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Numéro 75 - 19
juin
2012
Des milliards de dollars de
projets
d'investissement
de capital en électricité à
travers le Canada
Les projets d'investissement de
capital
doivent servir l'intérêt public, pas
des
intérêts privés
Des
milliards
de
dollars de projets d'investissement de capital
en
électricité à travers le
Canada
• Les projets
d'investissement de capital
doivent servir l'intérêt public,
pas des
intérêts privés -
Jim Nugent
• BC Hydro et le pouvoir
des voleurs
Attaques
continuelles
contre les travailleurs des postes
• Élimination
d'emplois,
démantèlement des services et
menaces contre les postiers - Entrevue
avec Louis Lang, Syndicat des travailleurs
et travailleuses des postes, Ottawa
Des milliards de dollars de
projets
d'investissement
de capital en électricité à
travers le Canada
Les projets d'investissement de capital doivent
servir
l'intérêt public, pas des
intérêts
privés
- Jim Nugent -
Des projets d'investissements massifs de capital
dans le
secteur de l'énergie électrique sont
en cours au Canada
au nom de l'accroissement de la capacité,
du virage vers de
nouvelles sources d'énergie et du
renouvellement des
infrastructures. Les politiciens utilisent ces
projets comme une
occasion d'aider les monopoles et groupes
financiers
internationaux à mettre le grappin sur les
vastes ressources
publiques du secteur et à s'emparer du flot
continu de revenus
qui provient des consommateurs résidentiels
et industriels. Les
profits des propriétaires privés
sont habituellement
garantis par des accords sur l'achat de
l'énergie
hydro-électrique et d'autres arrangements
négociés
en secret. On
impose au réseau électrique un
niveau totalement superflu
de propriété. Ceux qui s'immiscent
ainsi dans le
système en tant que propriétaires
d'entreprises
réclament un tribut additionnel du
système.
Un rapport publié plus tôt cette
année par le Conference Board du Canada
(CBOC) trace un portrait
de l'étendue de l'expansion et du
renouvellement du secteur
électrique en cours au Canada. Selon le
rapport, entre 2011 et
2030 c'est 347,5 milliards $ qui seront investis
partout au Canada pour
renouveler l'infrastructure électrique. Cet
énorme
projet, écrit le rapport, demandera 4,2
millions de
personnes/heures de travail, la majeure partie
pendant les six premiers
mois. Le rapport estime que cet investissement
dans l'infrastructure
électrique va représenter 1,2 % de
la croissance annuelle
du PIB canadien entre 2011 et 2030, soit la
moitié de la
croissance prévue.
Les dépenses totales en installations et
équipement du réseau
électrique pendant la
période sont estimées à 110
milliards $. Avec des
investissements dans des projets du genre, on
pourrait renforcer le
secteur manufacturier du Canada, surtout la
technologie
manufacturière avancée. Il existe
plusieurs entreprises
canadiennes qui ont la capacité et
les travailleurs requis pour produire tous les
équipements
nécessaires. Malgré cela, la
moitié des
installations et des équipements
nécessaires aux projets
d'énergie hydro-électrique vont
être
importés, selon le rapport du CBOC.
Ces projets d'envergure vont mobiliser de vastes
quantités de richesse sociale, une richesse
créée
par les travailleurs et leur travail. Ce sont les
consommateurs
d'électricité qui vont payer tout
cela. C'est
néanmoins le profit privé et non
l'intérêt
public qui va être au centre de ces projets.
Le CBOC estime que
les projets en électricité de
2011à
2030 vont représenter une part importante
de la croissance
annuelle des profits des corporations qu'on estime
à 2,7
milliards $ et le gouvernement va garantir la
majeure partie de ces
profits.
L'énergie hydro-électrique est un
service
essentiel à la vie et au fonctionnement de
l'économie.
L'intérêt public exige que cette
électricité
soit dispensée aux résidences et
à l'industrie
à un coût qui représente les
coûts de
production. L'approvisionnement du réseau
électrique va
être affaibli par les grandes
réclamations en profits
d'entreprise et
l'économie en sera elle aussi affaiblie
dans l'immédiat
et pour des années à venir. Les
travailleurs doivent
s'opposer à ce qu'on mette les
intérêts
privés étroits de la minorité
riche au centre du
secteur de l'électricité et des
projets d'investissements
en capital en cours. Ils doivent formuler leur
propre programme pour la
production, transmission et
distribution de l'électricité et
pour chaque secteur de
l'économie, un programme qui place les
intérêts de
la société au centre de
l'organisation de
l'économie.
