Politique coloniale envers les Premières Nations

L'héritage colonial à Attawapiskat

Les Premières Nations et la classe ouvrière doivent s'unir dans la lutte pour
une nouvelle direction à donner à l'économie, vers une économie diversifiée
qui suffit à ses besoins et qui répond aux besoins de sa population.

Les images choquantes qu'on nous a montrées de la communauté d'Attawapiskat dans le nord de l'Ontario nous amènent à réclamer un changement immédiat. Personne au Canada ne devrait vivre dans des conditions aussi déplorables, surtout pas des mères, des enfants et des aînés. Aussi bornée qu'elle soit dans son mépris des Premières Nations, la dictature Harper doit être tenue responsable de la situation et forcée d'apporter un secours immédiat.

Les médias monopolisés aiment faire des histoires à sensation à propos des Premières Nations, et dans leurs reportages ils reprennent en entier la conception raciste du gouvernement fédéral pour qui les victimes seraient responsables de leur situation et incapables de s'occuper de leurs besoins sans l'intervention coloniale, ce que les coloniaux ont appelé « le fardeau de l'homme blanc ». Loin d'éclairer le public sur les droits ancestraux et issus de traités qui appartiennent aux Premières Nations du fait que le Canada a pris possession de leurs terres et ressources, en plus d'avoir les droits qui appartiennent à tous du fait qu'ils sont humains, les médias monopolisés banalisent le traitement colonial qui leur est réservé en laissant entendre que c'est une question de différences d'opinion entre différentes sections du corps politique.

Entre-temps, la classe politique, chaque politicien à sa façon et sans scrupules, essaie de tirer le maximum de crédit politique de la situation. Nul n'est plus méprisant que le gouvernement Harper, qui persiste à nier qu'il y a un problème et qui a ordonné que les finances de la communauté soient placées sous la « gestion d'un tiers parti ».

Briser le silence

L'Opposition ouvrière voit comme positif que le silence soit rompu sur les conditions de vie de cette communauté des Premières Nations et considère que c'est un premier pas vers la résolution du problème. C'est la même chose que quand les travailleurs brisent le silence sur leurs conditions de vie et de travail en bâtissant leurs collectifs de défense, en discutant et en analysant les conditions concrètes dans lesquelles ils se trouvent et en formant des groupes de rédacteurs et diffuseurs pour développer leurs propres médias pour gagner de l'influence dans la communauté. En acquérant une conception du monde indépendante en opposition à celle de la dictature, le mouvement ouvrier et les Premières Nations peuvent trouver les moyens de surmonter les obstacles à la solution des problèmes, tenir les gouvernements responsables, défendre les droits de tous et aller de l'avant avec confiance vers une alternative centrée sur l'être humain.

Les préoccupations immédiates et l'avenir

Deux choses ressortent de l'exposition des conditions de vie à Attawapiskat. La première est la nécessité de remédier à la situation immédiatement. La deuxième est la nécessité de renverser l'héritage colonial et de garantir en pratique le droit des Premières Nations à leur base économique et au contrôle du développement sur leurs territoires.

Les préoccupations immédiates

Tous les Canadiens ont des droits du fait qu'ils sont des êtres humains. Rien ne peut justifier la négation des droits à Attawapiskat. À sa très grande honte, la dictature Harper se plaint des coûts du logement, de la nourriture, de l'électricité, l'éducation et les commodités modernes dans une localité éloignée. Stephen Harper a annoncé qu'il va ajouter une autre couche à la dictature du gouvernement central pour superviser l'utilisation des fonds publics par un « tiers parti », comme si cela l'absolvait de sa responsabilité dans cette affaire.

Derrière la négation des droits des résidants d'Attawapiskat se cache un objectif sinistre. La dictature à Ottawa voit les Premières Nations comme un obstacle à son projet de remettre les terres et les matières premières du pays aux monopoles mondiaux pour qu'ils puissent les piller à volonté. Harper et les médias monopolisés justifient la négation des droits des Premières Nations en disant que le développement centré sur le capital des villages, villes et petites communautés dans des régions éloignées comme celle-là n'offre pas un rendement assez intéressant pour les monopoles mondiaux et que, d'ailleurs, cela va à l'encontre de la pratique normale du capitalisme qui consiste à concentrer les populations dans de grandes métropoles où elles peuvent être exploitées en tant que producteurs et consommateurs captifs et à partir desquels des travailleurs peuvent être envoyés dans des chantiers éloignés, loin de leur famille, sans communauté ni culture.

La dictature et les monopoles mondiaux voient le territoire qui s'étend au-delà des principales villes et régions agricoles traditionnelles du Canada comme des terra nullius – « terres sans maître ». C'est la vieille conception coloniale qui n'admet pas que les Premières Nations ont toujours habité ces terres et que les puissances coloniales d'autrefois et les impérialistes d'aujourd'hui n'y ont aucun droit légal ou moral. Résistant à l'assaut colonial, les Premières Nations vivent toujours sur ces territoires qui sont leurs terres ancestrales, ayant survécu à la destruction de leur base économique, aux maladies importées d'Europe, aux massacres aux mains des conquéreurs et aux assauts répétés contre leurs enfants, leur culture, leur mode de vie et leur matériel de pensée ancien. Au grand désarroi des monopoles et de la classe politique, elles ont survécu aux tentatives de génocide, elles vivent toujours sur ces terres et réclament leurs droits en tant qu'êtres humains et en tant que Premières Nations, et aujourd'hui elles ne sont plus seules puisqu'ils ont en l'Opposition ouvrière un puissant allié.

La classe politique n'a que des éloges pour la mine de diamant DeBeers tout près d'Attawapiskat parce qu'il s'agit d'un développement centré sur le capital et sous le contrôle d'un monopole mondial. La valeur produite par la transformation des ressources naturelles par les travailleurs n'est pas utilisée pour le développement d'Attawapiskat comme communauté et comme région, elle est utilisée pour enrichir les vestiges du détesté régime d'apartheid en Afrique du Sud, une cruelle ironie de l'histoire. Le droit de monopole règne en maître sur des territoires qui appartiennent de droit aux Premières Nations tandis que le droit public est nié et que les habitants de la région vivent dans des conditions misérables, le tout justifié par la logique qu'il n'est pas possible de maintenir une vie normale dans des régions aussi éloignées, malgré le fait que les peuples des Premières Nations y vivent depuis les temps immémoriaux.

La définition moderne des droits est un principe qu'on ne peut nier en aucune circonstance. Les résidants d'Attawapiskat ont des droits du fait de leur humanité et en tant que membres des Premières Nations, et personne, ni les monopoles, ni la classe politique, ne peut leur enlever ces droits.

Défaire l'héritage colonial

Le legs colonial est dans le fait que les gouvernements du Canada, du Québec et des provinces continuent de nier les droits des Premières Nations. Celles-ci ont des droits du fait qu'elles sont les habitants de ces terres depuis les temps immémoriaux. La classe politique au pouvoir à Ottawa, à Québec et dans les provinces doit être forcée d'accepter cette réalité. L'Opposition ouvrière a la responsabilité sociale de voir au respect des droits des Premières Nations en pratique et de ne pas permettre à la classe politique au pouvoir et aux monopoles mondiaux de les saper.

Dans le cas particulier de la communauté d'Attawapiskat, ses résidants sont membres de la Première Nation Attawapiskat (en cri : Ahtawapiskatowi ininiwak, « les gens qui vivent là où les roches se séparent ») qui vit sur son territoire dans le district de Kenora, dans le nord-ouest de l'Ontario. Les Ahtawapiskatowi ininiwak ont des liens ancestraux avec les autres Cris d'Omushkego et avec les Premières Nations ojibwées (voir la carte). Leur territoire s'étend des côtes de la Baie James jusqu'à Chapleau, 500 km au sud, où vivent les cris de Missanabie et de Chapleau, et ils ont aussi des liens ancestraux avec les autres Premières Nations cries et ojibwées du nord-ouest ontarien.

Leur territoire est immensément riche en ressources naturelles – forêts, faunes, eaux douces et minéraux, comme le diamant aujourd'hui exploité par le monopole DeBeers. La région appelée Cercle de feu est connue pour ses dépôts de chrome. La coexistence d'une pauvreté extrême et de cette incroyable richesse actuelle et potentielle est matière à réflexion. Le potentiel d'une base économique pour l'existence des Premières Nations est là une fois qu'on se sera débarrassé du legs colonial. Les Premières Nations doivent pouvoir contrôler leurs territoires et pour le développement elles doivent pouvoir jouir de l'assistance de la classe ouvrière canadienne, financièrement mais aussi et surtout en termes d'expertise et de savoir-faire technologique d'une classe ouvrière moderne.

Pour maintenir le legs colonial, les dictatures du Canada et de l'Ontario affirment que le capital international est nécessaire pour le développement des ressources sur les terres des Premières Nations. Il n'y a pas longtemps le premier ministre de l'Ontario Dalton McGuinty repoussait les critiques concernant les intentions du monopole minier américain Cliffs Natural Resources de transformer à l'étranger une bonne partie du chrome extrait du Cercle de feu. Il aurait répondu que l'Ontario fait partie de l'économie mondiale et que « nous sommes une juridiction de libre-échange », laissant entendre que le monopole américain peut faire ce qu'il veut sous la dictature du droit de monopole.

Les Premières Nations et les travailleurs doivent discuter de cette affirmation que « nous faisons partie de l'économie mondiale » et que « nous sommes une juridiction de libre-échange ». Qui en a décidé ainsi ? Qui a décidé que nous ne sommes pas un pays appelé Canada avec une nation du Québec et des Premières Nations qui ont des droits, qui comprennent le droit de décider de notre avenir, de contrôler notre économie et nos modes de vie ? Le peuple n'a pas décidé de se jeter à plat ventre devant l'autel du droit de monopole. Les Premières Nations n'ont pas décidé de continuer avec l'héritage colonial. La classe politique a décidé d'annexer le pays au système impérialiste d'États dirigé par les États-Unis et dominé par les monopoles mondiaux. Elle présume que le peuple accepte cette décision qui n'a aucune justification légale ou morale. Mais le Canada n'est pas une économie, c'est un pays formé de peuples et de nations. N'en déplaise à la classe politique, les territoires des Premières Nations et les ressources naturelles qu'on y trouve ne sont pas à vendre au plus offrant et ne sont pas là pour gagner les faveurs des monopoles et des puissances impérialistes. Ces territoires et ces matières premières sont la base matérielle de l'édification nationale des Premières Nations.

Les travailleurs et les Premières Nations doivent réfléchir à ce que veut dire être maîtres de leur destinée et ne pas être les esclaves des monopoles dans une économie mondiale et une région de libre-échange. Les Premières Nations et les travailleurs détruiraient-ils leur base économique comme cela a été fait en Ontario et au Québec avec la destruction du secteur manufacturier et comme cela a été fait historiquement à toutes les Premières Nations ? Pourquoi les Premières Nations permettraient-elles l'exploitation d'une mine de diamant si cela n'apporte aucune valeur à leurs communautés, si cela ne contribue pas à l'édification nationale ? C'est insensé. Pourquoi les travailleurs détruiraient-ils leurs aciéries pour ensuite combler les besoins du Canada en acier avec des importations ?

L'argument que le Canada manque de capital d'investissement n'est pas fondé. Les travailleurs ont eux-mêmes des milliards de dollars en capital d'investissement qui est là dans les caisses de retraite. Le régime de retraite des enseignants de l'Ontario et la Caisse de dépôt et de placement du Québec sont parmi les plus grands investisseurs au monde. Les gouvernements ont une immense capacité de prêter avec l'argent des taxes et impôts et ils pourraient également établir des institutions financières à but non lucratif où les gens pourraient déposer leurs épargnes. Les Premières Nations et les travailleurs n'ont pas besoin des DeBeers, Vale, Xstrata, AbitibiBowater Résolu et US Steel de ce monde qui prennent plus à l'économie qu'ils n'y mettent et qui laissent les communautés dans la pauvreté et la désolation quand ils décident de partir.

Au coeur du problème se trouve la reconnaissance des droits, les droits de la classe ouvrière et des Premières Nations. Cela passe par la reconnaissance de la préséance du droit public sur le droit de monopole et une nouvelle direction pour l'économie. Cela passe par la reconnaissance des droits des Premières Nations, l'abandon de l'héritage colonial et le contrôle par les Premières Nations du développement et de l'économie sur leurs territoires.

Les Premières Nations et la classe ouvrière doivent ensemble s'opposer à la dictature de la classe politique et des monopoles mondiaux sur l'économie. Ils doivent s'unir dans la lutte pour une nouvelle direction pour l'économie pour développer une base économique diversifiée qui suffit à ses besoins et qui répond aux besoins de la population. Les Premières Nations et les travailleurs sont les bâtisseurs modernes. Ils sont la seule force capable de sauver le pays et ses nations de la destruction par la classe politique et les monopoles mondiaux et de bâtir le nouveau.

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Position militante du conseil
de bande d'Attawapiskat

Le 5 décembre, la chef du conseil de bande de la Première Nation Attawapiskat a expulsé Jacques Marion de BDO Canada LLP, la cinquième plus grande firme comptable au Canada, venu « gérer » les finances de la communauté pour le compte du gouvernement Harper.

La chef Theresa Spence et le conseil de bande avaient déjà rejeté la décision du gouvernement Harper de placer la communauté sous tutelle financière sous prétexte que le conseil de bande aurait mal géré les fonds provenant du gouvernement fédéral au cours des cinq dernières années.

Dans un communiqué du 1er décembre, la chef du conseil de bande mettait les choses au clair :

« La Première Nation a satisfait toutes les exigences du ministère, y compris la soumission à une vérification comptable annuelle au cours des six dernières années. Tout cela a été revu et accepté par les Affaires autochtones. Si le gouvernement du Canada désire ré-examiner les comptes déjà acceptés par le ministère, la Première Nation sera heureuse de coopérer, et l'on pourra alors établir le coût réel de la gestion dans une région éloignée dans un environnement nordique. »

Selon le réseau de télévision APTN, la chef Spence a profité de l'occasion de son passage à Ottawa le 5 décembre, où elle assistait à la rencontre spéciale des chefs de l'Assemblée des Premières Nations, pour rencontrer le ministre des Affaires autochtones, John Duncan, et lui dire en personne que les gens d'Attawapiskat n'accepteront jamais qu'un tiers parti vienne gérer leurs finances et affirmeront leurs droits par les tribunaux. Le ministre ne s'est toujours pas rendu dans la communauté pour constater de lui-même la situation.

Par ailleurs, l'Assemblée des Premières Nations a adopté à l'unanimité une résolution demandant aux Nations unies de superviser la réaction du gouvernement fédéral à la crise du logement. Les chefs ont demandé à l'ONU de nommer un rapporteur spécial pour déterminer si le gouvernement Harper s'acquitte de sa responsabilité face à la crise, suivant ses obligations aux termes des traités canadiens et internationaux.

La résolution demande aussi aux gouvernements du Canada et des provinces de répondre aux communautés dans le besoin. Elle demande au ministre des Affaires autochtones de cesser d'imposer des mesures comme la gestion financière par une firme indépendante.

« Lorsque j'ai parlé à la chef Spence et aux chefs des communautés du nord, nous avons déterminé que la façon de procéder est de faire respecter les traités et le partage équitable des ressources sur ces terres, non pas d'imposer des mesures punitives et unilatérales », a dit le chef de l'Assemblée des Premières Nations, Shawn Atleo.

« Il n'y a qu'une lutte, il n'y a qu'un ordre du jour et un objectif : bâtir une vie meilleure pour tous nos gens sur la base du respect de nos droits, de notre identité et, en fait, de notre survie, a dit le chef Atleo. Et nous devons utiliser tous les outils à notre disposition. »

Le ministre des Affaires autochtones et du Développement du nord n'a cessé de criminaliser la chef et le conseil de bande et de répandre la désinformation concernant la situation à Attawapiskat. Il a déclaré que les entrepreneurs privés peuvent continuer leurs travaux de l'extérieur de la réserve et qu' « il est très inquiétant de voir que la chef et le conseil de bande ne sont pas ouverts à l'aide extérieure ». Tout cela sert à cacher les violations flagrantes des droits ancestraux et de traité de la nation crie d'Attawapiskat par le gouvernement Harper.

Il est tout à fait juste que la chef et le conseil de bande d'Attawapiskat chassent de la réserve le tiers parti envoyé dans la communauté suivant le diktat des monopoles, que représente le gouvernement Harper. Ce dernier doit immédiatement s'acquitter de ses obligations de traité et apporter une aide matérielle et financière d'urgence pour remédier à des décennies d'abus et de négligence.

La chef Theresa Spence a dit le 1er décembre : « L'ère de faire la sourde oreille aux préoccupations de notre peuple est terminée. C'est le début... »

Non au génocide ! Non à la justice coloniale !

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Non aux menaces du gouvernement Charest contre
la communauté innue de Pessamit!

Samedi le 26 novembre, le ministre des Ressources naturelles et de la Faune du Québec, Clément Gignac, a menacé la communauté innue de Pessamit sur la Côte-Nord qui compte bloquer la route 138 pour défendre ses droits ancestraux. La route 138 est celle qui relie la Côte-Nord au reste du Québec. Elle traverse la réserve de Pessamit sur une quarantaine de kilomètres. « La porte est ouverte, mais entre 300 millions et 5 milliards, je pense qu'il doit y avoir une marge, mais il y a des comparables. L'important, c'est qu'on puisse discuter et non pas prendre la population en otage ou le développement du Nord en otage et menacer de barrer les routes. Je pense que les Québécois n'accepteront pas ça », a dit monsieur Gignac.

En juin dernier, la communauté avait bloqué la route 138 pour protester contre le Plan Nord. Le chef de la communauté innue de Pessamit, Raphaël Picard, avait alors déclaré qu'il n'était pas question de parler de Plan Nord tant que les Innus n'auront pas de garantie sur le respect de leurs droits ancestraux. « La principale embûche du Plan Nord, c'est qu'en y adhérant, on renonce à nos droits ancestraux de facto, avait-t-il affirmé. La technique est plus subtile, on nous intègre dans le Plan Nord et la législation qui va en découler va éteindre nos droits. Ceux qui y ont adhéré, comme les Cris, ont cédé leurs droits. »

En octobre dernier, le gouvernement et les partis de l'opposition ont utilisé le même discours de menace à l'endroit des travailleurs de la construction et leurs syndicats en disant qu'ils agissaient illégalement et qu'ils tenaient l'économie québécoise en otage. Chaque fois que ça ne fait pas l'affaire du gouvernement ou du patronat, dans un contexte de lutte et de résistance, le gouvernement invoque « la prise en otage » pour confondre la population.

Quand le gouvernement traite avec les sociétés minières et d'exploration qui réclament des fonds publics sous peine d’investir ailleurs les profits réalisés avec nos ressources, là il n’est pas question de prise en otage de l’économie. Il déroule le tapis rouge, leur offre de construire à même les fonds publics routes, ponts, ports, infrastructures, pour qu'elles puissent venir exploiter les ressources du Québec. Il n'y a pas de problème. Mais lorsque le peuple, que ce soit les travailleurs de la construction, les communautés autochtones ou autres sections de la population, revendique ses droits, le gouvernement brandit la menace et parle de prise d'otage. Dans le cas actuel, le ministre Gignac nie les mensonges que véhicule le gouvernement vis à vis les autochtones et la population en disant que tous les autochtones appuient le Plan Nord. Ce qui est faux.

Les menaces, le chantage, le mensonge et la désinformation doivent être dénoncés !

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Les Innus rejettent l'«offre
de dédommagement»

Ce n'est pas d'hier que les relations entre les gouvernements du Québec et les autochtones sont difficiles et conduisent à une impasse. Rappelons que les gouvernements successifs du Québec ont toujours refusé de reconnaître les droits ancestraux des autochtones sur les territoires qu'ils occupent, et cela malgré plusieurs jugements favorables de la Cour suprême du Canada en leur faveur. Tout récemment, la communauté innue de Pessamit, par l'entremise de son chef M. Raphaël Picard, a déposé auprès du gouvernement du Québec une réclamation de 5 milliards $ pour l'utilisation sans autorisation de son territoire ancestral, le Nitassinan.

Lors de l'annonce du Plan Nord en mai 2011, le premier ministre Jean Charest déclarait avoir consulté les nations autochtones et avoir reçu l'appui de ces dernières. La vérité est que sur 33 communautés autochtones vivant sur le territoire du Plan Nord, 26 ont conclu une entente avec le gouvernement québécois, dont 2 nations innues sur 9. La majorité des communautés autochtones appuyant le Plan Nord sont signataires de la Convention de la Baie James et ou de La Paix des Braves. Celles-ci sont situées dans la partie nord-ouest du territoire du Plan Nord, soit la Baie James.

Les Innus vivent majoritairement sur la Côte-Nord et ils se sont adressés aux tribunaux au cours des dernières années pour qu'ils statuent sur leurs revendications territoriales. Selon des documents déposés par le gouvernement du Québec à la Securities and Exchange Commission des États-Unis à Washington D.C., leurs demandes s'élèvent à près de 16 milliards $. D'après ces mêmes documents, les communautés de Pessamit et Uashat-Maliotenam présentent des revendications territoriales et soutiennent que leurs droits ont été enfreints et elles réclament des dommages et des intérêts. La communauté de Pessamit réclame 14,7 milliards $ dont 10,8 en redevances sur des revenus de vente d'électricité produite au complexe Manic-Outarde depuis 1960. Les Innus demandent qu'Hydro-Québec verse un paiement compensatoire de 657 millions $.

Les Innus de Pessamit réclament aussi des dédommagements de 3,1 milliards $ pour l'exploitation forestière illégalement autorisée sur leur territoire depuis le XIXe siècle. Plusieurs réclamations du même type faites par d'autres communautés innues sont devant les tribunaux. Le gouvernement du Québec conteste toutes ces réclamations.

Jusqu'à récemment, le chef Raphaël Picard participait à une table de négociation avec des représentants du gouvernement et d'Hydro-Québec pour le passage des lignes de transmission d'électricité devant passer par le territoire ancestral, le Nitassinan. Le chef Picard a qualifié de « ridicules » les offres du gouvernement du Québec. L'offre du gouvernement était de 350 millions $ sur 50 ans, dont 113 millions $ pour les inconvénients subis dans le passé en raison du développement hydroélectrique et minier. « C'est peu, c'est frivole de la part du gouvernement, c'est irrespectueux, a déclaré le chef Picard. C'est dommage qu'ils reviennent encore avec une attitude coloniale. Ils nous croient imbéciles, ils nous considèrent comme des aliénés. »

Il promet une tournée des villes européennes et américaines visitées par le premier ministre Charest pour dénoncer le mensonge qu'il a répandu en affirmant que les autochtones avaient approuvé le Plan Nord. La réalité est que plusieurs nations innues ont refusé de participer à la consultation et à la préparation du Plan Nord.

Le territoire ancestral des Innus, le Nitassinan, a été soumis à de nombreuses activités et travaux. La construction du complexe hydroélectrique Manicouagan-Outarde, l'inondation de milliers de kilomètres carrés de terre et de terrains de trappe, le déboisement et la construction de cinq lignes de transmission d'électricité, les coupes forestières, le développement minier du Mont Wright et de Fire Lake Fermont et Schefferville. Le Plan Nord n'a rien réglé.

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Bulletin du 8 décembre 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca