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Numéro 84 - 10
juillet 2012
Au parlement canadien
Le gouvernement Harper modifie les lois
sur
l'immigration à la lumière du nouveau rôle agressif
du Canada dans le monde
Au
parlement canadien
• Le gouvernement Harper modifie les lois sur
l'immigration à la lumière du nouveau rôle agressif
du Canada dans le monde - Lorne Gershuny
• La loi sur la dissimulation d'identité
servira à dissimuler des actes répréhensibles
- Charlie Vita
• Un projet de loi qui militarise la
citoyenneté - Enver Villamizar
Opposition à
l'ordre du jour antisocial du gouvernement Harper
• Professionnels et intervenants de la
santé à Toronto s'opposent aux coupures affectant les
réfugiés
• Le discours raciste du gouvernement sur
«la violence d'origine culturelle contre les femmes»
- Pritilata Waddedar
Au parlement canadien
Le gouvernement Harper modifie les lois
sur
l'immigration à la lumière du nouveau rôle agressif
du Canada dans le monde
- Lorne Gershuny -
Le 20 juin, le gouvernement Harper a adopté un
projet de loi modifiant à nouveau la loi sur l'immigration du
Canada. Le nom proposé du projet de loi C-43 est Loi
accélérant le renvoi de criminels étrangers,
mais il n'a pas comme seul effet de restreindre les droits d'appel des
gens qui sont sous ordre de quitter le Canada en raison d'un dossier
criminel. En fait, il accorde à l'exécutif du
gouvernement fédéral le pouvoir sans
responsabilité d'harmoniser la politique d'immigration du
gouvernement avec son rôle international à
caractère de plus en plus belliciste.

Manifestation
à Calgary le 26 septembre
2011 contre la visite de Dick Cheney
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La nouvelle loi accorderait au ministre de
Citoyenneté et Immigration Canada le pouvoir d'interdiction de
territoire sur une période de trois ans « pour des motifs
d'intérêt public » à quiconque
réclamerait le statut de résident temporaire au Canada.
Le texte ne précise pas quels pourraient être ces «
motifs d'intérêt public » ou qui en décidera,
mais le gouvernement canadien a déjà laissé
entendre qu'il appliquerait sa politique de l'immigration dans
l'objectif de rehausser son appui à l'agression militaire
à l'étranger. En mars 2009, Jason Kenney, ministre de
Citoyenneté et Immigration, avait empêché le
député britannique George Galloway d'entrer au Canada sur
la base qu'il avait offert de l' « appui matériel »
au gouvernement élu du Hamas à Gaza. L'interdiction avait
pour but, dit-on, de punir Galloway pour l'aide humanitaire qu'il avait
apportée au moment où la population de Gaza en avait
désespérément besoin pour se remettre de la
campagne de bombardement aérien des forces israéliennes
en début d'année. Par contraste, lorsque l'ancien
président des États-Unis, George W. Bush, s'est rendu
à Calgary en mars 2009 et à Toronto en mai de la
même année, le gouvernement Harper a fait la sourdre
oreille aux milliers de personnes qui réclamaient que Bush soit
interdit de territoire ou qu'il soit mis en état d'arrestation
pour le rôle qu'il a joué dans des crimes de guerre et
pour avoir prôné le recours à la torture. Il en va
de même pour le vice-président de Bush, Dick Cheney,
lorsqu'il a visité le Canada en 2011.
Non seulement ce projet de loi accorderait-il le pouvoir
ministériel de déclarer une personne interdite de
territoire sur la base de « motifs d'intérêt public
» non définis, mais il permettrait au ministre de
faciliter l'entrée au Canada de ressortissants étrangers
même si ces derniers pourraient être jugés interdits
de territoire pour des raisons de sécurité nationale,
d'avoir commis des crimes de guerre ou d'avoir des liens avec le crime
organisé. Le projet de loi permettrait au ministre de passer
outre à ces préoccupations « de sa propre
initiative » s'il est d'avis qu'une telle mesure n'est pas
« contraire aux intérêts nationaux ». Le
document d'information du projet de loi suggère que « le
ministre pourra utiliser ce pouvoir exprès pour faciliter
l'entrée d'un chef d'État qui, autrement, serait
jugé interdit de territoire », s'il est convaincu que la
décision n'est pas « contraire à
l'intérêt national ».
Aucun exemple n'est donné pour illustrer quel
chef d'État ou ressortissant étranger
représenterait une menace à la sécurité ou
serait un criminel de guerre ou un gangster pouvant ainsi entrer au
Canada, mais il est clair que la prérogative
ministérielle servira à passer outre les obligations du
Canada en vertu des traités internationaux dont il est
signataire et lesquels traités interdisent à des
personnes comme George W. Bush, Dick Cheney, Condoleeza Rice, Bill
Clinton et autres fauteurs de guerre impérialistes d'entrer au
pays. Gail Davidson, du groupe Lawyers Against the War, avait dit lors
de la visite de Bush au Canada en 2011 que le Canada est signataire
d'un traité international interdisant la torture et que par
conséquence le gouvernement fédéral est tenu
d'imposer une interdiction de territoire à l'ancien
président des États-Unis. « S'il foule le sol
canadien, alors le gouvernement n'a d'autre choix que de le poursuivre
en justice lorsqu'il est ici », a-t-elle expliqué. Ainsi,
un aspect du projet de loi C-43 est de consolider la position du Canada
en appui à l'agression impérialiste des États-Unis
et de faire en sorte que le territoire canadien offre refuge aux
criminels de guerre étasuniens.
Il est important de se rappeler que le gouvernement
Harper et ses ministres sont eux-mêmes impliqués dans des
crimes de guerre suite à la participation du Canada à
l'invasion et à l'occupation de l'Afghanistan — y compris la
torture — ainsi que le bombardement de la Libye, pour lesquels ils
n'ont jamais rendu des comptes. Lorsqu'examiné à la
lumière des activités du gouvernement Harper, le projet
de loi C-43 se révèle être une tentative de la part
de forces internationales d'exclure les crimes de guerre commis par
l'OTAN et ses pays membres de toute poursuite judiciaire. Le Canada
tente de rendre ses lois conformes à l'objectif de donner libre
cours aux fauteurs de guerre et aux criminels de ces pays alors que les
ressortissants de ces pays jugés ennemis de l'État sont
expulsés.

La loi sur la dissimulation d'identité servira
à dissimuler des actes répréhensibles
- Charlie Vita -
Le 14 mai dernier, le Comité permanent de la
justice et des droits de la personne a présenté son
rapport sur le projet de loi C-309, la Loi modifiant le Code
criminel (dissimulation d'identité). Le projet de loi a
été déposé le 5 décembre 2011 par le
député conservateur Blake Richards en tant que projet de
loi émanant d'un député. Il rend coupable d'un
acte criminel toute personne qui dissimule son identité pendant
une émeute. Il rend également coupable d'un acte criminel
toute personne qui porte un masque ou un autre déguisement dans
des « attroupements illégaux » sans « excuse
légitime ». Ce qui se passe en ce moment au Québec
avec la loi 78 montre que si la Loi modifiant le Code criminel
(dissimulation d'identité) est adoptée elle pourra
être appliquée partout où l'État canadien
déclare qu'une manifestation politique légitime est
illégale en utilisant le prétexte de circonstances
exceptionnelles. De plus, la précision « sans excuse
légitime » vise probablement à créer une
règle de deux poids deux mesures permettant aux policiers de
« légalement » dissimuler leur identité, soit
pour agir comme agents provocateurs menant des activités
illégales (qui servent ensuite de prétexte pour attaquer
les manifestants), soit lorsqu'ils se masquent le visage pour utiliser
des gaz lacrymogènes ou le poivre de Cayenne contre une foule.
Le tout vise à punir tout geste de désobéissance
civile par des pénalités outrancières qui vont
décourager quiconque d'exprimer publiquement son opposition
à ce que fait le gouvernement.
La pénalité maximum pour dissimulation
d'identité dans une émeute serait de 10 ans de prison
alors que pour la dissimulation d'identité dans un attroupement
illégal, elle, serait de 5 ans de prison et/ou une amende
maximum de 5000 $. Il faudra vérifier si en vertu des mesures
comprises dans la loi omnibus sur la criminalité que le
gouvernement Harper a adoptée récemment on imposerait une
sentence minimum obligatoire à quiconque conviendrait à
ce nouveau projet de loi.
Le 6 mai, Rob Nicholson, le ministre de la Justice et
procureur général du Canada, a annoncé que le
gouvernement Harper va donner son plein appui au projet de loi C-309.
Nicholson a dit que « notre gouvernement est dévoué
à la sécurité de tous les Canadiens. Les
comportements destructeurs et irresponsables nuisent aux
communautés et ne sauraient être tolérés.
» Le rapport du Comité permanent de la justice et des
droits de la personne sur le projet doit maintenant être
débattu en troisième lecture à la Chambre des
communes.

Un projet de loi émanant d'un
député
qui militarise la citoyenneté
- Enver Villamizar -
Comme on le sait, le gouvernement Harper a
déjà changé profondément plusieurs lois
canadiennes en camouflant les changements dans des projets de loi
omnibus. Pour ce gouvernement, désinformer la population est
chose quotidienne. C'est de cette façon qu'il s'assure que les
gens ne sont pas au fait de la signification de ce qui se passe dans la
société et ne sont pas en mesure de rendre les
gouvernements redevables de leurs actions parce que le système
qui les liait au pouvoir politique à travers la
représentation par les partis ne fonctionne plus.
Une autre façon pour lui de faire ces grands
changements est le dépôt et l'adoption de projets de loi
qui émanent des députés.
Le 30 mai dernier, le député conservateur
de Calgary Northeast Devinder Shory a déposé le projet de
loi C-425, la Loi modifiant la Loi sur la citoyenneté
(valorisation des Forces armées canadiennes). Comme c'est
le cas avec les autres projets de loi émanant de
députés conservateurs, celui-ci est tout à fait
conforme aux ambitions guerrières du gouvernement Harper et
c'est un effort pour violer les droits fondamentaux des Canadiens dans
l'intérêt de l'impérialisme américain et des
monopoles que ce gouvernement représente.
Plutôt que d'assurer que l'obtention de la
citoyenneté repose sur des critères objectifs qui sont
les mêmes pour tous les résidents permanents, le projet de
loi si adopté amendera la Loi sur la citoyenneté
en accélérant le traitement de la demande de tout
résident permanent qui est « membre des Forces
armées canadiennes, qui a signé un contrat d'au moins
trois ans et qui a terminé son entraînement de base
». Le ministre de la Citoyenneté, de l'Immigration et du
Multiculturalisme sera habilité à réduire d'un an
la durée de résidence requise d'un résident
permanent pour qu'il obtienne sa citoyenneté canadienne s'il se
joint aux formes armées canadiennes.
Une telle mesure ferait pression sur les immigrants et
les résidents permanents pour qu'ils deviennent membres des
forces armées canadiennes et chair à canon dans les
guerres d'agression s'ils veulent accélérer leur
accession à la citoyenneté. Elle sera également
utilisée pour demander des résidents permanents qu'ils
démontrent leur allégeance aux forces armées
canadiennes s'ils veulent devenir citoyens tandis que les autres qui
ont la santé requise mais ne se joignent pas l'armée
seront considérés comme étant déloyaux et
indignes de devenir citoyens.
Il faut aussi noter que le projet de loi amende
l'article 9 de la Loi sur la citoyenneté afin qu'une
personne soit réputée avoir demandé à
répudier sa citoyenneté canadienne ou avoir retiré
sa demande de citoyenneté canadienne si elle commet « un
acte de guerre contre les Forces armées canadiennes ».
L'utilisation de l'expression « forces
armées canadiennes » au lieu de « armée
canadienne » en relation avec la perpétration d'un acte de
guerre pourrait être délibérée. Elle prend
une signification bien précise quand on sait que de plus en plus
de membres des forces armées canadiennes servent directement
avec les forces armées américaines dans des missions
auxquelles l'armée canadienne ne participe pas officiellement.
Cela ouvre la porte au retrait de la citoyenneté à tout
Canadien qui ose résister aux agressions américaines ou
est fait prisonnier par elles, comme ce fut le cas d'Omar Khadr, sur la
base que les forces armées canadiennes sont impliquées
dans des opérations avec les forces armées des
États-Unis. Cela comprendrait aussi les cas où un
Canadien est capturé par les forces armées canadiennes
dans des actions militaires à l'étranger.
Le député conservateur Shory a fait le
commentaire suivant sur son projet de loi : « Ce projet de loi
est beaucoup plus qu'une façon nouvelle de s'intégrer au
Canada. C'est une façon de plus pour la population de Calgary
Northeast de manifester son profond respect pour la citoyenneté
canadienne et pour les braves hommes et femmes des forces armées
canadiennes. »
Pousser les résidents permanents à devenir
membres des forces armées canadiennes afin
d'accélérer leur obtention de la citoyenneté n'a
pas pour but d'encourager le respect pour la citoyenneté
canadienne ou pour les forces armées canadiennes, mais ni Shory
ni les autres qui appuient ce projet de loi ne veulent vraiment en
discuter. C'est inadmissible et tout à fait
intéressé d'utiliser le Parlement de façon aussi
médiévale.
Les Canadiens doivent s'opposer fermement à de
telles mesures qui font pression sur les sections les plus
vulnérables de la société pour les amener à
se joindre aux forces armées et qui créent les conditions
pour qu'on impose la mort civile à ceux qui résistent
à l'impérialisme américain.

Opposition à l'ordre du jour
antisocial du gouvernement Harper
Professionnels et intervenants de la santé
à Toronto s'opposent aux coupures affectant les
réfugiés
Le 18 juin des milliers de médecins,
infirmières, dentistes, pharmaciens, étudiants en
médecine, intervenants en santé communautaire et citoyens
concernés ont participé à des manifestations dans
des villes d'un océan à l'autre pour exprimer leur
opposition aux modifications que le régime Harper apporte au
Programme fédéral de santé intérimaire. Ce
programme est responsable des soins de santé accordés aux
demandeurs du statut de réfugié, aux
réfugiés réétablis parrainés et
autres « personnes protégées ». Les mesures
antisociales proposées qui sont partie intégrante de
l'offensive antisociale de la dictature Harper sont entrées en
vigueur le 30 juin 2012. De telles mesures sont prises au nom de
l'« efficacité » et pour empêcher les
réfugiés d'« abuser » du système de
santé canadien. Les changements apportés affecteront les
réfugiés qui sont déjà au Canada ainsi que
ces réfugiés en provenance de pays d'origine
désignés (POD) qui, selon le gouvernement, sont «
des pays qui normalement ne produisent pas de réfugiés,
respectent les droits de la personne et offrent la protection de
l'État ». Par exemple, la France et la Hongrie, qui
ciblent et attaquent les Roms, seraient parmi ces pays dits « PDO
».
Cette façon arbitraire de désigner des PDO
offre la possibilité au ministre de l'Immigration et de la
Citoyenneté de se servir des nouvelles dispositions pour
justifier les attaques organisées par l'État contre les
sections les plus vulnérables et traumatisées du peuple
canadien et pour inciter une hystérie raciste contre les
réfugiés.
Plus de 500 personnes ont manifesté à
Toronto au bureau de Citoyenneté et Immigration Canada qui
abrite aussi l'unité du Programme fédéral de
santé intérimaire. Plusieurs arboraient leur sarrau de
travail et des pancartes en appui au droit de tous les Canadiens, y
compris les réfugiés, à des soins de santé
de standard canadien en tant que droit fondamental. Les manifestants
ont condamné le gouvernement Harper et le ministre de
l'Immigration Kenney pour leurs attaques contre les personnes les plus
vulnérables et ont exigé que les changements
proposés au Programme fédéral de santé
intérimaire soient retirés. Les passants ont
exprimé leur appui enthousiaste à cette action.
Le Dr. Philip Berger, un des organisateurs de
l'évènement et chef du département de
médecine familiale à l'hôpital St-Michael's, a dit
que ces coupures représentaient une attaque des « plus
malveillantes et hargneuses » contre les réfugiés.
Il a dit que selon les changements proposés les
réfugiés arrivant au Canada qui ont besoin de soins
médicaux ne seront pas soignés. Il a
dénoncé le ministre Kenney pour avoir contribué
à répandre la désinformation en affirmant que les
réfugiés bénéficient en ce moment de soins
de santé supérieurs à ceux des citoyens canadiens
et des résidents permanents, et que les changements
proposés au Programme fédéral de santé
intérimaire feraient en sorte que les soins de santé
prodigués aux réfugiés seraient désormais
en harmonie avec ceux accordés au reste de la population. Entre
autres, les changements proposés verront les
réfugiés se faire refuser de l'insuline et autres
médicaments, les soins de santé étant disponibles
seulement en cas d'« urgence », lorsque « essentiels
» ou représentant une « menace publique ».
De toute évidence, ces mesures visent l'ensemble
des Canadiens. Une attaque contre un est une attaque contre tous et,
par conséquent, les attaques contre les réfugiés,
qui affectent en définitive le genre de société
que le Canada est à même d'édifier, touchent tous
les Canadiens. Une infirmière de la santé publique a
très bien exprimé ce sentiment : « Les
réfugiés font partie de nous, le peuple canadien. Leurs
soins de santé sont les soins de santé de tous les
Canadiens. Il est inacceptable de cibler les réfugiés par
ces mesures punitives. On ne peut justifier de telles mesures. »
Qui plus est, le fait que le ministre Kenney
déclare que les soins de santé des réfugiés
seront désormais en harmonie avec ceux accordés à
tous les Canadiens indique que les Canadiens doivent s'attendre
très bientôt aux mêmes soins que Kenney
réserve présentement aux réfugiés. C'est
une attaque directe contre la santé et le bien-être de
tout le peuple canadien et cela confirme de plus en plus que le plan du
gouvernement Harper est de faire en sorte que la privatisation des
soins de santé devienne un fait accompli.
Les orateurs au rassemblement de Toronto ont
lancé l'appel à tous de communiquer avec leur
député pour exiger que ces mesures rétrogrades
soient retirées, d'informer leurs amis de ces mesures tout en
les invitant à résister aux attaques brutales contre les
réfugiés par le régime Harper.

Le discours raciste du gouvernement sur
«la violence d'origine culturelle contre les femmes»
- Pritilata Waddedar -
Le gouvernement Harper maintient une pression brutale
sur les communautés immigrantes pour les ghettoïser et
isoler les immigrants du reste de la population canadienne. Il ne se
passe pas une semaine sans que le ministre de l'Immigration Jason
Kenney n'annonce une nouvelle initiative provocante contre les
immigrants. Dans cette campagne d'intimidation et de marginalisation
des immigrants, un rôle important est dévolu à la
ministre de la Condition féminine.
Depuis qu'elle a été nommée
ministre de la Condition féminine, il y a deux ans, Rona Ambrose
s'affaire à démoniser et à vilipender les
communautés immigrantes par souci, dit-elle, pour les victimes
des « crimes d'honneur » et de « la violence
d'origine culturelle contre les femmes ». Selon elle, les
immigrants provenant de pays du Sud asiatique ou de pays à
prédominance musulmane ont des valeurs culturelles qu'il faut
corriger et l'État canadien doit intervenir pour leur imposer
des « valeurs canadiennes » supérieures.
Le gouvernement Harper et les médias ont fait du
sensationnalisme sur le meurtre de femmes originaires de l'Asie du Sud
et blâmé les « valeurs culturelles » de
certaines communautés d'immigrants pour ces crimes horribles. La
ministre Ambrose a entrepris de parcourir le pays à
l'affût de telles tragédies pour avancer le programme de
destruction sociale de son gouvernement. L'irrationalité du
gouvernement Harper a été exposée l'année
dernière, par exemple, quand la ministre est allée
jusqu'à déclarer que son gouvernement préparait
des lois pour faire du « meurtre d'honneur » un cas
spécial dans le Code criminel. Le meurtre est déjà
identifié et défini dans le Code criminel. Le
gouvernement Harper n'envisage pas ce qui arrive à la
société quand le Code criminel sert la promotion du
racisme d'État contre les communautés immigrantes.
Récemment la ministre a participé au
lancement très publicisé d'un ouvrage sur la violence
d'« origine culturelle » contre les femmes écrit par
Aruna Papp et Barbara Kay. Madame Papp opère une firme de
consultation privée qui forme les policiers sur les questions
reliées à la violence culturelle. Madame Kay est
chroniqueuse au National Post. L'ouvrage en question, Unworthy
Creature : A Pujabi Dauther's Memoir of Honour, Shame and Love,
est paru le 15 mai dernier.
La ministre Ambrose a
profité de l'occasion pour faire des remontrances sur le besoin
de protéger les valeurs canadiennes contre la barbarie
amenée selon elle par les immigrants qui viennent au Canada :
« Au Canada, toutes les femmes et filles sont égales aux
hommes devant la loi et elles ont le droit de vivre sans crainte
d'être victimes de violence ou d'abus. Aruna Papp prouve que les
pratiques barbares associées à la violence motivée
par « l'honneur » n'ont pas leur place au Canada, et que
nous devons les rejeter en prônant sans équivoque la
liberté et l'égalité. Je tiens à
féliciter Aruna Papp et Barbara Kay, qui attirent l'attention
sur les actes de violence commis au nom de « l'honneur »
dans leur nouvel ouvrage. » Ce à quoi Aruna Papp a
répondu : « J'espère que mon livre encouragera les
dirigeantes et dirigeants communautaires de tous les pays où les
inégalités entre les sexes sont légion à
rompre le silence et à briser le cycle de la violence commise au
nom de l'honneur. »
L'année précédente, en mars 2010,
la ministre avait participé au lancement très
médiatisé de l'étude Culturally Driven Violence
Against Women [La violence d'origine culturelle contre les femmes]
préparée par Madame Papp pour le Frontier Centre, un
institut de recherche privé financé par de riches
donateurs.
La principale preuve apportée par Madame Papp
dans son étude de 2010 reposait sur un rapport de 1999 de
Statistique Canada qui, selon elle, démontre que c'est dans les
foyers d'immigrants provenant de pays en développement qu'on
trouve le plus grand nombre de cas de violence familiale. Elle conclut
de cette affirmation et d'anecdotes personnelles que la violence contre
les femmes au Canada est d'origine culturelle.
Madame Papp omet de dire que c'est aussi parmi les
immigrants originaires des pays en développement qu'on trouve le
plus grand nombre de pauvres. C'est un fait établi que, bien que
la violence familiale soit un phénomène que l'on retrouve
dans toutes les couches de la société, les pauvres y sont
plus vulnérables. Les femmes pauvres se retrouvent souvent dans
des situations de violence familiale parce qu'elles n'ont pas les
moyens financiers d'y échapper. Le sous-financement des abris
pour femmes violentées et autres programmes sociaux signifie que
les immigrantes de familles pauvres n'ont nulle part où aller.
Elles sont abandonnées à leur sort.
Au lancement de l'ouvrage de madame Papp en 2010, la
ministre a lancé l'appel aux groupes de femmes partout au pays
à soumettre des propositions et des demandes de financement au
ministère de la Condition féminine comme contribution
à une campagne du gouvernement contre la violence d'origine
culturelle. Depuis ce temps, le gouvernement Harper a annulé le
financement de Citoyenneté et Immigration Canada pour les
organismes de femmes qui offrent l'enseignement linguistique, la
formation d'emploi et d'autres services d'établissement aux
immigrantes pour plutôt remettre l'argent aux mêmes
organismes, mais par le biais du ministère de la Condition
féminine pour parler de « la violence d'origine culturelle
contre les femmes ».
Les balivernes au sujet de la violence d'origine
culturelle servent nul doute à exercer une pression favorisant
la ghettoïzation des communautés immigrantes et l'isolement
des immigrants par rapport au reste de la société
canadienne, mais elles ne contribuent rien à la
résolution du sérieux problème que sont les crimes
contre les femmes. La violence contre les femmes est un sérieux
problème au Canada, comme dans le reste du monde, et ces crimes
sont commis dans une multitude de contextes culturels.
Un de ces contextes au Canada est la colonisation et le
génocide contre les Premières Nations, qui se poursuivent
à ce jour. Le gouvernement canadien refuse obstinément
d'agir en réaction aux rapports qui indiquent que près de
3000 femmes autochtones ont été portées disparues
au Canada au cours des quelques dernières années. Un
autre contexte est la forte incidence de violence familiale au Canada
qui mène chaque année au meurtre de 75 femmes par leur
époux. Près de 25 000 cas de violence physique et d'abus
contre les femmes sont rapportés chaque année et bien
d'autres ne sont pas rapportés.
La ministre de la Condition féminine affirme
qu'au Canada toutes les filles et femmes ont le droit de vivre sans
crainte d'être victimes de violence et d'abus, mais ce sont des
paroles qui ne coûtent rien. Lorsqu'il s'agit de mesures
concrètes pour garantir ce droit, le gouvernement manque
à l'appel. Les abris, les logements et autres mesures de soutien
dont ont besoin les femmes et les enfants victimes d'abus et de
violence sont sous-financés. Les mesures concrètes pour
garantir le droit des immigrantes de pleinement participer à la
société canadienne font aussi cruellement défaut.
Le gouvernement aime blâmer la culture des
communautés immigrantes pour les problèmes des femmes,
mais il est lui-même un facteur de régression dans ces
communautés quand il manque à ses responsabilités
envers les immigrantes. Que dire, par exemple. du taux honteusement
élevé de non-participation à la main-d'oeuvre et
de chômage parmi les femmes d'origine sud-asiatique et de
certaines autres communautés immigrantes comparativement
à la moyenne canadienne. Ce n'est pas là un facteur
culturel mais bien le produit direct du sous-financement des garderies,
de l'enseignement de l'anglais ou du français comme langue
seconde, de la formation à l'emploi, de l'éducation et
des autres services dont les femmes ont besoin.
L'irresponsabilité du gouvernement est la cause de la
pauvreté, de la dépendance et de l'isolement auxquels
sont vulnérables les femmes dans plusieurs communautés
immigrantes.
Ce dont les immigrantes ont besoin pour vivre
décemment dans une société moderne, c'est que le
gouvernement fasse son devoir. Ce dont elles n'ont surtout pas besoin,
c'est un sauveur condescendant comme la ministre Ambrose et son
hystérie raciste à propos de « la violence
d'origine culturelle ». Rona Ambrose, le gouvernement Harper et
tous les politiciens sans solution qui servent les riches sont des
forces favorisant la régression et un obstacle au progrès
des immigrantes et de l'ensemble de la société
canadienne. Un nouveau monde cherche à naître où
les droits de tous seront garantis et réalisés. Les
immigrantes sont avec la vaste majorité des Canadiens qui
luttent pour réaliser ce monde nouveau.

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