Libye

Non au prolongement de la mission canadienne!

Suite à la conférence du 1er septembre sur la Libye, à Paris, avec la participation de représentants de toutes les grandes puissances, des Nations unies, du Conseil national de transition de la Libye et des pays alliés, les pays de l'OTAN ont clairement fait comprendre qu'ils continueront de commettre des crimes de guerre et de se partager le butin. Le ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird, s'est joint aux États-Unis, à la Grande-Bretagne, à la France et à l'Italie en promettant que les opérations militaires de l'OTAN en Libye continueront aussi longtemps que nécessaire pour obtenir un changement de régime pro-impérialiste dans ce pays.

Suite à la rencontre de Paris, le président français Nicolas Sarkozy a déclaré que les participants à la conférence veulent que les opérations en Libye (et en Côte d'Ivoire où la France est intervenue militairement d'une manière analogue) soient le début d'une campagne approuvée par l'ONU pour « défendre les populations civiles » confrontées aux attaques de « leurs propres dirigeants ». Ainsi, la France demande à ce que le Conseil de sécurité des Nations unies, entièrement contrôlé par les grandes puissances, décide du sort du monde en autorisant une intervention militaire impérialiste en violation du droit international que le Conseil est censé faire respecter. Au nom de la soi-disant responsabilité humanitaire de protéger les civils, l'OTAN dirigée par les États-Unis – avec la pleine participation du Canada – va détruire tout vestige de primauté du droit sur la scène internationale et la remplacer par un état d'anarchie et de violence sans retenue.

Les récentes déclarations du premier ministre Stephen Harper abondent dans le même sens. Assurant au Canada le statut de porteur d'eau pour l'Empire lors d'une récente visite en Italie, Harper a dit : « Les Kadhafi de ce monde ne répondent pas à la force des arguments. La seule chose qu'ils comprennent est l'argument de la force. »

LML condamne cette déclaration de voyoutisme ainsi que les sous-entendus répétés que le gouvernement Harper va prolonger la mission en Libye au-delà de la date fixée par le parlement, soit le 27 septembre. Le NPD et les libéraux ont dit qu'ils s'opposeront à un prolongement. Le NPD soutient que ce que fait l'OTAN en ce moment dépasse les limites de la « responsabilité de protéger ». Or, ce que fait l'OTAN est précisément l'application de la doctrine de la responsabilité de protéger, car cette dernière n'a jamais été destinée à protéger les civils mais à protéger les intérêts des grandes puissances. Le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord sont devenus une poudrière, prête à exploser à tout moment à cause de la situation créée par les États-Unis et les grandes puissances.

Il est nécessaire de s'opposer d'une seule voix à toutes les formes d'ingérence étrangère et de recours à la violence dans le règlement des différends entre et au sein des pays, au-delà des orientations politiques et idéologiques. Il faut s'opposer à toute tentative de saper la primauté du droit national et international quand cela permet aux grandes puissances et aux intérêts qu'elles représentent d'utiliser la force pour décider du sort des pays et du monde. En affirmant le droit de toutes les nations à la souveraineté et à une existence libre de toute ingérence étrangère, les peuples peuvent réaliser leur aspiration à un monde de paix où la primauté du droit en leur faveur prévaut sur la scène internationale.

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La conférence de Paris sur le partage du butin

Une rencontre sur la Libye coprésidée par le président français, Nicolas Sarkozy, et le premier ministre britannique, Cameron, a eu lieu à Paris le 1er septembre. Des représentants d'environ 63 pays et organisations se sont réunis pour se diviser le butin de la guerre. Les participants comprennent des pays de l'OTAN (comme les États-Unis, le Canada, l'Italie), le Conseil national de transition de la Libye, les Nations unies, la Chine, la Russie, le Brésil, l'Arabie saoudite et le Qatar. La conférence était sur invitation seulement et, comme plus tôt avec le Groupe de contact sur la Libye, elle constitue une organisation autoproclamée, sans mandat, termes de référence, champ de compétence, d'autorité ou de critères d'adhésion. En fait, cette réunion a officiellement mis fin au Groupe de contact sur la Libye, le transformant en un groupe des « Amis de la Libye » qui tiendra sa prochaine réunion à New-York plus tard en septembre.

Au nom de la reconstruction et l'édification d'une nouvelle Libye, la réunion a été organisée en vue de consolider le soutien impérialiste aux démarches du Conseil national de transition (CNT). En essence c'est un appel à poursuivre l'agression de l'OTAN contre la Libye. Malgré les allégations que le gouvernement libyen a été vaincu, la réalité est que la guerre se poursuit en Libye où les forces gouvernementales contrôlent toujours certaines parties du pays. Et malgré les espoirs de l'OTAN et ses rebelles, la chute de Tripoli n'a pas réglé la question. Durant la matinée de la conférence de Paris, des messages audio ont été diffusés dans lesquels le colonel Kadhafi, le chef du gouvernement libyen, a promis de continuer le combat et a réitéré son appel au peuple et aux tribus du pays de mener la guérilla contre l'OTAN et ses rebelles. Confrontée à cette réalité, que peut accomplir une conférence sur l'avenir de la Libye, une conférence organisée par les mêmes forces qui ont conspiré et agi de concert en utilisant la pure prouesse militaire pour renverser le gouvernement d'un pays souverain ? Rien d'autre que promettre plus d'agressions et de pillages.

En effet, l'OTAN est confrontée à un dilemme : les « rebelles » ont été en mesure de s'assurer la mainmise sur la majeure partie de la Libye seulement avec l'appui militaire de l'OTAN. Est-ce que les « rebelles » peuvent s'accrocher au pouvoir et étendre leur contrôle sur le reste du pays sans l'OTAN ? La réponse a été donnée par Mme Clinton, secrétaire d'État américaine, qui, après la réunion de Paris, a déclaré que la mission militaire de l'OTAN doit se poursuivre. Cette déclaration fait écho à celles faites avant et après la conférence par d'autres pays de l'OTAN, y compris le Canada. Mme Clinton a également exhorté les pays du monde entier à suivre l'exemple des États-Unis et de l'Europe en reconnaissant le CNT comme le gouvernement légitime de la Libye et de lui donner le siège libyen lors de la session annuelle de l'Assemblée générale des Nations unies plus tard ce mois-ci. Pour cela, le Comité d'accréditation de l'Assemblée générale de l'ONU doit accepter les lettres de créance du CNT. Le comité doit se réunir dans les prochaines semaines.

La conférence a décidé de transférer 15 milliards $ en actifs gelés du gouvernement libyen aux soi-disant rebelles avec des promesses de plus pour l'avenir. Il y aurait également eu des accords économiques conclus entre les « rebelles » et des pays de l'OTAN, en particulier des contrats pétroliers préférentiels promis par exemple à la France. Les soi-disant rebelles ont déjà promis un traitement préférentiel à ceux qui les ont aidés à prendre le pouvoir. En effet, la France a déjà envoyé des représentants d'entreprises évaluer la situation sur le terrain en Libye en vue d'initiatives économiques.

Les dirigeants de grandes entreprises françaises, dont l'importante société pétrolière Total, et l'European Aeronautic Defence and Space Company (EADS), sont allés à Benghazi en juin et juillet pour nouer des contacts avec le CNT. En septembre, toutes les entreprises françaises opérant en Libye se réuniront à Paris avec le CNT pour discuter de projets futurs, signalant l'intention de la France de s'installer au plus vite dans le pays. Le bras du gouvernement britannique en matière de commerce et d'investissement dit qu'il est également en pourparlers avec des entreprises qui font déjà des affaires en Libye pour voir comment ils peuvent prêter main-forte aux projets futurs. Au Canada, le géant pétrolier Suncor s'est également positionné, avec des déclarations à l'effet qu'il envisage de futures activités en Libye.

Globalement, ces pays lèvent les sanctions imposées au début de la guerre à la Libye afin de paver la voie à la reprise des initiatives économiques dans le pays.

Aussi, lors de la conférence, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, a exhorté le Conseil de sécurité à se décider rapidement sur le déploiement d'une mission civile pour stabiliser la Libye. Une nouvelle résolution des Nations unies sur la Libye est également prévue pour lever les sanctions contre le pays et dégeler les avoirs du gouvernement afin que le CNT puisse commencer les initiatives économiques et utiliser ces avoirs. Cette résolution sera certainement adoptée par l'élitiste Conseil de sécurité des Nations unies, complètement contrôlé par les grandes puissances. L'Assemblée générale des Nations unies, représentant tous les pays du monde, ne sera pas partie à ces décisions importantes.

En attendant, malgré les affirmations que les soi-disant rebelles ont donné aux forces gouvernementales jusqu'au 10 septembre pour se rendre, les combats se poursuivent. Les frappes de l'OTAN ont lieu quotidiennement, 24 heures sur 24, en particulier sur et autour de Syrte, où le gouvernement maintient toujours le contrôle. De lourdes pertes sont signalées. Des civils sont coincés entre les bombes de l'OTAN qui tombent du ciel et les points de contrôle « rebelles » assiégeant la ville. La situation humanitaire partout au pays est désastreuse, avec des pénuries de produits de première nécessité et de fournitures médicales, et un manque d'eau et d'électricité. Des rapports continuent de faire état des violations « rebelles » des droits humains ciblant en particulier les travailleurs immigrants noirs venus d'Afrique.

(Presse canadienne, Voice of America, Postmedia News, BBC News, The Globe and Mail, Daily Times, The Huffington Post, The Telegraph)

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La re-colonisation de l'Afrique

La semaine dernière, le monde a été gratifié du spectacle de la conférence de Paris où des dirigeants occidentaux, l'un après l'autre – en compagnie de quelques dictateurs arabes de service – se sont tapés sur l'épaule pour se féliciter d'avoir « libéré » la Libye du pouvoir de Mouammar Kadhafi. Ce qui rappelait irrésistiblement l'infâme conférence de Berlin en 1884 où l'Afrique avait été découpée entre colonisateurs européens.

À juste titre, le président sudafricain Jacob Zuma a fait savoir – comme tout Africain qui se respecte aurait dû le faire – qu'il n'aurait rien à voir avec le cynisme de ce cirque organisé ostensiblement par le président français Nicolas Sarkozy et le premier ministre britannique David Cameron pour décider de l'avenir de la Libye... comme si ce n'était pas aux Libyens et aux Africains eux-mêmes de le faire.

En fin de compte, il y avait une absence flagrante de dirigeants Africains influents, un certain nombre de pays africains et l'Union africaine (UA) ayant refusé de reconnaître le Conseil national de transition (CNT) installé par l'OTAN en tant que nouveau gouvernement de la Libye. L'Algérie, voisine de la Libye, était présente mais seulement comme observateur et peut-être seulement parce que sa frontière commune avec la Libye lui a donné des motifs impérieux.

La Russie et la Chine – qui se sont toutes deux opposées à la campagne militaire conduite par l'OTAN pour chasser Kadhafi – étaient aussi présentes comme pays observateurs, la Russie ayant reconnu le CNT à peine quelques jours auparavant. Cependant, ces deux pays ont d'importants intérêts présents en Libye tandis que la Chine a aussi d'énormes intérêts ailleurs en Afrique, par exemple en Angola qui est maintenant son plus gros fournisseur de pétrole.

Pour beaucoup de gens, la conférence de Sarkozy et Cameron, version 2011 de la « ruée vers l'Afrique », ramène aussi à l'esprit le discours d'acceptation du leader de l'ANC Albert Luthuli quand il reçut le prix Nobel de la paix et dit : « Notre continent a été découpé par les grandes puissances. Des gouvernements étrangers ont été imposés au peuple africain par la conquête militaire et la domination économique. »

Comme Vusi Gumede de l'université de Johannesburg nous l'a rappelé si éloquemment dans un article d'opinion du Sunday Independent ce weekend : « Un cas d'espèce 50 ans plus tard est la douloureuse question de la Jamahiriya arabe libyenne. Il y a d'autres cas comme la Côte d'ivoire qui est une bombe à retardement. »

À ces deux cas, Gumede aurait pu ajouter la « domination économique » par la Chine qui s'accentue dans de nombreux pays africains, ou le désordre anarchique que les États Unis ont laissé derrière leur tentative de « conquête militaire » en Somalie.

Ce dernier pays avait d'abord été un pion géopolitique pendant la guerre froide entre les USA et l'Union soviétique dans leur volonté de contrôler la Corne de l'Afrique. Les USA avaient maintenu de bonnes relations avec le régime meurtrier de Siad Barre jusqu'à son éviction. Le pays se désintègrera dans une anarchie complète et les États Unis prendront la fuite la queue entre les jambes après la tragédie de l'hélicoptère tombé entre les mains des seigneurs de la guerre.

Aujourd'hui, les États Unis sont revenus indirectement en Somalie et soutiennent une des parties au conflit là-bas contre le mouvement islamiste al-Shabab à qui on reproche l'aggravation de la situation. Mais cette fois, l'armée des États-Unis n'est pas directement impliquée. Washington a envoyé à Mogadiscio Richard Rouget, un mercenaire français à la tête d'une équipe de 40 hommes, des « mentors » qui forment une « force de maintien de la paix » en Somalie. Rouget travaille pour une compagnie de sécurité privée établie à Washington qui est connue pour ses activités criminelles et ses liens présumés avec plusieurs coups de force en Afrique et un assassinat. Il avait aussi été le bras droit d'un autre fameux ancien mercenaire, Bob Denard.

D'anciens soldats français, britanniques et, malheureusement oui, sudafricains sont au nombre de ceux qui travaillent avec lui. Le département d'État US finance la compagnie de Rouget, pourtant tout le monde sait le niveau de destruction qui résulte de ce genre d'opérations clandestines US.

Les pays africains ont refusé de permettre aux États-Unis d'installer leur commandement militaire pour l'Afrique (AFRICOM) – un des dix commandements régionaux des forces armées US dans le monde – sur le sol africain. Les États Unis ont donc dû baser leur commandement en Allemagne « jusqu'en 2012 », année de réévaluation de la situation.

Le général William E. Ward, commandant de l'AFRICOM, a récemment effectué plusieurs visites au Botswana dans le cadre d'un net accroissement de la coopération militaire entre les deux pays. C'est ce fait et la rumeur selon laquelle les USA allaient installer une base au Botswana qui avaient amené le leader du mouvement de jeunesse de l'ANC, Julius Malema, à faire une déclaration retentissante concernant le soutien de son organisation à un changement de régime au Botswana, une déclaration qui lui a valu des problèmes avec le parti au pouvoir en Afrique du Sud.

Africains concernés [ou inquiets], dont Vusi Gumede est membre, a écrit une lettre ouverte à tous les peuples d'Afrique et du monde, faisant le constat de l'échec des Nations unies dans le monde, et particulièrement en Afrique par son adoption de décisions inappropriées.

« En tant qu'Africains inquiets, nous n'avons pas d'autre choix que de nous mobiliser et de réaffirmer notre droit et notre devoir de décider de notre destin en Libye et partout ailleurs sur notre continent », écrit Gumede. Il souligne la manière candide avec laquelle l'OTAN a interprété et appliqué la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU pour imposer une « zone d'exclusion aérienne » en Libye, l'Afrique du Sud ayant été bernée pour qu'elle lui apporte son soutien (voir Out of Africa de la semaine dernière).

Comme l'Afrique du Sud, de nombreux pays africains et d'autres pays du BRICS [Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud] ont condamné le comportement arrogant du Royaume-Uni et de la France qui ont recouru à la seule force militaire au lieu du recours proclamé à « tous les moyens » pour protéger les civils libyens, puis ont fait évoluer l'objet de l'action de la protection des civils à l'obtention d'un changement de régime à tout prix en Libye. En fin de compte, beaucoup, beaucoup de civils ont été tués – pas protégés – par la campagne incessante de bombardements de l'OTAN, les immenses ressources pétrolières de la Libye étant la récompense ultime.

Ironiquement, tout a commencé aux Nations unies en lesquelles le grand dirigeant encore vivant de l'Afrique du Sud, Nelson Mandela, avait tellement foi quand des délibérations étaient en cours pour savoir si les États Unis et la Grande-Bretagne devaient attaquer l'Irak pour éliminer son arsenal présumé d'armes de destruction massive... des armes qu'il n'avait jamais eues.

À l'époque, Mandela avait dit : « Il n'y a qu'une solution et une seule et elle passe par les Nations unies. Si la Grande-Bretagne et les États-Unis vont aux Nations unies et que les Nations unies disent avoir des preuves concrètes de l'existence de ces armes de destruction massive en Irak et que nous sentions que nous devons faire quelque chose à ce sujet, nous y serions tous favorables. »

La Grande-Bretagne et les États-Unis firent ce qu'ils voulurent de toute façon – ils envahirent l'Irak sur la base de leurs mensonges et sous le prétexte qu'ils sauveraient des millions de vies en agissant ainsi.

Avec le prétexte humanitaire semblable de sauver des vies, la Grande-Bretagne et la France ont outrepassé la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU pour attaquer la Libye et obtenir un changement de régime. Plusieurs initiatives louables de l'Union africaine dans lesquelles l'Afrique du Sud a joué un rôle moteur et qui cherchaient à aboutir à un règlement négocié en Libye pour éviter un bain de sang ont tout simplement été ignorées par la Grande-Bretagne, la France et leurs alliés de l'OTAN. L'Afrique n'a pas été autorisée à avoir une marge de manoeuvre pour apporter une solution africaine à un problème africain.

« L'Afrique et le monde en développement sont donc en droit d'être atterrés, car les Libyens sont des Africains et font partie du monde en développement qui a beaucoup souffert de l'impérialisme et du colonialisme. Les Libyens ont payé et continuent à payer de leur vie pour l'objectif occidental de changement de régime », écrit Gumede. En effet.

Traduction : Mounadil al Djazaïri

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Le rôle de la Chine dans la reconstruction

Jian Junbo, dans un texte paru dans Asia Times Online, analyse la politique de la Chine vis-à-vis la Libye et sa présence à la soi-disant conférence des amis de la Libye le 1er septembre, à Paris. Selon lui, « la participation à la reconstruction de la Libye pourrait marquer la première étape pour la Chine qui veut jouer un rôle plus actif dans les affaires internationales ». Cette affirmation est soutenue par une déclaration du porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Ma Chaoxu, qui a dit le 24 août que la Chine est prête « à jouer un rôle actif dans la reconstruction prochaine » de la Libye.

La Chine a été invitée à assister à la réunion du 1er septembre par l'hôte de la conférence, le président français Nicolas Sarkozy. Selon Jian Junbo, cette invitation a été lancée dans le contexte suivant :

« Sarkozy a effectué le 25 août une « soudaine » visite à Pékin. Il a discuté de la crise de la dette dans la zone euro avec son homologue chinois Hu Jintao. Dans le vocabulaire diplomatique, cela signifie qu'il a demandé à la Chine d'aider à stabiliser la situation en Europe. On soupçonne qu'en échange, il aurait promis un rôle pour la Chine dans la reconstruction de la Libye. »

Les intérêts économiques de la Chine en Libye

La Chine était déjà un des principaux acteurs économiques en Libye avant l'agression de l'OTAN. Au début de la guerre, diverses sources ont rapporté que la Chine a évacué de la Libye quelque 35 000 de ses ressortissants. Les évacués chinois sont principalement des travailleurs, y compris les ouvriers non qualifiés, cadres et ingénieurs. D'autres étaient des touristes. Avant le début de la guerre, le ministère chinois du Commerce a signalé qu'il y a 75 entreprises chinoises dans 13 grandes entreprises d'État engagées dans 50 projets de grande envergure valant au moins 18,8 milliards $US, principalement liés au développement du logement, la construction ferroviaire et les services pétroliers et des télécommunications. Globalement, les activités économiques de la Chine en Libye ont été principalement liées au développement des infrastructures, un secteur où la Chine est bien positionnée pour remporter des contrats en raison de sa main-d'oeuvre qualifiée bon marché.

La Chine est également le deuxième plus grand consommateur de pétrole au monde et l'année dernière elle a obtenu 3 % de son pétrole brut de la Libye. Selon Reuters, l'année dernière la Chine a importé de la Libye près de 150 000 barils de pétrole brut par jour grâce à l'UNIPEC, le bras commercial du plus grand raffineur en Asie, China Petroleum & Chemical Corporation (SINOPEC Corp), qui détient le contrat d'approvisionnement à long terme, ce qui équivaut à environ un dixième des exportations de brut de la Libye. Les trois plus importantes sociétés pétrolières d'État chinoises avaient des projets d'ingénierie en Libye, mais aucune production pétrolière. Ces entreprises sont la China National Petroleum Corporation (CNPC), la China Petrochemical Corporation (Groupe SINOPEC) et la China National Offshore Oil Corporation (CNOOC).

Les louvoiements

Lorsque les frappes de l'OTAN ont commencé, en mars, la Chine a pressé le gouvernement libyen à protéger les intérêts économiques chinois en Libye. La demande a été faite après que Abdelialil Mayouf, un responsable de l'information à une entreprise pétrolière contrôlée par les rebelles, ait averti les sociétés chinoises et russes qu'elles pourraient perdre leurs avantages si le gouvernement est défait. Wen Zhongliang, ministre adjoint du commerce de la Chine, a dit en réponse à des questions concernant cette menace : « Nous espérons que, après un retour à la stabilité, la Libye continuera de protéger les intérêts et les droits des investisseurs chinois et nous espérons continuer la coopération économique et les investissements avec la Libye. »

Dès le début, la Chine s'est opposée au déploiement militaire de l'OTAN pour remplacer le gouvernement libyen par le Conseil national de transition (CNT), inquiète des conséquences que cela pourrait avoir pour ses intérêts économiques dans ce pays. Par contre, elle n'a d'aucune façon tenté de l'arrêter. Et tandis que la Chine continue de ne pas reconnaître le CNT comme autorité légitime en Libye, elle établit des liens avec les rebelles de l'OTAN. Comme Jian Junbo le fait remarquer, « lorsque le résultat de la guerre civile était imprévisible, Pékin est demeuré ouvert aux belligérants rebelles et au régime de Tripoli ». Il ajoute :

« Pékin n'a pas dénoncé la légitimité du régime de Kadhafi et avait invité son ministre des Affaires étrangères à visiter la Chine. Or, il a également envoyé un émissaire pour rentrer en contact avec les rebelles. Zhang Zhiliang, l'ambassadeur chinois au Qatar, a rencontré le chef de file du CNT à Doha, en juin. Et le 6 juin, Li Lianhe, un diplomate chinois en Égypte, s'est rendu à Benghazi voir ce qu'il en était de la situation humanitaire et constater l'état des institutions financées par la Chine. Il a également rencontré le président du CNT, Mustafa Mohammed Abdul Jalil, et d'autres dirigeants.

« Cela a été suivi le même mois d'une visite en Chine de Mahmoud Jibolile, le président du directoire du CNT, pour discuter avec les dirigeants chinois. Puis en juillet, Chen Xiaodong, le directeur du département de l'Afrique auprès du ministère chinois des Affaires étrangères, s'est rendu à Benghazi pour s'entretenir avec les dirigeants du CNT.

« On rapporte que Pékin aurait également envoyé de l'aide humanitaire aux rebelles via la Croix-Rouge chinoise. »

Jian Junbo mentionne aussi une déclaration du 30 août de Xie Yajing, le conseiller commercial du département de l'Asie occidentale et de l'Afrique auprès du ministère du Commerce, qui déclare que les entreprises chinoises ont la possibilité de faire des affaires en or lors de la reconstruction de la Libye après la guerre. Il a également dit qu'il fallait patienter jusqu'à ce que la situation politique soit devenue stable et claire. Si la Libye ouvre ses projets d'infrastructure à la concurrence internationale par le biais d'appels d'offres équitables, Jian Junbo prétend que la Chine va avoir de meilleures chances de remporter des contrats car sa main-d'oeuvre bon marché lui donne un avantage concurrentiel.

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Cuba ne reconnaît pas le Conseil
national de transition

Le ministère cubain des Affaires Étrangères a procédé au retrait de son personnel diplomatique de la Libye, où l'intervention étrangère et l'agression militaire de l'OTAN ont aggravé le conflit et ont empêché le peuple libyen d'avancer vers une solution négociée et pacifique en plein exercice de son autodétermination.

La République de Cuba ne reconnaît ni le Conseil national de transition ni aucune autorité provisoire, et elle ne reconnaîtra qu'un gouvernement constitué dans ce pays de façon légitime et sans intervention étrangère, par le biais de la volonté libre, souveraine et unique du peuple frère de Libye.

L'ambassadeur Victor Ramirez Peña et le premier secrétaire Armando Pérez Suarez, accrédités à Tripoli, ont maintenu une conduite sans tache, strictement attachée à leur statut diplomatique. Ils ont couru des risques et ils ont accompagné le peuple libyen dans cette situation tragique. Ils ont été témoins directs des bombardements de l'OTAN contre des objectifs civils et de la mort de personnes innocentes.

Sous le prétexte grossier de la protection de civils, l'OTAN a assassiné des milliers d'entre eux ; elle a ignoré les initiatives constructives de l'Union africaine et d'autres pays, et elle a même violé les résolutions contestables qu'elle a imposées au Conseil de sécurité, en particulier avec les attaques contre des objectifs civils, avec le financement et la livraison d'armements à une partie, ainsi qu'avec le déploiement de personnel opératif et diplomatique sur le terrain.

Les Nations unies ont ignoré la clameur de l'opinion publique internationale en faveur de la défense de la paix et elles se sont faites les complices d'une guerre de conquête. Les faits confirment les mises en garde lancées en temps opportun par le Commandant en chef Fidel Castro Ruz, et les dénonciations opportunes de Cuba à l'ONU. On sait mieux maintenant à quoi sert la dite « responsabilité de protéger » entre les mains des puissants.

Cuba proclame que rien ne peut justifier l'assassinat de personnes innocentes.

Le ministère des Affaires étrangères réclame la cessation immédiate des bombardements de l'OTAN qui continuent à faucher des vies, et il réaffirme qu'il est urgent que l'on permette au peuple libyen de trouver une solution pacifique et négociée, sans ingérence étrangère, en plein exercice de son droit inaliénable à l'indépendance et à l'autodétermination, à la souveraineté sur ses ressources naturelles et à l'intégrité territoriale de cette nation soeur.

Cuba dénonce que la conduite de l'OTAN a pour objectif de créer des conditions similaires pour une intervention en Syrie, et elle réclame la fin de l'ingérence étrangère dans ce pays arabe. Elle appelle la communauté internationale à prévenir une nouvelle guerre ; elle appelle les Nations unies à remplir leur devoir de sauvegarder la paix et elle appuie le droit du peuple syrien à l'indépendance et à l'autodétermination pleines.

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Propos concernant Obama et son «modèle libyen»

Déjà, on parle beaucoup du soi-disant modèle libyen. Un article récent du New York Times[1] le qualifie de doctrine Obama pour le Moyen-Orient.

« Les représentants de l'administration affirment que même si l'intervention de l'OTAN en Libye, qui met l'accent sur les frappes aériennes pour protéger les civils, ne peut être appliquée uniformément dans d'autres points chauds comme la Syrie, le conflit pourrait devenir un modèle de déploiement de la force des États-Unis dans d'autres pays où leurs intérêts sont menacés.

« [...] L'intervention en Libye a aidé à établir deux principes pour déterminer quand les États-Unis pourraient appliquer la force militaire pour avancer leurs intérêts diplomatiques, même si sa sécurité nationale n'est pas menacée directement.

« M. Obama a établi ces principes le 28 mars, lorsqu'il a donné son seul grand discours à propos du conflit libyen, lors d'une présentation à l'université George Washington, qui établit de différentes manières les principes de la doctrine Obama.

« Dans ce discours, M. Obama a dit que l'Amérique avait la responsabilité de stopper ce qu'il a qualifié de menace de génocide à Bengazi (principe 1). En même temps, a-t-il dit, lorsque la sécurité de l'Amérique n'est pas menacée directement, mais qu'une action peut être justifiée – comme dans le cas d'un génocide – les États-Unis agiront seulement à la condition qu'ils n'agissent pas seuls (principe 2).

« Ainsi, avec la Libye, les États-Unis ont utilisé la force – fournissant des choses cruciales comme des missiles de croisière, des avions, des bombes, du renseignement et même du personnel militaire – mais ils l'ont fait en tant que partie de la coalition de l'OTAN, dirigée par les Français et les Britanniques et comprenant des nations arabes.

« Et ils ont agi de cette façon seulement après qu'une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies ait autorisé cette approche multilatérale considérée avec dédain par le prédécesseur de M. Obama, George W. Bush.

« En fait, soutiennent les représentants du gouvernement américain, la stratégie en Libye a fonctionné en grande partie parce qu'elle a été perçue comme un effort international contre un dictateur brutal et non ‘une approche des États-Unis seuls', comme l'affirme un haut représentant de l'administration. »

De cette façon, la doctrine Obama prévoit qu'une OTAN agressive dirigée par les États-Unis peut intervenir n'importe où et en tout temps pour servir les intérêts de l'impérialisme américain, tout en tenant en échec les autres puissances de l'OTAN, spécialement en Europe. C'est une doctrine par laquelle une résolution des Nations unies autorisant supposément une zone d'exclusion de vol et un embargo sur les armes devient un feu vert pour des bombardements aériens, pour l'armement de milices et l'application d'un changement de régime, et par laquelle une cinquième colonne est mise sur pied à l'intérieur d'un pays, et ensuite activée avec l'appui militaire de l'Empire. Cela ne doit pas passer !

L'article du Times poursuit les spéculations sur les possibilités d'appliquer le modèle libyen et la doctrine Obama en Syrie. Même si les conditions en Syrie sont différentes, l'essence de la doctrine révèle le danger que cela représente pour les peuples du monde.

Note

1. « US Tactics in Libya may be a Model for other efforts », Helene Cooper et Steven Lee Myers, New York Times, 28 août 2011.

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À titre d'information

Les États-Unis étendent leur présence
militaire en Afrique

Selon des responsables des forces aériennes américaines (US Air Force), un nouvel escadron axé sur l'Afrique créé en avril deviendra opérationnel plus tard cette année en appui au commandement américain en Afrique (AFRICOM). Le 818e escadron de soutien mobile basé au New Jersey va commencer par la formation de forces aériennes en Afrique.

Le nouvel escadron opère sous la 621e division d'intervention d'urgence à la base conjointe McGuire-Dix-Lakehurst et alors qu'il n'est pas formellement assigné à l'AFRICOM, il a été formé principalement pour mener des missions en Afrique. L'accent est mis sur le renforcement des capacités de mobilité aérienne des armées africaines qui peuvent être utiles aux intérêts américains sur le continent. La formation sera axée sur l'approvisionnement en fournitures et troupes dans les zones de guerre et la mise en place du contrôle du trafic aérien et fait appel à des tactiques de regroupement aérien. Les noms des pays africains qui vont recevoir cette formation sont encore inconnus.

Cette récente annonce est une autre indication que l'armée américaine renforce sa présence sur le continent. Déjà, l'AFRICOM a ajouté une unité spéciale de la marine (Navy Special Warfare) axée sur l'Afrique, tandis que les Marines américains ont autorisé un groupe de travail axé sur la formation des militaires à travers la partie nord du continent et autour de la Corne de l'Afrique. La formation de ce dernier groupe est déjà en cours.

L'AFRICOM est l'un des six quartiers généraux militaires régionaux du département de la Défense des États-Unis. L'ex-président Bush et le secrétaire à la Défense, Robert Gates, avaient annoncé la création de l'AFRICOM en février 2007. Il est devenu opérationnel en octobre 2007 et a été formellement établi le 1er octobre 2008 comme un commandement unifié de combat indépendant. L'AFRICOM a pour mandat de soutenir le département d'État américain dans la réalisation des objectifs de la politique étrangère américaine en Afrique, jusqu'à et y compris la conduite des opérations militaires sur le continent. Il est actuellement axé sur la collaboration avec les ambassades des États-Unis et les pays et organisations partenaires d'Afrique pour renforcer les relations militaires bilatérales entre les États-Unis et 54 pays africains. L'AFRICOM fait rapport au secrétaire de la Défense qui rend compte directement au président.

L'AFRICOM est situé à la caserne Kelley à Stuttgart-Moehringen, en Allemagne, où le Commandement européen des États-Unis est également basé. Selon son site officiel, les programmes de l'AFRICOM en Afrique sont coordonnés par environ 18 bureaux de la coopération en matière de sécurité (OSC). Situé dans les ambassades américaines, le personnel des OSC comprend généralement une à trois personnes et totalisent actuellement environ 100. L'AFRICOM planifie d'ajouter sept OSC durant l'année à venir, une autre indication de l'intérêt accru des États-Unis pour le continent. Il a également des officiers de liaison affectés à des postes clés en Afrique, y compris à l'Union africaine, la Communauté économique des États d'Afrique occidentale (CEDEAO) et le Centre de formation international Kofi-Annan pour le maintien de la paix situé au Ghana.

Avec l'expansion des programmes de l'AFRICOM et l'augmentation de son personnel, les États-Unis cherchent clairement à établir une plus grande présence en Afrique. C'est aussi mis en évidence par la guerre contre la Libye, entre autres lieux où il y a eu expansion de l'engagement militaire américain sur le continent. Tout cela soutient les prétentions de certains analystes que la ruée vers l'Afrique est déjà bien en marche.

(U. S. Africa Command, Stars and Stripes)

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