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Numéro 71 - 10 juin
2012
Contestations de la
légitimité de l'élection fédérale
de 2011 devant les tribunaux
Le peuple c. les conservateurs
Contestations
de
la légitimité de l'élection
fédérale de 2011 devant les tribunaux
• Le peuple c. les conservateurs -
Anna Di Carlo
Le scandale des appels
automatisés
• Contestations juridiques: la suppression de
votes aurait influé sur les résultats de l'élection
• Le Conseil des Canadiens répond
à la demande de rejet des conservateurs
• L'invalidation de l'élection dans
Etobicoke-Centre portée en appel
À titre
d'information
• Le Commissaire à la protection de la
vie privée publie une étude sur les partis politiques et
la protection de la vie privée
• Documents des requêtes en contestation
Contestations de la
légitimité de l'élection fédérale
de 2011 devant les tribunaux
Le peuple c. les conservateurs
- Anna Di Carlo -
Le gouvernement conservateur de Stephen Harper ne rate
jamais l'occasion de répéter qu'il a un « mandat
majoritaire ». Dans son discours de la victoire le 2 mai 2011, le
premier ministre a dit que la 41e élection
générale fédérale a donné un «
gouvernement conservateur fort, stable, national et majoritaire
». Et ce, même s'il a remporté sa «
majorité » avec seulement 24 % des votes des
électeurs admissibles, soit 5 835 270 sur 24 257 592
électeurs inscrits au Registre national.
Aujourd'hui, après un an de gouvernement
majoritaire, la façon dont les conservateur ont remporté
leur « majorité » est examinée de très
près et fait l'objet de plusieurs contestations juridiques. La
manière cavalière et intéressée avec
laquelle ce parti traite l'électorat mine le concept fondamental
selon lequel le gouvernement de parti qui est élu jouit de
l'appui des électeurs. Une élection est censée
conférer une légitimité au gouvernement qui est
élu parce qu'elle permet la transformation de l'expression de la
volonté populaire en volonté juridique. Si la perception
est que l'élection n'a pas permis à la volonté
populaire de s'exprimer et que les résultats ont
été manipulés, le but même de
l'élection s'en trouve remis en cause. Le manque de
légitimité du parti qui forme le gouvernement et de
l'élection qui l'a porté au pouvoir remet en cause la
légitimité du gouvernement.

Présentation
du système CIMS du Parti conservateur
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Au déclenchement de l'élection de 2011,
les conservateurs avaient 143 sièges et avaient besoin de 12
sièges de plus pour former un gouvernement majoritaire. Ils ont
augmenté leurs votes de 626 201, ce qui représente 2,6 %
des électeurs inscrits, et remporté 26 sièges de
plus qu'au moment du déclenchement des élections. Douze
de ces nouveaux sièges ont été remportés
par une marge de moins de 5 %. Dans les 12 comtés pris ensemble,
ils ont gagné par une marge totale de seulement 6570 votes — 18
dans le comté de Nipissing-Timiskaming ; 26 dans
Etobicoke-Centre ; 79 dans le comté de Labrador ; 132 au Yukon ;
300 dans Elmwood-Transcona ; 539 dans Bramalea-Gore-Malton ; 611 dans
Don Valley West ; 676 dans Mississauga-East-Cooksville ; 722 dans
Winnipeg South Centre, 870 dans Don Valley East, 932 dans Willowdale et
1665 dans London North Centre.
Les conservateurs attribuent eux-mêmes en grande
partie leur victoire au micro-ciblage. Lors du Congrès du Parti
conservateur tenu peu après l'élection de 2011, le
sénateur Irving Gerstein a vanté les mérites du
CIMS (Constituent Information Management System — système de
gestion de l'information sur les électeurs) que le parti
utilise. « Les marges de votes de quelque 40
députés conservateurs sont attribuables à
l'identification d'électeurs et aux programmes pour faire sortir
le vote, a-t-il dit. Vous m'avez bien compris. Il y a environ 40
députés conservateurs à la Chambre des communes
qui ne seraient pas ici si ce n'était de notre capacité
à utiliser la banque de données du parti aussi
efficacement. » L'utilisation de l'expression « marge de
votes » n'est pas sans intérêt.
Le système du CMIS du Parti conservateur
Le système CMIS tant vanté par Gesrtein
est un système de code-barres permettant d'identifier les
électeurs. Chaque électeur de la banque de données
reçoit un code-barre. On assigne aussi un code-barre à
des catégories comme « supporteur libéral »,
« indécis », « pas un supporteur ». On
assigne également des code-barres aux individus qui mettent des
pancartes NPD ou libérales sur leur pelouse. L'entrée de
données se fait rapidement en scannant le code-barre de
l'électeur, puis le code-barre de la catégorie
désirée. On incorpore l'information prise de diverses
sources, notamment l'information fournie sur le champ par les
travailleurs d'élections d'Élections Canada sur qui a
voté. Cette information est tout de suite transmise aux
officiers du parti pour leur donner une idée précise,
avant la fermeture des bureaux de vote, des comtés où la
lutte est serrée et où quelques votes peuvent faire la
différence.
Des gens sont en train d'examiner jusqu'où les
conservateurs ont poussé « l'utilisation très
efficace de la banque de données ». On sait que le
micro-ciblage est utilisé pour faire sortir le vote au moyens
d'appels très segmentés qui passent outre au débat
et au discours publics. Ce qui est examiné en ce moment, c'est
si l'information accumulée a également été
utilisée pour faire en sorte que les électeurs qui
d'après la banque de données ne voteront pas pour les
conservateurs n'exercent pas leur droit de vote.
Dans ce numéro du LML, nous faisons
état des contestations juridiques dans sept des circonscriptions
remportées de justesse et le comté de Vancouver Island
North. Les arguments du Parti conservateur en appui à leur
demande d'invalidation des requêtes en contestation sont d'un
grand intérêt. Les conservateurs maintiennent que les
requêtes en contestation sont frivoles parce que même si
elles étaient remportées leur gouvernement demeurerait
majoritaire. Cela montre tout le mépris que ce parti et ce
gouvernement ont pour la loi électorale. Leur notion de
responsabilité est bien différente de celle du peuple.
Les conservateurs s'en prennent aussi au mobile qu'ils
imputent aux auteurs des contestations judiciaires, en particulier le
Conseil des Canadiens qui cherche des litiges là
où il n'y en a pas. Bien qu'ils aient droit à la
procédure équitable, leur tentative de faire rejeter les
poursuites ressemble davantage à une attaque contre le droit des
Canadiens de se regrouper et de se prévaloir du recours
légal. Il faut étudier cela de près. Les
conservateurs sont passés maîtres dans l'art de
détourner l'attention du fond des problèmes en
lançant des attaques personnelles contre leurs adversaires. Cela
sert à dépolitiser toujours plus le corps politique et
à réaliser l'objectif néolibéral de laisser
les intérêts privés prendre contrôle des
institutions publiques.
Nous faisons également rapport d'une étude
commandée par le Commissariat à la protection de la vie
privée du Canada sur les données amassées par les
partis politiques sur les électeurs et le lien avec le droit
à la vie privée. En 2006-2007, le Parti
marxiste-léniniste du Canada s'est opposé aux
réformes de la loi électorale qui facilitaient la
collecte des données, en particulier l'introduction de
numéros d'identification des électeurs. Même si les
partis politiques au Parlement ont dit que ce changement allait
contribuer à « éliminer la fraude », cette
mesure visait à permettre à ces partis d'amasser des
données sur les électeurs plus facilement et de mieux
« gérer » leurs banques de données. Le Parti
marxiste-léniniste s'est également opposé à
l'introduction de cartes de Bingo qui a transformé les
travailleurs d'élections d'Élections Canada en
instruments des partis politiques en leur fournissant les
numéros d'identification des électeurs à mesure
qu'ils votent. Ces réformes n'avaient rien à voir avec
l'amélioration du fonctionnement, la lutte à la fraude et
la nécessité de suivre le « développement
technologique », comme on a cherché à le faire
croire. Ces réformes ont servi à masquer le vrai
problème, à savoir que les partis politiques ont
cessé de fonctionner depuis longtemps en tant qu'organisations
politiques primaires du corps politique qui assurent le contact entre
les citoyens et le pouvoir politique. Ces partis ne sont même pas
capables de recruter un nombre suffisant de volontaires pour mobiliser
les lecteurs derrière leur programme. Les échelons
supérieurs de ces partis sont totalement intégrés
aux firmes de marketing, de télé-marketing et de collecte
des données. En même temps, la lutte pour les
privilèges que donne le pouvoir politique est devenue plus aigue
que jamais, ce qui fait qu'en pratique les moyens utilisés pour
obtenir le pouvoir politique sont rarement équitables et
toujours crasses.
Les développements survenus depuis la
dernière élection et l'élection
précédente soulèvent de sérieuses questions
sur l'utilisation du micro-ciblage et de techniques connexes pour
décourager les électeurs d'aller voter et sur leur impact
négatif sur les droits des Canadiens. Ils aggravent la crise
d'un processus électoral déjà en crise et la crise
de légitimité du gouvernement de partis.

Le scandale des appels automatisés
Contestations juridiques: la suppression de votes
aurait influé sur les résultats de l'élection
Des électeurs de sept circonscriptions contestent
les résultats du vote à l'élection du 2 mai 2011
dans le cadre de la campagne « Démocratie 24-7 »
appuyée par le Conseil des Canadiens. Il s'agit des
circonscriptions suivantes : Don Valley Est, Elmwood-Transcona,
Nipissing-Timiskaming, Saskatoon-Rosetown-Biggar, Vancouver Island
Nord, Winnipeg Centre Sud et Yukon. Les requérants soutiennent
que les résultats du vote n'auraient pas été les
mêmes s'il n'y avait pas eu une campagne de suppression de votes.
Le Parti conservateur a pour sa part déposé des demandes
de rejet des requêtes en contestation.
Historique
La campagne de suppression de votes à
l'élection de 2011, à l'origine du scandale des appels
automatisés, a bel et bien eu lieu. Pour l'instant on
soupçonne que des personnes agissant pour le Parti conservateur
ont tenté de supprimer le vote non conservateur par des appels
automatisés et des appels à vive voix dans lesquels on
envoyait les électeurs au mauvais bureau de vote, souvent en
prétendant appeler au nom d'Élections Canada. D'autres
appels auraient également été faits pour provoquer
la frustration des électeurs, des appels
répétés et à des heures inhabituelles,
harcelants, et faits au nom de candidats qui nient les avoir faits.
L'affaire fait l'objet d'une enquête par le Commissaire
d'Élections Canada. Aucune accusation n'a encore
été portée. Les conservateurs nient tout lien avec
ces appels.
Le Commissaire d'Élections Canada fait
enquête sur des appels frauduleux depuis mai 2011, après
qu'environ 70 plaintes aient été portées dans la
circonscription de Guelph. Normalement les détails de ces
enquêtes ne sont pas rendus publics, mais l'affaire est devenue
très publique à la fin de février de cette
année quand des journaux de Postmedia ont obtenu des documents
contenant des informations à propos de l'enquête,
notamment le fait que des agents du Parti conservateur sont
considérés comme suspects. Cela a provoqué une
vague de plaintes à Élections Canada, certaines à
propos d'appels spécifiques reçus, d'autres seulement par
soupçon.
S'adressant au Comité permanent sur la
procédure et des affaires de la Chambre le 29 mars sur le sujet
d'actes répréhensibles commis lors de la 41e
élection générale, le directeur
général des élections Marc Mayrand a
déclaré : « Comme vous le savez, on a beaucoup
parlé dans les médias et débattu au cours des
dernières semaines des diverses allégations d'actes
répréhensibles qui auraient été commis lors
de la 41e élection générale. Ces
allégations ont surtout porté sur les appels
téléphoniques frauduleux ou inappropriés que de
nombreux électeurs auraient reçus. Dans ce contexte,
certaines inquiétudes ont également été
soulevées relativement à l'administration du vote dans
certaines circonscriptions. Cela inclut des allégations
concernant un nombre anormalement élevé d'inscriptions
qui auraient été faites le jour du scrutin, des
inscriptions d'électeurs non conformes aux règles et des
votes de personnes ne détenant pas la citoyenneté
canadienne. Ce sont là des questions très
sérieuses qui menacent l'intégrité de notre
processus démocratique. Si nous les laissons sans
réponse, elles risquent de porter atteinte à un
élément essentiel d'une saine démocratie, soit la
confiance des électeurs à l'égard du processus
électoral. »
M. Mayrand a cité certains faits concernant
l'enquête sur les appels et présenté le point de
vue d'Élections Canada comme suit : « Tout acte
délibéré visant à tromper les
électeurs et à interférer avec leur droit de vote
en vertu de la Constitution et de la Loi électorale est une
infraction grave. En plus d'enfreindre les droits fondamentaux des
électeurs visés, ces actes minent nos institutions
démocratiques et les droits de tous les Canadiens. »
Il a confirmé que suite à la nouvelle
concernant l'enquête dans Guelph, près de 40 000 personnes
ont communiqué avec Élections Canada pour exprimer leur
inquiétude et que plus de 800 personnes ont déposé
une plainte citant des cas spécifiques d'« appels
téléphoniques frauduleux ou inappropriés ».
En réponse à des questions concernant l'origine
géographique des plaintes, M. Mayrand a dit : « Je peux
vous dire que les 800 plaintes environ que nous avons reçues
touchent pas mal tout l'ensemble du pays. Je peux donc vous
répondre qu'elles concernent les 10 provinces et un territoire.
» Il a dit qu'environ 250 dossiers ont été ouverts
par le Commissaire.
Des députés conservateurs siégeant
au Comité ont suggéré que les appels pourraient
être la conséquence d'erreurs dans le registre national
des électeurs que maintient Élections Canada. Le
député conservateur Zimmer (Prince-George-Peace River) a
demandé à M. Mayrand de rassurer les Canadiens au sujet
de l'exactitude du registre. « Comment les Canadiens peuvent-ils
avoir encore confiance dans le système d'Élections Canada
? », a-t-il demandé, ce à quoi le directeur
général des élections a répondu : «
En ce qui concerne les erreurs, je peux assurer chaque Canadien et les
membres du comité d'une chose : que les appels faits au nom
d'Élections Canada ne sont pas des erreurs. Je suis
désolé, mais il ne s'agit pas d'erreurs. C'est une
tentative délibérée de bafouer les droits de
l'électeur. »
Élections Canada a depuis fait une mise à
jour sur le nombre de plaintes spécifiques : en date du 29 mai,
il s'agirait de 1 100 plaintes.
La campagne Démocratie 24-7
En février dernier, le Conseil des Canadiens a
lancé un appel aux électeurs de communiquer avec lui
s'ils ont reçu des appels téléphoniques les
dirigeant vers un mauvais bureau de vote ou s'ils ont des informations
sur d'autres types de fraude électorale. Le Conseil s'engageait
à soutenir quiconque désirait un recours légal
pour contester le résultat des élections dans sa
circonscription. C'est dans la foulée de cette campagne que des
requêtes en contestation ont été
déposées pour sept circonscriptions.
Jusqu'à présent, il y a trois
déclarations sous serment contenant une preuve ou une opinion
d'expert en appui aux requêtes en contestation, en plus du
témoignage direct du demandeur. L'une est de Annette
Desgagné, une employée du centre d'appels Responsive
Marketing Group dont les services ont été utilisés
par le Parti conservateur. Elle faisait des appels pour le compte du
Parti conservateur et déclare sous serment que trois jours avant
l'élection, le script a été changé. Elle
dit : « Cette fois-ci, le script que nous devions lire ne disait
pas que nous téléphonions au nom du Parti conservateur et
ne faisait pas mention du candidat conservateur local. En autant que je
me souvienne, le nouveau script était ceci : 'Bonjour. Mon nom
est Annette Desgagné. J'appelle au nom du Voter Outreach Centre.
Élections Canada a fait des modifications de dernière
minute aux bureaux de vote. Avez-vous votre carte d'électeur
à portée de la main ?' La personne allait chercher
sa carte d'électeur telle que reçue par la poste ou me
demandait de lui donner la nouvelle adresse. Je lui donnais alors la
nouvelles adresse indiquée à mon écran... »*
Mme Desgagné s'est ensuite rendue compte que quelque chose
n'allait pas et a signalé le problème à ses
superviseurs. Elle dit dans sa déclaration qu'elle a finalement
décidé de communiquer ses inquiétudes à la
GRC. (Voici ci-dessous pour le texte complet de sa
déclaration sous serment en anglais.)

Présentation
du système CIMS du Parti conservateur
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Une autre déclaration est de Bob Penner, PDG de
Strategic Communications Inc., une des premières firmes
canadiennes à se spécialiser dans le contact avec les
électeurs. Son entreprise a mis au point des logiciels
avancés de contact d'électeurs et d'autres outils pour
une clientèle variée.
Faisant allusion à la prétention des
conservateurs de ne pas savoir qui a fait ces appels, il dit : «
Très peu de personnes avaient accès aux données
sur les personnes identifiées comme n'étant pas des
supporteurs d'un parti politique dans plusieurs circonscriptions, et
cet accès et l'utilisation faite des données seraient
faciles à retracer pour les personnes responsables de la
campagne centrale, aussi responsables de l'administration du
système de renseignement du parti et de la campagne en
général. S'il y a eu 'piratage', les responsables de la
campagne seraient en mesure d'en identifier l'auteur. »
D'autre part, les demandes d'annulation sont
appuyées par une étude effectuée par EKOS Research
Associates pour laquelle un échantillon d'électeurs ont
été contactés par téléphone dans
plusieurs circonscriptions pour déterminer l'étendue et
la nature de ce qu'on soupçonne être une campagne de
suppression de vote. Dans son communiqué annonçant les
résultats de l'étude, le Conseil des Canadiens cite le
président d'EKOS Frank Graves : « Nos données
portent à croire que dans les circonscriptions à
l'étude, il y avait un programme de suppression de vote en
place... ciblant des dizaines de milliers d'électeurs » et
« que l'interprétation la plus plausible de la preuve et
des essais présentés ici est que les votes dans les
circonscriptions à l'étude étaient exposés
à un programme de suppression de vote ciblé et efficace
».
L'étude contient des constatations importantes
pour ces circonscriptions : « 16,9 % des électeurs
admissibles ont reçu des appels relatifs aux bureaux de vote. De
ce nombre, 22,3 % se sont fait dire qu'il y avait eu un changement
d'adresse du bureau de vote (représentant 3,77 % des
électeurs admissibles). Parmi ceux à qui on a dit qu'il y
avait eu un changement d'adresse, les intentions de vote étaient
: 32,6 % pour le Parti libéral, 28 % pour le Parti vert, 25,6 %
pour le NPD et 10 % pour le Parti conservateur ; 42,5 % des
électeurs admissibles qui ont reçu des appels relatifs
aux bureaux de vote ont reçu un appel qu'on disait être
d'Élections Canada. »
La réponse des conservateurs
Les députés
conservateurs élus dans les sept circonscriptions où les
résultats sont contestés ont déposé des
demandes de rejet des requêtes en contestation. Ils donnent
plusieurs raisons.
Dans la première demande, les
députés conservateurs soulèvent deux choses.
D'abord, ils disent qu'il n'y a rien qui prouve que les appels
dirigeant les électeurs aux mauvais bureaux de vote ont eu un
impact sur les résultats. Ils disent que les demandes
d'annulation sont basées sur « de grandes
généralisations concernant une supposée campagne
de suppression de vote ».
Deuxièmement, ils soutiennent que les
requérants n'ont pas déposé leurs demandes dans le
délai de 30 jours. La Loi sur les élections
stipule que la demande doit être faite ou bien dans les 30 jours
suivant la publication des résultats de l'élection dans
la Gazette du Canada, ou bien, si elle est postérieure, à
« la date à laquelle le requérant a appris, ou
aurait dû savoir, que les irrégularités, fraude,
manoeuvre frauduleuse ou acte illégal allégués ont
été commis. » Les conservateurs soutiennent que
puisque les requérants ont pris connaissance des appels qui
dirigeaient les électeurs de Guelph au mauvais endroit durant
l'élection, c'est le 26 mai 2011 qui doit être la date
à partir de laquelle débute le délai de 30 jours.
Dans la deuxième motion, les
députés conservateurs prêtent des motifs au Conseil
des Canadiens, disant que les requérants sont des «
substituts » du Conseil et que les requêtes en contestation
sont faites par « des électeurs de nom seulement ».
Puisque seuls des électeurs ont droit de déposer de
telles requêtes, disent-ils, et que dans ce cas-ci il s'agit de
« substituts », les requêtes doivent être
rejetées.
À cet égard, ils accusent le Conseil des
Canadiens de « champartie et soutien délictueux » et
d'«intermixtion capricieuse ou zélée ».[1] Le
Conseil participe à ces requêtes, disent-ils, pour le
« motif malséant » d'attaquer les conservateurs,
« conformément à leur opposition très
bruyante au Parti conservateur du Canada et par malice envers lui
».
Ils décrivent les contestations comme
étant de la part du Conseil des Canadiens « un parfait
exemple de litige ... pour attaquer son ennemi politique, le Parti
conservateur du Canada, plutôt que d'aider les citoyens à
affirmer leurs droits légaux légitimes ». Le
Conseil est également accusé de se servir de poursuites
en justice à des fins pécuniaires et pour des objectifs
politiques. Selon la motion des conservateurs, « le Conseil et sa
présidente nationale, Maude Barlow, admettent volontiers leur
antipathie envers le Parti conservateur. Mme Barlow est une critique
virulente du premier ministre Harper et du Parti conservateur depuis au
moins 2004... Il est évident que le 'plan d'affaires' du Conseil
est de profiter du sentiment anti-conservateur pour ramasser de
l'argent et continuer d'employer des agitateurs professionnels comme
Mme Barlow. »
Les députés conservateurs disent en
conclusion : « Le Conseil en veut au gouvernement conservateur
majoritaire issu de la 41e élection générale et ne
ménage aucun effort, y compris l'abus des processus juridiques,
pour renverser ce résultat et avec lui la volonté de
l'électorat telle qu'exprimée par le processus
démocratique. » Ils demandent aux tribunaux de rejeter les
requêtes en contestation parce qu'elles sont « frivoles,
tracassières et un abus de procédure ». (Voir
le texte complet de la deuxième motion des conservateurs en
anglais ci-dessous.)
Note
1. Champartie et soutien délictueux :
« Délit civil qui consiste à appuyer indûment
une partie à un litige dans le but d'en profiter
financièrement. » (Office québécois de la
langue française)

Le Conseil des Canadiens répond à la
demande de rejet des conservateurs
Le Conseil des Canadiens a émis deux
communiqués pour répondre aux arguments des
députés conservateurs qui demandent le rejet des
requêtes en contestation des résultats de
l'élection générale de mai 2011 dans sept
circonscriptions. Il soutient que l'argument des députés
conservateurs que les requêtes sont « frivoles,
tracassières et un abus de procédure » n'est pas
fondé. Il dit que la décision des députés
conservateurs de ne pas tenir compte de la preuve qui a
été présentée, comme celle contenue dans
l'étude de la firme EKOS, leur sera « fatale » pour
ce qui est de leur tentative de faire annuler les requêtes en
contestation.
Quant à l'argument que les demandes en
contestation ont été déposées après
le délai de 30 jours requis par la loi, le Conseil soutient que
si cet argument tient, cela voudrait dire que tout électeur qui
soupçonne l'existence d'irrégularités devra
s'adresser aux tribunaux immédiatement sinon « perdre son
droit de contester les résultats d'une élection si par la
suite des faits sont révélés qui prouvent que des
appels faisaient partie d'une campagne orchestrée et effective
de suppression de vote. » De plus, déclare le Conseil des
Canadiens, « cet argument ouvrirait la porte aux basses
manoeuvres puisque leurs auteurs n'auraient qu'à dissimuler
leurs agissements pendant 30 jours pour pouvoir établir la
validité de résultats électoraux obtenus par des
moyens frauduleux ». Il fait remarquer que les requérants
ne soupçonnaient pas que les appels reçus s'inscrivaient
dans une campagne orchestrée de suppression de vote avant la fin
mars et le début d'avril 2012, lorsque les médias en ont
parlé, et que les requêtes en contestation ont
été déposées dans les 30 jours suivant les
révélations.
Quant à la prétention des conservateurs
que les requêtes soient rejetées parce que le Conseil des
Canadiens agit par « motif malséant », le Conseil
cite l'ex-directeur général des élections
Jean-Pierre Kingsley qui loue son action. Il écrit : «
Nous invitons les Canadiens à partager leurs expériences
électorales avec nous et à mieux connaître leurs
droits légaux aux termes de la Loi sur les élections.
» M. Kingsley a dit : « Les Canadiens doivent comprendre
leurs droits dans la loi. Si un électeur dans une
circonscription a le sentiment que les résultats de
l'élection ont été influencés par une
irrégularité, fraude, corruption ou pratique
illégale, il peut faire une demande d'annulation des
résultats. C'est excellent que le Conseil des Canadiens
travaille à informer les Canadiens de ce droit. »
Quant à l'argument que les requérants sont
des « substituts », le Conseil affirme : « Ceux qui
le voulaient ont été mis en contact avec un conseiller
juridique. Les décisions concernant le dépôt de
requêtes en contestation ont été prises par les
individus concernés. » De plus, concernant la
supposée volonté du Conseil de se servir de l'affaire
pour se financer, il dit : « Le Conseil a accepté de payer
les frais légaux des requérants et c'est à cela
que sert la campagne de financement. Nous prévoyons que la
campagne de financement ne suffira pas à couvrir tous les frais
des contestations judiciaires et que nous allons devoir y allouer une
partie de nos revenus généraux. »

L'invalidation de l'élection dans
Etobicoke-Centre portée en appel
Le 18 mai, le juge J. Lederer de la Cour
supérieure de l'Ontario a invalidé l'élection dans
Etobicoke-Centre lors de l'élection fédérale de
2011 dans laquelle le candidat conservateur Ted Opitz a défait
le candidat libéral et député sortant Borys
Wrezesnewskyj par 26 votes. Le 28 mai, le député Opitz a
porté la décision du juge en appel devant la Cour
suprême. L'appel a été accordé
immédiatement et sera entendu bientôt.
Dans un communiqué qui explique sa
décision d'aller en appel Opitz écrit : « C'est la
première fois qu'un cas relatif à cette clause de la Loi
électorale
est entendu et c'est important qu'on lui donne
la plus grande attention à cause de l'impact que cela va avoir
sur notre système démocratique. » Il ajoute :
« Cinquante-deux mille personnes du comté de
Etobicoke-Centre ont suivi les règlements et rempli leur
bulletin de vote. Leur choix démocratique a été
remis en question par une décision qui prend en compte 0,15 % de
ces bulletins. »
En fait, la cour a disqualifié 4,04 % des
bulletins de vote qu'on lui avait demandé d'examiner parce que
les parties en cause avaient accepté que seulement 10 des 236
bureaux de vote seraient soumis à l'examen, ce qui
représente 1957 des 52 794 votes enregistrés. La cour a
examiné 181 cas d'irrégularités dans
l'enregistrement et l'identification des électeurs. Dans son
jugement, le juge a dit que dans 79 cas, les
irrégularités étaient suffisantes pour faire
invalider les votes. Si tous les bureaux de vote affichaient le
même pourcentage de votes disqualifiés, c'est plus de 2100
votes qui seraient rejetés.
Lors de l'audience qui a duré cinq jours, le juge
Lederer a examiné les irrégularités
d'enregistrement et d'identification des électeurs et entendu
les arguments sur quel type d'irrégularités devraient
donner lieu ou non à la disqualification des votes. L'essentiel
de l'argument de l'avocat d'Opitz était que toutes les
irrégularités devraient être
considérées comme des erreurs de nature cléricale.
Agir autrement, avait-il dit, reviendrait à renier
l'électeur pour une erreur commise par quelqu'un d'autre.
L'avocat de Wrezesnewskyj a plaidé que seules certaines de ces
erreurs soient considérées comme des erreurs sans
conséquence, par exemple l'omission de la date sur un document
qui n'est utilisé que le jour du vote.
La cour n'a pas examiné de bulletins de vote
comme tel. Le juge a examiné le registre des électeurs,
les livres des bureaux de scrutin, les certificats d'enregistrement et
les résumés du comptage des votes. Pris ensemble, ces
documents donnent une image précise de ce qui s'est passé
le jour du vote. Ils indiquent qui a voté, qui s'est
enregistré le jour du vote, qui a été
enregistré comme électeur parce que quelqu'un s'est
porté garant de lui même s'il manquait de pièces
d'identification et qui a prêté le serment
d'admissibilité lorsque celle-ci a été
contestée par un scrutateur. Les noms des électeurs qui
se portent garants pour quelqu'un d'autre sont également
enregistrés. On doit remplir des formulaires. Par exemple, les
électeurs qui ne sont pas sur le Registre national des
électeurs doivent remplir et signer un certificat
d'enregistrement qui comprend leur adresse. Un officier
d'élection doit signer le certificat et indiquer comment
l'individu en question a prouvé son identité. Les noms
des électeurs qui s'enregistrent de cette façon sont
inscrits dans le registre du bureau de scrutin et on indique par une
croix qu'ils ont voté. Lorsqu'un électeur n'a pas les
pièces d'identification requises et que quelqu'un se porte
garant de lui, les deux noms sont inscrits dans le registre du bureau
de scrutin.
Le juge Lederer a résumé de la
façon suivante ses critères et son approche pour
déterminer la validité des votes enregistrés :
« La cour a la tâche délicate d'en
arriver à un équilibre. D'un côté, il faut
que les gens qui remplissent les critères
d'éligibilité puissent voter et que leur vote soit
compté. Des erreurs de nature cléricale comme
l'inscription du nombre de votes dans le carré
réservé au nombre des électeurs pour lesquels on
s'est porté garant n'ont pas d'importance. D'autres erreurs,
comme l'oubli d'indiquer par quels moyens un lecteur s'est
identifié, peuvent être acceptées quand on les
place dans le contexte des autres conditions d'enregistrement. Il y a
des irrégularités, comme voter dans la mauvaise section
du bureau de scrutin, qui ne changent pas les résultats pourvu
que la personne n'ait pas voté deux fois. Ces erreurs ne
provoquent pas la disqualification du vote de l'électeur.
« D'un autre côté, le processus
comporte des éléments qui sont fondamentaux. Nous devons
nous assurer que ceux qui votent sont qualifiés. Nous devons
être convaincus que ceux à qui nous donnons un bulletin de
vote sont sur la liste des électeurs ou s'enregistrent avant de
voter. Si nous ne respectons pas ces fondements de notre système
électoral, nous risquons de saper la confiance dans les
élections et dans notre gouvernement.
« Si je peux résumer ce cas en une seule
observation, ce serait qu'il n'est pas suffisant que des individus qui
ont voté étaient qualifiés en s'enregistrant si
nous n'avons pas de certificats d'enregistrement, de registres des
bureaux de scrutin dans lesquels sont inscrits les noms de tous ceux
qui se sont enregistrés par le biais de quelqu'un qui s'est
porté garant et si nous n'avons pas en notre possession les noms
de la liste finale des électeurs. Notre système repose
sur plus que cela. »
Dans cette veine, si un officier d'élection n'a
pas signé un certificat d'enregistrement mais l'électeur
l'a fait, le juge Lederer n'a pas jugé que l'erreur
méritait la disqualification du vote de l'électeur.
Cependant, dans les cas ou seul l'officier d'élection a
signé le formulaire, le juge a trouvé
l'irrégularité suffisante pour disqualifier le vote. Le
juge Lederer a aussi été clément dans les cas
d'irrégularité quand quelqu'un se porte garant. La loi,
par exemple, interdit qu'un individu se porte garant pour plus d'un
électeur. L'avocat de Wrezesnewskyj a fait valoir que dans un
bureau de scrutin, il y a deux personnes qui se sont portées
garantes pour deux électeurs et qu'en conséquence les
quatre votes devraient être invalidés. Le juge Lederer
n'en a invalidé que deux.
Sur les 79 votes invalidés par le juge, 52 l'ont
été pour des irrégularités dans
l'enregistrement ; dans 41 des cas, il n'y avait aucun certificat
d'enregistrement. Les 27 autres votes invalidés l'ont
été pour des irrégularités dans le
processus par lequel quelqu'un se porte garant d'un électeur.
Dans sa demande, Wrezesnewskyj a fait état non
seulement d'irrégularités dans l'enregistrement des
électeurs, mais de perturbation partisane du vote et de cas
d'enregistrements douteux coordonnés par des gens du Parti
conservateur. L'assistant directeur des élections écrit
par exemple dans un affidavit fait sous serment dans un bureau de
scrutin d'un immeuble à appartements : « Pendant la
dernière heure d'ouverture du bureau se scrutin, il y a eu un
regain d'activité soudain quand des électeurs non
inscrits sur la liste sont venus au bureau... Curieusement, tous
connaissaient le scrutateur conservateur. Plusieurs n'avaient pas de
pièces d'identification réglementaire et ce sont leurs
filles et petites filles qui se sont portées garantes pour eux
comme le permettent les règlements des élections. Je me
suis trouvé à passer près d'un de ces groupes plus
tard... et ils étaient en train de s'organiser pour ramener
leurs parents à la maison. Comme ces personnes venaient juste de
se porter garantes qu'elles demeuraient avec ces gens plus
âgés, je me suis mis à douter de leur parole...
»
Wrezesnewskyj n'en a pas moins décidé de
limiter les questions qu'il a soumises à la cour aux «
irrégularités » pour ne pas retarder les
délibérations. Selon son avocat Gavin Tighe, la
décision d'agir ainsi était motivée par des
raisons « d'ordre légal pratique ». Dans une
entrevue au LML, Tighe a expliqué qu'il aurait fallu
plusieurs heures de plus pour présenter ces questions qui
impliquent de la fraude. Dans un système qui a des
élections aux quatre ans, a-t-il dit, la question serait encore
en cour lorsque l'élection suivante serait appelée.
Wrezesnewskyj maintient qu'il y a eu fraude et corruption et demande
une enquête publique à ce sujet.
Le directeur général d'Élections
Canada, Marc Mayrand, a dit qu'Élections Canada allait
réajuster ses plans « à la lumière de ce qui
s'est passé dans Etobicoke-Centre ». Lors de la
réunion du Comité permanent de la procédure et des
affaires de la Chambre, le 29 mai dernier, il a dit qu'Élections
Canada « va avoir comme priorité de renforcer les mesures
pour améliorer l'application des procédures et standards
en vigueur le jour du vote ». Mayrand a également
répondu à des questions sur les coûts encourus par
Wrezesnewskyj (plus de 250 000 $) pour contester le résultat de
l'élection. Il a reconnu que la plupart des candidats n'avaient
pas les moyens d'encourir de tels coûts et suggéré
que la Cour suprême aborde la question des coûts dans son
jugement sur l'appel. « Sinon, a-t-il dit, il faudra amender la
loi », sous-entendant qu'il va en faire part au gouvernement dans
ses recommandations sur la gestion des élections.

À titre d'information
Le Commissaire à la protection de la vie
privée
publie une étude sur les partis politiques
et la protection de la vie privée
Le 28 mars 2012, le Commissariat à la protection
de la vie privée du Canada a publié une étude
intitulée « Les partis politiques fédéraux
du Canada et la protection des renseignements personnels : une analyse
comparative ». Le rapport examine comment les partis politiques
amassent de l'information et le danger que cela pose au droit à
la vie privée.
Le rapport place le problème dans le contexte de
la crise du système de partis et dit que ce qu'il appelle le
« désalignement partisan » a fait de la cueillette
de données sur les électeurs quelque chose de plus en
plus important dans la vie des partis politiques. Le «
désalignement partisan » se réfère à
l'affaiblissement de la capacité de certains partis politiques
de jouer le rôle qu'ils sont censés jouer dans le
processus électoral et politique, comme de formuler des
politiques et de mobiliser le peuple politiquement. Ce problème
se voit à la faible participation au vote et au déclin du
membership des partis politiques. L'étude note que les chiffres
sur le membership des partis au Canada montrent qu'entre 1 et 2 % des
Canadiens sont membres d'un parti politique ce qui nous met au dernier
rang des démocraties occidentales. L'enquête menée
sur ce sujet par le PMLC suggère un pourcentage encore plus bas.
Le rapport cite le système uninominal majoritaire
à un tour comme une des raisons pour lesquelles les partis
politiques ont besoin d'amasser des données puisque « de
petites modifications au sein de l'électorat dans des
circonscriptions où la lutte est serrée peuvent mener
à l'élection d'un nombre disproportionné de
députés d'un parti. »
Cela a mené les partis à croire «
qu'ils ont besoin de renseignements de plus en plus précis sur
les comportements et les intentions de vote afin de pouvoir cibler plus
précisément certains segments de l'électorat dans
les circonscriptions où la compétition est féroce.
»
L'étude suggère aussi que suite à
la perte du subside de 2 dollars par vote que le gouvernement
conservateur va éliminer d'ici le premier avril 2014, la
levée de fonds par les partis politiques devient de plus en plus
importante et par conséquent les partis remplissent leurs
banques de données de la plus grande quantité
d'informations possibles pour trouver la meilleure façon de
solliciter des fonds.
Les partis politiques sont
exemptés des lois
sur la protection de la vie privée
L'étude mentionne que tandis que la
préoccupation pour la vie privée est à la hausse
en cette ère de surveillance accrue de l'État entre
autres choses par la collection de données biométriques,
la surveillance des courriels et des médias sociaux, les partis
politiques se sont protégées de la réglementation
sur l'utilisation et la collection d'information privée sur la
personne. Aux États-Unis, si les lois protègent les
citoyens de la violation de leur vie privée dans des secteurs
comme la santé, les banques et le crédit à la
consommation, les partis politiques en revanche ont utilisé le
Premier amendement de la Constitution pour se donner la latitude de
« recueillir, traiter et communiquer de vastes quantités
de données personnelles sur les électeurs ». Selon
le rapport, la cueillette de « renseignements sur les
électeurs » aux États-Unis est une industrie
privée vaste et florissante.
Les partis politiques au Canada ne sont pas assujettis
aux lois sur la vie privée qui gouvernent les organisations
commerciales ou à but non lucratif comme la Loi sur la
protection des renseignements personnels ou la Loi sur la
protection des renseignements personnels et les documents
électroniques (LPRPDE) du Canada. Ils ne sont pas
assujettis non plus à la Liste nationale de numéros de
télécommunication exclus mise sur pied par le Conseil de
la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes.
L'étude conclut à la nécessité d'une
réglementation sans toutefois réduire la capacité
des partis de promouvoir « une large participation à nos
institutions démocratiques ».
Les banques de
données des partis politiques
Selon l'étude, tous les partis au Parlement
possèdent des banques de données remplies d'information
personnelle sur leurs membres, leurs supporteurs, leur personnel, leurs
bénévoles et leurs donateurs qu'ils gardent
secrètes à cause du caractère compétitif de
la politique électorale. Le Registre national des
électeurs fournit un « point de départ à
l'établissement de bases de données plus exhaustives sur
les attitudes, les affiliations et les intentions de vote des
électeurs ». Selon les auteurs, le « Constituent
Information Management System (Système de gestion de
l'information sur les électeurs - CIMS) du Parti conservateur du
Canada , lancé en 2004, a été le premier
système centralisé de gestion de l'électorat au
Canada. Le Parti libéral a son « Libéraliste
», un « système d'identification et de communication
avec les électeurs semblable au Voter Activation Network
(réseau d'activation des électeurs) des Démocrates
aux États Unis qui a mené Barrack Obama à la
victoire. Le NPD a son propre système appelé « NDP
Vote ».
Les partis politiques peuvent remplir leurs banques de
données à partir de plusieurs sources : lettres à
la rédaction dans les journaux, sondages
téléphoniques, porte-à-porte, banques de
donateurs, observations et rapports des bénévoles du
parti. D'autres sources d'information comprennent les médias
sociaux, les données de Statistiques Canada, et les «
banques de données géo-démographiques » des
entreprises de marketing.
Le droit à la vie
privée
L'étude conclut en disant que le manque de
réglementation de ces systèmes de gestion des
données pose un risque sérieux au droit des individus
à la vie privée. L'étude donne une série
d'exemples qui illustrent le problème. Elle donne l'exemple
notoire des cartes Rosh Hashanah que le bureau du premier ministre
Harper a envoyées aux supporteurs aux noms « à
consonance juive » en octobre 2007. Beaucoup de gens en avaient
été alarmés parce qu'ils ne savaient comment on
les avait identifiés et ciblés. Un grand nombre de ceux
qui ont reçu ces lettres s'étaient plaints au Commissaire
à la protection de la vie privée de cette violation de
leur vie privée du point de vue de la croyance religieuse.
Comme on amasse aussi des données à partir
des contacts que les électeurs ont avec leurs
députés, l'étude fait état du danger
potentiel que cause cette pratique. « Est-ce que cela pourrait
dissuader aussi des électeurs de contacter leurs élus ?,
souligne le rapport. De plus, si les communications avec les
élus sont fusionnées avec les données sur les
électeurs, la possibilité que les opinions politiques
engendrent un traitement préférentiel devient un risque
important, ce qui pourrait miner l'intégrité et
l'équité de notre système de
représentation. »
En ce qui concerne les cas d'appels automatisés
pendant l'élection fédérale de 2011,
l'étude mentionne que « les incidents jettent un
éclairage nouveau sur les pratiques internes, auparavant
inconnues, des partis politiques. Les électeurs ont par exemple
appris que leurs renseignements sont communiqués à des
entreprises de démarchage téléphonique, certaines
pouvant être situées à l'extérieur du pays.
Les commentaires recueillis en ligne et sur d'autres tribunes
concernant ces controverses ont été nombreux et montrent
un très vif intérêt et engagement à
l'égard des grandes questions relatives au processus
électoral canadien. Les questions relatives à la
protection des renseignements personnels restées sans
réponse tiennent une place non négligeable dans le
débat. »
Les auteurs de l'étude « Les partis
politiques fédéraux du Canada et la protection des
renseignements personnels : une analyse comparative » concluent
qu'une discussion nationale doit se tenir sur la
nécessité d'une législation sur la vie
privée qui protège les électeurs et rend les
partis politiques redevables de leurs actions.
Pour lire le texte complet du rapport cliquer
ici.

Documents des requêtes en contestation
-
Affidavit
of
Annette Desgagné
- Affidavit
of
Robert Penner
- Ekos
Study
on Voter Suppression
- Conservative
Motion
to Dismiss

Lisez Le
Marxiste-Léniniste
Site web: www.pccml.ca Courriel: redaction@cpcml.ca
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