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Numéro 16 - 22
février 2012
Le
périmètre
de
sécurité
nord-américain
L'annexion du Canada aux
États-Unis
progresse rapidement
L'ordre
du
jour
du
gouvernement
Harper
Le périmètre de sécurité
nord-américain
• L'annexion du Canada aux États-Unis
progresse rapidement - Enver Villamizar
Les régimes de retraite
• Acharnement contre les régimes de
retraite publics - Jim Nugent
• Une retraite à l'abri du besoin pour
tous et toutes - Serge Lachapelle
• À titre d'information: Mémoire
du Parti marxiste-léniniste sur le développement des
ressources humaines - Hardial Bains, présenté
au
Comité permanent de la Chambre des communes, 9 mars 1994
Le périmètre de
sécurité nord-américain
L'annexion du Canada aux États-Unis
progresse rapidement
- Enver Villamizar -
Les gouvernements du Canada et des États-Unis
n'ont pas perdu de temps dans la mise en oeuvre des plans d'action
annoncés le 7 décembre 2011 en vue de
l'établissement du Périmètre de
sécurité nord-américain. Le rythme avec lequel
l'élite au pouvoir en Amérique du Nord met en place ces
nouveaux arrangements, et ce, à huis clos, est
alarmant. La classe ouvrière et les peuples du Canada, des
États-Unis et des Premières Nations de l'Amérique
du Nord trouvent dans l'opposition à ces arrangements une cause
commune, puisqu'ils ont comme unique but de bénéficier
aux plus grands monopoles et à leur besoin de
sécurité et de profit maximum.
Le 3 janvier, le gouvernement Harper a annoncé la
nomination de David Moloney en tant que conseiller supérieur
responsable de la mise en oeuvre du plan d'action frontalier. Moloney
était le premier vice-président de l'Agence canadienne de
développement international depuis 2008.
Réunions du Conseil de coopération en
matière de réglementation
Les 30 et 31 janvier, les intervenants gouvernementaux
canadiens et étasuniens qui font partie du Conseil de
coopération en matière de réglementation (CCR)
(l'instance responsable d'harmoniser les réglementations des
deux pays) ont tenu des réunions à
Washington, DC, avec les représentants politiques des plus
puissants monopoles nord-américains et autres « organismes
partenaires ». Selon le conseil, ces réunions avaient en
somme un caractère « consultatif et technique visant
à l'application du plan d'action ». À l'ordre du
jour, obtenir les opinions des participants dans les domaines de
réglementation suivants : agriculture et alimentation, transport
terrestre, aérien et maritime ; produits de soins personnels et
produits pharmaceutiques ; nanotechnologie ; normes d'émission
pour automobiles et locomotives ; et santé et
sécurité au travail.
Aucun rapport officiel n'est sorti de ces
réunions et aucun des deux gouvernements n'a fait d'annonce
publique. Cependant, les médias ont indiqué que 240
personnes étaient inscrites en tant que participantes à
ces discussions. On nous informe que les participants
représentant le gouvernement canadien étaient le
sous-ministre délégué principal
d'Industrie Canada, Simon Kennedy, et le conseiller adjoint du Conseil
du Trésor au secrétariat de Coopération en
matière de réglementation, Robert Carberry.
Nous avons aussi appris que Leah Littlepage, directrice,
Canada-États-Unis et politiques de transport de la Chambre de
commerce du Canada, y a participé et a déclaré que
l'organisation était « très satisfaite des
progrès accomplis ».
Une autre participante était Birgit Matthiesen,
conseillère supérieure, Relations avec les
États-Unis, au président de l'Association des
manufacturiers et exportateurs du Canada. Elle a indiqué que les
réunions « sont allées au fond des choses
». Selon Matthiesen, son association désirait une bonne
représentativité de la part du gouvernement des
États-Unis, qui démontrerait un engagement tangible
envers le CCR, et elle l'a trouvé. La participation du
gouvernement étasunien a été « très
saine » selon Matthiesen, citant en exemple la participation de
Cass R. Sunstein, administrateur du Bureau de l'information et des
questions réglementaires des États-Unis au sein du Bureau
de la gestion et
du budget à la Maison-Blanche.
Régler les problèmes légaux
liés aux échanges de renseignements et
l'intégration des forces de sécurité
Selon divers rapports, les « discussions
d'intervenants » en ce qui a trait aux aspects de la
sécurité contenus dans le plan d'action frontalier, du
nom de Groupe de travail par-delà la frontière (GTPF),
n'ont pas encore eu lieu.
Selon le plan, le groupe de travail aurait comme objectif de «
tracer la voie à suivre » sur comment partager
l'information et les preuves entre forces policières et agences
de renseignement, et ce, avant la fin janvier. Ian Trites, un
porte-parole du ministère des Affaires étrangères
et du Commerce international, a dit qu'une série de rencontres
de
niveau inférieur ont déjà eu lieu avec l'objectif
de s'adresser aux problèmes légaux liés à
l'uniformisation de l'échange de renseignements. « La voie
vers l'avant en termes d'échanges d'informations liées
à la sécurité nationale réside dans un
dialogue bilatéral en matière de questions
stratégiques et de tactiques à retenir. Tout
progrès en ce sens sera
soumis au ministre de la Sécurité publique et au
secrétaire du Homeland Security », a-t-il dit dans un
courriel à Embassy Magazine.
Trites a aussi annoncé que le gouvernement Harper
a l'intention d'adopter des lois prochainement qui rendraient permanent
le programme de police maritime transfrontalière nommé
Shiprider, qui autorise les forces de sécurité des
États-Unis à faire appliquer la loi canadienne.
Habilitation des instances décisionnelles
régionales binationales
Le gouvernement canadien a identifié la
région économique du Nord-Ouest du Pacifique (RENOP) en
tant que groupe binational composé de provinces et
d'États américains afin de roder un plan permettant de
maintenir le commerce du Pacifique advenant une
situation d'urgence. La RENOP est composée de la
Colombie-Britannique, du Yukon, de l'Alberta, de la Saskatchewan et des
Territoires du Nord-Ouest, ainsi que des États américains
de l'Alaska, de Washington, de l'Orégon, de l'Idaho et du
Montana. Ce groupe existe depuis 1991 suite à la ratification de
ses clauses par les États et les provinces
participants. Selon le site web de celui-ci, la mission de la RENOP est
d'accroître le bien-être économique et la
qualité de vie de tous les citoyens de la région, de
coordonner les politiques des provinces et des États dans toute
la région et d'identifier et de faire la promotion de «
modèles de succès », et de servir de lien pour
l'échange
d'information.
La RENOP est coordonnée par un conseil
représentatif composé de premiers ministres et de
gouverneurs ainsi que de législateurs provenant de divers
États et provinces, ainsi que par un conseil du secteur
privé où siègent les représentants de
certains des monopoles les plus puissants, en particulier ceux du
secteur énergétique tels que
ExxonMobil et BP. RENOP est aussi composée d'un comité
exécutif qui coordonne les activités journalières
où siègent un législateur de chaque juridiction de
la RENOP, un représentant membre de la commission du secteur
privé de chaque juridiction, quatre gouverneurs/ministres (ou
une personne désignée), ainsi que le directeur
administratif de
la RENOP. Le conseil exécutif actuel est ainsi composé
:
Président — rep. Mike Schaufler, Oregon
Vice-président, Canada — M. Lyle Stewart, membre de
l'Assemblée législative, Saskatchewan
Vice-président, États-Unis — le sénateur Kevin
Ranker, État de Washington
Vice-président, Canada — l'honorable David Ramsay, Territoires
du Nord-Ouest
Président sortant — M. Mel Knight, député de
l'Assemblée législative, Alberta
Dirigeants des États et des provinces :
Le sénateur d'État, Lesil Mcguire, Alaska
M. George Goeneveld, député de l'Assemblée
législative, Alberta
M. John Les, député de l'Assemblée
législative de la Colombie-Britannique
Rep. George Eskridge, Idaho
Le sénateur Kim Grillan, Montana
L'honorable Currie Dixon, Yukon
Représentants du secteur privé :
Neil Windsor, APEGGA
Coprésident canadien, Jan Romerdahl, US Bank
Coprésident étasunien, Matt Morrison, PDG de la RENOP
La RENOP a organisé 15 groupes de travail dont le
but est d'harmoniser les politiques transfrontalières. Il s'agit
des groupes de travail suivants : agriculture, environnement, industrie
forestière, développement durable, riposte aux
désastres, énergie I, énergie II,
télécommunications, tourisme, commerce et
développement économique, espèces envahissantes,
innovation, transport, soins de
santé, réglementation et transport des eaux.
Modifications aux aéroports canadiens
L'Administration canadienne de la sûreté du
transport aérien (ACSTA) a annoncé qu'elle
procédait à l'installation de scanneurs d'explosifs dans
certains aéroports canadiens. Selon un porte-parole du
gouvernement canadien :
« Les appareils de dépistage actuels seront
remplacés par une technologie à la fine pointe qui est
conçue pour répondre aux normes de la Sûreté
du transport des États-Unis. L'amélioration à ce
niveau a déjà débuté et se poursuivra dans
les trois prochaines années ».
En ce qui semble être le précurseur d'une
carte d'identité nord-américaine, dès le 15
février, les Canadiens qui sont membres du programme NEXUS et
qui voyagent aux États-Unis pourront utiliser des cartes NEXUS
les rendant exempts de dépistage par l'Administration canadienne
de la sûreté du transport aérien dans huit des plus
importants
aéroports canadiens (Halifax, Montréal, Ottawa, Toronto,
Calgary, Edmonton et Vancouver). Denis Lebel, le ministre des
Transports, de l'Infrastructure et des Collectivités, a
déclaré : « Cette modification facilitera le
transport aérien du Canada vers les États-Unis, tout en
maintenant un niveau supérieur de sûreté
aérienne... J'encourage les
Canadiens à demander la carte NEXUS afin d'en découvrir
les avantages lors de leurs voyages ».
NEXUS est un programme binational
Canada/États-Unis à l'intention des « voyageurs
pré-approuvés et représentant peu de risque
» qui entrent au Canada et aux États-Unis à des
endroits désignés, qu'il s'agisse de points
d'entrée aériens, terrestres ou maritimes. Les
participants de NEXUS sont l'objet de contrôles de
sécurité et des références.
Les candidats retenus sont reconnus comme étant des «
voyageurs dignes de confiance », tandis que les voyageurs ne
bénéficiant pas du programme NEXUS sont perçus
comme n'étant pas dignes de confiance et comme de
véritables suspects.

Acharnement contre les régimes de retraite
publics
- Jim Nugent -
Lorsque Stephen Harper a
annoncé durant son
discours au Forum économique mondial, à Davos en Suisse,
que son gouvernement effectuera des coupures aux programmes de
régimes de retraite publics, cela a eu pour effet de
créer encore plus d'insécurité parmi les
travailleurs retraités et ceux qui approchent la retraite.
Beaucoup ont vu dans
cette annonce qu'une nouvelle limite a été franchie dans
l'offensive antisociale de ce gouvernement. En déclarant ainsi
la chasse ouverte contre les personnes âgées, Stephen
Harper déclare que son gouvernement n'accepte pas la
responsabilité de garantir le droit des travailleurs au
bien-être durant la vieillesse. Une fois cette limite franchie,
tout est
permis, le bien-être des travailleurs durant la vieillesse n'est
pas garanti.
Bien que la dictature Harper
ait délibérément maintenu dans le flou les
coupures en réserve à faire, le gouvernement a
laissé savoir son intention de commencer des coupures au
Programme de la Sécurité de la
vieillesse/Supplément de revenu garanti (PSV/SRG) pour les
travailleurs âgés de 51 à 56 ans qui s'attendent
à le recevoir lorsqu'ils
atteindront 65 ans, en 2020-2025. Ils devront attendre jusqu'à
67 ans. Il y a 3 millions de personnes dans ce groupe d'âge.
Toutes sortes de scénarios pour des coupures dans les
régimes de retraite publics circulent parmi les médias,
et cela crée un sentiment d'insécurité parmi les
travailleurs âgés, les prestataires de régimes de
retraite publics et les
travailleurs de tout âge.
Parmi les personnes du groupe d'âge qui sera le
premier touché par les coupures, il y a plus de 900 000
travailleurs dont les prestations combinées du Régime de
pensions du Canada/Régime des rentes du Québec (RPC/RRQ)
et du PSV/SRG seront au minimum actuel pour les personnes
âgées. Elles seront fortement dépendantes du
PSV/SRG
durant leur retraite en raison du chaos économique qu'elles ont
vécu durant les trente dernières années, incluant
trois récessions importantes et un taux moyen de chômage
de presque 8 %. Plusieurs travailleurs ont un faible niveau de
contribution au RPC/RRQ. Beaucoup de régimes de retraite
d'entreprise ont été détruits par les fermetures
d'usines
et les faillites frauduleuses. Dans bien des cas, les épargnes
sous forme de RÉER ont été liquidées par la
manipulation des marchés par l'oligarchie financière.
Harper annonce donc qu'il n'y aura pas de secours durant cette vie
d'insécurité à la vieillesse, les personnes
âgées devront se débrouiller toutes seules.
Le parlement s'est réuni peu
après
l'annonce faite à Davos et la dictature Harper a agi comme si
cette attaque contre les régimes de retraite publics
n'était l'affaire de personne. Le gouvernement refuse de
répondre à toute question ou d'amorcer toute discussion
au parlement à ce sujet. La tactique du gouvernement Harper est
de présenter les
coupures comme un fait accompli sans avoir à rendre de comptes
ou explications pour cette décision.
Au parlement, le 2 février, la ministre des
Ressources humaines et du Développement des compétences,
Diane Finley, a simplement répété les
déclarations de Harper au sujet du besoin de coupures dans les
régimes de retraite publics : « La démographie est
telle que nous devons agir dès maintenant pour le long terme.
Regarder à long terme
signifie que certains programmes, tel le PSV, deviendront bientôt
trop dispendieux et insoutenables si on ne s'y adresse pas. »
Mais elle s'est refusé de détailler les coupes
planifiées. « Il y a un large éventail d'options,
mais aucune des décisions politiques n'a encore
été annoncée. »
À l'extérieur du parlement, le ministre
des Finances Jim Flaherty a donné aux médias quelques
détails au sujet des coupures. Il a dit que les mesures
s'étaleront sur plusieurs budgets. « Nous annoncerons
certaines étapes [dans le prochain budget], mais nous avons
certainement besoin de planifier et ce n'est pas pour demain. C'est
pour
2020-2025. » Le Bureau du premier ministre a émis une
« clarification » pour maintenir la confusion sur les
intentions du gouvernement, déclarant que le calendrier de
Flaherty n'est pas une politique officielle.
Parmi les nombreuses
questions et critiques au sujet des coupures aux régimes de
retraite publics auxquelles le gouvernement Harper refuse de
répondre au parlement, il y a celles qui disent que la «
crise démographique » invoquée pour justifier les
coupures est une fraude. La dictature Harper rejette du revers de la
main toute étude et tout
calcul provenant de l'intérieur et de l'extérieur des
ministères contredisant son message. Cela comprend les travaux
de recherche et les calculs du directeur parlementaire du budget (DPB)
et du groupe de travail sur le caractère adéquat du
revenu de retraite du ministère des Finances.
Le DPB est un bureau de comptabilité qui a pour
mandat d'apporter aux parlementaires une aide technique pour analyser
indépendamment les estimations des revenus et dépenses du
gouvernement. Le 8 février, il a déposé un rapport
au parlement qui remet sérieusement en question les affirmations
du gouvernement à l'effet que le PSV/SRG
est insoutenable au niveau actuel de prestations.
Le rapport du DPB dit que bien qu'il soit vrai que le
nombre de personnes prenant leur retraite et réclamant des
prestations augmentera les coûts du programme, ces coûts
supplémentaires seront compensés par la croissance du PIB
et des revenus du gouvernement. Lorsque tous les facteurs sont pris en
considération, indique le rapport, non
seulement le PSV/SRV est-il soutenable au niveau actuel des
prestations, mais les niveaux des prestations pourront être
augmentés.
Le gouvernement a aussi
refusé de répondre aux questions au sujet d'une recherche
sur les pensions par le groupe de travail sur le caractère
adéquat du revenu de retraite parrainé par le
ministère de Finances, qui dans un de ses articles conclut :
« L'analyse suggère que le Canada ne fait pas face
à des défis importants sur la soutenabilité
financière de ses régimes de retraite publics. » Le
ministre Flaherty a mis sur pied ce groupe de travail lors du sommet
fédéral-provincial des ministres des Finances de 2009 sur
les pensions. À ce moment, il avait besoin de recherches pour
prouver que « tout va bien avec les régimes de retraite
publics » pour repousser les demandes
généralisées
d'une augmentation du PSV/SRG. La désinformation est produite au
besoin pour appuyer la tendance politique du jour puis l'écarter.
L'attaque de Harper contre la sécurité des
régimes de retraite publics n'a rien à voir avec la
démographie et les calculs fiscaux. Harper a fait le calcul
politique qu'il peut s'en sauver en allant de l'avant avec l'ordre du
jour des riches sur la question des pensions. Ceux-ci réclament
la liquidation des pensions pour rendre plus d'argent disponible
pour les arrangements des régimes de retraite privés
exploités par les escrocs du secteur des banques et services
financiers et mettre à la disposition de l'oligarchie
financière internationale des réserves massives de
capitaux.
Les travailleurs luttent déjà contre le
vol des régimes de retraite par les compagnies, les fausses
faillites et les tentatives d'imposer un plan de
régimes/prestations à deux vitesses avec pour cri de
ralliement : « La lutte pour les retraites doit être
gagnée ! » C'est la même réponse qu'il faut
donner aux attaques de Harper contre les régimes de
retraite publics.

Une retraite à l'abri du besoin pour tous et
toutes
- Serge Lachapelle -
Il ne se passe pas une semaine
sans que les riches par la voix de leurs médias
monopolisés nous parlent du poids qu'exerce sur les finances
publiques le système de retraite actuel. L'actualité nous
révèle que des milliers de travailleurs doivent mener une
lutte constante pour obtenir une retraite à l'abri du besoin.
Un colloque intitulé « Vieillissement :
sortir du fatalisme » tenu en octobre dernier a permis
d'apporter un peu de lumière sur la question. Dans le cadre du
colloque, l'Institut de recherche et d'informations
socio-économiques (IRIS) a publié une note
socio-économique des plus inquiétantes.
On y apprend que : « Entre 1996 et 2008, le
Québec a vu une augmentation importante du nombre de personnes
âgées sous la mesure de faible revenu. Les chiffres sont
éloquents. Cette part de la population a presque triplé,
passant de 4,6 % à 12,3 %. Cet appauvrissement est aussi
lié à un endettement important. En 1993, seulement le
quart
des ménages de plus de 65 ans possédait des dettes. En
2010, ce taux est passé à 60 % », écrit
Ève-Lyne Couturier, auteur de la note socio-économique.
Pour l'IRIS, cette situation d'appauvrissement
s'explique par un système de retraite qui n'offre pas un bon
taux de remplacement du salaire obtenu pendant la vie active. En
général, on juge que pour maintenir un niveau de vie
comparable à la retraite, on doit viser un taux de remplacement
des revenus de 70 %. Selon l'OCDE, le taux de
remplacement moyen au Canada est de seulement 40 %.
« Notre régime est mixte. Il comporte des
aspects publics auxquels la majeure partie de la population a droit et
des aspects privés censés combler l'espace
laissé par le public, soit des régimes de retraites
privés et des REER. Or, on note une diminution constante de la
part de la population couverte par les régimes de retraite. On
note aussi que les REER
sont utilisés à un niveau adéquat pour une
minorité de gens en mesure d'épargner », ajoute
l'IRIS.
Se référant à la position
défendue par l'ancien ministre libéral Claude Castonguay,
qui a présidé le groupe de recherche de 2011 qui a
recommandé les cotisations de style REER, l'IRIS conclut en
soulignant : « En obligeant les personnes à
économiser individuellement en vue de la retraite, on pousse
à transformer la question de la retraite en
un enjeu individuel plutôt que social et collectif. En effet,
Claude Castonguay justifie d'abord le choix de cette option parce
qu'elle n'inclut aucune contribution des employeurs. À
l'opposé, la Suède a opté pour une vaste
consultation sur la question qui a abouti à un régime
public qui permet de remplacer 60 % des revenus moyens des travailleurs
grâce à une cotisation mixte de 18,5 %. »
Pour les partisans de l'agenda antisocial qui
considèrent les travailleurs comme un coût de production,
offrir un régime de retraite digne de ce nom est vu comme un
fardeau économique.
Pour les partisans du programme prosocial, offrir une
retraite à l'abri du besoin pour tous ceux et celles qui ont
travaillé toute leur vie pour le bien-être de la
société est un droit qui doit recevoir des garanties
concrètes.
Une retraite à l'abri du besoin
pour tous et toutes !

À titre d'information
Mémoire du Parti marxiste-léniniste sur
le développement des ressources humaines
- Hardial Bains, présenté
au Comité permanent
de la Chambre des communes, 9 mars 1994 -
Les Canadiens ont en commun une véritable
préoccupation pour les programmes sociaux parce que ceux-ci
affectent la vaste majorité de la population et aussi parce
qu'ils se soucient du genre de société dans laquelle ils
vont vivre. Dans une société où la gloire et la
fortune sont souvent la seule garantie de sécurité
qu'une personne peut avoir, pour elle, ses enfants et petits-enfants,
pour la vaste majorité la sécurité doit provenir
de la société. À cet égard, l'État
étant le seul représentant de la société,
ce sont les programmes sociaux garantis par cet État qui
permettent de déterminer à quel point la
société offre un avenir en sécurité
pour tous.
Une des différences essentielles et un des points
de rupture de l'ère médiévale à
l'ère moderne est que dans la première la
société ne reconnaissait que les réclamations que
lui faisaient les seigneurs féodaux et leurs serviteurs.
Aujourd'hui, du moins en parole, la société
reconnaît les réclamations de tous. On mesure
le degré d'humanité d'une société par sa
reconnaissance des réclamations que tous ses membres sont en
droit de lui faire.
Ceci dit, je suis de la ferme opinion que les programmes
sociaux doivent garantir la vie pour tous, de la naissance à la
mort, suivant un niveau de vie qui correspond au niveau de
développement de la société. Ce niveau de vie ne
peut être établi en fonction d'un « seuil de
pauvreté » qui est en dessous de ce qu'il
faut pour maintenir corps et esprit réunis. Il faut s'assurer
que tous les membres de la société, sans égard aux
circonstances individuelles, puissent avoir accès au niveau de
vie qui correspond au degré de développement atteint par
la société, y compris le niveau d'éducation et de
culture. Par contre, si la société n'offre
pas l'éducation, les soins de santé, des emplois et
l'aide sociale à tous, quels sont les moyens de subsistance qui
permettent à ses membres de pourvoir à leurs besoins?
L'histoire du système canadien démontre
qu'en l'absence de la reconnaissance des réclamations que tous
sont en droit de faire à la société, la tendance
demeure à l'enrichissement des riches et à
l'appauvrissement des pauvres, dans un climat général
d'insécurité — un problème chronique mais qui
devient particulièrement
accentué à certaines périodes, comme c'est le cas
aujourd'hui. Le chômage est demeuré un compagnon de route
de ce système et le problème n'a pas cessé de
s'aggraver depuis la Deuxième Guerre mondiale.
Comme on le sait, une société peut
être considérée comme humaine et
démocratique si elle suit le principe de l'universalité
dans la reconnaissance des réclamations de chacun à la
société. Une société humaine et
démocratique ne peut pas que reconnaître les
réclamations des riches, leur droit de s'enrichir et
d'être
riche, et condamner les autres à un état perpétuel
de pauvreté tandis que la vaste majorité reste dans un
état permanent d'insécurité.
Je suis d'avis que tout examen des programmes sociaux
doit tenir compte de trois principaux fondamentaux :
1. En ce qui concerne les programmes sociaux, ce n'est
pas le principe de l'universalité qui doit être
abandonné, remis en question ou modifié. Au contraire,
des mesures doivent être prises pour que le système
garantisse le bien-être et le bonheur de tous, plutôt que
les richesses pour quelques-uns et la pauvreté
pour le grand nombre. Il faut donc se garder d'imposer arbitrairement
des changements dans les programmes sociaux ou dans le niveau de ces
programmes, comme le niveau des exigences d'admissibilité
à l'assurance-chômage [aujourd'hui appelée
assurance-emploi — ndlr], comme on le fait présentement
lors du dépôt du budget au parlement ou par des prises de
décisions qui affectent la vie des gens de manière
fondamentale. Ces changements ne cessent de bouleverser la vie des
gens, qui doivent s'ajuster en conséquence. Qu'un chômeur
reçoive 60% ou 57% du salaire du dernier emploi
représente une différence
importante quand c'est la seule source de revenu. C'est la même
chose pour ceux qui dépendent de l'aide sociale et des autres
programmes sociaux.
2. Les programmes sociaux concernent
généralement les choses qui ont à voir avec les
droits humains : santé, éducation, aide sociale,
assurance sociale, logement abordable, pensions, etc. Ils doivent donc
être l'attention première de la société
humaine. Il faut renoncer aux façons de voir qui
considèrent ces programmes
comme de simples dépenses et une affaire d'équilibre
budgétaire plutôt que comme un investissement social
fondamental. Cela est d'autant plus vrai lorsque les
réclamations des riches ne sont pas remises en
question tandis que celles de simples citoyens le sont.
3. Les Canadiens ont le droit démocratique
fondamental de pleinement participer aux prises de décisions qui
affectent leur existence. Par conséquent, aucune décision
ne doit être prise en ce qui concerne les programmes sociaux
avant d'être d'abord soumise à l'approbation de ceux dont
l'existence en sera affectée.
Le processus de consultation qui est entrepris ne doit pas, par
conséquent, être utilisé comme un moyen de
légitimer des politiques décidées d'avance, comme
on l'a vu dans le passé.
Finalement, aujourd'hui il y a des intérêts
en conflit sur ces questions à cause du fondement et du
fonctionnement actuels de la société. Les
intérêts individuels se heurtent aux intérêts
collectifs et les intérêts individuels et collectifs se
heurtent à l'intérêt général de la
société. Une approche élargie des programmes
sociaux suivant le principe de l'universalité peut faire une
contribution importante à l'harmonisation des
intérêts individuels avec les intérêts
collectifs et des intérêts individuels et collectifs avec
l'intérêt général de la
société.
La société a beaucoup progressé
depuis l'ère médiévale. Or, l'existence de
disparités entre riches et pauvres et la pression qui veut que
la société ne réponde qu'aux réclamations
des riches l'ont fait reculer au lieu de rompre une fois pour toutes
avec
la société médiévale et créer une
société entièrement nouvelle dans
laquelle le bien-être des uns dépend du bien-être de
tous. Un système de programmes sociaux complets apporterait une
contribution décisive à la création d'une
société véritablement démocratique et
véritablement humaine, dans laquelle tous les différents
intérêts sont harmonisés en faveur de l'ouverture
de la voie
au progrès de la société.
Puisque ces vues ne sont présentées ici
que sous forme de notes brèves, je suis à votre
disposition pour les expliquer et parler de propositions
spécifiques.
Sincèrement,
Hardial Bains,
Dirigeant national,
Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste)

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Courriel: redaction@cpcml.ca
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