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Libye
Non au prolongement de la mission canadienne!
  
Suite à la conférence du 1er
septembre sur la Libye, à Paris,
avec la participation de représentants de
toutes les grandes
puissances, des Nations unies, du Conseil
national de transition
de la Libye et des pays alliés, les pays
de l'OTAN ont clairement
fait comprendre qu'ils continueront de commettre
des crimes de
guerre et de se partager le butin. Le ministre
des Affaires
étrangères du Canada, John Baird,
s'est joint aux États-Unis, à la
Grande-Bretagne, à la France et à
l'Italie en
promettant que les opérations militaires
de l'OTAN en Libye
continueront aussi longtemps que
nécessaire pour obtenir un
changement de régime
pro-impérialiste dans ce pays.
Suite à la rencontre de Paris, le
président français Nicolas
Sarkozy a déclaré que les
participants à la conférence
veulent
que les opérations en Libye (et en
Côte d'Ivoire où la France est
intervenue militairement d'une manière
analogue) soient le début
d'une campagne approuvée par l'ONU pour
« défendre les
populations civiles »
confrontées aux attaques de
« leurs propres
dirigeants ». Ainsi, la France
demande
à ce que le Conseil de
sécurité des Nations unies,
entièrement
contrôlé par les grandes
puissances, décide du sort du monde en
autorisant une intervention militaire
impérialiste en violation
du droit international que le Conseil est
censé faire respecter.
Au nom de la soi-disant responsabilité
humanitaire de protéger
les civils, l'OTAN dirigée par les
États-Unis – avec la
pleine participation du Canada – va
détruire tout vestige
de primauté du droit sur la scène
internationale et la remplacer
par un état d'anarchie et de violence
sans retenue.
Les récentes déclarations du
premier ministre Stephen Harper
abondent dans le même sens. Assurant au
Canada le statut de
porteur d'eau pour l'Empire lors d'une
récente visite en Italie,
Harper a dit : « Les Kadhafi de
ce monde ne répondent
pas à la force des arguments. La seule
chose qu'ils comprennent
est l'argument de la force. »
LML condamne cette déclaration
de voyoutisme ainsi
que les sous-entendus
répétés que le gouvernement
Harper va
prolonger la mission en Libye au-delà de
la date fixée par le
parlement, soit le 27 septembre. Le NPD et
les libéraux ont
dit qu'ils s'opposeront à un
prolongement. Le NPD soutient que ce
que fait l'OTAN en ce moment dépasse les
limites de la
« responsabilité de
protéger ». Or, ce que fait
l'OTAN
est précisément l'application de
la doctrine de la responsabilité
de protéger, car cette dernière
n'a jamais été destinée
à
protéger les civils mais à
protéger les intérêts des
grandes
puissances. Le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord
sont devenus une
poudrière, prête à exploser
à tout moment à cause de la
situation
créée par les États-Unis et
les grandes puissances.
Il est nécessaire de s'opposer d'une
seule voix à toutes les
formes d'ingérence
étrangère et de recours à
la violence dans le
règlement des différends entre et
au sein des pays, au-delà des
orientations politiques et idéologiques.
Il faut s'opposer à
toute tentative de saper la primauté du
droit national et
international quand cela permet aux grandes
puissances et aux
intérêts qu'elles
représentent d'utiliser la force pour
décider
du sort des pays et du monde. En affirmant le
droit de toutes les
nations à la souveraineté et
à une existence libre de toute
ingérence étrangère, les
peuples peuvent réaliser leur aspiration
à un monde de paix où la
primauté du droit en leur faveur
prévaut
sur la scène internationale.

La conférence de Paris sur le partage
du butin
- Jamilé Ghaddar -
Une rencontre sur la Libye
coprésidée par le président
français, Nicolas Sarkozy, et le premier
ministre britannique,
Cameron, a eu lieu à Paris le 1er
septembre. Des représentants
d'environ 63 pays et organisations se sont
réunis pour se
diviser le butin de la guerre. Les participants
comprennent des
pays de l'OTAN (comme les États-Unis, le
Canada, l'Italie), le
Conseil national de transition de la Libye, les
Nations unies, la
Chine, la Russie, le Brésil, l'Arabie
saoudite et le Qatar. La
conférence était sur invitation
seulement et, comme plus tôt avec
le Groupe de contact sur la Libye, elle
constitue une
organisation autoproclamée, sans mandat,
termes de référence,
champ de compétence, d'autorité ou
de critères d'adhésion. En
fait, cette réunion a officiellement mis
fin au Groupe de contact
sur la Libye, le transformant en un groupe des
« Amis de la
Libye » qui tiendra sa prochaine
réunion à New-York plus
tard en septembre.
Au nom de la reconstruction et
l'édification d'une nouvelle
Libye, la réunion a été
organisée en vue de consolider le soutien
impérialiste aux démarches du
Conseil national de transition
(CNT). En essence c'est un appel à
poursuivre l'agression de
l'OTAN contre la Libye. Malgré les
allégations que le
gouvernement libyen a été vaincu,
la réalité est que la guerre se
poursuit en Libye où les forces
gouvernementales contrôlent
toujours certaines parties du pays. Et
malgré les espoirs de
l'OTAN et ses rebelles, la chute de Tripoli n'a
pas réglé la
question. Durant la matinée de la
conférence de Paris, des
messages audio ont été
diffusés dans lesquels le colonel
Kadhafi,
le chef du gouvernement libyen, a promis de
continuer le combat
et a réitéré son appel au
peuple et aux tribus du pays de mener
la guérilla contre l'OTAN et ses
rebelles. Confrontée à cette
réalité, que peut accomplir une
conférence sur l'avenir de la
Libye, une conférence organisée
par les mêmes forces qui ont
conspiré et agi de concert en utilisant
la pure prouesse
militaire pour renverser le gouvernement d'un
pays
souverain ? Rien d'autre que promettre plus
d'agressions et
de pillages.
En effet, l'OTAN est confrontée à
un dilemme : les
« rebelles » ont
été en mesure de s'assurer la
mainmise
sur la majeure partie de la Libye seulement avec
l'appui
militaire de l'OTAN. Est-ce que les
« rebelles »
peuvent s'accrocher au pouvoir et étendre
leur contrôle sur le
reste du pays sans l'OTAN ? La
réponse a été donnée
par Mme
Clinton, secrétaire d'État
américaine, qui, après la
réunion de
Paris, a déclaré que la mission
militaire de l'OTAN doit se
poursuivre. Cette déclaration fait
écho à celles faites avant et
après la conférence par d'autres
pays de l'OTAN, y compris le
Canada. Mme Clinton a également
exhorté les pays du monde entier
à suivre l'exemple des États-Unis
et de l'Europe en reconnaissant
le CNT comme le gouvernement légitime de
la Libye et de lui
donner le siège libyen lors de la session
annuelle de l'Assemblée
générale des Nations unies plus
tard ce mois-ci. Pour cela, le
Comité d'accréditation de
l'Assemblée générale de
l'ONU doit
accepter les lettres de créance du CNT.
Le comité doit se réunir
dans les prochaines semaines.
La conférence a décidé de
transférer 15 milliards $
en actifs gelés du gouvernement libyen
aux soi-disant rebelles
avec des promesses de plus pour l'avenir. Il y
aurait également
eu des accords économiques conclus entre
les
« rebelles » et des pays
de l'OTAN, en particulier des
contrats pétroliers
préférentiels promis par exemple
à la France.
Les soi-disant rebelles ont déjà
promis un traitement
préférentiel à ceux qui les
ont aidés à prendre le pouvoir. En
effet, la France a déjà
envoyé des représentants
d'entreprises
évaluer la situation sur le terrain en
Libye en vue d'initiatives
économiques.
Les dirigeants de grandes entreprises
françaises, dont
l'importante société
pétrolière Total, et l'European
Aeronautic
Defence and Space Company (EADS), sont
allés à Benghazi en juin
et juillet pour nouer des contacts avec le CNT.
En septembre,
toutes les entreprises françaises
opérant en Libye se réuniront
à
Paris avec le CNT pour discuter de projets
futurs, signalant
l'intention de la France de s'installer au plus
vite dans le
pays. Le bras du gouvernement britannique en
matière de commerce
et d'investissement dit qu'il est
également en pourparlers avec
des entreprises qui font déjà des
affaires en Libye pour voir
comment ils peuvent prêter main-forte aux
projets futurs. Au
Canada, le géant pétrolier Suncor
s'est également positionné,
avec des déclarations à l'effet
qu'il envisage de futures
activités en Libye.
Globalement, ces pays lèvent les
sanctions imposées au début
de la guerre à la Libye afin de paver la
voie à la reprise des
initiatives économiques dans le pays.
Aussi, lors de la conférence, le
secrétaire général des
Nations unies, Ban Ki-Moon, a exhorté le
Conseil de sécurité à se
décider rapidement sur le
déploiement d'une mission civile pour
stabiliser la Libye. Une nouvelle
résolution des Nations unies
sur la Libye est également prévue
pour lever les sanctions contre
le pays et dégeler les avoirs du
gouvernement afin que le CNT
puisse commencer les initiatives
économiques et utiliser ces
avoirs. Cette résolution sera
certainement adoptée par
l'élitiste
Conseil de sécurité des Nations
unies, complètement contrôlé
par
les grandes puissances. L'Assemblée
générale des Nations unies,
représentant tous les pays du monde, ne
sera pas partie à ces
décisions importantes.
