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Numéro 80 - 28 juin
2012
Privatisation de
l'intérêt public
La kleptocratie canadienne et la porte
tournante
Privatisation
de
l'intérêt public
• La kleptocratie canadienne et la porte
tournante - Jim Nugent
Lockout des
travailleurs de Rio Tinto Alcan à Alma
• La compagnie doit répondre aux
préoccupations des travailleurs et satisfaire leurs demandes
- Pierre Chénier
• Nouveaux appuis financiers pour les
lockoutés
• 14$ pour travailler en sous-traitance aux
salles de cuves au Complexe Jonquière!
• Le président du Syndicat des
employés d'Énergie électrique de Rio Tinto
défend sa position
St-Jean-de-Maurienne,
France
• Chantage de Rio Tinto contre les travailleurs
et la région
Privatisation de l'intérêt
public
La kleptocratie canadienne et la porte tournante
- Jim Nugent -
La minorité riche au pouvoir ne laisse
certainement pas au hasard
l'organisation des affaires économiques et politiques du pays en
tant
que kleptocratie — le pouvoir des voleurs. Elle met en place
les mécanismes nécessaires pour s'assurer que les
intérêts privés de la
minorité riche sont politisés et les
ressources gouvernementales à tous les niveaux mises à
leur
disposition. Un de ces mécanismes est le va-et-vient continuel
entre le
personnel corporatif de haut niveau et les hauts responsables
gouvernementaux, quelque chose que les médias monopolisés
qualifient
ironiquement de « porte tournante ». L'affaire est
sérieuse cependant parce que c'est devenu la norme que des
gouvernements servant des intérêts étroits engagent
aux plus hauts
postes gouvernementaux du point de vue décisions politiques les
mêmes
petits groupes d'individus qui s'occupent de faire la promotion des
intérêts privés de grandes corporations.
La nomination plus tôt cette année de Dawn
Farrell au poste de
présidente et PDG du monopole agressif albertain de
l'énergie TransAlta
en est un exemple frappant. Avant de se joindre à TransAlta il y
a de
cela deux ans, Farrell était vice-présidente
exécutive de la production
d'électricité (et des affaires autochtones)
à BC Hydro. Maintenant, portant son chapeau de TransAlta, elle
est en
train de négocier avec BC Hydro des accords à long terme
d'achat
d'électricité comprenant le plan de TransAlta de
construire des
centrales électriques au gaz en Colombie-Britannique. Farrell
était
responsable du secteur de la production d'électricité
à BC Hydro lorsque fut établie la politique de mettre
toute nouvelle
production d'électricité dans les mains des investisseurs
privés.
Aujourd'hui elle aide TransAlta à retirer les
bénéfices de cette
politique. On demandera avec raison en ce qui concerne
l'intérêt public
dans le secteur de l'électricité : Qui surveille le
magasin ?
Ça n'est certainement pas la première
ministre de la province
Christy Clark qui le surveille parce qu'elle semble plutôt
déterminée à
faciliter le vol par TransAlta. Clark fait la promotion des projets de
centrales au gaz de TransAlta, aussi aberrant que cela puisse
paraître
que de faire la promotion de la production
d'électricité par des combustibles fossiles dans une
province comme la
Colombie-Britannique qui est un leader mondial en potentiel
hydro-électrique. Clark n'en a pas moins ordonné à
BC Hydro de prendre
des mesures pour attirer TransAlta et à ses ministres
d'éliminer les
obstacles réglementaires pour permettre
à la compagnie de créer un marché pour
l'électricité produite au gaz
dans lequel le gaz naturel de TransAlta peut jouer un rôle.
On retrouve dans toutes les provinces et au
Québec ces exemples
d'individus à la vision antisociale et centrée sur le
capital qui font
du va-et-vient entre les conseils d'administration des entreprises et
les plus hautes fonctions dans les gouvernements. Les travailleurs de
l'Ontario se battent présentement contre les
conséquences du budget d'austérité
préapré par Don Drummond, un
véritable maître en matière de corruption. Drummond
est passé de
vice-président de la Banque TD à responsable de la
préparation du
budget de l'Ontario en 2012. Avant cela il a été
sous-ministre adjoint
du ministre des Finances Paul Martin au
fédéral, chargé des relations interprovinciales
(coupures dans la santé
et les paiements de transfert) et de la politique fiscale (baisses de
impôts pour les entreprises).
Un autre exemple, encore de l'Ontario, est la nomination
par le
gouvernement de Bob Rae au début des années 1990 de
Maurice Strong, un
ancien PDG de Power Corporation, au poste de président d'Ontario
Hydro.
Power Corporation est l'un des groupes monopolistes les plus puissants
du Canada et à cette
époque il avait de grands investissements dans
l'électricité et le
secteur de l'énergie en général. Nous vivons
encore aujourd'hui les
conséquences de cette nomination. Lorsqu'il était
à la tête d'Ontario
Hydro, Strong a débuté le processus de privatisation de
l'électricité
que le gouvernement Harris d'abord et McGuinty
ensuite ont poursuivi. Cette privatisation a été un vrai
pactole pour
les riches mais un désastre pour les travailleurs du secteur et
pour
les utilisateurs.
Ces pratiques corrompues et les autres moyens qui sont
utilisés pour
privatiser les intérêts privés de la
minorité riche vont de pair avec
la marginalisation des travailleurs et du peuple dans les affaires
politiques et les prises décisions en matière
économique. Les gens se
font dire de laisser ces choses là dans les
mains d'experts comme Farrell, Drummond et Strong. On dépeint
ces hauts
personnages comme étant dignes d'être au contrôle
puisqu'ils seraient
des experts non partisans et apolitiques, capables de manier le
gouvernail économique de façon objective dans la
direction que la vie
elle-même indique. En fait, les décisions
de ces experts ont un caractère profondément politique.
Qu'ils portent
le chapeau corporatif ou gouvernemental, ils placent les besoins du
capital au centre de toute considération et ils nient au peuple
quelque
rôle que ce soit dans l'élaboration de la pensée ou
la prise de
décision sur la direction que doit prendre la
société.

Lockout des travailleurs de Rio Tinto
Alcan à Alma
La compagnie doit répondre aux
préoccupations
des travailleurs et satisfaire leurs demandes
- Pierre Chénier -
La haute direction de Rio Tinto Alcan a laissé
savoir qu'elle était intéressée à signer
une convention collective avec les travailleurs en lockout d'Alma avant
l'été. En début juin, le syndicat et la direction
de RTA ont rencontré séparément le
médiateur assigné par le gouvernement à la
négociation et le syndicat
et l'employeur se sont rencontrés le 13 juin. La responsable aux
communications de RTA Claudine Gagnon a dit à la presse :
« Nous le répétons, ce doit être un
règlement à l'intérieur des balises de ce qu'on
retrouve dans l'industrie de l'aluminium. »
Encore une fois, avec sa répétition
dogmatique au sujet de « ce qu'on retrouve dans l'industrie de
l'aluminium » Rio Tinto Alcan cherche à esquiver les
questions qui sont au coeur du conflit. RTA n'est pas capable de donner
un argument qui justifierait que selon l'entreprise, pour poursuivre
ses activités au Saguenay-
Lac-St-Jean elle doit abaisser les conditions de travail et de vie des
travailleurs de l'usine par le biais de la sous-traitance. Cela va
mener inévitablement à l'abaissement des conditions de
travail et de vie de tous à l'usine comme dans la région.
Les travailleurs d'Alma en lockout ont déjà fait
l'expérience depuis 5-6 ans de l'extension de conditions de
travail à deux paliers dans l'usine, de l'affaiblissement des
conditions de
santé et de sécurité par le biais de la
sous-traitance et de ce que Rio Tinto Alcan appelle son droit de
gérance.
On a vu que son « droit de gérance »
dans la gestion de la main-d'oeuvre a mené à
l'élimination d'une pratique de prévention des incendies
basée sur la main-d'oeuvre syndiquée de l'usine que les
travailleurs trouvaient sécuritaire et que la direction a
éliminée du revers de la main. RTA a simplement dit que
cette pratique n'existe plus dans l'industrie.

Rio Tinto ne cesse de jeter à
la figure des travailleurs son
argument « des normes de l'industrie » pour imposer des
conditions de travail
que les travailleurs dénoncent comme étant
régressives et non sécuritaires. Les
travailleurs s'opposent au recours sans limite à
la sous-traitance non seulement parce que cela détériore
sérieusement les conditions de travail et le niveau de vie dans
la région mais
parce que cela réduit les effectifs du syndicat.
Déjà les travailleurs sont à
même de voir qu'une réduction du nombre de travailleurs
membres de leur
syndicat rend plus difficile de forcer la compagnie à respecter
la convention
collective et cela deviendrait encore plus difficile si l'entreprise
avait le feu
vert en ce qui concerne la sous-traitance.
Lorsque la porte-parole de RTA parle de « ce qu'on
retrouve dans l'industrie de l'aluminium » et dit que RTA ne peut
offrir aux travailleurs d'Alma que ce qu'il offre ailleurs, elle
néglige de dire que les travailleurs d'Alma sont allés
voir ce que Rio Tinto fait ailleurs. Ils en sont revenus encore plus
déterminés
à obtenir satisfaction de leurs revendications. Ils ont vu Rio
Tinto en Tasmanie aller jusqu'en Cour suprême pour s'opposer
à la syndicalisation de ses employés. Qui veut de cela
comme modèle ou comme « norme de l'industrie » ?
Les travailleurs par leur
lutte courageuse de près de six mois revendiquent un
équilibre dans la production de l'aluminium, dans les relations
de travail et dans l'utilisation des richesses naturelles qui leur
permette à eux et à la région et au Québec
de bénéficier des fruits de leur travail. Rio Tinto Alcan
s'y refuse,
parce que selon ses dirigeants l'intérêt monopoliste
privé doit supplanter l'intérêt public. Dans la
logique de Rio Tinto, qui est aussi celle du gouvernement Charest,
l'intérêt monopoliste privé de RTA est synonyme
d'intérêt public. Rio Tinto Alcan ne reconnaît
même pas qu'il réalise la plus grande partie de ses
profits
grâce aux privilèges hydro-électriques
extraordinaires qui lui sont consentis au Québec et surtout en
situation de lockout !
Après près de six mois d'un lockout
frauduleux, qui est largement financé par la population du
Québec et qui a débuté par l'expulsion
illégale des travailleurs de leur quart de travail, c'est
à Rio Tinto de montrer quelque bon sens et de négocier de
bonne foi et signer une convention qui reconnaisse et satisfasse
les demandes des travailleurs.
Nous devons aussi demander des comptes au gouvernement
Charest pour avoir manqué à sa responsabilité de
défendre l'intérêt public en se mettant au service
des monopoles au détriment de la population.
Hydro-Québec achète pour 33 millions $
d'hydro-électricité
de Rio Tinto Alcan pendant les trois premiers mois du lockout
Les travailleurs d'Alma demandent au gouvernement
Charest d'arrêter les achats par Hydro-Québec de
l'hydro-électricité produite par RTA pendant le lockout.
Ils ont exposé
et dénoncé l'entente secrète du gouvernement du
Québec avec RTA selon laquelle Hydro-Québec doit acheter
l'hydro-électricité de la compagnie pendant le lockout.
Ils ont dit que cet achat est une façon de faire financer le
lockout par la population du Québec et que cela constitue une
ingérence flagrante du gouvernement
Charest dans le conflit du côté du monopole.
Le syndicat a demandé en personne au premier
ministre Charest de remédier à la situation. Les
travailleurs ont fait une marche à relais du Lac-St-Jean
à l'Assemblée nationale où ils ont tenu une
manifestation très vigoureuse. Ils ont reçu l'appui de
conseils de ville de la région qui ont
réitéré que les ententes sur
l'hydro-électricité doivent servir à l'emploi
industriel. Les travailleurs font circuler une pétition à
ce sujet qui est signée par beaucoup de gens.
Le récent rapport d'Hydro-Québec sur le
premier trimestre de 2012 vient de corroborer leurs
préoccupations et expose encore plus la signification de
l'entente secrète et l'irresponsabilité du gouvernement
Charest.
Pendant le premier trimestre Hydro-Québec a
acheté 800 millions de kw/heure en
hydro-électricité de Rio Tinto à environ 4,2 cents
le kw/heure. Des porte-parole d'Hydro-Québec ont dit que la
société n'a pas trouvé acheteur pour cette
énergie excédentaire. L'achat d'énergie de RTA
s'est poursuivi pendant tout
le second trimestre.
Hydro-Québec annonce dans son rapport une perte
de bénéfices nets d'environ 65 millions $ par rapport
à la même période l'an dernier. Le rapport explique
la baisse par une diminution de 30 millions $ des revenus des
exportations d'électricité d'Hydro-Québec sur le
marché américain, une baisse de la demande
intérieure pendant l'hiver à cause de températures
clémentes et son achat de 33 millions $
d'hydro-électricité inutilisée de Rio Tinto Alcan
durant le lockout.

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Une porte-parole d'Hydro-Québec a dit aux
médias que la société d'État n'a pas
d'autre choix que d'acheter toute l'énergie excédentaire
produite par Rio Tinto Alcan, y compris pendant le lockout,
étant liée par une entente commerciale avec RTA à
ce sujet. Elle a négligé de dire que cette entente
commerciale
entre Hydro-Québec et RTA fait partie d'une entente très
vaste signée en 2007 entre le gouvernement du Québec,
Hydro-Québec et RTA dont plusieurs parties sont restées
secrètes jusqu'à tout récemment, notamment en ce
qui concerne la définition d'un lockout comme un cas de force
majeure.
Cette entente comporte une série d'obligations de
la part de Rio Tinto en ce qui concerne par exemple les investissements
et la capacité de production de ses usines. Le gouvernement et
la société d'État s'engagent entre autres choses
à acheter toute l'hydro-électricité produite par
Rio Tinto Alcan mais non utilisée
pour ses activités de production.
L'entente prévoit qu'en cas de force majeure qui
affecte l'une ou l'autre des trois parties, les obligations de part et
d'autre peuvent être suspendues pour le temps que dure le cas de
force majeure. Un cas de force majeure comprend non seulement des
phénomènes comme des tremblements de terre et des
révolutions
mais des grèves et des lockouts. Dans tous les cas de force
majeure sauf les grèves ou les lockouts, les obligations sont
suspendues seulement si les parties signataires de l'accord et
affectées par la force majeure font tout pour en corriger les
causes et en diminuer les impacts. Dans les cas de grèves ou de
lockouts
cependant, toute latitude est donnée à la partie
affectée de faire comme bon lui semble sans que ses droits ou
obligations soient suspendus. Cela donne comme résultat
aujourd'hui que Rio Tinto peut faire durer son lockout aussi longtemps
qu'il le veut et recevoir pendant ce temps des dizaines de millions de
dollars
d'Hydro-Québec et le tout est qualifié de simple entente
commerciale.
Les travailleurs ont réagi avec colère
à la publication du rapport d'Hydro-Québec. « Un
moment donné la farce, va falloir qu'elle arrête !, a dit
Pierre Simard, le président du Syndicat des employés
d'énergie électrique. C'est nous, comme contribuables,
qui sommes obligés d'acheter les surplus
d'électricité de
la multinationale qui a décidé elle-même de
décréter un lock-out à Alma. »
C'est vraiment très commode pour le gouvernement
Charest de prétendre qu'il n'a rien à voir avec le refus
de Rio Tinto de négocier de bonne foi avec les travailleurs. Ni
le gouvernement du Québec, qui a le devoir de représenter
l'intérêt public, ni Hydro-Québec, qui remplit les
coffres de RTA avec des fonds
publics, ne se considèrent le moindrement responsable de ce qui
arrive. Ce n'est pas acceptable. Le gouvernement a le devoir
d'établir un certain équilibre des forces dans la lutte
actuelle et il peut le faire en suspendant les paiements pour l'hydro
de RTA ou en demandant à Rio Tinto d'assumer ses
responsabilités
sociales et de négocier de bonne fois s'il veut continuer
à faire des affaires au Québec. Il faut abroger cette
entente qui déclare un cas de force majeure uniquement pour
garantir le droit de monopole de Rio Tinto Alcan.

Nouveaux appuis financiers pour les lockoutés
Après bientôt six mois de lockout, le
besoin de soutien financier est plus grand que jamais pour les
travailleurs de Rio Tinto Alcan à Alma. Deux autres syndicats de
la métallurgie viennent de leur donner un appui
généreux : les travailleurs du fer et du Titane de Rio
Tinto à Sorel-Tracy et la section locale 6586 des
Métallos qui représente les travailleurs de l'usine
d'ArcelorMittal à Contrecoeur, anciennement Sidbec-Dosco.

Les travailleurs
d'Alma reçoivent un acceuil chaleureux
des travailleurs de Sorel-Tracy le 17 février 2012
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Réunis en assemblée générale
le 13 juin dernier, les membres du Syndicat des ouvriers du Fer et du
Titane ont adopté à l'unanimité une proposition
d'appui aux travailleurs d'Alma. Chaque travailleur, et ils sont
environ 1000 au complexe métallurgique, donnera 5 $ par semaine
jusqu'à la fin du conflit, ce qui
équivaut à environ 20 000 $ par mois. Hugues Villeneuve,
le vice-président du syndicat d'Alma, a participé
à l'assemblée générale et fait une mise
à jour sur la lutte qui approche maintenant son septième
mois.
Le président du syndicat des travailleurs de
Sorel-Tracy, Jacques Boissonneau, a lui aussi donné son
appréciation de l'appui financier aux travailleurs d'Alma.
« C'est un geste d'appui indispensable. Cela jette les bases
d'une solidarité intersyndicale bien concrète et
nécessaire envers les travailleurs de l'usine Rio
Tinto d'Alma, pour qui le respect et la dignité sont des valeurs
profondes que nous partageons entièrement... Ce n'est pas
seulement le conflit d'une autre centrale syndicale, mais plutôt
le conflit de confrères de travail qui font partie de la grande
famille Rio Tinto. Ce sont des hommes, des pères, des ouvriers
qui
se tiennent debout afin de ne pas perdre leurs droits, leurs conditions
de travail si chèrement acquises. Il faut être solidaire
avec eux car leur combat est aussi notre combat . » La convention
collective des ouvriers de Rio Tinto de Sorel-Tracy viendra
elle-même à l'échéance le 30 avril 2013 et
les travailleurs rapportent
avoir déjà mis sur pieds différents comités
pour préparer leurs demandes.
De retour à Alma, Villeneuve a rapporté
à quel point l'accueil des travailleurs a été
chaleureux et à quel point le syndicat d'Alma apprécie
l'appui financier. À la fin février plus de 200
travailleurs en lockout d'Alma étaient venus rencontrer ces
mêmes travailleurs suite à une manifestation à
Montréal et avaient
également reçu un très bon accueil.

Lors d'un grand
rassemblement à Contrecoeur le 31 mars
2012 pour exiger le laminoire à poutrelles
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Pour leur part, les travailleurs de Contrecoeur ont eux
donné un appui financier qui sera de l'ordre de 5000 $ par mois
pour la durée du conflit. Ces travailleurs ont appuyé et
popularisé la lutte des lockoutés d'Alma depuis le
début et ils étaient là lors de la grande
manifestation dans les rues d'Alma le 31 mars.
Ils sont eux mêmes engagés dans une bataille à
l'heure actuelle pour amener Arcelor Mittal à faire des
investissements dans l'usine pour élargir la production. On se
souvient qu'ArcelorMittal a fermé deux laminoirs à
Contrecoeur en 2008, ce qui a entraîné la perte de 500
emplois. En contrepartie, l'entreprise s'était
à l'époque engagée à construire un laminoir
à poutrelles, ce qui aurait donné du travail à 200
travailleurs. Non seulement la promesse ne s'est pas
matérialisée mais ArcelorMittal se refuse à faire
d'autres investissements à Contrecoeur et cela en dépit
de l'augmentation fulgurante de ses activités d'extraction du
minerai
de fer sur la Côte Nord dans le cadre du Plan Nord. Les
travailleurs font remarquer que c'est une situation qui ne peut pas
durer parce qu'ils doivent produire toujours plus avec des effectifs
insuffisants. C'est pourquoi ils ont intitulé leur campagne :
« Le citron est assez pressé, investissez ! »
Ces deux appuis précieux s'ajoutent aux autres
que les travailleurs du Québec, du reste du Canada et de
plusieurs pays du monde ont exprimés pour les travailleurs
d'Alma.

14$ pour travailler en sous-traitance aux salles
de cuves au Complexe Jonquière!
Par sa nouvelle offre d'emploi au complexe de
Jonquière, Av-Tech, un sous-traitant de Rio Tinto, prouve le
bien fondé de la lutte des travailleurs d'Alma et de leurs
justes demandes contre le recours à la sous-traitance pour
désyndiquer les places de travail et abaisser les conditions de
vie et de travail.
Av-Tech affichait une offre d'emploi comme
opérateur de cuves au complexe Jonquière, l'autre grande
aluminerie de RTA au Saguenay-Lac-St-Jean, au salaire de 14 $ de
l'heure. Les opérateurs de cuves font généralement
partie de la main-d'oeuvre syndiquée et gagnent environ 38 $ de
l'heure.
La publication de l'offre
d'emploi a soulevé un tollé dans la région. Le
sous-traitant s'est tout de suite rétracté en disant que
la position offerte n'est pas celle d'un opérateur de salles de
cuves mais de manoeuvre spécialisé affecté au
nettoyage des cuves. Cela ne change rien au fond de l'affaire parce que
selon
les travailleurs 14 $ de l'heure pour un manoeuvre
spécialisé c'est très mal payé. C'est
précisément sur ce genre d'emplois, les emplois
d'entretien dans les opérations de production, que s'acharne Rio
Tinto Alcan. Selon la compagnie, ces emplois ne sont pas des emplois
essentiels à la production (ce sont des emplois
dits « non core ») et par conséquent ils peuvent
être donnés en sous-traitance aux conditions les plus
basses pour lesquelles le sous-traitant est capable de trouver preneur.
Rio Tito Alcan s'en lave les mains, il reporte la responsabilité
sur les sous-traitants et lui-même n'est que trop content de se
pavaner à la télévision
disant que les conditions offertes par les sous-traitants sont
excellentes.
L'offre d'emploi elle-même est très
explicite. Elle demande comme qualification que le travailleur soit en
grande forme physique et capable de travailler dans des conditions de
grande chaleur tout comme les travailleurs qui sont directement
engagés dans le siphonage des cuves.
C'est un exemple flagrant du genre d'avenir que Rio
Tinto prépare pour les travailleurs et la région.

Le président du Syndicat des employés
d'Énergie électrique de Rio Tinto défend sa
position
Le 19 juin, le
président du Syndicat des employés d'Énergie
électrique de Rio Tinto Alcan, Pierre Simard, a plaidé
à la Commission des relations du travail (CRT) pour faire casser
la mise en demeure de RTA conte lui et obtenir 10 000 $ en
indemnité pour dommages moraux. C'est le 14 mars que Simard a
reçu une mise en demeure de la direction de RTA lui reprochant
d'avoir divulgué l'étendue des ventes
d'hydro-électricité inutilisée de RTA à
Hydro-Québec pendant le lockout. Simard avait aussi dit en
entrevue au Quotidien qu'il soupçonnait l'entreprise
d'avoir voulu et planifié le lockout de longue
date à cause du contexte économique actuel
défavorable à l'industrie de l'aluminium.
Le journal Le Quotidien rapporte que Simard a
dit devant la CRT qu'il a tenté d'en savoir plus sur les
intentions de la compagnie et les échanges
énergétiques à la faveur du lockout mais s'est
heurté à la loi du silence. Il a dit s'être souvenu
de la présentation d'un économiste à l'automne
2011, soit
quelques mois avant le lockout, faisant état d'un contexte
défavorable à l'industrie avec de hauts inventaires et
des prix en baisse et cela venait appuyer ses soupçons que Rio
Tinto Alcan préparait un lockout.
« Je n'ai jamais vu une usine fermée de
façon aussi urgente », a-t-il dit lors de son
témoignage, rappelant qu'en 1992 (14 mois), en 1995 (4 mois) et
qu'en 1998 (3 ou 4 mois), des négociations avec Alcan
s'étaient poursuivies au-delà des contrats de travail.
Dans ce cas-ci non seulement le lockout officiel a-t-il
été déclenché moins de 2 heures
après l'expiration du contrat mais les travailleurs ont
été expulsés de l'usine par la force 24 heures
plus tôt, alors que leur contrat était toujours en
vigueur. Selon Le Quotidien, Simard a dit au commissaire
qu'il avait jugé de son devoir de soulever ces questions en
public
et que l'information sur les quantités d'énergie qui sont
échangées entre RTA et Hydro-Québec et l'argent
que la transaction représente sont de notoriété
publique.
Le dirigeant syndical conteste l'argument invoqué
par RTA à l'effet qu'il aurait manqué à son devoir
de loyauté et de confidentialité par ses
déclarations publiques. La mise en demeure signalait aussi
divers événements impliquant le SEEQ dans le contexte du
lockout, dont la prise de congé non autorisé, la pose
d'autocollants syndicaux et des refus d'effectuer des heures
supplémentaires.
Les audiences de la CRT sur la mise en demeure se
poursuivront les 25 et 26 septembre.

St-Jean-de-Maurienne, France
Chantage de Rio Tinto contre
les travailleurs et la région
Le PDG de Rio Tinto Alcan Jacynthe Côté
était récemment dans la région de St-Jean
de-Maurienne dans le département de la Savoie dans le sud-est de
la France. Elle est allée s'assurer que les travailleurs
comprennent bien le chantage de RTA contre les travailleurs et la
région : que si on ne trouve pas un acheteur d'ici la fin
septembre, l'usine sera fermée en permanence.
La Vallée de St-Jean-de-Maurienne est le berceau
de l'industrie de l'aluminium française, le lieu de naissance de
Pechiney, achetée par Alcan en 2004, elle-même
achetée par Rio Tinto en 2007. Les gens appellent encore cette
région la Vallée de l'aluminium même si ses usines
de production ont fermé les unes
après les autres et l'aluminerie de St-Jean-de-Maurienne est la
seule aluminerie qui existe encore dans la vallée et la
dernière en France, avec celle de Dunkerke dans le
Pas-de-Calais. L'usine comprend encore 600 travailleurs et on estime
à plus de 2200 les emplois indirects qui en dépendent.
Les syndicats locaux
disent que la fermeture de l'usine pourrait signaler la fin à
brève échéance de la filière
française de l'aluminium.
Tout cela laisse RTA et ses dirigeants bien
indifférents et c'est avec l'arrogance caractéristique de
Rio Tinto que son PDG s'est rendu en France. Rio Tinto Alcan contemple
depuis un certain temps l'idée de fermer l'aluminerie et le
centre de coulée de Castelsarrasin dans le sud-ouest de la
France, menaçant 40
emplois directs en plus des emplois indirects. L'argument principal de
RTA pour préparer la fermeture est la venue à terme de
l'entente d'approvisionnement en électricité qui la lie
à Électricité de France (EDF) en mars 2014.
L'entente précédente, signée avec Pechiney, date
de 30 ans et les experts s'entendent pour
dire que le prix accordé à ce moment-là
était historiquement bas, très en dessous du prix de
marché. Les négociations actuelles avec le fournisseur
d'électricité, qui se déroulent dans le plus grand
secret, ne sont pas satisfaisantes selon Jacynthe Côté,
même si le directeur de EDF dit que le prix suggéré
serait de loin
le plus bas que l'on pourrait obtenir en Europe, ce que le PDG de RTA
ne nie pas mais elle le dit encore trop élevé
comparativement avec ce que RTA peut obtenir ailleurs dans le monde.
Lors de sa visite à St-Jean, Jacynthe
Côté a présenté deux options qui selon elle
« respectent les droits de tous ». L'une d'elles est de
trouver un nouvel acheteur mais elle ne donne que jusqu'à
septembre prochain pour en trouver un. Encore là, le secret est
complet à savoir si des acheteurs se sont avancés ou
non. Si un nouvel acheteur avec qui RTA peut se mettre d'accord ne se
présente pas avant septembre, alors Jacynthe Côté
ne voit pas d'autre choix que la fermeture pure et simple de
l'aluminerie. L'excuse avancée pour imposer septembre 2012 comme
date butoir est que cela donnerait près de deux ans au monopole
pour fermer l'usine et notamment, nous dit RTA, pour aider au
reclassement des travailleurs alors qu'on est en train
d'étrangler la filière de l'aluminium. C'est ce que
Jacynthe Côté appelle assurer le « respect de tous
». La date butoir coïncide avec la fin du présent
contrat d'électricité, prévue pour mars 2014. La
seule option que RTA ne considère pas c'est d'accepter une
baisse de ses profits et garder l'usine et les emplois qui en
dépendent. Le PDG de Rio Tinto Alcan a rencontré des
représentants du gouvernement français et menacé
de fermer si le gouvernement n'intercède pas pour que RTA
obtienne un prix encore plus
avantageux que celui que EDF s'est dit prêt à accorder.
Les travailleurs de l'aluminerie ont manifesté le
6 juin devant la préfecture du département de la Savoie
à Chambéry pour s'opposer aux menaces de fermeture et
demander l'appui des autorités politiques. Les
représentants des syndicats locaux disent que la question du
prix de l'électricité n'explique pas à elle
seule la détermination de RTA de fermer l'usine de St-Jean. Ils
avancent que RTA a en fait décidé de fermer ses
alumineries en Europe et elle vient d'ailleurs de fermer celle de
Lynemouth en Angleterre. Les syndicats disent qu'en imposant une
politique d'un taux de rendement de 40% sur ses alumineries, Rio Tinto
a rendu
impossible le maintien de ses installations européennes. Ils ne
croient pas non plus à la propagande de RTA selon laquelle le
monopole va garder ses activités de recherche dans la
vallée de St-Jean même en fermant des installations de
production. Ils font valoir que l'activité de recherche qui se
fait à St-Jean est intimement
liée à l'existence de l'aluminerie et que le va-et-vient
entre l'usine et de laboratoire de recherche pour vérification
et expérimentation est constant.
En plus de St-Jean, Rio Tinto menace aussi de fermer le
centre de coulée de Castelsarrasin dans le sud-ouest de la
France. Encore une fois le tout est entouré de secrets et de
menaces. Culture du secret, arrogance, menaces, on a une bonne
idée de ce que Rio Tinto Alcan veut dire quand il avertit les
travailleurs
d'Alma que leur nouveau contrat devra respecter ce que RTA fait dans
ses installations ailleurs dans le monde.

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