Quebec

Opposition à la destruction du secteur manufacturier
et la braderie des ressources naturelles

Montréal-Est: La situation à l'affinerie de cuivre Xstrata

LML : Quelles sont les principales préoccupations du syndicat en ce moment ?

Gilles Bordeleau : Il y en a quelques unes. Nous avons présentement deux sections de baies de cuivre qui sont fermées. Xstrata promet de les remettre en service en 2012. Nous produisons à l'heure actuelle environ 270 000 tonnes de cuivre par année alors que la possibilité totale est d'environ 380 000 tonnes. Remettre en opération les deux baies voudrait dire l'engagement de 30-40 nouveaux travailleurs. Nous sommes maintenant environ 380 travailleurs de la production, tous syndiqués, à l'usine. Les changements technologiques ont joué un rôle important dans la réduction du nombre de travailleurs. Les machines sont devenues de plus en plus sophistiquées ; tout est automatisé à présent.

Puis il y a la question des plans de performance. Xstrata voulait introduire des plans de performance individuelle des travailleurs en échange d'un bonus supplémentaire de 2 % à celui qui est déjà en existence. Cela voudrait dire que l'entreprise évaluerait le travailleur subjectivement sur sa performance, lui donnant une cote en santé-sécurité, en productivité, etc Nous avons refusé cela. Nous l'avons refusé parce que cela aurait divisé les travailleurs et les aurait monté les uns contre les autres. Cela laisse la place à toute sorte de favoritisme ou de discrimination, si le contremaître aime le travailleur ou pas, ou encore si le travailleur passe par une période difficile dans sa vie, que ça ne va bien à la maison il peut être coté négativement. Nous avons fait savoir à Xstrata que si elle voulait donner un 2 % de plus , elle peut le faire uniquement sur la base de critères mesurables. Nous avons accepté l'absentéisme par exemple, Et là-dessus il faut aussi tenir compte qu'il y a une loi qui autorise les congés pour responsabilités parentales, alors l'évaluation de la performance en absentéisme doit en tenir compte. Nous avons dit clairement à Xstrata que nous n'acceptions pas et n'accepterions jamais des plans de performance où les critères ne sont pas mesurables. Nous avons gagné notre point alors que presque partout Xstrata a été capable d'imposer ses plans de performance individuelle. Nous nous sommes laissés dire que la direction de l'affinerie a été critiquée par la haute direction mondiale de Xstrata pour n'avoir pas su imposer le plan de performance de la compagnie.

La question des pensions est aussi très importante pour nous. Partout les grandes multinationales essaient de remplacer les fonds de pensions à prestations déterminées par des fonds à cotisations déterminées. Xstrata ne s'est pas essayée à changer notre pension lors de la négociation de la nouvelle convention l'an dernier mais c'est bien possible qu'elle le fasse la prochaine fois. La convention actuelle vient à terme en 2013.

La question des pensions va être notre cheval de bataille à la prochaine négociation et nous sommes déjà en train de nous préparer. Je considère que c'est mon devoir comme président d'expliquer aux jeunes ainsi qu'aux travailleurs les plus âgés que nous devons tous rester unis Je leur explique que toutes les grandes industries sont en train d'embarquer dans ce processus et qu'on s'attend à ce que l'entreprise essaie de faire mettre une clause orphelin dans la prochaine convention qui introduit un régime de pensions différent pour les nouveaux. Nous avons des discussions sur l'importance de protéger les jeunes en les maintenant sur notre fonds de pension à prestations déterminées si nous voulons les garder avec nous. Il faut les défendre et les protéger au même titre que les autres.

Il y a aussi la question des fermetures d'usines au Québec et particulièrement ici à Montréal-Est. Je suis un gars de Montréal-Est et je me rappelle le temps où la municipalité avait 3000 habitants mais plus de 15 000 travailleurs qui venaient y travailler chaque jour. Juste autour d'ici nous avions Esso Imperial, Gulf. BP, Shell, Petro-Canada, Noranda avait l'usine de Wolverine. La fermeture des usines a été un coup dur pour les familles de Montréal-Est et pour la ville elle-même qui a perdu une grande partie de ses taxes municipales. Je suis à même de le voir moi-même que le niveau de vie de la population à Montréal- Est n'est plus ce qu'il était.

La fermeture de Shell tout récemment n'a pas de sens. Shell ne voulait pas vendre. Elle a refusé deux bonnes offres d'achats mais le gouvernement l'a laissée faire. ¨Ça illustre bien le problème qu'on vit à l'heure actuelle au Québec. Il n'y a pas de régles d'établies pour les multinationales qui viennent opérer ici. En l'absence de régles elles peuvent partir demain matin comme si de rien n'était. On voit que les syndicats sont en train de soulever la question des ressources naturelles, qu'elles devraient être transformées ici et c'est une bonne chose que cela se développe. Parfois les grandes sociétés ferment les usines uniquement pour faire monter les prix des produits qu'elles produisent, que ce soit le gaz ou le cuivre. C'est pour ça ici que nous devons demeurer vigilants et surveiller de près ce qui se passe.

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Arvida

Les travailleurs demandent
la modernisation du complexe Rio Tinto

LML : Le syndicat des travailleurs de Rio Tinto à Arvida s'est donné comme priorité la modernisation du complexe pour protéger l'emploi régional. Peux-tu nous en dire plus ?

Alain Gagnon : Il faut se rappeler qu'on est parti à zéro. Alcan avait fait l'annonce en 2005 que le complexe Jonquière allait fermer Il ne resterait que l'usine Laterrière. Le complexe Jonquière serait rasé et deviendrait un grand champ vague. Notre action vise à trouver des solutions pour maintenir l'emploi qui est important non seulement pour les travailleurs du complexe mais pour tous les emplois indirects qui en découlent.

Notre priorité actuelle c'est d'amener Rio Tinto à faire les trois phases de développement technologique pour augmenter de façon significative le tonnage qui est produit au complexe. Et cela en faisant travailler le maximum de monde. Ce que nous voulons c'est en fait une usine neuve qui est à la fine pointe de la technologie. Les trois phases du développement technologique augmentent le tonnage de métal qui est produit à partir de la même structure, des mêmes cuves que nous avons présentement. C'est une technologie qui répartit la chaleur différemment dans le caisson et augmente l'ampérage ce qui fait que la même cuve produit plus de métal.

Nous en sommes à la phase 1 et nous voulons que Rio Tinto la complète et s'engage dans la phase II puis III afin que le complexe atteigne les quantités de production de niveau mondial, soit plus de 400 000 tonnes d'aluminium par année.

La deuxième étape c'est de passer à la transformation du métal dans la région. La façon dont on a développé le secteur de l'aluminium au Québec jusqu'à maintenant c'est de fournir l'énergie en abondance à très peu de frais aux multinationales qui ne développent que la production la plus primaire de l'aluminium et le tout est expédié hors du pays. Dans la production primaire de l'aluminium , plus de 30 % des coûts de production sont constitués par l'énergie hydroélectrique. La demande en énergie est beaucoup moins grande dans la transformationEst-ce que c'est logique de prendre l'aluminium dans sa forme la plus simple, lui faire faire 10 000 km pour aller se faire transformer enChine puis lui faire la même distance encore une fois pour le ramener ici comme produit fini. Nous voulons aller chercher le volume en bâtissant une usine neuve, consolider les emplois et passer à l'étape de la transformation. C'est un parc industriel complet que nous voulons bâtir.

Une pression constante et délibérée est entretenue sur nous à l'effet que Rio Tinto pourrait fermer ses portes n'importe quand. Ou qu'une multinationale comme BHP pourrait venir ici avaler Rio Tinto. Chaque fois par exemple qu'il y a instabilité à la bourse, l'entreprise reprend de plus belle qu'elle pourrait bien se retirer.

Nous, nous faisons valoir partout dans la région que nous avons besoin d'un poumon économique . Un emploi chez Rio Tinto ça veut dire au moins 5 emplois indirects. C'est une pyramide. Nous sommes tous reliés les uns aux autres et dépendants les uns des autres. C'est la même chose avec le bois. Si le moulin de Kenogami perd une de ses deux machines à papier, c'est ceux qui sont reliés au moulin qui sont attaqués eux aussi. C'est une usine d'usinage qui peut fermer. C'est de l'expertise régionale qui est perdue.

Il faut apprendre à gagner l'opinion publique. Au nom du syndicat, je vais parler partout, aux médias locaux, aux politiciens, pour leur faire voir l'importance de l'emploi régional concentré autour d'un poumon économique.

Donc notre priorité c'est la construction d'une usine neuve qui a un tonnage de niveau mondial puis le passage à la transformation de l'aluminium en région.

Au niveau national, nos deux priorités sont les pensions et l'opposition à la sous-traitance. Pour cela nous avons besoin de l'implication des grandes centrales syndicales. Nous devons tous faire front commun autour de ces deux thèmes, ne pas essayer d'ouvrir 30 portes à la fois mais d'en ouvrir 2. Nous devons faire le maximum de pression sur les gouvernements pour leur dire que les fonds de pensions à prestations déterminées c'est l'avenir de notre peuple. Nous avons une société vieillissante . Il faut garantir les retraites décentes à tout le monde. On a besoins des emplois pour cela. Il faut faire attention au ratio entre les travailleurs actifs et les retraités. Au lieu de cela, les gouvernements laissent tout aller.

Les grandes multinationales veulent se désengager de leurs responsabilités envers les pensions. Elles veulent des étalements de leurs paiements pour combler le déficit de solvabilité des pensions sur 10 ans et maintenant sur 15 ans avec ce qui est arrivé avec AbitibiBowater. Elles essaient d'avoir des congés de cotisation déguisés. Au début, les gouvernements ont dit que les allègements consentis aux entreprises étaient là juste pour aider les compagnies qui avaient les reins à terre à traverser la crise financière et rester ouvertes. Maintenant ça devient permanent, tout le monde veut des allègements.

Je leur ai dit à Rio Tinto que plus vite vous mettez de l'argent dans les fonds de pensions plus vite le déficit de solvabilité sera comblé. Je leur ai dit que vous êtes florissants en ce moment, c'est le temps de mettre plus d'argent et pas seulement le montant minimum requis par la loi.

On ne peut pas permettre que des multinationales viennent ici juste pour exploiter nos ressources naturelles et se soustraire à leurs responsabilités. S'il y a un autre krach boursier et que les pensions sont amputées de 50 % et même plus , selon eux ce n'est pas leur problème !

Nous sommes des dirigeants syndicaux locaux et nous avons pris des responsabilités régionales. Nous avons besoin de tout l'appui possible des centrales syndicales.

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Alma

Les travailleurs exigent que Rio Tinto
assume ses obligations

LML : Les travailleurs d'Alma sont connus pour leur campagne « Leur nécessité ( la nécessité pour Rio Tinto) : l'hydroélectricité. Nos ressources, nos emplois : notre priorité ». Pouvez-nous en dire davantage sur les buts de la campagne et où en sont les choses ?

Travailleurs Rio Tinto Alma : La protection et la création d'emplois de qualité dans la région sont notre principale préoccupation et revendication comme l'indique notre slogan. En fait la création d'emplois de qualité est la raison d'être de la région elle-même. N'eut été de ce lien entre emplois de qualité et développement régional il n'y aurait pas eu de diversification de l'économie en termes de biens et services, il n'y aurait pas eu croissance de la consommation des biens et services etc. Sans les emplois industriels de qualité il n'y aurait pas de détaillants automobiles, de vendeurs de maisons, de PME et ainsi de suite..

Notre niveau de vie nous l'avons gagné par l'industrialisation et nos batailles. Le maintien et la création d'emplois de qualité sont nécessaires au renversement de notre bilan démographique. Notre bilan migratoire est négatif. Beaucoup de gens ont quitté, surtout des jeunes entre 20 et 35 ans qui sont des géniteurs et dont nous avons absolument besoin. Il y a beaucoup d'initiatives intéressantes qui se développent pour garder les jeunes notamment avec l'Université du Québec dans la région mais l'emploi industriel demeure au centre de la question.

Notre campagne publicitaire dans ce sens montre que c'est un combat collectif pour que Rio Tinto remplisse ses obligations. Nous ne voulons pas de bonbons pour l'entreprise, nous ne demandons pas de subventions pour Rio Tinto. Nous disons que Rio Tinto obtient le courant hydroélectrique à un prix très bas, à l'écart de tout ce qui se fait ailleurs au Québec, alors nous voulons des retombées. L'hydroélectricité ici n'a jamais été nationalisée, c'est un cas unique au Québec, alors nous voulons des retombées et les retombées les plus directes possible. Ici il y a deux industries : le bois et l'aluminium. Tous le monde dépend de ces industries-là c'est pourquoi tout le monde a son mot à dire. Nous travaillons très fort pour maintenir cela, maintenir que la population a un droit de regard sur ce qui se passe.

Nous n'avons aucune gêne à demander cela. Ici à Alma nous produisons environ 430,000 tonnes de métal par année. 30 % du coût de production d'une tonne de métal dans une aluminerie ce sont les coûts en hydroélectricité et ici Rio Tinto l'obtient à un prix extrèmement bas. Nous disons à Rio Tinto que c'est cela que ça te coûte par tonne, c'est l'argent que tu fais, nous voulons les retombées.

Notre lutte est pour conscientiser la population des droits que nous avons à l'égard de cette ressource qui est la nôtre. C'est une responsabilité que nous avons également. Nous sommes une organisation structurée qui a les moyens d'intervenir et nous le faisons.

LML : Vous avez souvent dit que Rio Tinto essaie de déformer le sens de vos actions, comme si vous étiez opposés à ce que d'autres personnes travaillent dans la région pour Rio Tinto soit directement ou par emplois indirects.

TRTA : Oui et c'est un gros problème. Rio Tinto ne nous dit pas que nos salaires sont trop élevés. Ce qu'elle veut c'est réduire la masse de gens qui ont des salaires et conditions comparables aux nôtres. Dans notre discours sur la sous-traitance nous ne parlons pas de l'éliminer. Ce que nous décrions c'est qu'on fasse faire notre job par d'autres et à moindre coût. Nous avons de bons salaires mais qu'est-ce que ça veut dire avoir un bon salaire si le milieu est pauvre et dévitalisé ?

Au niveau salarial dans notre système de négociations, nous avons un système d'augmentations automatiques basées sur des indices comparatifs avec d'autres entreprises. L'enjeu n'est pas là. Nous avons de bons salaires mais ce que nous voulons c'est que d'autres les aient eux aussi. C'est cela l'équation.

L'élément vendeur de Rio Tinto dans la population c'est de dire qu'elle veut partager la richesse dans les sous-traitants de la région. Elle dit par exemple qu'au lieu d'embaucher 1 travailleur Rio Tinto mieux vaut embaucher 2 sous-traitants. C'est comme ça qu'elle approche la population. Elle essaie de s'attacher tout le monde avec ça.

Nous ne sommes pas contre toute sous-traitance, Nous ne prétendons pas être capables de tout faire. Au contraire nous voulons que les équipementiers, les PME, les jeunes aient un avenir avec des emplois de qualité. Ce à quoi nous nous opposons c'est à l'appauvrissement collectif

LML : Les travailleurs d'Alma dénoncent dans leurs actions le refus de Rio Tinto de négocier de bonne foi avec eux, le fait que tout est imposé d'en haut, qu'il y a une culture du secret etc.

Pouvez-vous nous en dire plus ?

TRTA : Rio Tinto applique le concept appelé « top down ». Les décisions sont prises d'en haut à Londres et envoyées en bas pour être exécutées. Il n'y a plus rien qui se décide ici. L'absence de négociations, le nivellement par le bas au nom de la mondialisation, on se bat contre ça ici.

On se fait dire que la société ne peut plus se payer les pensions qu'on avait, que la sous-traitance doit être appliquée partout, qu'on n'a pas le choix. La diversification économique, on en parle mais la réalité est toute autre. Toute la production qui sort d'ici est mise sur des trains et des bateaux et envoyée à l'étranger pour se faire transformer. Ils ne veulent pas se casser la tête à faire de la transformation .

Le top down à se vit tous les jours. Ils imposent. Ils ne discutent pas. Ils nous disent que peut-être on peut discuter mais ça ne changera rien à la décision. Prenez le service de la paie. Avec le top down, Rio Tinto a décidé d'envoyer tout le service de la paie à Montréal. Cela va durer quelques années seulement puis le service de la paie va être envoyé en dehors du Canada.

Même chose en ce qui concerne l'affichage de postes par ancienneté. Ça n'est pas respecté.

Ça n'est jamais la faite à Rio Tinto selon eux. Il faut être concurrentiel qu'on nous dit sinon des départements vont fermer. Avant avec Alcan, on était mis en concurrence avec les compétiteurs d'Alcan, maintenant on est mis en compétition entre les usines de Rio Tinto. On se fait dire « regarde, ça coûte moins cher à Arvida », il faut faire la même chose ici.

Rio Tinto ne veut rien savoir de négocier ses changements aux mesures d'urgence sur la question de nos pompiers syndiqués (En éliminant des postes de pompiers syndiqués qui travaillent sur le site de Rio Tinto, les interventions en cas d'urgence reposent maintenant sur les pompiers de la ville ce qui entre choses augmente le délai d'intervention). Elle n'a même pas voulu faire d'analyse de risques. Maintenant ils nous disent qu'ils ne veulent plus de questions à ce sujet. C'est fini selon eux. La direction locale s'est fait imposer une décision et elle n'est même pas capable de nous répondre.

Un autre exemple. Le Centre de réfection des cuves a été en arrêt pendant 3 ans. Quand est venu le temps de le redémarrer en 2009, notre comité de négo s'est assis avec l'employeur. Nous avons négocié de bonne foi. Nous avons même fait certaines concessions sur le mouvement de main-d'oeuvre. Pour redémarrer le CRC il fallait entre 60 et 80 nouveaux travailleurs. Le protocole d'entente que nous avons signé dit noir sur blanc que pour la reprise des opérations il y aura affichage général de postes à l'interne. Pour les postes qui demeureront vacants, la compagnie embauchera des travailleurs à l'externe. Huit mois plus tard, on se fait dire qu'ils n'embaucheront pas mais vont donner les emplois en sous-traitance. Nous leur avons montré que le protocole d'entente prévoit de l'embauche. Ils nous ont réponde que si selon nous la décision viole le protocole d'entente nous avons seulement à lever un grief.

Avant les lois du travail, la formule Rand etc il y avait des grèves illégales et de la violence. On a établi un État de droit dans lequel on a dit que la violence c'est fini mais en échange les employeurs ont des obligations etc'est la négociation de bonne foi qui va s'appliquer. Maintenant, les obligations ça ne tient plus. La négociation de bonne foi n'existe plus. La négociation ça se fait en nous mettant un fusil sur la tempe.

Les ententes secrètes c'est vrai. Nous ne pouvons pas par exemple avoir accès au Bail de la rivière Peribonka qui donne les conditions des avantages hydroélectriques de Rio Tinto. Nous sommes allés à l'Assemblée nationale. Un ministre a dit devant tout le monde que toutes les ententes sont disponibles sur internet. Pourtant la portion que nous avons demandée est demeurée secrète. Nous avons rencontré le ministre dans un salon privé. Là, il faisait juste patiner. Il est venu dans la région et a dit aux journaux locaux que bien sûr les ententes ne peuvent pas être révélées, que ça doit demeurer privé à cause de la concurrence. Incroyable ! À l'Assemblée nationale, un grand discours que tout est public et transparent. Dans les médias locaux, on ne peut pas révéler l'entente !

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Contrecoeur

Sur la situation à l'usine Arcelor Mittal

LML : Quelles sont les plus récentes nouvelles chez Arcelor Mittal à Contrecoeur

Claude Langlois : Depuis la fermeture en 2008 des laminoirs à chaud et à froid dans le produit plat, la production à Contrecoeur est concentrée sur le produit long. C'est Dofasco à Hamilton ( qui appartient aussi à Arcelor Mittal) qui a ramassé la production que nous avons perdue mais la direction d'ArcelorMittal à Contrecoeur négocie avec Dofasco pour continuer à faire du produit plat ici dont la brame. (La brame est de l'acier primaire qui est transformé dans les laminoirs. -Note du Forum ouvrier). Autrement dit, nous faisons de la brame qui s'en va à Dofasco. L'usine ici négocie de mois en mois avec Dofasco. Le résultat dépend des prix que l'usine de Contrecoeur fait à Dofasco. Le marché récemment a diminué de beaucoup au niveau de l'automobile qui est un gros consommateur des produits plats. Nous étions trois quarts de travail à la brame jusqu'à tout récemment mais nous venons de tomber à deux quarts de travail. La direction est venue nous voir, nous disant que nos prix fixes sont trop élevés. Par prix fixes ils entendent notamment le temps supplémentaire et l'utilisation des contracteurs. Il y a sûrement quelque chose qui s'en vient. On s'attend à un automne difficile.


Le 14 juin 2009, plus de 600 personnes ont participé à une marche sur la route principale de Contrecoeur, en Montérégie, pour venir en aide au secteur de l'acier au Québec et à la défense de l'économie nationale

LML : Arcelor Mittal négocie avec elle-même et s'en prend aux travailleurs si le prix qu'elle obtient ne lui convient pas.

CL : Oui. Dofasco appartient à Arcelor Mittal. Le directeur de l'usine ici négocie avec Dofasco pour essayer d'obtenir des contrats de brame, ce qui contribue `à garder l'usine de Contrecoeur ouverte. En ce moment , le marché a baissé dans l'acier au niveau des produits plats comme la brame. On réduit le personnel qui y travaille. On parle peut-être même de récession.

On sent que ces choses-là sont en train de se passer mais les dirigeants de l'usine ne nous parlent pas. Ils sont en train de préparer un plan d'action. Quand tu leur parles ils tournent autour du pot. On s'attend à quelque chose syndicalement.

La négociation existe au sein même de l'usine. À Contrecoeur, nous avons l'aciérie qui produit de la billette avec laquelle on fait le fil-machine. Au sein de la même usine, l'aciérie négocie le prix de la billette avec le fil-machine.

LML : Qu'en est-il de votre revendication depuis la fermeture de 2008 qu'Arcelor Mittal construise un laminoir à poutrelles ? En 2007, juste avant la fermeture des produits plats, Arcelor Mittal avait présenté cette fermeture comme une façon de consolider la production du produit plat à Hamilton et du produit long à Contrecoeur et dans ce sens elle disait s'engager à construire le laminoir à poutrelles sur le site même de l'usine ici à Contrecoeur.

CL : C'est au point mort. On n'entend plus rien à ce sujet. Arcelor Mittal se contente de dire qu'il n'y a pas de marché pour les poutrelles. Le marché était là en 2008 selon elle mais il aurait subitement disparu. Selon nous, quand Arcelor Mittal a annoncé le projet du laminoir à poutrelles au beau milieu de la fermeture des deux laminoirs, c'était essentiellement pour jeter un baume sur la plaie. Elle n'a jamais pris d'engagements définis.

Cela n'empêche pas la direction ici de se vanter de la production de poutrelles comme si c'est ici qu'elles étaient produites. L'autre jour, lorsque je suis allé rencontrer le directeur de l'usine il y avait un beau poster dans son bureau qui montrait un gros édifice dans la ville de New York. Sur le poster on pouvait lire quelque chose comme : « Savez-vous que x % de ce building a été fait avec nos poutrelles ? J'ai pris le poster, je l'ai roulé sans qu'on me voie puis j' ai assisté à la rencontre et posé quelques questions. À la fin de la réunion, le directeur a demandé s'il y avait des questions. Je lui ai demandé ce qui arrivait du laminoir à poutrelles. Il m'a dit que ça fait plusieurs fois qu'ils nous disent que le projet est mort pour le moment. Alors j'ai déroulé le poster devant lui et lui ai demandé comment il se fait alors qu'il se vante de la production de poutrelles comme si elles venaient d'ici alors qu'elles sont faites en Europe. Il s'est emporté en demandant qui avait affiché le poster cherchant à détourner l'attention. »

LML : Dans ces conditions, quelle est la préoccupation principale des travailleurs en ce moment ?

CL : C'est la consolidation des emplois. C'est important pour la survie de l'usine. En 2008, nous étions environ 1150 avant la fermeture des produits plats. Maintenant nous sommes environ 570 travailleurs à l'usine. Je tiens à dire aussi que cette perte de prés de 500 emplois en 2008 s'est faite sans négociation. Le tout nous a été simplement présenté comme un fait accompli. J'étais en dehors de la région dans une réunion de la FTQ. La direction d'Arcelor Mittal m'a demandé de rentrer tout de suite pour la rencontrer et c'est là qu'ils m'ont appris qu'ils fermaient les deux laminoirs.

Nous voulons qu'Arcelor Mittal embauche plus de travailleurs. Une question importante pour nous c'est d'obtenir l'investissement que la direction a annoncé dans le produit long, au laminoir fil- machine. Cela prend du temps. Cela fait quasiment six mois qu'ils sont là-dessus. Avec les grosses multinationales, il faut passer par toutes sortes de paliers avant qu'une décision soit prise. Pour nous c'est important parce que ça consoliderait le produit long sinon on ne sait pas ce qui va se produire.

Nous voulons qu'il y ait plus d'embauche à Contrecoeur. Il y a des trous dans les cédules de production. On manque de monde pour faire le travail. L'entreprise embauche le monde à la miette.

Nous avons aussi perdu beaucoup de nos travailleurs syndiqués à la sous-traitance. La compagnie appelle cela garder uniquement la « core business » (l'activité essentielle ). Avant cela on avait des travailleurs du syndicat qui étaient journaliers, qui coupaient le gazon, fournissaient le matériel, conduisaient les camions. Il y en avait 5-6 dans chaque atelier. Quand elle a fait l'acquisition de l'usine, Arcelor Mittal nous a dit qu'elle est ici pour faire de l'acier, pas pour tondre le gazon. Elle a donné les emplois des journaliers en sous-traitance. Le travail se fait encore mais il n'est plus fait par nos membres et il se fait à des conditions de travail inférieures.

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Vigoureuse opposition au navire de guerre
NCSM Montréal au Vieux-Port de Montréal



Les 17 et 18 septembre, à l'initiative du PMLQ, des activistes anti-guerre ont tenu deux vigoureuses lignes de piquetage pour s'opposer au navire de guerre NCSM Montréal accosté dans le port de Montréal. Deux grandes bannières avaient été installées à l'entrée du Vieux-Port, coin de la Commune et St-Pierre : « Pas de port pour la guerre ! Propagande militaire : au service de l'empire de guerre ! » Sans relâche, les manifestants ont scandé : Pas de port pour la guerre ! Navire de guerre, hors du port de Montréal ! Pas un seul jeune pour la guerre et l'agression ! Non à la militarisation de l'espace public ! Canada, hors de l'OTAN ! Canada, hors de l'Afghanistan, hors de la Libye maintenant ! Propagande militaire, au service de l'empire de guerre ! Harper, premier ministre de guerre, on te laissera pas faire ! Défendons le droit à la souveraineté des peuples du monde ! Luttons pour un gouvernement anti-guerre ! et plusieurs autres slogans. La déclaration du PMLQ émise pour l'occasion a été aussi largement distribuée et bien reçue.

Des passants, des cyclistes et des familles ont salué les actions, en klaxonnant de leur voiture, en saluant et en venant discuter avec les activistes. Plusieurs revenaient de la visite du navire disant qu'ils étaient très fiers de voir la manifestation et qu'il ne fallait pas lâcher. La militarisation de l'espace public et la participation du Canada dans les guerres à l'étranger malgré la grande opposition du peuple sont source d'indignation. Une dame a expliqué que l'armée prend de plus en plus de place dans les activités publiques. Ainsi, chaque année la ville de Montréal organise deux activités en été et en hiver appelées La journée des enfants. Quatre-vingt-dix pour cent de ces activités sont directement financées par les Forces canadiennes. À la ville, lorsqu'elle est allée dénoncer ce fait, on lui a répondu que c'était comme cela, sinon l'activité n'aurait pas lieu. Un chantage inadmissible. Des jeunes sont venus expliquer qu'un de leurs amis avait quitté l'armée parce qu'on lui enseignait de considérer les civils comme l'ennemi.

L'action s'est terminée par un appel à la population à prendre position contre la participation du Canada dans les guerres d'agression. Le gouvernement pro-guerre Harper tente d'associer guerre, agression et occupation à la démocratie et à la sécurité pour justifier l'injustifiable. Cela ne doit pas passer !

Pas de navire de guerre dans nos ports !
Pas un seul jeune pour la guerre et l'agression !
Luttons un gouvernement anti-guerre !

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 Navire de guerre NCSM Montréal,
hors du port de Montréal!
Non à la propagande de guerre!
Non à la militarisation de l'espace public!

Le PMLQ joint sa voix aux forces anti-guerre pour dénoncer la visite du navire canadien de sa Majesté (NCSM) Montréal de la marine royale du Canada dans le Vieux-Port de Montréal. L'événement qui se déroule du 15 au 18 septembre est une activité de recrutement militaire de la jeunesse par les Forces canadiennes pour « promouvoir les nombreuses possibilités de carrières qu'elle offre ». La campagne de recrutement 2011 se mène non seulement à Montréal, mais à Trois-Rivières, Matane, Pointe-au-Pic/La Malbaie, Gaspé et Sept-Iles et plusieurs autres villes portuaires où les populations sont invitées à visiter les navires de guerre. Il faut s'opposer à ces activités de recrutement de la jeunesse pour la guerre et le fascisme !

Le NCSM Montréal est un navire de guerre qui a servi l'OTAN dans la prétendue lutte contre le terrorisme sous les opérations Active Endeavour et Apollo, dans les eaux territoriales de la Méditerranée, dans l'Atlantique, de l'océan indien, de la mer d'Arabie et jouer un rôle dans l'embargo sur le pétrole contre l'Irak. Il a aussi été utilisé pour transporter le couple monarchique les 2 et 3 juillet dernier, de Montréal à Québec.

Cette tournée s'inscrit dans les efforts du gouvernement pro-guerre de Stephen Harper pour accroître sa participation aux guerres d'agression et d'occupation des États-Unis et pour défendre le droit de monopole au pays et à l'étranger, y compris l'annexion du Canada aux arrangements de sécurité des États-Unis. Le 11 septembre, Stephen Harper a déclaré : « Nous continuerons à soutenir les membres des Forces armées canadiennes ainsi que les agents du renseignement et de la police qui font preuve d'un grand courage en mettant leur vie en danger jour après jour pour lutter contre les multiples facettes du terrorisme. Nous resterons inébranlables dans la défense, la protection et la promotion de nos valeurs et de nos principes démocratiques, qui sont les fondements mêmes de notre société libre et prospère... ».

Jour après jour, notre espace public est militarisé, envahi par la propagande de guerre et une culture guerrière, qui présentent l'agression comme un geste de bravoure, l'utilisation de la force pour régler les conflits entre les peuples comme un geste de défense de la démocratie, de la sécurité et des « valeurs canadiennes ». Ce n'est pas par hasard que le 15 septembre, la ministre à la Condition féminine, Rona Ambrose, a annoncé que le mois de l'histoire des femmes, en octobre, aura pour thème : « Les femmes dans les forces militaires canadiennes ». Le but est de miner la conscience et le mouvement de résistance devant la machine de guerre.

La population du Québec et du Canada s'oppose massivement à la participation du Canada dans les guerres d'agression en Afghanistan, en Libye et ailleurs. Cela ne passe pas et ce n'est pas aujourd'hui que cela va passer. Le peuple aspire à la paix et réclame que le gouvernement canadien cesse toutes agressions et ramène ses troupes.

L'établissement d'un gouvernement anti-guerre qui met fin au recrutement de la jeunesse comme chair à canon, exige l'annulation de toutes les alliances militaires, de tous les accords et de toute coopération avec l'impérialisme américain, le retrait du Canada de l'OTAN, de NORAD et du Northern Command et fait activement campagne contre la guerre comme méthode de résolution des conflits et problèmes internationaux est plus que jamais à l'ordre du jour.

Pas de navire de guerre dans nos ports !
Pas un seul jeune pour la guerre et l'agression !
Luttons un gouvernement anti-guerre !

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Bulletin du 19 septembre 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca