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Numéro 48 - 25 avril
2012
Le lockout frauduleux de Rio Tinto
Alcan subventionné par le gouvernement
Rio Tinto doit ravaler son arrogance!
Non à la sous-traitance illimitée! Oui à des
emplois syndiqués garantis dans la région!
Militant contingent de
150 travailleurs d'Alma à la marche du Jour de la terre qui a
rassemblé plus de 250 000
personnes à Montréal le 22 avril 2012
Le
lockout frauduleux de Rio Tinto Alcan subventionné par le
gouvernement
• Rio Tinto doit ravaler son arrogance! Non
à la sous-traitance illimitée! Oui à des emplois
syndiqués garantis dans la région!
Réponse aux
menaces de Rio Tinto
• Les travailleurs d'Énergie
électrique donneront 25$ par semaine chacun aux travailleurs
d’Alma
Les lockoutés
d’Alma continuent de recueillir de l’appui
• Deuxième partie de la tournée
internationale
• Protestation à l'assemblée des
actionnaires de Rio Tinto à Londres
• Entrevue - Marc Maltais,
président du STAA
• Les conflits qui opposent Rio Tinto aux
travailleurs et communautés en Angleterre et en France
- Pierre Chénier
Le lockout frauduleux de Rio Tinto Alcan
subventionné par le gouvernement
Rio Tinto doit ravaler son arrogance!
Non à la sous-traitance illimitée! Oui à des
emplois syndiqués garantis dans la région!
L'arrogance de Rio Tinto dépasse toutes les
limites. La compagnie est complètement exposée à
Alma, au Québec, partout au Canada et dans le monde comme un
monstre d'avidité qui obtient de l'électricité
gratuitement, qui pille le sol et le travail partout où il va et
détruit les communautés sur son passage. Il
se fout éperdument des travailleurs qui créent toute la
richesse qu'il empoche. Mais il sait verser des larmes de
crocodile quand il s'agit d'obtenir ce qu'il veut « pour demeurer
concurrentiel » ; pire, il n'hésite pas à menacer
de déménager ses opérations si les gouvernements
ne lui accordent pas ce qu'il veut en matière
d'électricité et autres concessions. À
l'assemblée des actionnaires à Londres le 19 avril, le
PDG Tom Albanese a refusé de laisser parler Marc Maltais, le
président du syndicat d'Alma, ou les représentants de la
communauté qui étaient venus d'aussi loin que l'Utah, aux
États-Unis, ou ceux des travailleurs super maltraités
de Papouasie-Nouvelle-Guinée ou des mines de cuivre et d'or
d'Oyu Tolgoi en Mongolie. D'une arrogance sans borne, M. Albanese a
repris le refrain que Rio Tinto a de très bonnes relations de
travail partout dans le monde sauf à Alma. (Bravo Alma !)
Évidemment c'est un mensonge éhonté.
Maintenant la compagnie est isolée et
exposée. Elle est même confrontée à au moins
250 000
personnes au Québec qui sont d'accord avec les travailleurs
d'Alma pour dire que les ressources appartiennent au peuple et que
c'est le
peuple qui doit décider de ce qu'on en fera. C'est pourquoi M.
Albanese et la PDG de Rio
Tinto Alcan, Jacynthe Côté, font beaucoup de cas en ce
moment de leur disposition à revenir à la table de
négociation. Un règlement est possible si les pourparlers
sont « raisonnables », ont-ils dit.
Faut-il espérer qu'ils ont l'intention
d'être
raisonnables ? Les
revendications des travailleurs sont raisonnables depuis le
début. En fait, leur
seule condition est que les emplois qui créent la richesse
doivent être des emplois syndiqués et
protégés, pas ouverts à la sous-traitance. La
position
de la compagnie est qu'elle ne garantit pas les emplois qui sont
éliminés par attrition. Elle veut pouvoir donner tous les
nouveaux emplois, y compris ceux qui remplacent les emplois
éliminés par attrition, en sous-traitance. Cela veut
dire qu'au début il y aura deux paliers de salaires et de
conditions de travail et
ensuite, rien d'autre que des emplois à bas salaires avec des
conditions de travail non protégées. Autrement dit, Rio
Tinto Alcan veut exercer un droit de monopole sans restriction, des
droits de gérance sans restriction, et cela n'est pas du tout
raisonnable ! Utiliser le mot « raisonnable » dans
ces
conditions est illogique.

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Évidemment, la compagnie n'a que le signe du
dollar en tête ; elle ne voit pas les êtres humains, des
coeurs qui battent et des cerveaux qui pensent, elle ne voit pas le
talent
formidable que cela prend pour produire, innover et faire avancer la
société en ouvrant la voie au progrès. Dans
l'esprit des travailleurs, le retour
à l'époque féodale qu'on leur propose est
inconcevable. Il est révolu le temps des serfs et des
corvées,
lorsqu'il fallait payer la dîme à l'église et
à l'État et se soumettre aux quatre volontés des
seigneurs, quand c'était
pécher
que d'exprimer sa pensée. Le monde dans lequel vivent les Tom
Albanese et Jacynthe Côté, les Jean Charest et Stephen
Harper, n'est pas un monde très enviable ; ce n'est pas un monde
durable économiquement et écologiquement et ce n'est pas
un monde qui correspond aux
intérêts et désirs du peuple au Québec, au
Canada et dans le monde. Les travailleurs et leurs familles sont
très clairs là-dessus – à Alma, au Québec,
partout au Canada et
dans le
monde.
La dernière rencontre entre le syndicat d'Alma et
Rio Tinto Alcan était le 6 avril, et les négociateurs de
la compagnie ont quitté la table après juste un peu plus
d'une heure. Malgré une entente préalable à
l'effet de ne pas parler aux médias durant les
négociations, les représentants de la compagnie ont
commencé
à lancer des accusations contre le syndicat. Ils ont
accusé le syndicat de
faire «du chantage» et de commettre «une
agression»
contre le monopole
quand il insiste pour restreindre la sous-traitance et maintenir un
plancher d'emplois. Comme si on pouvait dire n'importe quoi et que les
mots n'avaient pas de signification. Le négociateur en chef de
RTA avait
alors dit qu'il n'entrevoyait aucune reprise des négociations
dans un proche avenir.
Bref, la compagnie n'a pas marqué de points avec
ses emportements irrationnels et ses déclarations arrogantes.
Les directeurs de Rio Tinto disent maintenant vouloir reprendre les
négociations. Très bien. Mais vont-ils cesser de
répéter les mensonges et la désinformation et
accepter que c'est leur responsabilité de négocier de
bonne foi ? On l'espère.
Un des problèmes dans cette affaire est que les
directeurs de Rio
Tinto
ont une très grande opinion d'eux-mêmes. C'est une chose
que de se péter les bretelles dans les
anti-chambres, là où les rivalités
interpersonnelles et intermonopolistes sont la norme, mais dehors, dans
le monde réel, les choses marchent différemment.
Ils se flattent d'être des hommes et femmes « raisonnables
», de « savoir ce qui se passe dans le monde mieux que
quiconque » et
d'avoir à coeur les meilleurs intérêts des
travailleurs. Ils voient les travailleurs comme des colons, des
ignorants
qui ne
connaissent rien de ce qui se passe dans le monde et qui ne savent pas
ce qui est bon pour eux. À leurs yeux la compagnie est
raisonnable, elle
arrive à la table sans nouvelles demandes
et elle se contenterait de maintenir à peu près la
même
convention collective, mais les travailleurs font preuve
d'intransigeance sur la
sous-traitance et la compagnie ne sait plus quoi faire.
La réalité est que certaines choses qui
n'étaient pas un enjeu auparavant sont devenues des enjeux
importants et les travailleurs se doivent de défendre leurs
intérêts. Rio Tinto Alcan n'a pas besoin de faire de
nouvelles demandes sur la sous-traitance parce qu'il agit à tous
les jours avec
impunité et dicte les conditions de travail
sur le plancher de l'usine. Les postes d'entretien dans la production
d'anodes, les procédés d'électrolyse et de
coulée, les postes au centre de revêtement des cuves et
dans les bureaux sont régulièrement convertis en postes
non syndiqués. Petit à petit, les emplois
protégés qui ont été gagnés par des
années de lutte
sont remplacés par des emplois non protégés, en
sous-traitance, dans des conditions radicalement inférieures. Il
a été très difficile pour le syndicat de garder en
échec cette transformation régressive des emplois
à
cause de ce qui est sous-entendu dans le code du travail, et par
conséquent dans toutes les conventions collectives,
à savoir que tout ce qui n'est pas précisé dans la
convention
relève du « droit de gérance ».
Il est donc raisonnable pour le syndicat de profiter du
renouvellement de la convention collective pour introduire des clauses
qui restreignent le pouvoir de RTA de changer les conditions de travail
impunément et qui restreignent aussi les soi-disant droits de
gérance. Cela est non seulement raisonnable mais
impératif.
En ce moment la compagnie a pour mission non déclarée
d'abaisser les salaires et de priver les travailleurs de la protection
syndicale et pour cela elle recourt à son idéologie
néolibérale dans laquelle les travailleurs sont un
« coût de
production ». Elle dit qu'il faut réduire ces
«coûts » pour améliorer le rendement des
opérations. Autrement dit, la raison d'être de
l'entreprise est de faire des profits pour ses actionnaires, pas de
contribuer
au bien commun. Très bien, mais ce n'est pas la raison
d'être des travailleurs. Les intérêts privés
des travailleurs ne sont pas en contradiction avec le bien commun ; au
contraire, ils rendent le bien commun
possible. D'ailleurs, quand on parle de négociations, on parle
de convenir d'arrangements qui sont à l'avantage
mutuel. Les travailleurs veulent travailler mais pas comme des
esclaves ! Si RTA pense qu'elle peut produire de la richesse pour
l'intérêt privé avec du travail esclavagiste, elle
rêve en couleurs.
La compagnie sait très bien que sa logique n'est
pas « raisonnable », elle est irrationnelle. Les
travailleurs produisent la richesse, ils ne sont pas des «
coûts de production ». Puisque nous dépendons tous
de la société pour satisfaire nos besoins, il va de soi
que nous devons tous être socialement responsables envers
la société et dans l'utilisation de nos ressources et de
la richesse que nous créons. Tout comme les membres de la
société ne sont pas une charge ou un passif pour la
société mais sa raison d'être, les travailleurs ne
sont pas une charge pour les entreprises mais leur actif leur plus
précieux. Prenez l'exemple d'une famille.
La famille ne considère-t-elle pas les enfants comme son bien
le plus précieux ? Bien sûr. Imaginez si elle les voyait
comme un fardeau qui est la cause de tous les problèmes et que
la solution serait de s'en défaire !
Il n'y aurait rien de « raisonnable» là-dedans. De
même pour Rio Tinto Alcan.
En quoi est-ce « raisonnable » de nier le droit des
travailleurs de réclamer des conditions de vie et de travail qui
soient tenables ?
L'enjeu dans ces négociations est le même
dans tous les pays du monde aujourd'hui. La compagnie
doit cesser de se camper sur une répétition arrogante de
choses qui ne font pas de sens et elle doit s'asseoir pour
négocier de
bonne foi. Les travailleurs ont formulé leurs revendications en
se basant sur leur expérience directe avec RTA: ils savent que
la compagnie essaie toujours de
s'en sortir avec des abus. RTA doit négocier des conditions dans
lesquelles il est raisonnable de travailler.
Puisqu'elle ne peut pas justifier sa position en se
basant sur la raison, la compagnie recourt aux accusations pour passer
la balle dans le camp de l'adversaire. Elle dit que l'opposition des
travailleurs aux droits de gérance non restreints en
matière de sous-traitance est « irréaliste »,
« rigide », que c'est quelque
chose qui « n'existe nulle part » et que cela «
menace les emplois ». Elle ne permet pas une discussion
rationnelle sur l'arrangement flexible que proposent les travailleurs.
Ces derniers ont proposé un ratio d'emplois
syndiqués en proportion avec la
production qui se fait à l'usine en tonnes d'aluminium par
année. La compagnie
essaie de déformer ce que les travailleurs demandent, par
exemple en disant qu'ils veulent que RTA garantisse 900 emplois alors
qu'il y a seulement 778 syndiqués à l'usine. En fait, le
syndicat demande de récupérer les emplois perdus à
la sous-traitance, ce qui éliminerait aussi les conditions de
travail à deux paliers.
Quand Rio Tinto Alcan prétend que garantir un
plancher d'emplois est impossible dans les conditions de la
mondialisation néolibérale, il avoue tout simplement que
son système néolibéral est inhumain et ne marche
pas et qu'un autre système est
nécessaire. Le refus de reconnaître le facteur
humain/conscience sociale n'est pas une option. Mais le but de la
compagnie est de détourner l'attention de sa
vulnérabilité, son talon d'Achille, c'est-à-dire
le fait que ce sont les privilèges hydro-électriques qui
lui permettent de réaliser des surprofits et que maintenant elle
veut en faire encore plus en transformant
les travailleurs en esclaves.
Les travailleurs d'Alma
frappent en plein dans le mille quand ils disent que c'est un lockout
subventionné par le gouvernement. Ils
soutiennent qu'en
échange des privilèges hydro-électriques, RTA doit
au minimum maintenir un plancher d'emplois à des conditions
établies. C'est ce que les gens de la région
ont demandé au gouvernement Charest lorsque Rio Tinto s'est
emparé d'Alcan en 2007. Mais le gouvernement a refusé. Il
a signé une entente secrète avec Rio Tinto et
Hydro-Québec, qui remet l'énergie du Québec au
monopole et lui permet même de décréter un lockout
frauduleux comme «force majeure» comme prétexte pour
faire des profits de la vente de l'électricité à
l'État québécois, pendant que la production est
arêtée pour faire grimper les prix de l'aluminium.
Rio Tinto, le gouvernement Charest et les médias
monopolisés présentent les revendications des
travailleurs comme étant irréalistes parce qu'ils disent
qu'à cause de la mondialisation néolibérale, les
peuples ne peuvent plus exercer leur souveraineté sur leurs
ressources, leur mode de vie, leur culture et leurs traditions.
C'est la loi de la jungle qui domine dorénavant, disent-ils, et
on ne peut rien y faire. Les travailleurs n'ont « pas le choix
» que de se conformer.
Mais 250 000
Québécois et Québécoises en fin de semaine
ont dit Non ! Nos ressources, nous décidons ! La demande
d'un plancher d'emplois n'est pas seulement une demande
économique légitime, pour protéger les moyens de
subsistance et les conditions de travail, c'est aussi une demande
politique
adressée aux monopoles mondiaux et aux gouvernements : les
monopoles qui opèrent au Québec doivent le faire à
la condition que les intérêts monopolistes privés
soient subordonnés à l'intérêt public. Tous
nos intérêts privés sont subordonnés
à l'intérêt public,
alors pourquoi pas ceux des monopoles ? Le gouvernement
Charest refuse de répondre à cette question. Il
déclare tout bonnement que cela n'est pas possible. Quand il
s'agit des jeunes, par contre, il sanctionne la violence
policière et traite
les étudiants de tous les noms.
On ne peut pas permettre aux monopoles de se servir des
ressources du peuple s'ils ne respectent pas leurs
responsabilités et que les gouvernements ne s'acquittent pas de
leur devoir de les faire respecter. Les travailleurs de Rio Tinto Alcan
sont résolus
à ne pas laisser la compagnie et le gouvernement Charest s'en
sauver avec leurs plans antisociaux.
RTA doit reprendre les négociations et doit
négocier avec le syndicat d'Alma de bonne foi. Il est plus
urgent que jamais que le gouvernement du Québec acquiesce
à la demande du syndicat d'arrêter de subventionner ce
frauduleux lockout. Il est très possible que l'entente
secrète avec Hydro-Québec, qui est illégitime,
soit aussi illégale. Le gouvernement a décidément
fait preuve de grande irresponsabilité quand il a
négocié cette entente qui permet qu'un lockout soit
déclaré «force majeure». Il est possible
qu'on puisse démontrer devant les tribunaux que la compagnie a
délibérément décrété un
lockout pour atteindre ses fins et qu'elle peut être
trouvée coupable de manque à l'esprit du Code du travail
pour cette raison. De toute façon, le gouvernement du
Québec ne manque pas de justification pour annuler l'entente
secrète. S'il le voulait, il le pourrait.
Quel que soit le recours légal que puissent avoir
les travailleurs, une chose est sûre : le lockout est une fraude.
Le lockout est subventionné par le gouvernement. C'est un
lockout frauduleux subventionné par le gouvernement. Le
gouvernement du Québec manque à sa responsabilité
sociale et juridique de s'assurer
que les ressources du peuple bénéficient au peuple. Il
est corrompu. Il n'est pas digne de la confiance du peuple. Il doit
annuler l'entente secrète. Il doit cesser de subventionner ce
lockout frauduleux et Rio Tinto Alcan doit être amené
à la raison.
Arrêtez le lockout frauduleux
subventionné par le gouvernement !
Rio Tinto Alcan doit négocier de bonne foi !
(Photos: S.
Deschenes, STAA)

Réponse aux menaces de Rio Tinto
Les travailleurs d'Énergie électrique
donneront
25$ par semaine chacun aux travailleurs d’Alma
Pierre Simard,
président du Syndicat des employés
d'Énergie électrique, à Alma le 13 avril 2012
Le 13 avril, en visite aux lockoutés d'Alma, le
président du Syndicat des employés d'Énergie
électrique de Rio Tinto a annoncé que chacun des quelque
300 travailleurs de la section locale va donner 25 $ par semaine
jusqu'à la fin du conflit pour appuyer la lutte à Alma.
Cela représente environ 30 000 $ par
mois. Simard a également présenté un chèque
de 50 000 $. Dans sa brève allocution, il a dit que le lockout « est en
train de créer un lien historique en terme de solidarité
entre les deux syndicats ». Le président du syndicat
d'Alma Marc Maltais et tous les travailleurs présents ont
chaleureusement applaudi le geste
de ces travailleurs qui ont été des participants actifs
de cette lutte depuis le début. Cet appui est un geste de
courage face aux menaces de Rio Tinto contre eux et contre tous ceux
qui s'opposent au lockout. Le syndicat d'Énergie
électrique et son président ont reçu une mise en
demeure de Rio Tinto Alcan à la mi
mars leur enjoignant de cesser de « nuire aux
intérêts » de RTA pendant le lockout par leur appui
aux travailleurs d'Alma. Simard a dit aux journaux locaux que le
syndicat et lui-même rejettent cette ingérence dans les
affaires du syndicat.
De plus en plus de gens dans la région
dénoncent Rio Tinto qui se soustrait à sa
responsabilité de négocier de bonne foi avec les
travailleurs en utilisant les menaces et la répression.

Les lockoutés d’Alma continuent de
recueillir de l’appui
Deuxième partie de la tournée
internationale

Manifestation à
l'assemblée générale annuelle de Rio Tinto
à Londres le 19 avril 2012. À gauche: Marc Maltais et
Guy Farrell, représentant les travailleurs d'Alma. (IMF)
Le 15 avril, la délégation
représentant les travailleurs en lockout de Rio Tinto à
Alma a entrepris la deuxième partie de sa tournée
internationale qui vise à mobiliser le maximum d'appuis à
la lutte d'Alma. La délégation est composée cette
fois encore de Marc Maltais, le président du Syndicat des
travailleurs
de l'aluminium d'Alma, et de Guy Farrell, l'adjoint au directeur
québécois du Syndicat des Métallos. Il s'agit d'un
voyage de 10 jours en Europe qui comprend notamment des arrêts en
Angleterre et en France. Les travailleurs et les économies de
ces deux pays ont été grandement affectés par les
fermetures d'usines
d'aluminium. À la fin mars Rio Tinto Alcan a fermé
l'aluminerie de Lynemouth dans le comté de Northumberland au
nord-est de l'Angleterre en invoquant l'augmentation de ses coûts
de production suite à de nouvelles lois en environnement. Plus
de 500 travailleurs seront jetés à la rue et un grand
nombre d'emplois
chez les fournisseurs disparaîtront eux aussi. Rio Tinto Alcan
était de loin le plus gros employeur du comté. En France,
Rio Tinto Alcan menace de fermer l'aluminerie de St-Jean-de-Maurienne
dans le sud-est de la France qui emploie 600 travailleurs et est le
centre de l'industrie métallurgique de la région. Le
contrat
d'approvisionnement en électricité qui lie Rio Tinto
à Électricité de France arrive à terme en
2014 et le monopole utilise le renouvellement du contrat comme une
occasion pour proférer des menaces comme quoi il va fermer
l'aluminerie s'il n'obtient pas le contrat qu'il demande.
Entre autres activités, la
délégation est intervenue le 19 avril à
l‘assemblée des actionnaires de Rio Tinto à Londres et
elle a pris part au lancement de la campagne internationale des
Métallos pour demander au Comité international olympique
de ne pas faire appel à Rio Tinto pour fabriquer les
médailles des Jeux
olympiques qui ont lieu cet été à Londres.
La première partie de la tournée qui a
amené la délégation aux États-Unis, en
Australie et en Nouvelle-Zélande a mobilisé beaucoup
d'appui à la lutte d'Alma, notamment de l'appui financier et la
participation de délégations internationales à la
grande manifestation qui a eu lieu à Alma le 31 mars dernier.

Protestation à l'assemblée des
actionnaires
de Rio Tinto à Londres
À Londres le 19 avril
2012.
Le 29 avril, des travailleurs et membres de la
communauté de
plusieurs pays ont manifesté devant l'immeuble où se
tenait l'assemblée
annuelle des actionnaires de Rio Tinto, à Londres, pour
dénoncer le
traitement que Rio Tinto réserve à ses travailleurs et
aux communautés
partout où il a des opérations. La
délégation
représentant les travailleurs en lockout d'Alma était
là aux côtés de
travailleurs du syndicat britannique Unite, de la
Fédération
internationale du transport et d'autres. Les manifestants ont
également
demandé au Comité olympique international de laisser
tomber Rio Tinto
comme fournisseur pour la fabrication des
médailles et comme commanditaire officiel des Jeux de Londres.
Les manifestants ont
demandé que Rio Tinto lève le lockout contre
les travailleurs d'Alma et signe une convention qui soit acceptable
pour les travailleurs et la communauté. Des manifestants venus
de
Mongolie ont fait part de leurs préoccupations concernant le
projet de
mine de cuivre et d'or Oyu Tolgoi, une
entreprise conjointe d'Invahoe Mines, Rio Tinto et le gouvernement de
la Mongolie. La mine se situe dans une région désertique
et on
s'inquiète de la grande quantité d'eau qui y sera
utilisée car cela
affectera l'approvisionnement des communautés locales et des
éleveurs
nomades. Les manifestants ont également
protesté contre le refus de Rio Tinto de répondre aux
inquiétudes des
communautés concernant les émissions toxiques de ses
opérations
minières. Le groupe Utah Mothers for Clean Air a
dénoncé l'impact
environnemental de la mine de cuivre Kennecott Bingham Canyon de Rio
Tinto à Salt Lake City, en Utah. Les
manifestants ont également dénoncé les attaques de
Rio Tinto contre les
travailleurs et contre l'environnement en Nouvelle-
Guinée occidentale et à Bougainville, en
Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Les résidents de Bougainville accusent Rio Tinto de
complicité dans les
attaques violentes des autorités australiennes et papoues contre
le
soulèvement sur l'île de Bougainville dans les
années 1980, où Rio
Tinto opérait la plus grande mine
à ciel ouvert au monde. Les résidents de Bougainville,
qui étaient
représentés à la manifestation à Londres,
ont entrepris un recours
collectif contre Rio Tinto aux États-Unis en 2000 pour crimes de
guerre
et pour atteinte à l'environnement.
Plusieurs travailleurs et membres de la
communauté sont intervenus à
l'intérieur de la salle d'assemblée, dont Guy Farrell,
adjoint du
directeur québécois du Syndicat des Métallos, qui
a dénoncé le lockout
à Alma et demandé sa levée immédiate. Le
PDG de Rio Tinto Tom Albanese
a fait fi des préoccupations
des travailleurs et de ceux qui s'étaient déplacés
depuis les
États-Unis et la Mongolie pour venir dénoncer les
atteintes à
l'environnement dans leur pays. Il a répété que
les revendications des
travailleurs d'Alma concernant les conditions de travail et la
défense
du syndicat ne sont pas raisonnables et créeraient un dangereux
précédent pour les usines de Rio Tinto dans le monde. Il
a aussi
honteusement répété le mensonge que le lockout
était justifié parce que
les travailleurs d'Alma sabotent la production. Il a dit que la
réputation de Rio Tinto en matière d'environnement est
impeccable et a
mis fin à toute discussion sur le sujet. Il a refusé
de laisser parler Marc Maltais et les travailleurs présents ont
dénoncé
cette arrogance et lâcheté.
La délégation représentant les
travailleurs d'Alma a ensuite quitté
l'Angleterre pour la France où elle se rendait à
Dunkerque où se trouve
une aluminerie de Rio Tinto.

Entrevue
- Marc Maltais, président du
Syndicat des travailleurs de l'aluminium d'Alma -
LML : La
délégation a participé le 19 avril à
l'assemblée des actionnaires de Rio Tinto à Londres. Les
médias ont rapporté que le PDG de Rio Tinto a
été très arrogant avec toi et Guy et avec d'autres
personnes protestant contre les activités antiouvrières
et anti-environnement du
monopole. Peux-tu nous en dire plus ?
Marc Maltais : Pour nous, l'assemblée
était une occasion privilégiée d'influencer les
actionnaires. Mais le PDG Tom Albanese et le président du
Conseil d'administration Jan du Plessis ont effectivement
été très arrogants face aux questions et dans
plusieurs des cas, ils ont même refusé de répondre
aux questions qui leur étaient posées. En ce qui me
concerne, on ne m'a même pas permis de poser ma question. Tom
Albanese me riait en pleine face quand je faisais signe que je voulais
poser ma question et pour eux, il n'était pas question de me
laisser parler. Ils se sentaient pris dans un coin et refusaient de
répondre. C'était l'intransigeance la plus totale. Et il
ne s'agit pas simplement de moi. Albanese n'a pas répondu aux
mères de l'Utah et à la personne qui est venue de
Mongolie et qui exprimaient leur préoccupation au sujet de la
performance de Rio Tinto en matière d'environnement. Cette
compagnie-là dans le
fond fait cavalier seul et refuse de répondre de ses actes.
C'est la même méthode qu'elle applique partout dans le
monde. Le chef de tribu de Papouasie en Nouvelle-Guinée qui
était à Londres pour l'occasion pour protester contre les
attaques de Rio Tinto contre son peuple a même
décidé d'aller parler à des
étudiants du primaire au lieu d'intervenir à
l'assemblée parce que les étudiants du primaire, eux au
moins ils t'écoutent.
On ne m'a pas permis de parler même si je suis
venu de l'autre côté de l'Atlantique pour participer
à cette assemblée et Albanese m'a ri dans la face. Il me
connaît, nous nous sommes déjà rencontrés.
Aussitôt que Guy Farrell et moi nous sommes arrivés dans
le corridor, nous avons été accueillis par deux
chefs de la sécurité, un du Québec et l'autre de
Suisse. Ils connaissaient mon nom et le nom de Guy. Albanese n'a
démontré aucun respect pour moi-même et pour notre
membership. Il n'a aucun respect pour le dur labeur et le
professionnalisme des travailleurs d'Alma.
Ils ont permis à Guy de parler. Peut-être
que du Plessis et Albanese ne l'ont pas reconnu. Guy leur a
demandé comment ils peuvent justifier de mettre en lockout les
employés de leur usine la plus profitable. Albanese a
parlé contre le plancher d'emplois et il a
répété les fausses accusations comme quoi les
travailleurs d'Alma ont fait du piratage et du sabotage. Ça
n'avait aucun sens la façon dont il a parlé. Puis Farrell
lui a demandé si Rio Tinto était intéressé
à négocier de bonne foi et quand est-ce que la compagnie
entend revenir à la table de négociations, ce à
quoi Albanese a répondu que les négociations
pourraient reprendre bientôt.
Il y a eu une bonne manifestation également
devant l'endroit où se tenait l'assemblée avec des
représentants notamment de Unite, de la Fédération
internationale des organisations de travailleurs de la
métallurgie (FIOM), de la Fédération
internationale des syndicats de travailleurs de la chimie, de
l'énergie,
des mines et des industries diverses (ICEM) de la
Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF)
et des membres de communautés de divers pays dans lesquels Rio
Tinto opère.
Rencontre avec des travailleurs de l'aluminerie de
Dunkerque en France
LML : La
délégation a rencontré des travailleurs de
l'aluminerie de Dunkerque en France. Quelles ont été tes
impressions ?
MM : Nous avons été reçus
très chaleureusement et la rencontre a été des
plus intéressante. En France, il y a souvent plusieurs syndicats
représentant les travailleurs dans une même usine. Il y a
4 syndicats dans cette usine. Les représentants des syndicats
nous ont dit que c'est la toute première fois
qu'ils s'assoyaient à la même table. Rio Tinto par son
attitude agressive est en train de créer des liens partout entre
les travailleurs. Nous avons pu voir aussi les mensonges qui sont
contés par Rio Tinto et leurs efforts pour nous diviser.
À Alma, ils s'opposent à nos demandes en nous comparant
aux usines non
syndiquées de Rio Tinto. À Dunkerque il disent aux
travailleurs « à Alma les choses vont tellement bien !
».
Nous avons vu qu'à Dunkerque, Rio Tinto utilise
aussi des sous-traitants qui sont appelés « travailleurs
intérimaires ». Ces travailleurs étaient
originalement supposés être engagés pour des
besoins ponctuels, mais Rio Tinto les utilise pour remplacer des
travailleurs permanents, pour remplacer le mouvement de main-d'oeuvre
et essentiellement remplacer la convention
collective. Ils travaillent à des conditions très
inférieures à celles des autres travailleurs. Cela m'a
rappelé ce que les travailleurs du Syndicat de la construction,
de la foresterie, des mines et de l'énergie, le CFMEU, nous ont
dit en Australie à l'effet que Rio Tinto est antisyndical et
veut en finir avec nous autres,
que ce soit dans les mines de charbon, les alumineries ou l'acier.
C'est le travail des syndicats partout de non seulement
préserver les bonnes conditions de travail, mais de les
améliorer constamment. C'est la nature même des syndicats
d'agir ainsi. Je n'ai aucun complexe à le dire et à
l'affirmer et de demander un plancher d'emplois à Alma compte
tenu des profits qu'y
fait Rio Tinto et de ses avantages hydro-électriques. Au
Saguenay-Lac-Saint-Jean, la lutte des générations
antérieures nous a sorti des conditions moyenâgeuses dans
lesquelles se trouvait la population et c'est essentiel pour nous
autres de continuer à préserver les bonnes conditions de
travail et de toujours les
améliorer.
Quand RTA nous dit de regarder ce qui se fait ailleurs
et comment nous sommes bien ici, je réponds que je
négocie pour les travailleurs et les travailleuses d'Alma. J'ai
le mandat de négocier pour 778 travailleurs, pas pour la
planète. Les autres syndicats font du mieux qu'ils peuvent pour
améliorer leur
situation selon leurs propres conditions. Nous nous aidons
mutuellement, mais nous n'allons pas jouer le jeu de Rio Tinto et nous
monter les uns contre les autres.

Les conflits qui opposent Rio Tinto aux travailleurs
et communautés en Angleterre et en France
- Pierre Chénier -
Alors que la délégation
représentant les travailleurs d'Alma est en tournée en
Angleterre et en France, c'est une bonne chose de passer en revue
certaines des attaques les plus récentes de Rio Tinto Alcan
(RTA) contre les travailleurs et les communautés de ces pays.
RTA se livre à des pratiques antiouvrières et
abuse des ressources naturelles partout où il va. Deux exemples
de cela à l’heure actuelle sont la fermeture de l'aluminerie de
Lynemouth en Angleterre et la menace de fermeture de l'aluminerie de
Saint-Jean-de-Maurienne en France.
Fermeture à Lynemouth
Jusqu'en 2009 , Rio Tinto Alcan opérait 3
alumineries au Royaume-Uni : celle d'Anglesey au Pays de Galles, qui
était propriété conjointe de RTA et de Kaiser
Aluminium, celle de Lynemouth au nord-est de l'Angleterre et celle de
Lochaber à Fort William en
Écosse.
L'aluminerie d'Anglesey a été
fermée en 2009 alors
que les propriétaires ont rejeté les nouvelles conditions
d'un renouvellement de contrat d'approvisionnement en
électricité. L'aluminerie de Lochaber est toujours en
activité. Le 29 mars, Rio Tinto Alcan a fermé pour de bon
l'aluminerie de Lynemouth. Sur les
515 travailleurs qui y oeuvraient, 323 seront mis à pied de
façon permanente en mai, une centaine travailleront
jusqu'à la fin de l'année aux plans de carbone et de
coulée, et environ 60 travailleurs resteront au travail pendant
une période de temps pour démanteler et
décontaminer la place. En plus des 515 emplois
directs qui seront perdus, c'est plus de 3500 emplois indirects selon
les gens de la région qui disparaîtront. Rio Tinto Alcan
possède également à Lynemouth une centrale
électrique au charbon et à la biomasse qui fournissait
toute son électricité à l'aluminerie et vendait
son électricité inutilisée au réseau
national. La
centrale emploie 111 travailleurs et Rio Tinto parle de la vendre ou
bien de la fermer. L'aluminerie était de loin le plus gros
employeur du sud du comté de Northumberland dont fait partie
Lynemouth, et elle était la dernière grosse usine
métallurgique de la région. C'est une perte très
sévère pour les travailleurs et
la communauté compte tenu que selon le GMB -Syndicat
général d'Angleterre- le taux de chômage
était encore à 11,6 % dans le nord-est (146 000
chômeurs) à la fin de 2011, soit le taux le plus
élevé du Royaume-Uni. La région est depuis
longtemps affectée d'un haut taux de chômage et c'est
d'ailleurs sous prétexte
de réduire ce taux que le gouvernement de l'époque a
fourni beaucoup d'argent public à Alcan au début des
années 1970, pour bâtir l'usine et la centrale
électrique.
Rio Tinto Alcan a annoncé la fermeture de
l'aluminerie à la fin de novembre 2011, totalement
indifférent au fait qu'elle fournissait de l'emploi aux gens
directement et indirectement dans une région à
chômage élevé et qu'elle était le centre
d'une activité économique intégrée,
comprenant toute une chaîne de
fournisseurs, un port en eau profonde, un chemin de fer, une centrale
électrique et divers services. Cette aluminerie était
aussi l'une des dernières en opération au Royaume-Uni.
RTA a tenté de justifier la fermeture en
invoquant l'augmentation de ses coûts en énergie à
cause de nouvelles lois environnementales et un taux de rendement
à l'aluminerie qu'elle juge insuffisant. En plus de cela, la
chef de la direction de Rio Tinto Alcan s'est même permis de
suggérer que les travailleurs acceptaient
la fermeture avec résignation et que le tout s'était fait
dans un « processus de consultation équitable et
transparent ».
« Je suis attristée par la fermeture de
l'aluminerie de Lynemouth, mais nous sommes arrivés à
cette décision à la suite d'une revue stratégique
de l'usine et d'un processus de consultation équitable et
transparent. J'ai rencontré les représentants du syndicat
et les membres du personnel et j'ai le plus grand respect
pour la façon dont ils ont représenté leurs
collègues tout au long de cette consultation », avait
affirmé Jacynthe Côté, chef de la direction de Rio
Tinto Alcan.
Le soi-disant examen stratégique expose
très bien les considérations étroites et
intéressées du monopole. Le premier facteur justifiant la
fermeture selon RTA, était l'augmentation des coûts en
énergie à cause des lois sur l'environnement. La centrale
alimentée principalement au charbon était connue comme un
gros pollueur dans la région. De nouvelles taxes sur le carbone
vont être appliquées par l'Union européenne et
l'Angleterre à partir de 2013. Selon Rio Tinto, les mesures
qu'elle allait devoir prendre pour réduire ses émissions
allaient gruger son profit et rendait inévitable la fermeture et
ce coup porté à toute une
région. Cela faisait plusieurs années que RTA demandait
que ce soit les deniers publics qui paient pour la réduction des
émissions polluantes, ce qui montre à quel point Rio
Tinto refuse de prendre la responsabilité de la pollution
qu'elle cause.
Plusieurs personnes doutent sérieusement que les
nouvelles lois environnementales disent toute la vérité
sur la fermeture de l'aluminerie de Lynemouth. Ils en voient la preuve
dans les déclarations de dirigeants de RTA au sujet de la
nouvelle politique du monopole visant à tirer un rendement de 40
% sur l'investissement
dans ses alumineries. L'un d'entre eux, John McCabe, a dit à la
presse britannique que « Rio Tinto réévalue ses
installations d'aluminium afin de ne garder que ses usines les plus
performantes ,et malheureusement Lynemouth n'en fait pas partie parce
qu’elle n'assure pas un taux de rendement de 40 % sur
l'investissement ».
En ce qui concerne le processus de consultation tant
vanté avec les syndicats et le personnel, il n'a jamais
porté sur la possibilité de garder l'usine ouverte mais
sur des choses comme le reclassement des travailleurs. La
déclaration de Jacynthe Côté comme quoi les
travailleurs acceptent avec résignation la fermeture
et ont foi en l'équité et la transparence de sa
consultation sont démenties par la réalité.
En témoigne cette déclaration du GMB dans
un communiqué émis à la fin de novembre 2011 :
« Le GMB qui est le plus gros syndicat du secteur
privé du nord-est de l'Angleterre est furieux de la
décision de Rio Tinto Alcan de fermer son aluminerie de
Lynemouth dans le comté de Northumberland. La compagnie
s'apprête à procéder à la fermeture causant
la perte de 515 emplois et de 111 emplois
supplémentaires si elle ferme la centrale électrique...
Cette décision de Rio Tinto est outrageante. Cela fait à
peine quelques années que Rio Tinto a acheté Alcan
à très gros prix. Il semble que l'entreprise
procède fait un simulacre d'examen stratégique menant
à la décision de fermer pour masquer qu'elle veut
recouvrer
l'argent qu'elle a mis pour acheter Alcan juste au moment où la
récession se pointait à l'horizon. Nous voulons savoir si
des deniers publics ont été impliqués pour aider
Rio Tinto à faire cet achat et ce qu'il va en advenir
maintenant. Nos membres veulent savoir pourquoi RTA prend cette
décision aujourd'hui, tout
en disant qu'il pourrait bien vendre la centrale électrique.
Pourquoi Rio Tinto ne cherche-t-il pas une façon de garder les
deux installations ouvertes plutôt que de faire cette annonce et
de dire qu'il y aura une consultation de 90 jours ? Dans un contexte
où nous avons encore 146 000 personnes en chômage dans le
nord-est, soit un taux de 11,6 % , le taux le plus élevé
au Royaume-Uni, le geste de Rio Tinto est simplement outrageant. Au
moment où le chômage des jeunes est le pire qu'on ait
connu depuis 1992, c'est un coup sévère porté au
secteur manufacturier et à l'économie locale. Face
à cette annonce, le gouvernement
n'a d'autre choix que d'intervenir pour protéger les
communautés de la région. Les mots pieux sur le
reclassement et l'évaluation des habiletés de chacun ne
trompent personne. La vie est très difficile ici et nous devons
tous nous réveiller et réaliser l'état critique
dans lequel se trouve l'économie et faire quelque chose
à son sujet. »
Menaces de fermeture de l'aluminerie de
Saint-Jean-de-Maurienne
Rio Tinto Alcan menace de fermer son aluminerie de
Saint-Jean-de-Maurienne, une petite ville d'environ 8500 habitants dans
le département de la Savoie dans le sud-est de la France. La
ville est située dans la vallée
de Maurienne que les travailleurs appellent encore la vallée de
l'aluminium parce qu'elle est un des berceaux de la technologie de
l'électrolyse pour la production de l'aluminium et qu'elle
abritait plusieurs alumineries qui ont toutes été
fermées sauf celle de Saint-Jean-de-Maurienne. Cette aluminerie
aujourd'hui est
la seule qui reste en France avec celle de Dunkerque, qui appartient
elle aussi à Rio Tinto Alcan. L'aluminerie de
Saint-Jean-de-Maurienne emploie environ 600 travailleurs et on estime
que sa fermeture causerait la perte de plus de 2000 autres emplois dans
la région. Le tourisme est le deuxième secteur majeur
d'activité
économique dans la vallée.
Rio Tinto Alcan se dit prêt à fermer cette
aluminerie
parce qu'il n'est pas satisfait du prix qu'Électricité de
France (EDF) lui propose pour renouveler son contrat
d'approvisionnement en électricité qui arrive à
terme en 2014. Ce contrat a été signé en 1984 par
EDF et Pechiney, le propriétaire de l'époque ( Alcan
a acheté Pechiney en 2004 avant d'être acheté par
Rio Tinto en 2007). Les gens de la région disent que le prix
obtenu par Pechiney en 1984 était historiquement bas. Ce contrat
se termine en 2014 et Rio Tinto dit que le nouveau prix qu'on lui
propose est trop élevé et pourrait le pousser à
fermer l'aluminerie dont
dépendent des milliers de familles de la vallée pour leur
moyen de subsistance. RTA est si arrogant qu'il dit aux gens que le
prix proposé est tout à fait concurrentiel avec ce qui se
fait en Europe, mais qu'il peut trouver beaucoup mieux ailleurs dans le
monde. Il se donne le droit de prendre toute décision qu'il
veut,
peu importe les conséquences pour la population. Bien sûr
les négociations entre EDF et Rio Tinto sont secrètes, ce
qui enfreint le droit des travailleurs et de leurs communautés
de décider de leur avenir et de celui de l'industrie.

Manifestation
à Saint-Jean-de-Maurienne lors de l'achat de
l'aluminerie Pechiney par Rio Tinto Alcan pour exiger que les
nouveaux propriétaires augmentent les investissemetns
dans l'usine et la production pour répondre aux besoins
de la France en aluminium. (Le
Dauphiné Liberé)
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Les syndicats et plusieurs politiciens de la
région disent que le coût de l'électricité
pourrait bien être un prétexte de la part de RTA pour
fermer la place et ils soupçonnent le monopole de vouloir fermer
l'aluminerie afin de faire monter les prix de l'aluminium. Le
président du défunt Pechiney a dit aux journaux
locaux que la tactique d'Alcan au moment de l'achat de Pechiney
était justement de fermer ses alumineries en Europe pour faire
monter les prix de l'aluminium. Les travailleurs font remarquer que Rio
Tinto n'a pratiquement rien investi à l'aluminerie depuis des
années pour sa modernisation et même son entretien.
Ils disent que Rio Tinto a procédé à une
réorganisation de la force de travail en 2009 en poussant un
grand nombre de travailleurs à des départs «
volontaires », ce qui aurait décimé les effectifs
affectés à l'entretien.
Les exemples de l’Angleterre et de la France nous
montrent clairement que nous devons intensifier notre combat contre les
attaques antiouvrières et antisociales de Rio Tinto.

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Marxiste-Léniniste
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