Mouvement ouvrier

Industrie forestière

AbitibiBowater poursuit son activité
criminelle sous un nouveau nom

Beaucoup de travailleurs qui ont affaire ou qui ont eu affaire avec AbitibiBowater, rebaptisée Papiers forestiers Résolu, considèrent ses propriétaires et directeurs comme des criminels à qui l'on devrait interdire d'être propriétaires d'avoirs économiques ou d'ouvrir des entreprises au Canada. Ils sont comme une bande de criminels qui laisse la désolation sur son passage : destruction des usines, pillage des ressources naturelles, vol des pensions, rupture de contrats et extorsion des travailleurs, des communautés, des fournisseurs et des gouvernements.

Et comme des criminels, il leur faut changer de nom de temps à autre pour échapper à la colère des gens sans pour autant changer leur façon de faire. Au début de novembre, AbitibiBowater a annoncé qu'il s'appellera dorénavant Produits forestiers Résolu.

Sa plus récente victime est la communauté forestière de Brooklyn, en Nouvelle-Écosse, et son usine à papier journal qu'il tient en otage. AbitibiBowater, maintenant Résolu, a remis une demande de rançon au premier ministre de la Nouvelle-Écosse en août dernier. On y lisait que les propriétaires d'AbitibiBowater Résolu ont pris le contrôle de l'usine et menaçaient de la détruire si les demandes suivantes n'étaient pas satisfaites:

- Les 300 travailleurs de l'usine doivent renoncer à une partie considérable de leur réclamation à la richesse qu'ils produisent.

- Le gouvernement provincial doit transmettre aux propriétaires une rançon en main propre de plusieurs millions de dollars.

- AbitibiBowater dit Résolu exige que les fournisseurs de la région lui vendent ce dont l'usine a besoin à des prix inférieurs à la valeur du marché.

- La société d'hydroélectricité de la Nouvelle-Écosse doit livrer l'électricité à l'usine à des coûts inférieurs au taux provincial.

Dans sa note de rançon, la compagnie déclare que les travailleurs, la communauté, les fournisseurs et la province doivent céder à ces demandes ainsi qu'à d'autres demandes non spécifiées avant le mois de décembre, sans quoi elle procédera à la destruction de l'usine et du moyen de subsistance des 300 travailleurs et de leur famille, ainsi que des 2000 autres résidants de la région qui dépendent directement de l'usine.

Les gens de la Nouvelle-Écosse, de Terre-Neuve, du Nouveau-Brunswick, du Québec et de l'Ontario, qui ont tous été volés par ce gang criminel, refusent de continuer de se laisser intimider. Ils exigent que justice soit faite et que le droit public soit affirmé face à cette extorsion criminelle rendue possible par l'imposition du droit de monopole.

Une société ne peut survivre si elle permet que son économie, ses communautés, ses travailleurs et ses ressources industrielles et naturelles soient soumis au droit de monopole et à l'extorsion. L'Opposition ouvrière a la responsabilité de défendre le droit public contre ces gangs de criminels qui se font passer pour des entreprises légitimes. Il faut une nouvelle direction pour l'économie qui permette de régler les comptes avec ces monopoles criminels, qui donne préséance au droit public. Le chantage et la destruction doivent cesser !

Ensemble, osons envisager une nouvelle direction pour l'économie qui serve les travailleurs, leurs communautés et la société, et qui favorise la mise en place d'une économie vigoureuse, diversifiée et qui suffit à ses besoins !

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Une région, même combat:
«Deux machines à papier: non négociable!» disent 1000 manifestants à Saguenay


(Photos: FTP)

Le samedi matin 26 novembre, plus de 1000 personnes ont manifesté dans les rues de l'arrondissement Jonquière, à Saguenay, pour exiger le maintien en opération de la machine à papier numéro 6 de l'usine Kénogami d'AbitibiBowater dit Résolu. La manifestation était une déclaration à caractère régional à l'effet qu'AbitibiBowater dit Résolu doit cesser ses menaces de fermeture de la machine à papier et doit cesser d'essayer de monter les gens les uns contre les autres, en disant que si la machine est maintenue en vie, c'est ailleurs que la compagnie devra fermer des installations. La manifestation était aussi un rappel au gouvernement Charest qu'il doit prendre ses responsabilités et ne pas renouveler le bail des centrales hydroélectriques de la compagnie qui s'alimentent à même la rivière Shipshaw si elle ferme la machine ou d'autres installations de la région. D'où le slogan principal de la manifestation : « Kéno : 2 machines à papier : non négociable ! » Le bail de la rivière Shipshaw arrive à terme le 31 décembre prochain. Par leur présence, les travailleurs d'Alma et de Dolbeau-Mistassini ont clairement indiqué qu'ils sont unis aux travailleurs de l'usine Kénogami pour revendiquer le maintien des emplois à l'usine. La fermeture de la machine causerait la perte de 150 emplois directs et d'un grand nombre d'emplois indirects. Des travailleurs d'autres secteurs de l'économie sont aussi venus épouser la cause du maintien des emplois dans les pâtes et papiers, notamment les travailleurs de Rio Tinto d'Alma qui sont connus pour leur combat à la défense de l'emploi régional. Autre fait à souligner, la manifestation était organisée par les trois syndicats présents à l'usine Kénogami : le SCEP (FTQ), le syndicat local membre de la CSN et le SEPB (FTQ), qui avaient tous leurs sigles inscrits sur une même bannière.

Les manifestants en avaient plus qu'assez des déclarations des dirigeants d'AbitibiBowater dit Résolu selon qui le maintien de la machine numéro 6 est une question très compliquée qui est fonction des objectifs stratégiques du monopole. Les travailleurs ont mis de l'avant leur propre objectif et leur propres demandes. Premièrement, que les emplois doivent être préservés, c'est la considération qui prime. Plusieurs ont dit que le maintien des emplois doit être une condition sine qua non des privilèges de la compagnie en matière d'hydroélectricité et d'accès aux ressources forestières. Deuxièmement, que la compagnie doit tenir compte d'une étude que les travailleurs ont en mains démontrant que la machine no 6 peut être modernisée pour produire un grade de papier qui est plus en demande que le papier qu'elle produit présentement. Troisièmement, qu'Abitibi dit Résolu devrait diversifier sa production en s'orientant vers la production de nouveaux produits qui sont faits à partir de la fibre de bois, comme la rayonne. Mais d'abord, les emplois doivent être conservés et les usines maintenues en opération. C'est sur cette base que l'industrie doit chercher une solution à ses problèmes et non sur la base du diktat d'un monopole qui impose ses intérêts étroits à toute une région et ne se sent même pas obligé de rendre des comptes à la population sur ce qu'il fait.

Plusieurs intervenants se sont opposés ouvertement aux manoeuvres du géant forestier pour diviser les travailleurs sur la base de l'usine ou de la municipalité à laquelle ils appartiennent. « Ce n'est pas le temps de se diviser, a dit Jean-Guy Tremblay du syndicat SCEP de l'usine. C'est le temps de se rallier pour faire front commun et pour se faire entendre. On a besoin que nos ressources naturelles aient des retombées directes au sein de la population du Saguenay–Lac-Saint-Jean. On a déjà eu sept machines à papier à Kénogami. On n'en a plus que deux et on va les garder ! »

« Je ne suis pas la personne qui va se chicaner avec les familles du Haut-du-Lac et du Saguenay, a dit Jean-Marc Crevier, le représentant régional de la FTQ. Un des meilleurs moyens d'assurer la pérennité des emplois, c'est le développement des nouveaux produits fabriqués à partir de la fibre de bois comme la rayonne, la nanotechnologie et bien d'autres, puisque les possibilités sont nombreuses. » Il a déploré le fait que plutôt que de chercher à trouver un terrain commun par lequel les intérêts des travailleurs et de la région seront défendus, Abitibi dit Résolu n'approche les travailleurs que pour leur imposer des concessions. « Il y a des limites à toujours donner, a-t-il ajouté. Ces compagnies ont des avantages par l'énergie et l'électricité. Les barrages, c'est payant. Mais c'est toujours concession après concession pour les travailleurs ». La présidente du Conseil régional FTQ Saguenay–Lac-St-Jean, Marcelle Perron, a elle aussi déclaré que le temps est au ralliement et non aux divisions.

Plusieurs élus étaient présents, dont le maire de Saguenay, Jean Tremblay, le conseiller municipal secteur Kénogami, Claude Tremblay, le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, et le député fédéral NPD de Jonquière-Alma, Claude Patry. « Nous sommes ici pour dire que ce sont nos richesses, a dit le maire. On n'accepte pas qu'on puisse jouer avec la population, jouer avec nos richesses sans qu'on puisse réagir. »

Comme l'a dit un des manifestants, ce n'est pas parce qu'AbitibiBowater maintenant dit Résolu que la population va changer son nom pour Population régionale résignée !

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Fermer la scierie de Saint-Prime:
une décision absurde

La scierie de Saint-Prime appartenant à AbitibiBowater maintenant dit Résolu dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean au Québec fonctionne toujours à plein régime depuis que le monopole forestier a annoncé à la mi-août qu'elle serait fermée à la mi-septembre. Aucune date n'est prévue pour la fermeture, mais le syndicat s'attend à ce que la guillotine tombe bientôt.

La scierie produit des charpentes de bois pour les maisons et pour les structures de lits. Peu de scieries au Québec font de la transformation secondaire du bois, mais celle-ci a des clients réguliers et a survécu aux fluctuations des cycles économiques. Elle est l'un des principaux employeurs à Saint-Prime, une municipalité d'environ 3000 personnes qui est liée à tout un réseau de fournisseurs.

La compagnie soutient que l'usine doit fermer parce qu'elle n'a plus « sa place » au sein du nouvel Abitibi maintenant appelé Produits forestiers Résolu, résultat des procédures de faillite entreprises à la fin de 2010. Elle n'a jamais pris la peine d'expliquer ce qu'elle entend par là, que la scierie n'a plus « sa place », au moment où elle impose comme un fait accompli la fermeture de l'usine en dépit des répercussions que cela aura sur les travailleurs et l'économie locale.

Au moment même de l'annonce de la fermeture, l'usine avait une pleine liste de commandes, mais n'avait pas le nombre de travailleurs requis pour répondre à la demande, puisqu'AbitibiBowater maintenant dit Résolu avait déjà envoyé un certain nombre des cinquante travailleurs à son autre usine où ils travaillent à des conditions inférieures. Pour combler les postes vacants à Saint-Prime, AbitibiBowater fait venir des travailleurs ayant subi des mises à pied à d'autres usines. Aussi, des commandes qui sont habituellement traitées à Saint-Prime, mais qui avaient été transférées vers d'autres usines, se retrouvent à nouveau à Saint-Prime.

La situation est absurde ! Ce ne sont pas les travailleurs et les usines productives qui n'ont pas « leur place » au sein de l'empire d'AbitibiBowater dit Résolu. C'est l'empire AbitibiBowater qui n'a pas sa place dans la perspective d'avenir des travailleurs qui veulent se faire une vie et bâtir leurs communautés.

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Abitibi se prépare à de nouvelles restructurations aux dépens des travailleurs

Le 31 octobre, AbitibiBowater dit Résolu a publié son rapport du troisième trimestre. Le PDG du monopole forestier, Richard Garneau, a annoncé qu'il refusera sa prime de rendement de l'ordre de 1,7 million $ pour un an. La décision de Garneau indique que la compagnie se prépare à de nouvelles restructurations aux dépens des travailleurs. « Ma grande priorité est le succès à long terme d'AbitibiBowater, a-t-il dit, et je suis prêt à me défaire de ma compensation personnelle de 1,7 million $ cette année pour le prouver. »

Garneau bénéficiera malgré tout de son salaire de base, d'une pension, d'une allocation de dépenses et d'autres sommes allouées aux dirigeants de Résolu. Les autres dirigeants, eux, bénéficieront toujours de leurs primes de rendement ainsi que d'autres compensations. Toutes ces compensations dont bénéficient les dirigeants proviennent des réclamations qu'ils font à la valeur produite par les travailleurs. La justification donnée par le PDG Garneau pour continuer d'allouer les primes de rendement aux autres dirigeants est qu'elles sont nécessaires pour ne pas « faire fuir le talent ». Ce critère n'est jamais mentionné lorsqu'il s'agit des travailleurs !

De telles primes sont calculées à même le rendement de chaque PDG. Il s'agit de compensations allouées aux PDG pour services rendus dans les immenses restructurations antiouvrières mises en oeuvre par la compagnie avec le plein appui des gouvernements ainsi que de tout l'appareil légal qui encadre la protection de la faillite. C'est leur récompense pour un sale boulot : les coupures dans la main-d'oeuvre et dans la production, la destruction d'usines fonctionnant à plein régime, l'obtention de plus grandes concessions de la part des gouvernements pour les droits d'approvisionnement hydroélectrique et même les contestations judiciaires menées contre les petites municipalités pour avoir prélevé des impôts soi-disant trop élevés.

En refusant sa prime, le PDG Garneau prépare le terrain pour aussi exiger des « sacrifices » des travailleurs dans la période qui vient. Il a invoqué l'incertitude des marchés pour les produits d'AbitibiBowater dit Résolu tout en rappelant que le monopole doit gérer une réduction de 11 % de ses droits de coupe au Québec, qui avait été précédée d'une réduction de 18 % en 2008. « Nous allons devoir parler aux employés et aux communautés concernées des défis que nous aurons à relever suite à ces réductions », a-t-il dit. « Nous ne pouvons écarter la possibilité de mises à pied et même de fermetures de scieries... les ventes aux tiers partis seront affectées... nos propres scieries ont la fibre ligneuse voulue. »

La réduction des droits de coupe est l'une des mesures gouvernementales visant à concentrer la richesse forestière entre des mains d'un groupe de plus en plus restreint et puissant. La Commission Coulombe mise sur pied par le gouvernement Charest en 2003 pour étudier la gestion des forêts au Québec avait conclu que la réduction des droits de coupe devait dorénavant faire partie intégrante de la « consolidation inévitable » de l'industrie, menant aux fusions et à l'élimination des petits et moyens joueurs.

Garneau veut que son monopole sorte grand gagnant de cette concentration de la richesse entre quelques mains aux dépens des travailleurs et de leurs communautés et en opposition à l'alternative d'une industrie forestière qui suffit aux besoins de son économie et qui est prosociale.

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Kruger à Trois-Rivières: Rupture des négociations entre les travailleurs et l'entreprise

Le lundi 28 novembre, les négociations ont été rompues entre les travailleurs de l'usine Kruger à Trois-Rivières et l'entreprise. Elles ont achoppé, selon le syndicat, sur la question des emplois et les questions monétaires. Le syndicat, qui est la section 136 du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP), a demandé un conciliateur. Le contrat de travail à l'usine est échu depuis fin avril 2009 et en début d'août de cette année, les travailleurs ont donné un mandat de grève à leur syndicat, à être utilisé au moment opportun. Ils ont décidé d'entreprendre des moyens d'action immédiatement pour forcer Kruger à négocier de bonne foi, notamment en refusant de faire du temps supplémentaire.

La question des salaires et des emplois est au coeur des négociations suite à des concessions salariales faites par les travailleurs au plus fort de la crise économique, et à des pertes drastiques d'emplois au fil des années, y compris les mises à pied effectuées juste avant le début des négociations.


15 juin 2011, Trois-Rivières: Les travailleurs de Kruger
portent une couronne symbolisant la perte d'emplois.

Lors d'une entrevue donnée au LML en août dernier suite à des manifestations des travailleurs contre les nouvelles mises à pied, le président du syndicat local, Steve Saint-Pierre, s'était exprimé en ces termes : « La vieille convention collective va s'appliquer jusqu'à ce qu'on en signe une nouvelle, ce que Kruger ne semble pas pressé de faire. Au plus fort de la crise économique, nous avons fait des concessions sur les salaires et les règles de travail, sans même passer par la phase de négociations, parce que nous voulions sauver l'usine. En plus, quand la demande et les marchés pour le papier couché et super calandré se sont effondrés, nous avons accepté de fermer ces divisions sur une base temporaire. En l'espace de 3-4 ans, nous sommes passés de 1200 travailleurs à 300. L'usine aujourd'hui paraît à moitié fermée avec la machinerie non utilisée et les travailleurs qui n'y sont plus. Le syndicat siège sur un comité de relance qui examine comment redémarrer ces divisions, mais Kruger ne démontre pas d'intérêt. Il ne parle que de faire de l'usine de papier journal, l'usine la plus performante de tout le secteur des pâtes et papiers en Amérique du Nord. Le problème, c'est que c'est au détriment des travailleurs. Il faut que cela arrête quelque part. C'était ça le but des manifestations. »

Parlant de la question des emplois, qui est au centre de la rupture des négociations, le représentant national du SCEP, Alain Gagnon, a déclaré aux médias : « L'employeur dit qu'il a le personnel suffisant. On n'est pas d'accord puisqu'il a fait des coupures et il les compense en faisant faire du temps supplémentaire à outrance. On est convaincu qu'il n'y a pas assez de personnel sans faire de temps supplémentaire, alors il n'est surtout pas question de rajouter des coupures de personnel par-dessus ça. » Les médias locaux ont rapporté que lors de leur assemblée générale le 1er décembre, les travailleurs ont dénoncé Kruger pour vouloir encore une fois couper ce qu'il appelle ses coûts de main-d'oeuvre et peut-être même procéder à de nouvelles mises à pied alors que le nombre de travailleurs à l'usine a déjà été réduit à un niveau critique.

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ArcelorMittal, Contrecoeur

Les travailleurs défendent les emplois manufacturiers dans le secteur de l'acier

Les travailleurs d'ArcelorMittal à Contrecoeur ont lancé une campagne pour exiger que le monopole développe l'emploi manufacturier au Québec plutôt que de simplement extraire la matière première et l'expédier à l'étranger sans la transformer. La campagne s'intitule « Le citron est assez pressé - Investissez ! » Elle se réfère à la perte d'emplois industriels dans l'industrie de l'acier, qui a connu son moment le plus fort en ce qui concerne ArcelorMittal quand le géant de l'acier a fermé les laminoirs à froid et à chaud dans la production du produit plat à son usine de Contrecoeur (l'ancienne Sidbec-Dosco) à la fin 2007, causant la perte de 500 emplois. À ce moment-là, ArcelorMittal avait promis de construire un laminoir à poutrelles à l'usine de Contrecoeur supposément pour compenser pour les mises à pied mais le projet ne s'est jamais matérialisé. La production de brames d'acier qui se fait encore à cette usine est toujours menacée et ArcelorMittal refuse de moderniser les équipements dans la production d'autres types d'acier. Lorsque la compagnie a fermé les deux laminoirs en 2007, c'est justement l'excuse qu'elle a donnée aux travailleurs, soit que la production pouvait se faire dans des conditions meilleures, plus modernes, à l'usine de Dofasco de Hamilton qu'elle venait d'acquérir pour étendre son empire. Les travailleurs ne veulent pas se retrouver dans une situation similaire où l'on invoquera que les installations sont vétustes comme prétexte à les fermer. Les travailleurs disent aussi qu'il y a un manque de travailleurs à l'usine pour remplir les cédules de production et qu'un grand nombre d'emplois syndiqués ont déjà été perdus à la sous-traitance. C'est aussi au mérite des travailleurs de Contrecoeur et des autres métallos du Québec de se battre pour défendre tous les travailleurs de l'acier comme ils l'ont montré le 29 janvier dernier en manifestant à Hamilton contre le lockout des métallos de la section 1005 par US Steel.

Les deux syndicats de l'usine de Contrecoeur membres du Syndicat des Métallos s'opposent au refus de l'entreprise de développer l'emploi manufacturier. Ils font valoir que des 1200 employés syndiqués que comptait l'usine en 1994 lorsque Lakshmi Mittal l'a achetée du gouvernement du Québec pour une bouchée de pain, il n'en reste aujourd'hui que 500. « La compagnie met sur la glace toutes ses promesses d'investissements des dernières années. Le laminoir à poutrelles promis en 2008 ne s'est jamais concrétisé. C'est la même affaire pour la promesse récente de modernisation du fil machine. Ça suffit ! ArcelorMittal ne doit pas juste presser le citron, elle doit investir pour assurer l'avenir de l'usine et des emplois », a dit le président de la section locale 6586, Claude Langlois, dans un communiqué des métallos.

La question du recul de l'emploi manufacturier dans le secteur de l'acier a refait surface de plus belle avec l'exploitation frénétique du minerai de fer par ArcelorMittal sur la Côte-Nord. « ArcelorMittal se fait tirer l'oreille pour investir dans son aciérie à Contrecoeur alors qu'elle augmente sa production de 10 millions de tonnes de concentré au nord, du fer qu'elle ne transforme même plus en boulettes», a dit Daniel Roy, directeur québécois des Métallos lors de l'assemblée annuelle du syndicat à la mi-novembre. «À Schefferville, c'est rendu qu'on envoie carrément de la terre par bateau, pour produire du concentré de fer ailleurs sur la planète. Ça n'a pas d'allure ! Québec doit mettre les points sur les i et exiger de la transformation. On n'est plus à l'heure des mots doux. Les compagnies ne pensent qu'à leurs profits, c'est à l'État de défendre le bien commun ».

Le Syndicat des Métallos rapporte qu'ArcelorMittal entend augmenter de 14 à 24 millions de tonnes par année sa production de concentré de minerai de fer d'ici 2012 et envisage d'accroître encore plus la cadence. La majeure partie de cette production sera envoyée directement par bateau sous forme de concentré, plutôt que d'être transformée en boulettes de fer comme cela se fait maintenant. À ce sujet, ArcelorMittal a mis sur la glace cet été le projet de construire une deuxième usine de boulettage à Port-Cartier. C'est donc 10 millions de tonnes de concentré supplémentaires, estime le syndicat, qui prendront la mer par bateau, sans même une transformation minimale.

Les travailleurs du Québec refusent que le Québec soit considéré comme un simple entrepôt de ressources naturelles à être pillées par les monopoles mondiaux. Il n'existe déjà plus d'industrie de l'acier québécoise et canadienne et les gouvernements Charest et Harper sont à genoux devant les monopoles étrangers. Cela complique les choses, mais les travailleurs de l'acier n'entendent pas se soumettre à cet état de choses inacceptable. La campagne des travailleurs de Contrecoeur mérite l'appui de tous les travailleurs du Québec.


Le 14 juin 2009, plus de 600 personnes ont participé à une marche sur la route principale de Contrecoeur, en Montérégie, pour venir en aide au secteur de l'acier au Québec et à la défense de l'économie nationale.

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Syndicat des Métallos

Appui à la lutte des travailleurs de Rio Tinto
à Alma pour un plancher d'emplois

Réuni en assemblée annuelle du 16 au 18 novembre dernier, le Syndicat des Métallos a donné son appui à la lutte des travailleurs de Rio Tinto à Alma pour la préservation et l'extension des emplois syndiqués à des conditions de travail et des salaires décents. Les métallos ont mis l'accent sur la lutte à la sous-traitance qui est une des façons de Rio Tinto de remplacer les emplois syndiqués à l'aluminerie par des emplois non syndiqués à des conditions inférieures. « La bataille que nous livrons contre ce géant ne se gagnera pas sans l'appui de nos confrères métallos de l'ensemble du Québec », a dit le représentant régional du Syndicat des Métallos pour le Saguenay–Lac-St-Jean, Dominic Lemieux.

Pendant ce temps, la négociation se poursuit entre le Syndicat des travailleurs de l'aluminium d'Alma et Rio Tinto pour le renouvellement de la convention collective, qui se termine le 31 décembre prochain. Le syndicat a affirmé sa détermination à faire des gains dans la limitation de la sous-traitance et l'obtention d'un plancher d'emplois qu'il considère comme une condition au maintien des avantages hydroélectriques énormes consentis par le gouvernement à Rio Tinto.

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Vol légalisé des pensions dans l'industrie forestière

Les retraités de Thurso se joignent
à l'Association des victimes de Brookfield

Le 8 novembre, les retraités de Fraser Paper de Thurso ont tenu une conférence de presse pour entreprendre leur travail, en tant que membres de l'Association des victimes de Brookfield, qui a été lancée en octobre à Edmunston au Nouveau-Brunswick. Les retraités de Thurso ont perdu près de 40 % de leurs prestations de pension lors de la réorganisation de Fraser Paper sous la loi de la protection de la faillite. Fraser Paper a fermé l'usine de Thurso environ un mois avant de se placer sous la protection de la faillite en juin 2009.

Fraser Paper a gardé l'usine d'Edmunston ouverte pendant la période de réorganisation et l'a vendue à Twin Rivers Co. Les retraités de Thurso et d'Edmunston blâment Brookfield Asset Management pour le vol légalisé de leurs pensions parce que Brookfield était l'actionnaire principal de Fraser tout comme il l'est maintenant pour Twin Rivers. Les retraités accusent Brookfield d'avoir poussé Fraser Paper vers la faillite, de se l'être vendu à lui-même pour le redémarrer sous un nouveau nom, mais débarrassé cette fois de ses obligations envers les pensions, tout cela avec le plein appui des gouvernements.

LML dénonce cette destruction des avoirs publics au Québec et au Canada et ce vol des pensions, ainsi que le refus des gouvernements d'exiger des comptes des monopoles qui agissent de la sorte. Nous souhaitons tout le succès possible à l'Association des retraités de Brookfield dans son effort pour tenir Brookfield responsable et rétablir les pensions qui appartiennent de droit aux retraités.

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Entrevue

LML : Tout d'abord, félicitations pour vous être joints à l'Association des victimes de Brookfield. Comment s'est passée votre conférence de presse ?

Maurice Lalonde : Elle s'est très bien passée. C'était à la fois une conférence de presse et une assemblée générale des retraités pour les informer de la situation avec le fonds de pension. En tant que membres de l'Association des victimes de Brookfield, nous avons entrepris notre travail pour dévoiler le vrai visage de Brookfield Asset Management, pour demander des changements aux lois de la faillite afin que les retraités deviennent créanciers garantis et nous allons faire partie du recours collectif qui sera déposé contre Brookfield afin de récupérer les pensions qui nous ont été volées.

Nous appelons cela du vol légalisé parce que les grandes entreprises comme Brookfield utilisent des lois qui leur permettent de ne pas mettre l'argent requis dans les fonds de pension et quand les entreprises se placent sous la protection de la loi de faillite, nos pensions sont réduites bien que nous ayons en mains un contrat qui stipule combien nous allons recevoir jusqu'à la fin de nos jours. Les gouvernements disent ne pas pouvoir empêcher cela parce que possiblement cela va les empêcher d'investir. Mais des entreprises comme ça, on ne veut surtout pas que cela investisse chez nous.

LML : Fraser Paper a fermé l'usine de Thurso au moment de se placer sous la protection de la loi de la faillite.

ML : Oui ça s'est fait à peu près en même temps. Notre usine produisait de la pâte kraft. Au moment de la fermeture, il y avait environ 270 travailleurs syndiqués, 230 cadres et cadres intermédiaires et près de 100 travailleurs en forêt, en plus de tous les indépendants qui étaient liés au moulin.

LML : Les retraités de Thurso ont perdu à peu près 40 % de leurs pensions. Comment cela s'est-il passé ?

ML : Nous représentons environ 675 retraités. Dans les 8 dernières années de fonctionnement de l'usine, Fraser n'a pas mis un sou dans le maintien de la valeur actuarielle des fonds de pension, ce qu'on appelle les cotisations d'équilibre. Ils se sont servis d'une échappatoire. Ils sont allés voir le gouvernement du Québec et lui ont dit que la situation dans le secteur des pâtes et papiers n'était pas très reluisante alors ils ont demandé une période d'extension au-delà de ce que la loi permettait. Au départ la loi donnait 3 ans pour faire ces paiements. Après cela le gouvernement a voté une nouvelle loi qui donnait 5 ans. Quand on a approché les 5 ans, ils sont allés rencontrer le gouvernement et ont demandé une extension à 10 ans vu la situation économique. Dans l'industrie des pâtes et papiers, c'était la première fois que la période d'étalement des paiements était étendue à 10 ans.

Le gouvernement n'a pas été prévoyant du tout en accordant cette extension sans demander des garanties. Au bout de 8-9 ans quand la date de 10 ans approchait, Fraser s'est mis sous la loi de la protection de la faillite. Nous nous sommes ramassés avec un fonds de pension financé à environ 61 %. Nous avons reçu notre pleine pension jusque vers mai 2010 quand les gros créanciers ont accepté le plan de réorganisation de Fraser. C'est alors que nos pensions ont été réduites d'environ 40 %.

Près de 25 % de nos retraités sont tellement pauvres qu'ils sont admissibles au Supplément de revenu garanti. Dans mon livre à moi, quand vous devenez admissibles à ce supplément ça veut dire que vous êtes sous le seuil de pauvreté. Ceux qui recevaient une pension de 1000 $ par mois, plus 600 $ de la Régie des rentes et 500 $ en pension de sécurité de la vieillesse vivaient avec 2100 $ par mois. Avec la coupure de 40 % ils se sont retrouvés avec une pension de 600 $ par mois. Ça veut dire qu'ils font maintenant à peu près 20 000 $ par année. C'est une chute énorme dans leur niveau de vie.

C'est terrible de penser qu'une chose comme ça puisse arriver à quelqu'un qui a travaillé pendant 40 ans dans une usine et a contribué très fortement dans son fonds de pension. Nous autres, bon an mal an nous devions payer notre cotisation. Quand tu as une famille, une hypothèque, des paiements sur la voiture, et que tu mets 2000 $ par année dans le fonds de pension, c'est énorme. Mais tu dis je vais le payer pour que, à 59 ou 60 ans, je puisse jouir d'une retraite confortable.

Quand tu signes tes papiers de retraite, ces gens-là te disent avec un sourire que tu vas recevoir tel montant jusqu'à la fin de tes jours. Chaque travailleur a un contrat individuel qui lui garantit un montant défini de prestations et c'est aussi écrit dans la convention collective. Puis ils se mettent sous la loi de la protection de la faillite et ils peuvent contourner tout ça.

Malheureusement c'est une tendance parce que les lois permettent aux grandes entreprises d'engranger des profits quand ça va super bien et de ne pas se conformer à l'obligation de maintenir les pensions à 100 % de leur valeur actuarielle.

LML : En plus des gouvernements, vous blâmez nettement Brookfield Asset Management pour le vol légalisé de vos pensions.

ML : Absolument. L'actionnaire majoritaire dans tout ça c'était Brookfield. Au Nouveau-Brunswick, Brookfield s'est revendu à lui-même l'usine d'Edmunston en plus de l'usine de Madawaska au Maine, il a redémarré sous un nouveau nom et s'est débarassé de son obligation face aux pensionnés. Chez nous c'est encore pire parce qu'ils nous ont fermé. L'usine a été vendue un an plus tard à un nouvel acheteur qui l'a obtenue pour une bouchée de pain et le gouvernement Charest lui a consenti un prêt de 102 millions $.

Si nous, nous avions fait ce que Brookfield a fait, ça fait longtemps que nous serions en prison.

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Bulletin du 5 décembre 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca