La politisation d'intérêts privés,
la dépolitisation de l'intérêt public et la
destruction des avoirs publics
- Sandra L. Smith -
Au niveau fédéral comme au niveau des
provinces et du Québec, l'État est à la
disposition des monopoles. Ce n'est pas nouveau en soi. Ce qui est
nouveau, c'est la vitesse avec laquelle les dernières touches
sont apportées aux nouveaux arrangements mis en place au cours
des vingt dernières années. Ces nouveaux arrangements
vont dans le
sens de tout mettre à la disposition des intérêts
des monopoles les plus puissants de la sphère d'influence
anglo-américaine pour réussir dans la concurrence sur ce
qu'on appelle le marché mondial. Cela a commencé au
milieu des années 1980 avec les accords de libre-échange
qui ont sonné le glas de l'État-providence et ouvert la
phase néo-libérale du capitalisme monopoliste
d'État. Aujourd'hui l'État est mis à contribution
pour détruire les institutions publiques souveraines et assurer
que les intérêts des monopoles les plus puissants et de
leurs oligopoles supplantent tous les autres intérêts.
Un oligopole est un cartel des monopoles les plus
puissants dans un domaine donné. Ils établissent entre
eux un arrangement qui leur permet d'éliminer les rivaux, de
faire faire à l'État ce qu'ils veulent, de fixer les
prix, de détruire les syndicats et de se livrer à
d'autres activités qui servent leurs intérêts. Il y
a des choses bien précises qui
favorisent les intérêts communs de tous les monopoles d'un
secteur donné, comme la destruction de la Commission nationale
du blé. Le pouvoir exécutif au niveau
fédéral a fait adopter une loi qui détruit le
comptoir unique de la mise en marché des céréales.
L'adoption de la nouvelle loi n'était pas motivée par
l'intérêt public, mais par l'intérêt
privé de puissants groupes extérieurs. Le parlement, une
institution constituée pour enchâsser la volonté
populaire dans la forme de la volonté légale et ainsi
représenter l'opinion publique, a pour ainsi dire
été détourné pour servir des
intérêts privés plutôt que publics. C'est ce
qu'on pourrait appeler la destruction du pouvoir décisionnel
souverain
par la politisation d'intérêts privés.
L'utilisation d'institutions et de fonds publics pour
avancer des intérêts privés pose un sérieux
problème de légitimité. Ce problème est
surmonté en invoquant une raison d'État, dans
la forme d'arguments irrationnels à l'effet qu'il y a des
« raisons d'État » qui font que certains
intérêts privés doivent avoir accès à
toutes les ressources du Canada sans restriction et les utiliser comme
bon leur semble. Ces arguments irrationnels utilisent le langage de
l'intérêt national. Les obstacles à la
réalisation de ce qui est défini comme étant
l'intérêt national sont présentés comme un
crime, une trahison, un acte terroriste ou autre violation devant
être punie et ses auteurs
châtiés.
Il n'est pas toujours nécessaire d'adopter de
nouvelles lois pour justifier la nouvelle « raison
d'État ». Souvent cela se fait par simple
réglementation, comme dans le cas des nouveaux arrangements
frontaliers entre le Canada et les États-Unis. Des instances
supranationales non élues ont été
créées avec ample pouvoir discrétionnaire,
que ce soit au nom de la sécurité, du secours ou autre.
On invoque la patrie et le besoin de la protéger contre la
subversion intérieure et extérieure. Des agences
chargées d'assurer la sécurité et la
défense et de protéger les frontières, que les
gens considèrent comme relevant du pouvoir civil, sont
transformées en puissants intérêts privés et
souvent
prises en charge par des entrepreneurs privés.
Pour justifier les arrangements mis en place aujourd'hui
au Canada, aux États-Unis et dans d'autres pays, le premier
ministre et les ministres du Canada, le président des
États-Unis et d'autres premiers ministres, présidents et
idéologues des intérêts monopolistes mondiaux
donnent des « raisons d'État » pour
réaliser les intérêts
monopolistes mondiaux qu'ils représentent. Les arrangements, la
raison d'État, sont centrés sur la politisation des
intérêts privés des monopoles mondiaux, la
dépolitisation des intérêts publics du peuple et la
destruction des avoirs publics et des États-nations.