En attendant, malgré les affirmations
que les soi-disant
rebelles ont donné aux forces
gouvernementales jusqu'au 10
septembre pour se rendre, les combats se
poursuivent. Les frappes
de l'OTAN ont lieu quotidiennement,
24 heures sur 24, en
particulier sur et autour de Syrte, où le
gouvernement maintient
toujours le contrôle. De lourdes pertes
sont signalées. Des
civils sont coincés entre les bombes de
l'OTAN qui tombent du
ciel et les points de contrôle
« rebelles »
assiégeant
la ville. La situation humanitaire partout au
pays est
désastreuse, avec des pénuries de
produits de première
nécessité
et de fournitures médicales, et un manque
d'eau et d'électricité.
Des rapports continuent de faire état des
violations
« rebelles » des droits
humains ciblant en particulier
les travailleurs immigrants noirs venus
d'Afrique.

La re-colonisation de l'Afrique
- Stef Terblanche, Leadership
(Afrique du Sud),
5 septembre 2011 -
La semaine dernière, le monde a
été gratifié du spectacle
de
la conférence de Paris où des
dirigeants occidentaux, l'un après
l'autre – en compagnie de quelques dictateurs
arabes de
service – se sont tapés sur
l'épaule pour se féliciter
d'avoir
« libéré »
la Libye du pouvoir de Mouammar
Kadhafi. Ce qui rappelait
irrésistiblement l'infâme
conférence de
Berlin en 1884 où l'Afrique avait
été découpée entre
colonisateurs européens.
À juste titre, le président
sudafricain Jacob Zuma a fait
savoir – comme tout Africain qui se respecte
aurait dû le
faire – qu'il n'aurait rien à voir avec
le cynisme de ce
cirque organisé ostensiblement par le
président français Nicolas
Sarkozy et le premier ministre britannique David
Cameron pour
décider de l'avenir de la Libye... comme
si ce n'était pas aux
Libyens et aux Africains eux-mêmes de le
faire.
En fin de compte, il y avait une absence
flagrante de
dirigeants Africains influents, un certain
nombre de pays
africains et l'Union africaine (UA) ayant
refusé de reconnaître
le Conseil national de transition (CNT)
installé par l'OTAN en
tant que nouveau gouvernement de la Libye.
L'Algérie, voisine de
la Libye, était présente mais
seulement comme observateur et
peut-être seulement parce que sa
frontière commune avec la Libye
lui a donné des motifs impérieux.
La Russie et la Chine – qui se sont toutes deux
opposées
à la campagne militaire conduite par
l'OTAN pour chasser Kadhafi
– étaient aussi présentes comme
pays observateurs, la
Russie ayant reconnu le CNT à peine
quelques jours auparavant.
Cependant, ces deux pays ont d'importants
intérêts présents en
Libye tandis que la Chine a aussi
d'énormes intérêts ailleurs
en
Afrique, par exemple en Angola qui est
maintenant son plus gros
fournisseur de pétrole.
Pour beaucoup de gens, la conférence de
Sarkozy et Cameron,
version 2011 de la « ruée
vers l'Afrique », ramène
aussi à l'esprit le discours
d'acceptation du leader de l'ANC
Albert Luthuli quand il reçut le prix
Nobel de la paix et
dit : « Notre continent a
été découpé par les
grandes
puissances. Des gouvernements étrangers
ont été imposés au peuple
africain par la conquête militaire et la
domination
économique. »
Comme Vusi Gumede de l'université de
Johannesburg nous l'a
rappelé si éloquemment dans un
article d'opinion du Sunday
Independent ce weekend :
« Un cas d'espèce 50 ans
plus tard est la douloureuse question de la
Jamahiriya arabe
libyenne. Il y a d'autres cas comme la
Côte d'ivoire qui est une
bombe à retardement. »
À ces deux cas, Gumede aurait pu ajouter
la « domination
économique » par la Chine qui
s'accentue dans de nombreux
pays africains, ou le désordre anarchique
que les États Unis ont
laissé derrière leur tentative de
« conquête
militaire » en Somalie.
Ce dernier pays avait d'abord été
un pion géopolitique pendant
la guerre froide entre les USA et l'Union
soviétique dans leur
volonté de contrôler la Corne de
l'Afrique. Les USA avaient
maintenu de bonnes relations avec le
régime meurtrier de Siad
Barre jusqu'à son éviction. Le
pays se désintègrera dans une
anarchie complète et les États
Unis prendront la fuite la queue
entre les jambes après la tragédie
de l'hélicoptère tombé
entre
les mains des seigneurs de la guerre.
Aujourd'hui, les États Unis sont revenus
indirectement en
Somalie et soutiennent une des parties au
conflit là-bas contre
le mouvement islamiste al-Shabab à qui on
reproche l'aggravation
de la situation. Mais cette fois, l'armée
des États-Unis n'est
pas directement impliquée. Washington a
envoyé à Mogadiscio
Richard Rouget, un mercenaire français
à la tête d'une équipe de
40 hommes, des « mentors »
qui forment une « force
de maintien de la paix » en Somalie.
Rouget travaille pour
une compagnie de sécurité
privée établie à Washington
qui est
connue pour ses activités criminelles et
ses liens présumés avec
plusieurs coups de force en Afrique et un
assassinat. Il avait
aussi été le bras droit d'un autre
fameux ancien mercenaire, Bob
Denard.
D'anciens soldats français, britanniques
et, malheureusement
oui, sudafricains sont au nombre de ceux qui
travaillent avec
lui. Le département d'État US
finance la compagnie de Rouget,
pourtant tout le monde sait le niveau de
destruction qui résulte
de ce genre d'opérations clandestines US.
Les pays africains ont refusé de
permettre aux États-Unis
d'installer leur commandement militaire pour
l'Afrique (AFRICOM)
– un des dix commandements régionaux des
forces armées US
dans le monde – sur le sol africain. Les
États Unis ont
donc dû baser leur commandement en
Allemagne « jusqu'en
2012 », année de
réévaluation de la situation.
Le général William E. Ward,
commandant de l'AFRICOM, a
récemment effectué plusieurs
visites au Botswana dans le cadre
d'un net accroissement de la coopération
militaire entre les deux
pays. C'est ce fait et la rumeur selon laquelle
les USA allaient
installer une base au Botswana qui avaient
amené le leader du
mouvement de jeunesse de l'ANC, Julius Malema,
à faire une
déclaration retentissante concernant le
soutien de son
organisation à un changement de
régime au Botswana, une
déclaration qui lui a valu des
problèmes avec le parti au pouvoir
en Afrique du Sud.
Africains concernés [ou inquiets], dont
Vusi Gumede est
membre, a écrit une lettre ouverte
à tous les peuples d'Afrique
et du monde, faisant le constat de
l'échec des Nations unies dans
le monde, et particulièrement en Afrique
par son adoption de
décisions inappropriées.
« En tant qu'Africains inquiets,
nous n'avons pas d'autre
choix que de nous mobiliser et de
réaffirmer notre droit et notre
devoir de décider de notre destin en
Libye et partout ailleurs
sur notre continent », écrit
Gumede. Il souligne la manière
candide avec laquelle l'OTAN a
interprété et appliqué la
résolution du Conseil de
sécurité de l'ONU pour imposer une
« zone d'exclusion
aérienne » en Libye, l'Afrique
du
Sud ayant été bernée pour
qu'elle lui apporte son soutien (voir
Out of Africa de la semaine
dernière).
Comme l'Afrique du Sud, de nombreux pays
africains et d'autres
pays du BRICS [Brésil, Russie, Inde,
Chine, Afrique du Sud] ont
condamné le comportement arrogant du
Royaume-Uni et de la France
qui ont recouru à la seule force
militaire au lieu du recours
proclamé à « tous les
moyens » pour protéger les
civils libyens, puis ont fait évoluer
l'objet de l'action de la
protection des civils à l'obtention d'un
changement de régime à
tout prix en Libye. En fin de compte, beaucoup,
beaucoup de
civils ont été tués – pas
protégés – par la campagne
incessante de bombardements de l'OTAN, les
immenses ressources
pétrolières de la Libye
étant la récompense ultime.
Ironiquement, tout a commencé aux
Nations unies en lesquelles
le grand dirigeant encore vivant de l'Afrique du
Sud, Nelson
Mandela, avait tellement foi quand des
délibérations étaient en
cours pour savoir si les États Unis et la
Grande-Bretagne
devaient attaquer l'Irak pour éliminer
son arsenal présumé
d'armes de destruction massive... des armes
qu'il n'avait jamais
eues.
À l'époque, Mandela avait
dit : « Il n'y a qu'une
solution et une seule et elle passe par les
Nations unies. Si la
Grande-Bretagne et les États-Unis vont
aux Nations unies et que
les Nations unies disent avoir des preuves
concrètes de
l'existence de ces armes de destruction massive
en Irak et que
nous sentions que nous devons faire quelque
chose à ce sujet,
nous y serions tous favorables. »
La Grande-Bretagne et les États-Unis
firent ce qu'ils
voulurent de toute façon – ils envahirent
l'Irak sur la
base de leurs mensonges et sous le
prétexte qu'ils sauveraient
des millions de vies en agissant ainsi.
Avec le prétexte humanitaire semblable
de sauver des vies, la
Grande-Bretagne et la France ont
outrepassé la résolution du
Conseil de sécurité de l'ONU pour
attaquer la Libye et obtenir un
changement de régime. Plusieurs
initiatives louables de l'Union africaine dans
lesquelles l'Afrique du Sud a joué un
rôle moteur
et qui cherchaient à aboutir à un
règlement négocié en Libye
pour
éviter un bain de sang ont tout
simplement été ignorées par
la
Grande-Bretagne, la France et leurs
alliés de l'OTAN. L'Afrique
n'a pas été autorisée
à avoir une marge de manoeuvre pour
apporter une solution africaine à un
problème africain.
« L'Afrique et le monde en
développement sont donc en
droit d'être atterrés, car les
Libyens sont des Africains et font
partie du monde en développement qui a
beaucoup souffert de
l'impérialisme et du colonialisme. Les
Libyens ont payé et
continuent à payer de leur vie pour
l'objectif occidental de
changement de régime »,
écrit Gumede. En effet.

Le rôle de la Chine dans la
reconstruction
Jian Junbo, dans un texte paru dans Asia
Times
Online, analyse la politique de la Chine
vis-à-vis la Libye
et sa présence à la soi-disant
conférence des amis de la Libye le
1er septembre, à Paris. Selon lui,
« la participation à la
reconstruction de la Libye pourrait marquer la
première étape
pour la Chine qui veut jouer un rôle plus
actif dans les affaires
internationales ». Cette affirmation
est soutenue par une
déclaration du porte-parole du
ministère chinois des Affaires
étrangères, Ma Chaoxu, qui a dit
le 24 août que la Chine est
prête « à jouer un
rôle actif dans la reconstruction
prochaine » de la Libye.
La Chine a été invitée
à assister à la réunion du
1er septembre
par l'hôte de la conférence, le
président français Nicolas
Sarkozy. Selon Jian Junbo, cette invitation a
été lancée dans le
contexte suivant :
« Sarkozy a effectué le
25 août
une « soudaine » visite
à Pékin. Il a discuté de la
crise de la dette dans la zone euro avec son
homologue chinois Hu
Jintao. Dans le vocabulaire diplomatique, cela
signifie qu'il a
demandé à la Chine d'aider
à stabiliser la situation en Europe.
On soupçonne qu'en échange, il
aurait promis un rôle pour la
Chine dans la reconstruction de la
Libye. »
Les
intérêts économiques de la
Chine en Libye
La Chine
était déjà un des
principaux acteurs économiques en Libye
avant
l'agression de l'OTAN. Au début de la
guerre, diverses sources
ont rapporté que la Chine a
évacué de la Libye quelque
35 000 de ses ressortissants. Les
évacués chinois sont
principalement des travailleurs, y compris les
ouvriers non
qualifiés, cadres et ingénieurs.
D'autres étaient des touristes.
Avant le début de la guerre, le
ministère chinois du Commerce a
signalé qu'il y a 75 entreprises
chinoises dans
13 grandes entreprises d'État
engagées dans 50 projets de
grande envergure valant au moins
18,8 milliards $US,
principalement liés au
développement du logement, la
construction
ferroviaire et les services pétroliers et
des télécommunications.
Globalement, les activités
économiques de la Chine en Libye ont
été principalement liées au
développement des infrastructures, un
secteur où la Chine est bien
positionnée pour remporter des
contrats en raison de sa main-d'oeuvre
qualifiée bon marché.
La Chine est également le
deuxième plus grand consommateur de
pétrole au monde et l'année
dernière elle a obtenu 3 % de
son pétrole brut de la Libye. Selon
Reuters, l'année dernière la
Chine a importé de la Libye près
de 150 000 barils de pétrole
brut par jour grâce à l'UNIPEC, le
bras commercial du plus grand
raffineur en Asie, China Petroleum &
Chemical Corporation
(SINOPEC Corp), qui détient le contrat
d'approvisionnement à long
terme, ce qui équivaut à environ
un dixième des exportations de
brut de la Libye. Les trois plus importantes
sociétés pétrolières
d'État chinoises avaient des projets
d'ingénierie en Libye, mais
aucune production pétrolière. Ces
entreprises sont la China
National Petroleum Corporation (CNPC), la China
Petrochemical
Corporation (Groupe SINOPEC) et la China
National Offshore Oil
Corporation (CNOOC).
Les louvoiements
Lorsque les frappes de l'OTAN ont
commencé, en mars, la Chine a
pressé le gouvernement libyen à
protéger les intérêts
économiques chinois en Libye. La demande
a
été faite après que
Abdelialil Mayouf, un responsable de
l'information à une entreprise
pétrolière contrôlée
par les
rebelles, ait averti les sociétés
chinoises et russes qu'elles
pourraient perdre leurs avantages si le
gouvernement est défait.
Wen Zhongliang, ministre adjoint du commerce de
la Chine, a dit
en réponse à des questions
concernant cette menace :
« Nous espérons que,
après un retour à la
stabilité, la
Libye continuera de protéger les
intérêts et les droits des
investisseurs chinois et nous espérons
continuer la coopération
économique et les investissements avec la
Libye. »
Dès le début, la Chine s'est
opposée au déploiement militaire
de l'OTAN pour remplacer le gouvernement libyen
par le Conseil
national de transition (CNT), inquiète
des conséquences que cela
pourrait avoir pour ses intérêts
économiques dans ce pays. Par
contre, elle n'a d'aucune façon
tenté de l'arrêter. Et tandis que
la Chine continue de ne pas reconnaître le
CNT comme autorité
légitime en Libye, elle établit
des liens avec les rebelles de
l'OTAN. Comme Jian Junbo le fait remarquer,
« lorsque le
résultat de la guerre civile était
imprévisible, Pékin est
demeuré ouvert aux belligérants
rebelles et au régime de
Tripoli ». Il ajoute :
« Pékin n'a pas
dénoncé la
légitimité du régime de
Kadhafi et avait invité son ministre des
Affaires étrangères à
visiter la Chine. Or, il a également
envoyé un émissaire pour
rentrer en contact avec les rebelles. Zhang
Zhiliang,
l'ambassadeur chinois au Qatar, a
rencontré le chef de file du
CNT à Doha, en juin. Et le 6 juin,
Li Lianhe, un diplomate
chinois en Égypte, s'est rendu à
Benghazi voir ce qu'il en était
de la situation humanitaire et constater
l'état des institutions
financées par la Chine. Il a
également rencontré le
président du
CNT, Mustafa Mohammed Abdul Jalil, et d'autres
dirigeants.
« Cela a été suivi le
même mois d'une visite en Chine de
Mahmoud Jibolile, le président du
directoire du CNT, pour
discuter avec les dirigeants chinois. Puis en
juillet, Chen
Xiaodong, le directeur du département de
l'Afrique auprès du
ministère chinois des Affaires
étrangères, s'est rendu à
Benghazi
pour s'entretenir avec les dirigeants du CNT.
« On rapporte que Pékin
aurait également envoyé de l'aide
humanitaire aux rebelles via la Croix-Rouge
chinoise. »
Jian Junbo mentionne aussi une
déclaration du 30 août de Xie
Yajing, le conseiller commercial du
département de l'Asie
occidentale et de l'Afrique auprès du
ministère du Commerce, qui
déclare que les entreprises chinoises ont
la possibilité de faire
des affaires en or lors de la reconstruction de
la Libye après la
guerre. Il a également dit qu'il fallait
patienter jusqu'à ce que
la situation politique soit devenue stable et
claire. Si la Libye
ouvre ses projets d'infrastructure à la
concurrence
internationale par le biais d'appels d'offres
équitables, Jian
Junbo prétend que la Chine va avoir de
meilleures chances de
remporter des contrats car sa main-d'oeuvre bon
marché lui donne
un avantage concurrentiel.

Cuba ne reconnaît pas le Conseil
national de transition
- Déclaration du
ministère cubain des Affaires
étrangères,
3 septembre 2011 -
Le ministère cubain des Affaires
Étrangères a procédé
au
retrait de son personnel diplomatique de la
Libye, où
l'intervention étrangère et
l'agression militaire de l'OTAN ont
aggravé le conflit et ont
empêché le peuple libyen d'avancer
vers
une solution négociée et pacifique
en plein exercice de son
autodétermination.
La République de Cuba ne reconnaît
ni le Conseil national de transition ni aucune
autorité provisoire, et elle ne
reconnaîtra
qu'un gouvernement constitué dans ce pays
de façon légitime et
sans intervention étrangère, par
le biais de la volonté libre,
souveraine et unique du peuple frère de
Libye.
L'ambassadeur Victor Ramirez Peña et le
premier secrétaire
Armando Pérez Suarez,
accrédités à Tripoli, ont
maintenu une
conduite sans tache, strictement attachée
à leur statut
diplomatique. Ils ont couru des risques et ils
ont accompagné le
peuple libyen dans cette situation tragique. Ils
ont été témoins
directs des bombardements de l'OTAN contre des
objectifs civils
et de la mort de personnes innocentes.
Sous le prétexte grossier de la
protection de civils, l'OTAN a
assassiné des milliers d'entre eux ;
elle a ignoré les
initiatives constructives de l'Union africaine
et d'autres pays,
et elle a même violé les
résolutions contestables qu'elle a
imposées au Conseil de
sécurité, en particulier avec les
attaques
contre des objectifs civils, avec le financement
et la livraison
d'armements à une partie, ainsi qu'avec
le déploiement de
personnel opératif et diplomatique sur le
terrain.
Les Nations unies ont ignoré la clameur
de l'opinion publique
internationale en faveur de la défense de
la paix et elles se
sont faites les complices d'une guerre de
conquête. Les faits
confirment les mises en garde lancées en
temps opportun par le
Commandant en chef Fidel Castro Ruz, et les
dénonciations
opportunes de Cuba à l'ONU. On sait mieux
maintenant à quoi sert
la dite « responsabilité de
protéger » entre les mains
des puissants.
Cuba proclame que rien ne peut justifier
l'assassinat de
personnes innocentes.
Le ministère des Affaires
étrangères réclame la
cessation
immédiate des bombardements de l'OTAN qui
continuent à faucher
des vies, et il réaffirme qu'il est
urgent que l'on permette au
peuple libyen de trouver une solution pacifique
et négociée, sans
ingérence étrangère, en
plein exercice de son droit inaliénable
à
l'indépendance et à
l'autodétermination, à la
souveraineté sur
ses ressources naturelles et à
l'intégrité territoriale de cette
nation soeur.
Cuba dénonce que la conduite de l'OTAN a
pour objectif de
créer des conditions similaires pour une
intervention en Syrie,
et elle réclame la fin de
l'ingérence étrangère dans
ce pays
arabe. Elle appelle la communauté
internationale à prévenir une
nouvelle guerre ; elle appelle les Nations
unies à remplir
leur devoir de sauvegarder la paix et elle
appuie le droit du
peuple syrien à l'indépendance et
à l'autodétermination
pleines.

Propos concernant Obama et son
«modèle libyen»
Déjà, on parle beaucoup du
soi-disant modèle libyen. Un
article récent du New York Times[1]
le qualifie de
doctrine Obama pour le Moyen-Orient.
« Les représentants de
l'administration affirment que même
si l'intervention de l'OTAN en Libye, qui met
l'accent sur les
frappes aériennes pour protéger
les civils, ne peut être
appliquée uniformément dans
d'autres points chauds comme la
Syrie, le conflit pourrait devenir un
modèle de déploiement de la
force des États-Unis dans d'autres pays
où leurs intérêts sont
menacés.
« [...] L'intervention en Libye a
aidé à établir deux
principes pour déterminer quand les
États-Unis pourraient
appliquer la force militaire pour avancer leurs
intérêts
diplomatiques, même si sa
sécurité nationale n'est pas
menacée
directement.
« M. Obama a établi ces
principes le 28 mars,
lorsqu'il a donné son seul grand discours
à propos du conflit
libyen, lors d'une présentation à
l'université George Washington,
qui établit de différentes
manières les principes de la doctrine
Obama.
« Dans ce discours, M. Obama a dit
que l'Amérique avait
la responsabilité de stopper ce qu'il a
qualifié de menace de
génocide à Bengazi (principe 1).
En même temps, a-t-il dit,
lorsque la sécurité de
l'Amérique n'est pas menacée
directement,
mais qu'une action peut être
justifiée – comme dans le cas d'un
génocide – les États-Unis agiront
seulement à la condition qu'ils
n'agissent pas seuls (principe 2).
« Ainsi, avec la Libye, les
États-Unis ont utilisé la
force – fournissant des choses cruciales comme
des missiles de
croisière, des avions, des bombes, du
renseignement et même du
personnel militaire – mais ils l'ont fait en
tant que partie de
la coalition de l'OTAN, dirigée par les
Français et les
Britanniques et comprenant des nations arabes.
« Et ils ont agi de cette
façon seulement après qu'une
résolution du Conseil de
sécurité des Nations unies ait
autorisé
cette approche multilatérale
considérée avec dédain par
le
prédécesseur de M. Obama, George
W. Bush.
« En fait, soutiennent les
représentants du gouvernement
américain, la stratégie en Libye a
fonctionné en grande partie
parce qu'elle a été perçue
comme un effort international contre
un dictateur brutal et non ‘une approche des
États-Unis seuls',
comme l'affirme un haut représentant de
l'administration. »
De cette façon, la doctrine Obama
prévoit qu'une OTAN
agressive dirigée par les
États-Unis peut intervenir n'importe
où
et en tout temps pour servir les
intérêts de l'impérialisme
américain, tout en tenant en échec
les autres puissances de
l'OTAN, spécialement en Europe. C'est une
doctrine par laquelle
une résolution des Nations unies
autorisant supposément une zone
d'exclusion de vol et un embargo sur les armes
devient un feu
vert pour des bombardements aériens, pour
l'armement de milices
et l'application d'un changement de
régime, et par laquelle une
cinquième colonne est mise sur pied
à l'intérieur d'un pays, et
ensuite activée avec l'appui militaire de
l'Empire. Cela ne doit
pas passer !
L'article du Times poursuit les
spéculations sur les
possibilités d'appliquer le modèle
libyen et la doctrine Obama en
Syrie. Même si les conditions en Syrie
sont différentes,
l'essence de la doctrine révèle le
danger que cela représente
pour les peuples du monde.
Note
1. « US Tactics in Libya may
be a Model for
other efforts », Helene Cooper et
Steven Lee Myers, New
York Times, 28 août 2011.

À titre d'information
Les États-Unis étendent leur
présence
militaire en Afrique
Selon des responsables des forces
aériennes américaines (US Air
Force), un nouvel escadron axé sur
l'Afrique créé en avril
deviendra opérationnel plus tard cette
année en appui au
commandement américain en Afrique
(AFRICOM). Le 818e escadron de
soutien mobile basé au New Jersey va
commencer par la formation de
forces aériennes en Afrique.
Le nouvel escadron opère sous la 621e
division d'intervention
d'urgence à la base conjointe
McGuire-Dix-Lakehurst et alors qu'il
n'est pas formellement assigné à
l'AFRICOM, il a été formé
principalement pour mener des missions en
Afrique. L'accent est mis
sur le renforcement des capacités de
mobilité aérienne des
armées
africaines qui peuvent être utiles aux
intérêts américains sur le
continent. La formation sera axée sur
l'approvisionnement en
fournitures et troupes dans les zones de guerre
et la mise en place
du contrôle du trafic aérien et
fait appel à des tactiques de
regroupement aérien. Les noms des pays
africains qui vont recevoir
cette formation sont encore inconnus.
Cette récente annonce est une autre
indication que l'armée
américaine renforce sa présence
sur le continent. Déjà, l'AFRICOM
a
ajouté une unité spéciale
de la marine (Navy Special Warfare) axée
sur l'Afrique, tandis que les Marines
américains ont autorisé un
groupe de travail axé sur la formation
des militaires à travers la
partie nord du continent et autour de la Corne
de l'Afrique. La
formation de ce dernier groupe est
déjà en cours.
L'AFRICOM est l'un des six quartiers
généraux militaires
régionaux du département de la
Défense des États-Unis.
L'ex-président Bush et le
secrétaire à la Défense,
Robert Gates, avaient
annoncé la création de l'AFRICOM
en février 2007. Il est devenu
opérationnel en octobre 2007 et a
été formellement établi le
1er octobre 2008 comme un commandement
unifié de combat
indépendant. L'AFRICOM a pour mandat de
soutenir le département
d'État américain dans la
réalisation des objectifs de la politique
étrangère américaine en
Afrique, jusqu'à et y compris la conduite
des opérations militaires sur le
continent. Il est actuellement axé
sur la collaboration avec les ambassades des
États-Unis et les pays
et organisations partenaires d'Afrique pour
renforcer les relations
militaires bilatérales entre les
États-Unis et 54 pays
africains. L'AFRICOM fait rapport au
secrétaire de la Défense qui
rend compte directement au président.
L'AFRICOM est situé à la caserne
Kelley à Stuttgart-Moehringen,
en Allemagne, où le Commandement
européen des États-Unis est
également basé. Selon son site
officiel, les programmes de
l'AFRICOM en Afrique sont coordonnés par
environ 18 bureaux de
la coopération en matière de
sécurité (OSC). Situé dans
les
ambassades américaines, le personnel des
OSC comprend généralement
une à trois personnes et totalisent
actuellement environ 100.
L'AFRICOM planifie d'ajouter sept OSC durant
l'année à venir, une
autre indication de l'intérêt accru
des États-Unis pour le
continent. Il a également des officiers
de liaison affectés à des
postes clés en Afrique, y compris
à l'Union africaine, la
Communauté économique des
États d'Afrique occidentale (CEDEAO) et
le Centre de formation international Kofi-Annan
pour le maintien de
la paix situé au Ghana.
Avec l'expansion des programmes de l'AFRICOM et
l'augmentation
de son personnel, les États-Unis
cherchent clairement à établir une
plus grande présence en Afrique. C'est
aussi mis en évidence par la
guerre contre la Libye, entre autres lieux
où il y a eu expansion
de l'engagement militaire américain sur
le continent. Tout cela
soutient les prétentions de certains
analystes que la ruée vers
l'Afrique est déjà bien en marche.

Bulletin du 12 septembre
2011
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