Une nouvelle direction pour l'économie

Richesses naturelles

Nous approprier nos richesses
et notre pouvoir de décider

Pas seulement des «retombées», nous voulons décider de la direction de l'économie
et bâtir la perspective d'un développement économique souverain
qui répond à nos besoins, qui met en valeur
tous les secteurs de l'économie et qui bénéficie à toutes les régions.

Les gouvernements du Canada et des provinces et le gouvernement du Québec s'intéressent au Nord depuis quelque temps. Depuis qu'il est premier ministre, Stephen Harper a multiplié les annonces liées au développement militaire et économique de l'Arctique. Le gouvernement Charest au Québec ne jure que par son « Plan Nord » et le gouvernement libéral de l'Ontario a adopté le projet de loi 191, Loi sur le Grand Nord.

Qui plus est, tant Stephen Harper que Jean Charest prétendent le faire au nom de la souveraineté. Harper confond souveraineté du Canada et annexion aux États-Unis des monopoles d'Amérique du Nord. Le Plan Nord de Jean Charest a tout d'un plan de dilapidation à courte vue au service des monopoles mondiaux, avec comme fronde l'attaque contre le droit des travailleurs de défendre leur réclamation à la richesse qu'ils produisent, contre la maîtrise du peuple sur ses ressources et contre le droit des Premières Nations de décider de leur avenir.

Le lancement simultané de « plans nord » par le Canada, les provinces et le Québec est également l'expression de la lutte qui a éclaté sur le partage des pouvoirs. Les vieux arrangements constitutionnels établissant les juridictions sur les ressources sont en crise et les différents paliers de gouvernement sont incapables de proposer des arrangements modernes, qui seraient l'expression de la volonté souveraine des peuples, parce qu'ils défendent tous des intérêts monopolistes parfois rivaux, parfois alliés, mais toujours farouchement opposés au droit des peuples de décider de l'utilisation de leurs ressources et richesses et de s'autodéterminer.

On peut retracer les relations anachroniques entre ces niveaux de gouvernements à l'acte constitutionnel de 1867, lorsque le commerce au Canada consistait en peaux de castor, en bois et en construction de navires, et non, comme aujourd'hui, en chromite, en platine et en diamants. Les deux niveaux de gouvernement cherchent à se surpasser l'un l'autre dans la promesse de conditions favorables à la braderie de nos ressources et à l'exploitation de la main-d'oeuvre par les monopoles ainsi qu'à la mise sur pied d'arrangements qui mettent fin aux droits ancestraux des Premières Nations.

Tant et aussi longtemps que les divers plans de développement nordique ne reconnaissent pas les droits devant être respectés, ainsi que la relation entre ces droits, et n'établissent aucun mécanisme permettant aux différents intérêts de déterminer un programme de développement, tout le monde se laissera prendre au jeu de la concurrence entre municipalités, provinces, gouvernements et autres pour entrer dans la danse de la rivalité des plus grands monopoles et la plus grande superpuissance au monde.

Nécessité d'une nouvelle direction pour l'économie

Tout plan pour l'économie de l'Arctique, du nord du Québec et du nord de l'Ontario nécessite une nouvelle direction. Le développement minier actuel, centré sur le capital, a enrichi les propriétaires des monopoles étrangers qui ont fait main basse sur les atouts minéraux. Les réclamations des travailleurs et de leurs communautés à la richesse produite par l'exploitation des ressources minières du Nord sont en déclin depuis des décennies. Des dizaines de milliers d'emplois ont été éliminés dans les industries minières et métallurgiques de l'Abitibi, de la Côte-Nord et du nord de l'Ontario. Un grand nombre de petites villes rappellent moins le XXIe siècle que l'époque des années 50. Le documentariste Richard Desjardins fait remarquer dans son nouveau film Trou Story que si des milliards et des milliards de dollars sont sortis des mines de l'Abitibi-Témiscamingue, les communautés de la région vivent aujourd'hui dans la pauvreté.

Un développement minier accru, centré sur le capital, ne résoudra pas la crise qui pèse sur l'économie du Canada et du Québec, pas plus que les cadeaux gouvernementaux aux monopoles miniers étrangers. Des subventions sous forme d'électricité, d'infrastructures routières ou ferroviaires ainsi que des stimulants fiscaux vont permettre à quelques monopoles mondiaux de s'enrichir à l'extrême et de dilapider les ressources pour ensuite nous laisser avec les dégâts.

Le développement minier centré sur le capital met en danger l'environnement naturel et social dans les régions affectées. Le Cercle de feu dans le nord de l'Ontario est une région caractérisée par le pergélisol et par la fondrière, à cinq cents kilomètres de tout lien ferroviaire ou routier et habitée uniquement par les Premières Nations, et ce de façon clairsemée. Le développement minier dans de telles conditions doit relever des défis particulièrement difficiles pour éviter que les environnements naturels et sociaux ne soient endommagés de façon permanente. L'avenir des peuples des Premières Nations qui habitent les basses terres de la baie James est en jeu. Ces communautés sont parmi les plus vulnérables du Canada, économiquement et socialement. Tout développement radical qui vient de l'extérieur et sans que les Premières Nations et les travailleurs ne soient investis du pouvoir de sorte que les droits de tous soient défendus pourrait facilement détruire ce qui reste du tissu social et économique des peuples des Premières Nations dans les terres basses de la baie James.

Les plans de développement du Nord, tels qu'ils sont présentement promus par les gouvernements du Québec et de l'Ontario, par les partis politiques au pouvoir et dans l'opposition, sont tous des versions de plans centrés sur le capital et non centrés sur l'être humain. Aucun de ces plans ne s'adresse au besoin de donner des définitions modernes au pouvoir décisionnel et d'appropriation, de sorte que les véritables propriétaires assument le contrôle des ressources.

L'autre aspect particulièrement préoccupant de ces plans de développement nordique est qu'ils sont lancés dans les conditions de l'accélération de l'annexion du Canada aux États-Unis et leur machine de guerre. Le développement centré sur le capital s'enligne nécessairement sur la machine de guerre des États-Unis, le plus grand consommateur d'énergie de la planète, et aussi le pire gaspilleur. Le « périmètre de sécurité nord américain » que Stephen Harper s'empresse d'achever avec l'administration Obama vise notamment un approvisionnement sécuritaire de l'empire étasunien en matériaux stratégiques. Ces activités ne tiennent pas compte des intérêts des Premières Nations, des travailleurs et des communautés minières, ou même du développement économique futur du Canada et du Québec. Elles doivent être rejetées car elles ne peuvent être le fondement d'un développement durable.

Rejeter un développement qui nie les intérêts du peuple est la première étape dans la formulation d'une alternative centrée sur l'être humain en opposition à un développement minier centré sur le capital. En tant que principe fondamental, le développement minier centré sur l'être humain reconnaît les droits ancestraux des Premières Nations. Il faut nécessairement s'assurer que les Premières Nations puissent exercer véritablement leur droit d'être les décideurs vis-à-vis ces projets, y compris le droit de veto. Elles doivent se méfier des « pactes amicaux » précipités que les gouvernements, comme celui du Québec, veulent conclure au plus vite. Le développement minier centré sur l'être humain reconnaît le droit des travailleurs (à la fois autochtone et non autochtone) d'établir leur réclamation à la richesse qu'ils produisent. C'est un facteur clé dans la création de la richesse, pas seulement un « coût de production » comme le veut la comptabilité centrée sur le capital.

Le développement minier centré sur l'être humain reconnaît que les travailleurs et leurs familles ont droit à des salaires, des avantages sociaux et des conditions de travail modernes et conformes à un standard canadien pour eux-mêmes, mais aussi en éducation, en soins de santé et dans les autres services sociaux pour leurs familles. Un développement minier centré sur l'être humain reconnaît aussi aux communautés nordiques le droit de décider de leur sort. Procéder de façon moderne veut aussi dire s'organiser pour que le développement économique soit fait en harmonie avec l'environnement naturel et social. Les intérêts en contradiction et en concurrence doivent être harmonisés sur la base de l'avantage réciproque.

Non au développement minier au service des préparatifs de guerre des États-Unis ! Non au développement minier centré sur le capital ! Discutons-en !

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Trou Story


« Vous ne connaissez rien des mines ? Normal. Les mines ne parlent pas beaucoup. Surtout pas de leur histoire... » Cette histoire, Richard Desjardins et Robert Monderie nous la racontent dans Trou Story, leur plus récent documentaire, produit par l'Office national du film du Canada, dans lequel ils renouent avec la veine pamphlétaire de L'erreur boréale.

L'histoire minière au Canada, c'est une histoire de profits faramineux au mépris de l'environnement et de la santé des travailleurs.

Une histoire obscure où en pleine Première Guerre mondiale, le nickel de Sudbury est vendu à l'armée allemande qui en fabrique des balles qui serviront, à la bataille de Vimy, à tuer des soldats de Sudbury. Les affaires sont les affaires...

Une sale histoire où la population de Cobalt crève de la typhoïde dans une ville où on ne ramasse pas les déchets, tandis que les premiers magnats canadiens de l'industrie minière s'enrichissent en vendant à l'Angleterre la production d'argent de la quarantaine de mines qui ceinturent la ville.


Une grosse histoire qui passe par Timmins, en plein bois, à 50 kilomètres à l'ouest de la voie ferrée, où les prospecteurs se précipitent pour y planter leurs piquets de revendication minérale avant de se rendre au bureau du gouvernement pour y enregistrer leur hectare, leur claim, qui les déclare propriétaires du sous-sol. À Timmins, il y a de l'or, de sorte que chaque claim obtenu pour quelques sous est revendu pour quelques milliers de dollars aux propriétaires des mines de Cobalt. À Timmins, il y a beaucoup d'or : on y exhumera 7 fois plus de métal précieux que dans toute l'histoire du Klondike, une quantité équivalent aujourd'hui à 100 milliards de dollars. C'est la richesse, la prospérité, ce qui n'empêche pas la minière Hollinger, en 1912, de décréter une diminution du salaire des mineurs, initiative aussitôt suivie par les 12 mines environnantes. Résultat : 5000 travailleurs font la grève, on tire sur la foule, les mineurs bloquent le chemin de fer pour empêcher la venue des briseurs de grève, mais ils bloquent du même coup le ravitaillement. Affamés, ils retourneront au travail à la fin de l'hiver.

Une réglementation laxiste fait du Québec le meilleur endroit au monde où exploiter une mine, alors qu'on s'apprête à extraire l'immense gisement de cuivre de la région de Rouyn, en 1926.

À force d'amendements à la loi des mines, la Noranda contrôle son sous-sol, son sol et son ciel. On n'a pas de problème avec la loi quand on est la loi. Avec la Deuxième Guerre mondiale arrivent la syndicalisation et l'amélioration des conditions de travail. Mais la question de la santé des mineurs n'est pas réglée pour autant, ni celle de la responsabilité des compagnies envers les communautés. Parce qu'aujourd'hui, après un siècle d'exploitation minière, les sites problématiques déversent leur acide et leur cocktail de métaux lourds dans les cours d'eau, de ruisseaux en lacs et en rivières, jusqu'à l'Outaouais et le Saint-Laurent. C'est ainsi que l'arsenic résiduel des mines d'or d'Abitibi passe devant Montréal...

Sans compter que le laxisme des gouvernements laisse libre cours à la prise de contrôle des grandes compagnies minières canadiennes par des sociétés étrangères. L'enjeu de la vente de minerai non transformé revient à l'ordre du jour. Avec la mondialisation, on révise à la baisse les conditions de travail des mineurs. Commence alors le chantage : si vous n'êtes pas contents, on va aller ailleurs ! Ailleurs ? Mais le gisement, il est ici.

À l'heure du Plan Nord et alors que tout un quartier de la ville de Malartic est exproprié pour permettre l'exploitation d'une mine à ciel ouvert, Trou Story nous rappelle l'urgence de changer les choses, de modifier des règles héritées du far west qui institutionnalisent la toute puissance des claims et autorisent le vandalisme environnemental.

Il est enfin temps de se réapproprier notre sous-sol ! À coups d'images chocs, à l'aide d'archives rares, en s'appuyant sur de nombreux entretiens et avec la touche d'humour social qui a fait leur marque, Desjardins et Monderie exposent avec clarté et conviction le dossier minier canadien, y allant d'une prise de position courageuse qui appelle à la conscientisation. Trou Story est un film qui sonne l'éveil. Dans un pays aux richesses minières exceptionnelles, les compagnies minières ont historiquement payé peu d'impôts sur leurs activités et les municipalités ont la responsabilité de construire et d'entretenir les routes sur lesquelles roulent les camions qui emportent ces richesses à l'étranger. Certains films sont pertinents, d'autres sont nécessaires. Trou Story est de ceux- là !


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L'offensive médiatique de l'Association
pétrolière et gazière du Québec ne passe pas

C'est derrière des portes closes et protégés par un imposant déploiement policier que les membres de l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) ont tenu leur rencontre annuelle à l'hôtel Bonaventure de Montréal le 24 octobre. Son porte-parole, l'ancien premier ministre du Québec Lucien Bouchard, dont les honoraires sont assurés par l'entreprise albertaine Talisman Energy, a affirmé sans rire que le gaz de schiste « est la transition la plus écologique, la plus conforme aux impératifs de réduction des gaz à effet de serre ». Comme si ce n'était pas assez, il a ajouté qu'il était tout à fait favorable à l'exploitation pétrolière sur l'île d'Anticosti et dans le golfe du Saint-Laurent.

Lors du point de presse, il a lancé : « C'est l'avenir du Québec qui est en cause. On a des besoins énormes. On veut investir en éducation, on veut investir dans les affaires sociales, on veut investir dans les autoroutes, on veut investir partout. Ça va prendre de l'argent pour le faire. Peu importe le parti au pouvoir, ça va prendre des moyens pour le faire. Et l'un des moyens, c'est de développer nos ressources naturelles. C'est comme ça qu'il s'est développé, le Québec. C'est quand on a fait des grands barrages pour Hydro-Québec qu'on a commencé à le développer. » Venant de la bouche de celui qui a implanté le déficit zéro, qui a accéléré la destruction du système de santé, d'éducation et des programmes sociaux, encore sous prétexte que c'était « l'avenir du Québec qui est en cause », il y aurait de quoi rire si la situation n'était pas si grave.

Pour la centaine de manifestants, dont les Madelinots qui étaient présents depuis très tôt le matin, cette déclaration n'avait rien d'impressionnant. Il est intéressant de noter que, confronté à une manifestante lui demandant de rendre des comptes, le porte-parole de l'APGQ a répondu qu'il n'était « pas là pour répondre aux questions ». De la part d'un porte-parole, il y a de quoi s'étonner.

Les manifestants, qui se sont portés à la défense de l'intérêt public et qui ont reçu l'appui de la population québécoise, tiennent à rappeler qu'en dépit des apparences d'un quasi moratoire, l'industrie est toujours à l'oeuvre et rien n'est réglé, et ce, avec l'appui du gouvernement Charest.

Les revendications du mouvement d'opposition à l'exploitation et l'exploration du gaz de schiste demeurent les mêmes :

- moratoire complet sur les activités d'exploration et d'exploitation des gaz de schiste ;

- un processus d'étude rigoureux, public et transparent ;

- un comité d'évaluation environnementale stratégique modifié (ÉES) : représentatif et crédible ;

- l'interdiction de toute nouvelle opération de fracturation.

Les différents intervenants à la manifestation ont fait ressortir que la stratégie actuelle de l'industrie est de manoeuvrer, grâce au travail de firmes de relations publiques et des porte-parole qui « ne sont pas là pour répondre aux questions », ou de conseillers en stratégie, pour faire en sorte qu'elle puisse fabriquer l'acceptabilité sociale de son projet de développement.


La récente constitution de différents groupes d'intérêts dont le forum de discussion « Forum Schiste » mis sur pied par l'industrie, visant à « rétablir les ponts », et le « comité de dialogue » de la MRC de Bécancour, également initié par l'industrie, fait clairement partie d'une stratégie réfléchie de l'industrie visant à fabriquer une impression d'acceptabilité sociale qui pourrait répondre favorablement aux demandes de l'industrie en temps opportun. Dans les faits, elle se bat plutôt pour contourner les irréductibles qui s'activent à défendre le bien commun, ont-ils ajouté.

Pour les organisateurs, ces déclarations de l'industrie masquent aussi le fait que les citoyens du Québec sont les véritables propriétaires de cette ressource (dont les permis d'exploitation ont été alloués par le gouvernement à des prix dérisoires) et que l'État du Québec a déjà largement investi dans les travaux de prospection de SOQUIP, de Hydro-Québec Pétrole et Gaz et dans le gaz de schiste via des programmes de crédits d'impôt, d'études environnementales, etc. Ils soutiennent par ailleurs que c'est à l'État, et non l'industrie, de fixer les règles du jeu qui iront dans le sens de l'intérêt public.

Les récentes sorties médiatiques de l'industrie sont loin de rallier la population. Les gens s'organisent et la population est de plus en plus sensible au pillage des ressources. Un regroupement interrégional, deux regroupements régionaux, près de 60 comités de citoyens tout au long de la vallée du Saint-Laurent, des alliances entre les diverses régions du Québec et avec des mouvements dans d'autres provinces et à l'étranger ont pris forme récemment.

Mentionnons également qu'un collectif qui réunit 155 chercheurs québécois entreprendra bientôt un cycle de conférences tout au long de l'année pour expliciter les arguments qui les amènent à dénoncer le projet gazier et à demander que soient stoppés les travaux qui vont à l'encontre du principe de précaution et du bien commun.

Pour les activistes, l'intérêt public doit primer sur l'intérêt privé. Le développement des énergies propres doit primer sur le développement des énergies sales. Il n'y aura pas de « pacte social » pour un projet insensé.

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Le Cercle de feu en Ontario:
le développement minier au service
des préparatifs de guerre des États-Unis

En mars 2006, des géologues à la recherche de kimberlites diamantifères dans la région du lac McFauld's, dans les basses terres de la baie James dans le nord de l'Ontario, à 500 km au nord-est de Thunder Bay, ont fait la découverte de vastes quantités d'un minerai noir qu'ils ont identifié comme étant de la chromite. Le gisement est l'une des plus grandes découvertes de chromite au monde et le seul en Amérique du Nord. On prétend que le gisement contient suffisamment de chromite pour répondre à 100 ans de production selon les niveaux de demande actuels. Des explorations plus approfondies ont aussi révélé des gisements de métaux comprenant le nickel, le cuivre, le zinc, l'or et la platine. La découverte a hérité du nom Cercle de feu. Selon certains, la néphrite minéralisée avait été découverte dans cette partie de la province lorsque des études aériennes avaient été faites par Études géologiques canadiennes en 1957. L'isolement et les conditions difficiles avaient empêché une exploration plus poussée.

Au début de 2010, une importante compagnie étasunienne, Cliffs Natural Resources Inc. de Cleveland, en Ohio, a acheté deux grands gisements de chromite ainsi qu'une participation majoritaire dans un troisième gisement dans le Cercle de feu et a annoncé « son intention de développer une opération minière dans le Cercle ainsi qu'une opération de traitement du ferrochrome sur un site à déterminer en Ontario – qui démarrerait en 2015 ». Actif depuis 1846, Cliffs est le plus grand producteur de billes de minerai de fer en Amérique du Nord, un des principaux fournisseurs de minerai de fer à partir de l'Australie et un producteur important de charbon métallurgique. Il est la propriété à 87 % d'investisseurs institutionnels et de fonds communs de placement dont les plus importants actionnaires sont Capital World Investors (9,17 %), le Vanguard Group (5,31 %) Growth Fund of America Inc. (4,22 %) et State Street Corporation (4,08 %).

Une description du projet d'extraction de chromite a été annoncée par Cliffs en février. Sudbury a été ciblée comme premier choix pour le traitement du minerai. Les détails du projet font état d'une mine d'une capacité de 6 000 à 12 000 tonnes par jour. Sur place, une installation de traitement de la chromite traiterait à pleine capacité entre 3 600 et 7 200 tonnes par jour. Elle produirait ainsi un concentré propice au raffinage qui serait ensuite transporté par camion le long d'une route permanente de 300 kilomètres qui est à l'état de projet et ensuite vers un terminal ferroviaire près d'un village au nord-ouest de l'Ontario du nom de Nakina. Il serait alors transporté par voie ferroviaire, gracieuseté du CN, directement vers Sudbury pour le raffinage. L'endroit de prédilection est une ancienne mine à ciel ouvert de minerai de fer de 5 000 acres près de Moose Mountain, au nord de Capreol, dans la région du Grand Sudbury. La raffinerie produirait de 400 000 à 800 000 tonnes par année de ferrochrome qui servirait ensuite à la production d'un alliage ou d'acier inoxydable. Près de 1 300 emplois directs pourraient en résulter : de 300 à 500 emplois sur le site éloigné de la mine, de 200 à 300 emplois liés au transport, et de 400 à 500 emplois dans l'usine de production de ferrochrome. Des tests métallurgiques sont présentement en cours et menés par Xstrata Process Support (XPS) dans leurs usines de Sudbury. Les tests détermineront la friabilité du minerai et l'énergie électrique nécessaire à sa fusion.


Protestation de la nation Nishnabe Aski à Toronto le 16
septembre 2011 contre la Loi du Grand Nord du gouvernement
ontarien qui concerne les plans d'exploitation de la chromite
dans la région appelée Cercle de feu.

Cependant, Sudbury n'est pas le seul site en vue par Cliffs pour leur fonderie. Timmins, Thunder Bay et Greenstone ont aussi mis de l'avant des propositions, ce qui a donné lieu à une parade bigarrée de maires et de porte-parole du développement économique se faisant concurrence pour savoir qui, de tous ces braves gens, pourrait proposer le plus d'incitatifs fiscaux et d'infrastructures pour soutenir le projet, un phénomène que Cliffs, évidemment, applaudit. Cliffs ne s'est pas encore engagé à construire sa fonderie en Ontario, menaçant de la construire au Manitoba ou au Québec si l'Ontario n'offre pas des taux hydroélectriques plus avantageux.

Selon le site Web d'Hydro Manitoba, une compagnie comme Cliffs débourserait environ 63 millions $ par an pour l'hydroélectricité si leur fonderie était construite en Ontario. La même raffinerie au Manitoba coûterait 26 millions $ par an en électricité et 33,5 millions $ par an au Québec. Si l'on dit que le nord de l'Ontario produit l'électricité la plus verte, la plus propre et la moins chère sur la planète (principalement sur la base de sources hydroélectriques vieilles de plusieurs décennies), les taux de l'électricité sont toutefois fixés pour toute la province à Toronto. Xstrata avait fermé son site de Kidd Creek à Timmins l'an dernier sous prétexte que les taux hydroélectriques étaient trop élevés. Vale en avait fait autant pour sa raffinerie de cuivre à Sudbury quatre ans auparavant. Xstrata déboursait des sommes de 70 millions $ par an en factures d'hydroélectricité à sa fonderie de Timmins, et débourse maintenant la moitié de ce montant pour son usine au Québec.

Le président des ferro-alliages de Cliffs, Bill Bloor, a dit que bien que Capreol soit le site le plus « techniquement indiqué » pour traiter le ferrochrome, les taux provinciaux actuels font en sorte qu'il n'existerait pas d'endroit en Ontario qui serait économiquement favorable. « La disponibilité d'une grande source d'électricité, fiable et à des prix compétitifs, est la première considération dans la recherche d'un site pour l'usine de production du ferrochrome, » a dit Bloor. Cliffs dit que les fours électriques à arc nécessaires à la production de ferrochrome nécessitent 300 mégawatts de puissance, un peu plus de 1 % de la production électrique totale de l'Ontario.

Le maire de Timmins, Tom Laughren, a dit que Cliffs envoyait un message on ne peut plus clair à l'effet que l'Ontario n'obtiendra pas sa part d'emplois liés à la production d'acier inoxydable ou de son traitement à moins que les taux d'hydroélectricité ne soient conformes aux taux des autres provinces. « Nous pouvons toutes (l'ensemble des municipalités du nord de l'Ontario) compétitionner pour le projet individuellement, mais en bout de ligne, si les taux énergétiques ne répondent pas aux attentes de Cliffs, aucune de nos municipalités n'obtiendra la raffinerie de ferrochrome. »

Le développement du Cercle de feu des terres basses de la baie James prolongera le développement de l'Ontario de Timmins jusqu'à la rivière Attawapiskat et donnera lieu à des milliards de dollars en dépenses minières, en usines de traitement et en infrastructures, selon les cadres supérieurs de plusieurs petites sociétés minières. « Ce n'est pas une mince affaire », a dit Frank Smeenk, président de Ressources KWG en juin 2009. « Cette ceinture de roches vertes, ce croissant de Cercle de feu, représente environ la même surface territoriale que la Ceinture de roches vertes de l'Abitibi, qui comprend Timmins, Kirkland Lake, Noranda et Val d'Or. Elle comprend en somme une partie importante de la richesse minière du Canada, et nous lui avons trouvé une soeur. »

Présentement, le principal fournisseur de ferrochrome pour l'industrie de l'acier nord-américain est l'Afrique du Sud. Tandis qu'en Afrique du Sud la chromite se trouve dans des minces couches d'une épaisseur de deux à trois mètres qui s'étendent sur plusieurs kilomètres, le gisement de Fauld Lake se trouve près de la surface et est d'une largeur de 100 mètres, d'une profondeur de 300 à 400 mètres et occupe une zone minéralisée de 16 kilomètres.

La chromite est la seule composante du chrome, un métal qui sert à donner à l'acier sa dureté, sa robustesse et sa résistance chimique. La plus grande partie du minerai de chromite est transformée en ferrochrome et sert à l'industrie métallurgique pour en faire principalement un acier inoxydable et résistant à la chaleur. Avec le fer et le nickel, le chrome produit un alliage qu'on nomme nichrome, qui résiste à des températures intenses et qui sert à la fabrication d'appareils de chauffage, de fourneaux et autres. De minces revêtements faits d'alliages de chrome servent à des placages pour pièces d'automobiles, pour des appareils et autres produits. Des superalliages contiennent du chrome et servent à des fins stratégiques liées au militaire. Concrètement, les superalliages servent aux turbines à gaz (dans les aéronefs à usage commercial et militaire, dans la production d'énergie électrique et dans la propulsion marine) ; aux astronefs ; aux sous-marins ; aux réacteurs nucléaires ; aux moteurs électriques militaires ; aux véhicules de course et à haute performance, aux cuves de traitement chimique, aux enveloppes de bombes et aux tubes d'échangeurs de chaleur. Il n'existe pas de substitut pour le chrome dans l'acier inoxydable qui en est l'usage principal, ni dans les superalliages, qui en sont le principal usage stratégique. De la ferraille contenant du chrome peut remplacer le ferrochrome dans certains usages métallurgiques.

La consommation de chrome par les États-Unis représente environ 14 % de tout le minerai de chromite exploité à chaque année. Dans l'hémisphère occidental, la chromite est produite en quantité réduite au Brésil et à Cuba. Les États-Unis, le Mexique et le Canada ne produisent pas de chromite. L'Afrique du Sud, l'Inde, le Kazakhstan et la Turquie produisent le trois-quarts de la chromite mondiale. Les ressources mondiales actuelles de chromite sont assez abondantes pour répondre aux besoins mondiaux pour des siècles à venir. Cependant, avant la découverte du Cercle de feu, environ 95 % des ressources de chrome au monde étaient géographiquement concentrées en Kazakhstan et en Afrique du Sud.

Ce sont les applications militaires du chrome qui en font la cible d'un si rapide développement. Le chrome est un métal stratégique. La nécessité d'un approvisionnement sécuritaire et assuré en chrome pour l'armée des États- Unis a été révélée récemment par WikiLeaks. Des messages diplomatiques provenant de diplomates étasuniens en fonction dans des pays aux quatre coins du globe ont révélé une préoccupation au sujet de la dépendance envers l'étranger pour des produits de base. En réponse à ces préoccupations, Ressources KWG, une des petites sociétés minières acquises par Cliffs, a émis une déclaration. « Le fait d'inclure des sources de chrome en Kazakhstan et en Inde dans une liste d'actifs stratégiques du département d'État des États-Unis – liste révélée suite à une fuite – démontre l'importance mondiale potentielle du Cercle de feu et de ses découvertes de chromite. Jusqu'ici, l'Amérique du Nord n'avait aucune source commerciale viable de chromite, » selon le président de KWG, Frank Smeenk. « Nous avons pressé nos gouvernements ontarien et canadien de reconnaître l'importance stratégique de ces découvertes remarquables, puisqu'elles offrent la perspective d'une possible auto-suffisance continentale et d'un produit d'exportation canadien qui est indispensable aux alliés et partenaires commerciaux du Canada. La fuite de ces rapports secrets a mis en relief de façon dramatique notre message à cet effet. »

En juillet 2011, le Centre pour un leadership stratégique du Collège de guerre de l'armée des États-Unis a publié un document de fond portant le titre : « Les minéraux stratégiques : la consommation de la Chine est-elle une menace pour la sécurité des États-Unis ? ». Donnant libre cours à leur pensée fasciste et impérialiste, les auteurs commencent leur exposé en citant Hjalmer Schacht, alors ministre de l'Économie en Allemagne en 1937 : « Aucune grande nation ne permet que son niveau de vie et de culture soit diminué et aucune grande nation n'accepte le risque de la famine. »

Plus loin les auteurs disent : « La vitalité d'une nation puissante dépend de sa capacité d'avoir accès aux ressources stratégiques nécessaires pour soutenir son économie et pour la production d'armes défensives. Cette vérité est confirmée par les deux plus grandes économies du monde, celle des États-Unis et celle de la Chine, qui dépendent l'une comme l'autre de l'importation d'environ la moitié de leurs besoins en pétrole et de larges quantités de minéraux stratégiques.

« Puisque sa dépendance envers l'importation de ressources tout comme son économie continuent d'accroître à une vitesse phénoménale, la Chine a adopté une stratégie géopolitique lui garantissant des ressources stratégiques. Ce rôle de la Chine dans le commerce des minéraux a accru les inquiétudes de la communauté occidentale face à la sécurité touchant aux minéraux stratégiques, plus qu'à tout moment depuis la Guerre froide...

« La dépendance outremer des États-Unis pour des sources de minéraux stratégiques afin de soutenir son économie ainsi que son secteur de la Défense, est plus importante que sa dépendance envers le pétrole étranger. Approximativement 60 % du pétrole consommé aux États-Unis est importé. En comparaison, la nation américaine dépend de fournisseurs outremer pour plus de 80 % des ses plus importants minéraux stratégiques...Bien qu'il existe certains substituts au pétrole en tant que source d'énergie, ce n'est pas vrai en ce qui concerne les minéraux stratégiques.

« Il n'existe pas, par exemple, de substitut pour le manganèse dans la production de l'acier, ou pour le chrome dans la production de l'acier inoxydable...La vulnérabilité des États-Unis face à un accès restreint à ces approvisionnements en minéraux importants est plus prononcée aujourd'hui qu'à aucun moment depuis la fin de la Guerre froide. La distribution inégale des réserves de minéraux stratégiques et leur concentration dans des pays instables politiquement ou potentiellement hostiles soulignent la nécessité pour les décideurs aux États- Unis de reconnaître la sécurité de l'approvisionnement en ressources comme une question de sécurité nationale de la plus haute importance. »

En ce moment, les États-Unis sont la seule superpuissance militaire. Ses dépenses militaires approchent les billions de dollars par année et dépassent les dépenses de tous les pays pris dans leur ensemble et sont dix fois plus importantes que le deuxième pays au monde, la Chine. Les États-Unis possèdent presque 10 000 ogives nucléaires. Ils sont engagés dans une demi-douzaine de guerres déclarées et non déclarées en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Asie centrale. Le but de ces guerres est non seulement de contrôler les ressources pétrolières, mais de bloquer leurs compétiteurs, limiter l'expansion de l'Europe et de la Russie et encercler la Chine, préparant ainsi les conditions pour ce qui semble être une guerre inévitable avec la Chine. En cela, un approvisionnement incertain de chrome devient un facteur inhibiteur dans leur effort de guerre. Sans un approvisionnement garanti de chrome de haut calibre, la machine de guerre des États-Unis serait affectée de façon importante. Le développement rapide du Cercle de feu et de son projet de chromite cherche à rendre les États-Unis moins vulnérables en cas de guerre inter-impérialiste en leur enlevant cet obstacle important.

Non au développement minier au service des préparatifs de guerre des États-Unis !

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Accord économique et commercial Canada-Europe

Une trahison d'envergure – Souveraineté Oui! Annexion Non!

Du 17 au 21 octobre 2011, le gouvernement Harper et les représentants de l'Union européenne ont tenu à Ottawa la neuvième série de négociations sur l'Accord économique et commercial global (AÉCG), l'accord commercial de libre-échange entre le Canada et l'UE.

Au Québec, les négociations sur l'AÉCG sont menées dans le plus grand silence depuis un an par Pierre-Marc Johnson, ancien premier ministre. Lors du passage de ce dernier à la Commission des institutions de l'Assemblée nationale du Québec, des députés ont dit n'avoir aucun document sur l'entente leur permettant d'être informés de sa teneur et de ses conséquences. Quatre députés ont tenu un point de presse pour exiger une nouvelle fois que leur soit remise l'ébauche d'accord, n'acceptant pas qu'une telle négociation ayant des conséquences pour la souveraineté du Québec se tienne loin des yeux et des oreilles des principaux concernés.

Le premier ministre Jean Charest, qui est un des plus grands défenseurs de cet accord de libre-échange, prétend même défendre les intérêts du Québec en prenant les devants sur ses homologues fédéraux. L'accord de libre-échange avec l'Europe est intimement lié à son projet de braderie des ressources naturelles appelé « Plan Nord », notamment au chapitre de la mobilité de la main-d'oeuvre.

L'opposition à l'AÉCG grandit à mesure que les gens prennent conscience de son existence et de ses conséquences désastreuses. Plusieurs efforts sont faits pour briser le mur du silence et de la propagande imposé par le gouvernement et les médias monopolisés, notamment par des réunions publiques comme celles organisées par le Syndicat canadien de la fonction publique et le Conseil des Canadiens dans toutes les grandes villes canadiennes. Au Québec une pétition a été lancée pour exiger un référendum sur l'accord (cliquer ici pour la pétition en ligne).

Le 20 octobre, plus de 80 organisations canadiennes et européennes ont rendu publique une déclaration conjointe dans laquelle elles exigent la suspension immédiate des négociations. Elles déclarent notamment que « les accords de commerce doivent promouvoir la coopération et placer le bien commun, l'intérêt public et le respect des droits humains et environnementaux avant les intérêts privés à courte vue des seules entreprises transnationales ». Au lieu de cela, l'AÉCG va « affaiblir et empêcher les réglementations sociales, sanitaires et environnementales et protéger toujours plus les droits des investisseurs aux dépens des droits démocratiques ».

« Nous appelons les élus du Parlement européen et des parlements nationaux, les élus canadiens tant sur le plan fédéral que provincial, à refuser de ratifier l'AÉCG et à faire oeuvre de transparence sur un tel accord qui brade les droits sociaux, menace les réglementations environnementales et, plus largement, la démocratie. »

Le 20 octobre, le ministre canadien du Commerce international, Ed Fast, a déclaré que la principale réalisation de la présente ronde de négociations a été que « les représentants canadiens et européens ont échangé leurs offres sur les services et les investissements ». Malgré toutes les preuves du contraire, il a vanté les avantages que les Canadiens retireraient de cet accord, dont il refuse de divulguer le contenu.

Le Réseau pour le commerce juste souligne que cette dernière ronde « se tient à la suite d'un échange d'offre sur les biens et les marchés entre les gouvernements provinciaux et les États membres de l'UE au cours de la série de négociations précédentes en juillet à Bruxelles et qu'aucune de ces offres ne sera rendue publique avant la signature de l'accord final, que le gouvernement Harper souhaite pour le début de 2012 ».

Les témoignages récents devant le Comité permanent du commerce international de la Chambre des communes sur l'AÉCG indiquent clairement que ce sont les plus grands monopoles qui font pression pour les changements qu'apporterait l'AÉCG au service de leurs intérêts privés étroits et qui se feront aux dépens du peuple.

Une des questions abordées est la propriété intellectuelle. Les fabricants de médicaments génériques ont souligné que l'AÉCG retarderait la mise sur le marché des médicaments génériques et augmenterait considérablement les coûts du système de santé.

« Le représentant de l'Association canadienne du médicament générique a dit aux membres du comité, dominé par les conservateurs, que les dispositions actuelles sur la propriété intellectuelle de l'AÉCG, en prolongeant l'exclusivité commerciale des brevets pharmaceutiques, pourraient coûter aux provinces près de 2,8 milliards $ de plus par an pour les soins de santé », rapporte iPolitics.com. L'article poursuit :

« L'accord pourrait, selon une étude commandée par l'association, retarder de plus de trois ans l'accès aux médicaments génériques dans certaines provinces.

« Les Canadiens ne peuvent pas se permettre d'absorber l'augmentation significative des coûts des médicaments », a averti Barry Fishman, président de l'association.

« Fishman a déclaré que les propositions de l'UE sur la propriété intellectuelle des produits pharmaceutiques visent à accroître les profits des entreprises privées dont le siège est en Europe aux dépens des emplois et des consommateurs canadiens. »

C'est un fait bien connu que les médicaments génériques, comme par exemple ceux disponibles au Canada mais pas aux États-Unis, sont considérablement moins chers et que sont très nombreux les patients américains qui viennent au Canada pour les acheter. Toutefois, Russell Williams, président d'un groupe de pression de l'industrie pharmaceutique, Rx&D compagnies de recherche pharmaceutique, ne trompe personne en prétendant le contraire.

Wally Smith, président des Producteurs laitiers du Canada, qui représente près de 13 000 fermes dont la production est essentiellement axée sur le marché canadien, a déclaré devant le comité que l'AÉCG pourrait compromettre l'intégrité du système de gestion de l'offre canadien. Ce système, qui répartit les quotas de production aux producteurs, crée 51 000 emplois dans les fermes laitières, a-t-il expliqué.

Smith a expliqué d'autres impacts négatifs de l'AÉCG qui limiteraient la production de certains produits, comme les fromages parmesan, le cheddar et le fromage feta. « L'impossibilité de continuer à produire ces fromages aura des conséquences économiques douloureuses pour nous », a-t-il dit.

Le fait que ceux-là mêmes qui veulent démanteler le monopole public de la Commission canadienne du blé soutiennent l'AÉCG montre la nature antisociale et antinationale de cet accord. Kathleen Sullivan, directrice de la Canadian Agri-Food Trade Alliance, est venue témoigner devant le comité pour expliquer les « avantages » de l'AÉCG. Elle a déclaré que l'UE est un « marché lucratif » et que l'AÉCG représente la plus grande occasion commerciale dans son secteur depuis des décennies.

Les Canadiens et les Québécois connaissent bien le résultat des promesses du « libre échange », qui se réalise toujours aux dépens du peuple et se traduit par l'exploitation accrue du travail et de l'asservissement à des intérêts étrangers. La propagande du gouvernement Harper et du gouvernement Charest selon laquelle, au nom de la « liberté » et du « libre échange », ils défendent les « gens qui travaillent fort » doit être rejetée. La conséquence majeure de l'AÉCG, comme de tout autre accord commercial néo-libéral, antisocial et antinational, sera justement le bien-être du peuple sacrifié au service des monopoles.

(Postmedia, iPolitics, Réseau pour le commerce juste)

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Les entreprises ne feront pas la loi!

Nous, syndicats, organismes et associations signataires appelons nos responsables politiques à interrompre immédiatement les négociations en cours pour la signature d'un accord de libre-échange entre l'Union européenne (UE) et le Canada.

Cet accord, appelé Accord économique et commercial global (AÉCG), est une véritable offensive pour libéraliser les services publics, affaiblir et empêcher les réglementations sociales, sanitaires et environnementales et protéger toujours plus les droits des investisseurs aux dépens des droits démocratiques.

À la fin de la neuvième table de négociations en vue de la conclusion d'un accord début 2012, nos organisations disent NON à cet accord négocié pour le seul bénéfice des entreprises multinationales et aux dépens des droits des populations et de la protection de l'environnement.

Un accord négocié en secret et sans consultation
de la société civile, à l'exception des gens d'affaires

Tant l'Union européenne que le Canada n'ont pas tenu leur population au courant des enjeux de la négociation. Les offres et les demandes de chacune des parties n'ont pas été discutées, ni rendues publiques. C'est donc dans un flagrant déni de démocratie que se déroulent les négociations.

Un accord qui signe le retour en force de l'AMI
(Accord multilatéral sur l'investissement) et reconduit le chapitre 11 de l'ALÉNA en lui donnant une portée plus grande

L'Accord UE-Canada prévoit en effet d'intégrer une disposition de « protection des investissements » inspirée du très controversé chapitre 11 de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) et de l'Accord multilatéral sur l'investissement (AMI) négocié en catimini, en 1998, dans le cadre de l'OCDE et rejeté à la suite de très fortes mobilisations de la société civile.

Cette clause prévoit un mécanisme d'arbitrage qui permettrait à une entreprise de poursuivre directement un État ou une collectivité locale en Europe, les gouvernements fédéraux, provinciaux et municipaux au Canada, si une réglementation la privait de bénéfices escomptés. Ainsi, une entreprise pourrait contester auprès de tribunaux d'arbitrage internationaux privés des dispositions réglementaires pourtant élaborées de manière démocratique par des gouvernements élus.

Une telle disposition représente une grave menace sur le pouvoir de régulation des autorités élues et sur nos droits démocratiques, en donnant le pouvoir aux entreprises multinationales de poursuivre les États lorsqu'elles voient comme des obstacles des lois conçues pour protéger l'intérêt général. Elle risque également de décourager les gouvernements de prendre certaines mesures face aux menaces d'un possible recours devant ces tribunaux d'arbitrage.

Un accord qui entraînera une ouverture des marchés
publics au Canada à tous les niveaux de gouvernement

Les Européens ont posé comme condition des négociations de l'AÉCG un accès sans restriction aux marchés publics canadiens. Ils demandent une plus grande ouverture qui forcera une multitude d'entités publiques sur la scène fédérale, provinciale et municipale au Canada à lancer (dans le respect de certains seuils) des appels d'offre ouverts aux multinationales européennes. Des règles strictes ne permettront plus de se servir des marchés publics, soit de l'argent des contribuables, comme outil de développement local favorisant des entreprises, emplois et produits locaux, ni d'adopter des normes environnementales ou sociales élevées.

Cette ouverture toujours en faveur de plus d'implication du privé et de la privatisation de services est d'autant plus inacceptable qu'elle est négociée dans le contexte d'une perte d'expertise et d'éthique démocratique en matière de marchés publics, ce qui est au coeur d'une grave crise actuellement au Québec.

Un accord qui ouvre la porte à la libéralisation indiscriminée des services publics à travers l'approche dite de « la liste négative »

Les États sont invités à soumettre à la négociation l'ensemble des secteurs de services sauf ceux qui sont nommément et explicitement désignés dans une liste que chaque gouvernement dresse à cette fin. Dans ces conditions, un secteur non exclu est forcément réputé libéralisable. Par le procédé de négociations par « liste négative », tous les secteurs qui ne sont pas explicitement mentionnés dans la liste, sont dès lors couverts par l'accord, y compris ceux qui auraient pu être oubliés ou qui n'existaient pas au moment de l'entente. Autrement dit, l'UE et le Canada pavent la voie à une libéralisation des services d'une ampleur non-maîtrisée.

De plus, ni l'UE, ni le Canada n'ont informé leur population de cette liste et n'ont aucune intention de le faire. Voilà un manque de transparence inacceptable.

Un accord qui porterait fortement atteinte aux pouvoirs de régulation des autorités étatiques, provinciales, municipales et locales

L'accord risque de pousser les gouvernements à faire de l'autocensure en matière réglementaire dans des domaines comme les politiques sociales, régionales ou environnementales à cause de la prérogative accordée aux investisseurs qui peuvent intenter des poursuites devant des tribunaux d'arbitrage internationaux s'ils jugent que les politiques en question constituent des entraves au commerce ou des obligations de résultats ou encore peuvent être assimilées à une expropriation. Advenant la privatisation d'un service – tel que la gestion de l'eau – l'accord rendrait très difficile la décision du gouvernement de revenir en arrière et re-municipaliser ce service pour le bien-être de la population.

Un accord visant à affaiblir les réglementations sociales, environnementales et sanitaires

Le Canada estime que les normes européennes sont trop complexes et considère notamment le principe de précaution comme une mesure protectionniste. Les réglementations environnementales et sanitaires mises en place par l'Union européenne sont dans le collimateur du gouvernement canadien.

Sous la pression des multinationales d'extraction pétrolière, les négociateurs canadiens sont particulièrement offensifs sur la question du pétrole extrait des sables bitumineux, l'un des plus polluants et qui contribue grandement au réchauffement climatique. Ils souhaitent que l'UE lève les entraves à son importation en Europe, et font d'importantes pressions contre la directive européenne « Qualité des carburants », paralysant ainsi les efforts de lutte contre les changements climatiques. Avec l'AÉCG, les entreprises pétrolières pourraient à leur guise exploiter ces sables bitumineux au Canada et vendre ces carburants très polluants sans aucune restriction !

La même logique est à l'oeuvre pour les réglementations relatives au boeuf traité aux hormones et à la directive REACH (réglementation stricte sur les produits chimiques) que le Canada cherche explicitement à affaiblir.

Plus généralement, toute mesure environnementale, sanitaire, y compris sociale, sera désormais sous pression face à la menace d'un recours devant un tribunal d'arbitrage par une entreprise implantée précédemment dans le pays. Cela est d'autant plus pernicieux que cet accord vise clairement à une mise en concurrence des règles sociales, environnementales et sanitaires du Canada et des pays européens, qui se traduira par un nivellement des normes par le bas et sans retour en arrière possible. Les droits des travailleurs européens, plus protecteurs que ceux garantis au Canada – non signataire de nombreuses conventions de l'OIT – risquent d'en être les premières victimes. Par ailleurs, les multinationales européennes vont pouvoir se précipiter sur les nombreux services toujours publics au Canada.

Un accord qui renforcerait les droits de propriété intellectuelle aux dépens de la souveraineté alimentaire et du droit à la santé

L'UE demande que le système canadien s'aligne sur le régime européen qui accorde une durée de protection des brevets plus importante. Cela se traduirait par un renforcement des droits de propriété sur les semences et les agriculteurs pourraient se voir interdire de conserver, de réutiliser et vendre leurs semences, les mettant ainsi plus que jamais sous la dépendance des agroindustriels et des entreprises de biotechnologie.

Cet allongement des droits de propriété intellectuelle aura également de lourdes conséquences sur le droit à la santé puisqu'une telle disposition retarderait la mise sur le marché des médicaments génériques et augmenterait considérablement le coût des médicaments. Ce renchérissement se couplerait avec l'ouverture de marchés publics dans le domaine de la santé aux investisseurs européens, bien plus préoccupés par leur santé financière que par celle des citoyens canadiens, et l'affaiblissement souhaité des mesures négociées dans l'ALÉNA qui protègent le système de santé public canadien.

Un accord qui mettrait en péril la diversité culturelle

Actuellement le secteur de la culture ne fait l'objet d'aucune exception et est partie intégrante de l'accord, ce en dépit du fait que les deux parties ont été les défenseurs de la Convention sur la diversité culturelle de l'UNESCO, visant à protéger l'« exception culturelle ». Cela est inacceptable et il est fort à craindre que la diversité culturelle ne saurait résister à une large marchandisation et à la prédominance des puissantes industries culturelles.

Conclusion

Cet accord est une régression démocratique et sociale puisqu'il laisse aux entreprises la possibilité de placer les États et les gouvernements locaux en Europe, les gouvernements fédéraux, provinciaux et municipaux au Canada, sous un chantage permanent, celui de les poursuivre et d'obtenir leur condamnation s'ils réglementent les activités que ces entreprises convoitent. Cet accord aura de lourdes conséquences sur l'environnement en facilitant la perpétuation d'un système productiviste et extractif dont nous savons qu'il est un échec et une menace pour l'avenir de l'humanité.

L'accord vise à instaurer une zone de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada qui conduirait à une harmonisation vers le bas des normes en matière de protection sociale, de régulations environnementales, sanitaires et autres politiques sociales.

Face à ces graves menaces, nous, syndicats, organismes et associations signataires déclarons :

- qu'il n'est pas question d'accepter aujourd'hui ce que déjà, collectivement, nous avons su refuser ;

- que des accords de commerce doivent promouvoir la coopération et placer le bien commun, l'intérêt public et le respect des droits humains et environnementaux avant les intérêts privés à courte vue des seules entreprises transnationales ;

- que la démocratie ne saurait être compromise par un tel accord de commerce et que les règles sociales et environnementales doivent demeurer du ressort de décisions publiques, transparentes et démocratiques.

Nous appelons les élus du Parlement européen et des parlements nationaux, les élus canadiens tant sur le plan fédéral que provincial, à refuser de ratifier l'AÉCG et à faire oeuvre de transparence sur un tel accord qui brade les droits sociaux, menace les réglementations environnementales et, plus largement, la démocratie.

Pour voir la liste des signataires, cliquer ici.

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Bulletin du 7 novembre 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca