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États-Unis
Refusons de nous laisser encarcaner
par l'impérialisme américain
- Voice of Revolution*, 17 octobre 2011 -

Sur le pont de Brooklyn,
New York, le 1er octobre 2011.
Le 1er octobre, la police a incité les
manifestants à s'engager sur une voie sur le pont de Brooklyn,
à New York. Puis, lorsque les centaines de manifestants
n'étaient qu'à moitié chemin, les policiers ont
bloqué les deux issues du pont. Plus de 700 personnes ainsi
piégées ont été arrêtées.
Depuis, les manifestations qui se poursuivent sous le
nom Occupy Wall Street ont droit à une couverture quotidienne
des principaux médias monopolisés. Le président
Barack Obama, répondant à une question des journalistes
au sujet des protestations, a dit : « Je crois qu'ils
expriment les frustrations du peuple américain » et
que « les mêmes personnes qui ont agi de façon
irresponsable font obstacle aux efforts pour punir les pratiques
déloyales qui nous ont amenés où nous en sommes
maintenant. Alors, oui, je crois que les gens en ont assez et que les
manifestants expriment une frustration plus largement répandue
sur le fonctionnement de notre système financier. »
Il semble que le piège tendu par les policiers de
New York pour les empêtrer dans le système juridique
symbolise en quelque sorte les efforts des cercles dirigeants des
États-Unis, avec Obama comme champion de leur cause aujourd'hui,
pour faire la même chose avec la classe ouvrière. Ils
veulent l'enclore dans un espace restreint et limiter ses luttes
à celles qu'ils préfèrent, à une simple
réaction aux compressions antisociales et antiouvrières
et aux attaques policières. C'est pour empêcher la classe
ouvrière de s'engager sur une voie indépendante, avec sa
propre pensée et son alternative au système actuel et ses
crises économiques, ses guerres d'agression et le danger de
fascisme et de guerre mondiale qu'il fait planer. La lutte de la classe
ouvrière pour une nouvelle direction pour l'économie doit
être bloquée et réduite au silence. La lutte pour
une société centrée sur l'être humain
où les droits de tous au pays et à l'étranger sont
au centre du progrès doit être bloquée et
réduite au silence.
Une des formes que prend cette mise au silence est la
promotion sur une large échelle de
« solutions » à la crise actuelle qui
consistent à rétablir l'
« équilibre » ou
l'« équité » dans le système
actuel, à l'aide des politiques fiscales par exemple. Comme le
dit Obama, « nous devons nous assurer que tous aient les
mêmes chances d'avancement ». C'est la clôture,
le corral, que de vouloir « rétablir
l'équité » dans une situation qui
réclame une nouvelle direction, un nouveau contenu, non pas pour
« avoir les mêmes chances d'avancement »
mais vers une société centrée sur l'être
humain, avec une constitution qui enchâsse les droits de tous et
des lois qui les garantissent en pratique.
Aujourd'hui, tous les arrangements passés qui
garantissaient les droits civils et les relations de travail suivant
leur vieille définition bourgeoise, fondés sur des
notions d'équité et non de droit, ont fait leur temps et
doivent faire place à autre chose. Plus le système
révèle une inégalité croissante entre
riches et pauvres, plus les revendications d'équité comme
moteur d'avancement ou comme façon d'établir des rapports
entre intérêts rivaux sonnent faux.
Il est nécessaire d'amener la conscience sociale
et la politique centrée sur l'être humain au centre de la
vie politique et économique du pays et cette tâche
appartient à la classe ouvrière. Il faut d'abord refuser
de se laisser enclore dans les « solutions » de
l'impérialisme américain et rejeter consciemment
l'imposition d'un ordre du jour ou d'un plan d'action dont le but
serait de « faire pression » sur ceux qui
exercent le pouvoir. C'est ne pas reconnaître le besoin
historique de fixer l'ordre du jour en trouvant la façon de
défendre les droits et en s'organisant pour être les
décideurs.
Il est également vrai que la concentration de la
richesse économique entre les mains d'un nombre toujours plus
restreint de personnes, qui provoque une vaste opposition populaire
d'un bout à l'autre du pays, s'accompagne de la concentration du
pouvoir politique entre les mains de l'exécutif, du Bureau du
Président. Nous assistons à la
désintégration des deux partis des riches, à leur
incapacité de fonctionner avec les vieux arrangements. Le
dénigrement du Congrès, la limitation de son pouvoir et
la promotion de l'idée que c'est le président qui
« fait que les choses se font », tout cela en
fait partie. La nouvelle loi sur la dette crée un
super-comité des affaires budgétaires chargé de
retirer ces prérogatives au Congrès. Le financement
électoral est de plus en plus orienté vers le financement
des candidats individuels plutôt que des partis.
Dans ce contexte, Obama met en place les
éléments d'une structure par laquelle il appelle le
peuple à l'appuyer dans sa « lutte contre le
Congrès ». Cela comprend le nouveau site Web
« We the People » sur le site de la Maison
Blanche, où n'importe qui peut adresser une requête au
président ou exiger une intervention sur l'environnement,
l'économie, l'éducation et ainsi de suite. C'est une
« ligne directe » au président. Pour faire
passer son projet de loi sur l'emploi, Obama s'est adressé non
pas au Congrès mais à la population directement,
demandant aux gens de « dire au Congrès »
d'adopter cette loi tout de suite. C'est l'institutionnalisation des
arrangements nécessaires à une plus grande concentration
du pouvoir entre les mains de l'exécutif, tout en mobilisant la
classe ouvrière comme un troupeau, dans un enclos,
attisée et excitée par le « refus
d'agir » du Congrès.
C'est dans ce contexte qu'Obama exprime sa sympathie
pour les manifestants et dit qu'ils « expriment une
frustration plus largement répandue sur le fonctionnement de
notre système financier ». Pour Obama, l'opposition
à l'avidité et à l'influence de la grande
entreprise exprimée par les manifestants peut devenir un mandat
pour son programme d'emploi, pour ses politiques fiscales, etc. Comme
il le dit, c'est l'expression d'une « frustration plus
largement répandue » envers le Congrès et
« ceux qui agissent de façon irresponsable [Wall
Street] » et qui « abusent » du
système.
De cette façon, le besoin de nouveaux
arrangements politiques qui favorisent la classe ouvrière, qui
investissent le peuple du pouvoir de se gouverner et de décider
est complètement éliminé de la pensée et du
discours. La demande d'une nouvelle direction pour l'économie et
de nouveaux arrangements politiques est réduite au silence. Des
organisations qui soutiennent Obama, comme MoveOn.org et Rebuild the
American Dream, se joignent à l'effort, par exemple avec une
« marche virtuelle » qui coïncidait avec la
marche de New York le 5 octobre. Plusieurs syndicats en font
également partie. Il est intéressant de noter que les
médias, les groupes comme MoveOn et plusieurs des chefs
syndicaux qui ont contribué aux campagnes d'Obama sont tous des
partisans des manifestations alors que normalement ils
préfèrent se taire. En effet, leur silence concernant
ceux qui font une grève de la faim dans les prisons en
Californie, les plus de 12 000 prisonniers qui réclament
leurs droits et qui protestent contre la détention cellulaire et
la torture, est légendaire. Ils sont aussi très discrets
quand il s'agit d'appuyer les débardeurs de Longview,
Washington, qui défendent leurs droits contre la
répression policière brutale. La promotion des
manifestations de New York n'est pas accidentelle, pas plus que ne
l'était l'incitation des policiers à s'engager sur le
pont de Brooklyn. Il ne faut pas sous-estimer la capacité de
manipulation d'Obama et des médias monopolisés.
Les débardeurs qui
protestaient contre une compagnie de transport de
céréales qui emploie des briseurs de grève à
Longview, Washington, sont attaqués par la police
antiémeute le 7 septembre 2011 (ILWU)
La tâche pour la classe ouvrière, et pour
les jeunes, est de refuser de se laisser enclore par les cercles
dirigeants et les fausses solutions. C'est de définir une
nouvelle direction et de s'organiser en entreprenant de défendre
les droits comme véhicule pour organiser la classe
ouvrière pour qu'elle devienne effective et exerce un
contrôle sur ses affaires.
La classe ouvrière des États-Unis doit
faire sienne la responsabilité de mettre fin au mépris du
droit et à l'institutionnalisation de la violence sans loi et de
la « loi du plus fort » de l'empire
américain dans le monde, sous la présidence d'Obama.
Celui-ci a maintenant autorisé des assassinats ciblés de
citoyens américains à l'étranger, comme cela s'est
produit au Yémen.
Les assassinats et massacres de population par des
drones, le recours ouvert aux services de la CIA et des forces
spéciales, l'intervention militaire pour le changement de
régime, la torture et la détention
indéterminée, ce sont tous des exemples de cette violence
sans loi qui sert à maintenir en échec les rivaux des
États-Unis dans leur quête pour la domination mondiale.
L'invasion meurtrière de la Libye sous la conduite
américaine et la demande d'Obama d'un « accès
humanitaire sans restriction » partout dans le monde, sont
d'autres signes de la direction réactionnaire et fasciste de
l'impérialisme américain avec laquelle la classe
ouvrière doit rompre si elle veut progresser dans sa lutte pour
les droits et pour investir le peuple du pouvoir souverain.

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