Il y a plusieurs questions à
résoudre
quand on parle d'engager une si grande
quantité de ressources
sociales dans des projets d'investissements en
capital :
- comment faire en sorte que ces projets
contribuent
à une économie qui subvient à
ses besoins et
mobilise la technologie la plus avancée
plutôt que de
bâtir des empires monopolistes
internationaux;
- comment utiliser les épargnes et les
pensions
des travailleurs pour renforcer l'économie
au lieu de
l'affaiblir en versant des milliards de dollars en
intérêt
aux financiers et aux propriétaires;
- comment fournir une énergie
hydro-électrique fiable à des taux
que les
résidents peuvent se permettre et qui
renforcent d'autres
industries;
- comment les projets en ressources et les autres
projets d'investissement de capital peuvent
contribuer à
humaniser l'environnement naturel et social;
- comment ces projets peuvent contribuer à
garantir les droits des Premières Nations
et les droits de tous.
La classe ouvrière est la seule force
sociale qui
peut et va donner une direction prosociale
à l'économie,
centrée sur l'être humain, y compris
dans les
énormes projets d'investissement de capital
qui sont mis en
oeuvre. Les travailleurs doivent établir
une voie vers l'avant
qui place leurs intérêts et ceux de
la
société au centre de
l'économie.

BC Hydro et le pouvoir des voleurs
Le monopole albertain AltaGas a un projet
hydro-électrique en cours dans le
nord-ouest de la
Colombie-Britannique. Ce mégaprojet est un
exemple des projets
privés qui sont à l'oeuvre au Canada
présentement
dans le secteur. Ces projets éliminent la
propriété publique et
l'intérêt public du
secteur de la production, de la transmission et de
la distribution de
l'électricité.
AltaGas est en train de bâtir trois
centrales
hydro-électriques sur les terres de la
Première Nation
Tahltan. L'une d'entre elles, la centrale McLymont
Creek, a reçu
ce mois-ci son autorisation environnementale. La
centrale McLymont est
un projet de 217 millions $ qui va avoir une
capacité de
production de 70 mégawatts. BC Hydro a
déjà
signé
un accord secret d'achat à long terme de
l'hydro-électricité d'AltaGas qui
garantit les profits
du monopole dans le projet de la centrale. BC
Hydro est aussi en train de
construire une ligne de transmission de 400
millions $ pour amener
l'électricité produite par Altagas
et d'autres compagnies
privées de production
d'électricité aux
consommateurs.
Le
mégaprojet
AltaGas fait partie de la politique du
gouvernement de
Colombie-Britannique et d'autres gouvernements
provinciaux de confier
le développement de toute nouvelle
capacité de
génération d'énergie aux
investisseurs du secteur
privé. Ces choses-là sont faites au
nom de la
création d'emploi, de l'énergie
verte ou du
développement
économique des Premières Nations.
Aucun de ces objectifs
cependant n'a besoin de propriété
privée et en
fait ils seraient mieux servis par des entreprises
énergétiques publiques. On
prétend aussi qu'en
ajoutant de nouvelles réclamations
privées au
système, on va miraculeusement faire
baisser les prix pour les
consommateurs individuels et
industriels, mais bien sûr l'accroissement
de la
propriété privée ne fait
qu'augmenter les prix
pour les consommateurs. Le seul objectif que sert
la privatisation du
secteur de l'électricité est la
possibilité pour
les riches de soutirer encore plus de profits du
secteur sous forme de
réclamations des propriétaires
privés.
Un calcul rapide des coûts et des
rendements du
projet de McLymont Creek illustre bien à
quel point les projets
électriques privés font faire des
coups de fortune
à leurs propriétaires et comment ils
nuisent à
l'intérêt public. Ce calcul ne
comprend pas les accords
par la bande qu'AltaGas a pu conclure avec BC
Hydro dans le cadre de
l'accord
sur l'achat de l'hydro-électricité,
accords qui sont
tenus secrets au nom de la «
confidentialité commerciale
».
Le taux de rendement moyen de BC Hydro sur ses
avoirs
est de 11,2 % par année.
Le taux des obligations émises par BC
Hydro pour
financer sa dette est de 3,65 %.
Comme BC Hydro est une entreprise publique, les
rendements sur les investissements retournent au
gouvernement
provincial. Au taux moyen de rendement de BC Hydro
sur ses avoirs, le
projet de McLymont Creek générerait
15,4 millions $ au
gouvernement s'il était une entreprise
publique (23 millions
moins 7,6 millions en paiements sur
ses obligations).
Si AltaGas opère la centrale à une
capacité de 70 mégawatts pendant un
an au prix actuel de
l'hydro-électricité (0,06 $ le
kW/heure), il recevra 39
millions $ de BC Hydro.
Une fois compté les 8,83 millions $ par an
qui
vont au financement de sa dette (au taux de 4,07 %
sur ses
obligations), il restera 31 millions $ par
année à
AltaGas en tant que rendement sur sa centrale de
McLymont Creek.
Entreprise publique : 15 millions $ par
année
pour le gouvernement, et 7,6 millions $ aux
détenteurs
d'obligations.
Entreprise privée : 31 millions $ par
année pour les propriétaires
privés et 8,83
millions $ pour les détenteurs
d'obligations.
AltaGas ferait suffisamment d'argent pour payer
les
détenteurs de ses obligations en moins de
10 ans et toucher
ensuite 39 millions $ par année tant qu'il
y aurait de l'eau
dans la rivière.
Cet exemple montre que si l'on regarde la chose
du point
de vue de l'intérêt public, la
politique du gouvernement
provincial de donner le développement de
toute nouvelle
production d'électricité au secteur
privé est
entièrement irrationnelle. Presque tous les
projets
d'électricité en cours à
l'heure actuelle au
Canada et prévus pour l'avenir
prévoient des arrangements financiers
basés sur le vol
comme avec l'accord de McLymont Creek. Les
ententes qui sont conclues
dans le secteur nous montrent que le
système politique au Canada
est une kleptocratie, un système qui donne
le pouvoir aux
voleurs.
AltaGas et la Nation Tahltan signent des
accords de
retombées
économiques des projets de McLymont Creek
et Volcano Creek
-
Communiqué
de presse de AltaGas, le 28 septembre 2011 -
Le Conseil central Tahltan a annoncé
aujourd'hui la
signature de deux accords de retombées
économiques (IBA),
un pour le projet
hydro-électrique de McLymont Creek et
l'autre pour le projet
hydro-électrique de Volcano Creek.
« Les IBA ont établi un partenariat
formel
entre AltaGas et la Nation Tahltan et nous
permettent de continuer
à bâtir nos projets en
coopération avec la
communauté Tahltan », a dit David
Cornhill, le PDG de
AltaGas.
« Pour notre nation et notre peuple, c'est
un
grand jour qui va façonner l'avenir de
notre territoire »,
a dit Anita McPhee, la présidente du
Conseil central Tahltan. La
signature aujourd'hui des IBA inaugure un
partenariat entre la nation
Tahltan et AltaGas. Nous allons renforcer notre
relation avec AltaGas
en travaillant ensemble à bâtir ces
projets, pour que notre nation, notre peuple et
les entreprises en
reçoivent des bénéfices
financiers, notamment par
le partage des revenus et les possibilités
d'emplois et de
contrats, tout en minimisant l'impact
environnemental et en
protégeant notre culture et notre mode de
vie. »
Les projets sont situés près du
projet
Forrest Kerr 195-MW de AltaGas présentement
en construction,
près de 1000 km au nord de Vancouver.
AltaGas prévoit
mettre le projet Forrest Kerr en production en
2014, suivi du projet de
McLymont Creek en 2015 et de Volcano Creek en
2016. Les projets pris
collectivement sont connus comme les
Projets du Nord-Ouest.
Les Projets du Nord-Ouest seront construits
entièrement sur le territoire traditionnel
de la Nation Tahltan
et coûteront environ 1 milliard $. Une fois
terminés, ils
fourniront de l'électricité à
près de 95
000 résidences de Colombie-Britannique et
vont remplacer plus de
780 000 tonnes d'équivalents de gaz
à effet de serre par
année. Ces projets
vont acheminer l'électricité au
terminal du projet
déjà annoncé de la Ligne de
transmission du
Nord-Ouest 287-kv (NTL) près de Bob Quinn,
que BC Hydro est en
train de construire.
La nation Tahltan comprend les Tahltans vivant
sur
réserve et hors réserve à
Telegraph Creek, Dease
Lake et Iskut, en plus de 3000 personnes vivant
ailleurs au Canada. Le
territoire traditionnel Talhan représente
11 % de la
Colombie-Britannique. Plus de 50 % de toute
l'exploration
minérale et de tout le développement
minier de la
province
se fait sur le territoire traditionnel Tahltan.
Pour plus d'information
sur le Conseil central Tahltan, visiter le
www.tahltan.org.
AltaGas est une entreprise d'infrastructure
énergétique qui se concentre sur le
gaz naturel et la
production de pouvoir électrique. AltaGas
crée de la
valeur en acquérant, développant et
obtenant un rendement
optimal de son infrastructure
énergétique avec un accent
particulier sur les énergies renouvelables.
Pour plus
d'information, visiter le
www.altagas.ca

Attaques continuelles contre les
travailleurs des postes
Élimination d'emplois,
démantèlement
des services et menaces contre les postiers
- Entrevue avec Louis Lang, membre
de la
section locale d'Ottawa
du Syndicat des travailleurs et travailleuses des
postes (STTP) -
Avec le gouvernement Harper fermement à
ses
côtés, Postes Canada persiste
à imposer sa «
Poste moderne » aux travailleurs des postes,
un projet qui
élimine des emplois et s'en prend à
tous les aspects des
conditions de travail, notamment la santé
et la
sécurité. La société
continue de
démanteler les services
à un rythme rapide puis d'utiliser ce
qu'elle-même a fait
comme une soi-disant preuve que Postes Canada
n'est pas viable et que
le service postal public doit être
privatisé. L'employeur
menace les travailleurs qu'à moins de
sacrifier les conditions
de travail qui leur reviennent de droit en tant
que dispensateurs des
services et qui sont vitales au maintien et
à l'expansion du
service postal public, Postes Canada ne pourra pas
survivre.
Les travailleurs des postes n'ont que
mépris pour
cette hantise de la défaite et pour les
arguments sans fondement
que la société utilise pour
justifier son
démantèlement du service public au
bénéfice
d'intérêts privés.
Les travailleurs se défendent et ils
défendent le service. Ils mènent la
lutte sur le front
légal en demandant que la loi de retour au
travail
adoptée par le gouvernement Harper à
la fin de juin 2011
soit déclarée inconstitutionnelle et
ils contestent le
choix par le gouvernement Harper de l'arbitre qui
va imposer leur
convention collective. Ils résistent aux
conditions de travail
qui ne sont pas sécuritaires et au
démantèlement
des services.
LML s'est entretenu récemment
avec
Louis Lang qui est de la section d'Ottawa du STTP
sur la situation
à laquelle les travailleurs des postes font
face en ce moment.
LML : Peux-tu nous
expliquer
où en est l'application de la loi de retour
au travail que le
gouvernement Harper a adoptée contre les
postiers à la
fin de juin 2011
Louis Lang : Le
syndicat a contesté
le premier arbitre qui avait été
nommé par le
gouvernement parce qu'il n'était pas
bilingue et n'avait pas
d'expérience dans les relations de travail.
Aucune rencontre n'a
été tenue avec cet arbitre. En
janvier de cette
année, la cour a décidé que
cet arbitre
n'avait pas les qualifications requises et a
ordonné au
gouvernement d'en nommer un autre. Un autre
processus a commencé
avec un nouvel arbitre. Il s'est
avéré que cet arbitre a
été un membre actif du Parti
conservateur. Il est
bilingue et a de l'expérience dans les
relations de travail, mais
le syndicat conteste sa
nomination à cause de son lien avec le
Parti conservateur. Le
syndicat soulève aussi une question de
conflit
d'intérêt parce que cet arbitre
était un des
principaux avocats du gouvernement canadien dans
sa longue lutte contre
l'Alliance de la fonction publique pour un salaire
égal pour un
travail égal. C'est une lutte
qui remonte aux années 1980 dans laquelle
de vastes montants de
deniers publics ont été
dépensés pour nier
le droit à l'équité
salariale. Selon le syndicat,
il y a conflit d'intérêt et cela
suffit à
disqualifier cet arbitre. Nous avons appris
récemment qu'un juge
a décidé que cette personne ne peut
rien faire en tant
qu'arbitre
avant qu'une décision ne soit prise
à son sujet. C'est
là où on en est sur cette question.
Le syndicat a proposé à plusieurs
reprises
que les deux parties s'assoient et
négocient pendant que la
question de l'arbitre est discutée et
essaient d'en arriver
à une entente, mais l'employeur a
refusé. Il n'y a eu
aucune rencontre entre les deux parties. Pendant
ce temps, l'ancienne
convention collective s'applique
toujours et tout le monde travaille aux conditions
de cette convention.
Élimination d'emplois et
détérioration des conditions de
travail

«C'est
nous
qui
livrons votre courrier malgré
le froid, le vent, la
neige, la pluie et la chaleur,
pas la direction»
|
Il y a plusieurs problèmes en ce qui
concerne les
relations de travail. La société est
en train de
compléter son projet de transformation
postale. Cela comprend
beaucoup de choses. Il y a notamment
l'installation de plusieurs
autres machines de tri à lecture optique
qui sont capables de
trier le courrier très rapidement et de le
faire de façon
séquentielle, c'est-à-dire que le
courrier est prêt
pour les routes des postiers. Le résultat
est que chaque
dépôt de facteurs doit être
réévalué du point de vue des
routes des facteurs
parce que ceux-ci passent moins de temps à
trier leur courrier.
Chaque dépôt de facteurs doit
être
réorganisé. En moyenne,
dépendamment du niveau de
motorisation du travail, nous perdons entre 10 et
15 % en routes de
facteurs par station. Comme les facteurs passent
plus de temps sur la
route, les routes par facteur sont plus
longues et on a besoin de moins de routes.
Là où la motorisation est
très
prononcée, comme dans certaines routes du
centre-ville, tout le
courrier est livré par véhicule. Les
facteurs font plus
de travail sur leurs routes et comme ils sont
motorisés ils font
aussi le travail que les Courriers des services
postaux (CSP) faisaient
auparavant.
Les CSP sont des postiers en camion qui vident
les
grandes boîtes postales et vont chercher les
colis des clients.
Avec la motorisation des routes, leur travail est
de plus en plus
effectué par les facteurs.
Aujourd'hui, chaque dépôt de
facteurs qui
était auparavant desservi par les CSP est
maintenant
auto-suffisant. Les flottes de CSP ont
été grandement
réduites. À Ottawa, il y avait
à peu près
130 CSP et nous allons être chanceux si nous
en conservons plus
de 35.
Le problème est de trouver une nouvelle
position
à ces travailleurs. Les CSP le sont devenus
par choix et
maintenant on les pousse à devenir
facteurs. Certains deviennent
travailleurs en surplus parce que la
société attend que
d'autres travailleurs prennent leur retraite avant
de trouver une
position aux CSP. L'employeur
ne comble pas les postes vacants et il y a de
moins en moins de
positions qui sont disponibles. La
société abolit des
positions continuellement. C'est de cette
façon que les postiers
qui travaillent à l'extérieur sont
affectés par
la transformation postale.
La « Poste moderne » affecte aussi
les
travailleurs de l'intérieur parce que ce
sont eux qui
opèrent les nouvelles machines et celles-ci
imposent une cadence
très rapide. Poste Canada essaie de prendre
des raccourcis.
Normalement, il faut de 2 à 3 personnes
pour opérer ces
machines, une pour la remplir et au moins
une autre qui se dépêche à la
vider à mesure
que les baquets de tri se remplissent. La
société prend
toutes sortes de raccourcis pour que les
travailleurs fassent le plus
de travail possible. Ces machines sont
placées
côte-à-côte et l'employeur
essaie même de
faire opérer deux machines par un seul
travailleur. Cela cause
beaucoup de problèmes du point de vue
santé et
sécurité à cause de la
rapidité des
cadences et du volume de travail. Les travailleurs
doivent aller de
plus en vite pare que non seulement la cadence des
machines est
très élevée mais il n'y a pas
assez de
travailleurs pour les opérer. De nombreux
accidents se
produisent.
L'équipement est différent de celui
avec lequel on
travaillait auparavant. Des accidents se
produisent parce que les
espaces deviennent très encombrés.
L'espace autour des
machines n'est pas aussi libre d'accès
qu'auparavant.
 |
Un autre problème est que l'employeur fait
faire
le tri séquentiel de nuit. Cela veut dire
que la vaste
majorité des travailleurs sont
poussés vers les quarts de
soir et de nuit. Le nouveau tri séquentiel
élimine un
grand nombre de positions de jour pour les
travailleurs de
l'intérieur.
Pour revenir aux facteurs, on se souvient qu'ils
ont
mené plusieurs actions à Winnipeg,
à
Montréal et ailleurs contre les conditions
de travail non
sécuritaires que leur ont imposées
la transformation
postale et le tri séquentiel. Cette
question-là est
encore en arbitrage. On attend la décision
de l'arbitre sur la
question
des liasses multiples qui forcent les postiers
à tenir une
liasse dans leurs mains et une sur l'avant-bras.
Le syndicat demande
à l'arbitre de statuer que ce n'est pas
sécuritaire
d'interdire au facteur de porter une seule liasse
de courrier et
d'exiger que deux types de courrier soient
portés
séparément. Le syndicat fait
valoir que même si cela prendrait plus de
temps aux facteurs
d'effectuer ce tri au dépôt avant
d'aller faire leurs
routes, celles-ci seraient plus
sécuritaires. Il y a eu des
audiences arbitrales à ce sujet et d'autres
sont prévues
d'ici décembre. Pendant ce temps là,
on impose aux
travailleurs des conditions non
sécuritaires.
En plus des problèmes de santé et
de
sécurité, un problème majeur
est
l'élimination massive de positions. Cela se
produit en
même temps que les positions vacantes ne
sont pas
comblées. La société fait
tout pour garder les
effectifs à leur plus bas. Elle utilise
l'attrition. Elle ne
remplace pas les travailleurs qui
quittent parce qu'elle pense offrir les positions
vacantes aux
travailleurs dont l'emploi est
éliminé par la
transformation postale. Il faut comprendre que
laisser les positions
vacantes signifie qu'un nombre moindre de
travailleurs est forcé
de faire plus de travail. Il arrive que des
travailleurs ne sont pas
capables de donner
un service adéquat tant les effectifs sont
réduits.
Postes Canada mine sa propre entreprise afin de
montrer qu'elle ne vaut
plus rien et qu'on doit la privatiser.
Fermeture de comptoirs au détail
Un
autre aspect qui tient
Postes Canada occupé est la fermeture des
comptoirs de vente au
détail. On vient juste d'en fermer un
à Montréal
il y a un peu plus d'un mois et la section locale
de Montréal du
syndicat a mené des actions contre la
fermeture.
Ici à Ottawa, on vient d'annoncer la
fermeture du comptoir
à Vanier et nous nous y opposons en
mobilisant aussi les membres
de la communauté et les entreprises qui
dépendent du
service postal. On pense qu'au moins 13 comptoirs
de vente au
détail sont menacés à
l'échelle du pays. La
société ouvre des franchises
qui sont situées à une rue ou deux
des comptoirs puis
elle dit que les comptoirs ne font pas d'argent et
qu'il faut les
fermer. Ces comptoirs de vente au détail
offrent des services
qui sont très importants pour la survie des
petites entreprises
qui ont été créées
avec l'avènement
de l'Internet. Les franchises que crée
Postes Canada dans les pharmacies et les
dépanneurs
éliminent un service important pour la
communauté et lui
permettent de couper des emplois de jour. Cela lui
sert aussi à
décourager les gens d'utiliser le service
postal. Les commis qui
travaillent dans ces franchises gagnent
très peu et n'ont ni
avantages sociaux
ni pensions. Leurs conditions de travail sont
celles des autres commis
dans ces magasins.
Ce n'est pas surprenant que le nouveau PDG de la
Société canadienne des postes Deepak
Chopra provient
d'une entreprise qui se spécialise dans la
création de
kiosques postaux automatisés qui remplacent
les bureaux de poste
des communautés dans divers pays. Avant que
Harper le nomme PDG
de Postes Canada,
il était le président et PDG de
Pitney Bowes pour le
Canada et l'Amérique latine, une entreprise
mondiale de
technologie postale et de communications qui a
deux millions de clients
dans le monde.
Menaces contre les travailleurs et arguments
frauduleux
LML : Dans une entrevue
accordée récemment au Globe and
Mail, Chopra
trace un tableau des plus pessimistes de l'avenir
de Postes Canada. Il
énumère une série de
problèmes qui selon
lui menacent la survie de l'entreprise — la baisse
du volume de
courrier, la concurrence accrue,
ce qu'il appelle le déficit du fonds de
pension, le paiement de
l'équité salariale, etc. Il dit que
Postes Canada a
enregistré un déficit de 253
millions $ en 2011. Il
n'explique rien, mais dit qu'à moins que
les travailleurs ne
consentent à des sacrifices dans chaque
aspect de leurs
conditions de travail, c'en est fait de
Postes Canada. Peux-tu nous dire ce qui en est
réellement ?
LL : Le point à
saisir
est que la société ne dit pas la
vérité sur
ce qui se passe réellement. Selon le
rapport annuel de Postes
Canada, sa perte se chiffre à 188 millions
$ après
impôt. Le STTP a révélé
récemment que
la société a dû payer un
montant de 63 millions $
l'an dernier
suite à des amendements à la Loi
de 1985 sur les
normes de prestation de pension. C'est un
paiement qui ne va se
produire qu'une seule fois. Une autre grosse
dépense est celle
reliée à la décision de la
Cour suprême l'an
dernier forçant Postes Canada à
payer le montant
réclamé par l'Alliance de la
fonction
publique en équité salariale.
L'employeur refuse d'en
révéler le coût exact, mais il
serait d'environ 200
millions $. Encore une fois, cette dépense
n'apparaîtra
pas l'an prochain. Puis il y a le coût des
grèves
tournantes et du lockout, estimé par
l'employeur à
environ 60 millions $. C'est ça la «
crise
financière » qu'il
invoque pour s'en prendre aux salaires, aux
avantages sociaux et aux
conditions de travail des postiers.
C'est vraiment hypocrite de la part de
Postes
Canada, pour employer un terme poli, que de
blâmer le
règlement de l'équité
salariale pour ses
problèmes financiers. Le grief sur
l'équité
salariale remonte aux années 1980. La
société l'a
perdu et plutôt que de se plier à la
décision de
l'arbitre et de payer
les travailleuses et travailleurs un salaire
égal pour un
travail égal, elle a continué de
combattre le grief
pendant 25-30 ans. Une grande portion de la dette
que la
société doit maintenant assumer
représente
l'intérêt composé sur les
paiements qui se sont
accumulés pendant que la
Société des postes
contestait le jugement
à tous les paliers possibles. Elle ne dit
pas non plus combien
d'avocats elle a engagés pour tenter de
trouver des
échappatoires plutôt que de payer les
salaires
appropriés.
C'est
aussi vraiment
ridicule de la part de Postes Canada de
blâmer les grèves
tournantes et le lockout pour ses pertes en 2011.
C'est elle qui nous a
mis en lockout. Avant le lockout, le syndicat
avait organisé des
grèves tournantes qui n'ont causé
que très peu de
pertes économiques mais la
société,
de concert avec le gouvernement Harper, a
décidé de nous
mettre en lockout pour donner au gouvernement une
excuse pour adopter
sa loi de retour au travail contre nous et nous
imposer une convention
collective. La société n'a jamais eu
l'intention de
négocier. Elle dit maintenant que sa perte
de revenus pendant
ce mois-là fait partie du déficit.
C'est eux qui ont
fermé les portes des stations postales !
Chopra fait également de la
désinformation en ce qui concerne le
déficit du fonds de
pension. Il doit pourtant savoir que ses calculs
sont basés sur
« les prédictions du marché
» et n'ont rien
à voir avec une évaluation
professionnelle de la
véritable valeur du fonds de pension. Comme
ce genre de calculs
est basé sur la performance des
marchés à un
moment précis, le résultat va
être une
évaluation exagérément
élevée ou
basse et donc inapte à une
évaluation précise de
la valeur réelle du fonds. Les
déclarations alarmistes de
Chopra ne visent pas à sécuriser le
fonds mais à
créer de l'hystérie et convaincre
les gens
que Postes Canada n'a pas les moyens de donner des
pensions
adéquates aux travailleurs qui ont droit
à une retraite
en sécurité.
Il est à noter que l'employeur utilise ces
calculs pour en arriver parfois à une
conclusion
diamétralement opposée. Quand les
marchés
étaient à la hausse il y a à
peu près trois
ans, Postes Canada a annoncé que le fonds
de pension avait un
surplus et qu'en conséquence elle voulait
en retirer de l'argent
pour le
mettre dans ses revenus généraux.
Mais ce n'est pas de
l'argent réel. C'est une évaluation
à un moment
précis de la valeur du fonds de pension.
C'est un portrait du
fonds de pension dans le temps. Ils ont alors
décidé de
prendre un congé de cotisations. Pour les
travailleurs il n'y a
pas eu de congés cependant. Nous
avons continué à cotiser dans le
fonds tandis que la
société s'est dite autorisée
à prendre
congé de cotisations et elle a
arrêté de cotiser
jusqu'à ce que le syndicat se plaigne et la
force à
recommencer. En l'espace de 3-4 mois les
marchés se sont
effondrés. Bien sûr si la
société ne paie
pas ses cotisations, il va y avoir
déficit dans le fonds. Quand le
marché est bon elle prend
congé de cotisations, mais quand il est
mauvais elle demande aux
travailleurs d'augmenter leurs cotisations.
La société veut endommager le fonds
de
pension à prestations
déterminées et créer
une crise afin de pouvoir dire que ce type de
régime n'est plus
possible. C'est eux qui ont demandé un
changement dans le fonds
de pension dans les années 1980-1990. Notre
fonds de pension
à ce moment-là faisait partie d'une
caisse de retraite de tout le service public et
c'était le
gouvernement qui le gérait. Le fonds de
pension ne pouvait pas
être investi comme il l'est aujourd'hui. Des
fonds de pension
comme ceux-là étaient
prêtés à taux
d'intérêt très bas à
des gouvernements
provinciaux et à d'autres institutions
publiques pour des
projets
de diverses sortes. Les fonds étaient
sécurisés
par le gouvernement. On ne leur permettait pas de
fluctuer. Mais dans
les années 1990 les conservateurs et les
libéraux se sont
réunis avec leurs grands experts de droite
et ils ont
décidé qu'un fonds de pension aussi
énorme
était une vraie bonne opportunité en
Bourse.
Il y a eu une grande bataille là-dessus.
Ils ont changé
la loi pour permettre l'investissement de ce type
de fonds de pension
sur les marchés. Nous nous y sommes
fermement opposés
à l'époque et nous avons dit
dès ce
moment-là que cela allait conduire à
des attaques contre
les fonds de pension à prestations
déterminées.
Aujourd'hui, ces mêmes personnes viennent
nous dire que puisque
les fonds de pension sont investis, les
régimes de pension
à prestations déterminées ne
sont plus viables.
Cette crise, c'est eux qui l'ont
créée.
Leur prochain geste va être d'augmenter les
cotisations des travailleurs puis de dire que
même cela ça
n'est pas suffisant et les nouveaux
employés doivent être
mis sur un régime de pensions à
cotisations
déterminées. C'est vers ça
qu'ils s'en vont. Dire
que le fonds de pension est sous financé,
c'est de la plus
grande hypocrisie. Ils ne disent pas c'est quoi
l'histoire du fonds de
pension et ils n'admettent pas que leur
méthode
d'évaluation de la valeur du fonds de
pension est
malhonnête.
Préparation à une plus grande
privatisation
S'ils présentent un tableau aussi
pessimiste, c'est qu'ils veulent changer la nature
du service postal
d'un service public en un service
entièrement privatisé
au service des monopoles. Ils veulent miner le
service postal universel
pour qu'à la fin
il disparaisse. La seule façon qu'ils
peuvent y arriver est de
miner le service, fermer les comptoirs de vente au
détail,
décourager les gens d'utiliser le courrier
de première
classe et sans cesse attaquer les travailleurs.
Ils exagèrent
les pertes du volume de courrier. Lorsque Chopra
dit que le volume de
courrier de première
classe est en baisse à cause de l'Internet,
il ne dit pas que
l'Internet a créé de nouvelles
formes de courrier qui
passent par le service postal. Postes Canada a
signé un contrat
avec E-Bay et plusieurs entreprises qui sont
issues de la
popularité de l'Internet. Ces entreprises
utilisent presque
exclusivement le service postal
pour leur courrier et le volume de courrier
qu'elles
génèrent est en augmentation rapide.
C'est vrai que les
communications par fax et courriels ont
réduit le courrier de
première classe, mais pas autant qu'ils le
prétendent. Ils
ont dû admettre que le dernier Noël a
été un
des plus achalandés en courrier de toute
l'histoire
de Postes Canada.
L'objectif de la « Poste moderne »
est de
remettre au secteur privé les composantes
les plus profitables
du service postal telles les colis, le courrier de
première classe
et les services de messagerie dans le corridor
Québec-Windsor et
de laisser les parties les moins profitables au
gouvernement. Nous le
savons bien
parce que M. Chopra a lui-même
présenté cette
opinion en tant que président et PDG de
Pitney Bowes dans un
mémoire à l'Examen
stratégique de la
Société canadienne des postes. C'est
dans cette direction
que Pitney Bowes peut aller chercher le maximum de
profits. En plus de
développer la technologie des kiosques
automatisés, Pitney Bowes est un grand
fournisseur de machines
à affranchir partout dans le monde. Elle
fournit
également entre autres choses des services
de préparation
du courrier et de pré tri. Le taux de
profit de Pitney Bowes
dépend directement de sa capacité
d'amener Postes Canada
à donner des « tarifs
préférentiels » pour des
timbres achetés en
kiosque ou produits par une machine à
affranchir et à
donner des tarifs préférentiels
également pour
diverses formes de préparation du courrier.
La nomination de Chopra à la tête de
Postes
Canada est un cas de conflit
d'intérêt parce que c'est
dans l'intérêt de Pitney Bowes de
pousser la
société à donner des
avantages financiers aux
technologies développées par Pitney
Bowes.
Il est important de se rappeler que lorsque
Chopra parle
de la survie du service postal, il ne veut pas
dire sauver le service
comme un service public qui a la
responsabilité de donner un
service public universel à tous les
Canadiens. Chopra, tout
comme Harper, ne croit pas que le Canada a besoin
d'un service
de communications d'un bout à l'autre du
pays. Selon lui, c'est
un concept démodé qu'on doit
abandonner en faveur d'un
concept de partenariat avec le secteur
privé comme celui de
Pitney Bowes avec Postes Canada.
En plus de ce partenariat, Chopra a aussi
présenté l'opinion lors de l'examen
stratégique,
que le gouvernement a reprise peu après,
que Postes Canada doit
adopter « une conception flexible du service
universel ».
En mots simples cela veut dire abandonner la
définition actuelle
de service universel selon laquelle
Postes Canada doit fournir le service de courrier
de première
classe au même prix à tous les
Canadiens. Chopra et le
gouvernement Harper veulent forcer les
travailleurs à sacrifier
leurs salaires, avantages sociaux et conditions de
travail et
créer un service postal qui soit
entièrement au service
des monopoles et où
l'obligation de service universel est chose du
passé.

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