Lockouts et rébellion réactionnaire
des propriétaires du capital monopoliste

L'absence du facteur humain/conscience
sociale est
le problème posé et à résoudre pour la
classe ouvrière.
Partout au Canada et aux États-Unis, les
propriétaires du capital monopoliste ont recours aux lockouts
pour forcer la classe ouvrière à faire des concessions.
Cela a pour conséquence de transférer la valeur de ceux
qui produisent la richesse et qui livrent les services vers ceux qui
possèdent et contrôlent les moyens de production et les
instruments de livraison des services, dans le secteur public comme
dans le secteur privé.
Il y a plusieurs lockouts en ce moment : contre les
travailleurs de Rio Tinto Alcan au Québec, ceux d'Electro-Motive
Diesel en Ontario, de l'American Crystal Sugar dans le Nord Dakota et
de Cooper Tire & Rubber à Findlay, dans l'Ohio. Le maire de
Toronto et ses partisans au conseil municipal menacent de mettre les
travailleurs municipaux en lockout au début de février.
La rébellion réactionnaire des
propriétaires du capital monopoliste et de leurs
représentants politiques contre la classe ouvrière a
à la fois une base objective et une base subjective. La base
objective est dans la force relative des propriétaires du
capital monopoliste par rapport à la classe ouvrière,
surtout grâce à leur contrôle de la machine
d'État. L'expansion mondiale du capital a atteint un point
où une poignée de propriétaires contrôle la
majeure partie de la production de certains produits et la
livraison de certains services, comme Rio Tinto pour la production de
l'aluminium. La réduction de la production de l'aluminium
à cause du lockout à Alma a pour effet de faire monter
presque instantanément le prix du marché de l'aluminium.
La poursuite de la production de l'aluminium à d'autres
alumineries de Rio Tinto ailleurs dans le monde et la vente
d'hydro-électricité au gouvernement du Québec
à partir de sa centrale à Alma, alors qu'elle est
censée être utilisée pour la production, font en
sorte que le monopole continue d'encaisser un revenu net. Durant les
onze mois du lockout contre les métallos de l'aciérie de
Hamilton, le monopole US Steel a utilisé la production à
ses aciéries aux États-Unis pour continuer de
répondre à la demande canadienne. Un autre aspect de la
force relative des propriétaires du capital monopoliste et de
leurs représentants politiques est l'existence d'un taux
élevé de chômage permanent. L'énorme
réserve de travailleurs sans travail devient un marché
où recruter des mercenaires à titre de briseurs de
grève et de forces paramilitaires pour continuer la production
ou la livraison des services durant un lockout. Plus de 900 mercenaires
antiouvriers sont embauchés par l'American Crystal Sugar durant
le lockout et, à l'usine de Rio Tinto d'Alma, la compagnie
utilise des travailleurs non syndiqués en sous-traitance. Les
propriétaires du capital monopoliste, de connivence avec les
gouvernements, ont recours à plusieurs tactiques durant un
lockout pour forcer les travailleurs à accepter des conventions
à rabais ou pour détruire les syndicats, y compris le
recours à des lois spéciales comme celles forçant
le retour au travail des employés de Postes Canada et d'Air
Canada.
Or, ces facteurs objectifs favorisent les
propriétaires du capital, pendant que le mouvement ouvrier est
en repli, et cela partie du mouvement dialectique de la lutte de classe
entre les propriétaires du capital et la classe ouvrière.
Dans cette dialectique, la classe ouvrière est le facteur humain
progressiste montant, capable de passer du repli à un mouvement
avant et de transformer les conditions objectives en sa faveur. Cela
peut se faire avec la mobilisation du facteur humain/conscience sociale
latent au sein de la classe ouvrière et la mise à
contribution de sa supériorité numérique et de la
position cruciale qu'elle occupe dans l'économie
socialisée.
La base subjective de la rébellion des
propriétaires du capital monopoliste et de leurs
représentants politiques contre la classe ouvrière est la
conviction d'avoir la classe ouvrière sur la défensive et
en repli. C'est leur conception du monde antiouvrière et elle a
également son reflet dans le mouvement ouvrier. Pour le
mouvement ouvrier, c'est sa plus grande faiblesse. Le facteur
humain/conscience sociale est étouffé et supplanté
par la conception du monde des propriétaires du capital, et cela
a pour effet de saper la confiance de la classe ouvrière dans sa
capacité et son pouvoir de défendre les droits de tous et
de créer les conditions pour une alternative pro-sociale.
L'absence du facteur
humain/conscience sociale au sein de la classe ouvrière est
devenue
le problème posé et à résoudre le plus
pressant. Elle se manifeste dans la pensée des travailleurs et
elle explique pourquoi la voix de la classe ouvrière est absente
des affaires politiques et économiques du pays. La classe
ouvrière et ses dirigeants doivent multiplier les efforts pour
renverser la situation en ce qui concerne les conditions subjectives et
libérer le facteur humain/conscience sociale comme une arme pour
venir à bout de la force objective temporaire des
propriétaires du capital et de leurs représentants
politiques, et faire échec à leur rébellion
réactionnaire. Il faut pour cela des actions des travailleurs et
de leurs alliés pour donner une forme objective au facteur
humain/conscience sociale, avec une puissante Opposition
ouvrière capable d'avoir un impact et un Parti communiste de
masse. La classe ouvrière et ses alliés ont besoin de
formes organisationnelles à chaque endroit de travail et dans
chaque quartier pour unir, discuter, analyser, produire des voix
médiatiques et établir des groupes de rédacteurs
et diffuseurs chargés d'informer la population, et de dresser
des plans d'action pour défendre les droits de tous et mobiliser
le peuple autour d'un objectif pro-social.
Ce sont les travailleurs et leurs alliés qui ont
la responsabilité de faire avancer le monde passé cette
période de repli et de rébellion réactionnaire des
propriétaires du capital monopoliste. Ensemble, cela peut se
faire ! L'histoire nous appelle à nous unir, à
libérer la dialectique et sa tendance progressiste, à
mettre en oeuvre le facteur humain/conscience sociale et à
sortir des sentiers battus dans la défense des droits de tous et
l'articulation d'une alternative pro-sociale !

La lutte des travailleurs de RTA Alma
s'attire le respect, même de très loin!
Visite importante de travailleurs de Kitimat à
Alma
Des représentants
des travailleurs de Rio Tinto Alcan et de la centrale
hydro-électrique Kemano de Kitimat, en
Colombie-Britannique, venus rendre visite aux travailleurs d'Alma.
Premier à gauche: Marc Maltais, président
du Syndicat des travailleurs de l'aluminion d'Alma, et à
côté de lui le représentant des travailleurs de la
mine
Niobec de Saint-Honoré, Québec. (Mark McIlwrath)
Les 19 et 20 janvier, une délégation
de travailleurs de Rio Tinto à Kitimat, en Colombie-Britannique,
membres de la section locale 2301 du syndicat des Travailleurs
canadiens de l'automobile (TCA), était au
Saguenay-Lac-Saint-Jean
pour appuyer les travailleurs en lockout à l'usine d'Alma. La
délégation était constituée du
président de la section locale 2301 Ed Abreu et de deux autres
membres
de l'exécutif.
Les travailleurs de Kitimat
ont rejoint les lignes de piquetage à l'usine d'Alma et se sont
entretenus avec les syndicats d'Alma et d'Arvida et avec les
représentants régionaux des TCA. Ils ont
dénoncé la décision de Rio Tinto de mettre ses
travailleurs en lockout le jour même où la convention
collective arrivait à échéance et l'expulsion
brutale des travailleurs par 150 agents de sécurité
embauchés par la compagnie 24 heures avant le début
de la période légale de lockout ou grève. Ils ont
dit que ce n'est pas important que les uns soient membres du Syndicat
des métallos et les autres des TCA, car ils ont tous les
mêmes intérêts et que leur lutte est la même.
Les travailleurs rapportent que les discussions ont porté sur la
lutte contre l'utilisation sans restriction de la sous-traitance et
pour un plancher d'emplois syndiqués aux alumineries de Rio
Tinto.
Kitimat est une petite ville côtière
du nord de la Colombie-Britannique avec environ 9000 habitants,
où Rio Tinto est le principal employeur. Comme à Alma et
Arvida, Rio Tinto à Kitimat possède une centrale
hydro-électrique et a le privilège de tirer son
électricité des rivières de Kitimat. Comme au
Saguenay-Lac-Saint-Jean, les travailleurs de Kitimat parlent d'une
multiplication des attaques depuis que Rio Tinto a acquis Alcan en 2007.
Les travailleurs de Kitimat vont eux-mêmes
bientôt
être en négociation puisque leur convention collective se
termine à la fin de juillet 2012. Rio Tinto a annoncé un
investissement de 3,3 milliards $ pour la modernisation de
l'aluminerie de Kitimat, qui augmentera la production de 282 000
tonnes d'aluminium par année à 420 000 tonnes. Les
travailleurs croient que la compagnie va profiter de l'occasion pour
réduire le nombre de travailleurs syndiqués, de 1100
qu'ils sont aujourd'hui à 850, et que les nouveaux postes vont
être donnés en sous-traitance. Ils disent que Rio Tinto a
entre autres fait savoir que si un service est fait en sous-traitance
dans plus de 50 % de ses alumineries, elle va vouloir faire la
même chose dans toutes les usines. C'est pourquoi, disent-ils, la
lutte des travailleurs d'Alma transcende la région et a des
répercussions pour les travailleurs de l'aluminium partout au
pays.
Les travailleurs de Kitimat se sont dits très
satisfaits de leur visite. En plus de discuter avec les travailleurs
d'Alma, la délégation a été
interviewée par les médias locaux. Ce n'est pas la
première fois que les travailleurs de Kitimat se rendent dans la
région ou communiquent avec les travailleurs d'Alma. Ils
étaient là le printemps dernier et maintiennent le
contact par téléconférences et par les
médias sociaux.
De retour à Kitimat, ils ont fait rapport de leur
visite aux travailleurs par l'entremise du bulletin syndical. Ils
écrivent entre autres :
« Il y a eu une rencontre avec les
représentants des métallos, dont le président du
syndicat d'Alma, Marc Maltais. C'était important pour la section
locale 2301 des TCA de bien comprendre les enjeux dans ce conflit
et ce qu'il faudra faire pour le résoudre. La sous-traitance est
la seule question en litige à l'usine d'Alma. Les TCA et le
syndicat des Métallos qui représentent les usines de Rio
Tinto ont forgé des liens solides ces derniers mois et
continueront de le faire puisque nous communiquons maintenant par les
médias sociaux et un poste de
téléconférence à la salle syndicale. Ces
relations améliorées vont permettre aux syndiqués
de Rio Tinto de développer une approche unifiée
au-delà des affiliations syndicales pour relever les
défis que nous lance notre employeur commun. »
Marc Maltais, président du Syndicat des
travailleurs de l'aluminerie d'Alma, s'est également
réjoui de la visite des travailleurs de Kitimat. « On
a un appui moral avec leur présence ici, dit-il. Pour eux, on
est un peu comme un laboratoire. Le partage d'information au niveau
stratégique, c'est fondamental. »

Les travailleurs d'Arvida prêtent un million $
sans intérêt pour soutenir la lutte à Alma!
Assemblée
générale des membres du syndicat de Rio Tinto Arvida le
19 janvier 2012.
Dans deux assemblées générales,
plus de 1300 des 1650 travailleurs de Rio Tinto à Arvida ont
voté
d'accorder un prêt sans intérêt d'un million de
dollars pour appuyer les travailleurs en lockout à Alma. Les
travailleurs d'Arvida sont membres du Syndicat national des
employés de l'aluminium d'Arvida affilié aux TCA. Le vote
a été presque unanime et a été suivi d'un
tonnerre d'applaudissements. Les
médias locaux rapportent des commentaires de travailleurs
d'Arvida à la sortie des assemblées qui se disent fiers
de contribuer à la lutte commune contre Rio Tinto. »Nous
sommes tous des syndicalistes. Nous devons nous entraider.» Les
alumineries d'Alma et Arvida sont les deux principales usines de Rio
Tinto Alcan dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Le président du syndicat d'Arvida, Alain Gagnon,
a blâmé et Rio Tinto et le gouvernement du Québec
pour le
lockout. Il reproche au gouvernement de n'avoir pas exigé des
limites à la sous-traitance et le maintien d'un plancher
d'emplois lors du renouvellement des droits
d'hydro-électricité d'Alcan, l'ancien
propriétaire, en 2006. Le gouvernement a abdiqué ses
responsabilités et ainsi ouvert la porte à des conflits
de travail comme celui d'Alma, dit-il. « Encore un fois,
c'est aux syndicats de faire avancer la
société. »
Il s'oppose à l'établissement d'un
régime à deux vitesses pour les salaires et les
conditions de travail pour un même travail.
« Travailler à 13 ou 14 piastres de l'heure
dans une salle de cuves, c'est inacceptable. » Il a
également dénoncé Rio Tinto pour avoir
refusé de continuer de parler au syndicat et de choisir
plutôt le lockout dès que la convention collective est
arrivée à échéance. « Ça
me fait peur, leur nouvelle attitude 'no contract, no work'. On a
négocié des conventions collectives jusqu'à
14 mois après leur échéance »,
rappelle-il.

De plus en plus d'étudiants prennent position
Le 18 janvier, le
conseil exécutif de l'Association générale des
étudiantes et étudiants du cégep de
Jonquière (AGEECJ) a adopté d'urgence à
l'unanimité une proposition pour appuyer les travailleurs en
lockout à Rio Tinto Alcan, à Alma. Dans un
communiqué de l'association, sa présidente Kim Samson
dit : « Le STAA se bat pour les
générations futures. Les travailleurs peuvent compter sur
les associations étudiantes dans leur lutte contre la
sous-traitance et pour le plancher d'emploi. Le plancher d'emploi et
l'assurance que le travail des syndiqués n'est pas
effectué par un tiers sont des propositions qui favorisent des
emplois de qualité pour les nouveaux diplômés.
C'est sans réserve que nous appuyons la cause des travailleurs
face à la multinationale. »
La proposition sera présentée à
l'assemblée générale le 31 janvier. Un groupe
d'étudiants du cégep est allé rejoindre les
travailleurs sur les lignes de piquetage, comme l'ont fait
également des étudiants de l'Université du
Québec à Chicoutimi.
Voilà pour les prétentions de Rio Tinto
que la lutte des travailleurs d'Alma est
« égoïste » et un obstacle à
la création d'emplois pour les étudiants de la
région quand ils terminent leurs études. « Si
ces jeunes-là n'ont plus de place ici, plus de place honorable
pour gagner leur croute, ils vont s'expatrier, ils vont aller dans
d'autres régions, ils vont prendre le bord de Montréal
comme bien des jeunes font », a dit un travailleur heureux de la
présence des étudiants sur les lignes de piquetage.

Tentatives continuelles de
criminaliser les travailleurs
Rio Tinto continue de détourner l'attention de
son arrogance et de son irresponsabilité sociale avec ses
tentatives de criminaliser les
travailleurs et de réduire leurs revendications légitimes
en une affaire de loi et ordre. Le 25 janvier, la compagnie a
servi une mise en demeure au syndicat à l'effet que les
travailleurs ne respectent pas les conditions de l'injonction
concernant le nombre de personnes sur les lignes de piquetage et la
distance à respecter et qu'elle pourrait recourir à des
procédures d'outrage au tribunal.
Elle affirme dans son communiqué que les
travailleurs ont vandalisé les rails sur lesquelles roulent les
trains qui amènent le matériel à l'usine et qu'ils
ont intimidé des membres du personnel-cadre et des
employés des sous-traitants quand ils entrent et sortent de
l'usine.
La mise en demeure fait référence à
l'injonction interlocutoire obtenue par la compagnie dans la nuit du
Jour de l'An et ensuite prolongée jusqu'au 2 avril.
L'injonction interdit le piquetage à moins de 500 pieds de
l'usine et limite le nombre de piqueteurs à 20. Elle sert
à toute fin pratique à interdire aux piqueteurs de
ralentir le passage de ceux qui entrent à l'usine, comme c'est
leur droit suivant les protocoles de piquetage. L'injonction est
basée sur des allégations non prouvées de la
compagnie qui accuse les travailleurs de vandalisme, d'intimidation et
d'assaut sur la personne, accusations sans fondement qu'elle reprend de
temps à autre depuis le début. Cela lui sert de
propagande comme le démontre le fait qu'aucune accusation n'a
encore été portée ou même
enquêtée. Où sont les lois qui interdisent la
diffamation et les accusations frivoles ? Par contre, les
tribunaux sont là quand il s'agit de défendre les
intérêts de la compagnie et de criminaliser les
travailleurs.
La preuve de cela est le fait que la compagnie s'en tire
sans même une réprimande pour avoir expulsé
brutalement les travailleurs sur le quart horaire de nuit un jour avant
la fin de la convention collective. Elle a transformé l'usine en
bunker avec ses agents de sécurité. Quand une entreprise
agit de la sorte, on dit que c'est pour protéger la
propriété privée. On tourne la
vérité à l'envers en donnant l'impression que ces
mesures sont nécessaires pour protéger la compagnie
contre des travailleurs qui seraient violents. Par contre, quand les
travailleurs font du piquetage paisiblement, pour défendre leurs
droits, ils sont menacés et traités en criminels.
Le syndicat d'Alma est bien conscient de l'objectif
visé par cette activité méprisable et s'en tient
à la demande d'une juste résolution du conflit concernant
la convention collective. Il respecte l'injonction mais conteste les
allégations de vandalisme et d'intimidation, qu'il
considère comme étant faites exprès pour
détourner l'attention du fond du conflit, qui est une lutte
contre la détérioration des conditions de travail par la
sous-traitance et pour un plancher d'emplois syndiqués à
l'usine.

Salvador
Extorsion par la minière
canadienne Pacific Rim
- Claude Brunelle -

Depuis
décembre, le tribunal de la Banque mondiale, via le Centre
international de règlement des différends relatifs
à l'investissement (CIRDI), a entrepris à huis clos ses
délibérations afin de décider si la minière
canadienne Pacific Rim a raison dans sa poursuite contre le
gouvernement du Salvador. La minière accuse le gouvernement
salvadorien de discrimination sélective envers elle en refusant
de lui accorder le permis d'exploitation pour la mine d'or El Dorado,
située à quelque 65 kilomètres de la capitale San
Salvador, dans la région rurale de Las Cabañas.
La minière canadienne a entrepris cette poursuite contre le
gouvernement du Salvador en avril 2009, utilisant les règles du
chapitre 10 de l'Accord de libre-échange Amérique
centrale-République dominicaine-États-Unis
(ALÉAC-RD).[1] Plus spécifiquement, Pacific Rim soutient
que le gouvernement du Salvador, par son refus de lui émettre un
permis d'exploitation minier pour le projet El Dorado, viole les
articles 10.3 (traitement national) , 10.4 (traitement de nation la
plus valorisée), 10.5 (norme standard de traitement) et 10.7
(expropriation) du chapitre 10 de l'accord, ainsi que l'article 23 de
la Loi sur les mines du Salvador. La compagnie minière soutient
qu'en vertu de ces règles, toute compagnie minière qui a
entrepris la phase d'exploration d'un projet minier est automatiquement
autorisée à poursuivre avec la phase d'exploitation si
elle a déboursé des sommes considérables en
investissement. Invoquant cette interprétation de la loi
salvadorienne sur les mines, Pacific Rim réclame des
dédommagements de 77 millions $ en investissement et de 23
millions $ en perte de profits escomptés et frais divers.
Le Canada ne fait pas partie de l'ALÉAC-RD. Aussi, afin de
pouvoir intenter cette procédure en arbitrage, Pacific Rim a
utilisé un subterfuge et ouvert une filiale à Reno,
Nevada, aux États-Unis, sous le nom de Pacific Rim Cayman.
L'ouverture de cette filiale s'est faite en 2007, soit deux ans avant
le dépôt de la poursuite devant le tribunal d'arbitrage.
Ceci démontre en soit que Pacific Rim n'a jamais eu l'intention
de se soumettre aux lois salvadoriennes sur les mines et
l'environnement et qu'elle a délibérément
manoeuvré pour diriger la dispute devant l'instance
internationale de l'ALÉAC-RD.
La compagnie Pacific Rim a entrepris ses opérations
d'exploration du site El Dorado en 2002, suivant un plan de six ans
devant mener à la phase d'extraction de l'or et de l'argent.
Très rapidement, la population locale et plusieurs organismes
civils de défense des droits et de l'environnement ont fait
connaître leurs inquiétudes et leur opposition à la
poursuite du projet en vertu des pratiques néfastes pour
l'environnement de la minière et des conséquences pour la
santé de la population locale. Le fait est que Cabañas
est situé sur la rivière Rio Lempa, cours d'eau important
du Salvador et source principale d'eau potable. Or, Pacific Rim entend
utiliser de grande quantité d'eau et de cyanure dans
l'extraction du minerai, produit qui se déversera dans la
rivière et contaminera l'approvisionnement en eau potable de
centaines de milliers de Salvadoriens.
Cet état de fait a mené au refus par le gouvernement
salvadorien de renouveler le permis sur le respect de l'environnement
en 2004, puis de nouveau en 2006. Finalement, face aux pressions
grandissantes du Front Farabundo Marti de libération nationale
(FMLN), des communautés de la région de Las
Cabañas, des avocats environnementalistes internationaux et de
l'église catholique, le gouvernement salvadorien du
président Saca a annoncé en mars 2008 son désir
que soit effectuées de nouvelles études sur les impacts
environnementaux du projet minier avant que ne soit accordé tout
nouveau permis d'exploitation minier. Cette décision a mis un
terme au projet de la droite de réformer la Loi sur les mines du
Salvador afin de permettre la poursuite de l'exploitation du projet
minier El Dorado, de même que 23 autres projets miniers du
même type.
Parlant des raisons menant à cette décision du
gouvernement, le ministre de l'Environnement de l'époque, Carlos
Guerrero, déclarait : « Les pays voisins ont des
problèmes sérieux avec la gestion de l'industrie
minière métallique et je pense, en raison de ces
problèmes, que nous devrions être très prudents
». (Guerrero faisait référence à la
situation au Honduras et au Guatemala où l'activité
minière a considérablement endommagé
l'environnement et la santé des habitants vivant à
proximité des mines.) Puis en 2009, prenant une position ferme
contre la poursuite de projets miniers comme celui de la mine El
Dorado, le président Saca déclarait : « Si en cours
de chemin nous découvrons qu'il y a quelque chose qui pourrait
endommager la santé du peuple, nous devrons trancher en faveur
de la santé des Salvadoriens. »
En mars de la même année, le candidat du FMLN, Mauricio
Funes, était élu à la présidence du
Salvador et s'engageait à poursuivre la politique sur les mines
de son prédécesseur, notamment en maintenant le refus de
permis d'exploitation à Pacific Rim, empêchant ainsi cette
dernière de débuter l'extraction de l'or et de l'argent
de la mine El Dorado. Refusant d'accepter l'exercice souverain du
gouvernement du Salvador sur ces ressources naturelles et son
environnement, Pacific Rim a alors décidé d'aller de
l'avant avec le dépôt de sa poursuite contre le
gouvernement salvadorien devant le tribunal d'arbitrage du CIRDI.
Le problème dans l'utilisation, par Pacific Rim, du tribunal
d'arbitrage du CIRDI de la Banque mondiale, prévu par
l'ALÉAC-RD, pour résoudre son différend avec le
gouvernement salvadorien réside dans l'existence même de
cet accord de libre échange, qui ne renferme aucune clause en ce
qui a trait à l'établissement de normes de protection de
la main-d'oeuvre ou de l'environnement, en particulier son chapitre 10.
Ce chapitre, inspiré directement de celui contenu dans l'Accord
de libre-échange nord-américain (ALÉNA), inclut
des dispositions qui accordent de vastes droits aux investisseurs
étrangers, dont celui de poursuivre directement des
gouvernements. Sous le prétexte de faciliter les investissements
étrangers, les clauses qu'il contient permettent dans les faits
aux sociétés multinationales d'éviter de devoir se
soumettre à des négociations directes avec les
gouvernements et de provoquer en lieu et place des conflits pour
justifier le recours au tribunal d'arbitrage international, comme le
fait Pacific Rim contre le gouvernement du Salvador. Le fait que
Pacific Rim puisse utiliser ce recours au tribunal d'arbitrage de la
Banque mondiale pour éviter de se soumettre aux lois
salvadoriennes est une atteinte aux droits démocratiques
fondamentaux du peuple salvadorien, notamment le droit d'exercer sa
pleine souveraineté sur ses ressources naturelles et son
environnement.
D'autre part, s'il résultait un jugement favorable à
Pacific Rim par le tribunal d'arbitrage, les conséquences
seraient désastreuses non seulement pour le gouvernement du
Salvador qui se verrait dans l'obligation de verser des millions de
dollars à Pacific Rim, mais également pour tous les
gouvernements centro-américains puisque cela constituerait un
précédent dans l'utilisation des clauses du chapitre 10
de l'ALÉAC-RD et inciterait d'autres monopoles étrangers
à suivre l'exemple de Pacific Rim dans leur pillage des
richesses des peuples.
Il y a présentement 32 causes en attente de traitement devant le
tribunal de la Banque mondiale concernant le pétrole, le gaz et
les mines, alors qu'il n'y en avait que trois il y a à peine dix
ans. Et 66 % de ces causes concernent des poursuites contre des
gouvernements latino-américains. Cela montre combien ces accords
tels que l'ALÉAC-RD sont dans les faits des outils de domination
pour brimer la souveraineté des peuples et soumettre leur
gouvernement au diktat des monopoles impérialistes. Cela montre
également la nécessité d'annuler ces accords et
d'empêcher que de nouveaux soient créés, car les
droits souverains des peuples s'en trouvent bafoués et les
peuples humiliés. C'est grâce à de tels accords de
libre-échange que les compagnies minières canadiennes
pillent les richesses naturelles des pays d'Amérique latine,
détruisent impunément les milieux environnementaux,
portent atteinte à la santé de millions de personnes,
utilisent la violence, les assassinats et l'intimidation contre tous
ceux qui s'opposent à leur pillage et le tout avec l'appui actif
du gouvernement canadien. Ces atteintes aux droits souverains des
peuples latino-américains doivent cesser, il faut
démanteler tous les accords de libre-échange. Le peuple
du Salvador a tous les droits d'exercer sa souveraineté sur ses
richesses naturelles et son environnement.
Lors de la visite du président américain Obama à
San Salvador, en mars dernier, plusieurs manifestations des organismes
opposées au danger que représente l'activité
minière ont eu lieu pour demander l'annulation de la clause de
protection des investisseurs contenue dans l'ALÉAC-RD. Les
participants ont demandé au président américain de
se prononcer contre la demande en arbitrage de Pacific Rim et de donner
suite à la promesse qu'il avait faite durant la campagne
présidentielle de 2008 quand il déclara : « En ce
qui concerne des dispositions de plusieurs traités de
libre-échange qui donnent aux investisseurs étrangers le
droit de poursuivre directement en justice des gouvernements devant des
tribunaux étrangers, j'assurerai que les droits des
investisseurs étrangers sont strictement limités et qu'en
seront entièrement exempts n'importe quelle loi ou
règlement écrit qui sert à protéger la
sécurité publique ou à promouvoir
l'intérêt public. »
De toute évidence, ce qu'Obama entend par sécurité
publique et intérêts publics n'est pas la même chose
que ce qu’entendent le peuple salvadorien et son gouvernement. Le
peuple salvadorien doit avoir le droit d'exercer sa souveraineté
parce que c'est de son territoire, de ses ressources et de ses droits
humains qu'il s'agit. La force ne fait pas le droit, contrairement
à ce que prétendent les monopoles, les États-Unis
et d'autres États américains et leurs forces
armées et tribunaux. Cela ne doit pas passer !
Note
L'Accord de libre-échange République
dominicaine-Amérique centrale-États-Unis
(ALÉAC-RD) a été crée aux
États-Unis le 2 août 2005, signé par le
président George W. Bush. Son
contenue est en grande partie inspiré de l'Accord de libre
échange
nord-américain.

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