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Le premier ministre Jean Charest avait donné aux étudiants jusqu'à lundi pour condamner la violence « sinon... ». Mais la violence est le fait de l'État, pas des jeunes, et c'est le gouvernement Charest qui est isolé sur cette question. C'est ce qu'on a vu par exemple les 20 et 21 avril, lorsque près d'un millier de personnes ont manifesté devant le Palais des congrès à Montréal pour dénoncer la vente à rabais des ressources naturelles du Québec. Au Palais des Congrès se tenait le Salon du Plan Nord, une exposition d'entreprises cherchant des employés pour le plan de braderie et d'esclavage du gouvernement Charest. Parmi les manifestants, des étudiants, des autochtones regroupés dans Innu Power, de nombreux travailleurs de la CSN et activistes des groupes sociaux
Plus de 1000 personnes issues du milieu des affaires et triées sur le volet sont venues entendre le premier ministre vanter ce qu'il appelle le « chantier d'une génération ». Avec leur bannière « Non à la
gratuité minière ! Oui à la gratuité
scolaire ! », les étudiants et leurs alliés ont
été brutalement attaqués par la police
armée de matraques, de poivre de cayenne et de gaz
lacrymogènes. Les gens ont eu un clair exemple du
caractère pacifique des protestations étudiantes et de la
brutalité de l'intervention policière. Comme si ce n'était pas assez, le premier ministre Jean Charest s'est permis un blague de mauvais goût en disant : « À ceux qui frappaient à notre porte ce matin, on pourrait leur offrir un emploi, et dans le Nord autant que possible, ce qui va tous nous permettre de continuer à travailler fort. » La Fédération étudiante universitaire du Québec (FECQ) s'est dite « sidérée par l'arrogance » du premier ministre. « En dénigrant la plus vaste et importante mobilisation étudiante de l'histoire du Québec, Jean Charest, qui est aussi ministre de la Jeunesse, a dévoilé tout le mépris que ce gouvernement a envers la jeunesse québécoise. Avons-nous affaire à un clown ou à un premier ministre à l'écoute de la jeunesse ? C'est indigne d'un chef d'État et il doit s'excuser pour ses propos », a fait valoir sa présidente, Martine Desjardins. « Alors que le gouvernement Charest démontre quotidiennement son incapacité à régler le conflit qui l'oppose aux étudiants sur la question des droits de scolarité, le premier ministre, à l'occasion du Salon Plan Nord, a jugé bon de s'improviser humoriste et de railler les étudiants qui manifestent et qui font face à une répression policière de plus en plus brutale. Il doit cesser de s'amuser aux dépens des étudiants, reprendre ses esprits et régler le dossier », a-t-elle ajouté. Mis sur la défensive, le premier ministre a
poursuivi sur la voie des provocations en se disant cité hors
contexte: « Le gouvernement prend au sérieux la question
de l'intimidation et de la violence très au sérieux.
D'autant plus que la manifestation d'aujourd'hui a sans doute
été l'une des plus dures depuis le début du
conflit. » Il a oublié de dire que c'est la police qui a
attaqué les jeunes. Les jeunes n'ont pas attaqué la
police. Il a répété que « l'avenir du Québec n'est pas dans les moratoires et les gels » et que la grève étudiante est en fait un boycott. « L'État québécois n'est pas l'employeur des étudiants et les étudiants ne sont pas nos employés. » Pour tous ceux et celles qui étaient présents les deux jours à la manifestation contre le Plan Nord, il était clair que l'attaque policière était préméditée. « La manifestation a été pacifique jusqu'à ce qu'un policier, sans raison, décide d'asperger un jeune avec des gaz lacrymogènes. Du coup, ils ont sorti l'artillerie lourde et s'en sont pris violemment aux manifestants pour les faire reculer, les tabassant à coût de matraque même s'ils reculaient sans résistance. Le comportement des forces policières n'a été que provocation », a condamné Jean Trudelle, président de la Fédération nationale des enseignants et enseignantes du Québec (FNEEQ). « Pendant la manifestation, alors que le président du Syndicat des chargés de cours de l'Université du Québec à Montréal tentait d'aider un étudiant qui gisait sur le sol à se relever, un policier l'a empoigné et projeté violemment sur une voiture. Plusieurs autres manifestants ont été poivrés même s'ils ne faisaient que manifester dans le calme », de souligner Gaétan Châteauneuf, président du Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN. Lorsque la police a chargé pour évacuer les manifestants de la place Jean-Paul Riopelle, des manifestants ont reçu en plein visage du gaz poivre de Cayenne comme Patrick Beaumont, président de la CSN-construction, région de Montréal, venu soutenir les étudiants. « Alors que le gouvernement aurait dû s'asseoir avec toutes les associations étudiantes depuis le début de la semaine et résoudre le conflit, il a plutôt décidé de créer de toute pièce une crise encore plus importante en faisant dévier le débat sur la violence. Son comportement des derniers jours est non seulement irresponsable, mais scandaleux. Nous sommes loin de penser qu'il oeuvre à apaiser les tensions. Au contraire, il les attise. Sa blague totalement déplacée envers les manifestants démontre un mépris indigne d'un chef d'État. Personne d'autre que le premier ministre ne peut rétablir le dialogue, il a le devoir de s'en rappeler », de dire le président de la CSN, Louis Roy. Le Service de police de la Ville de Montréal
(SPVM) a procédé à 18 arrestations. ![]() ![]() Violence policière contre les étudiants, les travailleurs et les Premières Nations, Montréal le 20 avril 2012. Le lendemain, samedi le 21 avril, le Réseau de résistance des Québécois (RRQ) ainsi que des autochtones du groupe Innu Power ont manifesté à leur tour.
Le RRQ avait dressé des tentes pour accueillir des femmes innues qui ont marché depuis Maliotenam, sur la Côte-Nord, pour venir dénoncer le Plan Nord et ses impacts éventuels sur les territoires traditionnels des autochtones. Des étudiants participaient aussi à la manifestation. Les militants du RRQ ont lancé des centaines d'arachides devant une entrée du Palais des Congrès, en référence aux « pinottes » que versent selon eux les minières au trésor public. Moins de quarante minutes après leur arrivée, les manifestants ont été attaqués par l'escouade anti-émeute. Pour échapper à cette brutalité, ils s'étaient engagés sur un balcon de l'édifice de la Caisse de dépôt, croyant pouvoir redescendre un peu plus loin. Mais la seule issue se trouvait derrière eux et a été rapidement bloquée par les policiers. Ils ont été arrêtés un à un et placés à bord de deux autobus de la STM loués pour l'occasion. Ils ont tous été arrêtés pour attroupement illégal. On a procédé à plus de 90 arrestations. On estime à plus de 600 le nombre d'arrestations
lors des derniers quatre jours. ![]() Montréal le 20 avril 2012 Tout le monde dit que Charest doit négocierToute la semaine, les dénonciations de la violence de l'État et les appels à négocier avec toutes les associations étudiantes se sont multipliés. Dans une résolution adoptée à l'unanimité le 19 avril 2012, le conseil d'administration du collège Édouard-Montpetit « invite le gouvernement du Québec à ouvrir le plus rapidement possible le dialogue avec les représentants du mouvement étudiant pour dénouer la crise actuelle et favoriser le retour en classe des étudiants dans les plus brefs délais, et ce, dans les meilleures conditions ». En effet, la situation devenant de plus en plus préoccupante, le collège considère qu'il est de son devoir de demander au gouvernement de faire preuve d'ouverture et d'enclencher la discussion avec les représentants du mouvement étudiant dans le but de trouver une solution négociée qui conviendrait à toutes les parties en cause. Réunis en assemblée générale extraordinaire le 1er mars dernier, plus de 3000 étudiants du campus de Longueuil, membres de l'AGECEM, ont voté majoritairement pour le déclenchement d'une grève générale illimitée pour protester contre la hausse des droits de scolarité à l'université. De retour en assemblée générale, les étudiants ont reconduit le vote de grève à trois reprises (les 20 mars, 3 avril et 17 avril), toujours avec une majorité claire. Les étudiants du campus de Longueuil sont en grève depuis maintenant près de sept semaines (31 jours de classe au 23 avril 2012) Devant l'incapacité de la ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Mme Line Beauchamp, à dénouer la crise actuelle avec le mouvement étudiant, le Syndicat des enseignantes et enseignants du Cégep de Rimouski, celui de Bois-de-Boulogne et celui du campus de Gaspé demandent la démission immédiate de Mme Line Beauchamp. Au cours des deux prochaines semaines, le Syndicat des enseignantes et enseignants du cégep de Victoriaville et les syndicats de Matane, de l'Institut maritime du Québec, de Sorel-Tracy et de Rivière-du-Loup soumettront eux aussi cette demande à leurs membres en assemblée générale. Cette démarche fait suite à la réunion du Conseil fédéral de la FEC-CSQ qui s'est tenue le 13 avril dernier. « Non seulement la ministre est incapable de dénouer la crise, explique Mario Beauchemin, président de la FEC, mais elle favorise, en outre, la judiciarisation du conflit en niant le droit d'association des étudiantes et des étudiants et en bafouant les décisions prises démocratiquement dans les assemblées générales. Pourtant, précise-t-il, la ministre a la responsabilité de faire appliquer la Loi sur l'accréditation et le financement des associations d'élèves et d'étudiants (L.R.Q., A-3.01, section VI, article 64) ». En regardant passer la parade et en niant ses
responsabilités, la ministre place le personnel enseignant et
les étudiantes et étudiants dans une position qui met en
cause leurs obligations légales et leurs principes
éthiques et démocratiques, et de surcroît, elle
instaure un climat défavorable à l'apprentissage et aux
activités pédagogiques. Enfin, la FEC-CSQ dénonce les tentatives de la
ministre de diviser le mouvement étudiant alors que celui-ci
fait preuve d'une solidarité démocratique admirable,
courageuse et exemplaire. Université du Québec en Outaouais
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Les différents corps constituants de la communauté de l'Université de Montréal ont tenu quant à eux une manifestation conjointe le 19 avril devant la Faculté de musique. Cette manifestation a dénoncé les mesures judiciaires employées par la direction de l'établissement, la dérive sécuritaire et la présence policière sur le campus. Tous et toutes déplorent le recours par la direction de l'université à une injonction du tribunal afin de forcer la reprise des cours et la tension sur le campus causée par cette mesure.
« Nous trouvons regrettable que l'administration de l'université ait tenté de briser le mouvement de grève par la force des tribunaux. Ce recours témoigne du refus de la direction de reconnaître le caractère démocratique du mouvement étudiant », affirme Ludvic Moquin-Beaudry, étudiant en philosophie et coporte-parole de la Table de grève de l'Université de Montréal.
« Nous constatons que la direction de
l'université alimente une dérive sécuritaire par
le recours au service de deux compagnies de sécurité
privées. Ceci crée une atmosphère de
méfiance contraire à la sérénité qui
devrait régner dans un établissement d'enseignement et de
recherche », déplore Blandine Parchemal, étudiante
en philosophie et
coporte-parole de la Table de grève de l'Université de
Montréal.
La Fédération professionnelle des journalistes du Québec s'inquiète quant à elle des incidents qui se répètent où des policiers ne respectent pas le travail des journalistes qui couvrent les manifestations étudiantes.
Le 18 avril, la journaliste Justine Mercier, membre de
la FPJQ au quotidien Le Droit d'Ottawa, a été
brutalisée par un policier de Gatineau qui l'a projetée
par terre.
Le recours à la judiciarisation et la répression inquiète vivement la Ligue des droits et libertés qui écrit : « La stratégie gouvernementale encourage la judiciarisation du conflit et l'utilisation des tribunaux pour brimer le droit de grève des étudiants. En ayant recours aux injonctions, les autorités refusent de reconnaître les décisions prises démocratiquement par les instances des associations étudiantes et portent ainsi atteinte à la liberté d'association.
« Plutôt que d'être à l'écoute des étudiants et de favoriser la négociation de bonne foi, le gouvernement et les autorités des institutions d'enseignement optent pour la répression. Nous assistons à l'emploi, par les forces policières, de techniques de contrôle de foule condamnées par le Comité des droits de l'Homme : encerclement et arrestation massive (comme en Outaouais), utilisation d'armes chimiques tel le poivre de Cayenne et les gaz irritants. Même des professeurs se font intimider par des agents de sécurité, comme à l'Université de Montréal.
« De plus, la décision de recourir de plus en plus fréquemment au Code de la sécurité routière pour mettre fin à diverses manifestations porte atteinte au droit de manifester. Nous avons été informés que des policiers empêchent systématiquement l'accès à l'université à ceux qui portent un carré rouge : il s'agit là d'une pratique de profilage politique qui porte atteinte à la liberté d'expression et d'opinion.
« Pour Dominique Peschard, président de la
Ligue des droits et libertés,
‘ la répression
actuelle porte directement atteinte au droit d'association et à
la liberté d'expression
’. La lutte étudiante
rappelle le Québec à l'ordre face à ses
obligations en matière de droit à l'éducation et
nous rappelle que nous avons aussi, tous et toutes, l'obligation de
défendre et de promouvoir ce droit dans l'espace public. »

Les leaders de l'Alliance sociale (APTS, CSQ, CSN, FTQ, SFPQ, SPGQ, FECQ, FEUQ) pressent le premier ministre Jean Charest et la ministre de l'Éducation Line Beauchamp de cesser dès maintenant de recourir à la répression policière contre les étudiants du Québec et d'assumer leurs devoirs en négociant avec les représentants de tous les mouvements étudiants, sans aucune exception, afin de dénouer la crise actuelle.
« Après s'être défilés de leurs responsabilités au profit d'une judiciarisation du conflit, Jean Charest et Line Beauchamp vont maintenant encore plus loin en cautionnant, par leur silence et leur inaction, un durcissement de la situation qui se traduit par des forces policières de plus en plus agressives, voire violentes, contre les étudiants. Cette violence policière, cautionnée par l'État, n'est pas plus acceptable que la violence que la ministre Beauchamp voudrait voir condamnée par les jeunes », dénoncent unanimement les membres de l'Alliance sociale.
« C'est la première fois dans l'histoire du
Québec qu'un gouvernement est allé aussi loin que de nier
et de refuser de reconnaître la démocratie
étudiante, préférant privilégier le droit
individuel plutôt que les droits collectifs. Il s'agit là
d'un grave précédent qui aura des conséquences
dans l'avenir et qui, à court terme, est en train de
créer un
véritable chaos sur les campus, lourd de tensions et de menaces
entre groupes d'étudiants eux-mêmes. C'est totalement
irresponsable de voir un gouvernement monter les étudiants les
uns contre les autres dans le seul but d'arriver à ses fins
politiques », déplorent les porte-parole de l'alliance.
(Photos: LML, F. Faddoul, B. Falardeau, M. Martel, Media Coop )
Les conséquences de la violence policière sanctionnée
Le jeudi 19 avril, la police de Québec a procédé à 49 arrestations d'étudiants de Limoilou et donné 51 constats d'infraction, 49 d'entraves à la circulation (494$) et 2 d'entraves au travail de la police, ce qui représente 24 206 $ d'amendes pour 49 personnes (plus 2 autres inconnues encore). Auparavant, 3 autres arrestations, sous le mot d'ordre « tolérance zéro » de la police, avaient eu lieu dans une précédente manifestation. Les étudiants ont dit qu'ils ne paieraient pas ces amendes. « Je préfère faire des mois de prison plutôt que de payer ça », a dit un étudiant.
Que s'est-il passé ? Afin de dénoncer les trois arrestations précédentes, jeudi après-midi (19 avril), une professeure a voulu donner son cours de philo (éthique et politique) à l'extérieur du cégep, les étudiants se tenant en toute légalité sur le terrain et elle sur la voie publique. La direction lui a retiré la permission de le faire et lui a demandé de donner son cours en classe, ce qu'elle a fait.
Pendant ce temps, des étudiants, profs et membres du personnel sont sortis pour voir ce qui se passait. Plus d'une centaine d'étudiants manifestaient pacifiquement dehors et c'est alors qu'il y a eu l'attaque massive de la police. Imaginez, les jeunes chez eux devant leur cégep sans qu'aucune voiture ne soit empêchée de passer. De toute façon sur ce petit bout rue, il n'y a que ceux qui ont affaire au cégep qui y circulent. Puis, des dizaines de voitures de police et un autobus qui arrivent et bloquent l'entrée du cégep du côté de la 12e rue, empêchant les étudiants de rentrer au cégep, pour ensuite refermer le piège ! Des policiers ont pénétré dans le cégep, sont allés au local où le prof donnait son cours et ont obligé les jeunes à s'identifier avec carte. Ils ont aussi bloqué l'accès du cégep. Dehors, d'autres policiers se sont mis à arrêter les étudiants, sous prétexte qu'ils bloquaient la circulation. Un étudiant, qui leur a dit qu'il n'avait pas droit d'arrêter les étudiants pour avoir bloqué la rue car c'étaient les voitures de police elles-mêmes qui la bloquaient, a été projeté violemment à terre et menotté. On apprend aussi que les étudiants arrêtés une fois sont menacés par la police que la prochaine fois, ils vont les amener au poste et les faire passer devant le juge.
Suite à cela, une trentaine d'étudiants ont tenu une veille avec des chandelles devant le cégep de Limoilou. Encore là, immédiatement, 10 voitures de police ont foncé sur place, sans prétexte, pour les arrêter. Une belle ambiance ...
Et depuis quelques temps, on remarque que tous les déplacements de personnes portant un petit carré rouge sont immédiatement ciblés par un déplacement massif de voitures de police. La police n'a que cela à faire: du profilage de carré rouge ! Il semble aussi qu'il y ait du profilage racial, puisque dans un groupe, c'est l'étudiant arabe qui est plaqué à terre. C'est ainsi que sont ressenties les valeurs profondes défendues par la police ! Les actions policières ont donné du courage à des lâches, certains en profitant pour augmenter les pressions, menaces, injures à l'encontre de ceux qui arborent le carré rouge.
La même journée, le maire Labeaume a fait une grande sortie contre les pompiers sans contrat de travail depuis six ans, les accusant de voler l'argent des taxes payées avec peine par les contribuables. Et la journée du vote de grève des cols bleus de la ville, la ville a envoyé 169 avis de mises à pied aux cols bleus occasionnels, trois jours après qu'ils aient reçu de la ville les tâches qu'ils devaient accomplir cet été.
Cela vous donne une idée du beau «climat» qui règne à la ville de Québec.
Lisez Le
Marxiste-Léniniste
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