États-Unis

Refusons de nous laisser encarcaner
par l'impérialisme américain


Sur le pont de Brooklyn, New York, le 1er octobre 2011.

Le 1er octobre, la police a incité les manifestants à s'engager sur une voie sur le pont de Brooklyn, à New York. Puis, lorsque les centaines de manifestants n'étaient qu'à moitié chemin, les policiers ont bloqué les deux issues du pont. Plus de 700 personnes ainsi piégées ont été arrêtées.

Depuis, les manifestations qui se poursuivent sous le nom Occupy Wall Street ont droit à une couverture quotidienne des principaux médias monopolisés. Le président Barack Obama, répondant à une question des journalistes au sujet des protestations, a dit : « Je crois qu'ils expriment les frustrations du peuple américain » et que « les mêmes personnes qui ont agi de façon irresponsable font obstacle aux efforts pour punir les pratiques déloyales qui nous ont amenés où nous en sommes maintenant. Alors, oui, je crois que les gens en ont assez et que les manifestants expriment une frustration plus largement répandue sur le fonctionnement de notre système financier. »

Il semble que le piège tendu par les policiers de New York pour les empêtrer dans le système juridique symbolise en quelque sorte les efforts des cercles dirigeants des États-Unis, avec Obama comme champion de leur cause aujourd'hui, pour faire la même chose avec la classe ouvrière. Ils veulent l'enclore dans un espace restreint et limiter ses luttes à celles qu'ils préfèrent, à une simple réaction aux compressions antisociales et antiouvrières et aux attaques policières. C'est pour empêcher la classe ouvrière de s'engager sur une voie indépendante, avec sa propre pensée et son alternative au système actuel et ses crises économiques, ses guerres d'agression et le danger de fascisme et de guerre mondiale qu'il fait planer. La lutte de la classe ouvrière pour une nouvelle direction pour l'économie doit être bloquée et réduite au silence. La lutte pour une société centrée sur l'être humain où les droits de tous au pays et à l'étranger sont au centre du progrès doit être bloquée et réduite au silence.

Une des formes que prend cette mise au silence est la promotion sur une large échelle de « solutions » à la crise actuelle qui consistent à rétablir l' « équilibre » ou l'« équité » dans le système actuel, à l'aide des politiques fiscales par exemple. Comme le dit Obama, « nous devons nous assurer que tous aient les mêmes chances d'avancement ». C'est la clôture, le corral, que de vouloir « rétablir l'équité » dans une situation qui réclame une nouvelle direction, un nouveau contenu, non pas pour « avoir les mêmes chances d'avancement » mais vers une société centrée sur l'être humain, avec une constitution qui enchâsse les droits de tous et des lois qui les garantissent en pratique.

Aujourd'hui, tous les arrangements passés qui garantissaient les droits civils et les relations de travail suivant leur vieille définition bourgeoise, fondés sur des notions d'équité et non de droit, ont fait leur temps et doivent faire place à autre chose. Plus le système révèle une inégalité croissante entre riches et pauvres, plus les revendications d'équité comme moteur d'avancement ou comme façon d'établir des rapports entre intérêts rivaux sonnent faux.

Il est nécessaire d'amener la conscience sociale et la politique centrée sur l'être humain au centre de la vie politique et économique du pays et cette tâche appartient à la classe ouvrière. Il faut d'abord refuser de se laisser enclore dans les « solutions » de l'impérialisme américain et rejeter consciemment l'imposition d'un ordre du jour ou d'un plan d'action dont le but serait de « faire pression » sur ceux qui exercent le pouvoir. C'est ne pas reconnaître le besoin historique de fixer l'ordre du jour en trouvant la façon de défendre les droits et en s'organisant pour être les décideurs.

Il est également vrai que la concentration de la richesse économique entre les mains d'un nombre toujours plus restreint de personnes, qui provoque une vaste opposition populaire d'un bout à l'autre du pays, s'accompagne de la concentration du pouvoir politique entre les mains de l'exécutif, du Bureau du Président. Nous assistons à la désintégration des deux partis des riches, à leur incapacité de fonctionner avec les vieux arrangements. Le dénigrement du Congrès, la limitation de son pouvoir et la promotion de l'idée que c'est le président qui « fait que les choses se font », tout cela en fait partie. La nouvelle loi sur la dette crée un super-comité des affaires budgétaires chargé de retirer ces prérogatives au Congrès. Le financement électoral est de plus en plus orienté vers le financement des candidats individuels plutôt que des partis.

Dans ce contexte, Obama met en place les éléments d'une structure par laquelle il appelle le peuple à l'appuyer dans sa « lutte contre le Congrès ». Cela comprend le nouveau site Web « We the People » sur le site de la Maison Blanche, où n'importe qui peut adresser une requête au président ou exiger une intervention sur l'environnement, l'économie, l'éducation et ainsi de suite. C'est une « ligne directe » au président. Pour faire passer son projet de loi sur l'emploi, Obama s'est adressé non pas au Congrès mais à la population directement, demandant aux gens de « dire au Congrès » d'adopter cette loi tout de suite. C'est l'institutionnalisation des arrangements nécessaires à une plus grande concentration du pouvoir entre les mains de l'exécutif, tout en mobilisant la classe ouvrière comme un troupeau, dans un enclos, attisée et excitée par le « refus d'agir » du Congrès.

C'est dans ce contexte qu'Obama exprime sa sympathie pour les manifestants et dit qu'ils « expriment une frustration plus largement répandue sur le fonctionnement de notre système financier ». Pour Obama, l'opposition à l'avidité et à l'influence de la grande entreprise exprimée par les manifestants peut devenir un mandat pour son programme d'emploi, pour ses politiques fiscales, etc. Comme il le dit, c'est l'expression d'une « frustration plus largement répandue » envers le Congrès et « ceux qui agissent de façon irresponsable [Wall Street] » et qui « abusent » du système.

De cette façon, le besoin de nouveaux arrangements politiques qui favorisent la classe ouvrière, qui investissent le peuple du pouvoir de se gouverner et de décider est complètement éliminé de la pensée et du discours. La demande d'une nouvelle direction pour l'économie et de nouveaux arrangements politiques est réduite au silence. Des organisations qui soutiennent Obama, comme MoveOn.org et Rebuild the American Dream, se joignent à l'effort, par exemple avec une « marche virtuelle » qui coïncidait avec la marche de New York le 5 octobre. Plusieurs syndicats en font également partie. Il est intéressant de noter que les médias, les groupes comme MoveOn et plusieurs des chefs syndicaux qui ont contribué aux campagnes d'Obama sont tous des partisans des manifestations alors que normalement ils préfèrent se taire. En effet, leur silence concernant ceux qui font une grève de la faim dans les prisons en Californie, les plus de 12 000 prisonniers qui réclament leurs droits et qui protestent contre la détention cellulaire et la torture, est légendaire. Ils sont aussi très discrets quand il s'agit d'appuyer les débardeurs de Longview, Washington, qui défendent leurs droits contre la répression policière brutale. La promotion des manifestations de New York n'est pas accidentelle, pas plus que ne l'était l'incitation des policiers à s'engager sur le pont de Brooklyn. Il ne faut pas sous-estimer la capacité de manipulation d'Obama et des médias monopolisés.


Les débardeurs qui protestaient contre une compagnie de transport de céréales qui emploie des briseurs de grève à
Longview, Washington, sont attaqués par la police antiémeute le 7 septembre 2011
(ILWU)

La tâche pour la classe ouvrière, et pour les jeunes, est de refuser de se laisser enclore par les cercles dirigeants et les fausses solutions. C'est de définir une nouvelle direction et de s'organiser en entreprenant de défendre les droits comme véhicule pour organiser la classe ouvrière pour qu'elle devienne effective et exerce un contrôle sur ses affaires.

La classe ouvrière des États-Unis doit faire sienne la responsabilité de mettre fin au mépris du droit et à l'institutionnalisation de la violence sans loi et de la « loi du plus fort » de l'empire américain dans le monde, sous la présidence d'Obama. Celui-ci a maintenant autorisé des assassinats ciblés de citoyens américains à l'étranger, comme cela s'est produit au Yémen.

Les assassinats et massacres de population par des drones, le recours ouvert aux services de la CIA et des forces spéciales, l'intervention militaire pour le changement de régime, la torture et la détention indéterminée, ce sont tous des exemples de cette violence sans loi qui sert à maintenir en échec les rivaux des États-Unis dans leur quête pour la domination mondiale. L'invasion meurtrière de la Libye sous la conduite américaine et la demande d'Obama d'un « accès humanitaire sans restriction » partout dans le monde, sont d'autres signes de la direction réactionnaire et fasciste de l'impérialisme américain avec laquelle la classe ouvrière doit rompre si elle veut progresser dans sa lutte pour les droits et pour investir le peuple du pouvoir souverain.

* Voice of Revolution est une publication de l'Organisation marxiste-léniniste des États-Unis. Traduction : LML

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