saisonnière.
Dans le but de bien documenter les effets des
changements, l'ASTUSE et le Mouvement Action
Chômage
Lac-Saint-Jean ont entrepris le 12 septembre une
série de sept
assemblées communautaires débutant
à
Dolbeau-Mistassini. Lors de ces assemblées
de consultation, les
citoyens et employeurs touchés pourront
témoigner de leur réalité et
faire connaître
les problèmes anticipés. Tous ces
témoignages
seront colligés dans un document
synthèse.
Le président du Conseil central de la CSN
a dit
qu'une grande manifestation est en train de se
préparer pour le
27 octobre à Thetford-Mines qui est
située dans la
circonscription de
Mégantic—L'Érable,
représentée par Christian Paradis,
le lieutenant de
Stephen Harper au Québec.

Massacre de grévistes
à
Marikana, Afrique du Sud
Justice pour les mineurs sud-africains!
Les mineurs du
platine en
grève, Marikana, Afrique du Sud
Le PCC(M-L) condamne avec vigueur le massacre de
mineurs
en grève
par les forces policières à
Marikana, en Afrique du Sud,
le 16 août.
L'attaque a fait 34 morts et 78 blessés
parmi les
grévistes. La police
est intervenue en briseurs de grève
à la solde de Lonmin,
un monopole
minier de platine dont la maison mère est
à Londres.
Lonmin est
une firme impérialiste britannique notoire
fondée en mai
1909, arborant
le nom du London and Rhodesian Mining and Land
Company Limited, qui
s'est développée en corporation
diversifiée
portant le nom de Lonrho,
laquelle a été largement
dénoncée dans les
années 80 comme étant le «
visage inacceptable du capitalisme».
Aujourd'hui
rebaptisée
Lonmin, elle se spécialise dans la
production du platine et en
est la
troisième productrice la plus importante au
monde.
Le platine, un métal précieux qui
sert
principalement aux
convertisseurs catalytiques de l'industrie de
l'automobile aussi bien
qu'en électronique et en bijouterie, est en
offre
excédentaire relative
suite à la crise économique. Lonmin,
qui tente de
maximiser son taux de
profit en dépit de la chute des prix de
métal du groupe
platine, impose
des salaires
excessivement bas aux travailleurs des mines,
lesquels vivent pour la
plupart dans des bidonvilles de misère.

Lonmin accorde à ses mineurs environ 4 000
rands
(475$ canadiens)
par mois. Plusieurs milliers de travailleurs de la
mine font la
grève
depuis le 10 août pour une augmentation de
leurs salaires
à des niveaux
jugés acceptables, de 12 000 rands (1 400$
par mois). (En
comparaison,
les salaires des policiers sud-africains sont
d'à peu
près 15 000-20
000 rands par mois.)
À l'origine, les grèves
étaient
organisées par le Syndicat national
des travailleurs des mines, le plus grand syndicat
en Afrique du Sud.
Cependant, le Syndicat de l'association des
travailleurs des mines et
de la construction, que les médias
décrivent comme un
« syndicat
rival», est aux premières lignes de
la lutte de
résistance contre les
monopoles
miniers.
Un article du 18 août du quotidien The
Guardian cite des
mineurs exprimant leur mépris envers les
propriétaires
des mines. «
Lonmin nous traite comme des chiens, dit
Thembelani Khonto, 24 ans.
Lorsque tu es sous la terre, tu deviens un esclave
et ils ne te
connaissent pas. Mais à la surface, des
gens qui ne foutent rien
dans
les bureaux
gagnent plus que nous.»
« Siphiwo Gqala, 25 ans, dit qu'il passe
près de 14 heures
par jour
sous terre sans être payé en temps
supplémentaire.
« C'est un travail
dangereux, dit-il. Parfois tu descends, une roche
s'effondre, et tu
meurs.» Parlant du massacre de jeudi, il a
dit : « Je n'ai
jamais rien
vu de la sorte : des gens tués comme des
poules. Un de mes amis
manque
toujours
à l'appel. Je ne sais pas s'il est à
l'hôpital ou
au cimetière.»
Dès le déclenchement de la
grève le
10 août la compagnie a déployé
la police contre les travailleurs. Quatre mineurs
ont été
descendus et
blessés à la mine de platine de
Lonmin à Nkangeng
près de Rustenburg.
Le 13 août, neuf personnes ont
été tuées, y
compris deux agents de
police, et trois mineurs ont été
tués par la
police.
Le 16 août, les mineurs s'attendaient
à des
négociations avec les
représentants de la compagnie qui, à
la dernière
minute, ont annulé les
rencontres en déclarant que « tout
était maintenant
entre les mains de
la police». Le massacre s'est produit quand
la police a ouvert le
feu sur une
foule
en colère suite à la tournure des
événements. Il a toutes les
apparences
d'une provocation planifiée visant à
tout simplement
briser la grève en
provoquant l'anarchie et la violence. Selon des
témoins,
plusieurs
personnes ont reçu des balles dans le dos.
Le président Jacob
Zuma, chef du Congrès national africain
(ANC), s'est dit «
atterré » par le massacre et a
ordonné la tenue
d'une enquête officielle. Dans sa
déclaration au retour
d'une conférence régionale au
Mozambique, il a
refusé de condamner l'action des policiers,
disant qu'il faut
s'abstenir d'attribuer
un blâme tant que l'enquête ne sera
pas conclue.
L'ancien dirigeant de la jeunesse de l'ANC,
Julius
Malema, expulsé de l'ANC par les supporters
de Zuma, a
critiqué sévèrement le
travail des policiers.
S'adressant à une foule de plusieurs
milliers de mineurs
près du site du massacre deux jours
après la fusillade,
il a dit : « Même si vous menacez les
policiers,
ils n'ont pas le droit de se servir de vraies
balles contre des civils.
Le ministre de la Police [Nathi Mthethwa] doit
démissionner
parce que ce massacre a été commis
sous sa supervision.
Le président Zuma doit lui aussi
démissionner. » Il
a lancé l'appel aux autres mineurs du pays
à joindre le
mouvement de grève.
La dernière fois qu'un massacre comme
celui-là s'est produit en Afrique du Sud
était à
Soweto en juin 1976, quand plus de 700 jeunes ont
été
tués par les forces policières. Ce
massacre avait
provoqué un soulèvement national, le
Soulèvement
de Soweto, qui a duré pratiquement
jusqu'à l'abolition de
l'apartheid.
Le point commun entre ces deux
événements,
le premier en Afrique du Sud de l'apartheid et
l'autre en Afrique du
Sud postapartheid, 52 ans plus tard, est que
l'économie de ce
pays riche en minéraux est encore
dominée par des
capitalistes financiers étrangers,
principalement
anglo-américains, qui possèdent
les monopoles miniers qui exploitent les riches
dépôts par
la surexploitation des mineurs sud-africains.
Dix-huit ans après
l'abolition de l'apartheid, les riches continuent
de s'enrichir tandis
que le peuple sud-africain est toujours plus
pauvre et dans la
misère.
Exprimant la frustration des masses face à
la
situation économique, Malema a
appelé à la
nationalisation des mines, un appel qui a une
réponse
très favorable parmi les mineurs, surtout
la nouvelle
génération. Il a dit aux
grévistes : « Les
Britanniques possèdent cette mine. Les
Britanniques font de
l'argent avec
cette mine.... Ce ne sont pas des Britanniques qui
ont
été tués. Ce sont nos
frères noirs. Mais ce
ne sont pas nos frères que pleure le
président. Non, il
va rencontrer les capitalistes bien au frais dans
des bureaux
climatisés. »
La grève actuelle et la répression
brutale
par le monopole britannique Lonmin qui se sert des
forces
policières sud-africaines, mettent en
relief l'écart
grandissant entre ceux qui veulent se bâtir
un pays sur la base
des abondantes ressources naturelles qu'on y
trouve, pour
répondre aux besoins des Sud-Africains,
et ceux qui sont au service du monde des monopoles
dont le siège
social se trouve à Londres ou à New
York.
La mort des mineurs du platine doit être
vengée par une défense vigoureuse du
droit des mineurs et
du peuple sud-africain de contrôler leur
vie. Les revendications
des mineurs ne peuvent être satisfaites si
le peuple ne
contrôle pas la direction de
l'économie et qui elle sert.
Aujourd'hui les grèves doivent
nécessairement
comprendre l'élément politique,
c'est-à-dire les
moyens de faire en sorte que la vision
néolibérale de la
société est vaincue et que le peuple
puisse se gouverner
lui-même. Les travailleurs canadiens sont
avec les mineurs et le
peuple sud-africains quand ils exigent des comptes
des auteurs de ces
crimes. Une enquête
sera une fraude si les auteurs du massacre et les
propriétaires
de Lonmin ne sont pas arrêtés et que
des accusations ne
sont pas immédiatement portées
contre eux. C'est une
réalité toute simple, car sinon quel
serait le but d'une
enquête ? De déterminer si le
massacre était
justifié ou pas ? Absurde. Justice pour les
mineurs sud-africains !
Cérémonie
à
la mémoire des mineurs tués
durant la
grève à la mine de platine de
Lonmin, à Marikana,
le 23 août 2012.

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Marxiste-Léniniste
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