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Numéro 33 - 28 mars
2012
Le faux lockout de Rio Tinto et la
trahison des intérêts
du Québec par le gouvernement Charest
Le gouvernement pour qui et pour quoi?
Tous au rassemblement du 31 mars en appui
aux travailleurs lockoutés d'Alma!
Organisez-vous avec les
conseils syndicaux, votre syndicat ou vos collègues
de travail pour aller à Alma le 31 mars!
Voir site des travailleurs d'Alma pour des nouvelles, vidéos et
des informations
sur comment se rendre à Alma :
www.solidaritealma.org
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Le
faux lockout de Rio Tinto et la trahison des intérêts du
Québec par le gouvernement Charest
• Le gouvernement pour qui et pour quoi?
- K. C. Adams
• Rio Tinto Alcan subventionné à
même nos tarifs d'électricité
-
Réjean Porlier
Le faux lockout de Rio Tinto et la
trahison des intérêts
du Québec par le gouvernement
Charest
Le gouvernement pour qui et pour quoi?
- K. C. Adams -
Le faux lockout des travailleurs d'Alma
et
l'entente secrète de 2006 entre Alcan
et le gouvernement
libéral de Jean Charest, incluant Hydro-Québec,
qui fut
transférée à Rio Tinto en 2007
La divulgation de l'entente
secrète
entre le gouvernement libéral de Jean Charest et Rio Tinto a
choqué beaucoup de gens. Beaucoup ont compris que c'est
grâce à cette entente et le prétexte
fabriqué de « force majeure » que le monopole
mondial se sert du faux lockout des travailleurs de l'aluminerie d'Alma
pour atteindre ses fins. La
réalité d'un gouvernement si prosterné devant un
monopole mondial est difficile à avaler, même pour les
partisans du capitalisme qui veulent que le système fonctionne.
Il n'est pas acceptable qu'une entente conclue dans le secret permette
au monopole d'agir avec impunité et le gouvernement Charest et
Rio Tinto doivent s'expliquer.
Un examen détaillé de l'entente montre
qu'elle est encore plus scandaleuse qu'on l'aurait imaginée. La
valeur offerte en prêts, subventions, concessions,
réductions d'impôts et énergie
hydro-électrique à 1 cent le kWh
représente un énorme transfert de fonds publics à
Rio Tinto. Selon l'analyste indépendant Jean-François
Blain, ce bail ainsi que la propriété de la
rivière Saguenay fournissent à RTA un avantage de l'ordre
de 700 millions $ par an sur des concurrents qui paient le tarif L de
grande puissance, soit 4,5 ¢.
Or, en plus de cette somme immense que le Québec
donne à Rio Tinto par ces concessions de toutes sortes, le
monopole se sert des eaux, des barrages et des lignes
électriques du Québec pour financer une attaque contre
des travailleurs qui sont parmi les plus productifs du pays, pour
détruire leur syndicat et réduire le niveau de vie des
travailleurs et des communautés de l'aluminium partout au
Québec et même ailleurs, comme en Colombie-Britannique
où Rio Tinto possède une usine et une centrale
électrique.
C'est ce qui amène
beaucoup de
gens à remettre en
question la raison d'État donnée par le gouvernement
Charest et la direction dans laquelle va le Québec. Le peuple et
ses ressources sont-ils là pour servir les intérêts
privés de Rio Tinto Alcan et des autres monopoles mondiaux ? Car
c'est ce que laissent entendre l'entente secrète et le lockout.
Avec
cette entente le gouvernement ne défend pas la nation, le peuple
et ses ressources. Elle consiste essentiellement à remettre le
contrôle des ressources naturelles, de la capacité de
production et de la richesse de la nation à des
intérêts monopolistes privés et à politiser
ces intérêts privés en se servant de la
capacité financière et du pouvoir de
l'État.
L'arrangement avec Rio Tinto viole le droit public et
contrevient au principe que le peuple et ses institutions publiques
doivent contrôler leurs ressources et bénéficier de
leur exploitation. Cette entente secrète n'a jamais même
été débattue à l'Assemblée
nationale; sa légitimité repose entièrement sur
les
prérogatives du pouvoir exécutif. Il ne
faut pas laisser cette raison d'État du
néolibéralisme prendre encore de la place dans les
affaires politiques et la conscience populaire. La classe
ouvrière doit entraîner le peuple dans sa suite et
condamner l'entente secrète comme illégitime et tenir le
gouvernement responsable. Le peuple a tout à fait le droit
d'exiger que le gouvernement Charest répudie le contenu de
l'entente, à
ordonner à
Hydro-Québec de ne plus acheter, en aucune circonstance, de
l'électricité de Rio Tinto et d'insister pour que
le monopole accepte un équilibre avec les travailleurs d'Alma
sur la base de la reconnaissance de leurs droits. Un nouvel arrangement
doit être établi avec Rio Tinto établissant un
équilibre avec
le peuple sur la base de l'investissement et de l'exploitation à
avantage mutuel. Toutes les ententes de concessions avec Rio Tinto
seraient révoquées. Celui-ci doit remettre le
prêt de 400 millions $ selon un arrangement convenable, payer des
impôts de société à un taux acceptable;
Hydro-Québec doit assumer l'exploitation de toutes les
rivières
et centrales électriques et Rio Tinto doit acheter son
électricité à un tarif industriel convenu; Rio
Tinto doit accepter de réinvestir une partie de la valeur
ajoutée créée par le temps de travail des
travailleurs québécois et les ressources du Québec
dans l'économie québécoise et dans les
communautés concernées.
L'investissement de capitaux de l'intérieur ou de
l'extérieur du Québec et du Canada doit profiter au
peuple. Cela ne fait aucun sens que les gouvernements paient les
investisseurs pour investir et que ces derniers accaparent la majeure
partie des bénéfices réalisés par les
travailleurs transformant les ressources naturelles. Cet investissement
négatif et cette incohérence causent du tort à
l'économie et au peuple. Cela doit cesser. Un équilibre
fondé sur l'avantage réciproque du peuple et des
investisseurs doit devenir la norme. Les fonds publics doivent servir
à diriger l'investissement direct vers des entreprises
publiques, les infrastructures, les services publics et les programmes
sociaux,
et non pas être remis à des investisseurs privés.
Le rôle des investisseurs privés est d'apporter du capital
neuf à un projet, pas de drainer les coffres de l'État,
accaparer les ressources du peuple et saigner les travailleurs et leurs
communautés.
L'entente secrète entre le gouvernement Charest
et Rio Tinto Alcan
La seule raison pour laquelle l'entente
a été rendue publique est qu'un fonctionnaire
préoccupé par le sujet en a remis une copie au Devoir,
lequel
s'est
acquitté
de
sa
responsabilité
envers
le
public
en
le mettant à la disposition de tout le monde. (Cliquer
ici
pour
une
version
photocopiée
de
l'entente.)
Voyons les points principaux.
La
notion de « force majeure » et le
lockout
Le 1er janvier, Rio Tinto a mis en lockout les 780
syndiqués de l'aluminerie d'Alma pour les forcer à
accepter l'emploi en sous-traitance sans restriction de travailleurs
payés beaucoup moins qu'eux. Cette concession aurait vite pour
effet d'affaiblir le syndicat, au point où il n'aurait
pratiquement aucun poids pour défendre ses membres. Tôt ou
tard les sous-traitants payés la moitié du salaire et
sans avantages sociaux dépasseraient en nombre les
syndiqués.

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Selon l'entente secrète, le lockout
lui-même offre à Rio Tinto la possibilité de
déclarer un cas de « force majeure », ce qui le
libère de toutes ses obligations découlant de l'entente
secrète. Cela comprend certaines restrictions sur la vente
d'électricité à Hydro-Québec produite dans
les centrales contrôlées par Rio Tinto. La condition de
force
majeure permet à Rio Tinto de financer son lockout en vendant de
l'électricité à Hydro-Québec au rythme de
15 millions $ par mois, dont trois quarts sous forme de profit net.
Parmi les autres obligations annulées en cas de force majeure,
il
y a l'engagement à maintenir son siège social à
Montréal et à maintenir et augmenter la production et la
recherche.
L'entente mentionne spécifiquement un «
lockout » initié par Rio Tinto lui-même comme raison
suffisante pour déclarer un cas de force majeure et recevoir un
traitement spécial. Selon l'entente, « la partie
affectée par un cas de force majeure voit ses obligations
suspendues ». En plus des causes habituelles comme «
guerre, insurrection,
invasion, émeute, rébellion, tremblement de terre
», etc., la force majeure est spécifiquement
définie dans l'entente comme « conflit de travail,
grève, piquetage ou lockout », même si le lockout et
le cas de force majeure sont invoqués par la même partie,
en l'occurrence Rio Tinto.
L'entente secrète permet à Rio Tinto Alcan
de se soustraire à ses obligations tant que la compagnie prend
les mesures nécessaires pour corriger les effets de la force
majeure, sauf dans le cas d'une grève ou d'un lockout. La
compagnie peut continuer le lockout en toute liberté, aussi
longtemps qu'elle le veut, et quand même invoquer un cas de
force majeure pour financer le lockout avec les recettes de vente
d'électricité à Hydro-Québec !
Voici ce qu'elle dit : « Cependant, le
règlement des conflits de travail, grève, piquetage et
lockout est laissé à l'entière discrétion
de la partie affectée qui fait face à ces
difficultés. »
Rio Tinto peut créer un cas de force majeure en
décrétant un lockout ou en poussant les travailleurs
à la grève sans aucune obligation de corriger la
situation, comme par la négociation de bonne foi. Cette
incohérence antisociale est une atteinte à la
dignité des travailleurs et du Québec.
Spécifiquement, le texte secret confirme
qu'Hydro-Québec a l'obligation d'acheter
l'électricité produite par les centrales
contrôlées par Rio Tinto qui n'est pas utilisée
à cause d'une grève ou d'un lockout, etc.
Il précise même le prix
qu'Hydro-Québec doit payer pour l'électricité non
utilisée, soit le tarif L de grande puissance de 4,5 ¢ le
kWh, même si le coût de production de ce kilowatt-heure
n'est que d'un cent.
L'entente secrète prévoit que le
gouvernement du Québec accorde à Rio Tinto Alcan un
prêt sans intérêt de 400 millions $, remboursable
dans 30 ans. Elle accorde aussi au monopole mondial une « aide
fiscale » de 112 millions $. Le paragraphe en question se lit
comme suit : « [le gouvernement s'engage à apporter] des
améliorations au
régime fiscal des sociétés pour en accroître
la compétitivité et conférer à Alcan des
bénéfices fiscaux. »
Si Rio Tinto ne réalise pas des
bénéfices fiscaux d'au moins 112 millions $, le manque
à gagner s'ajoute au montant du prêt sans
intérêt. Cet argent public serait accordé dans le
cadre d'un programme de « congés fiscaux » pour
payer les riches « pour des projets majeurs ».
La force majeure suspend l'obligation de la compagnie
d'investir 2 milliards $ dans une nouvelle usine à Arvida et
d'augmenter la capacité des usines existantes à Alma et
Arvida. Cet investissement est censé créer 740 emplois
pour une période de trois ans à partir du début de
la production à chacun des projets.
L'entente secrète permet à Rio Tinto
d'éliminer la production et les moyens de subsistance par la
fermeture d'usines « jugées désuètes
», spécifiquement celles de Vaudreuil, Beauharnois,
Shawinigan et une partie de celle d'Arvida, et de ne pas y faire de
nouveaux investissements.
Les propriétaires de Rio Tinto ont
décidé de fermer l'usine de Beauharnois l'année
dernière, d'en maintenir une à Vaudreuil pour l'instant
et de fermer en permanence celle de Shawinigan et une partie de celle
d'Arvida d'ici 2015.
Tout cela se fait selon les caprices de Rio Tinto et
sans aucun contrôle du peuple et du gouvernement. Le
bénéfice total pour Rio Tinto représente des
centaines de millions de dollars par année pouvant être
retirés de l'économie du Québec.
Le ministre des Ressources naturelles Clément
Gignac ne laisse aucune ambiguïté quant à son parti
pris pour Rio Tinto et affirme ne pouvoir rien faire pour arrêter
le lockout et forcer la compagnie à négocier de bonne
foi. Quand les ententes secrètes deviennent la norme, qui sait
quels autres arrangements secrets il a fait avec Rio Tinto pour
l'aider dans son attaque contre les travailleurs, le pillage des
ressources naturelles, le retrait de la valeur de l'économie et
l'obtention d'autres fonds publics de l'état. L'entente
secrète divulguée a peut-être même
déjà été remplacée par une autre
encore plus favorable aux intérêts privés de Rio
Tinto.
En réponse à la vente
d'électricité de Rio Tinto à Hydro-Québec
pour financer le faux lockout, le ministre a dit : « Ce n'est pas
vrai qu'au niveau politique, on va commencer à s'immiscer dans
des contrats d'Hydro-Québec avec des sociétés
commerciales selon l'évolution des relations de travail. »
Enjoint de répondre plus directement, il a dit
qu'il ne pouvait pas intervenir dans l'achat de
l'électricité de Rio Tinto à cause de l'entente
secrète. Il a dit : « Hydro-Québec a une entente
avec Rio Tinto Alcan quand il y a des surplus d'énergie.... Ce
n'est pas dans l'intention du gouvernement d'intervenir actuellement
dans un conflit de travail pour donner des directives à
Hydro-Québec. »
Le gouvernement impose le déséquilibre
avec les monopoles mondiaux comme Rio Tinto par des ententes
secrètes qui leur donnent accès à des fonds
publics et leur donnent carte blanche pour attaquer les travailleurs et
s'emparer des ressources naturelles; par des lois comme celles
modifiant l'Article 45 du Code du travail permettant aux
monopoles d'utiliser la sous-traitance pour saper les syndicats et
réduire le niveau de vie des travailleurs; en fermant les yeux
quand les monopoles refusent de négocier de bonne foi, mettent
les travailleurs en lockout pour leur soutirer des concessions qui
détruisent leurs syndicats et réduisent la production au
Québec en collusion avec les autres
monopoles mondiaux de l'aluminium pour faire grimper le prix du
métal.
Ces attaques contre les droits des travailleurs et la
dignité du Québec ne peuvent pas continuer. L'Opposition
ouvrière doit intervenir pour forcer les gouvernements à
rendre des comptes face à leur responsabilité de servir
le peuple et non les monopoles mondiaux, et établir un
équilibre dans les relations de travail avec les investisseurs
qui
reconnaît les droits de la classe ouvrière et le droit du
peuple du Québec de contrôler ses ressources naturelles et
de bénéficier de leur exploitation et de l'investissement.
Le contexte politique de l'entente secrète avec
Rio Tinto
et du lockout des travailleurs d'Alma
Voici des extraits de l'article « La politisation
d'intérêts privés, la dépolitisation de
l'intérêt public et la destruction des avoirs publics
» de Sandra L. Smith. L'article est d'abord paru dans Le
Marxiste-Léniniste du 4
février
2012.
* * *
Au niveau fédéral comme au niveau des
provinces et du Québec, l'État est à la
disposition des monopoles. Ce n'est pas nouveau en soi. Ce qui est
nouveau, c'est la vitesse avec laquelle les dernières touches
sont apportées aux nouveaux arrangements mis en place au cours
des vingt dernières années. Ces nouveaux arrangements
vont dans le
sens de tout mettre à la disposition des intérêts
des monopoles les plus puissants de la sphère d'influence
anglo-américaine pour réussir dans la concurrence sur ce
qu'on appelle le marché mondial. Cela a commencé au
milieu des années 1980 avec les accords de libre-échange
qui ont sonné le glas de l'État-providence et ouvert la
phase néo-libérale
du capitalisme monopoliste d'État. Aujourd'hui l'État est
mis à contribution pour détruire les institutions
publiques souveraines et assurer que les intérêts des
monopoles les plus puissants et de leurs oligopoles supplantent tous
les autres intérêts.
L'utilisation d'institutions et de fonds publics pour
avancer des intérêts privés pose un sérieux
problème de légitimité. Ce problème est
surmonté en invoquant une raison d'État, dans la forme
d'arguments irrationnels à l'effet qu'il y a des « raisons
d'État » qui font que certains intérêts
privés doivent avoir accès à toutes les ressources
du
Canada sans restriction et les utiliser comme bon leur semble. Ces
arguments irrationnels utilisent le langage de l'intérêt
national. Les obstacles à la réalisation de ce qui est
défini comme étant l'intérêt national sont
présentés comme un crime, une trahison, un acte
terroriste ou autre violation devant être punie et ses auteurs
châtiés.
Les changements apportés dans les arrangements
relèvent de prérogatives constitutionnellement
sanctionnées du bureau du premier ministre, du président
ou des ministères, utilisées pour servir des
intérêts privatisés. Leur arrogance provient de la
possibilité d'utiliser des pouvoirs arbitraires
impunément. Le pouvoir d'exception n'est plus
l'exception, il est devenu la règle. Le pouvoir d'exception
échappe à l'État de droit et peut être
décrit par l'expression « anarchie érigée en
autorité ».
L'arrogance du gouvernement s'explique en partie par sa
conviction que personne ne peut l'arrêter et qu'il peut donc
faire ce qu'il veut. Il soutient que le processus démocratique
permet aux électeurs de porter un jugement sur sa conduite
à la prochaine élection générale, ce qui
n'est plus vrai aujourd'hui.
Il est important que la classe ouvrière
reconnaisse et discute des arguments intéressés qu'offre
l'élite dominante pour justifier les nouveaux arrangements mis
en place qui servent à politiser de puissants
intérêts privés. Ces intérêts
privés sont sanctionnés par de nouvelles lois, de
nouvelles réglementations et l'allocation de fonds publics. Les
assemblées législatives représentant
l'intérêt public et les institutions et agences publiques
sont détruites ou sont devenues dysfonctionnelles, ce qui
crée une situation de crise générale. Le peuple
doit occuper l'espace du changement et faire les pas pratiques
nécessaires pour que la crise soit résolue en sa faveur.
Les désastres que les impérialistes et
leurs hommes de main ont déclenchés peuvent être
arrêtés et renversés par une alternative
organisée et mue par le peuple.

Rio Tinto Alcan subventionné à même
nos tarifs d'électricité
- Réjean Porlier, 16 mars 2012
(extraits) -
Nous reproduisons des extraits d'un article de
Réjean Porlier, président du syndicat des Technologues
d'Hydro-Québec, qui explique que non seulement Rio Tinto Alcan
(RTA) fait-il des profits de la vente d'électricité
durant le lockout, mais force aussi les Québécois
à soutenir le lockout directement puisque
l'entreprise d'État qu'est Hydro-Québec est
obligée d'acheter cette électricité en vertu de
l'entente secrète avec RTA. L'article est paru dans L'Aut'Journal
le 16 mars 2012.
* * *
Les producteurs en Amérique du Nord et en Europe
réduisent présentement leur production afin de pousser
les prix du métal blanc à la hausse. Si on ajoute le fait
qu'Hydro-Québec est dans l'obligation d'acheter l'énergie
produite par les centrales d'Alcan, quelle meilleure occasion pouvait
se présenter à la
multinationale pour non seulement diminuer ses stocks en
récupérant sur les salaires de sa main-d'oeuvre, mais en
encaissant des sommes importantes pour la vente
d'électricité dont la société d'État
n'a même pas besoin ?
Sur une base annualisée, c'est une somme
d'environ 175 millions $ que RTA récupèrera uniquement
par
la vente d'énergie. [La] multinationale est très
confortable avec ce scénario.
Les effets de la diminution de production se font
déjà sentir puisque le prix de l'aluminium a
augmenté de 300 $ la tonne, ce qui représenterait pour
l'ensemble des usines de RTA un bénéfice
supplémentaire de 1 milliard $ en 2012. Vous aurez
remarqué que dans ce conflit de travail, il s'agit d'un lockout
et non
d'une grève, ce qui laisse croire que l'employeur avait bien
planifié son coup.
Ensuite, parce que, comme citoyen du Québec,
propriétaire de notre société d'État, nous
subventionnons cette arnaque à même nos tarifs
d'électricité, car n'en doutons pas, le manque à
gagner se traduira par une diminution du revenu net
d'Hydro-Québec.
Je vous avoue qu'il devient de plus en plus complexe
pour le représentant syndical que je suis de composer avec les
continuelles demandes d'efficiences qui nous sont adressées
à l'intérieur des murs d'Hydro-Québec, alors qu'on
impose à la société d'État de tirer
l'argent par les fenêtres en faisant l'acquisition
d'énergie dont elle n'a pas besoin. Il y a un flagrant manque de
cohérence, sans doute le résultat de cette trop grande
proximité du gouvernement dans les choix stratégiques
d'Hydro-Québec.
Je ne m'attends pas à de gros changements dans la
relation parfois incestueuse qui semble s'être
développée entre les gouvernements et les
multinationales, mais je souhaite que la population prenne acte de
cette manoeuvre tordue qui se fait sur le dos des travailleurs et
travailleuses.
Alcan jouit d'un privilège énorme qu'est
celui de s'être fait octroyer les droits hydrauliques de
certaines rivières du Québec, lui permettant de combler
ses besoins énergétiques à la hauteur de 90 %.
La dernière entente signée entre le
gouvernement du Québec et Alcan, en décembre 2006, lui
confère le droit de produire de l'électricité
jusqu'en 2058 à moins d'un cent le kilowattheure, deux blocs
d'énergie totalisant 560 mégawatts à tarif
très bas d'Hydro-Québec et un prêt sans
intérêt de 400 millions du
gouvernement du Québec pour sa future usine d'Alma.
Selon l'analyste indépendant du secteur de
l'énergie Jean-François Blain, ce bail ainsi que la
propriété de la rivière Saguenay fournissent
à RTA un avantage de l'ordre de 700 millions par an sur des
concurrents qui paient le tarif L de grande puissance, soit 4,5 ¢.
Un avantage qui en aucun temps ne devrait lui être
accordé pour autre chose que la production d'aluminium et,
conséquemment, le maintient d'emplois de qualité en
région. Obliger Hydro-Québec à acquérir de
l'énergie d'Alcan, alors qu'elle se débarrasse de sa
main-d'oeuvre par un lockout, c'est scandaleux !
Qui donc, au gouvernement, a permis que soit possible pareille arnaque ?
« Profite de nos ressources à ta guise,
mets en plein tes poches et, si ce n'est pas suffisant, mets tout le
monde dehors, on va t'acheter ton électricité ! Un
chausson avec ça ? » C'est ce qu'on appelle
perpétuer la colonisation ! N'attendons pas 2058 pour rappeler
au gouvernement qui il représente.
Il faut nécessairement que cette situation soit
dénoncée par tous les citoyens du Québec et que
ces travailleurs d'Alcan sentent que l'appui vient de partout en
province.
Lâchez pas, on est avec vous !

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