Tous pour un et un pour tous à Alma et
au Saguenay-Lac-Saint-Jean
Le monopole mondial Rio Tinto
cherche à briser l'arrangement en vigueur qui consiste en une
main-d'oeuvre syndiquée et un équilibre sur la
quantité de valeur que réclame chacune des parties ou
forces sociales en présence : les travailleurs, le
gouvernement et les propriétaires du capital et de la dette de
Rio Tinto. Le monopole a mis en lockout les 780 membres de la section
locale 9490 du Syndicat des Métallos pour leur arracher par
l'extorsion une baisse du nombre minimum de travailleurs
syndiqués garanti par rapport à la production et
l'élimination de toute restriction sur le nombre de travailleurs
à contrat, non syndiqués et à salaires
inférieurs.
Une augmentation du nombre de travailleurs
à contrat en pourcentage de la main-d'oeuvre totale aura vite
pour effet d'éliminer la masse critique de syndiqués
nécessaire pour défendre les droits de tous à
l'usine et menacera l'existence même du pouvoir de défense
collective. Un pouvoir de défense collective affaibli à
l'usine permettra à l'employeur de faire baisser les conditions
d'emploi de tous.
Sans une limite
sur le nombre de travailleurs à contrat, même avec une
garantie de 700 syndiqués ayant un emploi pour la durée
de la prochaine convention, les syndiqués seront dans une
position affaiblie et seront moins en mesure de faire respecter la
convention au jour le jour et encore moins d'en négocier une
nouvelle lorsqu'elle sera échue. On voit déjà le
nouveau rapport s'établir quand les travailleurs à
contrat, agissant contre leurs propres intérêts de classe
et leurs intérêts nationaux, servent de mercenaires
(scabs) ayant pour fonction de permettre aux oligarques de Rio Tinto de
maintenir un certain niveau de production durant le lockout des
syndiqués. C'est pour briser tout équilibre fondé
sur la reconnaissance des droits des travailleurs. De cette
façon la réclamation des propriétaires du capital
à l'aluminium produit sera plus grande et la tendance se
poursuivra si l'on ne restreint pas tout de suite le droit de monopole.
Les membres de la section locale 9490 reconnaissent
qu'arrêter la progression de la sous-traitance est une
responsabilité sociale envers eux-mêmes, envers les autres
travailleurs et envers la région. Quand on sait que la
réclamation moyenne des travailleurs à contrat
équivaut à 44 % de celle des syndiqués de la
section locale 9490, il est facile de voir que la quantité de
valeur réclamée par les travailleurs qui produisent
l'aluminium, une valeur qui demeure dans l'économie
régionale, sera grandement réduite si l'on permet la
croissance de la sous-traitance. Les oligarques de Rio Tinto veulent
que la réclamation inférieure des travailleurs à
contrat soit la nouvelle norme que devront accepter les
syndiqués, comme l'indique tout le discours à propos de
la baisse en spirale des conditions au sein de l'empire mondial Rio
Tinto et du secteur de l'aluminerie en général.
Cette régression empêche même les
travailleurs à contrat de réaliser les pleins avantages
gagnés de dure lutte avec l'équilibre actuel. La
sous-traitance fait du tort au niveau de vie général dans
toute la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Si l'on
n'arrête pas et ne renverse pas la tendance
néolibérale à la baisse, cela affectera les
entreprises et commerces de la région, puisque les travailleurs
auront moins d'argent à dépenser.
Pour ces raisons et d'autres, la lutte de la section
locale 9490 du Syndicat des Métallos pour faire échec
à l'extorsion par Rio Tinto est une responsabilité et une
cause qui appartient à toute la région, aux
syndiqués comme aux non-syndiqués, aux travailleurs
autonomes et aux entreprises et commerces. Pour le bien de la
population et de l'économie, il faut restreindre le pouvoir des
oligarques de Rio Tinto de retirer encore plus de valeur de la
région qu'ils ne le font avec les arrangements actuels.
Travailleurs et alliés du
Saguenay-Lac-Saint-Jean, unissons-nous pour garder la valeur de
l'aluminium produit ici suivant un équilibre
équitable !
Tous pour un et un pour tous !
Arrêtons l'extorsion des travailleurs et de la région par
Rio Tinto !
Faisons échec au lockout injuste !

Les travailleurs d'Alma représentent
l'avenir, pas le passé
- Normand Chouinard -
Lorsqu'ils défendent le droit des travailleurs de
l'aluminium d'Alma de s'opposer et de résister aux tentatives de
Rio Tinto Alcan d'imposer son diktat à la région du
Saguenay- Lac-St-Jean et à la classe ouvrière du
Québec, le Syndicat des travailleurs de l'aluminium et son
président Marc Maltais se font accuser de vivre dans le
passé, de mener des batailles comme on en faisait dans les
années 70 et 80. Différents intervenants du monde
politique, des affaires et des médias monopolisés de la
région et du Québec en général soutiennent
que le syndicat vit dans son monde à lui, détaché
des changements survenus dans l'économie mondialisée
contemporaine. À peine douze jours se sont écoulés
depuis que le lockout a été décrété
dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, peu de temps
après que les travailleurs se soient faits expulser de l'usine
par une bande de mercenaires à la solde du monopole sans
même avoir le temps de se décontaminer, ce qui est
pourtant une politique de l'entreprise. L'objectif visé avec ce
discours à propos du passé et avec le lockout est de
forcer les travailleurs à arrêter de se battre pour les
droits qu'ils ont acquis de haute lutte au cours des décennies.
La logique qui est présentée est que les
travailleurs doivent sacrifier ces droits afin de s'adapter aux
nouvelles conditions. Par nouvelles conditions, on entend notamment que
la sous-traitance est vitale pour le développement de
l'entrepreneurship régional, que les planchers d'emplois sont
impossibles dans un monde de plus en plus concurrentiel, que les
salaires élevés sont une aberration et un frein à
l'investissement, que les droits des travailleurs entravent la
croissance de l'entreprise, etc. Rio Tinto Alcan soutient que son plan
d'affaire correspond à ce que l'économie a le plus besoin
en ce moment, qu'il est le plus apte à répondre à
la concurrence sur le marché mondial tandis que le syndicat et
ses membres, en voulant empêcher l'érosion rapide du
niveau de vie et des conditions de travail, « retiennent le
progrès » parce qu'ils « vivent dans un
monde qui n'existe plus ».
La lutte de la classe ouvrière, qui base sa
résistance sur sa conviction que sa sécurité
réside dans la lutte pour les droits de tous, nous montre bien
que c'est le contraire qui est vrai. La vie nous montre que les
monopoles et les gouvernements à leur service sont ceux qui nous
ramènent des décennies en arrière et que c'est la
résistance de la classe ouvrière et son action
indépendante à la défense des droits de tous qui
représentent les intérêts du Québec.

Ce que disent des camionneurs
sur le lockout à Rio Tinto
Dans le but d'engager les travailleurs dans la
discussion sur ces questions importantes pour le Québec, LML reproduit les commentaires
recueillis auprès de travailleurs du transport de la
région de Montréal sur la lutte des travailleurs d'Alma.
Guy, camionneur intermodal
pour le Canadien National
J'ai entendu parler de ce conflit de travail un
peu
avant les fêtes, l'animateur de la radio citait un porte-parole
de la compagnie Rio Tinto qui disait que la sous-traitance est un moyen
essentiel pour assurer la flexibilité et la
compétitivité de l'entreprise. Je m'en souviens parce
qu'au moment où j'ai entendu cela, je me trouvais en plein coeur
d'un gros sous-traitant du Canadien National et ça m'a fait
rire. Je suis un camionneur de l'intermodal, c'est-à-dire que je
transporte des conteneurs voués a l'exportation dans les
terminaux portuaires et ferroviaires et directement dans les usines et
entrepôts. Vous voyez là-bas, c'est le terminal du CN.
C'est eux qui possèdent le plus grands nombres d'hectares sur
l'île de Montréal, c'est un terrain énorme. Au
terminal du CN, on a affaire à un terminal très moderne,
avec tout ce qui vient avec, soit des guichets électroniques, un
service à la clientèle permanent, une cour
asphaltée bien entretenue, un éclairage de nuit
très adéquat, des règles de sécurité
et des indications précises des différents emplacements,
leurs équipements de manutention sont modernes et bien
entretenus, etc.Tout cela, et les gens au CN vous le diront, a
été gagné de chaude lutte depuis des
décennies par les travailleurs eux-mêmes. Ça n'a
pas toujours été comme cela. Le CN ne leur a jamais fait
de cadeau.
Depuis quelques
années, la direction du CN
essaie de plus en plus la sous-traitance comme moyen de briser ce que
les travailleurs du CN revendiquent, comme des conditions de travail
modernes. Depuis que les Américains contrôlent le CN, ils
cherchent constamment à réduire la qualité de
l'entretien du réseau, ils exigent de plus en plus souvent des
concessions, mais les travailleurs ne se laissent pas faire. Alors ils
ont commencé à développer des dépôts
de conteneurs vides comme ici, qui sont des sous-traitants et qui
auparavant étaient opérés par des travailleurs du
CN. Ce sous-traitant du CN chez qui nous sommes en ce moment est en
train de s'agrandir à même les terrains du CN. Mais il n'y
a qu'à regarder autour de nous pour constater la
différence. Autant là-bas, au terminal du CN, c'est le
Québec moderne, autant ici, c'est le Québec du
tiers-monde. Nous sommes dans la boue jusqu'au cou, le terrain n'est
pas entretenu, il y a des trous énormes qui sont très
dangereux, les employés sont mal payés et surtout ne
reçoivent aucune formation adéquate pour opérer
les portes des conteneurs. Ils doivent travailler à un rythme
épouvantable, il n'y a aucun éclairage de nuit même
si c'est ouvert 24 heures par jour. La nuit on ne voit rien sauf
ce que nous éclairent nos phares. Durant l'été le
sol argileux sèche, ce qui occasionne des tempêtes de
sable par temps venteux. Les employés qui travaillent dehors
n'ont qu'un petit masque en papier pour se protéger. Ce n'est
pas des blagues, c'est le tiers-monde ici.
La direction ne fait aucun effort pour étendre du
rabat-poussière et elle n'a aucun respect pour les camionneurs.
On n'a même pas le droit de se plaindre sous peine de se faire
barrer. La haute direction du CN est très au courant de ce qui
se passe ici et elle ne prend aucune responsabilité pour changer
la situation, elle s'en fout royalement, je peux vous le dire.
Mon point est que si les travailleurs du CN ne
s'étaient pas battus au cours des décennies, peut
être que leurs conditions ressembleraient encore à ce que
vivent les travailleurs ici. Tout comme nous, ils doivent se battre
pour défendre leurs droits sinon ils vont continuer à se
faire traiter comme de la boue telle celle que nous avons jusqu'aux
genoux aujourd'hui. C'est triste mais c'est la dure
réalité. Personne ne nous fera de cadeaux.
Les belles phrases du porte-parole de Rio Tinto Alcan
à propos de la flexibilité et de la productivité
de l'entreprise ne valent rien quand on voit vraiment ce qui se passe
sous nos yeux à chaque jour. En tout cas, c'est pour ces raisons
que j'appuie les travailleurs d'Alma, ils défendent le
Québec moderne contre les tentatives des grosses compagnies de
le transformer en tiers-monde.
Robert, camionneur dans
l'agro-alimentaire
Y a-t-il du monde qui connaît plus que nous autres
c'est quoi la sous-traitance ? Non seulement, nous sommes
sous-traités, mais nous sommes sous-sous-traités et
même sous-sous-sous traités. Les compagnies de transport
ont plusieurs moyens de nous sous-sous-traiter : tu peux devenir
un chauffeur autonome avec une compagnie à numéro qui
t'appartient, mais tu ne possèdes pas ton camion. Tu peux aussi
devenir chauffeur autonome qui possède son camion,
associé ou non à un transporteur ou à un
manufacturier, tu peux être un chauffeur employé par une
agence, associé à une compagnie de transport ou un
manufacturier ou encore employé par une agence qui n'est pas
associée à aucune entreprise et qui te répartit au
gré de sa clientèle. Il y a aussi les chauffeurs qui se
font transporter d'un endroit à l'autre, là où se
trouvent leurs équipements, surtout en Europe et aux
États-Unis. Bref, ils n'en finissent plus de trouver de nouveaux
moyens de nous sous-traiter. En 22 ans d'expérience, je les
ai tous essayés et je ne suis toujours pas devenu riche. En
fait, la sous-traitance ne sert qu'à nous appauvrir et abaisser
nos conditions de travail, rien d'autre. Ce n'est pas que l'on est
contre le changement, on veut tout simplement ne pas empirer notre
situation. Ça doit être la même chose qui se passe
à Alma.
Claude, chauffeur dans
l'agro-alimentaire
À mon avis, selon mon expérience que j'ai
eue chez nous, la sous-traitance sert entre autres à briser les
syndicats ou encore à les affaiblir. C'est un moyen qu'ils ont
pour nous empêcher d'avoir notre mot à dire et de nous
organiser. Quand le syndicat est affaibli ou détruit, la
compagnie recommence à embaucher selon leurs nouvelles
conditions salariales et de travail. Ils jouent avec nous comme des
yoyos. Je pense que la question n'est pas seulement pour ou contre la
sous-traitance mais est-ce que les travailleurs ont des droits et
peuvent-ils les affirmer sans craindre d'être traités
comme des chiens. Ils utilisent la sous-traitance pour garder leur
contrôle sur nous. En tout cas, c'est ce que je vois dans le
camionnage et l'entreposage. C'est même très
présent dans les usines de production et les abattoirs. Moi non
plus je ne crois pas leurs histoires de flexibilité et de
productivité, ils utilisent ces mots tout le temps maintenant
pour nous endormir. Malgré ce qu'essaient de nous faire avaler
les politiciens et les médias, on voit très bien ce
qu'ils veulent faire du Québec. Nous ne sommes pas stupides.

Les métallos de Hamilton expriment leur
unité combattante avec les travailleurs de London et Alma
Dans son bulletin d'information du 5 janvier, la
section locale 1005 du Syndicat des Métallos (US Steel,
Hamilton) publie un éditorial exprimant son appui militant
à la cause des travailleurs de Rio Tinto à Alma,
Québec, et d'Electro-Motive Diesel à London, Ontario.
« Les deux compagnies tentent d'imposer des
intérêts étroits aux travailleurs aux dépens
de tout le monde, peu importe les conséquences »,
lit-on dans l'éditorial du bulletin qui continue comme
suit :
« L'enjeu pour
les travailleurs d'Alma et de London est le même que pour
nous : comment faire pour que nos luttes donnent des
résultats réels. La section locale 1005 a
passé plus de onze mois à lutter contre un faux lockout
parce que US Steel pensait pouvoir atteindre ses fins par l'extorsion.
Nous avons appris que c'est en confrontant l'idée même que
les problèmes peuvent être résolus par le recours
à l'impunité que nous pouvons trouver comment avancer. Ce
n'est pas toujours évident ce qu'il faut faire, mais
nous
savons
que les concessions, la renonciation à
notre
sécurité et à l'exercice de nos
droits, ne sont définitivement pas une solution.
Mêmes ces compagnies le savent puisqu'elles reviennent toujours
à la charge pour en demander plus ! Elles veulent tout
simplement nous priver d'une sécurité à la
retraite et de la garantie d'un moyen de subsistance, avec lequel
nourrir nos familles, soutenir nos régions et vivre avec la
tranquillité d'esprit et dans la dignité, pas à
genoux. Que ce soit les pensions, la sous-traitance ou les salaires,
ces compagnies refusent de négocier. C'est leur volonté
qui passe ou c'est rien.
« Nos batailles sont en bonne partie pour
forcer ces compagnies à reconnaître le syndicat et les
préoccupations des travailleurs. Cela peut se faire si nous
centrons nos efforts sur la recherche de solutions viables et si nous
gagnons la population à faire de même.
« Dans ce sens, nous exprimons notre
unité combattante dans notre cause commune avec les travailleurs
d'Alma et de London. Nous tiendrons les membres de la section locale
1005 et la communauté de Hamilton informés au sujet
de leur lutte et nous leur offrons toute l'aide qu'ils jugeront utile.
Là où c'est possible, nos membres leur rendront visite
sur les lignes de piquetage pour planter notre drapeau à
côté du leur. »

London, Ontario
Les travailleurs d'Electro-Motive résistent au
diktat et à la destruction de l'industrie manufacturière
Le 31 décembre,
les 464 membres de la section locale 27 des Travailleurs
canadiens de l'automobile (TCA) ont été mis en lockout
à l'usine Electro-Motive Diesel (EMD) à London, en
Ontario, après avoir clairement fait savoir à la
compagnie qu'ils n'accepteraient pas une « offre
finale » imposée unilatéralement. EMD est la
propriété du monopole américain Caterpillar.
L'offre finale comprend entre autres une réduction de salaire de
50 %, l'abolition d'un régime de retraite,
l'élimination de la clause d'indexation au coût de la vie
et l'introduction du « cofinancement » du
régime de santé (les employés devront payer
25 % des primes) accompagné d'une réduction de la
couverture. Le syndicat et la compagnie se sont entendus pour prolonger
de sept mois la convention collective échue le
31 décembre. Le syndicat espérait que la compagnie
négocie et modifie son offre finale mais elle a refusé de
bouger. Le 30 décembre, les travailleurs ont voté
à 97,8 % en faveur de la grève, avec la
participation d'environ 90 % des membres au vote.
Les TCA mettent en garde
que l'intention de Caterpillar
pourrait être de se servir du lockout comme excuse pour
déménager la production aux États-Unis ou dans ses
usines du Mexique et du Brésil.
Depuis le début du
lockout, les travailleurs s'assurent que les machines ne sont pas
déménagées et que les scabs n'entrent pas à
l'usine. Dans un communiqué émis au nom de Caterpillar,
la porte-parole Anne Marie Quinn affirme que la compagnie n'utilise pas
de « travailleurs de remplacement dans la
production ». Mais elle ajoute qu'elle utilise des briseurs
de grève parce que la compagnie a des obligations contractuelles
et doit fournir de l'électricité à la General
Dynamics Land Systems, une usine de la région. General Dynamics
Land Systems est impliquée dans la production de guerre. Elle
assemble des véhicules militaires pour les armées des
États-Unis, du Canada et d'autres pays membres de l'OTAN.
Les travailleurs
reçoivent de plus en plus
d'appui dans la communauté et parmi les autres travailleurs et
les conseillers municipaux et députés. Le conseil
municipal de London, Bud Polhill, qui est allé rencontrer les
travailleurs aux portes de l'usine a dit : « Je crois
que nous devons envoyer un message à ces travailleurs pour leur
dire que la ville les appuie. Quand quelqu'un vous offre moins de la
moitié de ce que vous faites, ce n'est pas une offre, c'est une
insulte. » Le conseiller Stephen Orser, qui est
également allé exprimer son appui aux travailleurs, a
dénoncé le silence du gouvernement Harper.
« C'est une gifle en pleine face du gouvernement
fédéral, a-t-il dit. Les échelons les plus
élevés du gouvernement ne peuvent pas être si
stupides dans leurs ententes avec les entreprises. Les
députés fédéraux et provinciaux doivent
essayer de ramener tout le monde à la table pour que l'usine
continue de produire. Nous avons besoin de ces emplois à
London. » Il a ajouté : « Si nous
nous retrouvons dans une grande confrontation avec cet employeur, nous
avons besoin de l'appui de la communauté et des
politiciens. »
La Fédération du travail de l'Ontario a
lancé l'appel à une journée d'action le
21 janvier et demande à tous les conseils syndicaux de
noliser des autobus pour amener leurs membres à London.

Le syndicat des TCA remet en question
les allégations du gouvernement
Un porte-parole du ministère
fédéral de l'Industrie aurait déclaré selon
les médias que la valeur des actifs de la société
se chiffrait en deçà du seuil de 299 millions $
au moment où l'entreprise a été vendue, ce qui est
sous le seuil requis pour un examen par le gouvernement en vertu de la Loi
sur
Investissement
Canada.
Le président du syndicat des Travailleurs
canadiens de l'automobile, Ken Lewenza, a répliqué :
« Il n'y a pas de supervision et pas de transparence dans
tout ce processus. Caterpillar a déclaré un gain de
1,3 milliard en actifs dans ses registres à la suite de
l'acquisition d'EMC. Le gouvernement fédéral affirme
maintenant que l'acquisition n'a pas atteint le seuil de
299 millions $ requis pour un examen complet ou pour des
engagements ayant force obligatoire envers le Canada. »
« Dans le cadre d'une opération d'une
valeur de 1,3 milliard $, comment le gouvernement Harper
peut-il sérieusement croire que moins d'un quart de ces actifs
sont au Canada ? », a demandé M. Lewenza.
« L'usine de London est la plus grande de la
société, et au moment de l'acquisition, près de la
moitié des employés de l'entreprise y travaillaient. Le
gouvernement Harper a approuvé cette vente et ouvert la voie
à ce désastre », a souligné M. Lewenza.
« Cela va à l'encontre des intérêts des
Canadiens. »
M. Lewenza demande maintenant au gouvernement Harper de
divulguer la valeur des actifs à London déclarés
par Caterpillar et demande quelles mesures le gouvernement
fédéral a prises pour s'assurer de la validité de
l'information fournie par Caterpillar.
« Le gouvernement fédéral se
servira-t-il des pouvoirs que lui confère la Loi sur
Investissement Canada pour passer en revue cette décision
clairement fautive ayant entraîné ce désastre en
raison duquel tant d'emplois sont en péril ? »,
a demandé M. Lewenza.
Il aurait également fustigé une
déclaration faite par le représentant du gouvernement
fédéral devant les médias aujourd'hui selon
laquelle le gouvernement fédéral ne s'impliquerait pas
dans le lock-out des travailleurs d'Electro-Motive parce qu'il s'agit
d'un différend entre une entreprise privée et le syndicat.
« Le gouvernement fédéral
n'avait pas de tels scrupules pour s'immiscer dans les
négociations entre Air Canada et le Syndicat des TCA l'an
dernier », a conclu M. Lewenza.

Les concessions exigées par Electro-Motive
L'employeur demande les concessions suivantes :
- une réduction des salaires et des congés
pour une somme de 21 millions $ par année
- des réductions des avantages sociaux pour un total de
1,5 million par année
- une réduction de 6,9 millions $ du régime de
pension et des frais de prestations aux retraités
- une réduction de 10 millions du régime de prestations
supplémentaires de chômage.
Ces épargnes seraient réalisées par
des concessions que l'employeur demande dans les domaines
suivants :
- une baisse des salaires pour toutes les
classifications. La plus importante est une baisse de 18,50 $
l'heure s'appliquant à environ 50 % des travailleurs.
- l'élimination du régime de retraite à
prestations déterminées
- l'élimination des avantages sociaux pour retraités
- une réduction considérable des primes de quart horaire
- l'élimination de l'indexation au coût de la vie
- une réduction de l'indemnisation pour temps
supplémentaire
- l'élimination de quatre jours de congés
fériés
- l'élimination de 64 à 120 heures de vacances
- l'élimination des prestations de revenu du survivant, du
régime de maintien du revenu, des prestations pour
maternité, de l'assurance-vie pour les retraités, etc.
- un co-financement de 25 % des primes pour frais médicaux,
dentaires et médicaments
- un co-financement de 25 % à l'achat de médicaments
- une réduction importante de la couverture des soins dentaires
et autres avantages médicaux
- l'élimination de la protection des métiers
spécialisés.

À titre d'information
EMC et Caterpillar
Caterpillar est le plus grand manufacturier au monde
d'équipement minier et de construction, de moteurs au diesel et
au gaz naturel et de turbines à gaz. Ses moteurs et machines
sont utilisés dans la construction, l'agriculture et à
des fins militaires. En 2010, EM Canada a été
achetée par Progress Rail, une filiale de Caterpillar. Progress
Rail est l'un des plus grands fournisseurs intégrés et
diversifiés de produits et de services de systèmes
ferroviaires et de transport en Amérique du Nord. Cela comprend
la production et la réparation de locomotives, le
ré-usinage d'autorails, de la soudure ferroviaire, la
réparation et le remplacement de rails, la conception et
l'installation de panneaux de signalisation, l'équipement
d'entretien routier, la réclamation et le recyclage de
pièces. La compagnie opère plus de 110 usines aux
États-Unis, 28 au Mexique, quatre au Canada et une en
Amérique du Sud.
Selon le site Web de EMC, l'entreprise est
« l'un des deux manufacturiers étasuniens de
locomotives diesel-électriques utilisant de l'équipement
original. La maison mère est à LaGrange, en Illinois,
avec des usines complémentaires à London, en Ontario. EMC
fabrique et vend des locomotives diesel-électriques pour
répondre à tous les besoins ferroviaires
commerciaux. » Les travailleurs estiment que la compagnie
voudra produire environ 450 locomotives au cours de cette année.
Avec le nombre de travailleurs qualifiés requis, l'usine de
London pourrait fabriquer environ 1,8 locomotive par jour.
Antérieurement au lockout, elle en fabriquait une par jour. Il
est difficile de prévoir où ces locomotives seront
fabriquées si la compagnie maintient le lockout. L'usine de
Muncie, en Indiana, est une vieille structure avec de
l'équipement périmé et ne peut fabriquer que
quelques locomotives par année. Le principal concurrent de EMC
est General Electric.
En dépit du fait que l'usine de London est
à la fine pointe de la technologie et est très productive
et que GE a ses propres clients, les travailleurs se demandent si la
compagnie ne pourrait pas déménager certains
équipements vers Muncie en Indiana et ailleurs, selon ce qui lui
est profitable.
Les travailleurs de EMC accomplissent un travail
hautement qualifié consistant à fabriquer des
pièces originales sur la base d'une grande expertise et d'une
longue expérience. Il ne s'agit pas d'assemblage à la
chaîne de pièces préfabriquées.
Pour ce qui est de la concurrence, une usine General
Electric aux États-Unis vient de signer une nouvelle convention
à des salaires de 30 $ l'heure et plus.
Coup d'argent et
destruction de la
base manufacturière canadienne
Les vautours capitalistes de Greenbriar Equity Group et
de Berkshire Partners ont fait l'acquisition de EMC de General Motors
en 2005 lorsque celui-ci s'est départi de certains secteurs
de son monopole non reliés à l'automobile. En 2008, le
premier ministre Harper a fait une annonce budgétaire sur le
plancher de l'usine de EMC à London concernant des mesures
permettant à des compagnies d'acquérir plus facilement
les nouveaux produits industriels fabriqués par EMC, tels les
locomotives. Entre autres, il annonçait l'augmentation de la
déduction qu'une entreprise peut faire sur sa dette
d'impôt pour l'achat de nouveaux avoirs industriels. À ce
moment-là, le gouvernement Harper calculait que cette mesure
permettrait de transférer 1 milliard $ de revenu
gouvernemental vers les compagnies bénéficiant de cette
réduction d'impôt. Une autre mesure qui semblait faite sur
mesure pour EMC est la possibilité d'accroître la
proportion des coûts d'une nouvelle locomotive déductible
d'impôt, passant de 15 % à 30 %. Le gouvernement
Harper avait alors prédit que cette mesure à elle seule
mènerait à une réduction de revenus de
5 millions $, somme transférée à la fois
à la compagnie responsable de la vente, en l'occurrence, EMC, et
à la compagnie procédant à l'achat des
locomotives. Peu de temps après, le CN a acheté 40
locomotives de EMC, transaction menant sans doute à
d'énormes profits. Les firmes d'investissement qui
contrôlaient alors EMC ont ensuite vendu la compagnie à
Caterpillar en août 2010 pour la somme de 820 millions $,
une somme trois fois plus élevée que l'achat initial par
ces firmes.
Un mois après l'acquisition de EMC, Caterpillar a
annoncé ses intentions d'ouvrir une usine pour la fabrication de
locomotives EMC à Munci, en Indiana, le tout assorti de millions
de dollars en incitatifs offerts par l'État. En novembre 2010,
Caterpillar a accordé un important contrat à un
troisième manufacturier pour la fabrication de locomotives EMC
à Sahagun, au Mexique. Le 25 juillet 2011, Caterpillar a
annoncé son intention de bâtir une nouvelle usine de
locomotives EMC à Minas, au Brésil.
On craint maintenant que les intérêts
à long terme de Caterpillar dans EMC seraient axés sur un
projet visant à mettre la main sur la nouvelle technologie de
celui-ci pour ensuite déménager la production aux
États-Unis afin de respecter les règlements
« Buy American » régissant le
marché des locomotives pour passagers.
Le 21 décembre, le président des TCA,
Ken Lewenza, a écrit à Harper pour lui faire part des
appréhensions du syndicat face aux intentions de Caterpillar et
il a demandé que les conditions entourant l'achat de EMC soient
rendues publiques, que l'approbation de la vente soit
révisée, que le ministre de l'Industrie identifie les
véritables intentions de Caterpillar pour l'usine de London et
qu'il intervienne pour sauvegarder les opérations. Le
4 janvier, le Syndicat canadien de la fonction publique a aussi
fait parvenir une lettre à Harper lui demandant de
révéler les conditions entourant l'approbation de
l'acquisition de EMC par Caterpillar à la lumière de la Loi
d'investissement
Canada (LIC).
Selon diverses sources, le gouvernement Harper
prétend que la transaction n'était pas régie par
la LIC, puisque la valeur des actifs n'était pas assez
élevée. Dans un courriel aux médias, le
porte-parole de Harper, Carl Vallée, a tenté de
présenter le gouvernement Harper comme une partie neutre dans
cette affaire, malgré ses nombreuses interventions à la
défense du droit de monopole : « Il s'agit d'un
conflit entre une compagnie privée et un syndicat et nous
n'intervenons pas lorsqu'il s'agit de compagnies
privées », a-t-il dit. Sur la question des
déductions d'impôt annoncées en 2008 à
même l'usine de EMC, Vallée écrit :
« L'annonce du premier ministre touchait aux politiques du
gouvernement en matière de taxation pour les entreprises dans
leur ensemble. Un environnement de réduction d'impôts
attire les créateurs d'emplois au Canada et fait en sorte qu'ils
y restent, comme en témoignent les 600 000 emplois
créés au Canada depuis juillet 2009. » Un
porte-parole de la ministre du Travail, Linda Raitt, écrit que
le conflit « est en réalité une question de
juridiction provinciale. » Le député
conservateur pour Elgin-Middlesex-London, Joe Preston, a
expliqué la position du gouvernement Harper dans ces
termes : « À l'heure qu'il est, j'aimerais que
tout le monde prenne un peu de recul et que nous laissions les deux
parties poursuivre leur négociation. Ce sont eux qui devront
conclure un contrat en dernier recours et c'est parfois nuisible
lorsque des parties interviennent de l'extérieur avec des
suggestions et des solutions lorsque la véritable
négociation doit avoir lieu entre les cadres de EMC et les
TCA. »

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