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Numéro 20 - 2 mars
2012
Les travailleurs d'Alma contre Rio
Tinto
La campagne de mensonges et
de désinformation de Rio Tinto
Les
travailleurs d'Alma contre Rio Tinto
• La campagne de mensonges et de
désinformation de Rio Tinto - Normand Chouinard
• Un travailleur d'Alma explique les enjeux
Acharnement contre les
régimes universels de retraite
• Une comptabilité tordue pour justifier
l'attaque contre la sécurité des aînés
• Guerre ouverte contre les travailleurs,
jeunes et vieux - Jim Nugent
La campagne de mensonges et
de désinformation de Rio Tinto
- Normand Chouinard -
Rio Tinto a publié sur sa page internet de
l'aluminerie d'Alma un texte très malhonnête
intitulé « Le conflit ne bénéficie à
personne », poursuivant sa campagne de désinformation
contre les travailleurs et le syndicat des Métallos qui les
représentent. Rio Tinto cherche à se faire passer pour
une victime de l'intransigeance des travailleurs et à faire
croire que la situation actuelle, c'est-à-dire l'arrêt de
travail provoqué par le lockout des 780 ouvriers d'Alma, est la
faute du syndicat et ses membres. Les dommages causés par ce
conflit seraient l'entière responsabilité des
lockoutés. Le syndicat des Métallos est
considéré comme un trouble fête tandis que Rio
Tinto est un citoyen corporatif responsable et bienveillant partout
où il se trouve sur la planète.
Le texte en question
commence en disant : « Un conflit de travail ne
bénéficie à personne et celui d'Alma ne fait pas
exception. » Voilà une affirmation absurde. Si les
travailleurs d'Alma avaient accepté le nouveau plan d'affaire de
Rio Tinto sans résister, le monopole en aurait beaucoup
bénéficié tandis que les conséquences pour
les travailleurs, pour la ville d'Alma et la région du
Saguenay-Lac-St-Jean, pour ne pas dire pour le Québec, auraient
été néfastes. Par contre, si les travailleurs
réussissent à bloquer l'offensive de Rio Tinto, c'est le
contraire qui arrive et une nouvelle situation est créée.
De plus, le conflit de travail en question n'a pas d'autre origine que
l'offensive de Rio Tinto pour accaparer une plus grande partie de la
valeur créée par les travailleurs à leurs
dépens. Par conséquent, Rio Tinto peut effectivement
bénéficier de ce conflit. Son affirmation est donc fausse.
Poursuivons. « La raison d'être de l'usine
d'Alma est de fabriquer des produits d'aluminium et lorsque les deux
tiers des cuves sont inactives, ce sont 280 000 tonnes d'aluminium qui
ne seront pas produites sur une base annuelle et qui ne
génèrent pas de revenus. » Bravo pour la
lucidité de Rio Tinto. Elle reconnaît donc que ce sont les
travailleurs qui créent la richesse et sans leur travail, il n'y
a pas d'aluminium, ni de revenus. Les 780 travailleurs sont par
conséquent la force la plus précieuse pour faire vivre la
compagnie. Alors pourquoi le lockout ? C'est vous qui avez fermé
l'usine, pas les travailleurs. Les travailleurs se sont
présentés au travail le 31 décembre avant que vous
les mettiez en lockout. Il n'y a que vous à blâmer pour
les pertes de revenus et la perte de production, personne d'autres.
Le texte continue. « C'est pourquoi, durant trois
mois, Rio Tinto Alcan a tout fait pour tenter d'éviter ce
conflit. Les offres qui ont été soumises ont
été rejetées à deux reprises par le
syndicat et ses membres, et le syndicat a décidé par la
suite de rompre les négociations. Depuis 1995, Rio Tinto Alcan a
négocié, sans conflit de travail et avant
l'échéance, plus de 70 conventions collectives concernant
ses installations au Québec [hic ! Rio Tinto est
devenue propriétaire d'Alcan en 2007]. Alma est le premier
conflit de travail à survenir en plus de 15 ans pour
l'entreprise dans le monde entier, mais le syndicat des Métallos
s'est engagé dans plus de 70 conflits au cours de la même
période au Québec seulement. »

Les travailleurs de
Rio Tinto Minerals à Los Angeles,
Californie, expriment leur appui aux travailleurs d'Alma
le 22 février 2012 (Métallos)
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Étonnante cette affirmation quand on sait que le
succès de la solidarité internationale avec les
travailleurs d'Alma tient précisément au traitement que
Rio Tinto réserve à ses employés partout dans le
monde. Voir l'article du LML du 18
février 2012 au sujet des conflits récents en
Australie (tentative d'empêcher la syndicalisation), en
Californie (lockout des travailleurs du borax) et ailleurs. Et c'est
sans compter l'histoire criminelle d'Alcan dans le monde avant que Rio
Tinto en fasse l'acquisition. Mais on suppose que Rio Tinto ne veut pas
nécessairement s'approprier l'histoire d'Alcan, juste ses droits
hydro-électriques et les alumineries construites par les
travailleurs du Québec. L'article fait sans doute allusion aux
« conflits » de Jonquière, Arvida et ailleurs, la
logique étant que la compagnie n'a pas « provoqué
» de « conflit », elle a seulement voulu fermer ses
portes, mettre les travailleurs à la rue, abandonner les
communautés à leur sort et s'approprier les richesses
hydro-électriques. Les travailleurs ont eu raison de s'opposer
à ces agissements et ils continuent de s'y opposer.
Selon ces affirmations de la direction de Rio Tinto, le
monopole ne veut rien d'autres que produire de l'aluminium, tandis que
les producteurs d'aluminium d'Alma seraient responsables de
l'arrêt de production. Alors pourquoi un conflit maintenant ? Que
s'est-il passé ? Pourquoi mettre les travailleurs en lockout
avant même l'échéance de la convention collective ?
C'est qu'il y a des choses que Rio Tinto ne dit pas.
Elle ne dit pas que son offensive contre les travailleurs d'Alma n'est
que le début d'une offensive mondiale pour essayer de
récupérer sur le dos de ses employés le prix de
surenchère payé pour l'achat d'Alcan. Cela fait partie de
sa restructuration et son objectif de diminution des «
coûts de production », c'est-à-dire ses intentions
de transférer à elle-même une plus grande partie de
la valeur que produisent les travailleurs.
Également, rien n'est dit sur les conditions qui
existent dans les autres usines dans le monde. Tout ce que l'on sait
est que le 31 décembre dernier, 150 mercenaires de la compagnie
ont sorti sauvagement les ouvriers d'Alma en leur tendant un sac vert
devant leurs yeux et leur ordonnant de sortir de leur usine comme des
moins que rien. Pourquoi ? Tout simplement parce que les travailleurs
d'Alma ont refusé de se soumettre au diktat de Rio Tinto. Est-ce
la même situation partout dans le monde ? Est-ce la
manière qu'a Rio Tinto de traiter ses employés s'ils
n'acceptent pas le diktat de la compagnie ?
Rio Tinto accuse les Métallos d'avoir
causé plus de 70 conflits au Québec depuis 1995. C'est de
la malhonnêteté la plus crasse. Les conflits de travail
seraient, selon la conception du monde de Rio Tinto, le fait de
syndicats qui refusent son régime d'extorsion au lieu de
négociations. Ce ne sont pas les syndicats qui causent le
désordre et l'anarchie dans le monde, c'est la rivalité
et la colusion inter-impérialistes pour les sources de
matières premières, la main-d'oeuvre à bon
marché, les zones d'exportation de capitaux et les
sphères d'influence. En tournant à l'envers une
vérité aussi évidente, on criminalise directement
l'ensemble de la classe ouvrière qui veut défendre ses
droits.
L'opposition ouvrière doit discuter
sérieusement de ce genre de position politique telle que celle
de Rio Tinto. Ce n'est pas une position anodine et sans effet. Elle
représente la volonté des monopoles dans cette
période post-contrat social d'enlever ce qui reste des droits
des travailleurs, dont le droit à une convention collective
négociée de bonne foi. C'est le diktat « à
prendre ou à laisser » que désirent maintenant les
riches et les cercles dirigeants au Québec. Selon ce diktat, Les
travailleurs doivent s'y soumettre ou en subir les conséquences.
Cela ne doit pas passer !
Soutenons la juste lutte des travailleurs d'Alma pour la
reconnaissance des droits de la classe ouvrière ! Rejetons les
mensonges et la désinformation de Rio Tinto !
Los Angeles, Californie,
le 22 février 2012 (Métallos)

Un travailleur d'Alma explique les enjeux
Nous reproduisons un article d'un travailleur d'Alma
publié dans Le Quotidien le 21 février sous le
titre: « Le conflit vue de l'intérieur ».
* * *
Est-ce que la population comprend l'enjeu du conflit de
travail à la Rio Tinto Alcan d'Alma ? Pas sûr ! Je vais
tenter d'expliquer.
Il faut, au départ, savoir que le combat n'est
pas pour le salaire, car c'est déjà
négocié. Je connais déjà mon augmentation
pour cette année. L'enjeu est beaucoup plus important.
Personnellement, je serai
à la retraite dans 6 ans. J'ai juste à accepter les
offres et attendre. Mon travail est assuré, mon fonds de pension
l'est presque aussi. Pourquoi me plaindre ? Ce que les gens ne semblent
pas comprendre c'est que je ne me bats pas pour moi, mais pour les
générations à venir. Les gens croient que l'on ne
veut pas de sous-traitant. Je n'ai rien contre les sous-traitants, ce
sont des pères de famille qui ont le droit de gagner leur vie
comme tout le monde.
Par contre, ils n'ont aucune protection, aucun fonds de
pension et font le même travail que moi, dans des conditions
moindres. Si, par malheur ils se blessent, ils perdent leur job pas
longtemps après leur retour au travail. Nous n'avons jamais mis
de sous-traitants dehors et nous n'avons jamais réclamé
leurs jobs. Il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Mais nous
ne voulons pas non plus perdre les emplois de qualité pour nos
enfants et ceux des sous-traitants. C'est quoi le plancher d'emploi ?
Ce n'est pas contre le sous-traitant, mais contre la
compagnie qui veut diminuer les emplois de qualité dans tout le
Québec. Je m'explique. Présentement, nous sommes 780
à gagner en moyenne 75 000 $ par année. Ils veulent
remplacer chaque travailleur qui sort à la retraite par un
sous-traitant à 15, 16 ou 17 dollars l'heure. Dans quelques
années, plusieurs sortent à la retraite et ils veulent
nous diminuer aux alentours de 200 ou 250. (Quel rapport de force pour
négocier dans le futur ?). Ce que nous désirons, c'est
simplement conserver nos acquis pour la région. Ce que nous
vivons aujourd'hui, durant la période de lock-out, la baisse de
consommation, si la population ne se réveille pas, dans cinq
à dix ans ce sera notre quotidien.
Personnellement, je crois
qu'il est préférable de souffrir un peu aujourd'hui que
le reste de nos jours. Plus vite la population va se soulever, plus
vite ce contrat sera signé. Si tu fais le calcul, tu
découvres rapidement qu'il y a à peu près 60
millions de dollars de moins versés en salaire dans la
région, ce qui provoque l'appauvrissement de la population. Ils
disent que nos jobs sont assurés, oui c'est vrai, mais pas les
postes de travail, le lieu et aucunement la relève.
Souvenez-vous, il n'y a pas si longtemps, lorsque RTA a
acheté Alcan, ils ont demandé à leurs fournisseurs
de diminuer les coûts, et ce n'était jamais suffisant.
Quand ils auront réussi à casser le syndicat, qui va
pouvoir se battre contre eux ? Alors ils vont demander aux
sous-traitants de diminuer les salaires. Qui va pouvoir aller dans les
restaurants, acheter des voitures neuves, des motoneiges, des VTT etc.
? Alors les petites PME aussi vont en payer le prix. Ce sera un
appauvrissement général de la région. Si les
salaires sont diminués, quel intérêt pour les
jeunes de rester dans la région ? L'exode des jeunes sera encore
plus grand. Tout est lié. Qui sont les gagnants ?
Seulement ici au Québec, RTA possède
plusieurs entreprises. La conclusion de ce combat va affecter
l'ensemble du Québec pour des décennies à venir.
Il est là le vrai enjeu pour RTA. Pourquoi une compagnie
accepte-t-elle de perdre en profit un million $ par jour de production
? C'est parce qu'ils ont encore plus à gagner à long
terme. S'ils sont prêts à fermer leur usine la plus
rentable, qu'arrivera-t-il aux autres dans un avenir pas si lointain ?
Le gouvernement leur donne
500 millions $ de bénéfices en électricité
par année et un prêt de 400 millions $ sans
intérêt, ça paie largement nos salaires. Ce qui
veut dire que nous ne leur coûtons pas un sous en salaire et
qu'en plus ils font encore de l'argent avec
l'électricité. Et c'est la population du Québec au
grand complet qui paie pour ça. Il n'y a pas une PME que le
gouvernement paie le salaire de ses employés à 100 %.
Ils parlent de la mondialisation et affirment que s'ils
veulent demeurer compétitifs, ils doivent faire ce combat. C'est
de la frime. Leur objectif est de faire 40 % de bénéfice
net. Je ne connais pas beaucoup de commerce de la région qui
font de tels profits. Toutes les entreprises d'Alcan qu'ils ont
achetées et qui ne pouvaient atteindre ces objectifs ont
été vendues ou sont à vendre.
Si vous désirez savoir ce qui nous attend dans
quelques années, vous n'avez qu'à regarder ce qui s'est
passé dans le domaine de la forêt, et c'est exactement la
même chose avec l'énergie. Quand j'ai commencé
à travailler en forêt en 1978, on croyait à
l'époque qu'il y avait du bois pour encore 100 à 150 ans.
Trente ans plus tard, il n'en reste pas suffisamment pour faire
fonctionner les compagnies de papier sans qu'ils demandent des
garanties avant d'investir. Rappelons que ce n'est pas nous qui sommes
en grève, ce sont eux qui nous ont sortis sauvagement en
lockout. Nous nous sommes même rendus à la barrière
pour réclamer notre travail le 1er janvier à minuit et
ils nous ont mis en lockout.
Ça n'a jamais été les
employés qui ont demandé à sortir ou qui ont
refusé de travailler. Ils ont engagé 150
fiers-à-bras, ils se sont rendus devant les employés qui
travaillaient, ils leur ont tendu un sac vert, ils leur ont dit de
prendre leur linge et ils les ont sacrés dehors de l'usine sans
pouvoir se décontaminer. Ils ont dit qu'il y avait des moyens de
pression, des bennes en feu. Ben voyons, je travaille au carrousel de
coulée et je dois changer en moyenne la benne cinq fois par
chiffre, et généralement deux sont en feu. Car on
travaille avec du matériel entre 800 et 965 degrés C,
sans compter les réactions chimiques.
Si on avait voulu faire des moyens de pression, ce n'est
pas à des pacotilles de ce genre que l'on se serait
attaqué, mais directement à la production. Vous n'avez
jamais entendu une seule fois la compagnie se plaindre que la
production avait baissé. Bien au contraire, elle a
augmenté au cours des derniers jours, car la direction a choisi
de vider les cuves pendant qu'il y avait beaucoup de monde. Ça
fait déjà un an qu'elle menace de nous sortir en lockout.
J'ai un travail que j'aime et avec de bonnes conditions, pourquoi
j'irais tout briser? C'est absurde. Ça fait près de 25
ans que je travaille pour cette compagnie et je n'ai jamais
causé de dommages, ce n'est pas à la veille de ma
retraite que je vais commencer.
Présentement la compagnie doit 850 millions $
dans notre fonds de pension et elle refuse de le rembourser
immédiatement ou de prendre les arrangements nécessaires,
à un moment où le métal est bon et que la demande
est très forte. Que va-t-il se passer si la demande tombe ? Sans
compter que si le nombre de participants au fonds de pension diminue,
nous allons le perdre, car plus personne pour cotiser. Voici les
grandes lignes de notre combat.
Faut absolument que la
population se réveille, car d'ici 10 ans, nous seront pauvres
comme jamais. Quand Charest a modifié la loi C-45 du code du
travail, il nous a fait reculer de 50 ans, au profit des compagnies.
Faut pas oublier que ce sont les compagnies qui financent Charest
(Conseil du patronat). Regardez depuis quelques années, combien
d'entreprises ont quitté le Québec ou ont
négocié des salaires à la baisse pour ensuite
donner aux dirigeants des primes à coups de millions $.
Les avantages concédés par le gouvernement
à la compagnie ont permis aux actionnaires de se faire plus
d'argent avec la vente de l'entreprise l'année suivante. Comble
de l'histoire, nous apprenions ensuite grâce aux
dénonciations des travailleurs de l'aluminium que, par une
entente secrète entre Québec et Rio Tinto, le nouvel
acquérant pourrait profiter de l'entente de continuité
d'Alcan, tout en gardant la liberté de fermer ses usines sans
sanction punitive du gouvernement.
Aujourd'hui les gens ont le choix entre deux choses :
regarder passé le train et tout perdre ou embarquer et gagner ce
combat provincial.
Francis Ouellet
Saint-Bruno

Acharnement contre les régimes
universels de retraite
Une comptabilité tordue pour justifier
l'attaque contre la sécurité des aînés
Un rapport gouvernemental déposé le 28
février à la Chambre des Communes montre à quel
point est tordue la comptabilité qui sert à «
prouver » que le programme de la Sécurité de la
vieillesse (PSV) est déficitaire. Le gouvernement Harper
prétend que le système PSV qui verse aux retraités
canadiens la somme maximale mensuelle de 540 $ est insoutenable parce
que le nombre d'aînés à la retraite doublera au
cours des vingt prochaines années alors que la part de la
population composée de contribuables en âge de travailler
sera diminuée de moitié. Les propagandistes ont
commencé une campagne à l'effet que payer la PSV est une
« guerre contre la jeune génération » et
autres balivernes.
Le rapport surestime le coût du système de
plusieurs centaines de millions de dollars pour trois des quatre
dernières années. Pour la présente année
fiscale, il établit les paiements de PSV à 29 milliards
$, une surestimation de 410 millions $.
En 2010-11, le gouvernement a surestimé de 356
millions $ la projection initiale de 28 milliards $ et en 2008-09, il
l'a surestimée de 368 millions $.
Le rapport dit que la différence s'explique par
le fait qu'il y a moins de prestataires que prévu et que le
paiement moyen par personne a été inférieur que
celui projeté. De plus, un plus grand nombre de prestataires que
prévu ont remboursé leurs prestations.
Si le gouvernement dit que des différences sont
à prévoir et demeurent bien en dedans des valeurs
normales prévues, l'opposition fait valoir que cela
soulève plus de questions au sujet des projections à long
terme dont se sert le gouvernement pour faire croire que le
système PSV est insoutenable.
Un porte-parole du bureau du ministre des Ressources
humaines Diane Finley dit que les écarts ne sont pas anormaux,
surtout lorsqu'il faut traiter de projections de plusieurs milliards de
dollars et qu'elles sont à l'intérieur des valeurs
normales.
« Il va toujours y avoir quelques
différences mais ils vont continuer de se recouper », a
dit Alyson Queen. « Pour toute prévision
financière, il y aura une différence entre les
projections et ce qui arrive. »
Postmedia rapporte que « plusieurs
économistes et groupes de surveillance des dépenses, y
inclus le directeur parlementaire du budget Kevin Page, ont toutefois
fait valoir que le système PSV est financièrement
soutenable à long terme et ' il n'y a aucune raison de changer '
les règles d'éligibilité d'un point de vue fiscal.
»
« Dans un rapport séparé, le
gouvernement estime que les paiements de PSV vont s'accroître de
30,5 milliards $ durant la prochaine année fiscale. Selon que
les coûts projetés de l'an passé soient
utilisés comme une référence ou que les chiffres
véritables le soient, cela représente respectivement une
augmentation de 4,6 % ou 6 %. »

Guerre ouverte contre les travailleurs, jeunes et vieux
- Jim Nugent -
La minorité riche qui domine les affaires
économiques et politiques du Canada poursuit depuis au moins
trente ans une stratégie pour baisser le niveau de vie
général qui consiste à imposer un système
de salaires, avantages sociaux et de retraites différent pour
les travailleurs plus jeunes. Les employeurs utilisent la menace de
fermeture, les fausses faillites et d'autres méthodes
d'extorsion dans les négociations collectives pour imposer des
salaires et des régimes de retraite et d'avantages sociaux
inférieurs pour ceux qui arrivent sur le marché du
travail et pour réduire les pensions et avantages sociaux pour
les retraités.
Si les gouvernements et tous les partis au pouvoir
facilitent cette campagne des monopoles mondiaux et autres employeurs,
les travailleurs y résistent par tous les moyens. Les
métallos de Hamilton ont combattu pendant 11 mois un lockout du
monopole US Steel qui voulait leur imposer un système à
deux paliers et il y en a des centaines d'autres exemples depuis les
années 1980.
C'est donc avec beaucoup de mépris que les
travailleurs canadiens accueillent la campagne politique et
médiatique actuelle du gouvernement Harper pour justifier des
coupures dans le régime de retraite public, notamment dans la
Sécurité de la vieillesse et le Supplément de
revenu garanti. Pour essayer de déjouer l'opposition à
ces coupures, la campagne idéologique présente la chose
comme « une guerre des aînés contre les jeunes
».
La campagne à propos de « la guerre contre
les jeunes » a commencé tout de suite après que
Stephen Harper ait annoncé son intention de procéder
à des coupures dans le régime de retraite public. Le Globe
and Mail publie une chronique sous le titre provocateur : «
La guerre contre les jeunes » où on lit entre autres :
« La baisse du taux de pauvreté chez les
aînés au cours des quelques dernières
décennies est considérée comme une grande
réussite de la politique sociale du Canada au XXe siècle.
Maintenant le plus gros problème n'est pas comment redistribuer
plus d'argent aux aînés dans le besoin, mais bien comment
protéger tout le monde contre ce tsunami de
vétérans qui va bientôt s'abattre sur nos
côtes et entraîner dans la mer la richesse des
générations futures. La guerre contre la réforme
du système de retraite est une guerre contre les jeunes. »
Convaincu d'avoir entraîné son auditoire
dans la vulgarité politique, le chroniqueur réclame
l'abolition de l'universalité du régime de retraite et
des programmes de santé pour les aînés. « Je
ne dis pas qu'il faille expédier nos aînés sur un
bloc de glace en haute mer, mais nous devons revoir l'utilisation qui
est faite de notre argent. Voulons-nous vraiment transférer tant
de richesse des jeunes familles qui ont de la difficulté
à boucler leur budget vers des vétérans qui vivent
relativement bien ? Est-ce bien sage d'enlever cet argent à nos
petits-enfants ? Combien d'écoles ne seront pas bâties
parce que nous payons pour le Lipitor de ceux qui ont les moyens de le
payer ? Ce n'est évidemment pas tous les aînés qui
sont aisés, mais beaucoup le sont. »
La ministre responsable des politiques sociales du
gouvernement Harper a elle aussi repris cette tactique pour monter les
travailleurs les uns contre les autres lors d'un discours au Canadian
Club le 21 février. L'auditoire auquel s'adressait la ministre
des Ressources humaines et du Développement des
compétences Diane Finley comprenait, mis à part les
millionnaires habituels, un groupe d'apprentis de l'équipe de
relations publiques du Parti conservateur amené par autobus pour
la photo. La ministre s'est tournée vers eux et leur a dit :
« J'ai su qu'il y avait quelques tables réservées
à des étudiants. Vous serez peut-être tenté
de ne me prêter qu'une oreille discrète lorsque je
commencerai à parler de la retraite. Redoublez plutôt
d'attention, parce que j'espère que vous aurez pris conscience,
lorsque j'aurai terminé, du fait que le Canada est en train de
subir des changements très importants. J'espère aussi
sincèrement que vous aurez compris que le gouvernement travaille
ardemment dans le but de s'assurer que le pays qui vous sera
légué sera plus fort et meilleur, lorsque vous prendrez
les rênes de nos entreprises et du pays. » La ministre a
ajouté que « l'heure du cours de revenu de retraite 101
est venue » et « bienvenue au cours d'introduction, par
Diane Finley. » Elle a repris tout le discours à propos du
« tsunami de baby-boomers » qui menace l'avenir du Canada,
citant des statistiques que les partis d'opposition et le directeur
parlementaire du budget qualifient de fraude démographique. Elle
a fait cette mise en garde : « Le coût total des
prestations [de la Sécurité de la vieillesse] sera de
plus en plus inabordable pour les travailleurs de demain et les
contribuables. Et ce seront les prochaines générations
qui vont devoir porter ce fardeau. Les prochaines
générations qui auront leurs propres familles à
élever, leurs propres hypothèques à payer, leurs
propres dettes d'études et de ménage à
gérer. » Cette tentative des représentants
politiques et médiatiques de la minorité riche de se
présenter comme les défenseurs des jeunes travailleurs
est particulièrement méprisable quand on sait qu'ils
soutiennent année après année les employeurs qui
abaissent les salaires, éliminent la sécurité
d'emploi et sapent les régimes de retraite et les avantages
sociaux pour les jeunes et les travailleurs futurs, en imposant des
systèmes à deux paliers. C'est le voleur qui crie «
Au Voleur ! »
Comme le système de salaires et de pensions
à deux paliers, tout ce discours au sujet de la « guerre
contre les jeunes » vise clairement à briser la
solidarité intergénérationnelle de la classe
ouvrière. Cette solidarité est basée sur
l'harmonisation des intérêts entre travailleurs jeunes et
âgés, des intérêts individuels et collectifs
et de l'intérêt général de la
société. Le discours de la « guerre contre les
jeunes » est une atteinte à la conscience de la classe
ouvrière telle qu'elle s'exprime dans les mots d'ordre apparus
dans les manifestations et protestations des dernières
années : « Une attaque contre un est une attaque contre
tous ! Tous pour un et un pour tous ! ».
Pourquoi s'attaquent-ils spécifiquement à
l'universalité de la Sécurité de la vieillesse et
du Supplément du revenu garanti ? Parce que le principe
d'universalité fait avancer la société vers la
réalisation des droits de tous, y compris le droit à une
retraite dans la dignité et la sécurité et parce
qu'il en remet la responsabilité au gouvernement en tant que
représentant de la société. Les
représentants politiques des riches rejettent toute
responsabilité de la société envers ses membres
mais considèrent comme sacré le droit de mettre toutes
les ressources de la société à la disposition des
monopoles dans leur concurrence sur les marchés mondiaux.
Les programmes comme la Sécurité de la
vieillesse et le Supplément de revenu garanti ont
été réclamés par la classe ouvrière
comme demande politique en faveur de la réalisation des droits
de tous et du progrès social. Ces programmes contribuent
à l'harmonisation des intérêts individuels, des
intérêts collectifs et de l'intérêt
général de la société. Il faut un ensemble
complet de programmes sociaux pour créer une
société véritablement démocratique et
humaine qui harmonise les intérêts de tous et favorise la
voie du progrès.

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