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Numéro 70 - 6
juin
2012
Trop gros pour négocier
et
trop gros pour tomber
La dictature antisociale des
monopoles
Les travailleurs
du CP en
grève avec des supporteurs sur la colline
parlementaire à
Ottawa le 29 mai 2012
pour protester contre la loi de retour au
travail. (TCRC)
Trop
gros
pour négocier et trop gros pour tomber
• La dictature antisociale
des monopoles
• Sur les lignes de
piquetage des Teamsters au
terminal intermodal de Vancouver -
Entrevue
• Le Plan Nord et la
sécurité des
travailleurs - Normand Fournier
Désinformation
continuelle
de la dictature Harper
• Une
«austérité
fiscale» sur le dos des travailleurs
- Dougal MacDonald
Discussion
sur la Loi
d'exécution du budget
• Les programmes
universels de
sécurité sociale sont essentiels
à une
société humaine et
démocratique - Jim
Nugent
Trop gros pour négocier et
trop
gros pour tomber
La dictature antisociale des monopoles
L'histoire
a
chargé
la classe ouvrière de la mission de
bâtir
le nouveau.
La loi fédérale pour écraser
la
grève des travailleurs du Canadien
Pacifique et les criminaliser
s'ils refusent de travailler aux conditions
dictées par les
monopoles est une nouvelle preuve que le Canada
est devenu une
dictature ouverte des monopoles. Selon le
gouvernement Harper, le
Canadien Pacifique est trop gros pour
négocier parce qu'il
contrôle 40 % de tout le trafic ferroviaire.
Harper dit ne pas
pouvoir permettre la perturbation d'une proportion
aussi
élevée du transport ferroviaire
parce que selon lui le
dommage causé à l'économie
serait trop grand.
Harper a avancé le même argument
quand il a passé
une loi pour mettre fin aux luttes des
travailleurs d'Air Canada et de
la
Société canadienne des postes.
Même sans loi à cet effet, les
monopoles
internationaux refusent
régulièrement de négocier
avec leurs travailleurs et dictent leurs
conditions d'emploi. Des
monopoles tels Rio Tinto Alcan, US Steel,
Caterpillar, Vale et d'autres
utilisent le pouvoir de leur portée
internationale pour
extorquer des concessions aux travailleurs. On
force les
travailleurs à payer pour la tendance
capitaliste à la
monopolisation de l'économie qui se traduit
par la
négation de leur droit de négocier
des salaires,
avantages sociaux, pensions et conditions de
travail qui leur sont
acceptables.
La dictature des monopoles s'étend aussi
au
domaine de la réglementation publique qui
gouverne leurs
opérations. Le projet de loi omnibus C-38
comprend des mesures
qui réduisent à rien la voix du
public et la
réglementation concernant l'environnement,
les pêcheries
et d'autres aspects de l'environnement naturel et
social.
Au Québec, le gouvernement Charest a
passé
une loi spéciale qui nie les droits civils
afin d'imposer une
hausse de frais de scolarité qui favorise
l'oligopole bancaire.
Plusieurs des banques canadiennes qui
récoltent
l'intérêt sur les prêts
étudiants garantis
par le gouvernement comptent parmi celles qui ont
reçu 114
milliards $ en mesures de
sauvetage pendant les récentes crises
économiques,
consenties pour les sauver de l'effondrement sous
prétexte que
les banques sont « trop grosses pour tomber
».
Le CP : de l'édification nationale
à
l'annexion à l'empire américain
Bill Ackman, un milliardaire américain, a
récemment pris le contrôle du
Canadien Pacifique en
utilisant une société
d'investissement américaine
newyorkaise appelée Pershing Square Capital
Management. Peu de
temps avant la grève, Ackman avait
blâmé la
direction actuelle du CP pour la chute du taux de
profit de la
compagnie. Le 17 mai, il a « laissé
aller » le PDG
Fred Green avec un boni de 18 millions $ et une
pension annuelle de 1,6
million. Green et quatre autres membres du conseil
d'administration ont
été remplacés par des gens
triés sur le
volet par Ackman. Des travailleurs du CP ont dit
au LML que Green a été
victime d'une guerre de
clans dans laquelle Ackman avait l'appui du
Ontario Teachers' Pension
et du Régime de Pension du Canada, deux
importants actionnaires
du CP. Beaucoup de travailleurs, y compris les
enseignants, aimeraient
bien savoir comment ces détenteurs des
pensions et
épargnes des Canadiens
sont devenus un facteur dans l'annexion
américaine d'une
importante société canadienne comme
le CP. Il est
certainement ironique qu'une entreprise du rail
conçue à
l'origine pour unir le Canada en opposition
à l'expansion et au
continentalisme américain se fasse annexer
par
l'impérialisme américain et attaque
les travailleurs et
l'économie du
Canada avec le consentement et la participation
active d'importants
fonds de pension canadiens et du gouvernement
fédéral qui
politise les revendications privées
d'Ackman au détriment
des droits des travailleurs canadiens.
Dans un point de presse peu après le
dépôt de la loi qui criminalise les
travailleurs du CP, un
journaliste a demandé à la ministre
du Travail Lisa Raitt
: « Plusieurs Canadiens pensent que vous
êtes en train
d'agir au nom d'un fonds d'investissement
américain et non du
peuple. Que répondez-vous à cela ?
» «
Ridicule, a-t-elle répliqué. »
Ridicule en effet madame la ministre du Travail.
C'est pourtant cela
que plusieurs Canadiens pensent de vos actions et
de l'état des
affaires économiques et politiques dans ce
pays dominé
par les monopoles internationaux et annexé
à l'empire
américain.
Les gens sont très
préoccupés par
l'établissement d'une dictature ouverte des
monopoles sur le
peuple par Harper, Charest, les premiers ministres
provinciaux et leurs
acolytes. Où s'en va le Canada avec ce
contrôle total du
capital monopoliste sur l'économie et nos
vies ? Beaucoup se le
demandent. Les gens se font dire d'accepter la
montée
des monopoles mondiaux comme quelque chose
d'inévitable sous le
capitalisme parce qu'il n'existerait pas
d'alternative. L'acceptation
de la domination des monopoles dans tous les
grands secteurs de
l'économie mène
inévitablement à la logique
qu'on ne peut pas se permettre de les voir
s'effondrer ou de perturber
leurs activités. Selon la dictature
Harper c'est une question de bon sens. Le CP
contrôle 40 % du
trafic ferroviaire du pays ; une interruption
prolongée, pour
citer Lisa Raitt, « mettrait d'autres
emplois à risque. On
ne peut pas attendre. Pas quand notre
économie est en jeu. [Ce
gouvernement] a le mandat de protéger
l'économie. »
L'« économie » est
dominée par
des intérêts monopolistes
privés, dans ce cas-ci
américains, et le gouvernement,
plutôt que de
protéger les Canadiens et leur
économie, protège
et politise les intérêts
privés américains
au détriment non seulement des travailleurs
du CP, mais des
fermiers et de tous les autres travailleurs et
leurs communautés
dont
le moyen de subsistance dépend de la
production et le transport
des marchandises par le monopole Canadien
Pacifique.
On nous dit que pour être concurrentiels et
survivre sur les marchés mondiaux, les
monopoles doivent
absolument être fusionnés aux
pouvoirs
financiers, législatifs, policiers et
militaires de
l'État. L'État est devenu un
gigantesque partenariat
public-privé vivant de corruption, de
stratagèmes pour
payer les riches et de privilèges de
classe.
Les intérêts monopolistes
privés sont
politisés de plusieurs façons tandis
que
l'intérêt public est
désavoué, ce qui
produit une dictature monopoliste d'État
qui contrôle
notre économie et tous les principaux
aspects de la vie et des
relations entre nous.
Cette situation a produit une contradiction
flagrante
entre le peuple et le capital monopoliste qu'on
doit résoudre en
reconnaissant que tous ont des droits en vertu de
leur humanité,
dont le droit de se gouverner et de
contrôler leur
économie, et que les monopoles doivent
être soumis
à la volonté populaire.
La classe ouvrière doit réagir face
à cette réalité et à
cette contradiction en
gardant les yeux bien ouverts et en pensant
à comment
s'organiser pour se défendre efficacement,
pour défendre
l'intérêt public et
l'intérêt
général de la société
et ouvrir une voie
vers l'avant. Les Canadiens sont à un
tournant et cela demande
de nouvelles façons de
penser, et d'organiser et des actions avec analyse
qui sortent des
sentiers battus. Les travailleurs ne peuvent se
permettre d'être
détachés et croire que la vie va
continuer comme elle
était auparavant ; tout prouve le
contraire. Le pays est aux
prises avec un déséquilibre au
désavantage de la
classe ouvrière et de la
société. Seule la classe
ouvrière
organisée pour défendre les droits
de tous, armée
de l'ordre du jour de donner une direction
prosociale à
l'économie et la nation, peut mobiliser la
volonté
populaire et faire une percée vers une
alternative.
Trop gros pour tomber et trop gros pour
négocier,
les monopoles bloquent tout progrès.
Un monde nouveau est à bâtir.
L'histoire a
chargé la classe ouvrière de la
mission de diriger le
peuple dans cette entreprise.
Les travailleurs du CP sur la colline
parlementaire le
29 mai
(Photos: TCRC)

Entrevue
Sur les lignes de piquetage des Teamsters
au terminal intermodal de Vancouver
LML : Quels sont les
problèmes auxquels vous faites face en ce
moment ? Parlez-nous
un peu de vos conditions de travail.
Jim Armillotta : Je suis
ingénieur de locomotive depuis 34 ans.
Après avoir
travaillé 28 ans à Revelstoke, je
suis revenu travailler
à Vancouver en octobre 2011. La question
principale en ce qui me
concerne c'est que je suis à quelques
années seulement de
la retraite. La compagnie semble vouloir mettre la
main sur ce que
je prévoyais toucher comme revenus à
la retraite. Je
pensais pouvoir prendre ma retraite avec une
pension qui me permette de
vivre comme l'ont fait mon père et mon
grand-père. Nous
sommes travailleurs du rail depuis trois
générations et
j'ai deux frères plus jeunes
également au CP. Ils veulent
nous imposer un maximum dans nos prestations qui
est plus bas que ce à quoi j'ai droit dans
la convention
actuelle, qui est basé sur mes cinq
dernières
années de travail. Ils veulent aussi
éliminer nos
avantages sociaux en santé à partir
de 65 ans.
En
plus de cela, ils veulent
étendre les quarts de travail de 10
à 12 heures. À
l'heure actuelle, ils nous donnent une prime de
seulement 80 $ quand
vous travaillez plus de 10 heure, mais ça
ne compense pas pour
votre épuisement après 10 heures de
travail. Même
quand vous dépassez les 10 heures vous
n'obtenez pas toujours la
prime de 80 $.
Par exemple, si vous arrivez au terminal juste
avant d'avoir fait vos 10
heures, ils arrêtent vos heures, ils
envoient votre train
à un autre terminal puis vous devez revenir
en taxi à
votre premier terminal ; une fois la
journée de travail
terminée, vous avez fait 12 heures mais
vous ne recevez pas le
80 $.
Je comprends où le CP veut en venir avec
son 12
heures parce qu'ils ne veulent pas avoir double
équipage sur
leurs trains. Ça arrive maintenant qu'ils
doivent envoyer deux
équipages pour amener le train à la
place
désignée.
La longueur des trains a été
établie par du personnel de bureau selon
une formule qui dit que
pour tirer tant de pieds de wagons d'un point A
à un point B en
tant d'heures on a besoin d'une ou de deux
locomotives sans prendre en
compte le temps réel que ça prend
pour transporter le
produit. Les valeurs de temps qu'ils imposent ne
correspondent pas à la
réalité. Nous pouvons
transporter jusqu'à 160 wagons sur un train
de grain, 170 sur un
train de potasse. Un équipage qui part du
terminal intermodal de
Vancouver tire un train de 10 000 pieds, ce qui
est presque deux milles
de long. À une vitesse de 10 à 15
milles à
l'heure, ça prend environ 12 minutes pour
passer le
passage à niveau d'un quartier
résidentiel. Pas
surprenant que le public doit attendre longtemps
avant que le train
soit passé. Ces trains sont
extrêmement longs et lents et
quand l'équipe est épuisée
ça devient
très dangereux. Si vous choisissez de
prendre un sommeil
brisé de 4 heures, ils vous abandonnent au
Boston Bar pour une
période temps qui
peut aller jusqu'à 14 heures, loin de votre
famille et sans
être payé. Ils ne voient aucun
intérêt
à vous sortir de là, alors la
pression sur nous est
toujours de travailler jusqu'à Boston Bar
puis de continuer
à travailler en ramenant un train à
Vancouver. Sur une
journée de 24 heures, ils peuvent vous en
faire travailler 18.
Évidemment ils peuvent
toujours nous dire que « c'est toi qui l'as
choisi ».
LML : Ce que les gens
entendent à votre sujet c'est des choses
à propos des
« gros salaires » et « grosses
pensions », mais
ils ne sont pas toujours en mesure
d'apprécier le travail que
vous faites, que les horaires brisent votre vie de
famille, que vous
manquez des rendez-vous, que votre travail est
stressant.
Don Holt : Ça fait 28 ans
et
demi que je suis au CP et 18 ans comme
ingénieur de locomotive.
Ça m'a pris 10 ans pour le devenir et moi
aussi je suis d'une
troisième génération de
cheminots. La compagnie a
vacillé sur la question d'engager nos fils
et filles. Ils ont
arrêté de le faire pendant un moment
puis elle a
recommencé. Aujourd'hui, il y a plus de
femmes au CP. En ce
moment, je suis ingénieur de locomotive
dans le transport des
marchandises, alors pour moi planifier ma vie de
famille ce n'est pas
possible. Je ne participe pas aux activités
scolaires et
sportives de mes enfants, je ne peux rien
planifier pour les mariages,
etc. Si je veux vraiment
participer à quelque chose, je dois prendre
une journée
de congé sans solde. Mais si vous prenez
trop de journées
de congé ils vous coupent les heures au
minimum.
Quand je commence mon quart de travail à
minuit,
j'essaie de dormir quelques heures avant d'aller
travailler mais ce
n'est pas toujours facile. Je me rends à
Northbend (Boston Bar),
qui est le terminal de destination pour ceux dont
le terminal d'origine
est le terminal intermodal de Vancouver (VIF), ou
Coquitlam. On peut
nous demander
d'arrêter au VIF ou de pousser
jusqu'à Vancouver, Port
Moody ou Sapperton, ce qui ajoute quatre heures
à notre
journée de travail. Une fois rendus au
terminal, vous
n'êtes plus une « priorité
» pour eux alors
vous pouvez rester là à rien faire
pendant des heures.
Vous êtes habituellement partis pour 24
heures, ce qui fait que
six mois par année
vous n'êtes pas à la maison. C'est
dur pour la vie de
famille. Notre taux de divorce est anormalement
élevé
à cause de cela.
Mike Mason : Je travaille au CP
depuis
21 ans et moi aussi je suis ingénieur de
locomotive dans le
transport des marchandises. Je veux juste en dire
un peu plus sur le
sommeil et le temps de congé brisés.
CP a une politique
en ce qui concerne l'absentéisme. La
compagnie compte même
vos journées d'absence autorisées
dans votre dossier d'absentéisme. Elle
demande une
présence au travail de 98.7 % par
année. Nous n'avons pas
de journées de maladie. Ils ne nous paient
pas même une
seule journée de maladie. Si vous
êtes malade vous devez
parler à un contremaître au VIF. Ils
veulent un papier du
médecin dans les 72 heures. Mais ça
ne les affecte pas
financièrement. Si je perds un voyage de 24
heures, je peux
perdre jusqu'à 800 $. La compagnie, elle,
ne perd rien. Sa
politique est de maintenir au minimum les
équipes
d'ingénieurs de locomotives, de chefs de
train, d'agents de
train et d'agents de triage. Le CP cherche
maintenant à
réduire ces équipes encore plus en
étendant les
heures de
travail de 10 à 12 heures. Ils essaient
d'éliminer le
quart de travail de l'après-midi. Ils
veulent éliminer
les quarts de travail de 8 heures dans la cour de
triage. C'est pour
ça qu'ils veulent étendre les heures
de travail à
12 heures, ça va leur permettre
d'éliminer un quart de
travail.
Jim Ross : Je travaille au CP
depuis 26
ans, 22 en tant qu'ingénieur de locomotive.
Avant ça j'ai
travaillé quatre ans pour BC Rail. Puis
j'ai été
engagé par le CP. Une chose que les gens
doivent comprendre
c'est la demande du CP d'augmenter le millage que
vous devez faire
avant d'obtenir du temps libre. Ils veulent
augmenter le millage de 3800 milles par mois
à 4300 milles par
mois, ce qui existe déjà au CN pour
les chefs de train et
les agents de triage. La distance entre Vancouver
et Boston Bar est
à peu près de 300 milles. Nous avons
droit en ce moment
à du temps libre après 3800 milles.
Dans les conditions
actuelles, si je travaille 80 heures par
semaine, j'ai droit à 4 ou 5 jours de
congé après
avoir fait mon millage. Mais s'ils augmentent le
millage à 4300
milles, ça va vouloir dire 4 voyages de
plus, alors je n'aurai
plus de journées de congé
basées sur le millage.
À ce que je sache, les agents de train et
les chefs de train au
CN ont déjà le 4800 milles de
millage dans leur
convention
collective et maintenant le CP veut nous l'imposer
à nous aussi,
y compris aux ingénieurs de locomotives. Je
pense que si on
regarde la situation qui se développe au
Canada, des centaines de
travailleurs du CP pourraient bien perdre leurs
journées de
congé basées sur le millage ce qui
serait un recul
sérieux pour les travailleurs.
Rassemblement de la Fédération
du travail
à Vancouver le 29 mai


Le Plan Nord et la sécurité des
travailleurs
- Normand Fournier -
Jeudi le 24 mai, Radio-Canada nous
apprenait qu'un
travailleur de la construction venait de trouver
la mort sur le
chantier de la compagnie ArcelorMittal,
près de la ville de
Fermont. Le travailleur
décédé est un homme de 30
ans, originaire de Lavaltrie dans
Lanaudière. Il se serait
retrouvé coincé entre le plafond et
le panier de la
plate-forme
élévatrice qu'il opérait. Il
se trouvait seul dans
la nacelle au moment de l'accident.
Il s'agit du deuxième accident mortel
à
survenir sur un chantier de construction à
Fermont depuis les
cinq dernières semaines. Le dernier
accident mortel avait eu
lieu aux installations de la compagnie
minière Cliff Natural
Resources au Lac Bloom, près de Fermont.
Une enquête interne sera effectuée
par
ArcelorMittal, Gastier et SNC Lavalin, ainsi que
par la Commission de
la santé et sécurité au
travail (CSST) et la
Sûreté du Québec.
Le Plan Nord (PN) ne fait que débuter et
déjà deux travailleurs sont morts.
Combien d'accidents
mortels se sont produits depuis le début
des grands chantiers
sur le territoire du PN ? Combien de travailleurs
ont subi des
accidents de travail sur les chantiers du PN ? La
question que l'on
doit se poser est la suivante : combien
d'accidents de travail ont
été
rapportés à la CSST depuis l'annonce
du PN ?
Pour le moment, nous n'en savons rien. Il est une
pratique courante sur les grands chantiers de ne
pas rapporter les
accidents de travail ou les presqu'accidents
(« near miss
»). Les travailleurs y subissent
d'énormes pressions de la
part des entrepreneurs pour ne pas déclarer
les accidents.
Plusieurs travailleurs blessés poursuivent
leur travail au
risque de développer et de souffrir de
sévères
séquelles dans l'avenir. Pourquoi une telle
situation
existe-t-elle ?
Parce que les employeurs ne veulent pas voir
augmenter leurs
cotisations à la CSST suite aux accidents
de travail dont sont
victimes leurs employés. Les travailleurs
vivent la crainte de
ne pas obtenir de travail à l'avenir.
Avec l'ouverture des grands chantiers, les
syndicats de
la construction et les travailleurs ont de plus en
plus de
difficulté à faire respecter les
conditions de travail
établies par le décret de la
construction. Les employeurs
amènent sur ces chantiers
éloignés des
travailleurs non qualifiés et ayant peu
d'expérience du
domaine de la construction
industrielle. Ce sont les jeunes travailleurs de
la construction au
Québec qui ont le plus de blessures et
d'accidents mortels sur
les chantiers.
Cette situation dramatique doit cesser. Toutes
les
mesures doivent être prises pour
protéger la
sécurité et la santé des
travailleurs au
Québec.

Désinformation continuelle
de la
dictature Harper
Une «austérité
fiscale» sur
le dos des travailleurs
- Dougal MacDonald -
Les monopoles, leurs
gouvernements et leurs
médias continuent de répandre leur
désinformation
selon laquelle le monde est en récession,
les économies
sont fragiles et tous (sauf les monopoles) doivent
accepter «
l'austérité fiscale ». Tous
les vieux mantras sont
utilisés :« se serrer la ceinture
», «
modérer ses attentes », « faire
plus avec
moins », « trouver des
économies », «
contenir les coûts », etc. Le 15 mai,
par exemple, le
ministre canadien des Finances James Flaherty,
parlant devant un
sous-comité du Sénat, a dit
qu'à la lumière
de la « crise grecque », la meilleure
chose que le Canada
peut faire pour se prémunir le plus
possible c'est de maintenir
sa discipline fiscale en
réduisant les déficits et sa dette
et en s'assurant que
les banques canadiennes demeurent bien
réglementées.
Les faits montrent que ce verbiage au sujet de la
récession et de l'austérité
fiscale est de la
désinformation faite consciemment. En mai
de chaque
année, le magazine d'affaires Time-Life's
Fortune publie les
revenus des plus grands monopoles
américains lesquels font tous
des affaires au Canada. Le numéro du 21 mai
2012 de Fortune
montre
qu'en 2011, les 500 plus grandes entreprises
américaines ont
généré des profits de 824.5
milliards , une hausse
de 16,4 % par rapport à 2010. En plus,
leurs revenus de 2011
sont supérieurs à ceux
générés quand
l'économie « roulait à fond
» en 2006, avant
la « récession ». Comment cet
accroissement
énorme des revenus constitue-t-il une
récession
pour les monopoles ? Il semble que la
récession choisit qui elle
frappe et qui elle récompense.
En tête des revenus de 2011 on trouvait
ceux
d'Exxon de Rockefeller par le biais de sa filiale
Imperial Oil qui
contrôle Syncrude, le plus gros monopole des
sables bitumineux en
Alberta, qui exploite aussi le pétrole
conventionnel et le gaz
et opère les stations d'essence Esso dans
tout le Canada. Les
revenus d'Exxon en 2011 arrivaient en tête
des 500 entreprises de Fortune avec 843 milliards
$ , une hausse de
27,7 % par rapport à 2010. En termes de
profits, Exxon se
plaçait aussi premier avec des profits de
plus de 46 milliards $,
une hausse de 34,8 % par rapport à
l'année
précédente. Exxon a envahi l'Alberta
en 1920 lorsque le
grand-père de l'ex-premier ministre Peter
Lougheed et
son partenaire R.B. Bennett, qui est devenu
premier ministre plus tard,
ont vendu leur compagnie la Calgary Petroleum
Products à
Imperial Oil. Imperial a mis en production le
puits Leduc #/1 en 1947,
une découverte importante de pétrole
brut qui a
inauguré l'ère de l'énergie
en Alberta et
maintenant Imperial Oil est la 5e plus grande
compagnie
au Canada en termes d'avoirs. C'est un fait bien
connu
qu'Exxon/Imperial et les autres monopoles de
l'énergie sont les
vrais dirigeants de l'Alberta et que le
gouvernement provincial leur
fournit toute l'aide pour piller de manière
toujours plus effective les
ressources pétrolières albertaines.
C'est principalement en attaquant les
travailleurs
qu'Exxon et les 500 compagnies de Fortune ont
accru leurs revenus en
2011. Le 7 mai 2012, le chef d'édition de
Fortune disait au
réseau CBS : « L'Amérique
corporative fait de
grandes affaires en ce moment... Cela a beaucoup
à voir avec le
fait que les entreprises ont fait de grandes
compressions. Elles ont coupé leurs
coûts pendant la
crise, je veux dire qu'elles ont fait de grandes
mises à pied.
C'est pour ça que les profits sont si
élevés.
» En d'autres mots, les grandes entreprises
ont fait des profits
records en mettant leurs travailleurs à
pied ou en coupant
leurs salaires et bénéfices. Cela
s'est fait notamment en
déplaçant la
production là où la main-d'oeuvre
est à bon
marché. Dans son numéro du 19 avril,
2011, le Wall Street
Journal écrit qu'un sondage mené
auprès des plus
grandes entreprises américaines , Walmart,
Chevron, General
Electric, Microsoft, Caterpillar, etc - a
révélé
qu'ils ont mis à pied 2,9 millions de
travailleurs dans la
dernière décennie et en ont
engagé 2,4 millions à
l'étranger.
La désinformation au sujet de la
récession
est une demi-vérité. Il y a bien une
récession
pour les travailleurs mais les monopoles font des
profits records et
les deux vont ensemble. Les cercles dirigeants de
la
société demandent aux travailleurs
de se serrer la
ceinture encore plus et de faire encore plus de
concessions aux
monopoles et aux
gouvernements pour que ces mêmes monopoles
qui sont
contrôlés par des super-riches comme
les Rockefeller
augmentent encore leurs profits en 2012
peut-être jusqu'à
un trillion de dollars. Tout ça se fait sur
le dos des
travailleurs parce que la pauvreté des
travailleurs est la
source de la prospérité des riches.
C'est pour ça
qu'on entend toujours
dire que l'austérité fiscale pour le
peuple est une
« formule gagnante » pour les
monopoles et leurs
gouvernements.

Discussion sur la Loi
d'exécution
du budget
Les programmes universels de
sécurité
sociale sont essentiels à une
société humaine et
démocratique
- Jim Nugent -
Le projet de loi omnibus C-38
d'exécution du
budget apporte de vastes changements dans des
programmes qui affectent
directement la vie du peuple. Ces changements sont
adoptés par
le Parlement de la façon la plus
antidémocratique qui
soit et on étend le pouvoir de
l'exécutif pour permettre
à des ministres de faire des changements
arbitraires par règlement sans les
soumettre au parlement. La
nécessité de consulter ou de
demander l'autorisation de
ceux qui seront les plus affectés par les
changements aux
programmes sociaux n'est même pas
considérée.
Depuis que les conservateurs de Harper sont
devenus
gouvernement majoritaire avec leur coup
électoral de 2011, ils
ont lancé une autre ronde de coupures et
d'attaques à la
sécurité sociale et à
d'autres programmes sociaux,
qu'on pense aux coupures au Programme de la
sécurité de
la vieillesse ou dans les prestations
d'assurance-emploi et aux
plafonds imposés aux paiements de transfert
aux provinces en
santé et services sociaux. Le gouvernement
Harper ne
reconnaît pas la nécessité des
investissements
sociaux et considère les programmes sociaux
comme des
dépenses qui nuisent au
développement économique.
Il a déclaré le mot d'ordre
médiéval
« chacun subvient à ses besoins
» le
fondement de la politique sociale du Canada pour
le 21e siècle.
Tout cela a commencé suite à
l'élection fédérale de 1993
remportée par
le Parti libéral quand le gouvernement
Chrétien avec Paul
Martin comme ministre des Finances a lancé
un vaste assaut
contre les programmes sociaux. Des milliards de
dollars de coupures ont
été faites dans les paiements de
transfert aux provinces
pour la santé et les
services sociaux et dans les programmes et
services sociaux du
gouvernement fédéral. Cette
offensive antisociale
comprenait de vastes coupures aux prestations
d'assurance-emploi et
l'expropriation des fonds de ce programme qui ont
été
transférés aux revenus
généraux du
gouvernement.
Les coupures du gouvernement
Chrétien-Martin ont
prolongé la récession du
début des années
90 et contribué à des années
de relance sans
emploi. Les coupures à l'assurance-emploi
ont causé de
grandes difficultés aux travailleurs
pendant toute la
période subséquente qui a aussi
été
caractérisée par la destruction sur
une vaste
échelle du secteur
manufacturier et d'autres secteurs. Lorsque la
crise financière
de 2008 a frappé et propulsé le
chômage à de
très hauts niveaux pendant la
récession de 2009, la
majorité des travailleurs en chômage
n'ont pu recevoir des
prestations d'assurance-chômage à
cause des changements
que le gouvernement Chrétien-Martin avait
faits au
régime. Les
politiciens en banqueroute des riches viennent
maintenant d'ordonner
une nouvelle ronde de coupures dans les
prestations de
sécurité sociale, y compris une
nouvelle
détérioration du régime de
l'assurance-chômage.
Le 9 mars 1994, Hardial Bains, le dirigeant
national du
Parti communiste du Canada
(marxiste-léniniste), a
présenté un mémoire sur la
réforme de la
sécurité sociale devant le
Comité permanent de la
Chambre des communes, qui s'oppose à la
direction dans laquelle
Chrétien et Martin menaient le pays. Il met
en lumière
les principes
fondamentaux qui doivent être pris en compte
dans tout changement
aux programmes de sécurité sociale.
Ces principes
s'appliquent également à la nouvelle
vague d'offensive
antisociale du gouvernement Harper. Pour aider
l'Opposition
ouvrière à étudier et
à faire face aux
attaques du gouvernement Harper contre la
sécurité
sociale et les autres
programmes sociaux, nous reproduisons des extraits
du mémoire de
1994 de Hardial Bains qui énoncent ces
principes :
« 1. En ce qui concerne les programmes
sociaux, ce
n'est pas le principe de l'universalité qui
doit être
abandonné, remis en question ou
modifié. Au contraire,
des mesures doivent être prises pour que le
système
garantisse le bien-être et le bonheur de
tous, plutôt que
les richesses pour quelques-uns et la
pauvreté pour le grand
nombre. Il faut
donc se garder d'imposer arbitrairement des
changements dans les
programmes sociaux ou dans le niveau de ces
programmes, comme le niveau
des exigences d'admissibilité à
l'assurance-chômage
[aujourd'hui appelée assurance-emploi —
ndlr], comme on le fait
présentement lors du dépôt du
budget au parlement
ou par des prises de décisions qui
affectent la vie des gens de manière
fondamentale. Ces
changements ne cessent de bouleverser la vie des
gens, qui doivent
s'ajuster en conséquence. Qu'un
chômeur reçoive 60
% ou 57 % du salaire du dernier emploi
représente une
différence importante quand c'est la seule
source de revenu.
C'est la même chose pour ceux qui
dépendent de l'aide
sociale et des autres programmes sociaux.
« 2. Les programmes sociaux concernent
généralement les choses qui ont
à voir avec les
droits humains : santé, éducation,
aide sociale,
assurance sociale, logement abordable, pensions,
etc. Ils doivent donc
être l'attention première de la
société
humaine. Il faut renoncer aux façons de
voir qui
considèrent ces programmes comme de simples
dépenses et une affaire d'équilibre
budgétaire
plutôt que comme un investissement social
fondamental. Cela est
d'autant plus vrai lorsque les réclamations
des riches ne sont
pas remises en question tandis que celles de
simples citoyens le sont.
« 3. Les Canadiens ont le droit
démocratique fondamental de pleinement
participer aux prises de
décisions qui affectent leur existence. Par
conséquent,
aucune décision ne doit être prise en
ce qui concerne les
programmes sociaux avant d'être d'abord
soumise à
l'approbation de ceux dont l'existence en sera
affectée. Le
processus de consultation
qui est entrepris ne doit pas, par
conséquent, être
utilisé comme un moyen de légitimer
des politiques
décidées d'avance, comme on l'a vu
dans le passé.
»
La rhétorique du gouvernement Harper au
sujet des
changements à l'assurance-chômage est
particulièrement méprisable parce
qu'elle vise à
atomiser la résistance en montant les
travailleurs et les
régions les uns contre les autres. Les
travailleurs des
pêcheries et des autres secteurs saisonniers
sont traités
comme des abuseurs de l'assurance-emploi et sont
criminalisés. Les travailleurs sont
divisés en catégories arbitraires
qui prévoient
des mesures punitives qui varient selon la
catégorie et une
grande partie des travailleurs sont simplement
exclus de toute
possibilité de recevoir des prestations, ce
qui va à
l'encontre du concept que tous ont droit à
un moyen de
subsistance parce qu'ils
sont des êtres humains. On promeut
ouvertement le racisme en
liant les prestations d'assurance-chômage au
Programme des
travailleurs étrangers temporaires.
Face à cette situation où le
gouvernement
Harper essaie de créer le maximum
d'antagonisme et de
désunion parmi le peuple et les
régions autour de
l'assurance-emploi et des programmes sociaux en
général,
les remarques de conclusion du camarade Bains dans
son mémoire
de 1994 sur les programmes sociaux sont toujours
aussi
pertinentes :
« Finalement, aujourd'hui il y a des
intérêts en conflit sur ces questions
à cause du
fondement et du fonctionnement actuels de la
société. Les
intérêts individuels se heurtent aux
intérêts
collectifs et les intérêts
individuels et collectifs se
heurtent à l'intérêt
général de la
société. Une approche élargie
des programmes
sociaux suivant le principe de
l'universalité peut faire une contribution
importante à
l'harmonisation des intérêts
individuels avec les
intérêts collectifs et des
intérêts
individuels et collectifs avec
l'intérêt
général de la société.
« La société a beaucoup
progressé depuis l'ère
médiévale. Or,
l'existence de disparités entre riches et
pauvres et la pression
qui veut que la société ne
réponde qu'aux
réclamations des riches l'ont fait reculer
au lieu de rompre une
fois pour toutes avec la société
médiévale
et créer une société
entièrement nouvelle
dans laquelle le bien-être des
uns dépend du bien-être de tous. Un
système de
programmes sociaux complets apporterait une
contribution
décisive à la création d'une
société
véritablement démocratique et
véritablement
humaine, dans laquelle tous les différents
intérêts
sont harmonisés en faveur de l'ouverture de
la voie au
progrès de la société.
»

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