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Discussion
La tendance à la privatisation et le
refus de
rechercher une alternative
centrée sur l'être humain
Les conditions objectives d'un système
capitaliste en crise incitent les
détenteurs du capital et leurs
représentants politiques
à privatiser les services
publics et à imposer des concessions
à la classe
ouvrière. Plutôt que de
chercher une solution à la crise qui soit
centrée sur
l'être humain, les détenteurs du
capital s'accrochent
à leur système
désuet et s'en prennent à la
classe ouvrière et aux services publics
qu'elle dispense.
Le démantèlement de Postes Canada
et la
privatisation des services
publics en général
découlent des conditions
économiques. La
tendance à la chute du taux de profit par
rapport aux
investissements va
de pair avec la crise économique et ses
problèmes
connexes dans les
marchés des produits et des actions, et a
eu comme
conséquence une
surabondance de capital qui n'a plus de place
où investir
à un
taux de
rendement acceptable pour les détenteurs
du capital. Un
récent article dans la
presse financière révèle
l'existence de sommes
d'argent comptant sans
précédent entre
les mains des plus grandes
sociétés aux
États-Unis. Un autre
article
publié dans le New York Times
intitulé
«Des banques
inondées
d'argent comptant qu'elles ne peuvent utiliser
de façon
profitable» décrit un
problème identique.
Les services publics privatisés,
lorsqu'accompagnés de contrats garantis
et d'une baisse des réclamations de la
classe ouvrière,
offrent un certain
allégement pour les investisseurs. Ce
système
économique devenu désuet a surtout
besoin
d'un renouveau dans le sens d'une alternative
centrée sur
l'être humain.
Alors que les
représentants
politiques des détenteurs du capital ont
le plein
contrôle à leurs niveaux
de gouvernement, leurs solutions (qui est de
privatiser et soutirer des
concessions aux travailleurs) aggravent la
situation pour les travailleurs et leur
économie.
Lorsque la privatisation des services publics
est
examinée dans son
ensemble, les détenteurs individuels de
capital peuvent, dans
les conditions
actuelles, augmenter leurs réclamations
au produit social sur une
base régulière en diminuant celle
des gouvernements et
des autres capitalistes. Qui
plus est,
le fait de transformer un secteur ou une
entreprise de public à
privé,
comme pour une situation de faillite, offre aux
détenteurs du
capital une
occasion unique de restructuration par laquelle
ils imposent des
concessions
aux travailleurs.
Dans l'exemple de Postes Canada, il aurait
jadis
été impensable que des
détenteurs du capital
puissent faire
une
réclamation directe à la valeur
ajoutée produite
par le déplacement du courrier postal,
autrement que par la
vente
d'approvisionnements et d'équipements
à l'entreprise
publique. Une
revendication directe était inacceptable
puisque la valeur
ajoutée devait rester
à la Société des postes,
lui permettant de
s'étendre à toutes les villes du
pays
et de maintenir les prix du marché des
tarifs d'affranchissement
à la baisse
pour le collectif des détenteurs du
capital profitant de ces
services. Les prix
du marché des tarifs d'affranchissement
ont été
maintenus à la baisse dans
l'intérêt des
détenteurs du capital pris
collectivement. La
tradition veut que les
prix du marché soient inférieurs
aux coûts de
production liés à la livraison
du courrier. Puisque les tarifs
d'affranchissement sont
inférieurs aux coûts
de production, une certaine valeur
ajoutée, en particulier lorsqu'il s'agit
des
envois d'affaires, demeure non
réalisée et est
revendiquée indirectement par
les détenteurs du capital pris
collectivement sous forme de
réductions de tarifs
d'affranchissement. Cela diffère de la
situation où il y
a
production de biens et que les pertes dues au
fait qu'une partie de ces
biens reste invendue (valeur non
réalisée) sont
encaissés par les détenteurs du
capital et
l'économie. Dans le cas du service
postal, la valeur
ajoutée produite par les postiers revient
entièrement
dans
l'économie. Une certaine partie de la
valeur ajoutée
(revenu) est utilisée
pour subventionner des coûts de production
plus
élevés encourus dans des
municipalités ou des villages plus
éloignés. Une autre partie est
transférée indirectement aux
utilisateurs fonctionnels
sous forme de prix du
marché de tarifs d'affranchissement
réduits par rapport
au coût moyen de
production.
On ne peut parler de coûts de production
sans
parler de la réclamation
des travailleurs à la valeur
ajoutée qu'ils ont produite.
À mesure que les
postiers se sont organisés en collectifs
de défense,
après la guerre, et ont réussi
à faire une plus
grande réclamation à la
valeur ajoutée
qu'ils produisent, la valeur ajoutée
disponible pour les
détenteurs du capital
sous forme de tarifs d'affranchissement
réduits a
commencé à être
affectée.
Des salaires plus élevés et des
conditions de travail
améliorées poussent les
détenteurs du capital
à utiliser des machines capables de
réduire le temps de
travail requis pour produire un bien ou un
service, en l'occurrence le
transport du
courrier. Postes Canada est donc devenue
très
mécanisée,
ce qui a été tout à
fait profitable aux capitalistes responsables de
la production
d'équipement
postal. Cependant, une productivité
accrue mène à
une réduction du coût de production
et du montant de valeur ajoutée à
laquelle peuvent puiser les détenteurs du
capital (c'est la base
objective de la loi de la chute du taux de
profit sous le capitalisme).
Postes
Canada doit payer pour l'équipement et
par conséquent,
les tarifs
d'affranchissement doivent refléter les
coûts et doivent
être haussés. La
valeur ajoutée permettant de maintenir
les tarifs
d'affranchissement à la
baisse est devenue plus restreinte du fait que
les salaires et les
conditions de
travail étaient à la hausse et que
la valeur
ajoutée était moins disponible
proportionnellement au volume global des lettres
livrées. La
productivité
baisse la moyenne du temps de travail requis
pour livrer une lettre, ce
qui
baisse la proportion de valeur ajoutée
produite par lettre
livrée, mais
augmente les coûts de production
reliés à
l'utilisation des machines.
Des salaires et des conditions de travail
à la
hausse, une productivité
accrue grâce à la
mécanisation, une pression
à la hausse sur les tarifs
d'affranchissement des entreprises et aussi
l'absence d'endroits
où investir,
ont incité les détenteurs du
capital à abandonner
leur appui initial à une
Société des postes publique au
Canada et à
organiser dans le but de sa
privatisation. L'aspect subjectif de la
privatisation est le refus
catégorique
des détenteurs du capital d'entrevoir une
alternative
centrée sur l'être humain
et une nouvelle direction pour
l'économie. La perspective
subjective
rétrograde surgit spontanément du
fait objectif qu'ils
sont propriétaires de
sections de l'économie socialisée.
Au cours du stade embryonnaire de
l'édification
nationale du Canada,
des situations semblables touchant à la
nécessité
d'une entreprise publique
existaient, que ce soit dans les secteurs du
transport ferroviaire et
aérien, du
transport en commun, des centrales
électriques, des
réseaux d'assainissement,
des aqueducs, de l'enlèvement des
déchets et autres
infrastructures, de
l'acier, de la houille, etc. L'économie
capitaliste canadienne
à ce moment-là
ne se serait pas développée sans
la
propriété de l'État dans
plusieurs
secteurs. La situation n'est plus la même
en ce sens que
l'économie
capitaliste a
dégénéré à un
point
tel que la loi sur la chute du taux de profit
a fait en sorte que les endroits où les
détenteurs du
capital peuvent investir
sont de plus en plus rares. Il en va de
même pour les endroits
où ils peuvent
obtenir un profit qui répond à
leur objectif
de devenir riche le
plus vite possible. Le besoin de services
publics n'a pas du tout
diminué,
mais ceux qui contrôlent le Canada
économiquement et
politiquement sont
devenus des destructeurs de ce que la classe
ouvrière a
bâti. Les détenteurs
individuels du capital considèrent que
leurs besoins
actuels de trouver des endroits où
investir sont
plus pressants que le besoin de services publics
nécessaires au
fonctionnement de la société. Pour
eux, la privatisation
est
une arme pour réduire la
réclamation de la classe
ouvrière à la
valeur ajoutée qu'elle produit dans les
secteurs publics et pour
se trouver un
endroit où investir, c'est-à-dire
des installations qui
leur garantissent un certain taux
de profit. Leur intérêt
étroit les empêche
de tenir compte des
conséquences de cette privatisation pour
la classe
ouvrière,
l'économie et la société.
Le développement des forces productives
en une
économie socialisée
mondiale avec ses lois connexes, telles que la
chute du taux de profit
par
rapport à l'investissement et le
développement du
mouvement de la classe
ouvrière à la défense de
ses droits, ont fait en
sorte que les forces
productives socialisées ne peuvent
fonctionner dans les limites
de la
propriété privée sans qu'il
n'en résulte
une destruction généralisée
des forces
de production actuelles, une pression vers le
bas sur le niveau de vie
de la
classe ouvrière et la guerre entre les
propriétaires de
capital qui sont en
compétition. Le but des
propriétaires des
différentes sections de
l'économie socialisée
entre en contradiction avec ses sections
individuelles et avec
l'ensemble de
l'économie. La situation a
dégénéré
à un point tel que les
propriétaires de
capital se nourrissent des services publics
actuels comme autant de
parasites.
La privatisation est une des armes
utilisées dans cette bataille
pour faire
reculer les revendications de la classe
ouvrière et forcer
l'économie
socialisée à servir les
propriétaires les plus
puissants et leurs monopoles. Les
investisseurs les plus influents utilisent le
pouvoir d'État
pour garantir des
prix du marché plus élevés
et faire baisser les
réclamations des travailleurs.
L'État est
maintenant organisé de
façon plus efficace pour payer
les riches, attaquer ouvertement la classe
ouvrière et servir
les plus puissants
investisseurs au pays et à
l'étranger.
Pour l'utilisation des services
privatisés, les
détenteurs du capital doivent
éventuellement exiger des frais plus
élevés dans
ces secteurs, tout en
diminuant les réclamations de la classe
ouvrière. Par
exemple,
les
travailleurs d'Air Canada et les voyageurs ont
fait l'expérience
de deux
décennies difficiles avec un Air Canada
privatisé, des
services coupés, des
tarifs à la hausse et la baisse des
réclamations de la
classe
ouvrière.
Les prix du marché des services publics
privatisés doivent
éventuellement augmenter pour rejoindre
ou surpasser les
coûts de
production, allant de pair avec la
réduction forcée de la
revendication des
travailleurs sur ce qu'ils produisent. Ainsi,
l'État intervient
directement et de
façon de plus en plus violente au nom des
détenteurs du
capital contre la
classe ouvrière. Certains
détenteurs du capital ayant
pris contrôle du service
public privatisé peuvent ainsi trouver un
certain répit,
mais au prix d'une
classe ouvrière et d'une économie
grandement
hypothéquées, alors que la
revendication de la classe ouvrière sur
le produit social subit
une pression à
la baisse et que le peuple et d'autres
détenteurs du capital
doivent débourser
davantage pour les services. Ainsi la
concentration de richesse et de
pouvoir
entre les mains d'un petit nombre est
accélérée et
aggrave la crise
économique. La solution est de
bâtir une
puissante Opposition
ouvrière qui réussira à
mettre fin à ce
cercle vicieux, défendre les droits de
tous et de la société et
éventuellement marquer
l'arrivée d'une alternative
centrée sur l'être humain.

Bulletin du 5
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