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Numéro 17 - 24
février 2012
Les travailleurs en lockout de Rio
Tinto Alma en tournée internationale
Les travailleurs de Rio Tinto de
Californie et de l'Utah confirment leur présence à Alma
le 31 mars
La
délégation des travailleurs d'Alma rencontre les
travailleurs de Rio Tinto à Boron, en Californie, le 21
février. Ces
travailleurs de la mine de borax de Rio Tinto ont subi un lockout
de la compagnie en 2010. (STAA)
Les
travailleurs
en
lockout
de
Rio
Tinto Alma en tournée
internationale
• Les travailleurs de Rio Tinto de Californie
et de l'Utah confirment leur présence à Alma le 31 mars
• Soutien financier des travailleurs de l'usine
de tige d'Alcoa de Bécancour
Secteur de la
construction au Québec
• Opposons-nous à l'offensive
antisyndicale du gouvernement contre les travailleurs de la construction
• La diversion pour couvrir le besoin de faire
respecter les normes de sécurité sur les chantiers
- Entrevue avec François Patry, responsable de
la SST à la FTQ-Construction
• Un travailleur de la construction
écrit pour demander au gouvernement de prendre ses
responsabilités
Vale Inco à
Sudbury
• Nous pleurons la mort d'un autre mineur suite
à un accident de travail
Les travailleurs en lockout de Rio Tinto
Alma en tournée internationale
Les travailleurs de Rio Tinto de Californie et de
l'Utah confirment
leur présence à Alma le 31 mars

La mine
de borax à Boron, la plus grande mine à ciel ouvert de la
Californie.(STAA)
La tournée internationale de la
délégation du Syndicat des travailleurs de l'aluminium
d'Alma (STAA) et du Syndicat des Métallos en appui aux
lockoutés de Rio Tinto, à Alma, Québec, a
très bien démarré le 21 février avec un
appui reçu des travailleurs de la mine de borax de Rio Tinto
à Boron, en Californie. Ces derniers ont eux-mêmes
courageusement affronté le lockout de la compagnie de la fin
janvier à la fin mai 2010. La compagnie voulait leur extorquer
d'importances concessions, notamment le remplacement de travailleurs
syndiqués par des non-syndiqués et l'élimination
de l'ancienneté. La délégation a beaucoup
apprécié l'accueil très chaleureux qu'elle a
reçu et en particulier l'engagement qu'ils ont pris d'être
présents à Alma pour les actions de fin mars qui vont
culminer avec une grande manifestation dans les rues d'Alma le 31 mars.
«Nous avons
passé la journée avec eux», a dit Marc Maltais, le
président du Local 9690 des Métallos (STAA) en entrevue
au LML. Nous avons eu droit à un tour de la mine,
nous avons pris le temps de discuter avec l'exécutif du syndicat
qui est la section locale 30 du International Longshore and Warehouse
Union (ILUW).
Nous avons discuté de ce qu'il y a de commun entre nos deux
lockouts, soit les attaques de Rio Tinto contre les emplois de
qualité. Mais ce que nous avons en commun, c'est plus que les
attaques contre nous, c'est notre lutte commune, c'est la façon
dont ils ont combattu et la façon dont nous combattons, en
allant chercher l'appui des travailleurs
et de la communauté en leur expliquant les enjeux de la lutte.
Dans le cas de Boron comme dans le nôtre, il y a eu une campagne
internationale pour aller chercher l'appui des syndicats. Que ce soit
dans la discussion avec les membres de l'exécutif ou dans
l'assemblée générale qui a été
organisée pour nous, j'ai été impressionné
de voir à quel
point les travailleurs de Boron suivent de près ce qui se passe
à Alma, non seulement depuis le lockout mais même avant.
Ils étaient même au courant de la campagne des
Métallos de Hamilton «Adopter un travailleur !»
C'est formidable aussi qu'ils aient décidé de participer
à notre manifestation à Alma le 31 mars et aux autres
événements qui
l'entourent. Ça nous montre que quel que soit le pays dans
lequel on vit, en essence la lutte est la même et c'est
particulièrement vrai en ce qui concerne la lutte contre notre
employeur commun Rio Tinto. Nous avons également reçu une
contribution financière d'environ 4000 $ et les travailleurs se
sont engagés à envoyer d'autres montants si le
lockout perdure.»
La délégation comprend, outre le
président du local 9690, Marc Maltais, le représentant
régional du Syndicat des Métallos pour le
Saguenay-Lac-Saint-Jean, Dominic Lemieux et l'adjoint au directeur
québécois des Métallos, Guy Farrell. La
délégation s'est ensuite rendue à Los Angeles
rencontrer les représentants de la Fédération du
travail de
comté de Los Angeles qui représente plus d'un million
de travailleurs. Ces derniers «nous ont donné leur appui
et ils ont grandement été impressionnés par la
solidarité dont les membres du local 9490 font preuve face au
lockout sauvage de Rio Tinto Alcan», rapporte Dominic Lemieux
sur Facebook.
Ils sont ensuite allés rencontrer le syndicat des
débardeurs de Los Angeles, qui représente plus de 15 000
syndiqués des installations portuaires de la ville. Les
représentants des débardeurs ont signé une lettre
d'appui aux travailleurs d'Alma et envisagent un soutien financier. La
journée s'est terminée par une rencontre avec les
travailleurs du
port de Rio Tinto Minerals. Ces derniers, qui sortaient de leur quart
de
travail, ont donné un appui financier et se sont engagés
à faire de leur mieux pour envoyer une délégation
à Alma le 31 mars.
Le 23 février la délégation
était à Salt Lake City, dans l'Utah, pour rencontrer les
travailleurs de la Kennecott Utah Corporation (KUCC). Kennecott est une
division de Rio Tinto qui opère une gigantesque mine de cuivre
à ciel ouvert, de même qu'une fonderie et une raffinerie.
Il y a plus de 40 syndicats différents dans cet énorme
complexe
industriel, si l'on inclut ceux qui représentent les
travailleurs
des sous-traitants de Rio Tinto. Marc Maltais a dit au LML
que la situation chez les sous-traitants est différente de celle
d'Alma puisque plusieurs d'entre eux ont des syndicats forts qui se
sont battus pour obtenir des conditions de travail décentes.
Lors d'une des réunions de
la journée, la délégation a rencontré
quelque 50 travailleurs appartenant à divers syndicats de
sous-traitants qui sont venus appuyer la lutte à Alma.
«Nous avons été impressionnés de voir tout
l'appui
que nous avons reçu de ces travailleurs, a dit le
président du syndicat d'Alma. Leur appui montre bien qu'ils
comprennent ce que nous avons dit dès
le début, à savoir que notre lutte n'est pas contre la
sous-traitance en général, mais contre la transformation
d'emplois de qualité en cheap labour.»
Marc a dit au LML que la visite en Californie
et en Utah est un succès sur toute la ligne. La
délégation est maintenant attendue en Australie le samedi
25 février. Dominic Lemieux retourne à Alma tandis que
les deux autres membres de la délégation poursuivent le
voyage. Plus de 5000 travailleurs oeuvrent dans les opérations
de
minerai de fer de Rio Tinto dans la région du Pilbara dans
l'ouest australien et Rio Tinto y est notoire pour ses tentatives
répétées pour empêcher les travailleurs de
se syndiquer. «Nous avons très hâte d'y aller pour
apprendre de la lutte des travailleurs du Pilbara pour vaincre ces
tentatives qui nous montrent bien quelle sorte d'environnement non
syndiqué Rio Tinto essaie d'imposer aux travailleurs et à
leurs communautés.»

Soutien financier des travailleurs
de l'usine de tige d'Alcoa de Bécancour
Le 22 février, des membres du local 9700-01 des
Métallos à l'usine de tige d'Alcoa à
Bécancour, près de Trois-Rivières, ont
annoncé qu'ils appuieront financièrement les
travailleurs en lockout de Rio Tinto, Alma. «Nous sommes 60
syndiqués qui ont accepté de vous verser un montant
ponctuel de 10 000 $, ce qui est quand même beaucoup pour notre
petite section locale de 60 travailleurs», écrit Jessy
Trottier sur Facebook.
Les travailleurs de Bécancour vont ensuite contribuer 10 $ par
semaine par travailleur de l'usine jusqu'à la fin du conflit.
«Lâchez pas ! On est fier de votre combat !», se
termine la note sur Facebook.

Secteur de la construction au
Québec
Opposons-nous à l'offensive antisyndicale
du gouvernement contre les travailleurs
de la construction
 
Manifestation devant les
bureaux de la Commission de la construction du Québec à
Montréal le 23 octobre dernier.
«Nous ne voulons pas être les victimes de
la
diversion politique d'un gouvernement corrompu», disent les
travailleurs de la construction du Québec, qui sont pratiquement
seuls dans leur opposition à l'offensive antisyndicale du
gouvernement Charest. Ce gouvernement a commencé par attaquer
les travailleurs de la construction l'année dernière en
disant que les syndicats étaient corrompus pour ainsi
détourner l'attention de sa propre corruption et de la collusion
et corruption des entreprises de construction qui ne donnent pas leur
place quand il s'agit de tractations suspectes. Le gouvernement a
été assisté en cela par les médias
monopolisés et tous les partis politiques présents
à l'Assemblée nationale. Le 2 décembre, ces partis
adoptaient à l'unanimité la loi 33, la Loi
éliminant
le placement syndical et visant l'amélioration
du fonctionnement de l'industrie de la construction, malgré
l'opposition
des
deux
principaux
syndicats
de la construction qui à eux
deux représentent 70%
de tous les travailleurs du secteur au Québec. Le gouvernement
Charest a maintenant enclenché le processus d'application de la
loi. Les changements qu'elle apporte sont si vastes qu'il faudra un an
avant que tous les règlements régissant son application
soient adoptés.
Un aspect majeur de la loi est l'élimination du
placement syndical qui servait à combattre la discrimination et
le favoritisme des employeurs et à réduire la concurrence
entre les travailleurs. La loi prévoit que dorénavant
tout placement de main-d'oeuvre devra se faire par le biais du Service
de référence de main-d'oeuvre
de l'industrie de la construction administré par la Commission
de la construction du Québec, une agence du gouvernement du
Québec.
La loi élimine aussi la procédure
établie du 50 % plus un pour la ratification des conventions
collectives, selon laquelle si un ou deux syndicats représentant
ensemble 50 % plus 1 de tous travailleurs de la construction
ratifiaient une convention, celle-ci était ratifiée pour
tout le secteur. Dorénavant il faudra que
trois des cinq syndicats oeuvrant dans la construction ratifient une
convention collective, ce qui revient en pratique à donner un
droit de veto à un des syndicats, même s'il est
très minoritaire. Un autre changement dans la loi vise à
établir un état de maraudage permanent dans le secteur en
accordant à un travailleur individuel la possibilité de
changer de syndicat en dehors de la période ouverte prescrite
s'il dit ne pas
être bien représenté.
La loi a été passée au milieu d'une
vaste campagne antiouvrière dépeignant les syndicats de
la construction comme étant corrompus et violents. Cela a servi
à détourner l'attention de la corruption et de
l'intimidation véritables, celles pratiquées par le
gouvernement, les entrepreneurs et les firmes d'ingénierie, et
à masquer la violence et l'intimidation dont sont victimes
à chaque jour les travailleurs du secteur qui affiche des taux
records de blessures et de décès.
Alors que le gouvernement du Québec s'affaire
maintenant à mettre en oeuvre la loi 33 à travers un
comité de transition sur la référence à
l'emploi, la propagande antiouvrière s'est encore
intensifiée. La FTQ-Construction et le Conseil provincial des
métiers de la construction refusent de participer au
comité de
transition parce qu'ils refusent en principe d'être privés
de la possibilité de représenter directement les
travailleurs auprès des employeurs (que ce soit par le placement
syndical ou d'une autre façon). La ministre du Travail a
répliqué en incitant les travailleurs de la construction
à se rebeller contre les syndicats qui
refusent de participer au comité, les appelant à refuser
de vivre «sous l'emprise de leur syndicat». Elle les a
appelés à utiliser la période ouverte de maraudage
en mai et juin prochains pour changer d'affiliation syndicale. C'est ce
qu'elle appelle «donner une chance égale à chaque
travailleur de faire entendre sa
voix».
La FTQ-Construction a avec raison rappelé la
ministre à l'ordre et s'est opposée à cette
ingérence dans les affaires des travailleurs et de leurs
syndicats. Les gestes de la ministre montrent bien, selon la FTQ, que
le but de la loi n'est pas de résoudre les problèmes dans
l'industrie de la construction mais d'attaquer
les syndicats. La FTQ et le Conseil provincial ont rappelé
à la ministre que son devoir en tant que ministre du Travail
n'est pas de priver les syndicats de la capacité de
défendre leurs membres, mais de protéger de toute urgence
la santé et la sécurité des travailleurs.
LML condamne avec force ces basses attaques
contre les travailleurs de la construction et appelle tous les
travailleurs à se porter à leur défense. Nous
reproduisons ci-contre une entrevue et une lettre ouverte de
travailleurs de la construction qui brisent le mur de silence sur ce
qui se passe vraiment
dans l'industrie et s'opposent aux diversions et à la
désinformation du gouvernement Charest sur la cause des
problèmes dans le secteur.

La diversion pour couvrir le besoin de faire
respecter les normes de sécurité sur les chantiers
- Entrevue avec François Patry,
responsable de la santé
et sécurité au travail à la FTQ-Construction -
LML : En
début d'année, la FTQ-Construction a dit qu'une
priorité absolue en 2012 c'est que le gouvernement du
Québec prenne ses responsabilités envers la santé
et la sécurité des travailleurs. Selon la FTQ, la
situation est urgente non seulement du fait que les blessures et
décès sont à
la hausse dans le secteur de la construction, mais parce que le
gouvernement, avec sa campagne contre la supposée violence et
intimidation sur les chantiers, détourne l'attention de ce qui
se passe vraiment dans le secteur
François Patry : Plutôt que de
répondre aux préoccupations des travailleurs, le
gouvernement a choisi de s'attaquer à l'intimidation qu'il
paraîtrait que les travailleurs font envers eux. En fait, on n'a
jamais eu de blessés, on n'a jamais entendu parler qu'il y a
quelqu'un de mort par intimidation, mais
clairement ça ne pressait pas du point de vue du gouvernement de
s'attaquer aux problèmes qu'on vit dans la construction en ce
qui concerne la santé et la sécurité au travail,
où il y a un niveau record de blessures et de
décès.
On doit régler le problème une fois pour
toutes. La ministre du Travail nous a dit que c'est dans
l'intérêt des travailleurs qu'elle a passé la loi
33, la Loi éliminant le placement syndical et visant
l'amélioration du fonctionnement de l'industrie de la
construction. Ok, on l'a maintenant cette loi, mais
on va continuer, on ne va pas s'arrêter pour le plaisir des
employeurs et de la ministre. Il y a des vies qu'on perd. On a 8700
accidents dans la construction au Québec par année.
Essentiellement, de la prévention il ne s'en fait pas et la
solution selon nous ce n'est pas de mettre de la police sur les
chantiers et d'imposer
plus d'amendes. On a tous les outils et toutes les techniques dont on a
besoin pour travailler de façon sécuritaire, mais on ne
les utilise pas. On a besoin de personnes qui feront en sorte d'obliger
les employeurs à éliminer les dangers, à utiliser
les outils, les matériaux et les équipements qui sont
sécuritaires. On a besoin
de prévention afin que les blessures et les décès
ne se produisent pas. L'intimidation dont ils parlent est minime par
rapport à l'intimidation que les travailleurs subissent à
chaque jour par manque de prévention sur les chantiers.
LML :
Quelles sont vos principales demandes à ce sujet ?
FP : C'est déjà prévu cette
année que le gouvernement va moderniser les lois de la
santé et sécurité au travail et sur les accidents
de travail. La CSST a déjà fait paraître un
document à ce sujet qui va avoir une grosse influence
auprès du gouvernement, mais il est spécifié dans
le document que cela n'a
rien à voir avec la construction. Pour la construction, il
devait
y avoir une autre table où les travailleurs de la construction
peuvent se faire entendre. Cette table, cela fait déjà
longtemps qu'elle est supposée avoir lieu, mais on n'y a pas mis
des énergies et on ne nous a pas convoqués.
Il nous manque des outils et ces outils-là, c'est
le représentant à la prévention et le
comité conjoint de chantier, comme c'est d'ailleurs prévu
dans la loi, mais les articles qui s'appliquent à la
construction n'ont jamais été promulgués et cela
dure depuis 1980 ! Il existe des comités bidons où la
plupart des employeurs
ne sont pas obligés de siéger. Ces comités
relèvent du Code de la sécurité pour les travaux
de la construction vu que les articles de la loi n'ont jamais
été promulgués. Dans la loi ce n'est pas un
comité bidon, les rôles et les obligations de ses membres
sont bien définis. On a aussi besoin du représentant
à la prévention
qui est un travailleur du chantier, choisi par les travailleurs,
formé par les travailleurs et payé par l'employeur. Les
cinq associations syndicales de la construction sont d'accord et
revendiquent les mêmes points.
LML : À quoi
attribues-tu l'augmentation du nombre des blessures et
décès dans le secteur de la construction ?
FP : De plus en plus tout est centré sur
la production dans la mesure où, en plus de cela, on est dans le
«fastrack» où on travaille le plus vite possible,
les délais de livraison sont courts, on commence le chantier il
faudrait qu'il soit fini, etc. Ce qui se produit c'est qu'on se
retrouve avec plusieurs corps
de métier travaillant de manière juxtaposée.
Habituellement un métier termine et l'autre métier
commence après. Maintenant, il n'a même pas terminé
que l'autre métier arrive, on se dépêche, on a
plein de travaux superposés et la coordination n'est pas faite
du point de vue de la santé et de la sécurité. On
n'a même
pas fini de couler les étages supérieurs qu'on est en
train d'installer les vitres en bas. On ne prend pas le temps
d'installer des filets de sécurité ou un
périmètre de sécurité. C'est comme
ça qu'un travailleur a été gravement blessé
à Montréal le 12 janvier quand il a été
frappé à la tête d'un morceau de glace tombé
des étages supérieurs où d'autres travaux se
déroulaient.
Le problème c'est que la santé et la
sécurité ne font pas partie de la planification et de
l'organisation du projet. Quand on dit qu'on doit faire vite, qu'il
faut qu'on finisse et qu'on tourne les coins ronds, l'endroit où
on le fait le plus c'est la santé et sécurité au
travail. C'est le cas parce que cela prend des énergies,
du temps qu'on n'a pas à consacrer et deuxièmement cela
prend de l'argent. Il y a un coût relié à cela et
il faut accepter comme société qu'il faut payer ce
coût pour empêcher les gens de mourir à l'ouvrage.
Eux autres, le coût relié à la santé et
sécurité, ils essaient de le couper en contestant les
accidents de travail
par exemple. Sur le chantier, la santé et sécurité
au travail est de moins en moins prise au sérieux, on fait
seulement le minimum qu'on est obligé de faire.
C'est incroyable qu'en 2012 on s'obstine encore pour que
le ménage soit fait sur les chantiers. On s'obstine encore pour
des questions de ménage alors qu'on devrait discuter
prévention et planification. Comment ça se fait que
ça prend un accident pour qu'une entreprise se fasse ordonner de
nettoyer son emplacement
de travail ? C'est pour ça qu'on demande un représentant
à la prévention, un travailleur formé par nous qui
revendique pour les travailleurs et est suffisamment informé
pour intervenir au niveau planification et organisation du travail. Il
participerait également aux enquêtes sur les accidents.
Présentement, ce sont seulement
les employeurs qui font les enquêtes sur les accidents et c'est
bâclé, c'est n'importe quoi et la conclusion c'est
toujours que l'accident est de la faute du travailleur, il n'a a pas
fait attention, etc.
LML : Ça fait des
années que vous demandez aux gouvernements de prendre leurs
responsabilités. Quel est le problème à ton avis ?
FP : Un problème qu'on a c'est que ceux
qui siègent aux gouvernements sont des entrepreneurs en
puissance, des entrepreneurs en devenir. Ils agissent de façon
à aller travailler pour les compagnies quand ils quittent le
gouvernement. C'est à nous de mettre de la pression, ils ne le
feront pas d'eux-mêmes.
LML :
Que veux-tu dire en conclusion ?
FP : Ce qui est positif c'est que de plus en plus
de travailleurs disent Non !, que ça n'a pas de sens, tous ces
accidents et ces décès, que tout ça n'est pas une
fatalité, qu'il y a des façons de faire qui sont
sécuritaires. Aussi, si les travailleurs voient qu'une
organisation syndicale, ça défend les droits des
travailleurs et ça amène des solutions, ils vont se
rallier à ceux qui les défendent, alors que les
gouvernements et les grands médias essaient de
discréditer les syndicats.

Un travailleur de la construction écrit pour
demander au gouvernement de prendre ses responsabilités
Le 12 janvier dernier, un travailleur de la construction
a été grièvement blessé à la
tête par un gros morceau de glace qui est tombé des
étages supérieurs où s'affairaient d'autres
travailleurs. Nous reproduisons ci-dessous un extrait d'une
lettre ouverte écrite par Guy Martin, un travailleur de la
construction
et directeur des monteurs, mécaniciens et vitriers, section
locale 135 de la FTQ-Construction en date du 6 février 2012. Il
demande au gouvernement Charest de cesser sa diversion pour
blâmer les travailleurs de la construction pour la
présumée violence et intimidation sur les chantiers de
construction. Le travailleur demande au gouvernement de prendre ses
responsabilités en s'assurant que
les chantiers de construction sont exempts de la vraie violence et de
la vraie intimidation que subissent les travailleurs lorsqu'ils se font
blesser et tuer à l'ouvrage ou se font punir lorsqu'ils
protestent et exigent des conditions de travail saines et
sécuritaires. En 2010, la Commission de la santé et de la
sécurité du
travail (CSST) a fait état de 213 morts reliées au
travail au Québec pendant l'année. Sur ce nombre, 53
décès, soit 25 %, se sont produits dans le secteur de la
construction bien que les travailleurs de ce secteur ne
représentent qu'environ 6 % de tous les travailleurs du
Québec.
* * *
À qui la faute ?
Est-ce que cet accident aurait pu être
évité ? Je crois que oui, mais la part de
responsabilité va à l'indifférence de nos
gouvernements et de ses institutions comme la CSST qui minimise les
accidents de travail et les morts dans le domaine de la construction.
Les donneurs d'ouvrage utilisent le «fastrack»
sous peine d'amendes camouflées pour tous retards imposés
aux sous-contractants et de bonus si les travaux se finissent avant
l'échéancier. Donc, si l'intimidation fait bouger la
ministre, elle devrait penser aux petits sous-contractants qui,
lorsqu'ils ne respectent pas les échéanciers, sont vite
menacés de devoir payer
les retards et même de se voir enlever leur contrat. Si
ça, ce n'est pas de l'intimidation, c'est une manière de
mettre de la pression. Le résultat de cette façon de
faire : plutôt que de travailler efficacement, les
sous-contractants doivent se dépêcher et plusieurs
travailleurs subissent cette situation régulièrement.
Parfois,
les travailleurs se sentent fouettés verbalement et s'ils
rouspètent, des menaces de mise à pied leur pendent au
bout du nez, car l'ancienneté n'est pas reconnue pour la
majorité des métiers dans l'industrie de la construction.
Voilà une des fautes !
Alors, j'ose espérer qu'il y a des solutions pour
éliminer les accidents sur les chantiers. Si nos
ingénieurs et nos penseurs sont capables de faire des machines
de tous genres, est-ce qu'il serait possible d'avoir des chantiers de
construction sécuritaires ? Je crois que la réponse est
dans le vouloir de tous ! Il faut
agir ! Les spécialistes me disent qu'il faut éliminer le
problème à la source et je suis d'accord. Alors, pourquoi
je porte un casque de construction si le danger que quelque chose me
tombe sur la tête a été éliminé ?
C'est d'avoir des lunettes roses, de croire que rien ne peut nous
arriver sur un chantier de construction
partout dans le monde, mais il est possible d'améliorer notre
bilan.
Une question d'argent
Je crois que nous devrons être plus
ingénieux et plus sévères. Qu'est-ce qui
empêche de mettre des filets protecteurs pour éviter les
chutes d'objets en hauteur lors du décoffrage ou autres travaux
? — $ $ $ $- Pourquoi ne pas avoir des nacelles avec des toits
protecteurs
comme sur les machineries lourdes ? - $ $ $ $- Pourquoi n'y a-t-il pas
de périmètres de sécurité plus intelligents
que seulement un ruban rouge ? On ne clôture pas nos enclos
à chevaux avec du ruban rouge... Nous n'empêchons pas nos
jeunes enfants d'aller près d'une rivière en mettant un
simple ruban rouge...
Je crois que si on veut, on peut ! Permettez-moi de croire que se
lancer la balle pour trouver un responsable n'est pas la solution.
Pourquoi pouvons-nous envoyer des gens construire une
station spatiale dans l'espace dans un environnement
sécuritaire, mais que sur les chantiers ce soit impossible ?
Je veux que ça change ; non, nos travailleurs de
la construction veulent que ça change. Si 53 policiers
étaient tués dans l'exercice de leurs fonctions par
année, la population aurait de la sympathie et forcerait le
gouvernement à agir. Mais étant donné que notre
gouvernement, avec sa collusion, ses enquêtes bidon
et le fait que les médias traitent nos travailleurs de la
construction comme des complices à toute cette collusion et, par
le fait même, manipule la population contre notre industrie, rien
ne bouge ! Si on revendique des changements, les médias et la
population nous traitent de plaignards et de gras durs. Alors,
dites-moi
comment les travailleurs doivent faire pour travailler en toute
sécurité et tenter de changer les coutumes ? Pour
l'instant, nous devons vivre avec un code de sécurité qui
est carrément désuet et dans lequel il y aurait place
à
une grande amélioration.
Mes pensées sont avec la famille de Serge Provost
qui lutte ardemment pour sa vie.
P.S. : J'ai aussi une autre pensée pour la
ministre qui a l'intérêt des travailleurs
intimidés, quand on sait que si un travailleur fait un droit de
refus pour sa sécurité, il est soit mis à pied ou
plus jamais engagé, car les employeurs se parlent entre eux et
la ministre ne peut enlever le contact employeur /employeur,
comme la loi 33 enlève le pouvoir du syndicat de parler à
l'employeur.

Vale Inco à Sudbury
Nous pleurons la mort d'un autre mineur
suite à un accident de travail
Un seul décès suite à un accident
de travail est un décès de trop, mais à Vale Inco,
à Sudbury, trois mineurs ont été tués sous
la terre en l'espace de six mois. Le décès le plus
récent a eu lieu le 29 janvier : Stephen Perry, 47 ans, un
travailleur avec 16 ans d'expérience, est mort dans la mine
Coleman. Son décès
a été précédé de celui de deux
autres mineurs à la mine Stobie au mois de juin dernier : Jason
Chénier, 35 ans, et Jordan Fram, 26 ans. De plus, c'est
grâce à la diligence, à l'intervention et à
la bonne étoile des travailleurs de la fonderie si personne n'a
été blessé ou tué lors de l'explosion de la
fonderie il y a un
an, presque jour pour jour.
Il est tout à fait
inacceptable que les travailleurs soient exposés à de
tels dangers. Le gouvernement de l'Ontario devrait faire son devoir et
s'assurer que les employeurs soient tenus responsables des conditions
de travail. Il est aussi inacceptable que la section locale 6500 TUA
soit laissée à elle-même pour lutter
contre ces monopoles mondiaux et doive mener lutte après lutte
pour le simple désir que ses membres retournent chez eux sains
et saufs après une journée de travail.
La classe ouvrière de tout le Canada est
profondément affligée par ces décès
à Vale Inco. Le Centre ouvrier du PCC(M-L) exprime aussi ses
plus sincères condoléances aux familles, amis et
collègues des travailleurs décédés
récemment aux opérations de Sudbury. Les travailleurs
partout au pays tiennent en haute
estime les travailleurs de la section locale 6500 en raison de la
résistance dont ils ont fait preuve pendant une longue
année, tenant tête à Vale et à aux
concessions que celui-ci voulait leur imposer.
Vale a fermé ses opérations
minières de façon temporaire suite au décès
de Stephen Perry pour permettre l'inspection de la
sécurité. La production a depuis repris dans quatre des
cinq mines à l'exception du site Creighton, qui demeure
fermé pour permettre l'entretien du puits de mine. Rick
Bertrand, le président
de la section locale 6500, a dit au Sudbury Star :
«L'état du puits doit être pire que je pensais pour
qu'ils
prennent le temps de faire ce qu'ils doivent faire.» Le syndicat
exige aussi que soient rétablies diverses pratiques liées
à la santé et à la sécurité telles
qu'elles existaient avant la grève, ce qui permettait
aux travailleurs de faire rapport et de corriger les lacunes en
sécurité au fur et à mesure qu'elles se
présentaient.
Vale a récemment publié les
résultats de sa propre enquête sur la mort en juin dernier
des mineurs Jason Chénier et Jordan Fram. L'enquête de
Vale a donné lieu à 30 recommandations et à un
plan d'action. Vale a cependant refusé de coopérer avec
le syndicat pour mener une enquête conjointe. Le syndicat a
donc décidé de mener sa propre enquête, mais non
sans être obligé de traîner Vale devant la
Commission des relations de travail de l'Ontario pour obtenir une
requête visant à empêcher que la compagnie ne
s'ingère dans le travail mené par l'équipe
syndicale procédant à l'enquête. Vale avait
exigé que deux membres
de l'équipe syndicale procédant à l'enquête
retournent au travail avant que le syndicat n'ait
complété son enquête de façon satisfaisante.
La section locale 6500 a depuis terminé son
enquête pour faire la lumière sur les deux
décès de juin dernier et est à même de
finaliser son rapport qu'il présentera à ses membres et
au public en général.
La mort de Stephen Perry est arrivée presque au
même moment où Vale publiait le rapport de son
enquête sur les décès de Chénier et de Fram,
et révélait son «plan d'action» visant
à ce que de «tels accidents mortels ne se
reproduisent». Cette série d'accidents mortels met en
lumière
les conditions de travail
vécues par les mineurs de Sudbury et le fait que des conditions
de travail saines et sécuritaires ne peuvent tenir qu'à
un simple énoncé de principe et un engagement à
faire quelque chose à long terme. Les agissements de Vale
démontrent aussi que son offensive antiouvrière ne se
limite pas aux conditions de travail,
elle vise aussi à empêcher que les travailleurs n'aient
leur voix collective par le biais de leur organisation syndicale.

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Marxiste-Léniniste
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