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Numéro 34 - 28 mars
2012
Braderie de l'industrie forestière
canadienne
Renouvellement de l'Accord sur le bois d'oeuvre
entre le Canada et les États-Unis
- K. C. Adams -
  
Conclu le 12 septembre 2006, l'Accord sur le bois
d'oeuvre devait prendre fin au mois d'octobre 2012. Le 23 janvier 2012,
les chefs exécutifs des États-Unis et du Canada ont
entériné son prolongement jusqu'en octobre 2015. Le
prolongement de l'accord doit être approuvé par le
parlement canadien et par le Congrès étasunien.
Le prolongement de cet accord soulève de
sérieuses questions sur la direction de l'économie
canadienne et à savoir si les gouvernements
fédéral et provinciaux sont en mesure de défendre
les intérêts des Canadiens. Les personnes directement
liées à l'économie forestière et à
ses nombreuses communautés se demandent si les gouvernements,
fédéral et provinciaux se soucient du bien-être de
la population et du développement des régions. Les
observateurs de l'industrie, plus particulièrement du
côté canadien, étaient pratiquement unanimes
à dire que l'accord ne doit pas être renouvelé,
puisqu'il n'a rien accompli, en pratique, pour atténuer la
crise. Un commerce grandissant avec l'Asie a atténué
quelque peu cette crise tandis que l'accord commercial avec les
États-Unis n'est qu'un irritant qui bloque toute solution viable.
Le maintien d'un prix plancher pour le bois d'oeuvre au
détriment des producteurs canadiens est injuste et sert les
intérêts des monopoles forestiers nord-américains
qui semblent vouloir maintenir l'accord précisément pour
cette raison, en plus d'exercer une pression sur les petites et
moyennes entreprises pour les pousser à la faillite. La
manipulation des prix du marché se fait en restreignant
l'accès des petites et moyennes entreprises forestières
au Canada au marché étasunien. La taxe d'exportation de
15 % sur le bois d'oeuvre canadien et les quotas régionaux sur
les exportations de bois aux États-Unis sont loin d'être
populaires auprès des petites et moyennes entreprises
canadiennes. Celles-ci considèrent que cette taxe ainsi que ces
quotas vont à l'encontre du libre accès au marché
des États-Unis tel que prévu par l'ALENA et leurs sont
défavorables, c'est le moindre qu'on puisse dire. Malgré
cela, cette taxe et ces quotas sont applaudis par les grands monopoles
forestiers qui opèrent des deux côtés de la
frontière puisqu'ils s'en servent pour contrôler le
marché des États-Unis en leur faveur et pour manipuler
les prix du bois et l'accès au marché étasunien.
Pour les compagnies d'exploitation forestière et les scieries
plus imposantes des deux pays, les quotas régionaux peuvent
facilement être dépassés en déplaçant
leurs activités vers leurs opérations aux
États-Unis lorsque nécessaire. Aussi, la taxe à
l'exportation de 15 % que doivent payer leurs opérations
canadiennes leur est acceptable aussi longtemps qu'elle empêche
les prix du bois d'oeuvre de chuter encore davantage.
Le Partenariat transpacifique
Au-delà des raisons intéressées
évidentes, c'est-à-dire la manipulation des prix du bois
d'oeuvre aux États-Unis pour faire perdre leur marché aux
fournisseurs canadiens, petits et moyens, il semble y avoir un autre
avantage dans cet accord pour Harper et le gouvernement
fédéral. Il s'agit selon toute vraisemblable des
négociations imminentes pour un front économique,
diplomatique et militaire dirigé par les États-Unis
contre la Chine, portant le nom de Partenariat transpacifique (PTP). Le
premier ministre Harper a démontré son
intérêt à en faire partie mais il attend toujours
l'approbation des États-Unis.
L'impérialisme étasunien, en plus de
maintenir des bases militaires dans toute l'Asie occidentale et
centrale et de mener des guerres d'agression en Afghanistan, au
Pakistan, en Irak et en Syrie tout en continuant de menacer de guerre
l'Iran et la République populaire démocratique de
Corée, consolide actuellement un axe de puissances petites et
moyennes dans l'objectif d'isoler et d'encercler la Chine. Le PTP est
partie intégrante de cet axe contre la Chine, axe qui cible
aussi la Russie.
Quels sont les facteurs qui ont changé depuis
six ans dans l'industrie forestière ?
L'industrie forestière ne ressemble plus à
celle d'il y a six ans lorsque l'Accord du bois d'oeuvre a
été conclu. Les facteurs suivants caractérisent
l'industrie aujourd'hui :
- la crise économique de 2008, en particulier son
effet sur le marché domiciliaire et la demande en baisse pour le
bois d'oeuvre et une pression à la baisse sur les prix de
marché ;
- la hausse vertigineuse de la valeur relative du dollar
canadien en comparaison avec le dollar US, partant de 62 cents pour
atteindre des sommets inégalés, rendant le bois d'oeuvre
canadien plus dispendieux en dollars US ;
- le recours aux faillites et la consolidation des
compagnies forestières en monopoles nord américains dont
dix dominent l'industrie forestière au Canada et ont des liens
de propriété et autres avec le capital monopoliste US ;
- l'infestation de dendroctone du pin en
Colombie-Britannique et la nécessité de couper les arbres
dans les régions les plus affectées, ce qui a fait
baisser les prix du bois d'oeuvre ;
- la hausse en flèche d'exportation de bois
d'oeuvre, en grande partie de grumes, vers l'Asie en provenance du
Canada et des États-Unis (l'an dernier les ventes brutes de bois
d'oeuvre en provenance du Canada — principalement de la
Colombie-Britannique — ont dépassé les ventes aux
États-Unis, une première historique), faisant grimper les
prix.
 
L'industrie forestière au Canada
L'Accord de 2006 a été une étape de
plus dans l'annexion de l'industrie forestière canadienne aux
États unis des monopoles nord-américains. Il a
signalé la fin de toute une période d'édification
nationale dans l'industrie forestière basée sur les
forces humaines et naturelles du Canada, le tout grandement
influencé par les liens coloniaux du Canada avec la
Grande-Bretagne. Pendant plus de 200 ans, ces points forts ont
propulsé l'industrie canadienne, créant une classe
ouvrière hautement qualifiée et des communautés
forestières, ainsi que des moyens de production et une
technologie modernes. Dans leur ensemble, ces cinq atouts de
l'industrie ont rendu le secteur canadien du bois d'oeuvre très
compétitif vis-à-vis l'industrie étasunienne sur
le marché intérieur même des États-Unis, un
phénomène à la hausse dans les périodes
sans crises et de hausse démographique au États-Unis,
alors que l'industrie de bois d'oeuvre étasunienne à
elle-même ne pouvait répondre à la demande
domestique.
La grande faille de l'industrie canadienne était
inhérente à ses liens coloniaux et au contrôle
centré sur le capital qui ont engendré une
dépendance sans vision envers les exportations de bois d'oeuvre
et autres produits forestiers de base, limitant le développement
de nouveaux moyens d'ajouter la valeur aux fibres ligneuses et à
des produites autres que le bois d'oeuvre et les pâtes et
papiers. Un contrôle colonial et centré sur le capital
exercé de l'extérieur des régions
forestières a fait en sorte que la valeur créée
par les travailleurs oeuvrant à la transformation des
forêts en valeur d'usage était siphonnée loin des
communautés et non investie dans le développement d'une
économie intégrale et diversifiée dans les
régions forestières, y compris des investissements dans
les programmes sociaux et les services publics pour le bien-être
de tous et dans l'intérêt général de la
société. Les régions et les communautés
forestières sont devenues et demeurent très
vulnérables aux crises générales et aux crises
comme celles de l'infestation des pins. Au-delà de ces
faiblesses, le manque de diversité économique et de
contrôle local sur les décisions affectant leur vie ont
fait des travailleurs et de leurs communautés des victimes de la
productivité industrielle dans ce secteur qui, sur une base
périodique, a dévasté leurs moyens de subsistance
et a fragilisé la population et les communautés des
régions forestières, forçant ainsi les
travailleurs, qui étaient remplacés par des machines,
à quitter à la recherche d'emplois dans les grands
centres urbains. L'absence de contrôle, avec au coeur la question
À qui l'économie ?, est devenue
le facteur le plus important pour ce qui est de résoudre les
problèmes dans l'industrie forestière et de bâtir
des communautés vibrantes sur la base d'industries
diversifiées. À qui l'économie ? Notre
économie ! est devenu un thème dominant du
renouveau économique et d'une nouvelle direction centrée
sur l'être humain dans l'industrie forestière au Canada et
aux États-Unis.
Le contrôle colonial centré sur le capital
a aussi empêché la classe ouvrière de l'industrie
forestière de développer avec les Premières
Nations des arrangements modernes qui reconnaissent leurs droits
ancestraux.
Les cinq points forts de l'industrie des produits
forestiers canadiens
Quels sont les cinq points forts de l'industrie des
produits forestiers canadiens ? Chacun de ces facteurs a joué un
rôle pour déterminer un prix de production du bois
d'oeuvre inférieur à celui encouru aux États-Unis.
Lorsqu'aux États-Unis se manifeste le besoin de bois d'oeuvre
canadien, le prix de marché tend à s'harmoniser avec le
prix de production inférieur du Canada, ce qui affecte à
la baisse le taux de rendement de l'investissement dans l'industrie
forestière aux États-Unis. La réduction du prix de
marché fait l'affaire de l'industrie de la construction aux
États-Unis mais non pas des monopoles de l'industrie
forestière qui, eux, voudraient manipuler le prix à leur
avantage. Dans ce contexte, il faut noter qu'un grand nombre de
monopoles forestiers possèdent des usines à la fois aux
États-Unis et au Canada. Aussi, l'actionnariat des compagnies au
Canada tend à graviter vers la masse la plus importante
d'investisseurs, laquelle se trouve aux États-Unis. La tendance
à la consolidation et à la concentration dans le secteur
forestier est à la hausse depuis la crise économique de
2008.
Les cinq points forts suivants que l'on trouve
historiquement au Canada mènent à une réduction du
prix de production des produits forestiers au Canada comparativement
aux États-Unis, ce qui exerce une pression vers le bas sur les
prix de marché tant au Canada qu'aux États-Unis.
Cependant, ces cinq facteurs deviennent moins importants lorsqu'on
tient compte de la pression vers le bas exercée sur les prix de
production et les taux de rendement due à la productivité
industrielle, en particulier le recours accru aux machines pour la
coupe et la transformation, au Canada comme aux États-Unis.
1. Le colonialisme britannique a déclaré,
de façon illégale, presque l'ensemble du Canada terra
nullius tout en imposant des traités
défavorables aux Premières Nations et en leur volant
leurs terres. Contrairement à l'Europe, à l'Asie et
éventuellement, aux États-Unis, qui appartient à
toutes fins pratiques à des intérêts privés,
le colonialisme britannique a pris possession des forêts au
Canada principalement en tant que terres publiques, dites de la
Couronne, pour lesquelles les compagnies forestières versent une
infime redevance ou taxe d'abattage pour obtenir des droits de coupe.
Presque la totalité des régions forestières de la
Colombie-Britannique sont des territoires non cédés mais
que les gouvernements coloniaux gèrent comme terres de la
Couronne.
La rente foncière versée par les
compagnies forestières est très restreinte au Canada en
comparaison avec les États-Unis. Plutôt, les gouvernements
provinciaux réclament une partie de la valeur ajoutée par
le biais de taxes d'abattage généralement
inférieures — et de loin — aux rentes foncières
imposées aux États-Unis. Le résultat est une
réduction du prix de production au Canada. Dans certains cas,
les compagnies forestières se sont procurées des terres
forestières des provinces à très bas prix en
éliminant la taxe d'abattage et en payant seulement le prix
original d'amortissement pour la terre, ce qui, par contre, lie le
capital à la terre et affecte le taux de rendement.
2. La masse totale des forêts au Canada est
gigantesque et s'étend d'une côte à l'autre,
comparativement à la proximité des centres habitables et
du développement urbain. Il s'agit pour ainsi dire d'un
approvisionnement inépuisable de forêts renouvelables
à l'état pur. Un facteur à considérer, par
contre, est la nécessité de transporter le bois
coupé vers les usines ainsi que les longues distances menant aux
marchés. Cette difficulté a d'abord été
surmontée en utilisant les rivières en tant que voies de
transport. Dès que la coupe s'est éloignée des
rivières, une infrastructure publique est venue répondre
au besoin, menant à la construction de chemins forestiers
servant aux compagnies privées.
3. L'abondance d'énergie hydroélectrique
pour subvenir aux besoins des usines dans presque toutes les
régions forestières du Canada. Les compagnies
forestières privées ont grandement
bénéficié de cette ressource
hydroélectrique relativement peu dispendieuse, à des
coûts qui se rapprochent des prix de production ou qui leur sont
même inférieurs.
4. La plupart du temps, la valeur de la devise
canadienne a été inférieure à celle du
dollar US. Cela signifie que les ventes de bois d'oeuvre ou de
pâtes et papiers aux États-Unis en dollars US engendrent
un plus grand rendement en dollars canadiens. Depuis que la valeur du
dollar US a diminué par rapport au dollar canadien, cet avantage
ne tient plus.
5. L'industrie du bois d'oeuvre basée aux
États-Unis, dans des périodes d'accalmie
épargnées par les crises dans l'industrie de la
construction, ne peut subvenir à la demande, forçant
cette industrie à avoir recours aux importations, principalement
en provenance du Canada.
Un facteur atténuant touchant au prix de
production pour la production canadienne comparativement à la
production étasunienne est la valeur supplémentaire
créée lorsque les produits forestiers sont
transportés vers les marchés des États-Unis. Plus
grande est la distance menant aux marchés, plus grand est le
prix de production, ce qui exerce une pression à la hausse sur
le prix de marché des produits forestiers canadiens aux
États-Unis.
L'Accord du bois d'oeuvre de 2006 et son prolongement
L'accord original et son prolongement
représentent une ingérence directe dans les affaires
souveraines du Canada. L'accord dicte comment le Canada doit organiser
son industrie du bois d'oeuvre et prévoit des sanctions pour les
règlements non respectés. L'accord va à l'encontre
d'une définition moderne du commerce, laquelle devrait
établir un équilibre dans les relations commerciales
entre nations souveraines sur la base de l'avantage réciproque
et de la non-ingérence dans les affaires souveraines des pays en
question. L'accord expose l'ALENA pour la farce qu'elle est et en tant
qu'instrument des monopoles nord-américains les plus puissants.
L'ALENA, dit-on, est efficace lorsqu'elle sert les monopoles les plus
puissants. Lorsqu'elle n'arrive pas à servir les monopoles les
plus puissants directement concernés, elle perd toute son
efficacité.
L'accord et son prolongement représentent en
somme une entente entre les monopoles forestiers les plus puissants aux
États-Unis et au Canada, d'une part, et leurs
représentants politiques respectifs, de l'autre. L'accord
protège leurs intérêts privés et, en ce
sens, en tant qu'accord politique, politise les intérêts
privés et dépolitise les intérêts publics
à la fois aux États-Unis et au Canada.
Les forces du droit de monopole aux États-Unis
qui se sont organisées pour imposer l'accord ainsi que son
prolongement disent des petites et moyennes entreprises et des
travailleurs forestiers des États-Unis qu'ils sont victimes
d'une concurrence canadienne « déloyale ». Les
monopoles définissent sans exception la plupart des
problèmes commerciaux de cette façon,
c'est-à-dire, en tant que source de conflit entre peuples en
concurrence et entre intérêts majoritairement
privés de différents pays. En créant un tel
scénario, ils comptent détourner la classe
ouvrière de la nécessité d'un renouveau
économique et d'une nouvelle direction centrée sur
l'être humain, d'une économie basée sur le respect
de ses droits. C'est ce qui se passe dans l'industrie de l'acier
où les monopoles de l'acier et leurs alliés ont
ciblé les importations d'acier de la Chine en tant que
problème numéro un, confrontant l'industrie et non la
nécessité de son renouveau et d'une nouvelle direction
pour cette industrie. Il s'agit d'une diversion de la part de ces
monopoles visant à faire oublier le fait que ces
problèmes économiques sont engendrés par le
système lui-même. Un tel problème vient du fait que
les industries forestières, de l'acier et d'autres sont de plus
en plus mécanisées, ont besoin de moins de travailleurs
et de plus d'investissements de capital, rendant inévitable une
chute du taux de rendement du capital investi. L'Opposition
ouvrière doit forcer les monopoles à accepter cette chute
du rendement du capital investi comme un phénomène normal
du système capitaliste et à gérer ce
problème par le renouveau économique et une direction
nouvelle pour l'économie centrée sur l'être humain
et non en s'en prenant aux réclamations de la classe
ouvrière en ayant recours à toutes sortes de manoeuvres
destructrices telles la manipulation des prix.
L'accord est loin d'avoir résolu la crise dans
l'industrie forestière. La situation s'est
détériorée depuis 2006 à la fois au Canada
et aux États-Unis. L'ampleur de la crise au Canada est
présentée sous forme de statistiques (voir le
matériel de référence). Le nombre d'emplois
et la production brute du bois d'oeuvre transformé au Canada et
aux États-Unis sont en chute libre. Les ventes à l'Asie
indiquent une certaine reprise. Les produits vendus, par contre, sont
des grumes à l'état brut, alors que le temps de travail
et la valeur ajoutée pourraient transformer ces grumes brutes en
valeur d'usage plus élaborée.
Taxes d'abattage et rentes foncières
L'Accord de 2006 tente de renverser cet état de
fait par lequel le bois d'oeuvre en provenance du Canada est vendu sur
les marchés des États-Unis à des prix de
marché inférieurs à ceux que voudraient les plus
grands monopoles forestiers dont plusieurs opèrent à la
fois aux États-Unis et au Canada. Le prix de production
relativement inférieur du bois d'oeuvre canadien est le
résultat des cinq facteurs ci-haut mentionnés, en tenant
compte du dollar canadien relativement dévalué et du
transport. Les vastes forêts canadiennes ne sont pas
contrôlées par des intérêts privés
mais principalement par la Couronne. Le capitalisme canadien n'a jamais
trouvé avantageux que les terres forestières soient
déclarées propriété privée. La
propriété privée de vastes régions
forestières aurait mobilisé trop de capital et aurait
fait chuter le taux de rendement de l'investissement. Produits
Forestiers Résolu (anciennement AbitibiBowater) a même
récemment revendu au gouvernement provincial de la
Nouvelle-Écosse les grandes régions de terres dont il
était propriétaire afin de libérer le capital
à d'autres fins. L'immensité du Canada relativement
à la population et le système capitaliste lui-même
sont favorables à la propriété publique des
terres. La propriété privée des terres a longtemps
été rejetée même par les économistes
centrés sur le capital du fait qu'elle constituait, pour le
développement à long terme, un facteur parasitaire
négatif, puisqu'elle siphonne la valeur ajoutée sous
forme de rente foncière plutôt que de rendre cette valeur
ajoutée disponible au capital industriel ou encore pour
augmenter les revenus gouvernementaux.
Le contexte aux États-Unis n'est pas le
même, puisque la plupart des terres forestières
relèvent de la propriété privée et sont
contrôlées par des intérêts privés.
Les compagnies forestières doivent donc verser une rente
foncière aux propriétaires, affectant à la baisse
le rendement du capital forestier industriel investi. Au Canada, le
droit de coupe sur les terres de la Couronne peut être
acheté par le biais d'une taxe d'abattage versée au
gouvernement provincial. Aux États-Unis, on se procure un droit
de coupe principalement par le biais d'une mise aux enchères
gérée par les propriétaires fonciers qui, eux,
vendent les droits de coupe aux plus offrants. Les taxes d'abattage
provinciales au Canada sont traditionnellement de beaucoup
inférieures aux droits de coupe accordés par les
intérêts privés aux États-Unis. La
réclamation provinciale sur la valeur ajoutée du bois
d'oeuvre étant inférieure à la rente
foncière exigée par les propriétaires
privés des États-Unis, cela fait en sorte que le bois
d'oeuvre canadien bénéficie d'un prix de production
inférieur ainsi que de la possibilité d'un prix de
marché inférieur au bois d'oeuvre des États-Unis
(et un taux de rendement plus élevé si le prix de
marché des États-Unis se rapproche de son prix de
production). Bien que les monopoles forestiers appartenant aux
États-Unis et opérant au Canada bénéficient
de la réclamation inférieure du gouvernement sur la
valeur ajoutée, ils ne veulent pas que cette réclamation
moindre fasse chuter le prix de marché aux États-Unis.
(Bien sûr, cette généralisation ne tient pas compte
des différences quant aux techniques de production et d'autres
facteurs qui existent dans l'industrie forestière au Canada qui
pourraient affecter les prix de production individuels.)
La rente foncière, un fléau
Une façon de résoudre cette question de la
rente foncière sur les terres forestières
étasuniennes serait de nationaliser les terres dans
l'intérêt public. Un organisme de gestion des forêts
publiques seraient alors mis sur pied pour superviser
l'évolution écologique des forêts et pour imposer
des taxes d'abattage qui pourraient alors être réinvesties
dans les terres forestières et dans les économies
locales. Contrairement aux rentes foncières perçues par
les propriétaires pour leurs intérêts
privés, les taxes d'abattage sont des réclamations
gouvernementales à même la valeur ajoutée
engendrée par les travailleurs forestiers qui coupent et qui
transforment les arbres. Ces réclamations pourraient servir au
bien public en subventionnant des programmes sociaux et en investissant
dans des programmes sociaux, dans les services publics, dans
l'infrastructure et même dans l'entreprise publique telle que des
usines à caractère public, coopératif ou autres
afin de diversifier les économies locales. La rente
foncière, pour sa part, est d'un parasitisme extrême. La
rente foncière est l'affirmation du droit de monopole absolu sur
une section de la Terre Mère. Imposer cette rente, c'est
déclarer que personne n'a le droit de bénéficier
de cette section de terre à moins de verser une rente au
propriétaire. (Il ne s'agit pas ici d'une terre qui servirait
à l'usage personnel d'un propriétaire.) Payer le proprio,
ou cette parcelle de terre vous sera interdite ! Dans la plupart des
cas, surtout lorsqu'il s'agit d'investisseurs de poids, tels que les
propriétaires de grandes régions de forêts aux
États-Unis, les fruits de la rente foncière sont
retirés de la région et de l'économie, en
particulier de l'économie locale. Au cours des décennies
dans la plupart des pays, la rente foncière représente
une entrave à tout développement, en particulier à
la modernisation et à la science telle qu'appliquée
à l'agriculture et servant à garantir une
sécurité alimentaire. Dans les économies
capitalistes développées, la rente foncière est
une entrave au développement et au progrès industriels
puisqu'elle siphonne tout revenu. Par exemple, si un fermier apporte
des améliorations à une terre en la défrichant, en
améliorant le sol et en y construisant des édifices, le
propriétaire peut, à la fin du bail, augmenter le loyer
sur la base de la valeur améliorée de la terre et de la
propriété. Le fermier locataire est ainsi privé de
revenus et est peu enclin à vouloir apporter des
améliorations à la propriété.
Une autre solution pourrait consister à acheter,
par des négociations commerciales directes, une certaine
quantité de bois d'oeuvre canadien à un prix
désigné à l'avantage réciproque des deux
pays. Il reste que les monopoles forestiers veulent que toutes
décisions soient favorables à leurs intérêts
privés et ils cherchent à manipuler la situation en leur
faveur dans l'ensemble de l'Amérique du Nord.
Les monopoles de l'industrie forestière ont
dépensé des millions de dollars à faire du
lobbying auprès du Congrès et à multiplier les
contestations judiciaires face aux ventes canadiennes du bois d'oeuvre
aux États-Unis, le tout dans le but de politiser leurs
intérêts privés. Le document d'information
accompagnant le nouveau prolongement de l'Accord dit : « Les mois
et les années précédant l'Accord [de 2006] ont
été parsemés de longues et d'onéreuses
disputes légales entre les compagnies canadiennes et le
gouvernement des États-Unis — avec plus de 25 différents
recours légaux qui ont tous eu un effet financier
dévastateur sur l'industrie canadienne du bois d'oeuvre. »
En dépit du fait que la vente du bois d'oeuvre
canadien à des prix inférieurs — du fait de taxes
d'abattage inférieurs ainsi que d'autres facteurs — est
légale et conforme aux ententes commerciales existantes, le
gouvernement des États-Unis a de façon unilatérale
déclaré qu'elle était en fait «
inéquitable » et il a imposé d'énormes
sanctions punitives au bois d'oeuvre canadien entrant aux
États-Unis. Le gouvernement étasunien a ensuite
distribué les revenus provenant de ces sanctions aux divers
monopoles de l'industrie forestière étasunienne afin
d'absorber leurs frais légaux. Au moment de l'Accord de 2006,
plus de 5 milliards $ étaient en jeu. Le gouvernement a ni plus
ni moins acheté le silence du Canada en s'engageant à
retourner une grande part de l'argent au Canada à condition que
celui-ci approuve l'entente. Le retour de l'argent, dont une partie a
été attribuée à des compagnies
forestières opérant au Canada mais appartenant ou
contrôlées aux États-Unis, était en effet
équivalent à un pot-de-vin offert aux entreprises
canadiennes pour que celles-ci ne s'objectent pas trop à
l'Accord du bois d'oeuvre et qu'elles se consolent du fait que les
démarches judiciaires onéreuses, les amendes et un
accès limité au marché étasunien seraient
désormais chose du passé.
Un élément important de l'accord pour les
monopoles est le prix-plancher pour le bois d'oeuvre et les quotas
régionaux d'exportation canadienne. Si le prix de marché
aux États-Unis est inférieur au prix-plancher, les
compagnies canadiennes doivent payer une taxe d'exportation. Depuis
2006, les exportateurs canadiens ont payé plus de 1,3 milliard $
en frais d'exportation en raison d'un prix de marché constamment
inférieur au prix-plancher désigné. Le 15 % en
coûts supplémentaires est un exemple pur et simple de
manipulation monopoliste des prix avec l'État canadien et
l'État étasunien agissant en tant qu'exécuteurs.
Si les exportations provenant d'une région canadienne
désignée dépassent le quota, alors la
région se voit obligée de réduire le mouvement de
ses produits.
Cet accord et son prolongement n'ont pas résolu
la crise économique affectant le secteur forestier du bois
d'oeuvre ni n'ont-ils établi ne serait-ce qu'un semblant
d'équilibre sur la base d'un avantage réciproque dans
l'échange des produits de bois d'oeuvre entre le Canada et les
États-Unis. Il a plutôt établi une dictature
directe de la part des plus grands monopoles forestiers nord-
américains sur les travailleurs forestiers et leurs
communautés aux États-Unis et au Canada, les
empêchant de se servir de la valeur ajoutée
forestière pour résoudre les problèmes, surmonter
la crise et développer une économie socialisée
diversifiée et polyvalente, et encore moins pour surmonter les
difficultés occasionnées par le commerce international.
Les monopoles se servent actuellement de l'accord et de
la crise économique pour consolider et étendre leur
empire à mesure qu'ils s'accaparent des petites entreprises en
difficulté ou qu'ils les regardent froidement courir à
leur perte et fermer leurs portes. Les monopoles ont toujours
utilisé les crises en tant que moyen de soutirer des concessions
à la classe ouvrière et aux gouvernements. Ils attendent
présentement une reprise de la construction aux
États-Unis pour que les monopoles de l'industrie
forestière puissent s'enrichir encore plus, grâce à
leur position avantageuse.
Le Partenariat transatlantique (PTA) revisité
Depuis plus d'un an, les médias de masse
canadiens spéculent sur le fait que l'Accord du bois d'oeuvre
perd son importance dû aux ventes accrues du bois d'oeuvre
provenant du Canada (et des États-Unis) vers la Chine et vers
d'autres pays asiatiques. Ces ventes accrues ont fait augmenter les
prix jusqu'à un certain point et ont offert aux producteurs
forestiers une alternative au marché des États-Unis. Un
grand nombre de commentateurs ont laissé entendre qu'il serait
mieux de laisser l'entente protectionniste mourir de sa belle mort en
2013 et de se tourner vers l'ALENA alors qu'ils prédisent une
croissance du marché asiatique ainsi qu'une éventuelle
reprise du marché domiciliaire aux États-Unis, où
la population continue d'augmenter. Le secteur du bois d'oeuvre des
États-Unis ne serait pas en mesure, à lui seul, de
répondre à la demande d'un marché asiatique ou
d'un secteur de la construction étasunien plus stable.
L'annonce du prolongement de l'Accord de 2006 laisse
croire qu'un autre facteur serait en jeu. Pourrait-il s'agir d'un
engagement d'appui de la part des États-Unis au gouvernement
Harper et à son ambition de participer aux discussions
dirigées par les États-Unis et liées au PTA,
visant à isoler la Chine d'un point de vue économique,
diplomatique et militaire ?
Au moment de l'annonce du prolongement, le ministre
canadien du Commerce, Ed Fast, a parlé du gouvernement Harper et
de sa « volonté d'inclure le bois d'oeuvre dans les
négociations du Partenariat transatlantique. »
Au moment de la conférence de presse, rapporte
iPolitics, « On a demandé à Fast au sujet
d'une récente lettre que la Coalition du bois d'oeuvre des
États-Unis avait fait parvenir au Bureau du représentant
du Commerce des États-Unis. Par cette lettre, la Coalition
suggérait qu'une possible participation canadienne aux
négociations [PTA] pouvait offrir des possibilités non
négligeables de régler les derniers irritants de la
dispute [du bois d'oeuvre]. »
Fast de répliquer : « Les
négociations du Partenariat transatlantique représentent
tout à fait l'endroit propice où ces questions peuvent et
doivent être discutées. C'est ce que nous avons
affirmé avec nos partenaires actuels du PTA. Le Canada
inciterait un haut niveau d'ambition à la table de
négociations. »
Si Fast croit vraiment que « les
négociations du PTA représentent tout à fait
l'endroit propice où ces questions peuvent et doivent être
discutées », pourquoi s'est-il donc empressé de
prolonger l'Accord du bois d'oeuvre ?
iPolitics dit : « Fast tentait de faire
valoir l'appui que la participation du Canada aux pourparlers du PTA
avait suscité au sein de groupes de lobbyistes industriels et de
groupes environnementaux pendant les consultations menées par
les États-Unis sur la question des négociations
commerciales.
« Maintenant que le processus de consultation aux
États-Unis a pris fin, les interventions qui y ont
été faites, plus de 90 %, étaient en appui
à la participation du Canada au Partenariat transatlantique
», a dit Fast.
Donc, M. Fast, afin de pouvoir participer à l'axe
anti-Chine que représente le PTA, que Harper estime important au
point de sacrifier les éleveurs de poulets, les producteurs
d'oeufs et les producteurs laitiers du Canada, le gouvernement devait
d'abord accepter de prolonger l'accord du bois d'oeuvre. Est-ce bien
cela ?
La Coalition étasunienne du bois d'oeuvre
La Coalition étasunienne du bois d'oeuvre
composée des monopoles de l'industrie forestière, dans
son évaluation du prolongement de l'Accord du bois d'oeuvre, a
manifesté toute l'arrogance impérialiste des
États-Unis à l'égard du Canada. La Coalition a mis
le Canada en garde en lui disant qu'il n'avait « qu'une seule
chance d'être à la hauteur » et qu'il devait
respecter le mot d'ordre du président Obama de « jouer
selon les règles », règles établies par
l'impérialisme étasunien.
Dans un communiqué de presse, la Coalition a
déclaré : « L'Accord du bois d'oeuvre est un accord
basé sur un compromis qui n'est pas le meilleur du point de vue
de l'industrie étasunienne. Néanmoins, nous appuyons le
prolongement de cet accord et nous nous attendons à ce que le
Canada fasse enfin preuve de bonne foi. »
Steve Swanson, président de la Coalition, a dit :
« Si l'industrie des États-Unis doit continuellement avoir
recours à d'innombrables démarches judiciaires pour
contrecarrer le manque de collaboration de la part du Canada
vis-à-vis ses engagements stipulés dans cet accord
commercial, alors l'industrie des États-Unis n'aura d'autre
choix que d'envisager d'exercer ses droits uniquement sur la base des
lois commerciales qui prévalent aux États-Unis. »
L'arrogance impérialiste n'est pas tout à
fait l'approche souhaitée en questions de commerce
international. Un équilibre est toujours possible entre partis
antagonistes en autant que les négociations reconnaissent les
droits des deux partis à l'avantage réciproque et au
principe de non-ingérence dans les affaires souveraines de
chaque pays. L'obstacle majeur tel qu'il se présente est la
politisation des intérêts privés, dans ce cas, la
Coalition des monopoles du bois d'oeuvre des États-Unis. Les
monopoles forestiers des deux côtés de la frontière
dictent les relations commerciales et les plus puissants tranchent.
Sans restreindre la politisation des intérêts
privés et sans, pour s'y opposer, politiser les
intérêts publics, peu de progrès sera possible dans
le domaine des relations commerciales. Pour les Canadiens, cette
démarche commence chez soi, en exigeant que les relations
commerciales soient établies sur une base d'État à
État et gérées dans l'intérêt public,
tout en défendant le principe de l'avantage réciproque et
le respect et la non-ingérence dans les affaires internes des
partenaires commerciaux.
Une nouvelle direction pour l'économie
La question de l'Accord du bois d'oeuvre et de son
renouvellement est liée de près à la question de
qui contrôle l'industrie forestière. Les producteurs de
fait des produits forestiers doivent être à l'avant-plan
pour contrôler et décider de la direction de l'industrie
forestière. Les travailleurs forestiers doivent avoir un mot
à dire et une influence décisive sur le renouveau
économique et une nouvelle direction pour l'économie
forestière. L'industrie ne peut être dépendante
d'un commerce avec les États-Unis où les
intérêts forestiers privés sont politisés
et, en surcroît, impérialistes. À moins d'un front
public uni des travailleurs de l'industrie forestière
canadienne, des pâtes et papiers, du bois d'oeuvre et d'autres
secteurs, et de leurs communautés respectives, il ne sera pas
possible de tenir tête aux monopoles canadiens, à Harper
et aux gouvernements du Québec et des provinces, ainsi qu'aux
intérêts privés politisés de la Coalition du
bois d'oeuvre.
La situation rappelle l'importance d'une nouvelle
direction pour l'économie, centrée sur l'être
humain, y compris le contrôle public du commerce de gros des
produits forestiers tel qu'incarné dans une Commission de
commercialisation des produits forestiers (CCPF) qui gérerait
toutes ventes, exportations et importations de produits forestiers,
sauf celles provenant des Premières Nations qui voudraient
contrôler directement leurs propres relations commerciales. La
CCPF aurait l'autorité voulue pour étudier et
déterminer les prix de production appropriés ainsi qu'un
prix de marché adéquat pour l'ensemble des produits
forestiers. Avec cette information, la CCPF proposerait un arrangement
équitable et transparent basé sur l'avantage
réciproque pour les pays intéressés à se
procurer les produits forestiers canadiens.
Sur l'importante question de la viabilité des
communautés forestières, le gouvernement doit
réclamer une partie suffisante de la valeur forestière
ajoutée pour la réinvestir dans les communautés
forestières en tant qu'investissement productif dans
l'entreprise pour en diversifier la base économique, en
particulier l'aspect manufacturier, ainsi que dans les programmes
sociaux et dans les services publics pour enrichir la vie des gens des
communautés forestières, garantir leurs droits et
répondre aux intérêts généraux de la
société.
Le gouvernement doit réclamer une partie
suffisante de la valeur forestière ajoutée pour
développer et soutenir une Université de la gestion des
forêts, de la fibre ligneuse et des pratiques
sécuritaires, avec des campus dans toutes les principales
régions forestières, encourageant tout
particulièrement les travailleurs forestiers et autres à
s'inscrire afin de contribuer au progrès de la science dans le
secteur forestier et dans d'autres domaines, et aussi former une
nouvelle génération de travailleurs
bénéficiant de techniques à la fine pointe, de la
science et de son application à l'industrie forestière
pour le mieux-être de tous.
Le gouvernement doit immédiatement s'entendre
avec les Premières Nations des régions forestières
et respecter leurs droits ancestraux.
L'Opposition ouvrière a la responsabilité
sociale de tenir tous les gouvernements responsables de renouveler
l'économie et de planifier une nouvelle direction pour
l'économie forestière centrée sur l'être
humain. L'Opposition ouvrière défend corps et âme
une économie diversifiée centrée sur l'être
humain et basée sur l'industrie manufacturière.
Notre économie, notre
contrôle, nous décidons!

Matériel de référence de
l'industrie
du bois d'oeuvre résineux
Information d'Industrie Canada et de Statistiques Canada
Comparaison de la consommation et du prix du bois
d'oeuvre résineux américain au début de l'entente
du bois d'oeuvre en 2006 et suite à la crise économique
débutant en 2008. À noter que la consommation a
chuté de presque la moitié alors que les prix ont
chuté de beaucoup moins, soit de 299 $ à 259 $ par mille
pieds de planche de bois.
| Comparaison du prix et de la
consommation |
|
Octobre 2006
Prix mensuel courant*
(en $US par millier de pieds de planche)
Consommation aux États-Unis**
(millions de pieds de planche)
|
299 $
5707
|
|
Octobre 2011
Prix mensuel courant*
(en $US par millier de pieds de planche)
Consommation aux États-Unis**
(millions de pieds de planche)
|
259 $
2967
|
* Calculés
selon les dispositions de l'Annexe 7A de l'Accord sur le bois d'oeuvre
résineux. Prix mensuel de référence est la moyenne
des plus récentes 4 semaines du prix mensuel composé de
bois de structure publié par Randon Lengths Publications
Inc. de l'Oregon États-Unis, disponible 21 jours avant le
début du mois auquel il s'applique. D'autres conditions qui
s'appliquent se trouvent dans la section pertinente à l'Accord.
** Calculés
selon les dispositions de l'Annexe 7A de l'Accord sur le bois d'oeuvre
résineux. La consommation américaine prévue est la
moyenne mensuelle apparente de la consommation américaine sur
une période de 12 mois se terminant trois mois avant le mois
durant lequel la consommation américaine prévue
s'applique, multipliée par le facteur d'ajustement saisonnier.
D'autres conditions qui s'appliquent se trouvent dans la section
pertinente à l'Accord.
Article 7 de l'Accord sur le bois d'oeuvre
résineux
détaillant le prix de référence
« Droit à
l'exportation et droit à l'exportation assorti d'une limitation
de volume
« 1. À la date de prise d'effet, chaque
région choisit selon quelle option, de l'option A ou de l'option
B, les mesures seront appliquées par le Canada aux exportations
de produits de bois d'oeuvre résineux de la région
à destination des États-Unis. L'option A est un droit
à l'exportation perçu par le Canada, dont le taux varie
en fonction du prix mensuel de référence, de la
manière exposée dans le tableau figurant au paragraphe 2.
L'option B est un droit à l'exportation assorti d'une limitation
de volume : tant le taux du droit à l'exportation que la
limitation de volume applicable varient en fonction du prix mensuel de
référence, de la manière prévue dans le
tableau figurant au paragraphe 2. Le droit à l'exportation est
perçu sur le prix à l'exportation. Le prix mensuel de
référence est défini à l'annexe 7A.
« 2. Sous réserve des paragraphes 3
à 9, le Canada applique les mesures à l'exportation sous
le régime de l'option de l'option A et de l'option B de la
manière exposée a tableau suivant :
Prix mensuel de
référence
|
Option A — Droit exprimé
en pourcentage du prix
à l'exportation
|
Option B — Droit exprimé
en pourcentage du prix à
l'exportation
|
| Plus de 355 $US |
Aucun droit à
l'exportation |
Aucun droit à
l'exportation ni limitation de volume |
$US 336-355
|
5%
|
Droit à
l'exportation de 2,5 + volume maximal pouvant être
expédié ne peut dépasser la part d'une
région, établie à 34 de la consommation
américaine prévue pour le mois. |
| De 336 $US à
355 $US |
10%
|
Droit à
l'exportation de 3 + volume maximal pouvant être
expédié ne peut dépasser la part d'une
région, établie à 32 de la consommation
américaine prévue pour le mois. |
| De 315 $US ou
moins |
15%
|
Droit à
l'exportation de 5 + volume maximal pouvant être
expédié ne peut dépasser la part d'une
région, établie à 30 de la consommation
américaine prévue pour le mois. |
[...] »
Les articles de l'Accord sur le bois d'oeuvre
résineux permettant l'ingérence dans la gestion
économique et les affaires politiques canadiennes
« Si une région remplit les
critères de fond et procédures en matière
d'exemption établis dans l'addendum visé au paragrahe1,
les produits de bois d'oeuvre résineux de cette région
sont exemptés des mesures à l'exportation prévues
aux articles VII à IX et au paragraphe 2 de l'article X, et les
alinéas a) et b) s'appliquent à l'égard de cette
région.
« (a) Aucune
autorité publique canadienne ne peut prendre l'une ou l'autre
des mesures suivantes :
« (i) modifier le
régime d'établissement des prix du bois sur pied ou le
régime d'aménagement forestier de la province tel qu'il
existait à la date d'exemption, ou modifier son administration
de façon à réduire la mesure dans la quelle le
régime est déterminé par le marché. Aux
fins du présent article, un régime d'établissement
des prix du bois sur pied ou un régime d'aménagement
forestier d'une province comprend notamment les données, les
variables et les méthodes sur lesquelles il repose ;
« (ii) octroyer une
subvention ou tout autre avantage qui annule, en tout ou en partie, le
fondement de l'exemption au titre de l'addendum visé au
paragraphe 1. Une subvention ou un avantage est considéré
comme annulant, en tout ou en partie, le fondement de l'exemption si la
subvention ou l'avantage est accordé, de fait ou de droit,
à des producteurs ou des exportations de produits de bois
d'oeuvre résineux, dans la région. Cette disposition ne
s'applique pas aux subventions ou aux avantages qui respectent les
critères de fond énoncés aux alinéas 2a),
b), c). d) ou e) de l'article XVII. Aux fins de détermination de
la conformité d'une subvention ou d'un avantage aux
critères énoncés à l'alinéa 2a) de
l'article XVII, il ne sera considéré qu'une mesure annule
le fondement de l'exemption si cette mesure existait à la date
à laquelle la région a été exemptée
des mesures à l'exportation conformément au paragraphe 1 ;
« (b) (i) Si, au cours
d'un trimestre donné, les exportations de produits de bois
d'oeuvre résineux de la région à destination des
États-Unis dépassent (1) la production totale de ces
produits dans la région au cours du trimestre plus (2) le stock
total de ces produits dans la région au cours du trimestre, le
Canada perçoit rétroactivement auprès des
exportateurs responsables du volume excédentaire un droit de X
$CAN, le montant X étant déterminé à l'aide
de la formule suivante :
« X = (200 $CAN
multiplié par le volume en MBF exporté en sus de la
production totale de la région au cours du trimestre et du stock
régional total des exportations au cours du trimestre)
« (ii) dans les 75
jours suivant la fin de chaque trimestre, le Canada fournit aux
États-Unis des données sur (1) la production totale de
produits de bois d'oeuvre résineux dans la région au
cours du trimestre, (2) le stock total de produits de bois d'oeuvre
résineux fabriqués à partir de grumes originaires
de la région au cours du trimestre et (3) le volume des
exportations de produits de bois d'oeuvre résineux de la
région à destination des États-Unis au cours du
trimestre. [...] »
Exportation du bois d'oeuvre résineux vers les
États-Unis
(Industrie Canada 2005)
Le bois d'oeuvre résineux est l'une des
principales exportations du Canada vers les États-Unis : en 2005
seulement, ces expéditions ont dépassé les 21,5
milliards de pieds-planche. D'une valeur de 8,5 milliards de dollars,
les ventes de bois d'oeuvre demeurent un élément
important de la plus vaste relation commerciale du monde.
Les échanges dans ce secteur revêtent une
grande importance tant pour les Canadiens que pour les
Américains. Au Canada, plus de 280 000 personnes travaillent
dans le secteur forestier, dont environ 300 localités
dépendent. Le Canada fournit à l'heure actuelle plus du
tiers du bois d'oeuvre utilisé aux États-Unis, les
producteurs américains de bois d'oeuvre ne pouvant suffire
à répondre à la demande intérieure.
Plusieurs secteurs de l'économie américaine (dont celui
du logement), qui emploient plus de sept millions de travailleurs, en
sont venus à dépendre du libre accès à ce
produit de qualité.
Exportation du bois d'oeuvre résineux vers les
États-Unis
(Industrie Canada 2005)
Les exportations de bois d'oeuvre aux États-Unis
ont totalisé 2,6 milliards de dollars au cours des 11 premiers
mois de 2011. Les exportations de la Colombie-Britannique ont
compté pour près de 58 p. 100 de ce total ; celles du
Québec, pour 16 p. 100 ; celles du Nouveau-Brunswick et de
l'Alberta, pour 9 p. 100 chacune ; et celles de l'Ontario, pour
près de 6 p. 100. L'industrie canadienne des produits forestiers
et les industries connexes comptaient 164 000 travailleurs en 2010,
dont 33 p. 100 se trouvaient en Colombie-Britannique et 28 p. 100 au
Québec. Pour les 10 premiers mois de 2011, la production
canadienne de bois d'oeuvre était évaluée à
19 milliards de pieds-planche.
Valeur de production de 2000 à 2009
Revenus
manufacturiers
et
valeur ajoutée manufacturière
Fabrication de produits en bois
Les revenus manufacturiers pour ce sous-secteur ont
diminué, passant de 31,7 milliards $ en 2000 à 18,3
milliards $ en 2009, ou à un taux de croissance annuel
composé de -5,3 % par année.
Entre 2008 et 2009, les revenus manufacturiers ont
diminué de 18,6 %.
La valeur ajoutée manufacturière pour le
sous-secteur a diminué de 12,5 milliards $ en 2000 à 6,8
milliards $ en 2009, ou à un taux de croissance annuel
composé de -5,8 %.
Entre 2008 et 2009, la valeur ajoutée a
diminué de 16,3 %.
Source : Statistique Canada, totalisations
spéciales, données non publiées, Enquête
annuelle sur les manufactures, 2000 à 2003 ; Enquête
annuelle sur les manufactures et l'exploitation forestière, 2004
à 2009.
|
Valeur de la production manufacturière de
2000 à 2009*
Revenus manufacturiers et valeur manufacturière ajoutée
Fabrication de produits en bois (SCIAN 321)
|
|
|
Mesure de la production
|
Valeur en
milliards $
|
TCAC**
2000-2009
|
% de variation
2008-2009
|
|
|
2000
|
2009
|
|
|
*
Avant 2004, les données représentent les
établissements constitués en société
où l'activité principale est la fabrication et où
les ventes de produits manufacturés sont égales ou
supérieures à 30 000 $.
**
Taux de croissance annuel composé
Source
: Statistique Canada, totalisation spéciale, données non
publiées, Enquête annuelle sur les manufactures, 2000
à 2003 ; Enquête annuelle sur les manufactures et
l'exploitation forestière, 2004 à 2009.
|
|
|
Livraisons manufacturières
|
31,7
|
18,3
|
-5,3%
|
-18,6%
|
|
|
Valeur manufacturière ajoutée
|
12,5
|
6,8
|
-5,8%
|
-16,3%
|
|
Crise dans l'industrie forestière au
Québec (tiré du Devoir)
Depuis 2005, plus de 21 000 emplois ont
déjà été perdus, dont 15 000 de
façon permanente. Alors que les annonces de fermetures d'usine
et de pertes d'emploi continuent de se succéder pratiquement
chaque semaine, il est du devoir du gouvernement de soutenir les
quelque 250 communautés dont l'économie dépend
essentiellement de l'exploitation de la ressource forestière.
»
Ce sont près de 100 000 emplois. Vous savez,
c'est 12 % du produit intérieur brut dans le secteur
manufacturier, au-delà de 10 % de nos exportations.
Le gouvernement Harper garantit l'accès
du bois d'oeuvre
au marché américain jusqu'en 2015
- Le site Web du
gouvernement du Canada, le 23 janvier 2012 (extraits) -
« La prolongation de l'Accord sur le bois
d'oeuvre s'avère une excellente nouvelle pour les travailleurs
canadiens de ce secteur et leurs familles, a déclaré le
ministre Fast. Elle apportera à l'industrie du bois d'oeuvre la
stabilité et la prévisibilité dont cette
dernière a grandement besoin. En prolongeant cette entente, nous
indiquons clairement que notre gouvernement est résolu à
garantir un accès prévisible au marché
américain et à renforcer la sécurité
financière des Canadiens. »
« [...] Le Canada et les États-Unis ont
négocié une entente visant à le prolonger sans le
modifier et se consulteront avant la nouvelle échéance en
2015, afin d'examiner l'opportunité de le prolonger de nouveau.
Le Canada a mené de vastes consultations auprès des
provinces et des représentants de l'industrie, lesquels ont
fermement appuyé la prolongation de l'Accord jusqu'en 2015.
»
« Comme un emploi sur cinq au Canada est
tributaire du commerce, notre gouvernement est fermement résolu
à aider le secteur forestier, ainsi que d'autres secteurs de
notre économie, à se tailler avec succès une place
sur les marchés du monde entier, a indiqué le ministre
Fast. Nous continuerons donc à défendre les
intérêts de nos exportateurs sur les marchés
étrangers, notamment les États-Unis, et à leur
ouvrir de nouveaux débouchés qui créeront des
emplois et favoriseront la prospérité dans les
collectivités de tout le Canada. »
« L'entente visant à prolonger l'Accord sur
le bois d'oeuvre constitue un traité en vertu du droit
international et doit donc être déposée à la
Chambre des communes pour une période de 21 jours de
séance conformément à la politique du gouvernement
du Canada. Elle entrera en vigueur une fois que le Canada et les
États-Unis auront indiqué que leur processus respectif de
ratification a été mené à bien. »
Le prolongement de l'Accord du bois d'oeuvre par
le gouvernement
conservateur ajoute l'insulte à l'injure
- Syndicat des
Métallos, communiqué de presse, le 24 janvier 2012 -
Le prolongement par le gouvernement conservateur de
l'Accord du bois d'oeuvre entre le Canada et les États-Unis
représente une nouvelle trahison dans une longue liste d'actions
qui ont nui à l'industrie forestière, dit Ken Neumann,
directeur canadien des Travailleurs unis de l'acier (TUA).
« Le fait de prolonger l'Accord du bois d'oeuvre,
et ce, sans même tenter de régler certains des
problèmes que cet accord a occasionnés, ou même
consulter les travailleurs forestiers qui ont vécu des pertes
d'emploi dans le secteur, ne fait qu'ajouter l'insulte à
l'injure dans une industrie qui a subi de durs contrecoups depuis
quelques années », dit Neumann.
« Selon le Comité du secteur des
forêts, l'industrie canadienne de la forêt a vu
disparaître environ 100 000 emplois entre 2004 et 2010. Ayant
déjà été mises à l'épreuve
par une pénurie d'investissement du capital dans les usines, ces
dernières, en Colombie-Britannique et partout au Canada, ont vu
leur avantage concurrentiel être davantage affaibli par l'Accord
du bois d'oeuvre du gouvernement », a renchéri Steve Hunt,
directeur régional du TUA pour l'ouest du Canada.
Depuis la conclusion de l'entente en 2006, celle-ci a
imposé une taxe frontalière de 15 % aux entreprises
canadiennes qui exportent leur bois d'oeuvre aux États-Unis. En
outre, la clause prévue dans l'entente — «
mécanisme en cas de dépassement » — fait baisser
l'investissement dans les usines en imposant des sanctions aux
producteurs de bois d'oeuvre dans toute région qui
dépasse le quota de bois d'oeuvre destiné aux
États-Unis, favorisant ainsi l'investissement permettant
d'accroître la productivité dans des usines non
canadiennes.
« Le déclin de l'industrie
forestière dans tout le pays a dévasté les
communautés, a eu des répercussions sur les familles et a
mené à la disparition de milliers d'emplois. En
prolongeant un accord qui rend une conjoncture tendue encore plus
difficile, le gouvernement conservateur a clairement
démontré où sont ses priorités — et elles
ne sont pas auprès des travailleurs canadiens ou de leurs
communautés », dit Neumann.
Obama s'apprête à conclure le
prolongement du bois d'oeuvre
- John Ibbitson, Globe
and Mail, le 22 janvier 2012
(extraits
mettant en
lumière le lien avec le Partenariat transatlantique) -
Les relations entre les deux pays seront mises à
rude épreuve dans les prochains mois, alors que le Canada
espère que les États-Unis l'aideront à obtenir une
place dans ce qui devient l'une des instances de négociations
commerciales les plus importantes au monde : le Partenariat
transatlantique (PTA).
Avant la fin de cette année, neuf pays du
Pacifique — y compris les États-Unis, le Chili, l'Australie et
la Malaisie — finaliseront une entente globale de libre-échange
qui ouvrira chaque économie à toutes les autres. Les
négociations vont bon train et les répercussions de
l'entente sont tellement vastes que maintenant le Japon ainsi que le
Mexique veulent y participer.
Il en va de même avec le Canada, mais le
gouvernement Harper a déjà raté une occasion en or
d'y participer lorsqu'il s'est montré inflexible sur la question
de la gestion des approvisionnements, laquelle offre une protection aux
producteurs canadiens de lait et de volaille, exigeant qu'elle soit
non-négociable. Les autres pays ont alors décidé
de nous exclure.
Avec le temps, le Canada a décidé qu'il
était intéressé à participer aux
pourparlers, mais cette fois sans conditions préalables. Ottawa
pressent que l'accord final contiendra sans doute des clauses
protégeant les agriculteurs étasuniens et japonais (si le
Japon devient membre), et que les agriculteurs canadiens
bénéficieraient aussi d'une exemption.
Le prolongement de l'Accord du bois d'oeuvre :
réaction centrée sur le capital de la part des
États-Unis
L'industrie du bois d'oeuvre salue le prolongement
de l'Accord, avec une seule réserve
- Flathead Beacon
(Montana), le 1 février 2012 -
Après l'annonce faite la semaine dernière
par le Canada et les États-Unis à l'effet de prolonger de
deux ans l'Accord du bois d'oeuvre, les législateurs et les
porte-parole de l'industrie aux États-Unis ont exprimé un
certain enthousiasme. Ceux-ci estiment que l'entente est primordiale
à la santé de l'industrie du bois d'oeuvre au pays.
Les politiciens et l'industrie du bois d'oeuve aux
États-Unis ont longtemps exprimé des griefs face aux
gouvernements provinciaux canadiens qui subventionnent leurs
entreprises forestières en exigeant des frais minimaux pour les
droits de coupe — qu'on nomme aussi taxes d'abattage — sur des terres
publiques, alors que les producteurs américains doivent
soumissionner de façon concurrentielle sur le marché
libre et payer beaucoup plus cher. Les difficultés propres au
marché forestier des dernières années n'ont rien
fait pour améliorer ce conflit de longue date.
La Coalition du bois d'oeuvre des États-Unis
déclare que les « pratiques commerciales déloyales
» du Canada ont résulté en la fermeture de
centaines de scieries aux États-Unis, en milliers de pertes
d'emplois et en la réduction des marchés. De nombreux
litiges ont été amenés devant les tribunaux.
L'Accord, signé pour la première fois en
2006 et maintenant prolongé jusqu'en 2015, prend le taureau par
les cornes et encourager la stabilité des marchés pour le
Canada et les États-Unis. L'entente devait prendre fin en
octobre 2013.
Ron Kirk, représentant américain au
Commerce, et Ed Fast, ministre canadien du Commerce international, ont
annoncé le prolongement de l'Accord le 23 janvier.
Chuck Roady, directeur général de la
compagnie F.H. Stoltze Land and Lumber à Columbia Falls, a dit
du prolongement qu'il était « extrêmement important
», expliquant que les deux pays ont des « systèmes
totalement différents » et que l'entente contribue
à faire en sorte que les producteurs et les marchés
travaillent « les pommes avec les pommes, et non les pommes avec
les oranges ».
« Les Canadiens ne soumissionnent pas pour les
droit de coupe, ils peuvent donc vendre sur le marché à
des prix beaucoup moindres », a dit Roady. « À
l'aide de cette entente, les tarifs douaniers font leur travail et
rendent les règles du jeu équitables. »
Par contre, Roady fait à son tour la mise en
garde suivante : « L'entente est efficace en autant que les deux
partis la respectent et en autant qu'elle est appliquée. Toutes
ces ententes dépendent des gens qui les respectent et des gens
qui s'assurent à ce qu'elles soient respectées. Ces
préoccupations ne sont pas disparues pour autant. »
Suite à l'annonce du prolongement, le
sénateur démocrate du Montana, Max Baucus, a salué
l'entente en tant qu' « instrument efficace dans notre lutte pour
rendre les travailleurs forestiers du Montana compétitifs dans
un contexte équitable avec le Canada, » mais a aussi
exprimé son appui à une application rigide de la
réglementation.
« C'est la raison pour laquelle j'ai
encouragé notre représentant au Commerce américain
d'être agressif dans sa chasse aux violations — et jusqu'ici nous
avons obtenus de bons résultats pour nos travailleurs forestiers
du Montana », a dit Baucus la semaine dernière. « Je
continuerai de me battre pour que l'Accord prolongé du bois
d'oeuvre soit appliqué avec vigueur. »
Roady ainsi que Tom Ray, vice-président des
ressources et de la production du nord-ouest pour la compagnie Plum
Creek Timber, ont déclaré que Baucus ainsi que son
collègue démocrate, le sénateur Jon Tester et le
représentant républicain Denny Rehberg, avaient
été d'importants défenseurs de l'entente
commerciale. À l'instar de Baucus, Tester et Rehberg avaient
émis des déclarations la semaine dernière faisant
l'éloge du prolongement.
« S'il est vrai que je joins ma voix à
celles de l'industrie du bois d'oeuvre du Montana, une industrie en
difficulté s'il en est une, pour célébrer le
prolongement de cet accord avec le Canada, j'ai aussi espoir que tous
concernés vont respecter leurs engagements en faisant preuve de
bonne foi, » a dit Rehberg, ajoutant : « L'entente est
bonne telle qu'elle est. Nous devrons par contre voir de plus
près à la faire respecter. »
La Coalition du bois d'oeuvre des États-Unis, une
alliance de grands et de petits producteurs provenant de partout au
pays, persiste à dire que certaines entreprises canadiennes ont
contourné leurs engagements par le passé, et ce, au
détriment des producteurs américains. Des
représentants de la Coalition ont émis un
communiqué suite au discours du président Obama sur
l'état de l'union, le félicitant de son engagement
à vouloir faire respecter la réglementation commerciale.
L'alliance a mis en relief les déclarations
d'Obama à l'effet qu'il « n'accepterait pas que nos
concurrents ne respectent pas les règles du jeu » et qu'il
n'est pas « juste que des industries manufacturières aient
un avantage sur nous du simple fait qu'elles sont grandement
subventionnées ».
« L'industrie du bois d'oeuvre des
États-Unis démontre à chaque jour que ce que dit
le président Obama est vrai — que les hommes et les femmes des
États-Unis triment dur et sont les plus productifs sur la
planète », dit Steve Swanson, président de la
Coalition et président du groupe Swanson de l'Orégon.
« L'industrie du bois d'oeuvre peut concurrencer
avec n'importe laquelle industrie étrangère, en autant
que les règles du jeu sont équitables », a
ajouté Swanson. « Mais nous ne pouvons pas concurrencer
face à des subventions étrangères
démesurées qui affectent les marchés libres et
concurrentiels. »
Lors d'une entrevue, le directeur administratif de la
Coalition du bois d'oeuvre des États-Unis, Zoltan van Heyningen,
a dit qu'un marché domiciliaire à la hausse pourrait
alléger certaines inquiétudes liées au respect de
l'entente, parce qu'il croit que les provinces canadiennes «
ressentent le besoin » de venir en aide aux compagnies locales de
bois d'oeuvre dans des périodes d'incertitude économique
et que leur système où l'aide gouvernementale joue un
rôle important leur permet de le faire, contrairement au
système américain qui en est un de soumissions ouvertes.
« Ce n'est pas comme si quelqu'un se disait
‘Voyons comment nous pourrions violer l'entente aujourd'hui », a
dit van Heyningen. « Nous espérons qu'à mesure que
le marché retrouvera sa vigueur, il y aura moins d'incidences
où les provinces auront le goût de passer outre l'entente.
»
Van Heyningen a dit que l'entente, si elle est
respectée et rigoureusement appliquée, permettra à
sa coalition de défendre davantage l'industrie du bois d'oeuvre
des États-Unis ailleurs que devant les tribunaux, mais qu'elle
sera toujours prête à y avoir recours.
« Aussi longtemps que l'Accord sera en place, nous
ne chercherons pas à plaider de façon active »,
a-t-il dit, « bien que nous soyons toujours prêts à
peser sur la détente lorsque nécessaire. »
Un tel conflit de longue haleine implique la
Colombie-Britannique que les États-Unis accusent d'avoir
violé l'Accord en attribuant des prix inférieurs au bois
d'oeuvre du fait d'infections de dendroctones du pin. Les
États-Unis réclament des dommages-intérêts
de près de 500 million $. Un tribunal international de
l'arbitrage doit trancher ce litige sous peu.
Il faudra voir lorsque l'entente sera
presqu'expirée en 2015, mais entre temps les porte-parole du
bois d'oeuve du Montana sont heureux que l'Accord soit toujours en
place alors que les marchés ne cessent de connaître de
nombreuses fluctuations. Dean Sturz, directeur des ventes pour la
compagnie Stoltze Land and Lumber, a déclaré que si
l'Accord du bois d'oeuvre cessait d'exister, « ce serait notre
mort ».
« Un nombre considérable d'usines
fermeraient encore aux États-Unis en l'absence de cette entente
», a-t-il dit.
Wikipédia :
Canada-États-Unis :
le conflit du bois d'oeuvre résineux (extraits)
Le conflit du bois d'oeuvre entre le Canada et les
États-Unis est l'un des conflits le plus important et le plus
long de l'histoire moderne. Le conflit a eu des répercussions
tout particulièrement en Colombie-Britannique, le plus grand
exportateur canadien de bois d'oeuvre aux États-Unis.
Au coeur du conflit est l'allégation à
l'effet que l'industrie canadienne du bois d'oeuvre est
subventionnée de façon inéquitable par le
gouvernement fédéral et le gouvernement provincial. Plus
précisément, une grande part du bois d'oeuvre au Canada
est la propriété des gouvernements provinciaux. Le prix
imposé pour la coupe de bois (la « taxe d'abattage
») est fixé par voie administrative plutôt qu'au
moyen de mises aux enchères compétitives, comme c'est
souvent la pratique aux États-Unis. Les États-Unis
prétendent que la mise en marché par le gouvernement de
bois d'oeuvre à des prix en deçà des prix de
marché constitue une source d'inéquité.
En avril 2006, les États-Unis et le Canada ont
annoncé qu'ils étaient arrivés à une
entente de principe mettant fin au conflit en cours. Selon les
conditions préliminaires, les États-Unis cesseraient
d'imposer des tarifs douaniers à condition que les prix de
marché restent supérieurs à un certain niveau. En
deçà de ce niveau, une forme mixe de taxe d'exportation
et de régime de quota serait imposée au bois d'oeuvre
provenant du Canada.
Les faits historiques du conflit : les
États-Unis refusent de respecter la décision de
l'ALÉNA (période de 2003-2005 précédant
l'Accord du bois d'oeuvre)
Un nouveau groupe spécial du chapitre 19 de
l'ALÉNA a étudié le grief soumis par la Commission
internationale du commerce (US) à l'effet que l'industrie du
bois d'oeuvre des États-Unis était menacée par les
importations provenant du Canada... Le groupe spécial du
Chapitre 19 de l'ALÉNA a jugé ce grief nul et non avenu.
En outre, le groupe spécial a pris une décision
controversée, refusant à la Commission internationale du
commerce de consulter à nouveau les documents administratifs et
lui ordonnant en fait de laisser tomber le grief après qu'elle
eût déposé un grief sur la base des documents
existants. Contrairement au groupe spécial du bois d'oeuvre III,
cependant, la décision de ce groupe spécial fut unanime.
Cependant, le gouvernement des États-Unis en a appelé de
cette décision devant un Comité de contestation
extraordinaire.
Entretemps, suite à une décision
défavorable de l'Organisation mondiale du commerce, la
Commission internationale du commerce a à nouveau
consulté les documents administratifs en vertu d'une clause
spéciale dans la législation des États-Unis, la
soi-disant section 129, et a émis un nouveau grief à
l'effet que les importations constituaient en effet une menace, en
décembre 2004. Ce nouveau grief a fait en sorte que les tarifs
douaniers antidumping et les droits compensateurs sont restés en
place.
Le 10 août 2005, les États-Unis ont
déclaré qu'ils ne respecteraient pas la décision
de l'ALÉNA puisque le grief émanant de la section 129
avait préséance sur le grief, ayant été
étudié par le groupe spécial de l'ALÉNA.
Cette annonce a incité le ministre des Finances, Ralph Goodale,
à déclarer à son tour que [le ministre du Commerce
international Jim] Peterson examine présentement les options du
Canada, sans exclure les procédures légales ou les
sanctions commerciales...
Le 26 août 2005, les députés
fédéraux canadiens ont à nouveau fait preuve
d'intransigeance et n'ont pas bronché devant les commentaires de
l'ambassadeur des États-Unis, David Wilkins, à l'effet
que le temps était venu pour mettre fin aux « tirades
émotives » inspirées par le conflit du bois
d'oeuvre. Le ministre du Commerce international canadien, Jim Peterson,
a dit que Washington ne devrait pas confondre émotion et
engagement et résolution de la part des Canadiens qui
désiraient que l'ALÉNA soit respecté. Le premier
ministre Paul Martin n'a pas mâcher ses mots pour affirmer que ce
conflit nuisait à l'ALÉNA et il a laissé entendre
que le Canada pouvait se tourner vers de nouvelles alternatives
commerciales, par exemple, la Chine. « Les amis respectent leurs
engagements », a dit Martin, au moment d'exiger des
États-Unis qu'ils se plient à une décision prise
par l'ALÉNA en matière des exportations canadiennes de
bois d'oeuvre.
En septembre 2005, une association d'industries du bois
d'oeuvre des États-Unis a intenté une action devant la
cour d'Appel du district de Columbia, contestant la
constitutionnalité du chapitre 19 de l'ALÉNA traitant des
mesures de règlement de conflits...
En mars 2006, un groupe spécial de l'ALÉNA
a décidé en faveur du Canada, concluant que la subvention
accordée à l'industrie canadienne du bois d'oeuvre
était de minimis, c'est-à-dire, que la
subvention représentait moins que 1. Selon les recours
judiciaires commerciaux aux États-Unis, des tarifs douaniers et
des droits compensateurs ne doivent pas être imposés pour
des subventions de minimis.
Une entente de principe a été conclue en
juillet, par laquelle le Canada a reçu 4 milliards $ des 5,3
milliards $ qu'il avait perdus suite aux sanctions, et aucun tarif
supplémentaire ne devait être imposé. Initialement,
des entreprises de bois d'oeuvre de plusieurs provinces s'y sont
résolument opposés. Cependant, au cours des semaines
suivantes, du fait que rien de mieux ne se pointait à l'horizon,
l'appui à l'entente a pris de l'ampleur et le gouvernement
Harper est devenu confiant que l'appui pour l'entente était
suffisant pour que celle-ci soit déclarée hors de danger.
Le gouvernement n'a pas précisé combien d'entreprises
avaient appuyé l'entente ni n'ont-elles fait quoi que ce soit
pour sauver l'accord.
Elliott Felman, un juriste en droit économique et
international pour la compagnie Baker et Hostetler à Washington,
DC, et ancien directeur du Conseil des affaires
canado-américain, a critiqué l'entente pour son aspect
« unilatéral » et du fait qu'elle représente
une « mauvaise affaire pour le Canada ».

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