Attaque contre les travailleurs de la construction du Québec

Blâmons les monopoles et le gouvernement
Charest pour la corruption et la violence dans
l'industrie de la construction


  Le 24 octobre 2011 à Montréal: Les travailleurs de la construction manifestent devant la Commission de la construction du Québec en opposition au projet de loi antisyndical et antiouvrier mis de l'avant par
le gouvernement du Québec
.

Face aux révélations qui démontrent sans l'ombre d'un doute que le parti de Jean Charest a usurpé le pouvoir par la corruption, notamment par les contributions illégales et les faveurs de l'industrie de la construction, le premier ministre a recours à un subterfuge. Après près de trois ans de refus de tenir une enquête pleine et publique, il a annoncé la tenue d'une commission sans dents, qui allait faire presque tout son travail en secret et qui n'avait pas le pouvoir de forcer des individus à témoigner. Il a finalement été obligé de céder à la demande de la juge France Charbonneau, qui présidera les travaux de la commission, et de lui accorder le pouvoir de contraindre des témoins à comparaître (avec pleine immunité) en vertu de la loi sur les commissions d'enquête. Le ministre de la Justice Jean-Marc Fournier a dit que « la situation a évolué » au cours des deux dernières semaines. « Il est possible que parfois, l'évolution des choses fasse que les décisions évoluent », a-t-il dit pour essayer de justifier les manoeuvres continuelles de son gouvernement pour contourner la loi sur les commissions d'enquête. Or, pendant ce temps, invoquant la « lutte à la corruption » , le gouvernement Charest a décidé d'attaquer les travailleurs de la construction avec son projet de loi 33, la Loi éliminant le placement syndical et visant l'amélioration du fonctionnement de l'industrie de la construction. Si la commission d'enquête a pris presque trois ans à se matérialiser, que ses travaux ne commenceront qu'en mars et que son rapport ne sera présenté qu'après la prochaine élection provinciale, le processus d'adoption du projet de loi antiouvrier et antisyndical 33, lui, se fait en mode accéléré.

Lorsque les travailleurs des deux plus gros syndicats de la construction ont cessé le travail et fermé les chantiers de construction pour dénoncer ce projet de loi arbitraire et injuste, les monopoles et les partis politiques à leur service ont déversé leur venin contre eux. Tous les membres de l'Assemblée nationale ont honteusement voté en faveur de la motion de la ministre du Travail Lise Thériault qui dit que « l'Assemblée nationale condamne sévèrement les arrêts de travaux, le vandalisme et l'intimidation sur les chantiers de construction au Québec et réitère le droit de tous les travailleurs et les entrepreneurs de pouvoir oeuvrer en toute liberté et en toute sécurité sur les chantiers du Québec». Le Parti québécois et Québec solidaire ont emboîté le pas aux libéraux, dénonçant les «fiers-à-bras » et le « banditisme » syndicaux et s'insurgeant contre les débrayages et la résistance des travailleurs.

La campagne de la ministre Thériault fait écho à celles de la ministre du Travail du gouvernement canadien, Lisa Raitt, qui accuse les travailleurs qui défendent leurs droits de « nuire à l'économie ». La ministre Thériault va même plus loin : « Non seulement ce sont les travailleurs de l'industrie de la construction qui sont pris en otage par les deux grandes centrales syndicales, a-t-elle dit, mais [ces dernières ] prennent également en otage l'économie du Québec. »

Les travailleurs de la construction ont droit au respect pour leurs compétences et le travail difficile et souvent dangereux qu'ils font. Au lieu de cela, on les accuse de « faire du tort à l'économie». Leurs syndicats sont traités comme des organisations criminelles qui tiennent les travailleurs en otage.

La Cour supérieure du Québec est allée encore plus loin dans la criminalisation des travailleurs en émettant une injonction interdisant aux syndicats de la construction, à leurs officiers et à leurs membres de manifester devant les bureaux de la Commission de la construction du Québec pendant une période de 10 jours.

Les médias monopolisés se sont lancés dans une campagne frénétique, diffusant à répétition des histoires d'accusations de discrimination par les syndicats qui seraient même coupables de violence contre les femmes. Utilisant des tactiques maccartistes, ils répandent des allégations non fondées, ajoutant que si les femmes ne les confirment pas ou disent ne pas avoir été violentées par les syndicats, c'est la « preuve » qu'elles sont terrorisées et ont peur de parler.

Tout en condamnant toute discrimination et toute violence faite aux femmes, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) a fait remarquer que le nombre de plaintes déposées dans le secteur de la construction ne justifie absolument pas cette offensive médiatique.

Selon la FTQ, dans une industrie qui compte 152 000 travailleurs, il n'y a eu que 30 plaintes pour intimidation pendant toute l'année 2010. Par contre, 2000 plaintes ont été portées contre la police qui ne compte que 17 000 policiers et le Barreau du Québec a reçu 1407 demandes d'enquête sur les 23 709 avocats de la province. La FTQ a montré du doigt le haut taux de violence subie par les travailleurs de la santé, un problème qui est encore aggravé par les coupures de budgets et dont le gouvernement est entièrement responsable.

L'accusation à l'effet que les travailleurs de la construction nuisent à l'économie sert à préparer le terrain pour écraser leur résistance. Le gouvernement Charest, les monopoles de la construction et les firmes de génie-conseil crient au loup pour détourner l'attention de leur propre corruption qui endommage l'industrie et l'économie du Québec. Lorsque la ministre du Travail donne son travail de soumissions en contrat à des firmes privées de génie-conseil qui gonflent leurs prix pour, en échange, financer le Parti libéral au pouvoir, est-ce que ça ne cause pas des dommages à l'économie ? L'utilisation de cette richesse mal acquise pour usurper le pouvoir et l'utilisation de ce pouvoir pour imposer des budgets antisociaux et attaquer les travailleurs du secteur public et les services qu'ils dispensent causent de grands dommages à l'économie et à la population du Québec. Il en est de même de tous les stratagèmes pour payer les riches qui fournissent des deniers publics et des garanties aux monopoles tandis que les programmes sociaux sont coupés.

La campagne contre les syndicats de la construction sert à justifier les mesures brutales que prend l'État et ses agences pour écraser la résistance des travailleurs aux attaques contre leurs salaires et conditions de travail et à la défense de leurs syndicats. L'objectif central est d'écraser les syndicats afin d'introduire le travail non syndiqué sur les chantiers au Québec, surtout à la lumière du « Plan Nord » du gouvernement Charest qui prévoit l'utilisation d'une main-d'oeuvre non syndiquée et de syndicats jaunes pour établir des conditions de quasi-esclavage à des salaires inférieurs et sans protection côté santé et sécurité. Ça ne doit pas passer !

Pour ce qui est de la corruption et de la violence sur les chantiers, tout le monde sait que c'est le gouvernement Charest et les monopoles de la construction et du génie-conseil qui introduisent et qui profitent de la corruption, qui pillent le trésor public à coups de milliards par des subterfuges de toute sorte. Blâmer les travailleurs et les syndicats de la construction pour les pratiques établies par les politiciens véreux et les entreprises de la construction par l'intermédiaire de leurs hommes payés sur le terrain, c'est virer la réalité à l'envers.

Cette campagne, c'est aussi pour détourner l'attention du grave problème de violation routinière des normes de santé et sécurité sur les chantiers pour épargner sur les coûts, à l'origine de nombreux accidents et de la mort d'hommes et de femmes sur les chantiers. Quant à la prétention que les travailleurs et l'économie sont tenus en otage par les syndicats, c'est le gouvernement Charest qu'il faut condamner, c'est lui qui tient la société tout entière en otage aux intérêts des monopoles, comme on le voit par exemple avec son empressement à vendre les ressources du nord pour presque rien.

Opposons-nous aux attaques contre les travailleurs de la construction du Québec et leurs syndicats ! Refusons les plans de transformer les travailleurs de la construction en esclaves !

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Un projet de loi antiouvrier au nom de «l'amélioration du fonctionnement de l'industrie»

Le projet de loi 33, la Loi éliminant le placement syndical et visant l'amélioration du fonctionnement de l'industrie de la construction, a été déposé le à l'Assemblée nationale du Québec le 6 octobre dernier et le principe du projet a été adopté le 2 novembre. Le projet de loi contient des mesures antidémocratiques et antisyndicales comme l'abolition du placement syndical et l'élimination de la pratique établie du vote majoritaire pour la ratification des conventions collectives et il accroît l'ingérence de l'État dans les affaires des syndicats.

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) et le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction-International (CPQMCI), qui représentent la majorité des travailleurs de la construction, ont exprimé leur opposition à cette attaque contre leurs droits en fermant les chantiers pendant deux jours. La ministre du Travail, Lise Thériault, a immédiatement présenté une motion à l'Assemblée nationale qui « condamne sévèrement les arrêts de travaux, le vandalisme et l'intimidation sur les chantiers de construction au Québec ». La motion a été adoptée à l'unanimité, ce qui démontre l'appui de tous les partis à cette offensive antiouvrière.

Cela fait longtemps que les monopoles cherchent à éliminer le régime de la syndicalisation obligatoire dans la construction au Québec. Les entreprises de la construction ont contesté ce régime devant la Cour suprême du Canada en 2001 (R. c. Advance Cutting & Coring Ltd., [2001] 3 R.C.S. 209, 2001 CSC 70). Elles avaient offert l'argument absurde que les travailleurs devraient avoir le « droit » et la « liberté de choisir » de faire face seuls ou ensemble aux gros entrepreneurs et aux monopoles. La requête avait échoué, mais le projet n'a jamais été abandonné. Le projet de loi 33 reprend les mêmes thèmes, y compris la désinformation au sujet du « libre choix ».

Les entreprises de la construction ont applaudi le projet de loi 33. Pierre Dion, directeur général de l'Association des entrepreneurs en construction du Québec, a dit qu'il permettra « aux employeurs de récupérer des droits de gérance qui s'étaient effrités depuis de nombreuses années ». À l'heure actuelle, il y a des milliards de dollars qui sont en jeu dans des projets d'infrastructure et le « Plan Nord » fera l'objet d'investissements de 80 milliards $ dans les 25 prochaines années. Les propriétaires du capital s'attaquent à la capacité des travailleurs de s'organiser pour défendre leurs salaires, leurs conditions de travail et leur santé et sécurité afin d'imposer le pouvoir total du droit de monopole aux dépens du bien public et des droits des travailleurs.

Le projet de loi 33 change le processus de ratification des conventions collectives dans le secteur. Dans le régime actuel, la ratification requiert une majorité simple des votes de tous les travailleurs de la construction pris ensemble et la ratification par un ou plusieurs des syndicats qui, ensemble, représentent plus de 50 % de tous les travailleurs du secteur.[1] Le projet de loi 33 impose qu'au moins trois des cinq syndicats de la construction devront dorénavant ratifier la convention. Cela veut dire par exemple que même si deux syndicats représentent à eux deux 50 % plus 1 de tous les travailleurs de la construction, ils devront obtenir l'appui d'un troisième syndicat pour que la convention soit ratifiée.

La FTQ a fait valoir que cela constitue une violation de la règle de la majorité qui est en vigueur depuis des années dans le secteur.

La FTQ et le CPQMCI disent que le secteur de la construction fonctionne bien dans son ensemble et que le projet de loi s'inspire d'un rapport biaisé qui était lui-même basé sur des allégations non fondées plutôt que sur une étude en profondeur de l'industrie.

La CSN de son côté appuie le projet de loi. Au sujet du placement syndical, elle soutient que « la raison d'être d'un syndicat est de défendre la justice et l'équité envers les travailleurs, et d'améliorer leurs conditions de travail. Ainsi, répondre aux besoins en main-d'oeuvre des entrepreneurs ne saurait être considéré comme le coeur de la mission d'un syndicat militant. » Selon la CSN cela est d'autant plus important vu la pression faite sur les syndicats pour les transformer en agences de placement. Elle soutient que le placement syndical nie le droit des travailleurs de travailler dans leur région en tout temps et sans discrimination.

Les travailleurs doivent rejeter cette tentative méprisable du gouvernement Charest de masquer sa propre corruption et celle des monopoles de la construction en suggérant que ce sont les travailleurs et leurs syndicats qui sont corrompus. Il faut exposer le but véritable du projet de loi. Il faut rejeter toute considération étroite par laquelle on examinerait la loi en y recherchant un avantage ou un désavantage pour tel ou tel syndicat. Ce qui doit être mis en lumière, c'est comment ce projet de loi affecte le droit des travailleurs de décider des salaires et conditions de travail qui leur sont acceptables et de bâtir leurs syndicats comme des organisations de défense indépendantes du contrôle gouvernemental.

Placement syndical

Le projet de loi 33 élimine le placement syndical et prévoit que tout placement de main-d'oeuvre devra se faire par le biais du Service de référence de main-d'oeuvre de l'industrie de la construction administré par la Commission de la construction du Québec. Les travailleurs de la construction doivent s'enregistrer à ce service s'ils veulent travailler. Si les syndicats ou les associations d'employeurs veulent référer des travailleurs, ils doivent le faire par le biais du Service de référence après avoir obtenu un permis à cet effet. Le projet de loi édicte de plus « que le fait d'imposer ou de tenter d'imposer à un employeur l'embauche de salariés déterminés ou un nombre déterminé de salariés est interdit et constitue une infraction. ». Les employeurs avisent la Commission de construction du Québec de leurs besoins en main-d'oeuvre et celle-ci en retour déploie les travailleurs sur les chantiers, mais les employeurs sont libres de rejeter tout travailleur qui leur est envoyé.

Dans l'histoire de la lutte des travailleurs pour leurs droits, le placement syndical a été établi comme un mécanisme permettant de combattre la discrimination et le favoritisme pratiqués par les employeurs et permettant de réduire la concurrence entre les travailleurs. Le placement syndical a en particulier contribué à empêcher les employeurs de chasser des chantiers les travailleurs plus âgés ou blessés à l'ouvrage. Il a également contribué à protéger les travailleurs contre les listes noires visant les organisateurs syndicaux et les travailleurs connus pour leur défense de la politique indépendante de la classe ouvrière. Même avant l'avènement du projet de loi 33, le placement syndical a été grandement affaibli et les employeurs ont joui de plus en plus de latitude pour engager qui ils veulent. Selon la FTQ, 85 % du placement est fait directement par les employeurs et 15 % seulement par le placement syndical. Le projet de loi 33 est le coup de grâce porté au placement syndical.

Cela nous ramène au temps où les entreprises pouvaient exercer de la discrimination à leur gré.

Ces changements sont une invitation aux employeurs d'utiliser la tactique communément utilisée en Alberta de briser les syndicats par le biais de syndicats de compagnies ou patronnés par les compagnies, comme l'Association chrétienne du travail du Canada (CLAC).

C'est aux travailleurs à décider de leurs affaires !

Les syndicats de la construction au Québec font déjà l'objet d'une ingérence inacceptable de l'État dans leurs affaires. Ce projet de loin va encore plus loin. D'une part, il reconduit toutes les clauses qui permettent à l'État de faire des recherches au criminel sur tout représentant syndical ou délégué de chantier et les empêche d'occuper ces postes, même dans les cas d'offense mineure. D'autre part, le projet de loi prévoit maintenant l'obligation pour les syndicats et les associations patronales d'envoyer leurs rapports financiers vérifiés au ministère du Travail qui les publiera sur son site web. Les entreprises auront ainsi accès à une information détaillée sur l'état des fonds de grève des syndicats et à d'autres informations financières qu'ils utiliseront à leur avantage. Cette clause fait écho au projet de loi privé qui a été déposé au gouvernement fédéral par un député conservateur d'arrière-banc.

Une autre clause du projet de loi semble avoir pour but d'encourager le maraudage entre syndicats. Si la commission de la construction endosse une plainte portée par un membre contre son syndicat pour manquement à son devoir de représentation, elle peut autoriser un travailleur à changer de syndicat. Dans les conditions actuelles, les membres des syndicats de la construction ne peuvent changer d'allégeance syndicale que pendant la période ouverte prescrite par la loi.

Le projet de loi 33 fait partie de la tendance à l'oeuvre partout au Canada vers la création de nouveaux arrangements où les monopoles ont le droit légal de déployer les travailleurs là où ils le veulent et à leurs conditions, et où toute résistance de la part des travailleurs peut être déclarée illégale. C'est une preuve de plus que l'ancien équilibre de paix industrielle établi par le contrat social d'après-guerre n'est plus.

Pour les travailleurs du Québec, c'est une responsabilité sociale que de résister et nous devons tous défendre le droit de résister. C'est en s'unissant dans l'action pour défendre d'une seule voix le droit inaliénable des travailleurs de s'organiser en collectifs à la défense de leurs droits que nous forcerons le gouvernement Charest à rendre des comptes pour son projet de loi antiouvrier et antidémocratique. Le nécessaire renouveau des syndicats pour qu'ils soient en mesure d'affronter ces assauts nécessite la participation consciente des travailleurs à la formulation de la stratégie et des tactiques pour des arrangements qui servent leurs intérêts, plutôt que de soumettre leurs organisations à encore plus de contrôle d'État.

Note

1. Les travailleurs québécois de la construction sont représentés par cinq syndicats. La FTQ- Construction en représente 44 %, le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction-International 26 %, la Centrale des Syndicats démocratiques (CSD) 15 %, la CSN 11 % et le Syndicat québécois de la construction (SQC) 4 %.

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Le besoin de main-d'oeuvre
du Plan Nord de Charest

La ministre du Travail, Lise Thériault, a déposé en grande pompe le 6 octobre son projet de loi pour « éliminer le placement syndical, mettre fin à l'intimidation sur les chantiers et améliorer le fonctionnement de l'industrie de la construction ». Pourquoi, actuellement, à ce moment précis, la ministre du Travail attaque-t-elle les syndicats et leurs membres sur la question du placement ? Pourquoi utiliser la question de l'intimidation alors qu'une certaine paix règne sur les grands chantiers du Québec ? Il y a anguille sous roche.

Le placement syndical est brandi comme un épouvantail alors qu'il signifie simplement que le syndicat a la charge ou le mandat de référer une liste de travailleurs qui conviennent à la demande de l'employeur. Il est aussi intéressant de noter que ce n'est que 15 à 20 % des travailleurs (secteur industriel et commercial) qui sont placés par ce service « référence ». Ce n'est pas pour rien que le gouvernement a séparé il y a plus de 15 ans le secteur de la construction en deux : d'un côté le domiciliaire et de l'autre le commercial et l'industriel. Dans le domiciliaire, les salaires sont bas, près de 30 % de moins que dans le secteur industriel.

Depuis le dépôt du projet de loi, une couverture médiatique bien ciblée est menée pour attaquer les travailleurs de la construction, les discréditer et les présenter comme les responsables des problèmes de l'industrie. Cette attaque est menée en même temps que se tient la commission d'enquête sur la construction et que le Plan Nord est promu tous azimuts avec les voyages de Jean Charest à travers le monde, la campagne publicitaire des compagnies minières, les firmes comptables qui interviennent en sa faveur. La question est que le Plan Nord sera une mine d'or dans la mesure où tous les obstacles sont éliminés, dont les salaires et conditions de travail actuels des travailleurs de la construction.

Les conditions économiques actuelles et les conditions de travail au Québec sont un frein au développement du Plan Nord. On n'a qu'à penser à la forte syndicalisation des travailleurs de la construction, aux salaires « élevés » protégés par les conventions collectives, aux lois qui encadrent et protègent d'une certaine manière les travailleurs. Pour des entreprises qui opèrent dans des pays où les salaires sont bas et où les travailleurs sont sans protection, payer 28 à 36 $ de l'heure au Québec pour des travailleurs, même qualifiés, c'est impensable.

Un autre aspect à prendre en considération est le grand nombre de « projets » qui doivent être faits presque en même temps : les infrastructures de la ville de Montréal et des autres grandes villes, la réfection des ponts et des routes du Québec, les projets d'hôpitaux à Montréal, Sherbrooke et Québec. Tout cela fait appel à un grand besoin de capitaux et de main-d'oeuvre. Ce n'est pas seulement un manque de main-d'oeuvre que cela va créer, mais le gouvernement n'a pas les argents pour payer ces travaux au tarif actuel. Voilà l'anguille sous la roche. La main d'oeuvre, il va essayer de la trouver en Europe suite aux ententes signées avec la France pour la reconnaissance de la formation, des diplômes pour la mobilité de la main-d'oeuvre. Pendant ce temps, il y a tous les autres besoins de la population, dont les sinistrés des inondations et les fermiers qui s'en vont en faillite, qui restent en plan.

Il y a une politique plus large derrière ces actions anti-ouvrières contre les travailleurs de la construction, leurs droits et leur dignité. Cette offensive contre eux n'est que la pointe de l'iceberg et augure une offensive de plus grande envergure qui prend plusieurs formes selon l'objectif du gouvernement Charest d'avoir les mains libres. Cela s'inscrit dans un plan global des libéraux de poursuivre la braderie des richesses du Québec et l'exploitation de la classe ouvrière pour servir les monopoles. Cela ne doit pas passer !

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Le projet de loi 33

Un projet de loi antisyndical
inspiré du modèle albertain

Un grand nombre de travailleurs de la construction ont traversé le Canada pour travailler dans les sables bitumineux et autres projets en Alberta et c'est un phénomène qui persiste. En fait, les travailleurs québécois ont commencé à aller en Alberta dès les années 50 avec la construction des premiers oléoducs. Les jours de «rotation», les aéroports sont remplis de travailleurs du Québec qui retournent chez eux pour passer quelques précieuses journées avec leurs familles. Ces travailleurs ont accumulé une grande expérience à défendre leurs droits peu importe où ils ont travaillé. En Alberta, ils ont l'expérience d'un assaut brutal contre les syndicats du gouvernement en complicité étroite avec les monopoles. Cette expérience leur sera utile puisque le projet de loi 33 du gouvernement Charest fait partie des plans des monopoles pour écraser les syndicats de la construction au Québec.

Il y a trente ans, 85 % des travailleurs de la construction en Alberta étaient syndiqués. Aujourd'hui le taux n'est plus que de 28 %. L'antisyndicalisme a d'abord pris la forme de changements aux lois régissant les relations de travail, changements qui ont permis aux compagnies de construction de mettre sur pied des entreprises non syndiquées, se servant d'une société fictive différente pour chaque projet pour forcer les syndicats à syndiquer chacun des sites. À cela s'est ajoutée une nouvelle arme: le syndicat de boutique. Les monopoles de la construction travaillent main dans la main avec le syndicat de l'employeur, l'Association chrétienne du travail du Canada (ACTC ou Christian Labour Association of Canada - CLAC). Les compagnies accordent à l'ACTC une «reconnaissance volontaire» ou signent une entente alors qu'il n'y a qu'une poignée de travailleurs sur le site. Lorsque les autres travailleurs arrivent sur le site, l'entente avec l'ACTC est un fait accompli. Ce phénomène a commencé à une petite échelle, mais en 2004 tout a changé. Le gouvernement a accordé le statut de «projet spécial» à la construction de Horizon , une immense usine liée aux sables bitumineux. En vertu de ce statut, toutes les conventions collectives protégeant chaque métier cessaient de s'appliquer sur le site. Le propriétaire de Horizon, Canadian Natural Resources Ltd. (CNRL), a ensuite signé une entente avec l'ACTC.

Les travailleurs de l'Alberta n'ont pas un droit reconnu par la loi d'être membres d'un syndicat comme c'est le cas au Québec. Certains syndicats albertains ont tenté d'éviter le pire en défendant ce qu'ils appelaient leur «part du marché». Mais l'expérience a démontré que les employeurs se servaient de l'ACTC comme levier pour exiger des concessions sous la menace que chaque refus d'accepter des concessions mènerait à la perte de contrats. Tout le monde a été affecté par la servilité de l'ACTC, qui était prête à accepter toutes les concessions exigées par les contracteurs. Aujourd'hui, alors que les travailleurs tentent de se débarrasser de l'ACTC, les contracteurs font des pressions pour d'autres changements aux lois du travail pour sauver leur cheval de Troie. Par exemple, ils veulent changer la loi pour que, si les travailleurs réussissent à se débarrasser de l'ACTC pendant la période ouverte, l'entente négociée avec l'ACTC reste en vigueur pour toute la durée du projet.

Une chose est certaine concernant le projet de loi 33 du Québec : c’est que le nouveau système de référence, et l’abolition du placement syndical, peut ouvrir la porte aux syndicats de compagnie. Qu’est-ce qui va empêcher les employeurs de donner la préférence aux travailleurs qui leur sont envoyés par ces syndicats bidons ?

Un autre aspect où la mémoire peut servir est que cela fait longtemps que le gouvernement du Québec accuse les travailleurs de la construction de corruption comme ruse pour attaquer leurs droits. Dans les années 70, les travailleurs qui défendaient les droits de tous ont été expulsés des chantiers Olympiques et d'autres sites sous prétexte de pourchasser des « éléments criminels », bien que les travailleurs visés n’aient jamais été trouvés coupables d’acte criminel. Tous doivent s’unir contre les tentatives actuelles de criminaliser les travailleurs quand, dans les faits, ce sont les entrepreneurs et le gouvernement qui baignent dans la corruption.

Il est important pour les travailleurs de discuter comment le projet de loi 33 ouvre la porte au même type de manoeuvres antisyndicales qu’en Alberta. Le projet de loi 33 vise clairement à enlever aux travailleurs le droit d'avoir voix au chapitre sur les conditions et salaires acceptables pour eux et doit être rejeté sans hésitation.

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Bulletin du 14 novembre 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca