Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 35 - 30 mars 2012

Non à la hausse des frais de scolarité!

Les étudiants réfutent les prétentions
d'ouverture du gouvernement


Montréal, le 27 mars 2012 (WeQuick)

Non à la hausse des frais de scolarité!
Les étudiants réfutent les prétentions d'ouverture du gouvernement
«Faire leur part» – le mot d'ordre trompeur de Jean Charest - Serge Lachapelle

Secteur manufacturier oui, destruction nationale non!
Blâmons le gouvernement Charest pour la destruction du secteur manufacturier - Normand Chouinard
Les travailleurs parlent de la crise du secteur manufacturier

Non à l'offensive antiouvrière dans l'industrie de l'air
Ça suffit! Défendons la sécurité publique et les droits de tous en défendant les pilotes d'Air Canada et les travailleurs d'Aveos
Les travailleurs du transport aérien en action pour forcer les gouvernements à rendre des comptes


Non à la hausse des frais de scolarité!

Les étudiants réfutent les prétentions
d'ouverture du gouvernement

En fin de semaine dernière, les associations étudiantes FECQ, FEUQ et CLASSE se sont réunies pour faire le bilan de leur lutte contre la hausse des frais de scolarité suite à la manifestation historique de 200 000 personnes dans les rues de Montréal le 22 mars. Les étudiants discutent de tactiques à prendre pour empêcher le gouvernement Charest de créer la division dans leurs rangs avec son outrageante prétention de vouloir « discuter » tout en imposant la dictature de la minorité riche qu'il représente.

Après la manifestation du 22 mars, Jean Charest et son ministre de l'Éducation Line Beauchamp ont dit qu'ils étaient « prêts à nous asseoir avec les étudiants ». Ils ont dit qu'ils étaient prêts à «améliorer le système de prêts et bourses », une proposition que les étudiants ont massivement rejetée lors de la « rencontre des partenaires » de 2010 parce qu'elle se traduirait en un endettement encore plus écrasant pour la majorité des fils et filles de la classe ouvrière. La fausseté des prétentions du gouvernement à vouloir discuter se voit non seulement dans le fait qu'il ramène une proposition battue mais aussi dans cette déclaration on ne peut plus arrogante de Jean Charest qui a déclaré, tout de suite après avoir rejeté du revers de la main la volonté exprimée par 200 000 étudiants dans les rues de Montréal : « Nous sommes toujours à l'écoute des étudiants, nous n'avons jamais arrêté d'écouter et nous sommes sensibles à ce qu'ils expriment. »

Les étudiants ont rejeté avec tout le mépris qu'elle mérite cette « ouverture » et ont adopté différentes tactiques pour continuer de presser le gouvernement à annuler la hausse.

« La bonification des prêts et bourses, on ne trouve pas que c'est une porte ouverte », a laissé tomber la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins. « Le gouvernement Charest oublie les 70 % qui n'ont pas accès au programme. Bonifier l'aide financière, c'est une mesure qui ne répond pas au problème, c'est ce qu'on dit depuis le début. »

« Le gouvernement veut juste parler de la contribution étudiante. Nous, ce qu'on veut, c'est mettre tout le reste sur la table », a-t-elle ajouté. Le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin, rappelle que les étudiants ne s'embarqueront pas dans des négociations sur la place publique, pas plus qu'ils ne démordront de l'idée du gel. « Les étudiants sont déjà pris à la gorge. S'il y a des discussions, on verra en temps et lieu, a-t-il dit. C'est sur les droits de scolarité qu'on espère une ouverture. »

Pour ce qui est la CLASSE, son porte-parole Gabriel Nadeau Dubois a déclaré : « Ce que réclament les étudiants, ce n'est pas négocier leur endettement, mais le retrait de cette mesure injuste et inéquitable qu'est la hausse des frais de scolarité. »

D'ailleurs des centaines d'étudiants masqués et déguisés ont répondu le 29 mars à l'appel de la CLASSE et manifesté dans les rues du centre-ville de Montréal. Un étudiant de l'UQAM a tenu a rappelé que ce charivari aux allures de Mardi gras était aussi un pied de nez à tous ceux qui critiquent le droit de se masquer. « On n'a rien à cacher. Mais on se masque pour éviter le profilage des policiers ».

Depuis lundi, de multiples actions autant des étudiants que de leurs alliés se sont tenues à travers le Québec. La FECQ et la FEUQ ont tenu des manifestations le 27 mars au Québec : Montréal, Laval, Saint-Hyacinthe, Val-D'Or, Québec, Sherbrooke, Saint-Jean-sur-Richelieu, Jonquière.

À Montréal, ils étaient plus de 3000.


Étudiants de musique de l'Université Laval, à Québec le 30 mars 2012 (Hugo Laporte)

Les étudiants du Conservatoire de musique de Montréal ont voté le 19 mars pour la première fois en 40 ans, à 88 % des voix, pour une grève reconductible de 3 jours.

Face à cette détermination, la direction du réseau des Conservatoires de musique a opté pour la répression. Mme Liette Yergeau, une enseignante émérite de l'institution de Montréal, s'est vu suspendue, avec menace de congédiement, après avoir témoigné de son point de vue favorable à la légitimité de la grève étudiante votée lundi le 19 mars.

Au cégep Marie-Victorin, les enseignants ont tenu une action de soutien aux étudiants. S'adressant à la ministre de l'éducation le communiqué mentionne : « En tant qu'enseignantes et enseignants au Cégep Marie-Victorin, situé à Montréal-Nord, souhaitent la rappeler à la réalité et lui faire part de notre point de vue sur ce sujet. Montréal-Nord est un des quartiers les plus défavorisés de Montréal, il est composé d'une population moins scolarisée, d'un taux de décrochage scolaire et de chômage plus élevé chez les jeunes âgés entre 15 et 24 ans plus élevés que pour le reste de l'Île de Montréal. »

« L'éducation n'est pas un produit de consommation, mais le terreau dans lequel devraient pouvoir grandir les générations futures. Son manque de vision, et celui de ses collègues du gouvernement, risque de compromettre l'avenir des générations futures du Québec, et particulièrement de Montréal-Nord ».

Au collège Édouard-Montpetit, les enseignants ont tenu le 28 mars une classe dans la rue. « Pour cet événement tenu sur la voie publique afin de symboliser leur attachement aux principes d'une école accessible, gratuite et ouverte à tous, les enseignants convient étudiants, collègues et citoyens à participer en grand nombre à un cours et à une discussion sur l'avenir et les enjeux de l'éducation publique au Québec. Il s'agira notamment de rappeler que la grève actuelle des étudiants, loin de se limiter à la seule revendication de l'amélioration de l'accessibilité aux études supérieures pour la jeunesse, sert aussi de catalyseur au désir largement répandu dans la population québécoise d'offrir une résistance à la désintégration sociale qu'entraînent les politiques clientélistes et discriminatoires promues par le gouvernement libéral. »

À Québec, plus d'une centaine d'étudiants ont bloqué le 27 mars pendant une heure l'entrée de l'édifice Price, résidence officielle du premier ministre Charest. Les étudiants ont poursuivi leur manifestation dans les rues du Vieux-Québec. Au moment où la manifestation se terminait, la police a procédé à l'arrestation d'une douzaine d'entre eux, pour avoir « obstrué » la voie publique. « C'est pratiquement un bris de liberté que ne pas avoir le droit de manifester dans la rue », s'indigne Guillaume Fortin, porte-parole du Front régional des associations étudiantes à Québec (FRAQ).

Des étudiants de la faculté de foresterie, de géographie et de géomatique de l'Université Laval sont allés porter 325 bûches devant les bureaux du ministère des Ressources naturelles et de la Faune afin de protester contre la hausse des droits de scolarité.

« Nous voulions rappeler au ministre qu'au lieu de donner nos ressources naturelles aux compagnies minières, dont les profits frisent continuellement de nouveaux sommets, il faudrait se servir des profits que nous pouvons en tirer pour financer nos services publics et l'éducation. » déclare Louis Gauthier, vice-président de l'Association des étudiants en foresterie de l'Université Laval.

« Le gouvernement compte investir plusieurs milliards de dollars dans le Plan Nord, dont la rentabilité économique est d'ailleurs contestée, alors qu'une infime partie de ces sommes pourrait servir à financer le manque à gagner en éducation. Pendant ce temps, nous devrons bûcher encore plus pour arriver à payer nos études ! »

À Jonquière le 27 mars, les étudiants des quatre cégeps de la région et de l'Université du Québec à Chicoutimi ont participé à une manifestation qui a réuni plus de 500 personnes. Parmi eux, une centaine de travailleurs en lock-out de Rio Tinto Alcan.

Les actions sont multiples et se poursuivent sur une base quotidienne. La détermination des étudiants à faire échec à la hausse des frais de scolarité est fondée sur la justesse de leur cause.


À Québec le 27 mars 2012 (Jean-Nicolas Denis)


À Montréal le 27 mars (Al Ex)

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«Faire leur part» — le mot d'ordre
trompeur de Jean Charest

Le gouvernement Charest accompagne son diktat sur la hausse des frais de scolarité par une campagne idéologique à propos du besoin que les étudiants « fassent leur part » en s'endettant et en s'appauvrissant. Cela part de la logique tordue que le Québec n'a pas les ressources nécessaires pour pourvoir aux besoins de la société québécoise en éducation. C'est le caractère choquant de cette affirmation qui pousse les gens à appuyer les étudiants dans leurs revendications.

Interrogé par les journalistes pour savoir si une ouverture était possible avec les 180 000 étudiants actuellement en grève, le premier ministre Charest, tout en soulignant que le régime québécois de prêts et bourses était « le plus généreux en Amérique du Nord », a évoqué la possibilité d'une amélioration. « Est-ce possible de le rendre meilleur ? La réponse sera toujours oui, peu importe le jour où vous me poserez la question. »

« Si la hausse des droits de scolarité réduit l'accessibilité aux études pour les étudiants de la classe moyenne inférieure, qu'on augmente le nombre d'étudiants qui on droit aux prêts », ont ajouté certains députés libéraux.

On ne s'étonnera pas d'apprendre que le Conseil du patronat du Québec (CPQ), la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) ainsi que la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) ont salué l'initiative du premier ministre et que ces partisans du programme antinational et antisocial ont repris les arguments libéraux.

« Ce que les étudiants refusent de payer, soit leur juste part du coût de leurs études, ce sont donc les autres contribuables notamment la classe moyenne et les entreprises qui devront l'assumer. » Or, à ce titre, il n'est pas inutile de mentionner que les employeurs québécois paient déjà 33 % de plus de taxes sur la masse salariale que les employeurs ontariens pour financer différents programmes. « Il y a des limites à vouloir tout faire payer par les contribuables et les entreprises. Il est temps d'entamer un dialogue constructif et nous souhaitons que les pistes que nous proposons à l'égard des prêts et bourses permettront de le faire », ont souligné conjointement le CPQ, la FCCQ et la FCEI dans un communiqué du 27 mars.

Autrement dit, alors que les étudiants mènent une lutte acharnée pour garantir le droit à l'éducation, le gouvernement et les partisans du programme antinational et antisocial proposent d'augmenter l'endettement.

« On prétend que le recours à l'aide financière annulera les impacts négatifs de la hausse. Or, comme on le voit au Canada anglais et en Grande-Bretagne, les hausses de frais de scolarité sont une occasion de réduire le financement public de l'éducation et de généraliser le recours au crédit et aux emprunts chez les étudiant-e-s », explique Éric Martin, chercheur à l'IRIS. « Les étudiant-e-s n'ont pas les moyens de payer les frais de scolarité élevés, alors il n'ont d'autre choix que de s'endetter à des niveaux records, qui atteignent en moyenne 27 000 $ au Canada et 84 000 $ en Grande Bretagne. »

« Ce qu'on voit poindre à l'horizon, dans un contexte de chômage très élevé des jeunes et de précarisation de l'emploi, c'est un scénario de bulle spéculative semblable à celle des subprimes lors de la dernière crise économique. Le prix de l'éducation augmente sans cesse, les gouvernements encouragent les jeunes à s'endetter plus que jamais en promettant des retombées positives. Mais au final, on risque de produire une génération d'insolvables », explique Simon Tremblay-Pepin, co-auteur de la note. « En situation de crise, le pari des gouvernements est d'utiliser l'endettement des étudiants et des ménages comme moteur dans une stratégie de relance économique que l'on pourrait appeler « la croissance par l'endettement ». C'est ce type de situation qui nous a menés à l'effondrement immobilier de 2008. À l'heure où les ménages canadiens sont endettés de 153 %, la pire politique semble être de hausser les frais de scolarité et d'encourager le recours à des emprunts de dizaines de milliers de dollars. Cela est, pour le moins, imprudent. Et déjà nombre d'indicateurs et de signaux semblent pointer vers la formation d'une bulle spéculative dans le marché des prêts étudiants », explique Simon Tremblay-Pépin.

On voit bien que la propagande du gouvernement Charest à propos de «faire leur part» n'a rien à voir avec la réalité et surtout rien à voir avec une solution au financement de l'éducation qui soit favorable au peuple et aux besoins du Québec en éducation. La solution Charest est de laisser l'éducation et les étudiants en proie aux vautours de la finance.

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Secteur manufacturier oui, destruction nationale non!

Blâmons le gouvernement Charest pour
la destruction du secteur manufacturier


Rassemblement contre la fermeture de l'usine de pneus de Goodyear à Valleyfield, Québec, le 3 février 2007.

Au moment ou le gouvernement libéral de Jean Charest, au pouvoir depuis 2003 au Québec, ferment les yeux devant une déconstruction massive de notre secteur manufacturier, et ce, dans tous les secteurs d'industries, sans poser le moindre geste politique pour sauver ou a tout le moins freiner les fermetures d'usines, la classe ouvrière se fait dire de « payer sa juste part ». C'est entre autres la logique qu'il tente d'appliquer contre les étudiants et étudiantes du Québec.

Tout en laissant les monopoles saigner l'économie en toute impunité, le gouvernement libéral continue sa promotion du Plan Nord et de parler abstraitement de « création de nouvelles richesses ». L'Opposition ouvrière refuse cette logique insensée. Pour la classe ouvrière, la création de la richesse signifie une production industrielle continue. Pour les travailleurs individuels, cela signifie se rendre à chaque jour dans un endroit de travail productif et y effectuer une bonne journée de production. Toute fermeture d'usine va à l'encontre de ce but et empêche la création de la richesse.


Des travailleurs de la raffinerie Shell de Montréal lors du
congrès de la FTQ en 2012. La fermeture de la raffinerie
a entraîné la perte de 800 emplois directs et 3500 indirects.

Selon les dernières statistiques, plus de 5000 emplois industriels ont été perdus récemment ne serait-ce que dans la grande région de Montréal. Pfizer, 150 emplois ; Métro,150 emplois ; Johnson et Johnson,126 emplois ; Mabe,740 emplois ; Astrazeneca,132 emplois ; Aveos, 1800 emplois ; Transcontinental, 250 emplois ; Komatsu,180 emplois ; Electrolux,1600 emplois ; Shell, 800 emplois, etc. Les chiffres sont durs mais c'est la réalité. Selon l'Institut de la statistique du Québec, la part du secteur manufacturier dans l'économie québécoise est passée de 22,9 % en l'an 2000 à 16,1 % en 2011. En dix ans, le secteur manufacturier québécois a perdu près de 7 % de sa capacité industrielle, c'est à dire sa capacité à produire de la richesse pour l'économie. C'est sans compter que le taux d'utilisation de la capacité industrielle de ce 16,1 % est d'environ 70 %.

Cette crise du secteur manufacturier est tout simplement insoutenable pour une économie moderne. Le dernier budget du gouvernement québécois ne contient aucune mesure pour relancer le secteur manufacturier et augmenter les rangs de la classe ouvrière industrielle. Voici les mesures qu'il contient pour aider le secteur manufacturier :

- une aide supplémentaire à l'exportation incluant une entente de 600 000 dollars sur trois ans entre Export Québec et Manufacturier et exportateur du Québec ;
- la mise en place d'un crédit d'impôt remboursable pour aider les PME à diversifier leurs marchés d'exportation ;
- l'ajout de six millions consacrés aux technologies de l'information au sein des PME ;
- un montant non spécifié dans la formation de la main-d'oeuvre ;
- de nouvelles mesures pour stimuler l'exportation dans le secteur des textiles, de la forêt et l'agro-alimentaire et un nouveau crédit d'impôt pour l'investissement dans le secteur de la transformation du minerai ;
- un crédit d'impôt sur les taxes sur la masse salariale des travailleurs plus âgés.

Toutes ces mesures incluses dans le budget ne limitent en rien le droit des monopoles de faire ce qu'ils veulent de l'économie. En quoi des stimulus pour les secteurs du textile vont-ils aider quand depuis une décennie et plus, les libéraux ont laissé fermer les usines de textile les unes après les autres ? En quoi un stimulus pour augmenter l'exportation dans le secteur forestier va-t-il empêcher des monopoles comme Résolu (AbitibiBowater), White Birch et autres de saboter et fermer des entités productives, de demander des concessions aux ouvriers, de voler les fonds de pension ? En quoi des stimulus du secteur agro-alimentaire va-t-il aider quand ce même gouvernement négocie des accords de libre échange avec l'Europe et l'Asie qui mettent en péril le principe de gestion de l'offre dans plusieurs secteurs agricoles et qui vont fragiliser des pans entiers de notre industrie agro-alimentaire ?

Le budget Bachand n'a pas pour but l'augmentation des effectifs industriels dans notre économie. Par exemple, à Montréal, sur une population de 1 886 481 habitants, le nombre d'emplois total est de 930 000. De ce nombre, il n'y a que 155 670 personnes qui travaillent dans des secteurs manufacturiers (aliment, 14 000 et plus ; boissons et produits du tabac, 4200 et plus ; textiles et vêtements, 25 000 ; produits chimiques, 11 000 ; produits informatiques et électroniques, 10 500 et plus ; matériel de transport, 17 000, etc.). Le taux de chômage à Montréal en date de février 2012 était de 9,2 % comparativement à 7,8 % en 2009, soit près de 170 000 personnes de plus qui ne participent pas à la création de richesses. Au Québec, le taux de chômage est de 8,4 % et c'est seulement 522 335 personnes dans l'ensemble de la province qui oeuvrent comme ouvriers et ouvrières industrielles. C'est une tendance croissante.

Un gouvernement qui veut réellement créer de la richesse va en premier lieu venir en aide à la classe ouvrière, la classe qui produit la richesse, et va mettre en place des mesures qui vont la protéger contre les monopoles prédateurs et leurs décisions antisociales. Il va limiter le droit des monopoles de fermer des entités productives, d'exiger des concessions de la classe ouvrière, de brigander les fonds de pension, de voler le trésor public et d'endommager l'environnement. Le gouvernement libéral doit rendre des comptes pour son ineptie à défendre le secteur manufacturier.

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Les travailleurs parlent de la crise
du secteur manufacturier

LML a discuté avec des travailleurs provenant de différents secteurs industriels au Québec sur les conséquences de la crise du secteur manufacturier. Voici ce qu'ils ont dit :

Un travailleur du terminal du Canadien Pacific de Lachine

La compagnie agit de manière tout simplement insensée. Son seul but dorénavant est semble-t-il d'appliquer constamment de nouvelles mesures pour soit couper des postes, soit couper nos heures supplémentaires. Leur objectif premier n'est plus de faire fonctionner des trains d'un point A à un point B mais de réduire des coûts d'opération. Cela crée une pression incroyable sur nous qui devons tout le temps justifier notre travail. Par exemple, on nous surveille tout le temps pour savoir si on discute trop longtemps avec les camionneurs qui apportent les conteneurs. Ils créent toujours des stress inutiles qui peuvent être dangereux dans le cours de notre travail.

Cette pression a toujours été là, mais depuis quelques années, c'est pire. Surtout depuis la crise de 2008. Le CP avait des plans pour déménager ses opérations dans l'Ouest de l'île de Montréal, sur un terrain plus grand pouvant contenir un plus grand nombre de conteneurs et à proximité des grandes voies de chemin de fer et des grands terminaux et entrepôts de Cornwall. Mais depuis cette crise, elle a abandonné son projet pour l'instant. Le volume qui entre est tellement bas par rapport à avant la crise que même notre terminal de Lachine est devenu trop grand. C'est normal avec toutes les fermetures des usines que l'on connaît au Canada depuis dix ans.

La production est sabotée partout. Par exemple, ici à Lachine, on pouvait envoyer un train chargé de conteneurs trois à quatre fois par jour, même chose pour les réceptions en provenance d'autres terminaux. Maintenant, nous n'envoyons que trois ou quatre par semaine. Bien que les trains soient plus longs et plus chargés, cela fait une très grosse différence quant au niveau de volume. En plus de cette baisse de production, il y a la baisse des salaires. Comment voulez-vous que les travailleurs puissent acheter les produits que nous produisons si nos salaires baissent et que le coût de la vie augmente. La situation est vraiment impossible.

Un camionneur du service intermodale (camion-train-bateau)

Nous autres sommes directement touchés par les fermetures des usines. Ce qui se produit dans les usines se retrouve forcement dans un camion. À force de fermer les usines, nos camions se vident et notre insécurité augmente. Quand je parle d'insécurité, c'est que l'on ne sait jamais ce qui nous pend au bout du nez. S'il y a un petit boom, on travaille comme des forcenés pendant de longues heures sans se plaindre, et lorsque le volume baisse, on entrevoit rapidement la baisse de notre salaire, c'est inévitable. Bref, on est toujours stressé. Tout cela fragilise notre industrie du transport, je veux dire nos camionneurs tiennent le système à bout de bras.

Pourtant, l'industrie du transport est directement liée à la production des usines. Il me semble que l'on devrait en prendre soin, et des camionneurs et de l'industrie, sinon les problèmes vont empirer. Laissez-moi vous donner un exemple. L'autre jour, il y a eu un accident d'un camionneur qui transportait des bananes en direction des entrepôts Costco à Saint-Bruno. Son camion s'est renversé sur le côté. Son camion et sa cargaison sont une perte totale. Les conséquences de cet accident sont que les magasins grandes surfaces Costco à travers le Québec n'ont pas pu vendre de bananes pendant quelques jours, affectant les ventes au détail. Je suis sûr que cela a eu des conséquences dans l'économie, petites peut-être, mais il y en a eu. Imaginez maintenant que plusieurs usines ferment au Québec, les conséquences que cela peut avoir sur l'économie. Ce qui n'est pas produit ne peut être distribué, donc ne peut être vendu. C'est une perte nette. Les fermetures d'usines sont trop dommageables pour l'économie pour que le gouvernement ne fasse rien.

Un travailleur retraité de l'usine IBM à Bromont

Depuis 30 ans, les gouvernements ne font rien pour enrayer l'hémorragie du secteur industriel. À Granby, où je demeurais pendant mes années de travail chez IBM (30 ans de service), j'ai vu les usines fermer les uns après les autres. C'est dommage parce qu'au début des années 60, on avait espoir de développer une ville et une région fortes qui avaient un avenir assuré. Mais lorsque les usines de textile, et il y en avaient beaucoup, croyez-moi, ont fermé une à une, on s'est vite aperçu que la situation avait changé. Des usines énormes comme Simmons qui fabriquait des scies sont devenues vides ou quasi vides. L'industrie du meuble n'est plus ce qu'elle était et il ne reste plus que deux usines d'Agropur dans le secteur agroalimentaire.

J'ai lu récemment dans le journal La voix de l'est, journal de Granby, que l'usine d'Agropur Aliment Ultima, une franchise du groupe français Yoplait qui vient d'être acheté par la compagnie américaine Generals Mills, va peut être perdre son contrat de production de yogourt. Cette usine fournit du yogourt de marque Yoplait dans tout le Canada. On ne sait pas encore pourquoi mais on suit la situation de près. La production en destination du Canada va peut-être se faire des usines américaines de General Mills dorenavant. On va voir. Dans la région comme à Bromont, Cowansville et surtout Magog, beaucoup d'usines ont également fermé.

Un camionneur Olymel

Il y a eu beaucoup de fermetures d'usines chez Olymel, Saint-Simon, Granby, Magog, Laval, St-Jacques de Montcalm, etc., surtout dans l'industrie porcine. Il y a une telle crise dans ce secteur que l'on ne sait pas où cela va finir. Les gouvernements ne semblent pas savoir quoi faire. En fait, plus souvent qu'autrement, ils nous disent que c'est inévitable. Ils n'ont aucune solution pour remédier à cette crise. Pire encore, on dirait même que lorsqu'il n'y a pas de crise, ils en créent une. Par exemple, l'industrie de la volaille va bien, selon les dirigeants de la compagnie. Au Québec, l'industrie de la volaille est soumise à la gestion de l'offre. C'est un système de quotas qui permet à toutes les parties de l'industrie de fonctionner. Les producteurs avicoles vivent bien, le secteur de l'abattage, de la transformation et la sur-transformation vont bien, en tout cas Olymel ne leur a pas exigé de concessions jusqu'à maintenant, ça va probablement arriver un jour ou l'autre. En plus, les prix sur le marché sont relativement stables comparés à d'autres produits. Bref, ça va pas pire.

Mais l'autre jour, j'ai entendu aux nouvelles que la gestion de l'offre est menacée par de nouveaux traités de libre-échange avec l'Europe et peut-être l'Asie. Si cela arrive, cela va certainement perturber le secteur de la volaille et créer une crise. Pourquoi les gouvernements veulent-ils changer tout cela si ça va pas pire. Il y a des problèmes mais c'est sous contrôle. En ouvrant nos marchés, ça va sûrement entraîner des fusions d'entreprises, des fermetures d'usines, des faillites de producteurs agricoles et j'en passe. Les gouvernements actuels sont irresponsables.

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Non à l'offensive antiouvrière dans l'industrie de l'air

Ça suffit! Défendons la sécurité publique et
les droits de tous en défendant les pilotes
d'Air Canada et les travailleurs d'Aveos


Rassemblement des travailleurs d'Aveos devant l'assemblée législative du Manitoba pour exiger que le
gouvernement manitobain intervienne pour défendre leurs emplois, le 23 mars 2012

Le Canada est un immense pays et il a besoin d'un système de transport moderne, ce qui signifie qu'il faut subvenir aux besoins des personnes qui rendent possible ce service, et ce, sur la base de conditions de vie et de travail de standard canadien. Ces personnes seront ainsi en mesure d'accomplir leur travail au niveau requis. La situation intenable à Air Canada et à son ancienne division d'entretien lourd Aveos est une conséquence directe d'une campagne renouvelée contre les travailleurs par les propriétaires du capital et les gouvernements à leur service. LML salue la position militante prise par les travailleurs du transport aérien à la défense de leurs emplois et de leur industrie, contre l'agression des monopoles, et en appelle à tous d'assumer cette lutte dans leurs propres intérêts contre le droit de monopole et la destruction nationale.

Durant la démarche de faillite d'Air Canada en 2004, on a dit aux travailleurs que la survie de la compagnie dépendait de l'ampleur des concessions qu'ils seraient prêts à faire. Aveos est né de ce processus, en apparence une compagnie distincte qui appartient à 20 % à Air Canada et où les travailleurs continuent d'accomplir le même travail qu'avant. Avec la mise à pied massive des 2 600 travailleurs d'Aveos telle qu'annoncée subitement la semaine dernière, où ce travail essentiel se fera-t-il?

La Loi sur la participation publique au capital d'Air Canada, adoptée en 1988 lorsqu'Air Canada fut privatisée, stipule que l'entreprise doit maintenir ses installations d'entretien à Montréal, à Toronto et à Winnipeg. Au parlement, le 26 mars, les députés de l'Opposition ont demandé de façon répétée pourquoi le gouvernement n'était pas intervenu pour que la loi soit appliquée et ce qu'il avait l'intention de faire pour défendre les emplois des travailleurs d'Aveos.

Le ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles, James Moore, a répliqué : « Nous avons pris l'approche responsable et efficace avec Aveos afin d'assurer que la Loi sur la participation publique au capital d'Air Canada soit étudiée et appliquée. » Ce que cela veut dire est loin d'être clair.

Le député libéral Denis Coderre a réagi en disant que « les Conservateurs veulent transférer les emplois vers un hangar de 21 millions $ à Windsor, et le gouvernement du ministre investit présentement 4 millions $ dans ce projet. Quand le gouvernement protégera-t-il et aidera-t-il les familles plutôt que de permettre à un ministre de jouer au responsable des ressources humaines pour Air Canada ? Que fera le gouvernement pour protéger ces familles ? »

Le ministre Moore a montré le fond du problème quand il a ajouté : « Aussi, nous voulons nous assurer qu'Air Canada demeure un transporteur aérien en santé et qu'il continue de servir tous les Canadiens. »

Ce que le gouvernement entend par « en santé » est précisément ce qui inquiète la population. Les travailleurs du transport aérien disent clairement qu'Air Canada a été acculé à la faillite par les mêmes individus qui se sont enrichis par son démantèlement. Robert Milton était le PDG d'Air Canada lorsque celle-ci a déclaré faillite. Près d'une décennie plus tard, il est le chef nominal d'une coquille vide qui tire à sa fin et qui se débarrasse des derniers 300 millions $ de l'argent qui appartenait aux contribuables canadiens. Air Canada a une valeur de marché actuelle de près de 250 millions $. Pour le remercier de son travail de mercenaire, on a versé à M. Milton la somme de 100 millions $, près de 40 % de la valeur nette de la compagnie. Voilà, selon Air Canada et le gouvernement, comment se définit un rendement « en santé » sur capital investi. Pour permettre aux cadres d'entreprises d'augmenter les profits pour les investisseurs tout en s'allouant une part éhontée, les travailleurs sont forcés de payer un prix inacceptable. Cela ne doit pas passer !

(Photos : AIMTA)

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Les travailleurs du transport aérien en action pour forcer les gouvernements à rendre des comptes


Piquet d'information à l'aéroport de Calgary le 22 mars 2012

Partout au pays, les travailleurs aériens sont en action pour que les gouvernements rendent des comptes pour ce qui se passe dans l'industrie du transport aérien.

L'Association internationale des machinistes et des travailleurs de l'aérospatiale (AIMTA), section locale 1751, qui représente les employés du transport aérien à l'aéroport international de Montréal et à l'aéroport Jean-Lesage dans la ville de Québec, a tenu un rassemblement sur la colline parlementaire le mardi 27 mars.

À Vancouver, la section locale 764 a envoyé une délégation de 14 représentants à Victoria dans le but de rencontrer le ministre des Emplois, du Tourisme et de l'Innovation ainsi que le chef de l'Opposition officielle et des membres de son caucus pour exiger qu'ils conservent les emplois en Colombie-Britannique, que le gouvernement fédéral fasse respecter les conditions contenues dans la Loi sur la participation publique au capital d'Air Canada (LPPCAP) et qu'il force Air Canada à opérer les bases d'entretien dont il a besoin ici même au Canada.

« Nous leur demanderons de se joindre aux gouvernements du Manitoba et du Québec, ainsi qu'aux villes de Montréal, de Mississauga et de Winnipeg, afin d'exiger du gouvernement Harper qu'il fasse respecter la loi ainsi que les conditions qui se retrouvent dans la LPPCAP », dit l'appel. Des anciens travailleurs d'Aveos se joindront à eux afin d'expliquer clairement aux législateurs de la Colombie-Britannique comment la faillite d'Aveos les a affectés, eux et leurs familles.

Le 26 mars, une délégation de travailleurs du transport aérien dirigée par Jean Poirier, président général de l'AIMTA, district 140 de la région Est, a rencontré le ministre des Transports Denis Lebel au sujet des travailleurs d'Aveos. Suite à la rencontre, la délégation a été très déçue de la réponse du ministre qui a dit que la question serait soumise à un comité parlementaire alors que les travailleurs d'Aveos ont été jetés à la rue.

Le 23 mars, la section locale 714 de l'AIMTA, qui représente les travailleurs du transport aérien du Manitoba, du Saskatchewan et du nord-est de l'Ontario, a tenu un rassemblement devant la législature du Manitoba, y défendant les droits des 2 600 travailleurs d'Aveos qui ont été brutalement mis à pied par la compagnie le 19 mars. Entretemps, les travailleurs au sol de Toronto ont courageusement tenu une grève spontanée le 23 mars pour défendre leurs collègues qui avaient été suspendus de façon injuste (voir le LML quotidien du 26 mars, No. 32). Le 22 mars, les travailleurs du transport aérien de Calgary ont manifesté devant le bureau de circonscription du premier ministre Harper et ont aussi tenu un piquetage d'information à l'aéroport de Calgary. Le 21 mars, les machinistes se sont rassemblés devant l'Assemblée nationale du Québec à la défense des travailleurs d'Aveos. Le 14 mars, les machinistes ont manifesté devant le Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) afin d'opposer le gouvernement Harper et le fait que celui-ci place le conflit de travail à Air Canada sous la responsabilité du CCRI dans le but de tenter d'empêcher les travailleurs de prendre action pour défendre leurs droits, leurs conditions de travail et la sécurité publique.

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