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Opposition
à l'offensive antisociale
Une caravane «Sur la route pour
le logement social» du 3 au 9 octobre
- Serge Lachapelle -
Préoccupé par
l'avenir du logement social, les activistes du Front d'action populaire
en réaménagement urbain (FRAPRU) reprendront la route le
3 octobre 2011, Journée mondiale de l'Habitation, afin
d'interpeller les gouvernements fédéral et
québécois quand à leurs responsabilités
face au droit au logement. Du 3 au 9 octobre, deux convois
composés de plusieurs dizaines de militants et militantes
sillonneront les routes du Québec. La Caravane « Sur
la route pour le logement social » se terminera par une
grande manifestation nationale à Montréal, le dimanche
9 octobre.
La préoccupation des activistes est on ne peut
plus légitime. Dans son budget du 17 mars dernier, le
gouvernement Charest a annoncé pour 2011-2012 la
construction de 2 000 nouveaux logements sociaux, soit 1000
logements de moins que ce que le premier ministre du Québec
s'était formellement engagé à financer à
chaque année pendant cinq ans, lors de la campagne
électorale de 2008 et qu'il a effectivement fait durant les
deux premières années de son mandat. On se rappellera que
selon la Société canadienne d'hypothèque et de
logement (SCHL), 260 700 ménages locataires ont des besoins
impérieux de logement au Québec.
Quant à la décision du gouvernement Harper
de mettre fin au Plan économique du Canada, elle signifie la
perte de 500 millions $ par an versés au cours des deux
dernières années pour la rénovation et
l'amélioration des logements sociaux existants.
Une menace encore plus grande commence à se
manifester, soit la fin totale du financement à long terme
accordé par le fédéral pour des logements sociaux
réalisés avant 1994. Au Québec, on parle de plus
de 125 000 logements sociaux, dont la plus grande majorité
sont des logements coopératifs et sans but lucratif et la
totalité des HLM.
Le gouvernement fédéral n'avait
accepté d'accorder un tel financement que pour une
période limitée correspondant à la durée
des hypothèques, soit 25, 35 ou 50 ans selon le cas. Les
ententes signées à cet effet ont déjà
commencé à se terminer. À l'échelle
canadienne, le nombre de logements bénéficiant d'ententes
à long terme est passé de 630 000 en 2006 à
613 500 en 2010. La SCHL prévoit qu'il chutera à 540
800 en 2015. La baisse se poursuivra par la suite, le nombre de
logements financés par Ottawa devant tomber à 0 au
début des années 2030.
Inutile de dire que ce retrait des fonds
fédéraux aura des impacts considérables. Les
locataires à faible revenu des coopératives et des
logements sans but lucratif relevant directement de la SCHL perdront
l'aide financière qui leur permet de payer un loyer
adapté à leur revenu. Ceci mènera également
à des hausses marquées de loyer et peut-être le
départ des locataires qui seront remplacés par d'autres
ayant davantage les moyens de payer les loyers demandés.
Quant aux autochtones, leurs conditions de logement sont
scandaleuses. En se basant sur les données du recensement de
2006, la SCHL évalue que, sur les 2400 ménages inuits du
Nunavik, dans le Grand nord québécois, 1300 sont aux
prises avec des besoins impérieux de logement, soit un
pourcentage effarant de 53,5 %. Le surpeuplement des logements y
est extrême, ce qui entraîne leur dégradation
accélérée et aggrave les problèmes sociaux,
dont la violence domestique.
Les conditions de logement dans les réserves
autochtones sont elles aussi déplorables. L'Assemblée des
Premières Nations du Québec et du Labrador a mené
une étude révélant que 33 % des logements y
étaient surpeuplés.[1] Dans une autre étude
récente sur les conditions de logement dans les territoires
visés par le Plan Nord[2], soit la Côte-Nord et la
région de la Baie James, la Société d'habitation
du Québec a évalué que 29 % des logements
avaient besoin de réparations majeures en 2006.
Enfin, une étude de Statistiques Canada
publiée en décembre 2009[3] montre que 21 % de la
population autochtone vivant à Val d'Or habite dans des
logements surpeuplés et 17 % dans des logements
nécessitant des réparations majeures. Ces pourcentages
sont respectivement de 0,5 % et 7 % parmi les non autochtones
de cette municipalité de l'Abitibi. Selon le Regroupement des
centres d'amitié autochtones du Québec, le
problème de l'itinérance autochtone en milieu urbain
prend de l'ampleur à Montréal, Québec,
Sept-Îles, Val d'Or, Joliette, La Tuque, Chibougamau ou encore
Senneterre.
La Caravane du FRAPRU réitérera son
objectif de 50 000 logements sociaux en cinq ans. Pour les activistes,
un tel objectif permettrait de s'attaquer à toute l'ampleur des
problèmes de logement et d'itinérance, tout en contrant
la pénurie de logements locatifs qui persiste dans plusieurs
régions. Une partie significative de ces logements devrait
également viser à répondre aux besoins des
autochtones vivant aussi bien en réserve que hors
réserve, de même que les communautés inuits.
Notes
1. Secrétariat de l'Assemblée des
Premières Nations du Québec et du Labrador, Les
besoins en logement des Premières Nations du Québec et du
Labrador, (2000 et 2006).
2. Société d'habitation du Québec,
Portrait des ménages et du logement dans le secteur moyen-nord
du Plan Nord du gouvernement du Québec, 2011.
3. Statistiques Canada, Profil de la population
canadienne de 2006 pour Val d'Or, décembre 2006.

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