Que le pouvoir exécutif impose les
intérêts monopolistes privés en établissant
des commissions non élues chargées de superviser la mise
en application des nouvelles réglementations ou en faisant
adopter de nouvelles lois qui défendent les
intérêts monopolistes, tout cela est
considéré comme étant constitutionnel. Les
instances gouvernantes
constituées pour gouverner sur la base de la primauté du
droit sont accaparées et deviennent dysfonctionnelles, et leurs
pouvoirs passent à des instances établies par la
prérogative ministérielle ou présidentielle.
Constitutionnellement, ce sont les pouvoirs résiduels; ils
n'entrent pas dans le mandat de la Chambre des communes, des
assemblées
législatives provinciales, du Congrès, etc. Ils sont
illimités dans la mesure où ils ne sont pas restreints en
pratique par l'assemblée législative ou un autre pouvoir.
Les changements apportés dans les arrangements
relèvent de prérogatives constitutionnellement
sanctionnées du bureau du premier ministre, du
président
ou des ministères, utilisées pour servir des
intérêts privatisés. Leur arrogance provient de la
possibilité d'utiliser des pouvoirs arbitraires
impunément. Le pouvoir d'exception n'est plus
l'exception, il est devenu la règle. Le pouvoir d'exception
échappe à l'État de droit et peut être
décrit par l'expression « anarchie
érigée en autorité ».
Les efforts pour donner naissance à ce nouveau
régime créent plusieurs problèmes. La destruction
du système public à la faveur d'intérêts
privés crée l'anarchie et la violence, alors
l'élite dominante réclame elle-même une certaine
réglementation parce qu'elle a besoin de prédire le
résultat de l'investissement financier. Sur le plan
international,
l'existence d'intérêts privés politisés et
rivaux est un des grands facteurs favorisant l'éclatement d'une
nouvelle guerre inter-impérialiste pour le repartage du monde en
nouvelles sphères d'influence, zones d'exportation de capitaux
et sources de matières premières et de main-d'oeuvre
à bon marché. Un autre problème pour le nouveau
régime est de
prendre les moyens pour étouffer toute résistance
organisée de la classe ouvrière et des peuples du monde.
Au Canada, beaucoup de modifications sont faites aux
arrangements étatiques qui ne requièrent pas de
changement constitutionnel. Les Canadiens ont appris lors des entrevues
de fin d'année et de début d'année dans les
médias que le gouverneur général et le premier
ministre ont repris la pratique des consultations
régulières pour s'assurer que
tous changements apportés soient conformes à la
constitution. L'impression est donnée que si une mesure
adoptée par le gouvernement se conforme à la
constitution, elle n'est pas au-dessus de la primauté du droit.
La mesure est de facto démocratique et acceptable. Or,
la réalité demeure que la mesure peut être conforme
à la
constitution parce qu'autorisée en vertu des pouvoirs
résiduels arbitraires de l'exécutif sans être pour
autant acceptable, souvent bien au contraire. La loi C-18, par exemple,
qui abolit la Commission canadienne du blé, sert des
intérêts monopolistes étrangers privés, pas
les intérêts publics des Canadiens constitués en un
corps politique souverain
chargé de défendre ce qui représente
historiquement le bien public ou l'intérêt public.
Pour ce qui est d'être démocratique, ce que
les Canadiens perçoivent comme étant vrai est fondamental
pour la survie du système. Les instances élues doivent
être vues comme étant démocratiquement élues
et les lois qu'elles adoptent doivent être vues comme
étant adoptées démocratiquement. Un gouvernement
majoritaire comme celui de
Stephen Harper est perçu comme étant arrogant et abusif
parce qu'il est arrogant et abusif. Mais en soi cela ne veut pas dire
qu'il agit illégalement. Il agit dans les confins de ce que le
gouvernement et ses conseillers considèrent comme relevant des
prérogatives du pouvoir exécutif prévus dans la
Constitution. Avant l'adoption de la loi C-18, la loi
abolissant le guichet unique de la mise en marché du blé,
la Cour du Manitoba a jugé qu'elle dérogeait à la
primauté du droit. Mais elle ne l'a pas déclarée
inconstitutionnelle. Le projet de loi a été
déposé à la Chambre des communes et il a
été adopté. Comment expliquer que le gouvernement
Harper ait été si certain que sa nouvelle loi ne pourrait
être déclarée inconstitutionnelle malgré
l'absence d'un référendum pour savoir ce qu'en pensent
les agriculteurs des provinces de l'Ouest, comme l'exigeait la loi
précédente ? Tout simplement parce que si son projet
était contesté, il soutiendrait qu'il est guidé
par la constitution qui dit que ce qui appartient au domaine de la
réglementation
relève des pouvoirs arbitraires des ministres et que la
consultation prescrite par la loi précédente porte sur
certains règlements définissant uniquement quelles
céréales sont comprises dans le guichet unique. Ce qui
est un argument intéressé, puisque c'est pour justifier
que la nouvelle loi sert des intérêts privés
plutôt que les intérêts publics.
L'arrogance du gouvernement s'explique en partie par sa
conviction que personne ne peut l'arrêter et qu'il peut donc
faire ce qu'il veut. Il soutient que le processus démocratique
permet aux électeurs de porter un jugement sur sa conduite
à la prochaine élection générale, ce qui
n'est plus vrai aujourd'hui. Le processus d'élection des
institutions
dites démocratiques est lui aussi en train de subir des
changements. Les gouvernements au service des intérêts
privés les plus puissants se servent de firmes de relations
publiques, expertes en manipulation médiatique, pour obtenir les
résultats électoraux désirés. Les partis
politiques et les institutions publiques sont devenus dysfonctionnels,
ce qui
veut dire que les expressions politiques organisées deviennent
plus rares, sinon qu'elles sont totalement absentes. Le citoyen est
dépolitisé, l'intérêt public est
dépolitisé et les avoirs publics sont détruits,
tandis que sont politisés des intérêts
privés.
L'opposition à la soumission de l'État
à la dictature des monopoles les plus puissants fait partie du
renouveau politique. Le renouveau politique moderne doit favoriser la
classe ouvrière et le peuple du Canada, des États-Unis et
du monde. Le renouveau politique moderne requiert une nouvelle
direction pour l'économie qui ne met pas tous les
avoirs du pays à la disposition des cartels de monopoles
géants. Les actions de ces cartels causent des torts
irréparables à l'économie socialisée et
sapent le droit d'existence des Premières Nations. Elles visent
à transformer la classe ouvrière en une main-d'oeuvre
asservie et déshumanisée. Tout cela est fait au nom de
l'intérêt national, de la
prospérité économique et de la
sécurité de la patrie, alors qu'en réalité
cela sert les intérêts privés des monopoles.
Il est important que la classe ouvrière
reconnaisse et discute des arguments intéressés qu'offre
l'élite dominante pour justifier les nouveaux arrangements mis
en place qui servent à politiser de puissants
intérêts privés. Ces intérêts
privés sont sanctionnés par de nouvelles lois, de
nouvelles réglementations et l'allocation de fonds publics. Les
assemblées législatives représentant
l'intérêt public et les institutions et agences publiques
sont détruites ou sont devenues dysfonctionnelles, ce qui
crée une situation de crise générale. Le peuple
doit occuper l'espace du changement et faire les pas pratiques
nécessaires pour que la crise soit résolue en sa faveur.
Les désastres que les impérialistes et
leurs bourreaux ont déclenchés peuvent être
arrêtés et renversés par une alternative
organisée et mue par le peuple.

Forum économique de Davos
Les angoisses existentielles du capitalisme
- Pauline Easton -

À gauche:
Clôture de sécurité et patrouilles
policières à Davos, en Suisse, où se tient le
Forum économique mondial.
À droite: Manifestation contre le forum à Berne, capitale
de la Suisse
L'élite mondiale et ses porte-parole dans les
médias sont rusés à l'extrême.
Confrontée à une condamnation mondiale des monopoles
mondiaux et des capitalistes financiers les plus puissants et de leur
programme visant à placer les avoirs des peuples du monde et de
leurs États à leur disposition, sans égard au
chaos et à la destruction que
provoquent les affrontements entre intérêts privés
rivaux, cette élite se sert maintenant de son obscène
rencontre annuelle à Davos, en Suisse, pour créer
l'ultime diversion : comment réformer le système
capitaliste ?
Cette année le Forum économique mondial a
été le lieu d'un débat entre factions qui
rivalisent pour le contrôle du pouvoir d'État, les unes
pour et les autres contre les politiques à la Tea Party. Les
législateurs et chefs d'État semblent en proie à
des angoisses existentielles confrontés qu'ils sont à la
nécessité de rassurer le monde que le système
capitaliste est la seule voie possible et qu'il s'agit ou bien
d'éliminer certaines de ses injustices, ou bien de le rendre
plus
libre, ou un mélange des deux. Ce qu'il faut voir, c'est que les
uns et les autres cherchent à justifier la mise de tous les
avoirs de l'État à la disposition de l'oligarchie
financière internationale.
Pour les uns, il s'agit de rendre les
réglementations plus rigides, ce qui veut dire renforcer les
nouveaux arrangements qui établissent le droit de monopole au
risque de favoriser certains intérêts au détriment
de certains autres. Pour les autres, il s'agit de donner libre cours
aux forces du marché et de les laisser tout décider, peu
importe les
conséquences. Évidemment, la deuxième option vise
tout aussi bien à consolider les intérêts des
monopoles. Pour ce qui est du premier ministre du Canada, Stephen
Harper, il est favorable aux deux options à la fois, sa
façon à lui de servir ce qu'il considère comme
était l'« intérêt national ».
Les tenants du Tea Party croient que les valeurs
auxquelles ils prétendent adhérer – la liberté, le
choix et la souveraineté individuelle et d'État –
suffisent à légitimer leur projet. Ils s'opposent
à l'intervention de l'État pour ce qui est des programmes
sociaux et de défendre l'intérêt public, mais ils
veulent que tous les arrangements
au niveau militaire et de la sécurité soient en place
pour protéger les intérêts acquis.
Les tenants de la deuxième option, du type Obama,
s'acharnent à vouloir légitimer leur défense des
intérêts monopolistes en prétendant rechercher
l'équité ou combattre la corruption. Les uns et les
autres cherchent à établir certains contrôles et
barèmes dans la guerre civile qui éclate entre
intérêts privés rivaux et veulent éviter de
provoquer un
soulèvement révolutionnaire de tous ceux que le
système dépossède. Les uns et les autres voient
à ce que toutes les dispositions en matière de
sécurité soient prises pour protéger leurs
intérêts acquis des conséquences d'une telle
rébellion ou d'une usurpation de quelque sorte.
Pour mieux comprendre ce que les agences de nouvelles
disent au sujet du Forum économique mondial de Davos, il faut le
voir dans le contexte de ce soi-disant débat d'orientation. Ce
débat n'est pas confiné aux États-Unis, il affecte
l'ensemble du système impérialiste d'États. C'est
en partie parce que les élites dominantes de ce qu'on appelle
l'Eurozone s'affairent également à restructurer
l'État pour servir leurs propres
« intérêts nationaux » et en partie
parce que la dette et le déficit étasuniens jouent un
rôle dominant dans les économies de tous les pays envers
lesquels les États-Unis sont endettés.
Le Economic Times de l'Inde cite le fondateur
du Forum économique mondial, Klaus Schwab, qui dit :
« Le capitalisme, dans sa forme courante,
n'est plus adapté à notre monde. Nous n'avons pas
tiré les leçons de la crise de 2009. Il existe un besoin
urgent de transformation mondiale, et il est nécessaire de
l'entamer en ressuscitant le sentiment de responsabilités
sociale. »
Le Economic Times cite le récent
rapport mondial sur les risques publié par le Forum
économique mondial qui met en relief les
inégalités en hausse et les pointe du doigt en tant que
menace la plus importante pour l'avenir de la planète.
L'Associated Press écrit :
« Lors d'un entretien, Klaus Schwab ne renie
pas qu'il est toujours ‘un croyant invétéré des
marchés libres, en autant que ces marchés libres servent
la société. [...]' Il dit que les membres du mouvement
contestataire des indignés, ceux-là mêmes qui sont
campés dans des igloos à Davos, sont invités
à une session en marge du forum ayant
pour thème comment réformer le capitalisme. Un
organisateur d'Occupy, David Roth, a dit à l'AP que son
groupe n'avait pas décidé s'il allait accepter
l'invitation. »
Par ailleurs, le milliardaire George Soros est
allé au Forum parler de son sujet de prédilection qui a
fait le sujet d'un bouquin, « la prochaine guerre des
classes aux États-Unis ». Lors d'un entretien avec le
périodique Newsweek, Soros déclare :
« Je ne suis pas porteur de bonnes nouvelles.
La situation est la plus sérieuse et la plus difficile de toute
ma carrière. [...] Nous sommes confrontés à une
période extrêmement difficile, comparable à bien
des égards aux années 1930, la Grande Dépression.
Nous sommes confrontés aujourd'hui à un repli
général dans le monde développé,
qui menace de nous laisser une décennie de plus dans la
stagnation, voire pire. Le meilleur scénario est un
environnement déflationniste. Le pire scénario est un
effondrement du système financier. »
Newsweek écrit :
« Soros se base sur ses années d'expérience
pour soutenir que la crise économique mondiale est aussi
importante, et imprévisible, que la fin du communisme.
« L'effondrement du système
soviétique fut un événement assez extraordinaire,
et nous vivons quelque chose de semblable dans le monde
développé, sans nous rendre pleinement compte de ce qui
se passe.
« Pour Soros, la réfutation
spectaculaire du credo des marchés efficaces – la notion selon
laquelle les marchés sont rationnels et peuvent se
réguler par eux-mêmes et éviter le désastre
– est comparable à l'effondrement du marxisme en tant que
système politique. ‘L'interprétation prédominante
s'est avérée très trompeuse,
dit-il. Elle présume d'une connaissance parfaite, ce qui est
loin de la réalité. Nous devons passer de l'Âge de
la raison à l'Âge de la faillibilité pour avoir une
bonne compréhension des problèmes.'
« La compréhension, dit-il, est
clé. ‘La concurrence débridée peut pousser les
gens à des actions qu'ils peuvent regretter. La tragédie
de notre situation actuelle est la conséquence non
intentionnelle d'une compréhension imparfaite. Les malheurs du
monde sont en grande partie non intentionnels. Un grand nombre de
personnes liées au
système financier ont occasionné beaucoup de
dégâts sans en avoir eu l'intention.'
« Soros croit néanmoins que l'Occident
fait tout en son pouvoir pour gérer les conséquences du
malheur dans le monde financier, tout comme les pays de l'ancien bloc
de l'Est l'ont fait sur le plan politique. Avoue-t-il en fait que les
génies financiers ayant occasionné l'effondrement
économique étaient malveillants en plus d'être dans
l'erreur ? ‘C'est exact'. Ce qui contredit Lloyd Blankfeld, patron
de Goldman Sachs, qui avait dit au Sunday Times of London, au
faîte de la crise financière, que les banquiers
‘accomplissent l'oeuvre de dieu.' [...]
« Alors que Soros, dont la nouvelle oeuvre
littéraire, Tempête financière en Europe et
aux États-Unis, se concentre actuellement sur l'Europe, il
avoue néanmoins que les divisions économiques et sociales
aux États-Unis vont aussi s'approfondir. Il sympathise avec le
mouvement des indignés, qui exprime un désillusionnement
répandu face au capitalisme, désillusionnement qu'il
partage. Les gens ‘ont raison d'être frustrés et en
colère' devant les coûts de sauvetage du système
bancaire, coûts que les contribuables ont encaissés
à la place des actionnaires et des détenteurs
d'obligations.
« Occupy Wall Street ‘est une
expression de contestation incomplète et sans direction', mais
c'est un mouvement qui va grandir. Occupy a ‘mis à
l'ordre du jour des questions que la gauche institutionnalisée
n'a pas réussi à soulever depuis un quart de
siècle'. Soros saisit une analyse tirée du blogue
politique ThinkProgress.org, qui démontre comment le
mouvement des indignés a placé le chômage à
l'ordre du jour des principaux groupes de médias, y compris
MSNBC, CNN et Fox News. L'analyse révèle qu'en une
semaine en juillet de l'an dernier le mot ‘dette' a été
mentionné plus de 7 000 fois sur les principaux
réseaux
de nouvelles télévisées des États-Unis. En
octobre, les mentions du mot ‘dette' ont chuté à
398 en une semaine, alors que le mot ‘occupy' a été
mentionné 1 278 fois, ‘Wall Street'
2 378 fois et ‘emplois' 2 738 fois. Impossible de
tenir un financier à l'écart de sa métrologie.
« Alors que la colère gronde, les
émeutes dans les rues des États-Unis sont
inévitables. ‘Oui, oui, oui', dit-il, avec une quasi
satisfaction. La réponse à l'agitation politique pourrait
être plus dommageable que la violence elle-même. ‘Ce sera
un prétexte pour le recours à la manière forte,
aux tactiques brutales pour maintenir la loi et
l'ordre, ce qui, in extremis, pourrait mener à un
système politique répressif, à une
société dans laquelle la liberté individuelle est
beaucoup plus restreinte, ce qui serait une rupture avec la tradition
aux États-Unis.' »
Ainsi, les électeurs d'Obama et autres compagnons
de route sont contraints par des personnages comme le milliardaire
George Soros et d'autres de son genre de se ranger du côté
de l'option opposée aux politiques du Tea Party, bien que
l'objectif des uns et des autres soit de fortifier le capitalisme. Tout
cela sert à nier l'alternative pour la
classe ouvrière, qui est de développer sa politique
indépendante, dont le renouveau politique et constitutionnel
pour résoudre la crise de façon en faveur du droit public
plutôt que du droit de monopole. Toute autre option ne fait que
contribuer à la guerre civile et aux bouleversements qui
prédominent aux États-Unis par suite de la contention
entre
deux intérêts rivaux et du fait de forcer les peuples du
monde à payer de leur sueur et de leur sang.
L'allocution de Stephen Harper à Davos
De
tous les choix possibles dans le monde, c'est le premier ministre du
Canada, Stephen Harper, qui a été invité à
prononcer l'allocution
principale au Forum de Davos. Selon certains médias :
« Son discours
direct attirera sans doute l'attention sur le Canada. »
Harper
devait aussi « tenir des tables rondes avec les dirigeants
du monde des
affaires. Suite à son discours jeudi, il devait être
accompagné du
fondateur du sommet, Klaus Schwab, pour une période de questions
et
réponses ».
Harper était accompagné du ministre des
Finances, Jim Flaherty, du
ministre des Affaires étrangères, John Baird, du ministre
du Commerce
international, Ed Fast, ainsi que de Mark Carney, qui est gouverneur de
la Banque du Canada et qui dirige le Conseil de stabilité
financière.
Selon les bulletins de nouvelles, Harper a
déclaré à l'élite
mondiale faite d'entrepreneurs et de politiciens que « le
capitalisme,
en dépit des critiques, est toujours la meilleure option pour
créer la
prospérité – mais il doit être soutenu par une
réglementation
adéquate ». Autrement dit, la position de Harper face
au débat
d'orientation qui fait rage sur la question d'augmenter la
réglementation afin de sauver le capitalisme ou d'interdire
toute forme
d'intervention d'État et de donner libre cours au libre
marché,
advienne que pourra, est d'embrasser les deux options. Il se servira
donc de l'État pour augmenter la réglementation lorsque
cette mesure
servira son objectif,
et il s'opposera à l'intervention de l'État et laissera
le libre marché
déterminer la suite lorsque cette mesure servira son objectif.
Il aura
recours aux deux options selon les exigences de l'heure des monopoles.
Le codirecteur des communications de Harper, Andrew
MacDougall, a
dit que le premier ministre demandait d'agir « en toute
urgence » pour
rétablir l'Eurozone. Il a mis en lumière les aspects
suivants de
l'allocution :
« L'Europe doit une fois pour toutes
rétablir l'ordre dans sa maison
criblée de dettes, ou la contagion économique risque de
se répandre de
par le monde et déclencher une récession, a dit
MacDougall. La crise de
la dette souveraine est toujours un problème immédiat et
pressant. Elle
constitue une menace pour la croissance forte, viable
et équilibrée devenue une priorité pour les pays
du G-20 et elle risque
de plonger le monde dans une autre récession. »
Sur la question des échanges commerciaux,
« le Canada déploie de
grands efforts pour ‘diversifier' ses partenaires commerciaux partout
dans le monde – plus spécifiquement dans les régions aux
économies en
croissance telles que l'Asie – et doit finaliser cette année une
entente de libre-échange avec l'Europe.
« La recherche de clients par le secteur
canadien de l'énergie ne se limite pas aux
États-Unis. »
En fait, l'allocution du 26 janvier de Harper a
aussi exposé les
plans du gouvernement pour les mois à venir. Tout en
prétendant que
l'objectif premier sera d' « entreprendre des
transformations majeures
afin de favoriser la croissance du Canada dans un avenir
rapproché »,
il a exposé un programme de destruction et de
privatisation qui fera considérablement reculer la
société.
Harper a élaboré son point selon lequel le
droit des Canadiens à des
programmes sociaux convenables est une menace aux programmes sociaux.
« Notre démographie représente aussi une
menace aux programmes sociaux
et aux services que les Canadiens chérissent »,
a-t-il dit. Cette
déclaration succincte justifierait d'importantes
coupures aux programmes sociaux et de nouvelles vagues de privatisation.
« C'est pourquoi nous prendrons des mesures
importantes dans les
mois à venir, non seulement pour retrouver l'équilibre
budgétaire à
moyen terme, mais aussi pour assurer la viabilité de nos
programmes
sociaux et de notre situation financière à l'intention de
la prochaine
génération. Nous avons déjà pris des
mesures pour limiter la
croissance de nos dépenses en soins de santé au cours de
cette période.
Nous devons faire de même pour notre régime de
retraite. » [le régime de sécurité
de la vieillesse – ndlr]
L'allocution de Harper a mis en lumière les
divers domaines affectés par les
« transformations » du Canada par le
gouvernement :
- « continuer de faire les investissements
clés dans la science et
la technologie qui sont nécessaires pour soutenir une
économie moderne
et compétitive »
- « nous prendrons sous peu des mesures pour
faire en sorte que les
grands projets énergétiques et miniers ne soient pas
inutilement
retardés pour des raisons de réglementation,
c'est-à-dire retardés sans aucune raison »
- « réduire le fardeau administratif
des entrepreneurs »
- « nous entreprendrons aussi une
réforme importante de notre
système d'immigration... [en nous assurant] que nos efforts en
matière
d'immigration répondent aux besoins de l'économie et de
la population
active »
- « faire ratifier les accords que nous avons
signés,
particulièrement dans notre propre hémisphère, et
nous allons chercher
à conclure des accords importants au-delà de
celui-ci ».
- « compléter les négociations
d'un accord de libre-échange Canada-Union européenne
cette année »
- « tenter de conclure les
négociations d'un accord de libre-échange avec l'Inde en
2013 »
- « amorcer
des
pourparlers
en
vue de notre
adhésion au Partenariat
transpacifique, tout en explorant d'autres moyens pour intensifier nos
échanges commerciaux avec l'Asie »
- « continuer à travailler avec
l'administration Obama pour mettre en oeuvre notre initiative conjointe
Par-delà la frontière »
- « faire une priorité nationale
d'avoir la capacité d'exporter nos
produits énergétiques ailleurs qu'aux États-Unis,
et plus
particulièrement en Asie. »

L'attaque de Harper contre les aînés
du Canada au Forum de Davos
- Jim Nugent -
Le Forum
économique mondial tenu
annuellement à Davos, en Suisse, est une occasion pour les PDG
des plus
grands monopoles mondiaux et les chefs d'État à leur
service de se
rencontrer. On estime que 2600 personnes y ont participé,
provenant de
plus de 100 pays, et que de ce nombre il y avait 1600 gens d'affaires,
40 chefs d'État et
d'autres représentants de gouvernement, en plus des
médias et des
organisations culturelles, sportives et scolaires. Le thème de
la
rencontre des riches et puissants du monde cette année
était : « La
grande transformation : trouver de nouveaux
modèles ».
Le premier ministre du Canada Stephen Harper y
était et a profité de
son discours pour annoncer de nouvelles attaques de son gouvernement
contre le droit des travailleurs retraités et des
aînés de vivre avec
dignité, en sécurité et en santé dans la
vieillesse.
L'essentiel du discours de Harper a consisté
à vanter les mérites du
Canada à un auditoire composé de PDG. Il a dit que le
Canada avait
réduit les impôts sur les sociétés plus que
tout autre pays développé,
que les frontières du Canada avaient été
virtuellement éliminées en
faveur des monopoles internationaux par le biais d'ententes
commerciales et que de nouvelles ententes étaient en cours. Il a
offert
l'énergie, les minéraux et autres ressources du Canada
à un pillage
continu et sans limites. Ensuite, le premier ministre a abordé
le thème
du jour, garantissant que son gouvernement entreprendrait les
« grandes
transformations » que les oligarques réclamaient des
représentants de gouvernement à Davos.
Harper a dit que les gouvernements de l'Occident se sont
« préoccup[és] avant tout des services et des
droits auxquels nous
sommes habitués » et d'une
« volonté trop généralisée
d'acquiescer à
des normes et à des avantages qui dépassent notre
capacité et même
notre volonté de payer ». Il a engagé son
gouvernement
« dans les mois à venir, à entreprendre de
grandes transformations »
visant à réduire les services, le niveau de vie, les
avantages sociaux
et les droits acquis des Canadiens. Prenant spécifiquement les
aînés
comme cible de cette transformation, il a dit que les coûts de
la
santé et des pensions résultant d'une population
vieillissante
constituent une menace telle qui « pourrait miner la
situation
économique du Canada bien plus que les crises économiques
actuelles ».
« Nous avons déjà pris des
mesures pour limiter la croissance de nos
dépenses en santé », a dit Stephen Harper, se
référant à la récente
annonce unilatérale du gouvernement qu'il allait réduire
de façon
importante la part du fédéral dans le partage des
coûts de la santé
avec les provinces. « Nous devons faire de même pour
notre système de revenu de retraite en ce qui concerne les
éléments du
système qui ne sont pas financés et auxquels nous
apporterons les
changements nécessaires pour assurer leur
viabilité. »
Au moment même où Stephen Harper
prononçait son discours, le Cabinet
du premier ministre se prêtait à une campagne de
saturation médiatique
sur la question de l'urgence de couper dans les pensions. Il
était très
clair que le discours devait donner lieu à une
« crise des pensions ».
Des charlatans de l'institut CD Howe et autres
instituts de relations publiques des riches étaient actifs
à faire des
déclarations pour appuyer les propos de Harper. D'un
océan à l'autre,
la presse et les ondes étaient tout à coup remplies de
commentaires sur
la population vieillissante du Canada et du besoin d'une réforme
pour
les pensions.
Les briefings médias du Cabinet du premier
ministre ont précisé que
les propos de Harper touchaient à la Sécurité de
la vieillesse (SV) et
aux programmes de prestations de revenu garanti (PRG). Une proposition
spécifique a été mise de l'avant à l'effet
que l'âge d'admissibilité
pour la SV et les PRG passerait de 65 à 67 ans. Cette
annonce a été accompagnée de statistiques
démographiques des plus
démagogiques dans l'intention de confirmer la
nécessité d'une telle
mesure.
Le choix de ces statistiques vise à créer
l'impression d'une société
entière de retraités vivant aux dépens du travail
de quelques
travailleurs actifs. En fait, le ratio de dépendance (le nombre
de
personnes actives proportionnellement à la population dans son
ensemble) se stabilise à environ 50/50, ce qui est très
faible selon
les normes historiques
(avant les années 60, le ratio était de 35 au
travail/65 sans travail).
En surcroît, la SV et les PRG ne représentent qu'une
infime fraction de
la richesse produite, seulement 2,5 % du PIB, qui n'augmentera
qu'à
3,2 % du PIB lorsque la population vieillissante aura atteint son
apogée en 2030.
Le discours de Harper et la campagne médiatique
au sujet d'une
« crise des pensions », appuyés par un
charabia statistique, avaient
pour dessein de créer l'impression que le fait de réduire
le niveau de
vie des personnes retraitées est une inévitabilité
mathématique et
économique – un fait accompli – et qu'il n'y
resterait que quelques détails à roder. Mais il s'agit
d'une question
politique. Le but de la propagande de Harper est de régler cette
question politique en faveur des riches en attaquant la profonde
conviction de la classe ouvrière et de tous les Canadiens que la
dignité, la sécurité et la santé dans leurs
vieux jours sont un droit.
Pour défendre leur conviction, les travailleurs –
retraités et
actifs – doivent se mesurer politiquement à la dictature Harper
et à son
assaut contre les droits des travailleurs à la retraite. Les
engagements que Harper a pris à Davos à l'égard
des riches, de couper
dans les retraites, sont plus faciles à dire qu'à faire.
De telles
promesses
avaient été faites par le gouvernement Mulroney et par le
gouvernement
Chrétien-Martin, mais leurs tentatives de couper dans les
pensions ont
été défaites. Les travailleurs doivent
développer les moyens
nécessaires pour mener à nouveau cette bataille pour les
droits de tous.

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