Mouvement ouvrier

Air Canada

Les agents de régulation des vols rejettent
l'entente de principe

Les membres de l'Association des agents de régulation du transport aérien canadien ont rejeté l'entente de principe conclue entre leur association et Air Canada. Bien que les détails du vote ne soient pas disponibles, ce vote démontre encore une fois la force des employés d'Air Canada, trois des groupes syndiqués ayant rejeté les ententes de principe conclues avec la compagnie.

La toute récente édition du bulletin Nouveaux Horizons salue les agents de régulation pour leur décision militante à la défense de leurs intérêts. « Ce vote démontre à nouveau que les travailleurs doivent s'organiser pour devenir des participants actifs dans ce processus de négociation afin de devenir les preneurs de décisions », écrit Nouveaux Horizons.

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Défions le «bâillon»! Finies les négociations secrètes! Ensemble à la défense de nos intérêts!

Le Bulletin de discussion des agents de bord d'Air Canada affiché sur Facebook fait état de la tenue d'une conférence téléphonique entre des membres du comité de négociation, des représentants du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), des conseillers juridiques et d'autres représentants des syndicats locaux. Il en ressort qu'Air Canada et le comité syndical de négociation ont été « bâillonnés » au cours des présentes négociations.

Personne n'a pu nous dire qui était l'auteur de ce « bâillon », mais nous ne pouvons que conclure qu'il s'agit du « médiateur » nommé par le fédéral pour superviser les pourparlers entre les deux parties pendant la période « de réflexion » qui marque la fin du processus de conciliation. Pourquoi on a imposé ce bâillon et pourquoi on l'a accepté, cela demeure un mystère.

Il est clair que ce « bâillon » ne part pas d'une volonté de traitement équitable dans le but de faciliter la discussion entre les deux parties. Il s'agit plutôt d'une nouvelle ingérence du gouvernement Harper et de ses institutions dites neutres dans le processus de négociation. Plus encore, c'est un effort délibéré pour empêcher que des mécanismes plus démocratiques ne soient mis en place et que notre collectif ne prenne la place qui lui revient dans ce processus. Il en ressort que toute communication entre le comité de négociation et le collectif est tout à fait impossible et que par conséquent nous sommes encore plus marginalisés dans le processus.

Les récents événements démontrent on ne peut plus clairement que les membres de notre collectif deviennent de plus en plus déterminés à trouver des formes qui leur permettront de devenir les preneurs de décisions dans le processus de négociation. Nous sommes en train de faire entendre nos voix comme jamais auparavant. Le niveau de discussion autour de l'entente de principe et la participation massive (proportionnelle à notre collectif) au vote est un premier pas vers la prise en mains de la défense de nos propres intérêts.

Ce pas initial, bien qu'important et très inspirant, n'est que le début d'un long cheminement. Ayant d'abord commencé par discuter de nos préoccupations, il devient clair que nous devons être les preneurs de décisions au sein de notre organisation de défense et de la société dans son ensemble. Les bulletins tels que Nouveaux Horizons, les discussions sur Facebook, les courriels réguliers et sporadiques provenant des membres du collectif ainsi que les rares occasions de passer outre aux contraintes légales imposées lors des réunions nous permettent d'exprimer nos opinions sur des questions qui nous touchent et offrent la possibilité de mettre de l'avant des solutions aux problèmes auxquels nous sommes confrontés. Il s'agit de questions immédiates comme les salaires et les conditions de travail ainsi que la préservation de nos pensions pour que nous puissions prendre notre retraite dans la dignité. Il s'agit aussi de nos opinions sur l'organisation du secteur aérien au Canada afin que celui-ci soit à la hauteur des attentes des Canadiens et de notre économie.

Cependant, ces discussions ont lieu en vase clos et ne sont que des discussions.

Nous continuons d'être marginalisés par rapport au processus de prises de décisions sauf lorsque nous sommes appelés à voter sur un entente à laquelle nous n'avons aucunement contribué. À moins d'en finir avec cette façon de faire, nous ne créerons jamais les conditions nous permettant de devenir les véritables preneurs de décisions.

Nous devons trouver les mécanismes qui nous permettront de participer aux négociations, de suivre leur déroulement et d'y participer. La participation n'est possible que si chaque point soulevé est discuté entre nous et avec notre comité de négociation.

Il nous faut des réunions hebdomadaires ou nous pouvons discuter des progrès et des difficultés observées. Ces discussions nous permettraient de fournir une orientation à notre comité de négociations pour la poursuite des négociations en notre nom. Si la force du syndicat est dans ses membres, alors nous devons devenir les preneurs de décisions. Cela est impossible tant et autant que nous serons marginalisés.

Le fait de défier le « bâillon » en mettant fin aux négociations secrètes renforcera notre unité à la défense de nos intérêts.

(Le 8 septembre 2011. Le bulletin Nouveaux Horizons est une publication par et pour les travailleurs aériens, en particulier les agents de bord. Cette publication est disponible à newhorizons@videotron.ca.)

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La formation de briseurs de grève – Dénonçons
la défense du droit de monopole par l'État

Dans un société moderne, nous présumons de façon générale qu'il relève de la responsabilité de l'État de défendre les intérêts du peuple. Les récentes actions du gouvernement Harper démontrent sans l'ombre d'un doute que ce n'est définitivement pas le cas en ce moment.

Depuis très longtemps, les agents de bord doivent suivre à tous les ans et avant la fin des douze mois une formation récurrente afin de renouveler leur qualification. Nous avons toujours compris que le ministère du Transport (MT) était inflexible à ce sujet et qu'il ne pouvait y avoir d'exemptions à la règle. Advenant un congé de maladie ou une absence majeure de la part d'un employé pendant cette période de renouvellement de sa qualification, cet employé ne pouvait tout simplement pas réintégrer son travail, n'était donc pas rémunéré et devait suivre, sur rendez-vous, une formation de renouvellement prolongée.

Mais lorsqu'il s'agit pour le gouvernement Harper de défendre les intérêts d'Air Canada, voilà que la flexibilité ne pose plus aucun problème. Air Canada veut réserver ses salles de classe pour former des briseurs de grève afin de maintenir les activités d'Air Canada advenant une grève de notre part. Il a donc annulé toutes les formations régulières partout au pays. Cette décision touche toute personne désirant suivre sa formation de renouvellement suite à un congé de maternité ou à un congé de maladie de longue durée. Et pour tous les autres qui attendaient leur formation récurrente, on a déclaré que leur qualification était prolongée jusqu'à 13 mois.

Il s'agit d'un manque flagrant de sollicitude envers les gens cherchant à retourner travailler et à gagner à nouveau un salaire. Mais d'autres questions se posent. Le MT fera-t-il aussi preuve de flexibilité dans l'émission de laissez-passer pour les zones réglementées, c'est-à-dire, sans attendre les trois mois réglementaires qui nous sont imposés lors de notre procédure de renouvellement ? C'est la seule façon qui permettrait aux briseurs de grève d'être en mesure de nous « remplacer » avant la fin de la « période de réflexion ». Il appert que le MT et le gouvernement Harper sont non seulement déterminés à défendre le droit de monopole, mais qu'ils ne se font aucun souci pour la sécurité des passagers.

Donc, tout en prétendant défendre en toute neutralité l'économie canadienne et venir en aide à la fois à Air Canada et aux syndicats pour que tous les concernés puissent en arriver à des ententes acceptables le plus rapidement possible, le gouvernement Harper tente par tous les moyens d'empêcher les travailleurs de défendre leurs intérêts et fait tout en son possible pour venir à la défense des intérêts des monopoles.

D'abord, il y a eu la menace de lois nous forçant à retourner au travail lorsque le syndicat des travailleurs canadiens de l'automobile a déclenché la grève, menace qui fut mise à exécution contre les postiers à qui Postes Canada avait imposé un lock-out. Et voilà que le gouvernement Harper et ses institutions font des pieds et des mains pour faciliter la formation de « travailleurs de remplacement ».

Nous devons forcer le gouvernement à assumer ses responsabilités et exiger qu'il défende les intérêts du peuple de ce pays et non les intérêts des monopoles comme Air Canada dont le seul souci est de maximiser ses profits au détriment des employés et des voyageurs, sans aucune considération pour les véritables besoins du peuple canadien et de notre économie.

Dénonçons la « latitude » d'Air Canada envers les briseurs de grève ! Non au droit de monopole ! Oui au droit public !

(Le 8 septembre 2011)

[[[[photo : Comité d'accueil pour les briseurs de grève en formation au siège social d'Air Canada à Montréal, le 8 septembre 2011. (Glen Malfara)]]]]

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Recours collectif et la Fiducie des soins de santé de General Motors

Audiences à la Cour supérieure du Québec:
Plus de questions que de réponses

GM essaie de « mettre fin de manière unilatérale »
aux prestations de soins de santé de ses retraités.

Un représentant du Centre ouvrier du PCC(M-L) a assisté aux audiences des 29 et 30 août dernier à la Cour supérieure du Québec sur le recours collectif de GM et la proposition de règlement par l'établissement d'une Fiducie de soins de santé (FSS).

Le but des audiences était de certifier le recours collectif pour fins de règlement et d'approuver la proposition de règlement qui établit la FSS. On a pu s'en rendre compte quand le juge Martin Castonguay a débuté les audiences en disant que cela pose peut-être problème qu'on demande en même temps de certifier le recours collectif et d'approuver la proposition de règlement. Est-ce que lier la certification du recours collectif à la proposition de règlement ne veut pas dire que cette proposition est de facto adoptée ? Les avocats de GM et des quatre requérants retraités nommés dans le recours collectif ont présenté de la jurisprudence sur la question et le juge en a été satisfait.

Près de 30 personnes ont participé à l'audience du 29 août, dont les avocats des requérants, de GM et des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA), un conseiller financier, le directeur des TCA pour les pensions et avantages sociaux et six retraités de GM de l'usine de Boisbriand (qui a fermé ses portes en 2002) qui sont liés à la requête des retraités. Le nombre des personnes présentes aux audiences n'est rien comparé aux 3 000 retraités québécois de GM qui dans le meilleur des scénarios vont voir leurs prestations de soins de santé réduites d'au moins 25 % si la FSS est approuvée.

Le représentant du Centre ouvrier a discuté avec les retraités de Boisbriand qui sont liés aux trois retraités québécois et à la conjointe survivante d'un retraité qui sont les requérants dans la demande de recours collectif, déposée en mai dernier. Le but du recours collectif est de contester l'affirmation de GM selon laquelle elle a le droit de « mettre fin de façon unilatérale » aux prestations de soins de santé des retraités. Ce recours collectif est semblable à celui de l'Ontario mais il semble que les lois soient différentes au Québec. C'est la raison pour laquelle il fallait que l'initiative paraisse venir des retraités et non de GM. En Ontario, GM poursuit directement les retraités en tant que groupe et elle propose l'établissement de la fiducie de soins de santé. Au Québec, ce sont les quatre retraités agissant comme représentants du groupe qui, sous la direction des TCA, poursuivent GM et proposent la fiducie. Dans les deux cas, GM est le bénéficiaire. Non seulement les avocats qui défendent la FSS sont-ils payés par le monopole, mais c'est ce dernier qui semble vouloir établir sans équivoque son droit d'annuler ou terminer de façon unilatérale ses contrats dûment signés.

Les retraités présents aux audiences avaient participé au travail préparatoire de la requête. Ils ont dit que l'initiative est venue des TCA et visait à protéger les travailleurs en réfutant la prétention de GM d'avoir le droit « de mettre fin de façon unilatérale » aux prestations de soins de santé sans mettre en place un programme alternatif approprié. La terminaison par GM des prestations de soins de santé est fort possiblement illégale au Québec et en Ontario, bien que pour des raisons différentes. Les retraités présents aux audiences sont appelés à appuyer la FSS parce que GM et ses créanciers ne pourront pas légalement mettre la main sur l'argent que GM met dans la fiducie même si la compagnie fait faillite. Ils reconnaissent malgré tout que le montant versé à la fiducie est insuffisant et qu'une grande partie de l'argent n'y a pas encore été déposée et le sera uniquement à titre de billets d'ordre assortis d'aucune garantie.

L'audience du 29 août

C'est l'avocat de GM qui a donné le ton même s'il n'a pas été le premier à parler et qu'il a été bref. Les autres avocats n'ont fait que développer la position de GM. Aucun des avocats ou des personnes autorisées à témoigner n'a parlé contre la violation par GM de ses obligations contractuelles envers les retraités ou de sa violation de quelque aspect que ce soit du droit public.

L'avocat de GM a débuté sa présentation en affirmant tout bonnement que GM a le droit de mettre fin de façon unilatérale aux prestations de soins de santé des retraités. Si l'entente n'est pas approuvée, a-t-il dit, le plein poids du recours collectif pour approuver le droit de GM de « mettre fin de façon unilatérale » à tout le programme des avantages sociaux des retraités va s'appliquer. Il a ajouté que cela pourrait avoir des conséquences sérieuses pour les 3 000 retraités québécois de GM qui pourraient tout perdre. « Mettez fin à la controverse, a-t-il dit, approuvez la proposition de règlement. »

C'est là que les choses se corsent et commencent à ressembler à ce qui se passe en Ontario. En apparence, le recours collectif dont parle l'avocat de GM (bien qu'au Québec il apparaît comme étant dirigé contre GM) a pour but d'établir le droit de GM de « mettre fin de façon unilatérale » à ses ententes dûment signées avec les retraités. Mais attention, GM, dans sa grande magnanimité, a dit oui à un règlement en acceptant la FSS que demandaient les gouvernements américain, canadien et du Québec. On vous recommande donc gentiment « de mettre fin à la controverse en approuvant la proposition de règlement » à moins que vous ne préfériez perdre les prestations de soins de santé que vous recevez en vertu de vos conventions collectives, prestations qui ont été approuvées avant le 8 juin 2009 par les dirigeants de GM et par les travailleurs.

L'avocat de GM a ensuite parlé des « circonstances exceptionnelles » dans lesquelles GM s'est trouvée en 2008-2009 même si elle ne s'est pas placée sous la loi de la protection de la faillite. La perspective de la faillite et les pertes des retraités et des travailleurs actifs auraient été bien pires qu'elles ne l'ont été si GM s'était effondrée aux États-Unis. Apparemment, il faut que les problèmes économiques aux États-Unis soient passés aux travailleurs canadiens de l'automobile en imposant, en plus des mises à pied et des coupures de salaires, que les prestations de soins de santé des retraités qui font l'objet d'un contrat entre les travailleurs canadiens et GM ne peuvent pas être payés et ne seront pas payés en entier.

L'avocat de GM s'est par la suite lancé dans une analyse économique centrée sur le capital sur le rôle joué par le travail dans la production de la valeur et dans sa distribution, qui supposément avantageaient les travailleurs canadiens par rapport à n'importe quelle opération de GM dans le monde. C'est ce qui, selon lui, aurait rendu la production au Canada non concurrentielle, rendant inévitables les coupures dans les prestations de soins de santé et la création de la FSS.

Quelle étrange façon de parler quand on sait que GM ne produit rien au Québec et cela depuis 2002 quand l'usine de Boisbriand a été fermée par décision unilatérale de l'entreprise. Pourquoi l'avocat de GM a-t-il fait comme si l'usine Boisbriand était encore en opération et pourquoi le juge l'a-t-il laisser livrer son message centré sur le capital ?

L'avocat de GM a poursuivi en présentant la FSS comme une composante essentielle de la réorganisation de la compagnie, qui lui permettrait d'éviter la faillite, et il a répété que la fiducie est indépendante de GM et gérée de façon indépendante de la compagnie.

L'idée qu'on cherche à présenter au Québec et en Ontario c'est que la FSS est une concession faite par GM, une preuve de sa bonne foi puisqu'elle a le droit de « mettre fin de façon unilatérale » à tout son programme d'avantages sociaux des retraités et même à ses fonds de pension. De cette manière, la FSS est présentée comme quelque chose de positif pour les retraités puisque sans elle GM pourrait, dit-on, mettre fin de façon unilatérale à ses obligations contractuelles en prestations de santé sans qu'il n'y ait aucun recours contre elle.

L'avocat a dit que la fiducie permettrait à GM « d'éliminer le passif que représentent ses coûts en prestations de soins de santé pour les retraités ». Libérée de ce « passif », a-t-il ajouté, GM serait en mesure d'établir sa « viabilité ».

L'intervention de l'avocat n'était rien de moins que de l'extorsion. C'est aussi une attaque à peine voilée contre les pensions. On cherche à laisser entendre aux retraités que sans la « viabilité » assurée par la terminaison de leurs droits et la création de la FSS, GM ne sera pas capable d'assurer le financement de cet autre « passif » que sont les fonds de pension. On cherche à faire paniquer les retraités et à leur faire croire qu'il n'y a aucune alternative et que la négation de leurs droits va réellement conduire à la viabilité des monopoles, un peu comme la soumission aux menaces d'extorsion d'un gangster est censée « protéger et maintenir viable » la propriété d'un commerçant.

L'avocat de GM a dit que s'il est vrai que les retraités vont perdre une partie de leurs prestations de santé, elles vont au moins être garanties puisque GM ne pourra pas légalement toucher à l'argent dans la fiducie. Il a dit que de toute façon le fait que GM a signé des conventions collectives qui comprennent des prestations de soins de santé, une gamme d'avantages sociaux et des pensions n'a jamais voulu dire que ces choses sont garanties. La sécurité des pensions et des avantages sociaux qui ont été négociés, a-t-il dit, a toujours dépendu de la capacité de payer de GM et de l'accord des investisseurs protégés.

La sécurité pour quelques-uns aux dépens de plusieurs

Quand ils ont signé ces conventions collectives, les travailleurs de GM ne se sont jamais faits dire que ces montants n'étaient pas garantis et ce n'était certainement pas ce qui était entendu. GM et les autres monopoles sont considérés depuis la Deuxième Guerre mondiale comme étant « trop gros pour tomber ». Pour les travailleurs, les contrats qu'ils ont signés ont force de loi et les modifier de façon unilatérale équivaut à un bris de parole et à une infraction à la loi. Mais pour l'avocat de GM, l'insécurité essentielle, parce que c'est l'élément qui lui permet de nier le droit public et de donner préséance au droit de monopole. Si les travailleurs ne vivaient pas l'insécurité, ce serait les créanciers protégés qui vivraient dans l'insécurité, ce qui nierait le droit de monopole. Dans cette équation, le système de justice et les gouvernements ne peuvent pas défendre le droit public contre le droit de monopole parce ce que cela menacerait la sécurité des créanciers dont les créances sont garanties et dans le droit commercial actuel cette sécurité a la priorité absolue. Les travailleurs doivent donner une nouvelle direction à l'économie et aux affaires politiques du pays afin que le droit public supplante le droit de monopole et que les besoins et les droits des véritables producteurs soient garantis par la loi et les gouvernements.

Dans le cas de GM, le droit de monopole supplante le droit public et le règlement sur la FSS semble un fait accompli, à moins que les retraités ne se désistent en masse et revendiquent leurs droits collectivement par une action avec analyse. L'avocat de GM a spécifiquement averti les retraités de ne pas se retirer de l'entente. Il a dit que si la proposition de règlement est rejetée ou que trop de retraités s'en désistent, GM va cesser de manière unilatérale de payer les prestations de soins de santé de tous les retraités qui seront ainsi abandonnés à leur sort. Personne n'a contesté la légalité de cette affirmation. Il a dit que la proposition de règlement sera annulée si plus de 100 retraités se retirent de la FSS. Il n'a pas précisé ce que cela pourrait signifier. (Voir la note à la fin)

Le juge n'a pas demandé à l'avocat d'expliquer les ramifications d'un désistement de 100 retraités, comment cela se ferait et comment il se fait que GM ait le droit d'annuler la proposition de créer la FSS si 100 personnes s'en désistent, compte tenu qu'aucun document soumis à la cour ne fait mention de ce nombre et de cette menace. Le silence du juge sur cette question est étrange parce que la cour a déjà été informée que trois retraités du Québec et 69 de l'Ontario ont à ce jour soumis des objections écrites à la proposition d'établir la FSS. Lors de l'audience, un des retraités de Boisbriand s'est levé pour dire combien il était mal à l'aise à l'idée de recevoir des billets d'ordre qui ne sont pas garantis, bien qu'ils représentent une partie substantielle de la FSS. Le juge, tout en lui disant qu'il prenait note de son inquiétude, a immédiatement rétorqué que mieux vaut une sécurité partielle que l'effondrement de GM et que c'est le marché qui va décider de l'avenir de ces avantages sociaux. Cette réponse n'a pas apaisé l'inquiétude du retraité ni le sentiment d'insécurité qui entoure toute cette affaire.

Le juge a également demandé ce qui a été fait en réponse à la plainte qu'au moins 96 retraités québécois de GM n'ont jamais reçu d'avis concernant la tenue de l'assemblée d'information à Boisbriand sur le recours collectif et la proposition de règlement créant la FSS.

Que les retraités n'aient pas reçu d'avis, cela jette un peu de lumière sur les raisons de ces audiences et ce qui motive GM à demander qu'un tribunal sanctionne son droit de monopole de mettre fin de façon unilatérale à ses obligations sociales contractuelles. C'est que le « droit » de GM tient uniquement dans la mesure où les retraités et les travailleurs actifs ne s'unissent pas et ne combattent pas pour les droits qui sont les leurs en tant qu'êtres humains et en tant producteurs de la richesse dont dépend la société. Pour que le droit public soit défendu contre le droit de monopole, il faut d'abord que les travailleurs soient informés et organisés et qu'ils ne soient pas déstabilisés et poussés à la panique par la mésinformation et la désinformation faites exprès pour les désorienter.

Les monopoles et leurs représentants ne vont pas informer les travailleurs de leurs droits ou les aider à s'organiser pour les défendre. L'information qu'ils ont donnée va seulement dans le sens de faire accepter la FSS. Les monopoles veulent nier le droit public et imposer le droit de monopole. Pour défendre leurs droits, les travailleurs doivent eux-mêmes s'armer de l'information dont ils ont besoin et bâtir des formes de résistance.

Note sur l'option d'exclusion

Le site web officiel du recours collectif des retraités de General Motors du Canada limitée,

http ://www.reglementfssgmcl.ca/french/fr_main.htm, qui est en cours au Québec et en Ontario donne le message suivant sur la possibilité de s'exclure de la proposition de règlement :

« Si le tribunal approuve le règlement proposé, tous les Membres du groupe seront liés par les modalités de celui-ci, sauf s'ils s'excluent du groupe. Si le règlement proposé est approuvé par le tribunal, un nouvel avis, approuvé par la cour, sera envoyé aux Membres du groupe expliquant comment s'en exclure s'ils ne désirent pas être liés par le règlement proposé. Les Membres du groupe qui s'en excluront selon la procédure prévue à cette fin ne pourront être bénéficiaires de la Fiducie de soins de santé des retraités du secteur de l'automobile qui sera indépendamment opérée et financée. Tout comme pour l'ensemble des Membres du groupe, les prestations de soins de santé des retraités cesseront d'être offertes par GM Canada aux Membres du groupe qui choisissent de s'en exclure. »

Les autres documents légaux relatifs au recours collectif se réfèrent aussi aux mesures pour s'exclure de la proposition de règlement. La plupart des commentaires y ont pour but de faire peur aux retraités qui pensent à se désister. L'ébauche de règlement de 2009 parle de formulaires qui seront disponibles pour ceux qui veulent se désister. Le document dit que toute question relative à une demande de désistement peut être adressée à gmclfssreglement@craw.co.

Le désistement de règlements de recours collectifs est régi par la loi. Le recours collectif des Mohawks par exemple faisait partie du recours collectif national sur les pensionnats des Premières Nations. Le désistement était une option possible une fois le règlement du recours collectif approuvé par les tribunaux de l'Ontario. Cela voulait dire qu'un membre du groupe visé pouvait s'exclure du règlement en abandonnant ses droits à tout ce qui y est contenu mais en gardant son droit de poursuivre en cours les parties mentionnées dans le règlement. La note indique que le document de la cour qui approuve le règlement a statué que si moins de 5000 personnes s'excluaient du règlement celui-ci devenait final et exécutoire. Cela suppose que si plus de 5000 personnes s'étaient retirées du règlement, le règlement lui-même en aurait été affecté mais on n'explique pas comment exactement. On sous-entend que les termes du règlement devraient être changés ou que le règlement lui-même serait annulé. Rappelons qu'une différence essentielle entre le recours collectif des résidents des pensionnats autochtones et le recours collectif de GM est que dans le cas des Premières Nations il n'y avait pas de réglement antérieur tandis que dans le cas de GM les retraités avaient des contrats dûment signés avec la compagnie. C'est important parce qu'un parti à un litige peut-il tout simplement se soustraire à ses obligations contractuelles et attendre d'être poursuivi, comme le fait GM, où est-il tenu légalement de reconnaître ces obligations contractuelles si des travailleurs demandent d'être exclus du règlement ? Le recours collectif de GM n'a-t-il pas précisément pour objectif de permettre à GM de se soustraire à ses olibations contractuelles ?

Les documents sont disponibles à
http://www.cohenhighley.com/class-actions/the-mohawk-residential-school-class-action/

Voici quelques extraits du Recours collectif Mohawk :

VOUS EXCLURE (EXERCER VOTRE OPTION DE REFUS) DU RÈGLEMENT

Si vous ne voulez pas de paiement ou si vous croyez pouvoir obtenir plus d'argent que ce que le règlement prévoit en intentant vous-même une poursuite, vous devez alors prendre des mesures pour vous exclure. Cela s'appelle exercer son option de refus.

Si j'exerce mon option de refus, puis-je obtenir de l'argent en vertu de ce règlement ?

Non. Si vous exercez votre option de refus, vous n'obtiendrez aucun paiement du règlement–pas d'argent du PEC (Paiement d'expérience commune) ou du PEI (Processus d'évaluation indépendant). Vous ne serez lié par rien de ce qui arrive dans ce règlement. Votre seule option sera d'intenter vous-même une poursuite contre le gouvernement ou les églises. Vous ne conserverez ce droit qu'en exerçant votre option de refus. Veuillez consulter un avocat avant d'exercer votre option de refus.

Si je n'exerce pas mon option de refus, puis-je intenter une action plus tard ?

Non. En demeurant dans le règlement, vous renoncez au droit de poursuivre le gouvernement, les églises ou tout défendeur des recours collectifs pour tout ce qui concerne les pensionnats. Vous devez exercer votre option de refus de ce recours collectif pour intenter votre propre action en justice. N'oubliez pas, l'échéance pour l'exercice de l'option de refus est le 20 août 2007.

Pour vous exclure, vous devez envoyer un formulaire d'exercice de l'option de refus. Vous pouvez en obtenir un à l'adresse www.reglementpensionnatsindiens.ca. Vous devez poster votre formulaire d'exercice de l'option de refus avant le 20 août 2007, le cachet de poste en faisant foi, à :

Options de refus du Règlement concernant les pensionnats, suite 3-505, 133, rue Weber Nord, Waterloo (Ontario), N2J 3G9. Conservez une copie de votre formulaire d'exercice de l'option de refus rempli.

Est-ce que les membres de la famille peuvent exercer l'option de refus du règlement ?

Oui, les membres de la famille peuvent exercer leur option de refus du règlement. Les membres de la famille qui exercent leur option de refus ne seront liés par rien de ce qui arrive dans ce règlement ; toutefois, la seule option qui leur restera sera d'intenter eux-mêmes une poursuite contre le gouvernement ou les églises.

Qu'en est-il si j'ai une action en justice en instance au Québec ?

Le processus est très différent si vous avec une poursuite relative aux pensionnats en instance au Québec. Vous devez arrêter cette poursuite avant le 20 août 2007, sinon vous serez automatiquement exclu (exercerez automatiquement votre option de refus) de ce règlement et vous n'obtiendrez aucun paiement de ce règlement. Consultez immédiatement votre avocat.

http ://www.cohenhighley.com/class-actions/the- mohawk-residential-school-class-action/

La période pour exercer l'option de refus s'est terminée le 20 août 2007. Le gouvernement va fournir le décompte final des anciens élèves qui ont exercé leur option de refus lundi le 27 août 2007. Si moins de 5000 anciens élèves à l'échelle nationale exercent leur option de refus, le règlement du recours collectif deviendra final et exécutoire.

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Côte ouest de l'Amérique du Nord

Les débardeurs américains défendent leurs
droits et le courant progressiste de l'histoire

[[[Le 7 septembre 2011, des centaines des débardeurs et leurs partisans bloquent un train transportant du grain à une installation de chargement à Longview, Washington. Des policiers anti-émeute ont pris d'assaut le groupe comprenant des femmes et des enfants, blessant plusieurs dans le processus mais les gens ont tenu bon. (ILWU)]]]]

Les 7 et 8 septembre, les débardeurs de Seattle, Tacoma, Longview et Vancouver (Washington) ont pris position à la défense de leurs droits. Plus d'un millier de membres de l'International Longshore and Warehouse Union (ILWU) ont fermé jeudi les ports de Seattle et Tacoma tandis qu'un millier d'autres ont fermé les ports le long du fleuve Columbia à Longview et à Vancouver et ont entrepris d'autres actions.

Avant l'aube à Longview, 500 travailleurs ont occupé le terrain devant les portes du nouveau terminal céréalier EGT et ont pénétré sur les lieux pour exiger leur droit à une convention collective et le retrait des briseurs de grève. Des rapports indiquent qu'ils ont exprimé leur frustration devant le refus du monopole EGT de se conformer à un accord conclu avec le port de Longview que seuls les débardeurs syndiqués de l'ILWU travailleront au port et devant la réticence de l'entreprise à discuter avec l'ILWU. Les travailleurs ont quitté les lieux après plusieurs heures avant de retourner à leur local syndical.

Au lieu de respecter l'accord conclu avec les autorités portuaires de Longview, EGT, un cartel international détenu par le monopole alimentaire Bunge basé à Saint-Louis, Itochu international du Japon et STX Pan Ocean de la Corée du sud, a engagé des briseurs de grève de Portland pour travailler au nouveau terminal céréalier à des salaires, avantages sociaux, pensions et conditions de travail inférieurs aux normes de la région du Nord-Ouest du Pacifique et en dehors de l'unité syndicale de l'ILWU. EGT s'est vanté d'avoir « épargné » plus d'un million de dollars par an à l'aide des 50 travailleurs nécessaires au fonctionnement du nouveau terminal céréalier.

Si on permet cela, les débardeurs du Nord-Ouest disent que cela brisera l'unité des travailleurs nécessaires pour maintenir leurs conventions collectives avec les autorités portuaires et leur niveau de vie établi après des décennies de lutte. Les débardeurs ont souligné que l'ILWU est né dans le Nord-Ouest dans le cours des luttes héroïques de 1934 contre la violence et l'intimidation organisées par l'État et les compagnies. La victoire des travailleurs a marqué un nouveau départ et leur a permis de sortir des sentiers battus à la défense des droits de tous. Si l'unité des débardeurs est brisée pour une raison quelconque, les monopoles et l'État encore plus agressifs aujourd'hui vont détruire les normes existantes et leur syndicat.

Les travailleurs canadiens doivent prendre note que le monopole alimentaire Bunge est aussi l'une des forces de connivence avec Cargill, d'autres monopoles et le Parti conservateur au pouvoir à Ottawa qui veulent pour leurs propres intérêts étroits prendre le contrôle de la commercialisation de blé et de l'orge détenue par la Commission canadienne du blé contrôlée publiquement.

Pendant ce temps en amont sur le fleuve Columbia, 400 débardeurs et leurs partisans à Vancouver (Washington) ont occupé la ligne de chemin de fer pour arrêter le train chargé de grains se dirigeant vers le port de Longview. Ils ont été confrontés à la violence organisée de l'État sous la forme d'un important contingent de policiers lourdement armés envoyés pour criminaliser les travailleurs qui défendent leurs droits et pour battre les travailleurs à l'aide de matraques, gaz lacrymogènes et poivre de Cayenne, arrêtant des dizaines de personnes, y compris le président de l'ILWU Bob McEllrath. Des rapports indiquent que les débardeurs ont tenu bon et exigé la libération de McEllrath et la reconnaissance de leurs droits. Sa libération est intervenue après des négociations au cours desquelles les manifestants se sont fait dire que « la prochaine fois les autorités feraient appel à l'armée ».

Durant les derniers mois de lutte des travailleurs à la défense des droits, les autorités de l'État ont arrêté plus de 100 débardeurs et ont émis plusieurs injonctions des tribunaux interdisant un piquetage efficace au terminal EGT. Les débardeurs du Nord-Ouest se disent déterminés à s'assurer que l'ensemble du port de Longview, y compris le nouveau terminal céréalier, soit inclus au sein de leur famille syndicale et en vertu d'une convention collective similaire. Les conditions d'aujourd'hui où les monopoles agissent en toute impunité sous la protection d'une machine d'État agressivement antisociale exigent de sortir des sentiers battus à la défense des droits des travailleurs, tout comme la situation en 1934 avait exigé des actions héroïques pour sortir des sentiers battus en établissant l'ILWU.

Les débardeurs et les autres travailleurs des transports le long de la côte ouest de l'Amérique du Nord, y compris des milliers en Colombie-Britannique, ajoutent de la valeur aux marchandises qu'ils déplacent. Les travailleurs ont la priorité sur la valeur ajoutée qu'ils créent, les gouvernements sont les seconds à réclamer alors que les réclamations des propriétaires du capital viennent en dernier. C'est le courant progressiste de l'histoire et la seule façon pour une société moderne de fonctionner. Les gouvernements et les entreprises doivent être tenus responsables de se conformer à cette définition moderne de la distribution de la valeur ajoutée.

Virer la société moderne sans dessus dessous et nier aux véritables producteurs leurs droits, bloquer le courant progressiste de l'histoire, tout en réclamant que les monopoles aient la première priorité sur la valeur ajoutée produite par les travailleurs, avec l'appui des autorités gouvernementales qui disposent de la machine d'État pour criminaliser les travailleurs, tout cela ne fonctionne pas et ne pourra jamais fonctionner. C'est une façon dépassée de faire les choses.

(www.ilwu.org, www.thestand.org)

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Bulletin du 12 septembre 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca