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Numéro 69 - 5
juin
2012
Discussion sur la loi
spéciale
au Québec et questions connexes
Qu'y a-t-il derrière la
suspension des libertés
civiles par le gouvernement Charest?
Discussion
sur
la
loi spéciale au Québec et
questions connexes
• Qu'y a-t-il
derrière la suspension des
libertés civiles par le gouvernement
Charest?
• Criminalisation de la
lutte du peuple pour
ses droits, contre l'offensive antisociale du
gouvernement -
Normand Fournier
• Projet de loi
spéciale, «Clause
Henri VIII» et rôle des élus:
une odeur
inquiétante... - Mireille
Beaudet
• La loi spéciale
pour les nuls
- Rémi Bourget, Faits et causes
• Requête visant
à contester la
loi spéciale devant la Cour
supérieure du Québec
À
l'approche du
deuxième anniversaire des sommets du
G8/G20
• Enquête sur la
criminalisation du droit
de résister et d'organiser: ce que les
rapports de police ne
disent pas - Anna Di Carlo
La
conférence
de Montréal
• Le Forum
économique international des
Amériques de 11 au 14 juin
Discussion sur la loi
spéciale au
Québec et questions connexes
Qu'y a-t-il derrière la suspension des
libertés
civiles par le gouvernement Charest?
Une question que beaucoup se sont maintes fois
posée depuis que le gouvernement Charest a
adopté la loi
spéciale, c'est en quoi cette loi
était-elle
nécessaire. Pourquoi le gouvernement
Charest a-t-il passé
cette loi plutôt que de s'asseoir avec les
étudiants et
d'en arriver à un règlement
négocié de la
grève étudiante ? Beaucoup pensent
que la
grève aurait pu être
réglée par des
négociations et ne comprennent pas pourquoi
Jean Charest encourt
des dépenses aussi importantes en temps
supplémentaire
pour les policiers alors que, selon lui, son
gouvernement n'a pas
d'argent à mettre dans le système
d'éducation.
La loi spéciale a rendu illégales
les
actions des organisations de défense des
étudiants et,
bien que la loi 78 ne participe pas du droit
criminel, une question qui
soulève beaucoup d'inquiétude est
que la loi
prépare possiblement le terrain pour
déclarer «
bandes criminelles » les organisations de
défense des
étudiants, des travailleurs et d'autres
couches de la population. Les travailleurs disent
que cette loi est
semblable à d'autres qui ont
été adoptées
au fédéral et au provincial qui
criminalisent les
organisations de défense des travailleurs
et le droit de tous de
résister et de s'organiser pour
défendre leurs droits.
Plus l'oligarchie financière internationale
impose ses demandes
d'austérité à
divers pays dans le monde, plus les élites
au pouvoir veulent
s'assurer que les peuples ne s'organiseront pas
politiquement pour
contester cet ordre du jour
néolibéral et combattre pour
leur propre vision de société. C'est
cela qui se passe au
Québec où le gouvernement insiste
pour que les
étudiants paient des frais de
scolarité plus
élevés qui vont
accroître leur endettement et pour
privatiser le système
d'éducation en faveur des
intérêts privés
tandis que les fonds publics sont utilisés
pour financer des
partenariats publics-privés et des
escroqueries de tout genre.
Quelques considérations
Parmi les considérations qui peuvent
expliquer pourquoi le gouvernement Charest a
adopté la loi
spéciale, il y a la tenue d'un certain
nombre de
conférences internationales à
Montréal que les
autorités ne veulent pas voir se faire
perturber.
Du 22 au 25 mai par exemple, s'est tenue la
Conférence C2-MTL : Commerce et
Créativité, que
les organisateurs voulaient aussi importante que
le Forum
économique de Davos, qui a rassemblé
1000 participants
dont près de 50 % étaient des
délégués internationaux
provenant de 37 pays. Plus
de 50 journalistes étrangers ont couvert
l'événement. La Presse a
écrit à
ce sujet :
« On peut facilement présumer que
ces
représentants de la presse
étrangère ne vont pas
que rapporter les échanges de la
conférence, mais qu'ils
vont aussi témoigner de ce qu'ils observent
dans la
métropole.»
Le Grand Prix de Formule 1 se tiendra à
Montréal du 8 au 10 juin. Il sera suivi du
11 au 14 juin du
Forum économique international des
Amériques. On attend
3000 délégués internationaux
qui envisageront des
« stratégies gagnantes dans ce
contexte économique
difficile » sous le thème « Une
économie
mondiale en transition : nouvelles
stratégies, nouveaux partenariats »
et accroîtront
« la connaissance et la sensibilisation aux
grandes questions de
la mondialisation économique avec une
attention
particulière aux liens entre les
Amériques et les autres
continents ». Parmi les participants de
marque, on compte des
représentants de gouvernement et de
monopoles, surtout du
secteur
financier (voir l'article À titre
d'information ci-dessous).
Le 13 juin se tiendra également à
Montréal une conférence sur le Plan
Nord et le travail,
organisée par la firme d'avocats Fasken
Martineau. Cette
conférence est ouverte à toutes les
entreprises qui
veulent s'impliquer « dans le plus grand
projet de notre province
avec un grand potentiel de développement
économique
».
Est-ce que ce sont ces événements
que
Charest avait en tête quand il a
adopté la loi
spéciale ? Cela expliquerait pourquoi il
insiste tellement pour
viser une des organisations étudiantes, la
Coalition large de
l'association pour une solidarité syndicale
étudiante, la
CLASSE, et un de ses porte-parole en particulier,
Gabriel
Nadeau-Dubois, en les
associant à la violence, aux méfaits
et à
l'extrémisme. Peut-être est-ce
également pour cela
que la loi spéciale a une clause,
maintenant appelée
clause Nadeau-Dubois, qui vise à le rendre
responsable
d'infractions à la loi, comme le
non-respect d'injonctions
accordées par les tribunaux pour interdire
le piquetage à
l'entrée des institutions
d'enseignement. Normalement, si vous contrevenez
à une
injonction, vous commettez une infraction civile.
Mais si vous y
contrevenez plus d'une fois alors vous commettez
un outrage au tribunal
au criminel, comme ce fut le cas pour
l'aînée et activiste
autochtone Harriet Nahanee avant les Jeux
olympiques de Vancouver.
Très significatif à cet
égard est le fait que les injonctions ne
sont des mesures qui ne
sont pas adoptées en vertu d'un processus
qui permet d'examiner
la validité du cas mais simplement par un
verdict d'un juge
suivant la demande d'un intérêt
privé. C'est un
mécanisme pour rendre l'opposition
impuissante, comme on le voit
quand des lignes de piquetage sont réduites
à quelques personnes et que la compagnie
entre et sort de
l'usine comme elle le veut. La raison en est que,
selon la loi, un
citoyen doit respecter l'injonction quitte
à la contester en
cour plus tard, même si le conflit aura
été
réglé.
Ces mesures disproportionnées pour
criminaliser
la CLASSE en ont amené plusieurs à
questionner le bon
sens de Charest. La CLASSE en fait n'a jamais
recommandé la
violence et s'en est tenue à son opposition
à la hausse
des frais de scolarité en insistant sur la
tenue de
négociations pour discuter calmement d'une
alternative pour le
financement du système d'éducation.
Malgré cela,
après que le gouvernement Charest ait
déclaré une
impasse suite à la dernière
séance de
négociations, un grand effort de propagande
a été
fait pour présenter la CLASSE comme une
organisation violente
qui appelait à la violence et posait une
menace à la
sécurité publique. Charest a
d'ailleurs
averti que quiconque se joindrait aux actions de
la CLASSE serait
considéré comme une menace à
l'ordre public.
Ce n'est pas sans raison que le refus du
gouvernement
Charest de négocier avec les
étudiants et ses efforts
boiteux pour criminaliser la CLASSE s'accompagnent
d'efforts pour
dépeindre la CLASSE comme étant
idéologiquement
extrémiste, anarchiste et de facto
criminelle. Tout est fait
pour piéger la CLASSE en l'amenant à
abandonner son
mandat d'organisation de défense des
étudiants et
à devenir une organisation politique
anticapitaliste. La CLASSE
s'en est tenue à son mandat d'organisation
de défense des
étudiants qui combat la hausse des frais de
scolarité en
s'appuyant sur sa conviction et sa
démonstration que la hausse
ne fait qu'enrichir les banques tout en privant
les
générations à venir de leur
droit à
l'éducation et qu'elle est contraire aux
intérêts
du peuple québécois et de la
société
québécoise. Les associations
étudiantes ont mis de
l'avant plusieurs propositions pour financer le
système
d'éducation mais le gouvernement Charest a
refusé de les
écouter parce que leurs propositions
s'opposaient à sa
vision
néolibérale de la
société selon laquelle
l'argent alloué à l'éducation
doit servir les
intérêts privés.
L'expérience du G20 et le projet de
loi
antigang
Quand
on cherche à
comprendre la logique derrière la
suspension des libertés
civiles par le gouvernement Charest, on a
intérêt à
considérer l'orientation qui a
été donnée
aux forces policières en Ontario pour les
sommets du G8/G20
à Toronto en juin 2010, dont nous traitons
aussi dans un autre
article de ce numéro du LML.
Nous avons vu le gouvernement Harper dilapider
près d'un
milliard de dollars du trésor public pour
la
sécurité des sommets du G8 et du G20
à Muskoka et
à Toronto en juin 2010. Nous avons
maintenant toute
l'information qui montre qu'on a demandé
aux forces
policières de viser ceux qui
défendaient une position
idéologique contre le
programme néolibéral parce que cela
les rendait
soi-disant enclins à la violence et on
disait aux forces
policières de les traiter comme des
éléments
criminels et de les soumettre à des
arrestations
préventives au nom du maintien de la
sécurité
publique.
Fait à remarquer, un député
conservateur a déposé un projet de
loi privé
antigang au parlement le 13 février, le
projet de loi C-394, Loi
modifiant
le
Code criminel et la Loi sur la défense
nationale
(recrutement par des organisations criminelles),
présentement en deuxième lecture.
Est-ce que son objectif
ultime serait de
criminaliser les organisations politiques qui
s'opposent au
gouvernement ?
Ce projet de loi comprend
précisément le
type
de pouvoirs policiers que le gouvernement Harper a
mis en oeuvre aux
sommets du G8/G20 et qui sont également
prévus par la loi
spéciale du gouvernement Charest pour
convertir une association
étudiante en organisation criminelle. Le
préambule du
projet de loi C-394 dit :
« Le texte modifie le Code criminel
afin
d'ériger en infraction le fait de recruter
une personne pour
faire partie d'une organisation criminelle, de
l'inviter ou
l'encourager à en faire partie ou de la
solliciter à
cette fin. Il prévoit une peine pour cette
infraction de
même qu'une peine plus sévère
pour le recrutement
de personnes âgées
de moins de dix-huit ans. Le texte apporte
également une
modification connexe à la Loi sur la
défense
nationale. »
Quand on pense qu'aux arrestations du G20,
l'escouade
anti-rackets de la police provinciale de l'Ontario
a été
parmi les principales organisations de police
déployées,
on comprend les inquiétudes que la loi 78
et les autres lois de
« loi et d'ordre » ayant pour objectif
d'écraser la
dissidence et les organisations politiques soient
un prélude
à la
criminalisation des organisations de
défense du peuple
assimilées à des « bandes
criminelles ».

Criminalisation de la lutte du peuple pour ses
droits,
contre l'offensive antisociale du gouvernement
- Normand Fournier -
Sous le titre Loi permettant aux
étudiants
de recevoir l'enseignement dispensé par
les
établissements de niveau postsecondaire
qu'ils fréquentent,
la
loi
spéciale dissimule toute une série
d'attaques
visant les associations étudiantes et leurs
membres, les
syndicats de travailleurs (que la loi nomme
association des «
salariés »), ainsi que
toutes les autres sections du peuple qui
s'opposent à la
volonté du gouvernement Charest.
La loi spéciale s'en prend au droit
d'association, au droit de manifester de
manière pacifique, au
droit d'opinion et de la libre conscience. En
cela, elle est à
toute fin pratique une mesure de guerre. La loi
contient de plus
« des dispositions visant à
préserver la paix,
l'ordre et la sécurité publique
ainsi que diverses mesures
de nature administrative,
civile et pénale afin d'assurer
l'application de la loi ».
Pour justifier la présentation et
l'adoption de
la loi spéciale par l'Assemblée
nationale du
Québec, le gouvernement Charest a
créé de toute
pièce et bâti patiemment une
situation de crise dans le
milieu de l'éducation. Il a attendu pendant
13 semaines, alors
que se déroulaient à la grandeur du
Québec les
grèves et manifestations étudiantes,
grèves reconduites de semaine en semaine
par des votes en
assemblée générale, que se
développe un
climat de tension sociale. Puis, il a
déclaré que la paix
sociale était menacée, que la
sécurité
publique et l'ordre social étaient
menacés par la lutte
des étudiants contre la hausse des frais de
scolarité. Le
gouvernement Charest a fait d'une lutte
étudiante une question de loi et d'ordre.
Avant l'adoption de la loi 78, le gouvernement du
Québec et le ministère de
l'Éducation du Loisir et
du Sport avaient en main tous les outils
politiques, légaux et
réglementaires pour traiter et trouver une
solution à la
lutte menée par les étudiants du
Québec. Il leur
suffisait d'avoir la volonté d'agir, ce
qu'ils n'avaient pas.
Ils n'avaient
aucunement besoin de la loi spéciale, sauf
si leurs intentions
politiques étaient d'écraser toute
résistance aux
politiques antisociales du gouvernement Charest
avec des
pénalités sévères.
La loi spéciale permet à la
ministre de
l'Éducation du Loisirs et du Sport, de
menacer et de couper les
fonds aux associations étudiantes, de leur
imposer des amendes
de 25 000 $ à 125 000 $ sur simple
dénonciation. Pour un
individu, l'amende est de 1 000 $ à 5 000 $
pour chaque jour, de
7 000 $ à 35 000 $ pour un dirigeant, un
employé,
un représentant, un porte-parole
d'association ou de
fédération. Même les
dirigeants et les
représentants d'un établissement qui
contreviennent
à la loi sont soumis aux mêmes
amendes.
C'est l'article numéro 9 de la loi
spéciale qui nous dévoile
l'intention véritable du
gouvernement Charest avec les pouvoirs
étendus qu'il accorde
à la ministre de l'Éducation. Il se
lit comme suit :
« Pour assurer la mise en oeuvre des
articles 2 et
4 à 8, le gouvernement, sur recommandation
du ministre de
l'Éducation, du Loisir et du Sport, peut
prendre toutes les
mesures nécessaires, notamment
prévoir les dispositions
législatives et réglementaires qui
ne s'appliquent pas et
prévoir toute autre adaptation
nécessaire aux
dispositions de la
présente loi ainsi qu'aux dispositions de
toute autre loi et de
ses textes d'application.
« À ces fins le ministre peut
notamment
donner des directives aux établissements,
que ceux-ci sont tenus
de respecter. En outre, toute entente conclue
à ces fins entre
les établissements et des associations de
salariés doit
être approuvée par le ministre.
« Sauf pour les articles 15 et 20 de la Loi
sur
les règlements (L. R. Q., chapitre R-18.1),
les sections III et
IV de cette loi ne s'appliquent pas, le cas
échéant,
à une mesure prise par le gouvernement en
vertu du
présent article. »
Par ce libellé, le gouvernement Charest
vient de
donner au ministre de l'Éducation du Loisir
et du Sport des
pouvoirs quasi illimités pour assurer
l'application et le
respect de la loi spéciale. Ceci sans
passer par les instances,
les comités et les procédures qui
régissent
l'étude, la révision, et l'adoption
des lois au
Québec.
La portée de la loi spéciale
L'envergure ou le spectre couvert par la loi
spéciale est grand, même très
grand, pour plusieurs
raisons qui ont peu à voir avec le conflit
étudiant. On
doit se rappeler que le gouvernement Charest a
lancé en grande
pompe le Plan Nord, qu'il a mis de l'avant la
refonte de plusieurs lois
(santé, mines,
agriculture, gaz et pétrole, forêt,
pêche et
environnement). Il procède à une
transformation radicale
du système de l'éducation
postsecondaire en appliquant la
conception de l'utilisateur-payeur, qui est en
rupture avec le
consensus social établi au Québec de
tendre vers la
gratuité scolaire à tous les
niveaux. Par ses nombreux
voyages à l'étranger,
Charest a vendu au sens propre et figuré
les richesses
naturelles et humaines du Québec. Il a
présenté le
Québec comme un paradis pour les
investisseurs : un endroit
où ils peuvent investir en toute
sécurité et
où le gouvernement est prêt à
prendre toutes les
mesures nécessaires pour assurer et
protéger leurs
investissements. La production de leurs
entreprises ne sera pas perturbée par les
grèves des
travailleurs, et une main-d'oeuvre instruite et
hautement
qualifiée sera à leur disposition.
La loi spéciale s'inscrit dans le
processus
d'attaques contres les travailleurs de la
construction et de leurs
syndicats,
par la loi 33, mise de l'avant par la ministre du
Travail. Encore sous
un faux prétexte de violence et de
corruption des syndicats de
la construction, le gouvernement Charest veut
contourner,
détruire et raser les conventions
collectives qui
établissent et régissent les
conditions de travail sur
les grands chantiers actuels et futurs du Plan
Nord. Il le fait en
empêchant les travailleurs de la
construction de manifester ou de
venir en aide à des travailleurs en
grève.

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En vertu de la loi spéciale, tous les
Québécois, salariés ou
autres, sont assujettis aux
articles 10, 11, 12, 13, 14 et 15. L'article 13
stipule : « Nul
ne peut, par un acte ou une omission, entraver le
droit [...] faire
obstacle ou nuire à la reprise ou au
maintien des services [...]
à l'exécution par les
salariés de leur prestation
de travail [...] ni
contribuer directement ou indirectement à
ralentir,
altérer ou retarder la reprise ou le
maintien de ces services
ou exécution de cette prestation. »
L'article 14 : «
Nul ne peut, par un acte ou une omission, entraver
l'accès d'une
personne à un lieu où elle a droit
ou le devoir
d'accéder [...] pour y exercer des
fonctions. »
De plus, la loi spéciale remet dans les
mains des
forces policières des pouvoirs
illimités et arbitraires
pour décider du caractère d'une
manifestation
(légale ou illégale), de son
itinéraire, de la
menace à la paix sociale, de la menace
à l'ordre et
à la sécurité publique, que
celle-ci peut
représenter. Cette loi transfère la
responsabilité
du
gouvernement et une partie de son pouvoir aux
forces policières.
Les événements récents
à Montréal,
Québec, Sherbrooke et dans plusieurs autres
villes du
Québec, ont démontré le
caractère
arbitraire de l'application de la loi
spéciale. De plus, les
mêmes événements ont
prouvé
l'incapacité du gouvernement et des forces
policières
à faire respecter
la loi.
L'angoisse du milieu des affaires
montréalais et
du gouvernement
Le journal La Presse mentionnait le 23
mai que
2000 articles et reportages avaient
été publiés ou
diffusés dans une cinquantaine de pays
depuis le début de
la grève étudiante. Pour la fin de
semaine du 18 au 21
mai, plus de 500 articles ou reportages
télé de médias
étrangers ont
été comptabilisés, concernant
les manifestations
étudiantes. La crise étudiante
intéresse
particulièrement les médias
américains, poursuit La
Presse. « L'image de Montréal
en prend un coup avec
tous ces reportages négatifs. »
« Depuis trois mois
maintenant, ce que Montréal a à
montrer au reste du
monde,
c'est un spectacle désolant... »
La saison estivale à Montréal,
Québec et ailleurs en province est le
moment où se
déroulent de nombreux festivals. Les
organisateurs de toutes ces
activités économiques sont
très inquiets pour le
succès de celles-ci. Le maire de
Montréal s'est ouvert
à la presse écrite et
électronique suite aux
pressions des commerçants et de la Chambre
de
commerce et de l'industrie de Montréal.
Selon le milieu des affaires, «
Montréal a
toujours eu l'image d'une ville tranquille
où il fait bon vivre.
Mais là, les nouvelles nous renvoient tous
les jours tout
à fait le contraire. En affaire, tout est
question de perception
et là, la perception est négative.
» « Un des
principaux avantages que l'on vend aux
investisseurs, c'est que
Montréal est
une ville universitaire qui abrite quatre campus,
que c'est le gage
d'une qualité de main-d'oeuvre
inégalée.
Là, ils ont l'air de
révolutionnaires. Il faut que
ça arrête... »
Pour sa part, le président de
Montréal
International, une agence qui fait la promotion
d'événements économiques dans
la région de
Montréal, parle de l'image
extrêmement négative que
projette Montréal. Il essaie de
tempérer en disant :
« Les investisseurs comprennent qu'il s'agit
d'une crise
conjoncturelle et qu'elle ne traduit pas le
véritable
climat social qui règne habituelle ment
à
Montréal. »
Dans son édition du 23 mai, le journal Le
Soleil titrait : « Conflit
étudiant : désarroi
au gouvernement ». « Les
membres du gouvernement
de Jean Charest sont las, troublés,
débordés. Ils
constatent, comme tous les
Québécois, que les derniers
jours ont démontré que la loi
spéciale n'a rien
réglé. »
« Les gens ne veulent pas qu'on recule.
Mais en
même temps, ils nous demandent de trouver
une solution »,
répond Clément Gignac, ministre des
Ressources
naturelles. Or, la « seule façon d'en
trouver ce serait de
reculer sur les droits de scolarité. C'est
pas évident...
»
Le
gouvernement Charest
maintient son attitude cynique et
méprisante à
l'égard des étudiants. Mais il
n'arrive pas à
dissimuler l'angoisse qui règne dans ses
rangs, sa crainte d'un
débordement du mouvement social qu'il a
provoqué. «
Charest a créé un monstre »,
écrit La
Presse.
Jean-Marc Fournier, ministre de la Justice,
affirme :
« Normalement dans une société
démocratique,
on accepte que la loi soit appliquée, soit
respectée.
» Il doit recourir à des formules
choc telle « la
désobéissance civile, c'est un beau
mot pour dire
vandalisme » pour attirer l'attention.
De son côté, le ministre de la
Sécurité publique, Robert Dutil, a
convoqué les
médias pour faire valoir « que la loi
n'empêche pas
les manifestations, qu'elle les encadre »,
que « la loi
respecte la Charte canadienne des droits et
libertés ».
De leurs côtés, le premier ministre
Charest
et la ministre de l'Éducation du Loisir et
des Sports Michelle
Courchesne utilisent depuis l'adoption de la loi
spéciale toutes
sortes de formules et d'euphémismes pour
dire qu'ils «
demeurent disposés à rencontrer
», « à
reprendre les négociations », «
à discuter
avec les associations étudiantes ».
Le
premier ministre Charest dit : « Notre porte
restera toujours
ouverte. » « Le gouvernement a tendu
la main. »
C'était pour cacher qu'il n'avait pas du
tout l'intention de
négocier, comme on l'a vu à la
quatrième
journée de négociation quand la
ministre a dit : «
Il est clair que nous sommes dans une impasse
» alors même
que les représentants
étudiants soumettaient une nouvelle offre
qui respectait la
demande de financement des universités sans
recourir à la
hausse des frais de scolarité.
Dans l'éventualité où des
élections
sont déclenchées, la loi
spéciale limite à
toute fin pratique, à zéro,
l'activité
légale des associations étudiantes,
des «
associations de salariés » et des
groupes sociaux qui
voudraient s'opposer au Parti libéral,
à ses candidats et
à leurs politiques antisociales, par des
manifestations
d'envergure comme celles qui se
déroulent depuis 30 jours, de jour comme de
nuit dans les rues
de Montréal.
La voie de sortie du conflit
La solution à ce conflit étudiant
passe
par le retrait de la loi spéciale. Elle
demande le retrait et
l'abandon de toutes les accusations et
procédures contre les
manifestants arrêtés depuis le
début de la lutte
étudiante. Elle nécessite le recul
du gouvernement
Charest sur la hausse des droits de
scolarité. Il
doit y avoir une négociation d'une solution
politique non
partisane. Elle doit aussi inclure l'inculpation
des membres des forces
policières qui se sont livrés
à des agressions sur
les manifestants.

Projet de loi spéciale, «Clause
Henri
VIII» et
rôle des élus: une odeur
inquiétante...
- Mireille Beaudet -
La gravité de cette atteinte aux
fondements de
notre État risque de s'avérer d'une
ampleur sans
précédent. Le faire, de plus, au nom
de «
l'État de droit »... constitue sans
doute l'ironie ultime.
Sur toutes les tribunes, les commentateurs
réfèrent à l'État de
droit et à la
séparation des pouvoirs, qui, dans notre
société,
en serait la gardienne. Selon cette
théorie, le pouvoir
législatif, qui adopte les lois
(l'Assemblée nationale,
au Québec), le pouvoir exécutif, qui
en assure
l'exécution (le Conseil des ministres,
appelé « le
gouvernement ») et
le pouvoir judiciaire, qui interprète et
donne effet aux lois,
évoluent dans des univers
parallèles. Cette absence
d'intersection est souvent présentée
comme absolue.
Pourtant, dans notre régime, la
séparation
des pouvoirs est imparfaite. Cette imperfection
résulte
fondamentalement du régime parlementaire de
tradition
britannique qui est nôtre, et qui veut que
le gouvernement soit
formé parmi les élus qui jouissent
« de la
confiance de la Chambre », donc qui
représentent la
majorité. Au-delà de l'anecdote,
néanmoins inquiétante, des pratiques
du bureau du premier
ministre actuel, dans l'affaire des
célèbres «
post-it » sur les dossiers de nomination des
juges, le
caractère structurel de la confusion entre
les pouvoirs
apparaît clairement sous l'actuel
gouvernement majoritaire
dirigé par M. Charest. L'imposition de plus
en plus rigide et
constante de la
« ligne de parti » accentue d'ailleurs
gravement le
phénomène.
Le projet de loi spéciale actuellement
à
l'étude par nos élus contient des
dispositions (notamment
l'article 9 du projet) qui confèrent au
ministre, donc à
l'exécutif, le pouvoir de modifier le
contenu et l'application
de lois adoptées par l'Assemblée
nationale. Ce genre de
mesure, par laquelle le Parlement autorise
l'usurpation de son
rôle, est
appelé « clause Henri VIII »,
du nom du
célèbre souverain qui régna
sur l'Angleterre de
1509 à 1547. Peu connu pour sa mesure et sa
modération,
il fut celui qui introduisit, en 1531, cet
instrument d'accroissement
du pouvoir du gouvernement dans une loi qui
déléguait,
à un agent du roi, le pouvoir de
décréter des
taxes, en lieu et place du
Parlement, et d'imposer des
pénalités, avec la même
autorité que si ces taxes et
pénalités avaient
été fixées par le Parlement.
Le Parlement qui adopte un projet de loi
contenant une
clause Henri VIII aussi étendue que celle
qui figure dans
l'actuel projet abdique honteusement son pouvoir
législatif.
Dans ce cadre, l'unanimité qui semble
régner parmi les
élus libéraux inquiète. Les
députés
qui voteront en faveur de ce projet doivent
être conscients de ce
à quoi ils auront
prêté leur concours. La « ligne
de parti » ne
saurait autoriser toutes les dérives.
Les élus, avant d'être membres d'un
parti
politique et d'un caucus, sont d'abord ceux
à qui leurs
commettants ont confié le pouvoir
législatif et le mandat
d'oeuvrer afin de préserver son
intégrité. Le site
web de l'Assemblée nationale accorde le
premier rang au
rôle de législateur parmi les
fonctions des
députés : l'activité
première du
député
est d'étudier, d'analyser et de voter les
projets de loi. C'est
donc ce que chacun d'entre eux a juré de
faire, avec
honnêteté et justice, en
prêtant le serment de
loyauté. Or, les élus
libéraux s'apprêtent,
en plus de s'attaquer avec une absence de mesure
extraordinaire
à des droits fondamentaux, à faire
reddition du pouvoir
de légiférer de l'Assemblée
nationale en faveur du bureau du premier ministre
! La gravité
de cette atteinte aux fondements de notre
État risque de
s'avérer d'une ampleur sans
précédent. Le faire,
de plus, au nom de « l'État de droit
»... constitue
sans doute l'ironie ultime.
Devant l'odeur inquiétante qui se
dégage
du projet de loi actuellement débattu
à
l'Assemblée nationale et de la remarquable
unanimité des
élus libéraux à son sujet, il
n'est pas inutile de
rappeler que la première clause Henri VIII
se trouvait dans une
loi sur les... égouts !

La loi spéciale pour les nuls
- Rémi Bourget, Faits et
causes,
22 mai 2012 -
Après avoir laissé
dégénérer le conflit sur la
hausse des droits de
scolarité en une véritable crise
sociale, le gouvernement
Charest a adopté vendredi dernier la loi la
plus autoritaire de
l'histoire législative du Québec
moderne. La Loi
permettant aux étudiants de recevoir
l'enseignement
dispensé par les établissements de
niveau postsecondaires
qu'ils fréquentent (la « Loi
78 ») se veut la
réponse législative au
problème politique qui
persiste depuis 3 mois. Rédigée
à la hâte,
sous une prémisse un peu naïve, il a
fort à parier
que plusieurs aspects de cette loi matraque seront
invalidés par
les tribunaux qui seront appelés à
statuer sur sa
constitutionnalité.
L'annihilation du droit de grève
étudiant
Pour un gouvernement qui a passé trois
mois
à nier l'existence et le concept même
de «
grève étudiante », il est
assez surprenant de voir
qu'il a employé la massue parlementaire
pour annihiler les actes
dits de « boycott individuel ».
Avant que ne se judiciarise le conflit par la
multitude
d'injonctions provisoires ayant été
émise (sauf
erreur aucun jugement sur le fond ni même
interlocutoire n'a
été rendu jusqu'à ce jour),
la jurisprudence québécoise
était complètement muette sur la
question de la légalité des
grèves
étudiantes.
Cependant, rien n'interdisait les grèves
étudiantes. Au contraire, l'histoire du
Québec moderne
fut parsemée de grèves
étudiantes.
Accréditées selon la Loi sur
l'accréditation et le
financement des associations
d'élèves ou
d'étudiants (« Loi 32
»), les associations
étudiantes bénéficiaient en
quelque sorte de la
formule Rand (tous les étudiants
doivent être membres et payer leurs
cotisations, selon l'article
26 de cette loi) et du monopole de la
représentation des
étudiants selon l'article 28 de la
même loi, lequel
indique que : « L'établissement
d'enseignement doit
reconnaître l'association (...)
d'élèves ou
d'étudiants accrédité comme
le
représentant, selon le cas, de tous les
élèves ou
étudiants ». C'est sur cette base que
plusieurs
établissements d'enseignement
postsecondaires signèrent
des protocoles de grève avec les
associations étudiantes,
une fois que ces dernières eurent
adopté des mandats de
grève lors d'assemblées
démocratiques. Mentionnons
au passage que certains établissements
exigeaient notamment des
votes par
scrutin secret avant de reconnaître le vote
de grève.
C'était l'usage qui prévalait au
Québec depuis des décennies.
La Loi 78 vient d'annihiler ce droit de
grève
étudiante, sans même avoir
procédé à
24 heures d'études et de débat en
chambre. En effet, les
articles 10 et 11 de la Loi 78 obligent les
salariés d'un
établissement postsecondaire à
« accomplir tous les
devoirs attachés à ses fonctions,
conformément aux
conditions de travail qui lui sont applicables,
sans arrêt, ralentissement, diminution ou
altération de
ses activités normales ». De plus,
les articles 13 et 14
de la Loi 78 interdisent toute forme de piquet de
grève en ces
mots :
«13. Nul ne peut, par un acte ou une
omission,
entraver le droit d'un étudiant de recevoir
l'enseignement
dispensé par
l'établissement d'enseignement qu'il
fréquente, faire
obstacle ou nuire à la reprise ou au
maintien des services
d'enseignement d'un établissement ou
à l'exécution
par les salariés de leur prestation de
travail relative à
ces services, ni contribuer directement ou
indirectement à
ralentir, altérer ou retarder la
reprise ou le maintien de ces services ou
l'exécution de cette
prestation.
«14. Nul ne peut, par un acte ou une
omission,
entraver l'accès d'une personne à un
lieu où elle
a le droit ou le devoir d'accéder pour y
bénéficier des services d'un
établissement ou pour
y exercer des fonctions.
«Sans restreindre la portée du
premier
alinéa, toute forme de rassemblement qui
pourrait avoir pour
effet d'entraver un tel accès est interdite
à
l'intérieur d'un édifice où
sont dispensés
des services d'enseignement par un
établissement, sur un terrain
où est situé un tel édifice
ou dans un rayon de 50
mètres des limites externes d'un tel
terrain.»
Les syndicats de salariés et les
associations
étudiantes seront désormais
responsables de «
prendre les moyens appropriés pour amener
les (membres) qu'elle
représente(nt) à ne pas contrevenir
aux articles 13 et
14. »
Il est maintenant de notoriété
publique
que les amendes pour avoir enfreint ces articles
seront salées,
de 1000 à 5000 $ pour une personne
physique, de 7000 à 35
000 $ pour les « leaders »
d'organisations étudiantes
et de 25 000 à 125 000 $ pour les
organisations
étudiantes. En cas de récidive, les
montants seront
doublés (art. 26 de la Loi 78).
Ce n'est pas tout, l'article 22 de la Loi 78
prévoit que les associations syndicales ou
étudiantes
seront également tenues responsables de
tout préjudice
causé par les actes de grève
visés aux articles
13, 14 et 15, le préjudice étant
défini à
l'article 24 comme « tout coût
additionnel ou toute perte
de gain assumé par quiconque, notamment un
étudiant, un établissement ou
l'État. » En
somme, l'État fait porter aux
étudiants le fardeau
financier de la grève étudiante. Je
serais
intéressé de voir comment les
tribunaux vont concilier
ces articles avec les règles centenaires de
la
responsabilité civile. Imaginez une seconde
un gouvernement
adopter une telle mesure dans le cas d'une
grève ou
d'un lock-out en milieu de travail ! Impensable.
L'éradication des associations
étudiantes
dissidentes
J'ai invoqué la Loi 32 dans les
paragraphes qui
précèdent. Cette loi oblige
également les
établissements d'enseignement à
fournir un local et du
mobilier à l'association étudiante,
de même
qu'à percevoir au nom de l'association le
versement des
cotisations des étudiants
membres.
Or, et c'est là l'un des aspects les plus
troublants de la loi 78 qui est pourtant
passé sous silence par
la majorité des commentateurs, les articles
18 à 21
permettent au ministre de l'Éducation
d'ordonner aux
établissements de cesser de percevoir les
cotisations
étudiantes et de fournir le local et les
meubles à
l'association, pour une durée d'un
trimestre complet pour chaque jour pour lequel les
cours auraient
été perturbés.
Ces dispositions constituent une véritable
bombe
atomique lancée contre les associations
étudiantes qui
voudront poursuivre leur grève,
malgré la Loi 78. Le
gouvernement vient de s'assurer de couper les
vivres aux associations
qui lui désobéissent. Il a
commandé leur
arrêt de mort. Il s'agit là d'une
attaque d'une violence
inouïe contre le droit
d'association protégé par notre
Charte.
Faut-il rappeler que les associations
étudiantes
ne font pas que dans l'activisme politique. Elles
offrent des services
de placements en emploi, elles subventionnent et
organisent de
nombreuses activités socioculturelles,
offrent un soutien
pédagogique et un processus de plainte et
de griefs, etc.
Désormais ne seront plus
tolérées que les
associations étudiantes obéissantes.
La pénalisation des manifestations
spontanées
L'aspect le plus médiatisé de la
Loi 78 a
certainement été la restriction
sévère du
droit de manifester, parce qu'elle s'applique
indistinctement à
tous les citoyens du Québec. En vertu de
cette loi, toute
manifestation spontanée de plus de 50
personnes, quelle qu'elles
soient est
désormais interdite au Québec
(articles 16 et 17).
Cela veut dire que les célèbres
manifestations nocturnes quotidiennes partant de
la Place
Émilie-Gamelin sont désormais
illégales. Mais
également toutes les manifestations
spontanées ayant lieu
sur le territoire du Québec pourraient
faire l'objet de cette
interdiction. Par exemple, les manifestations des
travailleurs
d'Électrolux ou d'Aveos, les
manifestations spontanées dans les
quartiers portugais, italiens, grecs après
les victoires de leurs équipes
nationales à la Coupe du monde ou à
l'Euro sont rendues
illégales, tout comme les rassemblements
après une
victoire du CH en séries. Dans un registre
plus absurde, les
visites guidées de touristes et les
amuseurs publics dans les
Vieux
Montréal, les tams tams du Mont-Royal et
toutes les autres
« manifestations spontanées »
sont également
illégales. On ne parle plus seulement des
étudiants, ni
même du droit de manifester ou de la
liberté d'expression,
mais plutôt de la spontanéité
et du
caractère festif des démonstrations
politiques,
culturelles et artistiques qui faisaient la
renommée de notre métropole.
L'effet boomerang
Autant du texte de la Loi 78 que des
circonstances
entourant son adoption à toute vapeur se
dégage une
triste impression d'improvisation. Après
avoir contribué
à radicaliser un mouvement étudiant
à fleur de
peau par le déni, puis le mépris, le
gouvernement Charest
a pensé calmer le jeu avec une loi
matraque.
Or, tout cela relève d'une grande
naïveté. La
solution de ce conflit est politique et non
législative. Si tous
les problèmes pouvaient être
réglés par
l'adoption d'une loi bâclée en toute
vitesse, il y a
longtemps que nous aurions voté une loi
contre la
stupidité !
Avec la Loi 78, Charest a voulu se poser en
défenseur de la loi et l'ordre, en
lançant une
véritable bombe contre les
étudiants, leurs associations
et les syndicats qui pourraient les supporter.
Mais il semble
aujourd'hui que le baril de poudre qu'il destinait
aux étudiants
lui ait sauté au visage, comme celui que le
pauvre
Dollard-des-Ormeaux
destinait aux Iroquois, plusieurs années
plus tôt à
la même date.
Plutôt que de freiner la contestation,
Charest
subit aujourd'hui l'effet boomerang de sa propre
loi alors qu'un quart
de million de personnes ont manifesté
contre sa loi
spéciale dans les rues de Montréal
en ce 22 mai 2012. Un
quart de million! Des étudiants, mais aussi
des travailleurs,
des entrepreneurs, des retraités, etc. En
faisant dévier
le
débat de la question des droits de
scolarité à
celle des droits fondamentaux d'association et de
manifestation,
Charest a élargi le spectre de son
opposition.
Charest a voulu jouer au sorcier en adoptant
à
toute vapeur une loi pour le sortir d'un mauvais
pas. Il l'a fait au
mépris et à la barbe de toute une
génération. Malgré les
nombreux appels au
dialogue, notamment celui du bâtonnier du
Québec.
Après avoir contribué plus que tout
autre au cynisme
envers la classe politique, Charest a
réussi le tour
de force de créer un cynisme envers la loi
et la primauté
du droit, en adoptant cette loi bâillon.
Du haut de mon bureau au 22e étage au
centre-ville, j'entendais aujourd'hui
l'écho d'un quart de
millions de citoyens qui scandaient : « La
Loi spéciale !
On s'en câlisse! ». Les craintes
exprimées par notre
bâtonnier sont donc en train de se
réaliser : la
primauté du droit est grandement mise
à mal, suite
à l'adoption de cette loi spéciale.
Au
lendemain de la création du site
www.arrêtezmoiquelquun.com par la CLASSE,
des milliers de
citoyens y avaient déjà
publié leurs noms et leurs
photos en indiquant qu'ils comptaient ne pas se
conformer à la
loi.
Le désarroi exprimé par ces
citoyens est
aussi prévisible qu'il est dangereux pour
le maintien de nos
institutions. À nous juristes de redonner
confiance aux citoyens
en tentant d'invalider devant les tribunaux les
dispositions de cette
loi qui porte atteinte aux droits fondamentaux
d'association,
d'expression et de manifestation pacifique,
protégés
par notre Constitution !

Requête visant à contester la loi
spéciale
devant la Cour supérieure du Québec
Le 25 mai, des associations étudiantes,
centrales
syndicales et organismes communautaires ont
présenté deux
requêtes à la Cour supérieure
de Québec pour
faire annuler la loi spéciale. Parmi les
requérants il y
a : la Fédération étudiante
collégiale du
Québec (FECQ), la Fédération
étudiante
universitaire du Québec (FEUQ), la
Coalition large de
l'Association pour une solidarité syndicale
étudiante
(CLASSE), la Table de concertation
étudiante du Québec,
la Fédération des travailleurs du
Québec (FTQ), la
Confédération des syndicats
nationaux (CSN), la Centrale
syndicales du Québec (CSQ) et la Centrale
des syndicats
démocratiques (CSD). Au total il y a 140
requérants
provenant de 70
organisations.
Les requêtes en sursis de certaines
dispositions
de la loi 78 et de jugement déclaratoire en
nullité de la
loi exposent l'ampleur des attaques du
gouvernement contre les droits
et les libertés civiles, contre l'ensemble
du peuple
québécois, et les
conséquences
irréversibles de la loi spéciale. La
requête en
sursis visant à suspendre l'application de
certaines dispositions de la loi spéciale
sera entendue en Cour
supérieure à la mi-juin.
La requête en sursis
Selon un représentant de la clinique
Juripop,
qui a travaillé à la
préparation des deux
requêtes : « La requête en
sursis, c'est une
requête d'urgence qui vise à
suspendre l'application de
certains articles le temps que soit entendue sur
la requête en
nullité. [...] C'est l'équivalent un
peu de l'injonction
provisoire,
mais pour quand on attaque la
constitutionnalité d'une loi
».
La requête en sursis demande à
«
surseoir à l'application des articles 16,
17, 18, 19, 20 et 21
de la Loi spéciale jusqu'à la
décision finale sur
la requête introductive d'instance »
compte tenu « de
la violation (des) droits, garantis, à la
liberté
d'expression, à la liberté
d'association et à la
dignité ». Les articles 16 et 17 sont
ceux qui portent sur
l'interdiction des manifestations de plus de 50
personnes, dans la loi
sous le titre « dispositions visant à
préserver la
paix, l'ordre et la sécurité
publique ». Les
articles 18 à 21 permettent la destruction
des associations
étudiantes sur ordre du ministre de
l'Éducation par la
suppression de leurs locaux et des cotisations,
dans la loi sous le
titre
« mesure administratives et civiles».
Pour expliquer l'urgence de surseoir est
cité le
juge à la retraite de la Cour
supérieure du
Québec, John Gomery, qui soulignait le 19
mai 2012 que : «
La nouvelle loi impose une limitation à la
liberté
d'expression. La loi est conçue pour
être en vigueur
pendant seulement un an. Durant ce temps, je
présume que la
police s'en servira pour sévir » et
le
bâtonnier du Québec qui
écrivait le 18 mai 2012 :
« L'ampleur de ces limitations aux
libertés fondamentales
n'est pas justifiée pour atteindre les
objectifs visés
par le gouvernement. (...) De plus, nous
critiquons la judiciarisation
des débats et le recours à la
justice pénale
prévus dans le projet de loi ».
Pour montrer le sérieux de la
requête (pour
qu'une requête en sursis soit entendue, il
faut montrer qu'il
s'agit d'une « question sérieuse
» par opposition
à une « réclamation futile et
vexatoire ») et
l'invalidité de la loi spéciale, les
articles 16 et 17
sont examinés. La requête souligne
aux paragraphes :
(17) Vu qu'on parle d'une manifestation
(impliquant 50
personnes ou plus) à être tenue, on
ne voit pas comment on
peut prédire qu'il va y avoir moins de 50
personnes (...), le
chiffre 50 n'étant qu'un chiffre bidon.
(18) (...) La prévision doit-elle
être
faite pour le début de la manifestation, le
déroulement
ou la fin de la manifestation ? Personne ne le
sait ;
(19) Toute manifestation spontanée est
interdite.
L'article 16 limite considérablement le
droit à une
manifestation et l'assortit des contraintes non
nécessaires,
très sévères, inconnues dans
nos moeurs,
ambiguës et pratiquement difficiles à
respecter ;
(20) L'article 16 accorde au corps de police le
pouvoir
discrétionnaire d'exiger des organisateurs
d'une manifestation
un changement du lieu de la manifestation (...);
(21) (les contraintes imposées et
injustifiées) ne s'appliquent pas à
une manifestation sur
une voie publique mais dans tout lieu accessible
au public. Cela inclut
un champ, un parc et même un stationnement
dans un centre d'achat.
En ce qui concerne l'article 17 qui impose aux
organisateurs d'une manifestation, aux
associations étudiantes
ou aux fédérations d'associations
étudiantes qui y
participent à prendre les « moyens
appropriés
» pour se conformer à l'article 16 :
(22) Or, qu'est-ce que l'on entend par «
moyens
appropriés » ? Cela est très
flou et ambigu.
Il est souligné que pour les associations
étudiantes :
(25) Le seul moyen d'action réel pour
communiquer
les revendications et obtenir un soutien est la
manifestation. On doit
ainsi assimiler la manifestation étudiante
à une action
ayant les mêmes caractéristiques
qu'un piquetage
d'information, activité expressive des
revendications des
associations étudiantes ;
Et en conclusion :
(27) La Loi spéciale, dont nullité
est
recherchée, plus particulièrement
les articles 16 et 17
tentent de dissuader toute personne à
manifester ;
La gravité et la violence des articles 18
à 21 de la loi spéciale par laquelle
on attaque
l'existence même des associations
étudiantes et le droit
d'association sont expliqués :
(29) Essentiellement, de manière
administrative,
le ministre de l'Éducation peut ordonner
à
l'établissement d'enseignement de cesser de
percevoir la
cotisation fixée par une association
d'étudiants, mettant
ainsi en danger la survie de celle-ci ;
(30) La Loi spéciale permet aussi, de
manière administrative, au ministre de
l'Éducation
d'ordonner à un établissement
d'enseignement de cesser de
fournir gratuitement à une association
étudiante, un
local, du mobilier, des tableaux d'affichage et
des présentoirs.
Ces mesures s'étendent également
aux
associations étudiantes qui seraient
nouvellement
accréditée avec comme
conséquence que « une
telle association ne pourrait jamais voir le jour
ou n'aurait pas la
vie longue ».
Et en conclusion :
(40) (...) la Loi spéciale viole la
liberté d'expression, le droit à la
réunion
pacifique et l'intégrité de ce droit
à tous et
toutes.
Les conséquences
irréversibles
de la loi spéciale
Plusieurs aspects du préjudice
irréparable
(il faut démontrer le préjudice
irréparable dans
une requête en sursis) sont examinés
et il est
expliqué que ce préjudice majeur est
causé par la
violation des droits du fait que :
(43) La liberté d'expression, le droit
à
la réunion pacifique ainsi que la
liberté d'association
sont de toute évidence rendus nuls (...)
De plus même si la loi spéciale est
rejetée et déclarée
anticonstitionnelle par un
tribunal dans le futur, elle est en vigueur
maintenant depuis le 18 mai
2012, avec toute la répression
policière, les attaques
accrues contre les étudiants et le peuple
qui en sont la
conséquence directe. Ce qui a
été interdit le
restera. « On ne pourra pas revenir en
arrière », est-il souligné
dans la requête.
Plus particulièrement :
(44 a) Les restrictions édictées
à
l'article 16 de la Loi spéciale
s'appliquent à toute
manifestation, qu'il y ait ou pas moins de
cinquante (50) manifestants.
(...). Une telle manifestation non
autorisée ne pourra pas
être reprise ou compensée au cas
où la Loi
spéciale et/ou l'article 16 soient
considérés
anticonstitutionnels ;
(44 d) La réparation du dommage
causé
à une telle personne, organisme, groupement
organisateur, est
impossible, à plus forte raison le dommage
causé à
une association d'étudiants ou
fédération
d'associations participant seulement à une
manifestation ;
(44 e) Les amendes qui peuvent être
imposées
en cas de violation des articles 16 et 17 sont
lourdes et ne pourront
pas être compensées. Ne pourra pas
non plus être
compensé l'emprisonnement qui pourrait
être ordonné
en cas de non-paiement d'une amende imposée
après une
plainte pénale ;
(53) Une association d'étudiants, une
fédération d'associations
d'étudiants, ou leurs
successeurs, une fois paralysées tel
qu'elles peuvent
l'être par l'application desdites
dispositions, ne pourront pas
refaire ce qui a été défait.
La prépondérance des
inconvénients et l'intérêt
public
Dans une « requête à surseoir
», il faut aussi établir la «
prépondérance des
inconvénients ». L'«
intérêt public » est le
gouvernement du
Québec qui est censé le
représenter et avoir
adopté la loi spéciale pour le
protéger.
Il est expliqué que la loi spéciale
a un
autre objectif que son but déclaré,
car :
(50) Les lois en vigueur et surtout les articles
63 et
suivants du Code criminel « Attroupements
illégaux et
émeutes » donnent déjà
aux autorités
des moyens efficaces pour maintenir la paix,
l'ordre et la
sécurité publique ; et, entre
autres, que :
(55) Un sursis de l'application des articles 16
et 17
d'une part et/ou le sursis de l'application des
articles 18 à 21
de la Loi spéciale ne cause pas
d'inconvénients aux
intimés (le gouvernement du Québec,
la ministre de
l'Éducation et le ministre de la
Sécurité
publique) ou, à tout le moins, cause moins
d'inconvénients aux intimés qu'aux
requérants et à la population en
général.

À l'approche du
deuxième
anniversaire des sommets du G8/G20
Enquête sur la criminalisation du droit de
résister
et d'organiser: ce que les rapports
de police ne disent pas
- Anna Di Carlo -
Près de deux ans après le
déploiement massif de forces
policières en juin 2010
contre les manifestants du G20 à Toronto,
deux rapports viennent
d'être publiés qui disent
enquêter sur les actions
policières pendant les sommets et
répondre aux plaintes
publiques sur les violations des droits civils,
incluant les
arrestations
arbitraires, la violence policière et des
tactiques comme
l'encerclement de manifestants et de passants ( le
« kettling
»). C'est important de revenir sur la
signification des
événements du G20 en eux-mêmes
et dans un contexte
plus large parce que les arrestations en masse et
les violations des
droits qui se sont produites
à Toronto font partie d'un ordre du jour
plus vaste de
l'État pour aiguiser sa capacité
à criminaliser la
dissidence et à violer les droits civils
sur une base de masse
comme on le voit présentement au
Québec avec la loi
spéciale du gouvernement Charest.
Comme LML l'a montré lors du
G20, les
événements de Toronto ne sont pas
une aberration, mais
bien une tendance qui se développe dans
l'activité de
l'État visant à empêcher les
travailleurs et le
peuple d'avoir leur mot à dire sur ce qui
se passe dans la
société, que ce soit sur la question
de la santé,
de l'éducation et d'autres programmes
sociaux , ou l'opposition
à la guerre ou la nécessité
de fournir une
direction prosociale à la
société et de changer la
situation en leur faveur.
Le 14 mai, la Commission des plaintes publiques
contre la Gendarmerie royale du Canada (la
Commission),
présidée par Ian McPhail, a
émis un rapport
intitulé « Public Interest
Investigation into RCMP Member
Conduct Related to the G8 and G20 Summits, RCMP
Report) »
(Enquête d'intérêt public
sur le comportement des membres de la GRC pendant
les Sommets du
G8/G20, le Rapport de la GRC). Le 16 mai, Gerry
McNeilly, le directeur
du
Bureau du directeur indépendant de l'examen
de la police de
l'Ontario (le BDIEP), a publié son rapport
intitulé
« Policing the Right to Protest — G20
Systemic Review
Report » ( Le travail de la police face au
droit de manifester —
Examen systémique sur le G20).
Le rapport de la GRC absout la GRC de toute
responsabilité et de tout mauvais
comportement. Même si la
GRC était responsable de l'orientation
d'ensemble donnée
au
Groupe intégré de la
sécurité qui
comprenait la GRC, la Police provinciale de
l'Ontario (OPP),
l'armée canadienne, le Service canadien de
renseignement
de sécurité (SCRS) de même que
plusieurs corps
policiers municipaux, le rapport de la GRC dit:
« Le rôle de
sécurité de la GRC aux sommets du G8
et du G20 se
limitait essentiellement aux activités
entourant la
planification et la protection des participants
aux Sommets et avait
peu à voir avec les activités de
police
de première ligne et l'interaction avec le
public. »
« Alors que la GRC, continue le rapport, a
de façon
générale l'autorité
législative et la
responsabilité de la protection des
événements
internationaux et de leurs participants, c'est la
force
policière du territoire, dans le cas du G20
la police de
Toronto, qui assume la
responsabilité première et
l'autorité sur les
activités policières dans la ville.
»
Le rapport conclut ainsi: « En
résumé, la planification da la
sécurité des
Sommets par la GRC a été robuste et
complète et
les forces policières et les
procédures
appropriées étaient en place [...]
aucun membre de la GRC
n'a utilisé une force déraisonnable
et l'implication de
la GRC dans les mesures d'encerclement
était raisonnable dans les circonstances et
la GRC n'a pas
été impliquée dans le Centre
de détention
sur Eastern Avenue et dans les arrestations
à Queens' Park ,
à l'Université de Toronto ou
à
l'Esplanade. »[1]
Le Rapport du directeur du BDIEP est
centré sur
les activités de la police de Toronto. En
essence il dit que
pour l'ensemble, les forces policières ont
été
déployées comme il faut, mais
certains officiers dont des
officiers de haut niveau ont utilisé une
force excessive et
devraient faire face à la justice.
Il dit: « Pendant la fin de semaine du G20
et en
particulier à Queens' Park, un grand nombre
de policiers ont
enlevé leur badge d'identification. Cela va
à l'encontre
de la politique des services policiers de Toronto.
Les services ont
identifié environ 90 officiers qui ne
portaient pas leur badge
et ceux-ci ont perdu
une journée de salaire à cause de
cela. C'est impossible
cependant que les officiers supérieurs sur
le terrain ne se
soient pas aperçus que des policiers
avaient enlevé ou
recouvert leur badge. Des officiers
supérieurs ont donc choisi
d'ignorer cette violation du règlement ou
tacitement
approuvé ce geste.
« Il n'y a pas de doute que le comportement
des
officiers supérieurs envers les
manifestants et les
règlements de leur propre service influence
le comportement de
la police sur le terrain et donne le ton à
la réponse
policière. Ce comportement constituait une
approbation de facto
à certains policiers individuels
d'utiliser une force excessive avec
impunité. À
Queens' Park, on a vu des policiers traiter toute
personne qu'ils
estimaient être un manifestant comme une
menace à la
sécurité publique. Cette perception
qu'avaient les
policiers était
généralisée. Dans une
déclaration au BDIEP, le commandant en
charge du traitement
des incidents le surintendant Fenton se
référait
continuellement à la foule comme à
des
protestataires/terroristes. »[2]
Ces rapports sont publiés au moment
où les
Canadiens voient et dénoncent un usage
similaire de la force
contre les étudiants du Québec.
C'est la nouvelle norme
maintenant que chaque fois que les gens
manifestent pour
défendre leurs droits, on les qualifie
« d'éléments criminels »
et ils doivent
affronter le
plein poids de la « loi ». Le record
honteux de «la
plus grande arrestation de masse de l'histoire du
Canada » qui
appartenait jusqu'à maintenant aux
arrestations du G8/G20 (1105
arrestations) vient maintenant de passer au
gouvernement du
Québec pour son assaut contre les
étudiants du
Québec qui se battent pour
leur droit à l'éducation.
Ce que les rapports ne mentionnent
pas
Dès juillet 2009, l'État
canadien a
déclenché ses activités de
surveillance du G8/G20.
Il a préparé ses opérations
policières avec
la position clairement exprimée que son
objectif est de viser et
criminaliser tous ceux dont les positions
idéopolitiques sont
anti-G8/G20, ce avec quoi le gouvernement
n'est pas d'accord.
Un rapport provenant du Groupe conjoint de
renseignement
de la sécurité
intégrée mis sur pied en
prévision du G8/G20, intitulé
« An Investigative
Baseline for the Primary Intelligence
Investigative Team» (Un
cadre de référence pour
l'équipe d'enquête
de première ligne), souligne que le but de
la surveillance
était de contrer «
l'extrémisme criminel »
qui, selon lui, « comprend des
entités qui utilisent ou
encouragent la violence pour provoquer un
changement social et
politique ».
Prétendant que le G8/G20 serait la cible
«
d'extrémistes criminels motivés par
une
variété d'idéologies
radicales » telles que
« des variantes de l'anarchisme,
l'anarcho-syndicalisme, le
nihilisme, le socialisme et/ou le communisme
», la police s'est
mise dans le cadre de ses activités de
surveillance à
fournir des listes de « suspects »,
« de personnes
d'intérêt » et «
d'associés ».
Le rapport décrit ainsi ceux qui sont ceux
ciblés : « Ces idéologies
peuvent aussi inclure des
notions de suprématie raciale et de pouvoir
blanc et encourager
publiquement à la haine ». Ce qui
appartient en commun
à toutes ces idéologies ...c'est
qu'elles placent ces
individus ou organisations en conflit avec le
statu
quo et avec la répartition actuelle du
pouvoir au sein de la
société : cela peut inclure une
opposition
théorique et pratique à
l'autorité ..., à
l'économie capitaliste ou de marchés
mixtes, au
multiculturalisme, aux concepts de
libre-échange et/ou aux
systèmes politiques actuellement en place
dans la plupart des
pays participants. »
Le rapport continue en déclarant que mise
à part la criminalité
inhérente aux
idéologies mentionnées ci-dessus, il
y a aussi «
une variété de demandes
basées sur les
notions/attentes en ce qui a trait à
l'environnement, aux droits
des animaux, aux demandes des Premières
Nations en ce qui a
trait aux ressources,
à l'égalité raciale et des
sexes, à la
distribution de la richesse, etc. Chose encore
plus importante, les
idéologies ou motivations qui animent ces
individus/organisations incorporent l'acceptation
d'activités
criminelles et de violence afin d'atteindre leurs
buts. Souvent
l'acceptation de l'activité criminelle en
tant que
moyen est présentée ouvertement
tandis que d'autres fois
elle est invoquée seulement à
l'intérieur de
l'organisation. »
Pour détourner l'attention de cette vaste
criminalisation de l'opinion publique, le rapport
déclare que le
fait d'avoir de telles opinions « n'est pas
un problème en
soi ». Sans avoir de faits pour appuyer sa
diffamation, le
rapport déclare catégoriquement :
« En fait la
dissidence publique basée sur les
différences
d'opinions est une composante de tout
système
démocratique. Toutefois, le problème
vient de
l'évolution de ces différences
philosophiques vers une
promotion de l'activité criminelle et la
création de
menaces importantes à la
sécurité publique. »
Le rapport cite en particulier l'anarchisme :
«
Étant donné que la philosophie
politique de l'anarchisme
est très en vue dans ces milieux, il
importe de noter que les
anarchistes prônent la destruction de la
loi, de l'ordre et du
gouvernement comme précurseur à
l'imposition de
l'anarchie. »
Le rapport conclut en disant que « la
menace
posée par ce que nous appelons les
extrémistes criminels
est une menace d'importance ». Il se
réfère aux
sommets internationaux précédents,
prétendant
qu'ils ont posé « des défis
importants » qui
ont entraîné « des morts, de
nombreux
blessés, de vastes dommages
à la propriété et des
dépenses publiques
énormes », citant en particulier le
sommet du G20 à
Londres, en 2009.
Le rapport cite des « actes criminels
extrémistes » non identifiés
qui ont
créé « des
préoccupations importantes pour
la sécurité publique », au
Canada comme dans
certains pays européens, depuis les
années 70. Le rapport
ignore totalement le fait bien documenté
que les
activités terroristes des années 70
qui ont
été portées au compte de
groupes de gauche ont
été en fait perpétrées
par la CIA, le
Mossad et d'autres services de renseignement des
États-Unis et
de leurs alliés dont la GRC.
Le document « d'orientation » conclut
en
disant que l'équipe de
sécurité a
déjà entrepris « une collecte
importante
d'information, l'analyse du point de vue criminel
et de renseignements
des activités d'individus/d'organisations
qui incorporent
ouvertement ou secrètement des
activités criminelles
et/ou de la violence
dans leur façon d'opérer ».
Selon le rapport,
« les conclusions jusqu'ici retenues
montrent une escalade
importante de l'activité criminelle
clairement motivée
par une position idéopolitique ». Le
rapport cite les Jeux
olympiques de Vancouver comme une cible possible
de la part «
d'organisations impliquées sous le
manteau dans des complots criminels ».
Mis à part leur prétention qu'il y
a
« une escalade importante des
activités criminelles
», le rapport ajoute que « les
extrémistes
criminels, les terroristes, les criminels
organisés, les
cyberpirates et autres individus qui ont
l'intention de commettre une
activité criminelle contre le G8 de 2010 ne
le feront
vraisemblablement
pas en menaçant spécifiquement le G8
dans leurs propos
». Il appelle à « une approche
proactive » qui
va nécessiter « la capacité de
d'abord identifier
les menaces et ceux qui les profèrent puis
de se faire une
idée de la nature de la menace grâce
à certaines
techniques d'enquête ....». Le rapport
fait appel à
« de
l'enquête sur la base de données
raisonnables ».
Rien n'est dit sur ce que sont ces «
données raisonnables
», mais étant donné
l'orientation de
cibler les gens qui agissent selon une
idéologie qui s'oppose au
G8 et au G20, ce n'est pas difficile de deviner
qui est
visé.
Le rapport conclut que « pour faire en
sorte que
(l'organisation de sécurité) soit
axée sur
l'obtention de renseignements, elle doit obtenir
tout renseignement
disponible sur les menaces connues ou
anticipées. Cette
information doit être recueillie au moyen
d'une grande
variété de techniques
d'enquête y inclus l'analyse
d'informations accessibles à tous, une
revue des rapports de
police des événements et des
techniques plus
secrètes telles que le recrutement de
délateurs anonymes
et les opérations clandestines».
Ce rapport révèle que cette
politique
a été suivie durant le Sommet des
dirigeants
nord-américains à Montebello en 2007
ainsi qu'en 1997
à la conférence de l'APEC.
Comme ce fut le cas par le passé, il y a
une
vaste quantité d'informations qui circulent
sur le web qui
montrent que la police a agi en agent provocateur
durant le G8/G20 en
2010, arrêtant plus de 1100 personnes avec
très peu
d'accusations au criminel basées sur des
faits. Plusieurs
arrestations ont été faites en
vertu des pouvoirs du «maintien de la paix
» qui permettent
à la police d'arrêter des individus
sans porter des
accusations contre eux. Les accusations au
criminel de « complot
pour commettre » et «complot pour
inciter » sans
détails sur les accusations ont aussi
été
utilisées sur une vaste échelle
comme méthode
de harcèlement et d'intimidation
politiques. La plupart des
accusations ont été
abandonnées et celles qui ont
été maintenues l'ont
été sur la base de la
diffamation et de l'orientation fournie par ce
rapport. Le tout a servi
d'exercice sur la façon de faire de la
persécution en
dépeignant malicieusement des activistes
politiques
comme des voyous et des criminels.
Mauvaise conduite de la police lors
du G20
en juin 2010 à Toronto

Mauvaise
conduite
policière lors du G20 à Toronto
en juin 2010
Les révélations au sujet des
activités politiques clandestines au G8/G20
sont aujourd'hui
soumises à l'examen, d'autant plus que les
cas de «
conspirations » des 17 derniers activistes
viennent de se
terminer. Alors que six personnes ont
été accusées
de délits mineurs, on a répandu le
bruit que
chaque accusation a coûté 100
millions $. À cet
égard, un article publié le 25
novembre intitulé
«Débat sur les coûteuses
opérations
clandestines au G20 » indique que les
techniques
d'activités déployées sont
les mêmes que
« celles qui sont utilisées contre
les bandes de motards
et les réseaux terroristes ».
L'article
dit: « Les avocats et criminalistes font
valoir que la question
devrait être examinée par une
enquête civile pour
qu'on s'assure que l'argent dépensé
— des centaines
d'heures de temps de travail d'officiers
passées à
courtiser les activistes, à leur acheter de
la bière et
à les amener dans des réunions —
sont justifiées
et
pour déterminer si de telles
méthodes d'enquête
doivent être approuvées. »
L'Association canadienne des libertés
civiles
appelle à une enquête publique sur
les activités
clandestines, examinant particulièrement
les allégations
que la « police a aidé des
anarchistes à planifier
des manifestations. » Elle cite la
conseillère
générale de l'ACLC, Nathalie Des
Rosiers : « Nous
comprenons qu'il
est important pour les infiltrateurs de se fondre
et s'ils font partie
d'une bande des Hells Angels, ils peuvent avoir
à enfreindre la
loi pour faire leur travail. Dans ce contexte,
où est la ligne
de démarcation et qui a approuvé les
tactiques
employées ? »
Ce débat n'examine pas à quel point
c'est
sérieux de déclarer que des
organisations civiles sont
des bandes criminelles qui doivent être
sujettes aux lois
anti-rackets. Le débat explore cependant la
portée de ce
que les policiers devraient être en droit de
faire dans les
opérations de renseignements. On cite un
avocat
en défense criminelle de Toronto, Edward
Sapiano, qui dit que
la
police « peut donner aux suspects l'occasion
de
commettre des crimes qui auraient
été commis de toute
façon. On doit également leur
permettre de violer la loi,
mais les infractions doivent être moins
graves que celles qui
sont sous enquête. »
L'avocat Peter Rosenthal est aussi cité
dans
l'article au sujet des opérations
clandestines. « Avec
toutes les dépenses et tous les efforts qui
ont
été investis, qu'est-ce qu'ils ont
trouvé ? Des
gens qui parlent de fracasser des vitrines et
d'échapper
à l'arrestation ? Des milliers de personnes
ont parlé de
cela. Sans cette
enquête, les mêmes choses se seraient
passées au
G20. »
Le criminaliste de l'Université d'Ottawa
Michael
Kempa a dit qu'il y a ici plus en jeu que le
vandalisme. Il a dit que
le mérite de l'opération clandestine
ne peut être
réduit au nombre des arrestations qu'elle
permet. « [Les
policiers] s'assurent qu'il n'y a pas de liens
avec des réseaux
plus profonds et plus morbides
d'activistes terroristes sérieux. Quelle
autre façon y
a-t-il d'enquêter sur ces choses ? »
Chris Mathers, un
ancien enquêteur clandestin de la GRC, a dit
que de telles
techniques sont utiles pour récolter de
l'information qui est
plus difficile à obtenir par d'autres
moyens comme des tables
d'écoute. La police, a-t-il dit,
doit équilibrer la nécessité
de renforcer la
crédibilité de leurs fausses
personnalités avec
l'exigence qu'ils ne fassent rien qui pourrait
nuire à la cause
devant les tribunaux.
Mathers rejette toute suggestion que des
personnes sont
ciblées pour des raisons
idéologiques. « La police
ne considère pas cela comme une
enquête politique - ils
enquêtent sur l'activité criminelle
», dit-il.
« Ils attrapent les individus qui
enfreignent la loi, un point
c'est tout. »
À l'approche du deuxième
anniversaire
des Sommets du G8 et du G20 de juin 2010, on doit
examiner les efforts
qui sont faits pour criminaliser la dissidence et
comment on viole les
droits civils des organisations qui
résistent et organisent
à la défense des droits dans le but
de convertir les
organisations
étudiantes, de travailleurs,
environnementalistes et autres en
soi-disant bandes criminelles sujettes aux lois et
pratiques anti-rackets.
Notes
1.Le rapport de 104 pages intitulé
"Public
Interest Investigation into RCMP Member Conduct
Related to the 2010 G8
and G20 Summits," est disponible au
http://www.cpc-cpp.gc.ca/prr/rep/rev/2012/g8g20/g8g20Rep-eng.aspx?
2. Le rapport de 284 pages du BDIEP "G20
Systemic Review Report" est
disponible au
https://www.oiprd.on.ca/CMS/getattachment/Publications/Reports/G20_Report_Eng.pdf.aspx
(Traduction
:
LML)

La conférence de
Montréal,
11-14 juin
Le Forum économique international des
Amériques
Le gouvernement Charest parraine la
«Conférence de Montréal du
Forum économique
international des Amériques» sous le
thème «
Une économie mondiale en transition :
nouvelles
stratégies, nouveaux partenariats ».
La conférence
a lieu à l'hôtel Hilton
Montréal Bonaventure. Plus
de 150 conférenciers d'« envergure
internationale » et 3000 participants sont
attendus pour les 4
journées de la conférence qui
coïncide avec la tenue
du Grand Prix de la Formule 1.
La conférence est présentée
comme
« une occasion exceptionnelle de discussions
pour favoriser une
meilleure compréhension des perspectives
que soulève
cette nouvelle carte économique
mondiale». Les promoteurs
ont le front de dire que « les
échanges permettront aux
participants d'avoir accès à une
information
privilégiée pour développer
les stratégies
gagnantes dans ce contexte économique
difficile. » Les
Montréalais ont protesté contre la
tenue de cet
événement dans les années
passées parce
qu'il s'agit d'une promotion de droit de monopole
aux dépens de
la vie et de la dignité des êtres
humains, comme avec
l'assassinat de
syndicalistes par les forces paramilitaires en
Colombie pour leur
opposition à l'impunité des
monopoles qui
détruisent l'environnement naturel et
social.

10 juin
2009
à Montréal
|
Les thèmes principaux qui seront
abordés
sont: (1) Économie et gouvernance, (2)
Énergie,
ressources naturelles et développement
durable, (3) Le commerce
international et les Amériques, (4)
Santé, innovation et
technologies.
Les conférenciers aborderont entre autres
les
enjeux suivants:
- Quels sont les risques qui pèsent sur
l'économie
globale ?
- L'euro est-il vraiment hors de danger ?
- Les dangers d'une nouvelle récession
sont-ils
définitivement écartés aux
États-Unis ?
- L'Asie, en particulier la Chine, peut-elle
continuer son
développement phénoménal tout
en évitant
les « bulles » et l'inflation ?
- Quels sont les choix qui s'imposent pour assurer
à toutes les
régions du monde un accès à
un approvisionnement
adéquat en énergie ?
- Une économie en transition vers quoi ?
Le bureau des gouverneurs de la Conférence
de
Montréal est présidé par Paul
Desmarais jr. On y
retrouve Guy Breton, recteur de
l'Université de Montréal,
Jacynthe Côté, chef de la direction
de Rio Tinto Alcan,
Pierre Duhaime, président et chef de la
direction Groupe
SNC-Lavalin, John Manley, président et
chef de la direction de Conseil canadien des chef
d'entreprises (CCCE),
Michael Sabia, président et chef de la
direction de la Caisse de
dépôt et placement du Québec.
Il comprend 27
gouverneurs dont Gil Rémillard,
président fondateur de la
Conférence de Montréal, professeur
à
l'École nationale d'administration
publique (ENAP) et avocat-conseil, Fraser Milner
Casgrain SENRL.
Le partenaire principal est Power Corporation.
Les
commanditaires prestige sont l'Autorité des
marchés
financiers, RBC, Rio Tinto Alcan, CISCO, SANOFI et
Forbes &
Manhattan. D'autres commanditaires doivent
être
mentionnés: GDF SUEZ, Total, SNC Lavallin,
la Caisse de
Dépôt de placement,
Hydro-Québec,
BNP Paribas, AECON, Global Center for Development
& Democracy,
International Development Bank, l'UNESCO.
Alan Greenspan, ancien président de la
Réserve fédérale des
États-Unis, et les
gouverneurs des banques centrales du Portugal,
d'Espagne, de France, du
Brésil, du Mexique et du Canada sont parmi
les 150
conférenciers « d'envergure
internationale ».
Outre ces conférenciers, des
délégations de 24 pays sont
attendues: l'Afghanistan,
l'Allemagne, l'Angleterre, l'Argentine, la
Belgique, le Brésil,
le Chili, la Chine, la Colombie, la Commission
européenne, la
Corée du Sud, la Côte d'Ivoire,
l'Espagne, les
États-Unis, la France, la Guinée,
l'Inde, le Japon, le
Mexique,
le Pakistan, le Panama, le Pérou, le
Portugal et le Singapour.
Le tarif régulier pour 4 jours est de
1391,61 $
(avec taxes 1600 $). Pour le club exécutif,
le tarif pour 4
jours est de 2478,80 $ (avec taxes 2850 $).
Les participants sont invités à
passer la
fin de semaine à Montréal et
à assister au Grand
Prix Formule 1 qui aura lieu le dimanche 10 juin,
en après-midi.

Lisez Le
Marxiste-Léniniste
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Courriel: redaction@cpcml.ca
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