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Numéro 40 - 11 avril
2012
Discussion sur le budget
fédéral 2012
Le budget fédéral à partir de la
perspective
de la classe ouvrière
- K.C. Adams -
Le Canada est divisé en deux principales classes
sociales, la classe ouvrière et les détenteurs du
capital. Les détenteurs du capital dominent le gouvernement, qui
fait tout pour favoriser leurs intérêts. Pour accomplir
son devoir au service de la classe dominante, le gouvernement agit et
parle d'un point de vue centré sur le capital. Les travailleurs
doivent donc partir de leur propre perspective pour examiner de
façon critique tout ce que le gouvernement dit et fait et, sur
le front de l'économie, développer leur propre analyse.
Les budgets gouvernementaux sont des instruments servant
à avancer les intérêts des détenteurs du
capital. La mise en commun de fonds à partir de
l'économie socialisée consolide le système
capitaliste monopoliste d'État. Les budgets servent aussi
d'instruments contre la classe ouvrière et
l'intérêt public. Les catégories et les termes des
budgets gouvernementaux, tels que les déficits et les
coûts, reflètent une conception du monde centrée
sur le capital. Ils servent à embrouiller la relation entre le
gouvernement et la classe capitaliste monopoliste dominante ainsi que
l'appropriation du produit social réalisé dans les
intérêts d'une minorité privilégiée.
Les budgets et l'interprétation de ces budgets dans les
médias contrôlés par les monopoles placent la
classe ouvrière sur la défensive en ce qui concerne ses
droits et réclamations, au travail et dans la
société. Par exemple, les déficits et la dette
sont invoqués pour réduire les dépenses pour les
programmes sociaux et, pourtant, les déficits et la dette ont
servi les intérêts de la classe dominante depuis l'aube du
capitalisme en permettant à l'État capitaliste de
générer des revenus sans imposer les compagnies et les
individus fortunés, et en servant de lieu sûr pour ces
mêmes compagnies et individus fortunés pour leur
excédent de capital et de source d'intérêt en
surcroît.
La pratique du gouvernement consistant à
emprunter du revenu des détenteurs du capital et de le
classifier en tant que budget déficitaire et en tant que dette
nationale ou provinciale a été institutionnalisée
au moment de la fondation de la banque de l'Angleterre en 1694. Aucun
gouvernement capitaliste n'a été sans dette nationale
depuis ce temps, mais cela n'empêche aucunement les
détenteurs du capital de se servir des déficits et de la
dette comme instruments de propagande pour combattre le «
fléau du gaspillage » de fonds publics pour des programmes
sociaux et des services publics, ce qui est présentement la
tendance néolibérale au Canada.
Le budget fédéral
Le budget fédéral est composé de
deux grandes catégories : les dépenses et les revenus.
Ces deux catégories doivent s'égaler en termes de dollars
sans quoi le budget perd sa cohérence. Pour se permettre une
dépense d'un certain montant, le gouvernement doit avoir un
montant équivalent de revenu. Le revenu budgétaire est
l'équivalent monétaire de la quantité de produit
social créé par la classe ouvrière et
réalisé (vendu) dans l'économie qui est
réclamée ou acquise par le gouvernement par
différents moyens. Le produit social annuel
réalisé est la valeur ajoutée totale produite par
la classe ouvrière au cours de l'année, et qui est
éventuellement vendue et mise en circulation dans
l'économie socialisée. Le produit social annuel ou valeur
ajoutée totale ne comprend pas la valeur qui a été
produite au cours des années précédentes et
transférée au nouveau produit social.
Tout ceci est important à retenir lorsque
diverses forces politiques viennent suggérer que les
gouvernements peuvent simplement s'emprunter de l'argent pour en faire
un revenu ou encore imprimer de l'argent pour correspondre aux
dépenses. Seul l'impérialisme étasunien est en
mesure de le faire grâce à l'hégémonie du
dollar ; les autres gouvernements et institutions échangent leur
produit social pour des dollars US nouvellement émis sans qu'il
n'y ait un produit social US additionnel pour correspondre à
l'ajout de monnaie.
Aussi, les forces politiques de l'oligarchie dominante,
surtout pendant les élections, annoncent des objectifs en
matière de politiques qui résultent inévitablement
en dépenses, mais refusent d'expliquer comment le gouvernement
doit réclamer le revenu nécessaire pour assumer ces
dépenses. Les gouvernements n'ont d'autre choix que de
réclamer le produit social en tant que revenu pour assumer
quelque dépense qu'il soit. Il n'y a pas d'autre façon
que de réclamer le produit social réalisé sur la
base de l'économie socialisée pour assumer les
dépenses.
De fait, les gouvernements ne sont pas
nécessairement obligés de réclamer le produit
social réalisé monétairement pour s'en servir
comme dépenses. Ils pourraient réclamer le produit social
non vendu directement des entreprises, par exemple sous forme de
véhicules, de produits alimentaires ou de toute valeur d'usage,
et utiliser le produit social directement comme partie
intégrante des dépenses. Une tendance progressiste en
taxation permettrait aux gouvernements de planifier en prévision
de l'année fiscale et de réclamer le produit social en
espèces des entreprises productives avant même que ce
produit social n'accède au marché. Par exemple, il
pourrait s'agir d'acier, de bois d'oeuvre ou de tout autre
matériel de construction servant à construire et à
réparer les écoles, les hôpitaux, les
résidences pour aînés ou les véhicules pour
le bureau de Postes et les forces de sécurité, etc.
Une façon importante et progressiste
d'accroître les revenus gouvernementaux serait d'établir
des entreprises publiques qui produiraient des biens et services tels
que des produits pharmaceutiques pour le secteur de la santé.
Les entreprises publiques peuvent à peu près
éliminer les réclamations des détenteurs du
capital, créant la possibilité de diviser le produit
social produit par la classe ouvrière entre la classe
ouvrière et le gouvernement sans que les détenteurs du
capital puissent en réclamer une partie. Le produit social des
entreprises publiques dans le secteur productif est divisé entre
la classe ouvrière et le gouvernement, sans qu'une
réclamation ne soit réservée aux détenteurs
du capital. Aussi, lorsque les services sont procurés au moyen
d'entreprises publiques, le montant de produit social
réalisé requis est seulement l'équivalent
nécessaire pour répondre aux réclamations de la
classe ouvrière pour son temps de travail et pour les
coûts. Ainsi, aucun détenteur du capital ne fait une
réclamation directe à même les droits de
propriété.
L'entreprise publique permet aussi l'introduction d'une
plus grande planification au sein de l'économie
socialisée, éliminant ainsi le gaspillage ainsi que le
fléau de l'utilisation à efficacité réduite
des forces productives. Plus l'entreprise publique devient la norme
dans toute l'économie socialisée, plus l'économie
devient forte. Il en va de même pour l'intérêt
public et la classe ouvrière dont la force s'accroît par
rapport aux détenteurs du capital et leurs intérêts
privés étroits. Ceci est particulièrement
important comme moyen d'empêcher que le marché du travail
ne serve d'instrument entre les mains des détenteurs du capital
contre la classe ouvrière.
Cependant, ces mesures touchant aux revenus sont une
chose et leur utilisation par les gouvernements en est une autre. La
classe ouvrière doit constamment se battre pour que les
dépenses contribuent au bien-être de la population,
à l'intérêt public et aux intérêts
généraux de la société par le biais
d'investissements accrus dans les programmes sociaux, dans les services
publics et dans l'entreprise publique et en éliminant tous les
paiements gouvernementaux aux riches et à leurs monopoles
privés.
Ces mesures progressistes pour consolider la
société ne se réaliseront pas par un simple
souhait. Elles seront le fruit des efforts de la classe ouvrière
pour s'organiser en une puissante force sociale et politique capable de
priver les détenteurs du capital de leur capacité de la
priver de ses droits et son programme pour se bâtir un pays
à son image et selon sa vision d'un avenir sans les crises
économiques, l'exploitation, le privilège de classe et
les guerres.
Les dépenses
Le gouvernement décide de ses
dépenses selon ce qui sert les intérêts du capital
et non sur la base des réclamations que le peuple est en droit
de faire à la société, et des
intérêts généraux de la
société dont tous dépendent. Le gouvernement prive
la classe ouvrière du droit de décider des
dépenses et de comment le revenu gouvernemental doit être
réclamé.
Un gouvernement capitaliste hérite d'un nombre de
dépenses provenant de l'année précédente.
Ces dépenses sont requises par la loi et sont souvent
appelées dépenses « obligatoires ». D'autres
proviennent de ce que le gouvernement juge nécessaire au moment
donné, et on les nomme dépenses «
discrétionnaires ». Celles-ci sont le résultat de
mesures budgétaires ou de prérogatives
ministérielles, comme les dépenses du G20 par exemple.
Des exemples de dépenses héritées
sont les 40,4 milliards $ en « paiements de vieillesse » et
les 40,8 milliards $ en « programmes sociaux et de santé
». Les transferts en santé et en éducation du
fédéral aux autres niveaux de gouvernement sont
fixés par la loi. Le gouvernement libéral des
années 1990 a grandement réduit ces transferts et
maintenant le gouvernement Harper a annoncé de nouvelles limites
sur ces montants. L'annonce unilatérale de Harper sur
l'âge de la retraite qui passe à 67 ans est un exemple de
changement « obligatoire » des dépenses touchant
à la Sécurité de la vieillesse.
Des exemples de dépenses «
discrétionnaires » sont les milliards de dollars
donnés aux monopoles de l'automobile et aux banques, ce qui
constitue le « plan d'action économique » de Harper
depuis la crise économique de 2008, les dépenses pour
financer les guerres prédatrices dirigées par les
États-Unis contre l'Afghanistan et la Libye ainsi que les
montants nécessaires à l'annexion du Canada au Homeland
Security des États-Unis. On retrouve ces paiements «
discrétionnaires » dans le montant de 114,7 milliards $
prévu pour les « charges de programmes directes ».
Les coupures et les mises à pied annoncées dans le budget
2012 de Harper portent principalement sur ces « charges de
programmes directes », telles que le ministère de
l'Agriculture, le ministère des Pêches et des
Océans, Radio-Canada, l'Office national du film du Canada et le
personnel civil au service du militaire.
Les dépenses prévues par le budget 2012,
de 276,1 milliards $, financent la machine d'État tout en
servant les intérêts de la classe dominante de
détenteurs du capital. La machine d'État est la
principale force sociale, politique et militaire soutenant le
système capitaliste et le statu quo de l'oligarchie dominante.
Afin de payer pour ces dépenses, le gouvernement doit
réclamer ou acquérir par d'autres moyens un montant
équivalent de revenu de l'économie socialisée. Le
revenu gouvernemental de 276,1 milliards $ vient de la valeur
ajoutée que la classe ouvrière doit en principe produire
dans l'année budgétaire. La classe ouvrière, le
gouvernement et les détenteurs du capital sont les principaux
réclamants de la totalité de la valeur ajoutée
produite par la classe ouvrière.
Les revenus
Les moyens pour le gouvernement de réclamer un
revenu de l'économie socialisée ont été
établis dès les débuts du système
capitaliste. Ces méthodes de réclamation de revenu furent
des décisions politiques exprimant la dominance des
détenteurs du capital sur la société. Aujourd'hui,
le revenu est relevé principalement auprès d'individus
plutôt que directement auprès des centres de production,
de distribution et de services. Ceci permet aux détenteurs du
capital les plus puissants de protéger leur privilège de
classe et de mettre leur fortune ainsi que leur propriété
des forces productives sociales à l'abri des réclamations
du gouvernement.
Les premières méthodes pour
acquérir un revenu de gouvernement remontent aux taxes
douanières et aux emprunts faits aux détenteurs du
capital et aux autres membres fortunés de la
société. À l'ère moderne, les emprunts
faits aux détenteurs du capital par les gouvernements ont
commencé une fois pour toutes avec la fondation de la banque de
l'Angleterre en 1694 et se sont poursuivis dans tous les pays
capitalistes depuis ce temps. Les emprunts gouvernementaux de revenu
provenant de l'oligarchie financière internationale, y compris
le FMI et la Banque mondiale, sont devenus un moyen de réduire
à l'esclavage les pays les plus faibles et de les forcer
à l'assujettissement, comme nous l'avons vu récemment en
Grèce.
Au Canada, les détenteurs du capital
prêtent du capital au gouvernement à un taux
d'intérêt donné. Cette méthode d'acquisition
de revenu est à l'avantage réciproque du gouvernement
capitaliste et des détenteurs du capital, car cela leur procure
un lieu sûr pour placer leur capital et même
réclamer un montant additionnel sous forme
d'intérêt. Ils se servent aussi des «
déficits » périodiques et des « dettes
» croissantes comme instruments de propagande contre les
dépenses gouvernementales qui pourraient
bénéficier au peuple, telles que l'éducation et la
santé.
L'oligarchie dominante peut toujours dire que le revenu
emprunté représente un « déficit » ou
une « dette », mais cela ne change rien au fait qu'ils
s'agit d'un revenu emprunté plutôt qu'une
réclamation directe qui n'exige pas d'être
remboursée. La décision d'acquérir un revenu au
moyen d'emprunts plutôt que de le réclamer en impôts
directement des entreprises est une décision politique et n'a
rien à voir avec un manque de produit social disponible. De
toute évidence, ce produit social réalisé est
suffisamment disponible, sans quoi les détenteurs du capital
n'auraient pas le surplus qu'ils finissent par prêter.
Le revenu emprunté est sensé être
remboursé à un certain point, mais il n'a jamais
complètement été payé dans aucun pays
capitaliste. Il existe de nombreux exemples où, à force
d'accumulation, l'intérêt sur la dette gouvernementale
devient plus grand que le montant emprunté au départ. Les
détenteurs du capital sont souvent satisfaits de laisser le
principal entre les mains du gouvernement, surtout lorsque les endroits
où investir se font rares, comme durant les crises
économiques.
Les gouvernements déclarent ce revenu
emprunté comme étant une dette, nationale et provinciale,
mais appellent cela du « financement à déficit
» pour des raisons de propagande antiouvrière. La dette
encourue par le gouvernement par l'emprunt de revenu
bénéficie aux prêteurs qui trouvent ainsi un lieu
sûr où déposer leur capital excédentaire et
réclamer de l'intérêt simultanément.
L'intérêt exigé sur le revenu emprunté
représente une dépense. Lorsque l'heure de rembourser le
revenu emprunté a sonné, revenu qui a déjà
été dépensé, le montant devient une
dépense qui requiert un revenu additionnel.
Le revenu emprunté pour le budget 2012 de Harper
est de l'ordre de 21,1 milliards $, ce qui amène le montant
cumulatif de revenu emprunté à 602 milliards $. On
pourrait rire, si ce n'était pas si destructif pour le bien
public, du fait que la dépense fédérale pour
l'intérêt pour 2012 (30,8 milliards $ sur le revenu
emprunté antérieurement) est supérieure à
l'emprunt du revenu prévu (déficit) de 21,1 milliards $
pour 2012. Le revenu nouvellement emprunté ne couvre même
pas la dépense sur l'intérêt ! Selon le budget
Harper, la dépense sur l'intérêt en fait un budget
déficitaire. Cette relation entre la dépense sur
l'intérêt de 30,8 milliards $ et le revenu emprunté
de 21,1 milliards $ crée une incohérence que les
travailleurs ne doivent pas laisser passer et face à laquelle
ils doivent développer leur propre plan d'action pour corriger
cette situation intenable. On pourrait proposer d'imposer un moratoire
sur les paiements d'intérêt pour se donner le temps de
passer à la loupe la légitimité de la dette
gouvernementale, par le biais d'audiences publiques. On interdirait au
gouvernement de financer ses revenus par d'autres emprunts, l'obligeant
plutôt à réclamer directement des entreprises qui
opèrent dans l'économie socialisée le revenu
nécessaire pour assumer ses dépenses.
Les travailleurs doivent se rappeler que les
décisions du gouvernement sur la façon de dépenser
et réclamer du revenu sont des décisions politiques qui
servent les intérêts des détenteurs du capital.
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement a
commencé à réclamer de l'argent à
même les réclamations de la classe ouvrière sur le
produit social qu'elle produit (impôt sur le revenu) et s'est
éventuellement mis à réclamer un certain
pourcentage sur les achats de biens et de services. Ces formes de
réclamations gouvernementales visent à protéger
les détenteurs du capital des réclamations du
gouvernement. Elles permettent aussi aux gouvernements de poursuivre la
pratique rétrograde consistant à emprunter du revenu des
détenteurs du capital plutôt que de le réclamer
tout simplement de l'économie socialisée.
Les méthodes indirectes de réclamations
gouvernementales sur l'économie socialisée telles que
l'impôt sur le revenu, les contributions mobilières et les
frais d'utilisation affaiblissent la classe ouvrière et
consolident le pouvoir politique et économique ainsi que le
privilège de classe des détenteurs du capital
monopoliste. Les travailleurs doivent faire tout ce qu'ils peuvent, sur
la base de leur pouvoir organisationnel, pour priver les gouvernements
du pouvoir de réclamer du revenu sous forme d'imposition
indirecte des particuliers et pour forcer les gouvernements à
réclamer leur revenu directement des entreprises engagées
dans l'économie socialisée.
Les réclamations du gouvernement
fédéral pour 2012
Le budget fédéral 2012 réclame et
acquiert du revenu généralement par les façons
suivantes :
L'impôt sur le revenu des particuliers = 124,5
milliards $
L'impôt sur le revenu des sociétés =
32,4 milliards $
Taxe sur les produits et services = 30,9 milliards $
Les cotisations d'assurance-emploi payées
conjointement par les employés et les employeurs = 20,1
milliards $
Autres taxes et obligations = 15 milliards $
(Autres revenus non spécifiés = 25,7
milliards $)
Revenu emprunté = 21,1 milliards $
Revenu total = 276,1 milliards $
Dépenses totales = 276,1 milliards $
Les principales méthodes de réclamations
gouvernementales et de frais d'utilisation sont rétrogrades.
Même le montant réclamé sur la base d' «
impôt sur le revenu des sociétés » est
basé sur les profits déclarés, ce qui ne veut pas
dire grand chose puisque les monopoles ont à leur disposition
une armée de comptables fiscalistes haut de gamme constamment
à l'affût de moyens de ne pas payer d'impôts. Toutes
ces méthodes devraient être abolies et remplacées
par une réclamation gouvernementale aux entreprises
engagées dans l'économie socialisée sur la base
d'une formule basée sur leur revenu brut.
La division du produit social
Dans
le but d'exposer le plus possible la désinformation au sujet de
l'économie, il est utile de simplifier les choses autant que
possible et de les réduire à leurs éléments
sociaux fondamentaux. Les travailleurs canadiens, par leur travail au
moyen de machines et d'autres moyens de production, transforment la
richesse de la Terre Mère en produits utilisables. La nouvelle
valeur ainsi créée par leur travail devient le produit
social annuel. Sous le système capitaliste, le produit social
doit être réalisé (vendu) pour que sa valeur
d'usage soit appliquée et pour qu'il se retrouve dans les
comptes de la nation. Le produit social réalisé par la
classe ouvrière est le seul montant qui peut être
réclamé et consommé. (Note : pour les besoins de
cet article, le produit social qui quitte le pays et celui qui y entre
sont égaux.)
Trois principales forces sociales réclament la
totalité du produit social réalisé : la classe
ouvrière, les gouvernements et les détenteurs du capital.
Les travailleurs devraient toujours se rappeler que seul
ce qu'ils produisent peut être consommé. Seul le produit
social produit par eux peut faire partie des comptes de la nation
pouvant être réclamés par les travailleurs, les
gouvernements et les détenteurs du capital.
Imaginons pour un instant que la totalité du
produit social réalisé est P, que la réclamation
des travailleurs est T, que les réclamations des gouvernements
sur P est G et que la réclamation des détenteurs du
capital est C :
P = T + G + C
Afin de bien saisir le concept général,
oublions les réclamations des autres niveaux de gouvernements et
servons nous de la réclamation du gouvernement
fédéral. Bien sûr, la réclamation
fédérale est accompagnée de réclamations
des gouvernements du Québec, des provinces et des Territoires et
forment la totalité de la réclamation gouvernementale.
Une analyse précise de chaque réclamation gouvernementale
permettrait de retracer le produit social et les réclamations
des travailleurs et des détenteurs du capital à chaque
niveau d'autorité politique.
Le revenu du gouvernement fédéral
emprunté aux détenteurs du capital, de l'ordre de 21,1
milliards $, fait forcément partie de la réclamation des
détenteurs du capital, puisqu'il demeure leur
propriété privée. Ce montant doit être
déduit de la réclamation du gouvernement
fédéral, la diminuant à 255 milliards $. La
formule, sur la base des chiffres du budget fédéral 2012,
est la suivante, quand G représente 255 milliards $ :
P = T + G + C
G = 255 milliards $
P = T + 255 milliards $ + C
255 milliards $ = P – (moins) T – C
T = P – 255
milliards $ – C
C = P – T – 255 milliards $
La division du produit social et les réclamations
de chaque force sociale sont le résultat de la lutte de classe
entre les deux principales forces sociales, la classe ouvrière
et les détenteurs du capital.
Si P reste le même, toute modification aux
réclamations se fait aux dépens de un ou des deux autres
réclamants. Par exemple, si le produit social
réalisé annuel (P) demeure le même, mais que les
réclamations gouvernementales fédérales (G)
passent à 276,1 milliards $ parce qu'il emprunte 21,1 milliards
$, alors soit les réclamations des travailleurs (T), soit celles
des détenteurs du capital (C) ou une combinaison des deux
doivent être réduites de ce même montant (21,1
milliards $).
Si plutôt qu'emprunter, le gouvernement
choisissait de réclamer le revenu emprunté de 21,1
milliards $ directement des entreprises, alors les réclamations
des détenteurs du capital (C) diminueraient de 21,1 milliard $.
La formule serait alors la suivante, le P restant le même :
G = 276,1 milliards $, soit 21,1 milliards $ de plus que
l'exemple précédent
P = T + 276,1 milliards $ + (C – 21,1 milliards $)
276,1 milliards $ = P –
(moins) T – (C – 21,1
milliards $)
T = P – 276,1
milliards $ – (C – 21,1 milliards $)
(C – 21,1
milliards $) = P – T – 276,1 milliards $
Le pouvoir de priver
Afin d'augmenter la réclamation de la classe
ouvrière et du gouvernement au produit social, la classe
ouvrière doit s'organiser pour priver les détenteurs du
capital d'une partie de leur réclamation. Pour forcer les
gouvernements à cueillir et à dépenser leur
réclamation de sorte à favoriser la classe
ouvrière et les intérêts généraux de
la société, la classe ouvrière doit s'organiser
pour empêcher les gouvernements de cueillir et de dépenser
leur réclamation d'une façon qui est favorable aux
détenteurs du capital.
La classe ouvrière doit s'organiser en une force
sociale et politique qui a la capacité de priver les
détenteurs du capital et leurs gouvernements du pouvoir de la
priver de la réclamation qui lui revient de droit sur le produit
social qu'elle produit.
La classe
ouvrière doit s'organiser en une force sociale et politique
suffisamment efficace et puissante pour priver les détenteurs du
capital du pouvoir de forcer les gouvernements à réclamer
et à se servir du produit social d'une façon qui favorise
leurs intérêts privés contre les
intérêts publics du peuple et les intérêts
généraux de la société.
Une exigence objective et un objectif du mouvement de la
classe ouvrière est de s'organiser en une force sociale et
politique collective assez puissante pour priver les détenteurs
du capital de leur pouvoir de priver la classe ouvrière de ses
droits et de ses réclamations sur ce qu'elle produit.
Une exigence objective et un objectif du mouvement de la
classe ouvrière est de s'organiser en une force sociale et
politique suffisamment puissante pour priver les détenteurs du
capital de leur pouvoir de priver les gouvernements de leur
responsabilité sociale qui exige qu'ils réclament
suffisamment de produit social de l'économie socialisée
pour favoriser les intérêts publics du peuple et les
intérêts généraux de la
société et garantir les réclamations que le peuple
est en droit de faire à sa société.

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